Institut de Formation en Soins Infirmiers - Free
Merci aux cadres formateurs de l'IFSI de Montpellier qui m'ont suivi durant de ma
formation. ... 3.2 Le domicile ... Pourtant, le sujet de ce mémoire a été motivé par
une expérience vécue non pas comme une situation d'échec mais plutôt ...
part of the document
Institut de Formation en Soins Infirmiers
CHU de Montpellier
1146 avenue du Père Soulas
34295 Montpellier Cedex 5
La visite à domicile en psychiatrie
Une autre facette de lentretien infirmier
Travail de fin détudes
Pour lobtention du Diplôme dEtat dinfirmier
Session de Novembre 2007.
IMBERTECHE, Julien
Promotion 2004/2007
Institut de Formation en Soins Infirmiers
CHU de Montpellier
1146 avenue du Père Soulas
34295 Montpellier Cedex 5
La visite à domicile en psychiatrie
Une autre facette de lentretien infirmier
Travail de fin détudes
Pour lobtention du Diplôme dEtat dinfirmier
Session de Novembre 2007.
IMBERTECHE, Julien
Promotion 2004/2007
REMERCIEMENTS
Merci aux cadres formateurs de lIFSI de Montpellier qui mont suivi durant de ma formation.
Je remercie également tous les professionnels et non professionnels qui mont aidé lors de lélaboration de ce travail de fin détude.
Je tiens enfin et surtout à remercier ma famille qui ma soutenu tout au long de ces trois années.
Merci.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
..
SITUATION CLINIQUE
2.1 Situation dappel
2.2 Question de départ
APPROCHE THÉORIQUE
3.1 Lentretien
3.2 Le domicile
3.3 La distance relationnelle
3.4 Transfert et contre-transfert
3.5 Pathologie névrotique
ANALYSE PRE-ENQUETE
..
4.1 Observations directes
4.2 Entretiens semi-directifs
CONFRONTATION DES DONNEES
..
PROBLÉMATIQUES
.
CADRE DE REFERENCE
.
7.1 Cadre contextuel
7.2 Cadre conceptuel
CONCLUSION
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ANNEXES I à Vp.1
p.2
p.2
p.3
p.4
p.4
p.5
p.7
p.8
p.9
p.11
p.12
p.13
p.17
p.18
p.19
p.19
P19
p.20
INTRODUCTION :
En référence à larrêté du 18 Novembre 1994, articles 1, 3, 4, relatif à lévaluation théorique, il est demandé aux étudiants de réaliser un travail de recherche sur une situation qui nous a interpellé durant notre formation, en accord avec léquipe enseignante.
Ce travail de recherche est un travail de réflexion personnelle et dapprofondissement permettant la création dun lien entre la théorie et la pratique.
Pour moi, la psychiatrie a toujours été une grande inconnue. Cest avec une certaine curiosité que jai abordé chacun de mes stages dans ce domaine au cours de ma formation.
Jai dailleurs traité dun sujet de psychiatrie lors du module optionnel de troisième année.
Jai par nature un caractère discret mais un bon contact avec les gens car la relation avec lautre est très importante à mes yeux.
Pourtant, le sujet de ce mémoire a été motivé par une expérience vécue non pas comme une situation déchec mais plutôt comme une remise en question de ma façon dêtre face au patient atteint de trouble psychiatrique.
Dans le cadre de ma formation à lIFSI de Montpellier, je vais donc élaborer ici mon travail de fin détudes en vue de lobtention du Diplôme dEtat Infirmier en larticulant ainsi :
Jexpliquerai avant tout la teneur exacte de la situation qui ma troublé et posé question.
Je traiterai dans un second temps des notions théoriques en lien avec le sujet grâce à la retranscription de lensemble du matériel trouvé au cours de mes recherches.
Jexposerai ensuite le résultat de la pré-enquête menée auprès dinfirmiers à laide de plusieurs observations et entretiens.
La partie suivante verra se confronter la théorie aux faits recueillis sur le terrain.
Une problématique sous-jacente émergera de mes recherches et jévoquerai, pour conclure, ce que mon travail a pu mapporter dans ses limites et ses difficultés.
SITUATION CLINIQUE :
Situation dappel :
Lors dun stage en Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP), jai eu lopportunité daccompagner des infirmiers du Centre Médico-Psychologique (CMP) attenant au CATTP à loccasion dune visite à domicile (VAD) auprès dune femme atteinte de névrose hystérique.
Je connaissais déjà cette personne car elle participait à une activité théâtre au sein de la structure du CATTP et lorsquon ma proposé en fin de stage de participer à un entretien à domicile auprès de cette dame, jai accepté, curieux de voir le travail des infirmiers psychiatrique en VAD par rapport à celui des infirmiers de lhôpital de jour.
Avant lentretien linfirmier me précisa quil voyait cette dame en "tête-à-tête" chez elle, une à deux fois par semaine en moyenne et que je devais me placer pour loccasion en tant quobservateur.
Après nous avoir invité à rentrer chez elle, madame N. nous invita à nous asseoir. Dans un premier temps elle ne porta son attention que sur linfirmier, discutant avec lui "comme dhabitude". Cependant jai ressenti dés le début de lentretien une certaine retenue dans ses propos et, au bout dun certain temps, apparemment frustrée de ne pas recevoir ce quelle désirait de la part de linfirmier, elle sembla tout dun coup prendre conscience de ma présence. Son attitude changea brusquement, elle se leva et commença à déambuler dans la pièce en me racontant son histoire, sa vie, sa famille, me prenant à parti sur de multiples sujets. Ses grands gestes et son théâtralisme affiché étaient très perturbant pour moi, dautant quelle insistait pour que je reste plus longtemps pour écouter ses problèmes. Jétais dautant plus surpris par cette réaction abrupte que, lors des activités théâtre, madame N. était dordinaire peu expansive. Chez elle au contraire, madame N. dirigeait lentretien, posant les questions et y répondant, jouant comme sur une scène. Jétais devenu malgré moi lacteur passif de cette scène.
Peu après lentretien, de retour au CMP, jai eu une discussion avec les infirmiers par rapport à cette situation. Bien que très surpris et assez impressionné jai réussi, daprès eux, à garder mon calme et à rester assez neutre pour ne pas entrer dans son jeu.
Question de départ :
Suite à cette situation, jai ressenti un réel travail déquipe au sein du CMP alors que, dans le cadre des VAD, linfirmier se retrouve souvent seul face au patient lors des entretiens. De plus il entre directement dans lintimité du patient, il se trouve dans la sphère privée de celui-ci. Le patient a donc tendance à englober linfirmier dans son histoire de vie.
Jai constaté que la relation soignant/soigné dans ce type de prise en charge à une toute autre dimension que lors dune hospitalisation (avec par exemple la symbolique de la blouse blanche). Jen suis venu à me poser certaines questions :
Comment linfirmier peut-il représenter linstitution et le cadre au domicile du patient ? Comment doit-il se positionner pour rester professionnel et soignant ?
Doit-il rester neutre et refouler ses affects ou peut-il sengager plus envers la relation ? Quels types de relations entrent alors en jeu (séduction, autorité,
) ?
Comment peut-il investir le domicile du patient pour le transformer transitoirement en lieu de soin sans violer lintimité et la sphère privée de la personne ?
Comment appréhender la relation avec le patient lors dun travail à domicile, hors du cadre classique des soins, tout en restant professionnel et en respectant lautre dans sa globalité, en prenant en compte les aspects de sa pathologie névrotique ?
Un thème pour mon étude a alors émergé, principalement en rapport avec les domaines des sciences humaines et des soins infirmiers propres au rôle infirmier (cf. Annexe I) :
Linfirmier en psychiatrie et la relation particulière quil entretien avec les personnes atteintes de troubles névrotiques lors des visites à domicile (lieu de vie et sphère privée).
A partir de ce thème jai pu élaborer ma question de départ définitive :
Lors dun entretien à visée thérapeutique, comment linfirmier doit-il se positionner au domicile dun patient atteint de névrose ?
APPROCHE THEORIQUE :
Au regard de la loi, est « considérée comme exerçant la profession dinfirmier(e), toute personne qui, en fonction des diplômes qui ly habilitent, donne habituellement des soins infirmiers sur prescription ou conseil médical ou bien en application du rôle propre qui lui est dévolu » et qui « en outre, participe à différentes actions, notamment en matière de prévention, déducation de la santé, de formation et dencadrement. »
Les soins infirmiers ont notamment pour objet de protéger, maintenir, promouvoir la santé ou lautonomie des fonctions vitales des personnes ; dappliquer les prescriptions médicales (écrite, qualitative, quantitative, datée et signée) ; de participer à la surveillance clinique des malades et des thérapeutiques mises en uvre ; de favoriser le maintien, linsertion ou la réinsertion des personnes dans leur cadre de vie habituel ou nouveau.
Daprès Florence de NIGHTINGALE : « Lactivité infirmière est dirigée vers la personne et son environnement et vise le maintien et le recouvrement de la santé, lenseignement des modes de vie sains et le contrôle des conditions sanitaires. »
Plus quaucune autre, cette définition du rôle de linfirmier sapplique au thème que je propose, à savoir le suivi dun patient atteint de troubles névrotiques aux cours dentretiens à visée thérapeutique à son domicile.
Lentretien :
Lentretien est répertorié comme un soin dans le décret professionnel régissant la profession et les actes infirmiers. Pourtant, aucune définition précise na jamais été réellement proposée aux infirmiers. Leur laissant le loisir de définir leur propre vision et leur propre définition de lentretien.
Sentretenir avec un "autre" est toujours un évènement particulier, singulier qui peut se maîtriser, sapprendre, senseigner mais dont une grande partie sera de toute façon soumis à une infinité de variables. Chacun réagissant avec ce quil est, son passé, son présent, son environnement, ses implications (politiques, religieuses,
) et non-implications.
En effet pour J.-C. BERNARD, « le premier outil du soin dont dispose le soignant en psychiatrie, cest lui-même, cest sa propre personne », ce qui concorde avec lidée de M. SNOECK selon laquelle « linfirmière psychiatrique utilise sa personnalité affective quelle devrait connaître et dont elle devrait prendre soin. Loutil de linfirmière psychiatrique est sa propre personne : elle fait un usage thérapeutique delle-même. »
Bien plus quun face à face, lentretien serait aussi la mise en uvre de liens entre deux personnes. Lentretien infirmier serait cette discussion où un patient confie le récit de son histoire, des évènements, son aventure personnelle. Linfirmier serait là pour rassembler tout ce que le patient va dire, lui faire préciser, lui faire expliquer, et ensuite pouvoir le retranscrire le plus fidèlement possible. Ainsi pour le patient, « il ne sagit pas seulement de dire, mais aussi de sentendre dire. La verbalisation de ses difficultés, de ses peurs, face à un autre va lui permettre dextérioriser ses émotions. Quelque chose dont on peut parler, que lon peut nommer, cest quelque chose sur quoi on peut travailler. »
Pour Alfred ADLER il faut rajouter que « la guérison de la névrose exige la transformation du sujet grâce à une action pédagogique, la correction de ses erreurs et son retour définitif au sein de la société humaine. » Les bénéfices vont être de plusieurs ordres : amélioration de létat du patient, reconnaissance en tant quêtre souffrant, meilleure connaissance de soi, amélioration de sa qualité de vie, réadaptation progressive à la vie sociale,
Le domicile :
La visite à domicile, intrusion dans la sphère privée du patient, est loccasion dun entretien dinfirmier. Ces VAD sont programmées, en accord avec le patient et sur prescription dun psychiatre. Une fois au domicile du patient, les rôles sont inversés. Lacteur, celui qui se déplace, cest linfirmier. Cest lui qui est demandeur, qui pénètre dans un lieu étranger où rien ne lui est, au premier abord, familier.
Pour P. QUINET, linfirmier peut ressentir une certaine « culpabilité liée à linvasion dun territoire, à la pénétration dans lintimité de lautre sous le couvert dun mandat dont on pressent bien les limites dans cet espace. ».
Le premier acte est dentrer au domicile, la relation sinstaure à laccueil de linfirmier par le patient. Ici cest le patient qui donne le tempo. Il nest pas question de commencer lentretien sans respecter un rituel propre à chacun. Dailleurs toute la durée dune visite nest pas quun entretien, elle est aussi le fait de mondanités, de rires, de conseils et dhistoires. Ici lenvironnement est aussi un indicateur de ce qui se passe, vaisselle, linge, courrier non ouvert, autant de "messages" que le patient vous laisse décoder. A.BARDON précise dans son article : « La visite à domicile fait partie de la prévention tertiaire, la prévention des risques. » Pour elle, « il est important de déterminer des objectifs globaux et opérationnels, négociés avec la personne soignée et/ou sa famille pour sinscrire dans un projet thérapeutique. »
Dans son livre, La dimension cachée, Edward HALL se penche plus précisément sur le rôle de lenvironnement et des observations qui en découlent. Il décrit lintérieur de la maison occidentale comme une « organisation à espace fixe. [
] Qui comprend des aspects matériels en même temps que les structures cachées et intériorisées de lhomme. » Il met en avant que « beaucoup dhommes semblent avoir deux personnalités, une pour le bureau et une pour la maison. ». Ainsi, « certains aspects de lespace à caractère fixe ne sont perceptibles que si lon observe le comportement humain qui sy inscrit » et, a fortiori, il est «essentiel de comprendre que lespace à caractère fixe constitue le moule qui façonne une grande partie du comportement humain. » Pour exemple, les personnes qui vivent dans le désordre ou dans un capharnaüm permanent sont celles qui échouent à classer leurs activités dans un cadre spatial unifié, cohérent ou prévisible.
Le lieu ou cadre de lentretien produit de leffet sur la situation. Le patient à son domicile est dans un environnement qui lui est familier, chargé daffects positifs ou négatifs, il reçoit chez lui. Au contraire pour linfirmier « loccupation de lespace est forcément différente. Ici, point de bureau pour garder ou mettre la "distance". Parfois une table, parfois juste un lit où chacun sassoit. Ce qui nest pas anodin non plus. »
La distance relationnelle :
A domicile, la relation soignant/soigné va, malgré le fait que les deux protagonistes ne se connaissent pas, être directement de nature intime. Le soignant doit prodiguer des actes dans un cadre différent, chargé daffects pour le patient, ce qui peut mettre lun ou les autres des acteurs de cette relation mal à laise. Il est donc essentiel au soignant de "mettre à laise" le patient afin que celui-ci ne se sente pas violé dans son intimité. Il est nécessaire que les deux personnes veuillent établir un contact.
Ceci induit les notions de positionnement infirmier et de distance thérapeutique :
Ce terme de "distance" se retrouve développé dans le livre précédemment cité, La dimension cachée dEdward HALL. Pour lui, « chez lhomme, le sens de lespace et la distance nest pas statique, [
] il faut imaginer lhomme prolongé par une série de champs à extension constamment variable. »
Le terme même de "distance" peut dailleurs évoquer éloignement, protection, défense. Tandis que celui de "thérapeutique", qui signifie "qui prend soin de", nous fais aller vers le patient. Et c'est bien de cela dont il s'agit : loscillation constante entre éloignement et rapprochement.
« La distance ne peut être fixe, elle est en perpétuelle évolution. Elle doit être auto évaluée et réajustée sans cesse en fonction de la dynamique de la relation tant au niveau des messages conceptuels qu'au niveau des messages affectifs. »
Daprès cette hypothèse E. HALL introduit 4 types de distances relationnelles :
Distance intime (proche et lointaine)
Distance personnelle (proche et lointaine)
Distance sociale (proche et lointaine)
Distance publique (proche et lointaine)
Dans le cadre des VAD cest la distance personnelle avec un mode lointain qui a plus particulièrement attiré mon attention. Cette distance est celle où lon se place lorsquon dit : « éloignez-vous que je puisse vous regarder ».
Toujours daprès E. HALL, « ce type de comportement proxémique est conditionné par la culture et entièrement arbitraire. Il est contraignant pour tous les intéressés. Ne pas fixer son interlocuteur revenant à le nier et à interrompre la conversation, [
] le mode lointain de la distance sociale peut servir à isoler ou séparer des individus. »
Dun autre point de vue, lorsque les rapports sociaux se déroulent selon le mode lointain, ils prennent un caractère plus formel que dans la phase de proximité et permettent donc de relativiser la situation pour le soignant tout en gardant un contact rassurant.
Transfert et contre-transfert :
Linfirmier est à lécoute de la souffrance du patient. Il apporte réconfort et conseil. Mais la souffrance et la maladie poussent chacun à réagir avec ses propres moyens et il est vrai que le premier souci de laidant doit être de se préserver lui-même car sil ne le fait pas, il risque de devenir une victime dans sa relation à lautre.
Pour RUSZNIWSKI M. , face à ces agressions, le soignant va utiliser, de manière consciente ou non, des mécanismes de défense souvent inadaptés pour le patient :
- Mensonge : Cest le mécanisme de lurgence et de lefficacité primaire qui va permettre au soignant de réagir à une situation angoissante.
- Banalisation et/ou lévitement : Le soignant considère le patient comme un simple objet de soin et se protège de toute relation avec lui.
- Esquive : Le soignant se sent démuni et impuissant face à la maladie et à la souffrance. Il fait dévier la conversation, parle dautre chose et ne répond pas aux questions du malade.
- Fausse réassurance : Le soignant entretient un espoir simulé mais dommageable pour le patient.
- Rationalisation : Le soignant se cache derrière un discours technique, incompréhensible par le malade. Lemploi de termes compliqués rassure linfirmier car il ne ment pas au patient. De ce fait, lengagement relationnel et émotionnel est évité.
- Dérision : Comportement de fuite utilisé lorsquil y a un minimum déchange. Cette attitude désoriente le patient et bien souvent le réduit au silence.
- Identification projective : Quand la distance protectrice est supprimée, linfirmier sidentifie à lhistoire de vie et à la souffrance du patient. Il ne différencie plus son ressenti de celui du malade.
Les notions de transfert et de contre-transfert entrent alors en jeu.
En psychiatrie, ces deux notions sont primordiales pour pouvoir prendre en soin un patient.
Ces notions sont normalement utilisées par un analyste, mais dans la fonction dinfirmier psychiatrique, elles permettent une plus grande compréhension de ce qui peut être mis en jeu, et en exergue, lors des entretiens avec les patients.
Le transfert, cest la substitution dune personne à une autre.
Cette notion permet dexpliquer certaines des réactions du patient. Le soignant sans la connaissance de cette notion ne trouve pas de sens à certaines réactions pouvant émaner du patient. Il sagit dune notion tirée de la psychanalyse.
Le contre-transfert, cest lensemble des effets inconscients reçus par lanalyste à partir du transfert de lanalysant, notamment sur lanalyste lui-même.
On peut dire que le transfert et le contre-transfert regroupent toutes les réactions affectives du soignant, que celles-ci soient de nature consciente, ou inconsciente. La plupart du temps, il sagit dailleurs de notions qui sont inconscientes pour le soignant. A certains moments, le soignant va ressentir quelque chose sans pouvoir se lexpliquer.
Pathologie névrotique :
Dans la relation qui sétablit durant lentretien il faut rajouter un facteur important qui va influencer la distance relationnelle et le positionnement de linfirmier : la pathologie et en loccurrence la névrose.
Lorganisation névrotique se caractérise par :
Une différenciation suffisante du Moi, qui sadapte aux exigences de la réalité;
Un développement pulsionnel ayant atteint le stade génital;
Une angoisse dont le niveau prévalent est celui de la castration;
Des défenses psychiques élaborées, dominées par le refoulement et le déplacement.
A ceci il faut rajouter que daprès Alfred ADLER, « le plan de vie du névrosé est toujours fondé sur une interprétation individuelle de la société, de la famille, des relations, et découvre dans sa perspective la supposition discutable de sa propre inadaptation à la vie et de l'attitude, hostile de ses voisins. » mais aussi que «l'évolution de la névrose ne mène pas sur le chemin d'une activité sociale, ne vise pas la solution des problèmes vitaux, mais aboutit à l'isolement du malade. »
« Les mécanismes de défenses du patient seront différents car ils devront agir à tous les niveaux afin de protéger chacune des facettes meurtries de la personnalité du malade. »
Comme lexplique RUSZNIWSKI M., la mise en place de ces mécanismes peut perturber et désarçonner le soignant :
- Annulation : certains patients nient la réalité et saccrochent au climat de confiance instauré pour ne pas entendre ni percevoir lessentiel. Le malade sait et préfère ne rien voir.
- Isolation : certains patients évoquent leur maladie avec une troublante assurance et une apparente sérénité, dénuées de toute émotion et fébrilité.
- Déplacement : Le malade "choisit" une cible accommodante et conciliante, transférant langoisse inhérente à sa maladie sur un élément substitutif qui sappuiera soit sur la maladie elle-même, soit sur une autre réalité. Linfirmier est au premier plan dans ces situations.
- Maîtrise : Le malade tente de comprendre lévènement et den maîtriser le processus. Ce mécanisme débouche sur la mise en place de rites obsessionnels.
- Régression : Certains patients cherchent à se protéger en simmergeant dans la maladie, en se fondant en elle, en soubliant pour la laisser vivre et sexprimer, ne faisant plus quun avec cette souffrance. Ce mécanisme conduit souvent à adopter un comportement infantile.
ANALYSE PRE-ENQUETE :
Jai complété ma recherche documentaire avec une enquête de terrain auprès de plusieurs CMP de la ville de Montpellier.
Mon enquête a pris la forme de plusieurs observations suivis dentretiens semi-directifs. Dans la théorie je comptais avoir trois observations en VAD et trois entretiens semi-directifs auprès dinfirmiers de CMP. Cependant, dans la pratique, en raison des disponibilités des infirmiers et des patients, je nai pu assister quà deux entretiens infirmiers, le premier au domicile dun patient et lautre dans un des CMP. Jai par contre mené à bien ma série dinterrogatoires semi-directifs.
Pour ce faire, javais préalablement pris contact avec les cadres des services qui mont redirigé vers des infirmiers et des patients disponibles pour cette enquête de terrain.
Je tiens dailleurs à souligner que les cadres, les infirmiers et les patients ont répondu avec beaucoup dentrain à mes demandes dans la mesure de leurs possibilités et sont même allés certaines fois au-delà de mes attentes.
Chaque entretien a duré entre 20 et 40 minutes. Cette durée variant en fonction de lintérêt du professionnel par rapport à mon sujet, les réflexions personnelles et déquipe déjà menées à ce titre et son expérience dans le secteur psychiatrique
Mes grilles dobservation et dentretien semi-directif vierges sont jointes en Annexes II et III afin de montrer à partir de quels supports jai effectué mon étude.
Présentation des services de CMP :
De manière générale, en soins à domicile, chaque infirmier est responsable dun secteur et dun certain nombre de patient et passe à leur domicile plus ou moins fréquemment selon la prescription médicale. Cela peut aller de deux fois par semaine à une fois par mois. En psychiatrie, il faut préciser que les CMP sinscrivent dans la sectorisation psychiatrique (cf. Annexe IV).
Observations directes :
Plutôt que de présenter le détail fastidieux des notes que jai prises durant ces deux entretiens, je préfère ici exposer brièvement mon ressenti par rapport à ceux-ci.
Bien différents de part le cadre et la pathologie, le premier entretien infirmier observé sest passé au domicile dune patiente hystérique alors que le second sest déroulé quand à lui dans le local dun des CMP.
En effet ces deux entretiens se sont effectués dans des situations bien distinctes. Lentretien au CMP ma paru au premier abord beaucoup plus formel. Linfirmier, assis derrière son bureau, face au patient. Pour la visite à domicile, linfirmier était installé dans un « divan » tout prêt de la patiente avec cette "fausse" impression que la situation dautorité soignant/soigné venait de sinverser. Mais la différence ne sarrête pas là.
Alors quau domicile, un simple coup dil sur lagencement de la pièce principale ma permis de comprendre une partie du caractère hystérique de la patiente (une multitude de poupées, des couleurs enfantines,
), à linverse durant lentretien au CMP ,la seule présence du patient, en mettant de coté ses propos, ne maurait pas permis de présumer dune pathologie névrotique.
On peut noter cependant dans les deux cas une attitude découte active et ouverte de la part de linfirmier. Un espace de parole important est donné au patient, linfirmier confirme (par des hochements de tête par exemple) et nhésite pas à laisser planer des silences qui ne se révèlent pas pesant mais bien au contraire très productif pour le patient. Le temps de parole infirmier est relativement cours mais ses phrases sont claires, simples et touchent du doigt les aspects importants de léchange. Jai plus particulièrement noté une phrase du patient entretenu au CMP : « Vous ne parlez pas beaucoup mais vous me comprenez. ». Dans les deux situations, les patients sont en apparemment en confiance. Des attitudes de retrait de leur part ne sont perceptibles que lorsque lon aborde des sujets qui les dérangent mais, même dans ces cas là, je nai remarqué aucune césure dans la relation avec linfirmier. Le contact est toujours maintenu et le patient est relancé dans ses paroles par les reformulations que fait périodiquement linfirmier.
Sur proposition de linfirmier lentretien est clos et un nouveau rendez-vous est pris. Cette étape est importante pour le patient qui se projette déjà dans lentretien à venir.
Entretiens semi-directifs :
Présentation des infirmier(e)s interrogé(e)s de façon anonyme :
Une Infirmière Diplômée dEtat (IDE) travaillant en psychiatrie et plus particulièrement en VAD depuis 1ans. Il sagit de son premier poste en extra hospitalier.
Deux infirmiers travaillant depuis respectivement 22 et 28 ans en psychiatrie, tous les deux possédant le diplôme dInfirmier en Soin Psychiatrique (ISP).
A la question « Quelles sont les missions du Centre Médico-Psychologique (CMP) ? », jai reçu un large panel de réponse que je peux résumer ainsi. Pour les infirmiers, les objectifs des CMP sont de maintenir la personne dans son milieu de vie, laider à préserver son autonomie, laccompagner dans sa vie et ses besoins quotidiens. Cest aussi prendre en charge un patient qui a besoin, suite à une hospitalisation, dun suivi au travers dentretiens infirmiers et médicaux par lintermédiaire des VAD mais encore de surveiller la bonne observance du traitement et déduquer le patient à ce traitement et à sa pathologie. Enfin, cest « donner une réponse à des personnes, un soutien temporaire suite à un mal-être ». Une grande partie du travail seffectue en effet à domicile au cours des VAD sur prescription mais les infirmiers proposent aussi des entretiens et des activités thérapeutiques sur le CMP (atelier écriture par exemple). Infirmiers, médecin et psychologue travaillent ensemble.
La question suivante ma permis dentrer un peu plus dans le vif du sujet. En effet à la question « Pouvez-vous me donner une définition de lentretien infirmier ? », comme prévu, je nai pas obtenu de réponses stéréotypées. Certes, linfirmière, moins expérimentée, ma parlé un peu plus particulièrement de la « maîtrise de la technique de lentretien, avec les idées de confirmation et de reformulation » mais dans lensemble les réponses ont été simples et spontanées. Un des infirmiers me confie : « Cest un outil particulier de la relation daide. Un face à face sans médiation. On est confronté directement aux problèmes des patients, à leurs angoisses, leurs délires, leurs idées de mort et à tous les symptômes de leurs maladies. », La notion de relation daide par lécoute active revient plusieurs fois, ainsi que les termes de relation daide thérapeutique, de guidance. Le second infirmier me conseil de « mettre le patient dans une valeur objective, déviter de laisser penser quon parle dans le vide et de pointer du doigt le problème, le délire. »
« Que représente pour vous la désignation de VAD ? ».
A cette question jai eu deux réponses à la fois opposées et complémentaires :
Un premier infirmier mexplique en effet que : « Le domicile est le prolongement de lintime. Entrer chez une personne cest risquer de violer son intimité, cest se mettre en danger aussi quelque part. ». Dautre part un second infirmier me répond : « Il faut se laisser guider, entrer chez un étranger, dans son antre et établir malgré ça une relation, un lien. ». Dans un cas linfirmier se ressent comme un « agresseur » qui viole lintimité du patient et dans lautre cas comme une « proie» qui rentre dans le repaire du patient. Il faut bien entendu relativiser ces termes mais derrière cela on note clairement que pénétrer au domicile dun patient nest pas perçu comme une chose anodine.
A linfirmière de préciser : « On est chez eux, ils établissent les règles et il faut accepter le refus du «je ne vous ouvre pas ». En cas de refus ne pas insister, ne pas être intrusif, travailler avec laccord du patient. De plus elle rajoute que la VAD est un temps dévaluation matérielle. Avec par exemple : maison insalubre, sol inondé, aliments pourris.
« Pensez vous que lenvironnement familier du domicile du patient ait un rôle prépondérant dans la façon dont se déroule lentretien ? ».
« Oui », cette réponse simple est unanime chez les infirmiers. Cependant les réponses varient en ce qui concerne lintensité selon laquelle lenvironnement influence le patient et le soignant durant les VAD. « Les infirmiers de CMP interviennent à domicile, chez le patient et non pas dans un lieu de soin institutionnalisé. De ce fait, la relation avec le patient peut être modifiée, elle est différente avec chacun mais surtout personnalisée. »
Linfirmière ajoute : « On est chez la personne, le cadre matériel influence obligatoirement car il y a une interaction au niveau familier. »
En répondant, lun des infirmiers sécarte un peu de la question et mexplique : « De plus à domicile, il est parfois difficile de savoir si on est dans la thérapeutique car on est seul. Lorsque lon intervient à domicile, un collègue ne peut donc pas avoir un regard critique et donc constructeur sur les soins. ». De manière indirecte on peut supposer que le cadre familier, ajouté à laspect de face-à-face de lentretien influe sur le jugement des soignants et est fonction de la connaissance du patient et de lexpérience du soignant.
« Le domicile est-il révélateur de la pathologie ? De la névrose en particulier ? »
« Quand on entre au domicile dun patient, on comprend son agencement social et son mode de vie. Cest le reflet de sa personnalité névrosé. Il est à son image. » Cette vision donnée par un des infirmiers est assez radicale tandis que lautre mesure sa réponse : « Il y a, à la fois, la pathologie et la personnalité du patient. » Aucun infirmier ne sest trop attardé sur cette question.
« Quelle(s) position(s) adoptez-vous au cours des ces entretiens à domicile ? »
Cette question est apparue assez vague pour les infirmiers. Cela se traduit par un large éventail de réponses hétéroclites.
« Il faut être au clair avec ses idées, dans un positionnement personnel. », « A chacun de faire un travail sur son positionnement. », « Le soignant doit remettre en question sa notion de pouvoir. Il doit rester à sa place car il intervient dans un registre professionnel ».
Pour résumer il faut se positionner avec pour objectif daccompagner, dapaiser la souffrance. Il faut cependant faire le deuil de la toute puissance, oublier le fantasme des guérisons et même accepter léchec sil se présente.
Cependant lun des infirmiers lance une phrase qui fait écho à recherche documentaire : « Mon outil cest moi-même, jattends la surprise, je me mets en danger. Le malade va mapporter des choses. »
« Dans quelle mesure les notions de « distance relationnelle » et de « transfert/contre-transfert » apparaissent-elles ? »
Linfirmière mexplique : « Dans cette relation, jessaye de mettre en jeu mon empathie qui est la capacité de comprendre lautre sans partager pour autant les mêmes sentiments. ». La distance relationnelle adéquate apparaît peu évidente à trouver. Il faut savoir rester à sa place de soignant même si le patient en demande plus, en étant tout de même assez proche pour instaurer une relation de confiance servant le soin.
Un des infirmiers abonde dans ce sens : « Trouver la "bonne" distance thérapeutique est une sécurité psychologique pour l'aidé et l'aidant ... la bonne distance est très variable suivant chacun ... trop près je risque de tomber dans une relation de type fusionnelle, trop loin je ne vais rien entendre de la souffrance de l'aidé ... Cet équilibre est difficile à trouver, et cest avec lexpérience que linfirmier parvient à latteindre. »
Avant tout il faut se poser certaines questions : « Suis-je capable de me confronter à la personne et à tel ou tel symptômes ? », « Quel fou serais-je ? »
Il faut ensuite se demander dans quel champ on se situe (Névrose ou psychose).
On travail alors dans ce champ là. Attention à ne pas cautionner le malade, arriver à sengager personnellement en travaillant la distance relationnelle et gérer ses émotions. Un engagement personnel sans rentrer dans la fusion. « Les patients peuvent et veulent retourner la situation. Il faut mettre des limites, un cadre car ils testent. ».
Un des infirmiers exagère consciemment le trait en parlant des notions de transfert et contre-transfert: « Lors des VAD, linfirmier peux passer par différents stades, il peut accepter, rejeter, phagocyter, vampiriser voire
« passer de la porte au lit ».
« En quoi lexpérience est-elle positive pour mieux appréhender ces VAD ? »
Sur cette question, linfirmière, pratiquant depuis peu la visite à domicile en psychiatrie, a pris un peu de recul, préférant mindiquer que : « Un apport théorique peut aider à comprendre mais à mon avis rien ne vaut lexpérience.. »
Pour les infirmiers ISP, la question semble plus facile. Le premier me révèle que lexpérience permet dapprendre « à ne pas être dans limmédiateté, à se poser, à prendre un temps dobservation, à se renifler et à sapprivoiser. ». Par exemple il ne fait pas lecture du dossier patient avant les entretiens. Le second soblige à « garder un courant dair ». Le temps dobservation étant aussi pour lui primordial. Dans la réalité il faut du temps, du lien, de la confiance. Faire comprendre quon est professionnel pour eux en tant que personne et que malade. Les deux infirmiers ont aussi appris à sappuyer sur léquipe pluridisciplinaire.
« Quels conseils aimeriez-vous donner à un infirmier débutant en VAD en psychiatrie ? »
Observer et apprendre à observer la personne et son lieu de vie, savoir écouter, se taire, ressentir, rester dans une attitude professionnelle face à une personne en demande de soin, utiliser les outils adéquats, rester soi-même en tant que personne humaine, sont quelques uns des conseils qui mont été prodigués pour conclure ces entretiens.
CONFRONTATION DES DONNEES :
Dans la situation dappel présentée, jai tenté d'exprimer ma difficulté à me positionner en tant quétudiant et futur professionnel dans la relation particulière de face à face quimpose la visite à domicile en psychiatrie.
Lapproche théorique ma permis dacquérir ou dapprofondir certaines notions élémentaires qui font la particularité de ce type dentretien infirmier.
La rencontre avec les soignants des CMP et les observations que jai eu loccasion de faire à leurs cotés ont confirmés ou complétés une grande partie des données recueillies dans ma documentation mais ont aussi sensiblement divergés sur certains points.
Les missions des CMP entrent bien dans le cadre théorique des objectifs infirmiers relatif à la surveillance clinique et thérapeutique des patients, à leur réinsertion dans la vie quotidienne et/ou au maintien de leur autonomie.
Concernant lentretien, les infirmiers ont confirmé le résultat de mes recherches. Certes cest une pratique avec ses règles et ses techniques mais chacun va avoir sa propre définition de lacte et accommoder à sa façon lentretien en fonction de sa personnalité, de la personnalité du patient et des variables de lenvironnement.
De cette notion de personnalité découle la plus forte similitude entre théorie et pratique ; lidée de M. SNOECK selon laquelle « le premier outil du soin dont dispose le soignant en psychiatrie est sa propre personne » est corroborée par un infirmier sappuyant sur son expérience : « Mon outil, cest moi-même. »
Les observations mont permis de compléter certains points concernant la distance relationnelle adoptée par les infirmiers lors des VAD. Le cadre de lentretien joue un rôle important dans leur positionnement, limage de lautorité est remise en question. Mais, même si dans la théorie les rôles sont présentés comme permutés, dans la pratique les infirmiers gardent le contrôle.
Lenvironnement peut être révélateur de la pathologie névrotique du patient, ce qui se confirme dans mes observations mais qui est relativisé par un des infirmiers qui me précise quil faut aussi tenir compte de la personnalité du patient.
La théorie ma apporté des données que je nai pas retrouvées dans la pratique, à savoir les différents mécanismes de défense du soignant. Ces mécanismes sinscrivent sur la durée et donc sont difficilement décelables au cours dune seule observation. De plus ceux sont des mécanismes très souvent inconscients qui ne figurent donc pas dans les réponses des infirmiers.
PROBLEMATIQUES :
Au sortir dune des VAD de mon enquête, lun des infirmiers mexplique limportance de ne pas oublier la famille qui fait partie intégrante de lenvironnement du patient. Cest un facteur important à tenir en compte pour linfirmier dans sa relation avec le patient mais dans le cadre de cette étude javais consciemment mis de coté cet aspect pour ne pas avoir à traiter dun sujet trop vaste. Pourtant cette réflexion ouvre désormais un nouveau champ dinvestigation à mon étude.
La deuxième problématique surgit à mon sens dune réponse précitée dans lanalyse de mes entretiens : « Il est parfois difficile de savoir si on est dans la thérapeutique car on est seul »
En effet, lentretien peut sembler être réussi pour linfirmier mais se révéler être un échec pour le patient et vice-versa. Et même si le travail en équipe est mis en avant, il reste très difficile pour le soignant de juger de lefficacité de son acte.
Une troisième problématique, plus vaste et plus abstraite encore, est présente en filigrane dans létude que jai menée. Que ce soit dans lapproche théorique ou dans lanalyse de mon enquête de terrain il est énoncé plusieurs fois la nécessité de devoir "gérer ses émotions" pour maintenir une distance adéquate.
Cette affirmation ne répond quen partie à ma question de départ et se pose comme une antithèse
comment réussir à gérer convenablement ce qui est par définition de nature instinctif ? Plusieurs réponses sont déjà avancées dans ce travail de fin détude, comme avoir de lempathie avec le patient ou encore faire confiance à son expérience. Mais même avec les conseils prodigués par les infirmiers, cette question ne trouve pas encore de réponse assez satisfaisante à mon goût dautant quil faut aussi savoir « rester soi-même en tant que personne humaine ». Le travail de base de gérer (donc daccepter) ses propres émotions pour quelles ne le troublent pas au point de lempêcher daider.
Linfirmier débutant en VAD, se retrouve confronté aux émotions de lautre, il ne va pouvoir gérer cette confrontation que parce quil a appris à gérer ses propres émotions, sinon, il se perd dans celles du patient quil confond avec les siennes.
Je pense donc que mon étude doit tendre vers cette question :
Comment linfirmier peut-il gérer ses émotions pour mieux se positionner dans le cadre de lentretien thérapeutique au domicile dun patient névrotique?
CADRE DE REFERENCE :
Cadre contextuel :
Il sagit de mettre en évidence la place accordée au rôle propre infirmier durant la visite à domicile en psychiatrie dans les textes régissant la profession dinfirmier.
Jai extrait, à cette intention, des articles du Décret 2004-802 du 29/07/04 du code de la santé publique que jai compilé en Annexe V et qui mont paru judicieux.
Concernant plus particulièrement la "gestion des émotions", il a été difficile de trouver un cadre contextuel dans lequel appliquer convenablement cette notion. Cependant elle sinscrit dans divers domaines professionnels, comme les soins infirmiers ou les sciences humaines et met en avant le travail de développement personnel et les limites de la démarche relationnelle.
Cadre conceptuel :
Afin douvrir ma recherche documentaire et approfondir mon sujet à partir de ma nouvelle problématique, jai recherché des ouvrages me permettant de mieux cibler les connaissances théoriques sur la gestion des émotions que linfirmier doit acquérir afin de mettre en place une relation saine pour lui et pour le patient.
Dans son ouvrage, Luc TREMBLAY se penche sur les qualités quil juge indispensable pour mener à bien une relation daide. Il met en avant le besoin davoir une maîtrise de ses émotions :
« Etre disponible aux autres signifie se connaître suffisamment soi-même pour réussir à identifier ses propres zones de fragilité, ses limites|
] qui sont directement liés à ses propres difficultés non résolues. Cest cette compréhension de soi-même qui facilite les attitudes professionnelles. »
Au fil de mes recherches, jai découvert sur internet un article de Renaud PERRONNET qui nous explique que : « Quelle que soit lémotion, si elle est là, nous ne pouvons que composer avec elle. Parce que nous navons pas le pouvoir quelle ne soit pas là, donc que nous ne pouvons pas léliminer. Il nous reste comme seule possibilité de "faire avec". Cest-à-dire devenir capable de ne pas rajouter un refus (je ne devrais pas ressentir ce que je ressens) donc une émotion à lémotion première (ce que je sens). »
Je me pencherai aussi sur Carl Rogers qui est lauteur de théories humanistes sur les méthodes dapprentissages à la relation daide et une référence en la matière.
CONCLUSION :
Au cours des mois de travail autour de ce mémoire de fin détude, jai pu appréhender des pratiques ainsi que des notions théoriques que je ne connaissais pas jusqualors. Jai rencontré des professionnels qui sont animés par le travail quils réalisent auprès des personnes prises en charge par les services de soins psychiatriques à domicile.
Il me semble quil y aurait beaucoup plus de chose à dire sur chaque petite partie que jai pu traiter, et je pense quil est essentiel, lorsquon est professionnel, de sintéresser aux différentes pratiques existantes afin de pouvoir enrichir la notre.
Travailler en psychiatrie à domicile, cest accompagner la reconstruction, cest aider celui qui souffre à donner un sens à sa souffrance, cest aussi laider à redonner un sens à sa propre vie, que cela soit conforme ou pas à nos valeurs.
Ce travail de recherche ma apporté plusieurs notions que jespère pouvoir réutiliser ultérieurement dans ma carrière professionnelle. Ces différents éléments sont la méthodologie dun travail de recherche, les conseils que mont donnés les soignants que jai rencontrés et les multiples facettes de la visite à domicile.
Pour conclure, je dirai que le positionnement de linfirmier au domicile dun patient doit être domestiqué durant notre carrière. Cependant, il nest pas le même pour tous les soignants et dépend beaucoup du cadre, de lenvironnement et de la pathologie des patients.
Il reste malgré cela le fruit de notre expérience humaine, aussi bien professionnelle que personnelle car avant tout linfirmier est une personne avec un vécu et des émotions, des émotions quil va falloir apprendre à gérer
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :
Livre :
ADLER A., préface et traduction du Dr H. SCHAFFER H. Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée. Paris : Payot, 1961. 379 p.
ALBERNHE T. et K. Organisation des soins en psychiatrie. Paris : Masson, 2003. 336 p.
BERGER-LEVRAULT, Profession Infirmier. Recueil des principaux textes relatifs à la formation préparant au diplôme détat et à lexercice de la formation de la profession.
HALL E. La dimension cachée. Paris : Seuil, 1971 (Collection Point Essais)
LEYRELOUP, DIGONNET Pratique de l'entretien infirmier. Paris : Masson, 2000. 96 p.
TREMBLAY L. La relation daide, développer des compétences pour mieux aider. Lyon, 2002.
MANOUKIAN A. Pratiquer la relation soignant soigné. 2001, Editions Lamarre.
MUCCHIELLI R. L'entretien de face à face dans la relation d'aide. Editeur ESF, 2004.
PERLEMUTER L. et G., QUEVAUVILLIERS J., AMAR B., AUBERT L. Sciences humaines. 2éme édition. Paris : Masson, 2004. 214 p. (Nouveaux cahiers de linfirmière N°6)
RUSZNIWSKI M. : Face à la maladie grave. 1997 Dunod
Article :
BARDON A. : Les missions du CMP adulte. Soins psychiatrie n°175, Février 95.
BERNARD J.-C. Le soin infirmier en psychiatrie, Soins psychiatrie, n°130-131, Août Septembre 91.
QUINET P. : la VAD, espace dhumanité. Santé mentale n°26, mars 1998.
SNOECK M. : Attitudes professionnelles de linfirmière psychiatrique. Soins psychiatrie n°65 Mars 86.
Article Internet :
AVEZ P. Infirmier Diplômé d'état en CATTP. Etre infirmier(e) en Centre d'accueil Thérapeutique à Temps Partiel. (extrait de santale n°11 juillet 2001).
Consulté le 29.09.2006 sur : www.epsm-des flandres.fr/ressources_humaines/
BEAUMONT L., diplômée de lécole des cadres infirmiers. Evaluation des pratiques professionnelles. La Visite à domicile en question. Consulté le 30.09.2006 sur l.beaumont.free.fr/VAD.html
PERRONNET R. Comment gérer ses émotions dans la relation d'aide ?
Consulté le 21.06.2007 sur : www.evolute.fr/text/ecrit_gestion_emotions.html
ANNEXE I
Domaines professionnels mis en évidence :
LedrotEthique et déontologie :
Valeurs du patient ;
Secret professionnel et confidentialité ;
Responsabilité :
Lidentité de linfirmier, rôle et champs de compétence ;
Règles professionnelles dans le cadre des CMP et CATTP ;
Organisation du travail :
Le travail en équipe dans le cadre des CMP et CATTP ;Santé publiquePolitique de santé, action sanitaire et sociale :
La sectorisation psychiatrique ;
Les structures sanitaires et sociales ;
Structures extrahospitalières : CMP et CATTP ;Soins infirmiersConcepts et théories :
Besoins psychologiques et sociologiques ;
Manifestations et niveaux d (in)dépendance mentale :
Différentes dimensions du soin ;
Démarche relationnelle :
Travail de développement personnel ;
Techniques découte ;
Relation daide : techniques et limites et projet thérapeutiqueSciences humainesPsychologie, psychanalyse :
La relation soignant soigné :
relation fonctionnelle ;
attitudes personnelles dans la relation ;
transfert, contre-transfert ;
Techniques de lentretien et de lobservation ;
Communication, fonction de rôle, dautorité ;
ANNEXE IIFiche dobservation sur le positionnement dun(e) infirmier(e) lors dun entretien
à visée thérapeutique au domicile dun(e) patient(e) atteint(e) de névrose :
Début de lentretienCorps de lentretienFin de lentretienPatient(e)Infirmier(e)Patient(e)Infirmier(e)Patient(e)Infirmier(e)Comportement
Attitudes
Gestes/ParolesInfluence du domicile/pathologieInfluence du domicile/entretienPositionnement espace/distancePositionnement dans le tempsAutres observationsANNEXE III
Questionnaire semi-directif :
Ce questionnaire semi-directif est destiné à linfirmier(e)s ayant mené lentretien observé préalablement, il est anonyme et me permettra d'avancer dans mes recherches sur ce sujet.
Quel est le sexe du soignant ?
Depuis combien dannées êtes-vous infirmier ?
Avez-vous le diplôme dISP (Infirmier de Secteur Psychiatrique) ?
Depuis combien de temps travaillez-vous :
en psychiatrie ?
en CMP ?
Quelles sont les missions du Centre Médico-Psychologique (CMP) ?
Pouvez-vous me donner une définition de lentretien infirmier ?
Que représente pour vous la désignation de visite à domicile (VAD) ?
Pensez vous que lenvironnement familier du domicile du patient ait un rôle prépondérant dans la façon dont se déroule lentretien ?
Le domicile est-il révélateur de la pathologie ?
Si oui, quen est-il en particulier de la névrose ?
Quelle(s) position(s) adoptez-vous au cours des ces entretiens à domicile ?
Dans quelle mesure les notions de « distance relationnelle » et de « transfert/contre-transfert » apparaissent-elles ?
De votre point de vue, en quoi lexpérience est-elle positive pour appréhender ces VAD ?
Quels conseils aimeriez-vous alors donner à un infirmier débutant en VAD en psychiatrie ?
ANNEXE IV
LA SECTORISATION PSYCHIATRIQUE :
Définition : Aire géographique bien délimitée (denviron 70 000 habitants) desservie par un service de psychiatrie, la même équipe médico-sociale assurant les soins intra et extra hospitalier
Les principes fondamentaux de la politique de secteur ont défini lorganisation et lactivité des soignants, les principaux étant :
- Délimitation géographique.
- Equipe pluridisciplinaire.
- Accès aux soins par une proximité géographique de loffre de mobilité des personnels.
- Non discrimination des personnes souffrant de troubles mentaux.
- Posture daccueil et de disponibilité.
- Continuité des soins dans les phases de la prise en charge et du processus de maladie.
- Proximité entre les lieux de soins et les lieux de vie pour aider le sujet à se saisir ou à se ressaisir de lui même et de son autonomie en sintégrant dans un milieu de vie.
- Instauration dun maillage dans la cité entre les personnes, professionnels et partenaires.
Historique :
- 1838 : Loi du 30 juin assurant un asile par département.
- 1924 : Apparition des premiers services ouverts.
- 1937 : Circulaire ministérielle sur lhygiène mentale hors structures hospitalières.
- 1938 : Les asiles deviennent des hôpitaux psychiatriques.
- 1945 : Création dunité de prévention, prophylaxie et post cure.
- 1960 : Circulaire du 15 mars : création du secteur.
- 1972 : Arrêté du 14 mars : organisation réelle de la sectorisation.
- 1986 : Arrêté du 14 mars : définition des structures et des missions mises à disposition.
- 1990 : Circulaire du 14 mars : le secteur devient une aire de concentration et de coordination des actions à conduire au plan local avec lensemble des partenaires et une base de planification en santé mentale.
ANNEXE V
Extraits du Décret 2004-802 du 29/07/04 du code de la santé publique :
Article R. 4311-1
L'exercice de la profession d'infirmier ou d'infirmière comporte l'analyse, l'organisation, la réalisation de soins infirmiers et leur évaluation, la contribution au recueil de données cliniques et épidémiologiques et la participation à des actions de prévention, de dépistage, de formation et d'éducation à la santé.Dans l'ensemble de ces activités, les infirmiers et infirmières sont soumis au respect des règles professionnelles et notamment du secret professionnel.Ils exercent leur activité en relation avec les autres professionnels du secteur de la santé, du secteur social et médico-social et du secteur éducatif.
Article R. 4311-2
Les soins infirmiers, préventifs, curatifs ou palliatifs, intègrent qualité technique et qualité des relations avec le malade. Ils sont réalisés en tenant compte de l'évolution des sciences et des techniques. Ils ont pour objet, dans le respect des droits de la personne, dans le souci de son éducation à la santé et en tenant compte de la personnalité de celle-ci dans ses composantes physiologique, psychologique, économique, sociale et culturelle :1- De protéger, maintenir, restaurer et promouvoir la santé physique et mentale des personnes ou l'autonomie de leurs fonctions vitales physiques et psychiques en vue de favoriser leur maintien, leur insertion ou leur réinsertion dans leur cadre de vie familial ou social ;2- De concourir à la mise en place de méthodes et au recueil des informations utiles aux autres professionnels, et notamment aux médecins pour poser leur diagnostic et évaluer l'effet de leurs prescriptions ;3- De participer à l'évaluation du degré de dépendance des personnes ;4- De contribuer à la mise en uvre des traitements en participant à la surveillance clinique et à l'application des prescriptions médicales contenues, le cas échéant, dans des protocoles établis à l'initiative du ou des médecins prescripteurs ;5- De participer à la prévention, à l'évaluation et au soulagement de la douleur et de la détresse physique et psychique des personnes, particulièrement en fin de vie au moyen des soins palliatifs, et d'accompagner, en tant que de besoin, leur entourage.
Article R. 4311-4
Lorsque les actes accomplis et les soins dispensés relevant de son rôle propre sont dispensés dans un établissement ou un service à domicile à caractère sanitaire, social ou médico-social, l'infirmier ou l'infirmière peut, sous sa responsabilité, les assurer avec la collaboration d'aides-soignants, d'auxiliaires de puériculture ou d'aides Médico-Psychologique qu'il encadre et dans les limites de la qualification reconnue à ces derniers du fait de leur formation. Cette collaboration peut s'inscrire dans le cadre des protocoles de soins infirmiers mentionnés à l'article R. 4311-3.
Article R. 4311-5
Dans le cadre de son rôle propre, l'infirmier ou l'infirmière accomplit les actes ou dispense les soins suivants visant à identifier les risques et à assurer le confort et la sécurité de la personne et de son environnement et comprenant son information et celle de son entourage :- Soins et procédés visant à assurer l'hygiène de la personne et de son environnement ;- Surveillance de l'hygiène et de l'équilibre alimentaire ;- Aide à la prise des médicaments présentés sous forme non injectable ;- Vérification de leur prise ;- Surveillance de leurs effets et éducation du patient ;- Aide et soutien psychologique ;- Observation et surveillance des troubles du comportement.
Article R. 4311-6
Dans le domaine de la santé mentale, outre les actes et soins mentionnés à l'article R. 4311-5, l'infirmier ou l'infirmière accomplit les actes et soins suivants :- Entretien d'accueil du patient et de son entourage ;- Activités à visée socio thérapeutique individuelle ou de groupe ;- Surveillance et évaluation des engagements thérapeutiques qui associent le médecin, l'infirmier ou l'infirmière et le patient.
Article R. 4312-4
Le secret professionnel s'impose à tout infirmier ou infirmière et à tout étudiant infirmier dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu'il a vu, lu, entendu, constaté ou compris.
La visite à domicile en psychiatrie
Une autre facette de lentretien infirmierLors dun entretien à visée thérapeutique, comment linfirmier
doit-il se positionner au domicile dun patient atteint de névrose ?Ce travail de fin détude aborde la question du positionnement infirmier lors dun entretien au domicile dun patient atteint de troubles névrotiques. Il sélabore autour dune approche théorique qui se confronte par la suite à des faits recueillis sur le terrain auprès dinfirmier de services extrahospitalier de psychiatrie. De cette confrontation va naître une nouvelle problématique que je vous laisse découvrir
Mots clés :
Distance thérapeutique
Entretien infirmier
Trouble névrotique
Visite à domicile
Décret n°93-345 du 15 Mars 1993 relatif aux actes professionnels et à lexercice de la profession dinfirmier.
Article L.473 de la loi n° 78-615, Code de la santé publique du 31 mai 1978.
BERNARD J.-C. Le soin infirmier en psychiatrie, Soins psychiatrie, n°130-131, août septembre 91.
SNOECK M. : Attitudes professionnelles de linfirmière psychiatrique. Soins psychiatrie n°65 Mars 86.
LEYRELOUP A-M. et DIGONNET E. : pratique de lentretien infirmier. Paris : Masson, 2000. p.38
Alfred ADLER. : Pratique et théorie de la psychologie individuelle. Paris : Payot, 1961. P.288
QUINET P. : la VAD, espace dhumanité. Santé mentale n°26, mars 1998.
BARDON A. : Les missions du CMP adulte. Soins psychiatrie n°175, Février 95.
HALL E., La dimension cachée. Paris : Seuil, 1971 (Collection Point Essais) p. 129 à 142
LEYRELOUP A-M. et DIGONNET E. : Pratique de lentretien infirmier. Paris : Masson, 2000. p.127
HALL E., La dimension cachée. Paris : Seuil, 1971 (Collection Point Essais) p.144
MANOUKIAN A. Pratiquer la relation soignant soigné. 2001, Editions Lamarre. p.32
HALL E., La dimension cachée. Paris : Seuil, 1971 (Collection Point Essais) p.145
RUSZNIWSKI M. : Face à la maladie grave. 1997 Dunod p. 51
Alfred ADLER. : Pratique et théorie de la psychologie individuelle. Paris : Payot, 1961. p.290
RUSZNIWSKI M. : Face à la maladie grave. 1997 Dunod p.53
TREMBLAY L. La relation daide, développer des compétences pour mieux aider. Lyon, 2002
PERRONNET R. Gérer ses émotions dans la relation d'aide ? sur www.evolute.fr/text/ecrit_gestion_emotions.html