L'infirmier libéral face à la réalité des soins - Cours infirmiers en ligne
En tant qu'étudiante infirmière, au cours de ma formation en I.F.S.I.[2] et de ...... le
sujet, il me paraît essentiel de justifier et d'expliquer la méthodologie que j'ai ...
vue de ma problématique, sans en oublier. 3.2. La structure et la population cible
.
part of the document
.............................................
2.1. Le contexte .................................................................................
Linfirmier et lexercice libéral ...................................................
a) Définitions ........................................................................
b) Un petit historique de la profession .................................
c) Quelques données statistiques ..........................................
d) Lexercice libéral : un choix ... une nécessité ..................
Les motivations ...............................................................
Les contraintes ................................................................
Pourquoi le libéral est-il si prisé ? ...................................
e) Les conditions dinstallation et de travail ........................
Page 1
Page 4
Page 4
Page 4
Page 4
Page 5
Page 6
Page 7
Page 7
Page 8
Page 9
Page 10
f) Aspect juridique ...............................................................
Le décret 2004-802 du 29.07.2004 .................................
Larrêté du 13.04.2007 ....................................................
La réalité, synonyme de difficultés ? ...........................................
2.2. Les concepts ...............................................................................
3. La procédure dinvestigation ................................................................
3.1. Loutil denquête ........................................................................
3.2. La structure et la population cible ..............................................
3.3. Le test de loutil .........................................................................
3.4. Le déroulement des enquêtes .....................................................
4. Lanalyse des résultats ..........................................................................
4.1. Lanalyse descriptive .................................................................
Lentretien n°1 .............................................................................
Page 13
Page 13
Page 14
Page 15
Page 16
Page 19
Page 19
Page 20
Page 21
Page 22
Page 23
Page 23
Page 23
Lentretien n°2 .............................................................................
Lentretien n°3 .............................................................................
4.2. Lanalyse interprétative .............................................................
a) La situation familiale .......................................................
b) Le parcours professionnel ................................................
Lexpérience professionnelle ..........................................
Le cabinet en lui-même ..................................................
c) Le choix dexercer en libéral ...........................................
d) La notion de « prendre soin » ..........................................
e) Les qualités requises pour être infirmier libéral ..............
Les qualités personnelles ................................................
Les qualités professionnelles ..........................................
f) Les difficultés rencontrées dans le libéral ........................
Page 25
Page 28
Page 30
Page 30
Page 31
Page 31
Page 32
Page 33
Page 34
Page 36
Page 36
Page 37
Page 37
g) Les textes législatifs spécifiques de lexercice libéral .....
h) Les satisfactions de ce mode dexercice ..........................
i) Lévolution de la profession .............................................
5. La synthèse ...........................................................................................
6. Conclusion ............................................................................................
Bibliographie ............................................................................................
Annexes ....................................................................................................
Annexe 1 : mon outil denquête ...................................................
Annexe 2 : le tableau synthétique de mes entretiens ...................
Remerciements .........................................................................................
Page 41
Page 42
Page 43
Page 45
Page 46
Page 48
Page 51
Page 51
Page 52
Page 62
1. Introduction
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
En tant quétudiante infirmière, au cours de ma formation en I.F.S.I. et de mes stages pratiques en milieu hospitalier, jai été sensibilisée au rôle infirmier et aux règles régissant lexercice de la profession. En effet, la formation en I.F.S.I. insiste beaucoup sur les aspects législatifs de lexercice de la profession ; et au cours de mes différents stages, jai pu mettre en uvre ces acquis et faire face aux réalités de la vie professionnelle.
Mais en 2ème année, au moment de choisir le stage libre du mois de juillet, je me suis posé des questions quant au déroulement du métier dinfirmier en milieu libéral. Je me suis interrogé sur la façon dappliquer, dans un contexte libéral, toutes ces règles essentielles que nous enseignent les formatrices de lI.F.S.I.
Jai donc décidé de réaliser mon stage libre au sein dun cabinet dinfirmiers libéraux, en milieu urbain, en périphérie de Lyon.
Ce stage ma permis de me remettre en question, par rapport à ladaptation de ma théorie aux réalités et aux difficultés de la profession ; il ma beaucoup interpellé, puisque dès le 1er jour, je me suis énormément questionnée, quant à lexercice dinfirmier libéral :
Comment respecter lintimité et la vie privée du patient, sachant que lon sintroduit chez lui ? Le patient peut-il vivre le soin comme une intrusion ?
Selon larticle R. 4312-2 du décret infirmier, « linfirmier exerce sa profession dans le respect de la vie et de la personne humaine. Il respecte la dignité et lintimité du patient et de sa famille ».
Comment réaliser des soins dans le respect des règles dhygiène de base ? De quels moyens dispose-t-on pour appliquer ces règles ? A quelles adaptations doit faire face linfirmier libéral ?
De quels moyens dispose-t-on pour trier et éliminer dans les règles les déchets aux domiciles des patients ? Comment assurer son rôle dinfirmier dans une structure non-adaptée au soin ?
Selon larticle R. 4312-11 du décret infirmier, « linfirmier respecte et fait respecter les règles dhygiène dans ladministration des soins, dans lutilisation des matériels et dans la tenue des locaux [...] ».
Selon larticle R. 4312-33 du décret infirmier, « linfirmier doit disposer, [...] dune installation adaptée et de moyens techniques suffisants pour assurer laccueil, la bonne exécution des soins et la sécurité des patients ».
Comment faire des transmissions de manière efficace en libéral ? De quels moyens dispose-t-on ? Comment mettre en uvre une collaboration adaptée entre les différents membres de léquipe médicale et paramédicale ?
Selon larticle R. 4312-14 du décret infirmier : « dans le cadre de son rôle propre, linfirmier est également responsable des actes quil assure avec la collaboration des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture [...] ».
Comment faire un recueil de données utilisable et complet ?
Selon larticle R. 4312-28 du décret infirmier, « linfirmier peut établir pour chaque patient un dossier de soins infirmiers contenant tous les éléments relatifs à son rôle propre et permettant le suivi du patient. »
Dans le cadre dun cabinet libéral formé de plusieurs infirmiers, comment faire face à des patients qui refusent les soins de lun des infirmiers ?
Selon larticle R. 4312-8 du décret infirmier, « linfirmier doit respecter le droit du patient de sadresser au professionnel de santé de son choix ».
Jusquoù va la capacité dadaptation et dinitiative de linfirmier libéral ? Pourquoi peut-il prescrire ? Quel est lintérêt ? Dans quelles limites ?
Selon larticle 1 de larrêté sur la prescription infirmière, « [...] les infirmiers sont autorisés, [...], à prescrire aux patients, [...], les dispositifs médicaux suivants [...] ».
Suite à toutes ces interrogations et face aux règles auxquelles sont régis les infirmiers, jai décidé de travailler la problématique suivante :
« A quelles réalités doivent faire face les infirmiers libéraux, dans la réalisation de soins à la personne ? ».
Dans une première partie, jexposerai le cadre de référence, étape indispensable me permettant de décrire, de situer et denrichir le sujet et le problème. Je définirai ensuite les notions importantes et essentielles à la compréhension de ce T.F.E., puis la méthodologie denquête. Je finirai par lanalyse des données recueillies, par une synthèse puis une conclusion.
2. Le cadre théorique
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Etabli à partir des mots-clés présents dans la question centrale, le cadre théorique est orienté autour de deux axes : le contexte et les concepts.
2.1. Le contexte
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Il est essentiel de poser les bases du sujet et de cerner plus précisément la problématique, à savoir ce que jentends par le terme « infirmier » et ce quest plus exactement lexercice libéral. Il me paraît également fondamental de sintéresser au quotidien des infirmiers libéraux au cours de leur profession.
Linfirmier et lexercice libéral
a) Définitions
Selon le code de la santé publique français : « est considéré comme exerçant la profession d'infirmier toute personne qui donne habituellement des soins infirmiers sur prescription ou conseil médical, ou en application du rôle propre qui lui est dévolu. L'infirmier participe à différentes actions, notamment en matière de prévention, déducation de la santé et de formation ou d'encadrement ».
En dautres termes, linfirmier est la personne qui s'occupe des malades, les soigne, soit sous la direction d'un médecin, soit dans le cadre de son rôle propre, de sa propre initiative, lorsquil juge des soins dentretien ou de continuité de la vie nécessaires.
Par le terme « libéral », je caractérise le professionnel infirmier qui dispense des soins à domicile ou dans un cabinet privé, de manière relativement indépendante.
Selon une définition du C.N.R.T.L., « une profession libérale est une carrière qui demande, dans son exercice, une totale indépendance, en particulier vis-à-vis d'un intérêt, d'un contrat ou d'une autorité ».
b) Un petit historique de la profession
! Les premiers hôpitaux religieux sont créés.
! Au Moyen-Age, le terme « guérir » disparaît peu à peu pour laisser place à la notion de « prendre soin ».
! A St Vincent de Paul, les 1ère formations de soignants sont créées.
! Création de la 1ère école infirmière de l assistance publique : le mot « soignant » est remplacé par le mot « infirmier ».
! Instauration du brevet de capacité d'infirmier professionnel, délivré à la fin d une formation.
! Suppression du brevet pour un diplôme supérieur d'infirmier hospitalier d'Etat.
! Les lois définissant les conditions d'exercice de la profession sont reprises par le code de la santé publique.
! Officialisation de l exercice libéral de la profession en France.
! Obligation du diplôme d Etat pour exercer la profession d infirmier.
! Création du certificat d'aptitude aux fonctions d'aide anesthésiste.
! Apparition du rôle propre.
! Obtention de la gratuité des études d'infirmier.
! Création de la spécialisation « infirmier spécialisé en salle d'opération » et fin du tronc commun aide soignant infirmier.
! Apparition de l'expression « soins infirmiers ».
! Création du certificat de cadre infirmier et d infirmier psychiatrique.
! Le nouveau programme d étude repose sur le rôle propre et les soins infirmiers sur prescription.
! Création d un nouveau décret relatif à l'exercice de la profession.
! Projet d'un diplôme unique entre infirmier en soins généraux et infirmier psychiatrique.
! Création des I.F.S.I.
! Création du diplôme de cadre de santé.
! Le décret du 29.07.04 relatif à lexercice de la profession dinfirmier définit les actes infirmiers et les compétences de linfirmier.
c) Quelques données statistiques
Actuellement, en France, il est difficile de coter convenablement le nombre dinfirmiers libéraux qui exercent sur le territoire. En effet, les chiffres obtenus en 2003, par les quatre organismes principaux responsables des enquêtes de recensement (S.N.I.R., Adeli, I.N.S.E.E., CARPIMKO), ne sont pas exempts décarts significatifs ; ces écarts sont essentiellement dus aux infirmiers libéraux remplaçants et aux départs à la retraite, difficilement répertoriables.
Cependant, la D.H.O.S., suite à la mission dharmonisation des données quelle a effectué en 2003, a pu obtenir des chiffres sans doute assez proches de la réalité, à savoir :
Quapproximativement 54.000 infirmiers libéraux exerçaient en France cette année-là.
Quen dix ans, le nombre dinfirmiers libéraux a crû denviron 21% ; parallèlement le nombre dinfirmiers diplômés dEtat dans son ensemble, sest vu augmenté de 182% (passant denviron 150.000 en 1971 à 423.400 en 2003).
Quil en est de même pour le pourcentage dinfirmiers libéraux : la part des infirmiers libéraux, par rapport à lensemble des infirmiers diplômés, qui était de 12,8% en 1993, se « tasse » légèrement pour atteindre environ 14% en 2003.
Quels que soient les chiffres obtenus, il est remarquable que, fidèle aux stéréotypes qui lui sont conférés, le métier dinfirmier est une profession à tendance féminine. Effectivement, en 2003, seulement 12,8% des infirmiers diplômés et 13,5% des infirmiers libéraux sont des hommes.
d) Lexercice libéral : un choix ... une nécessité
Les motivations
Au vu des chiffres obtenus, il est incontestable que la profession dinfirmier libéral connaît un essor certain. Mais comment expliquer quun si grand nombre dinfirmiers soit intéressé par ce mode dexercice si particulier ? Quelles sont leurs motivations pour faire ce choix ? Quels facteurs entrent en jeu dans leur décision dabandonner le statut de salarié pour le statut de libéral ?
Quand salarié rime avec insatisfait
La condition salariale dans les services de soins nest pas toujours idéale : type de poste proposé ne correspondant pas toujours aux attentes (les contrats à durée déterminée sont très répandus dans le paramédical), manque de personnel médical (et donc charge importante de travail), contrainte de lorganisation du travail ... Nombreux sont les éléments dinsatisfaction du statut dinfirmier salarié.
Cest donc souvent dans un contexte de déceptions, doccasions manquées, dinachèvement et dinsatisfaction vis-à-vis des institutions hospitalières que la majorité des infirmiers libéraux décident de franchir le pas du libéral.
La prise de poste par défaut
Il arrive parfois que certains infirmiers intègrent un cabinet libéral « faute de mieux », ayant manqué leur premier choix dorientation, ressentant des difficultés dans lexercice de la profession en tant que salarié, ou tout simplement ne parvenant pas à obtenir un emploi dans une structure hospitalière (en effet, dans certaines cas, les possibilités dobtenir un emploi, au niveau local, peuvent être restreintes).
Linfluence de la parentèle
Il me semble essentiel daborder le sujet de la socialisation primaire, qui joue probablement un rôle important dans le choix des infirmiers libéraux..
Effectivement, en observant lentourage des infirmiers libéraux, il nest pas rare de voir quil est constitué de personnes issues dun secteur qualifié dindépendant (artisan, commerçant, employé libéral ...). Ceci sexplique par le fait que, bien souvent, les parents ayant travaillés (ou exerçant) dans un secteur propice à lautonomie ont tendance à inculquer à leurs enfants, à leurs proches, des valeurs qui leur sont propres.
Le goût pour lindépendance
Lun des principaux avantages de lexercice libéral préside en labsence de rapport hiérarchique. Ce mode dactivité permet une certaine indépendance, une certaine autonomie, que nombre de professionnels envie ; cette autogestion garantit la liberté de jugement de linfirmier, sans influence extérieure.
Lindépendance permet également à linfirmier dengager sa responsabilité personnelle, garantissant ainsi la qualité de ses prestations et des procédures de soin quil met en uvre.
La conciliation entre travail et vie de famille
Le libéral permet certaines libertés impossibles au sein du milieu hospitalier : le temps est géré différemment, individuellement. Libre à chacun de gérer et dorganiser son temps « à sa guise ». Non sans une certaine naïveté, lemploi du temps est donc souvent considéré comme plus conciliable avec une vie de famille.
Il nest dailleurs pas rare de voir des infirmiers passer le cap du libéral suite à une naissance, un congé maternité ou pour suivre le conjoint (notamment en cas de mutation).
Gagner en revenus
Une rémunération plus attrayante semble être un argument de plus, au moment où, pour les raisons entrevues précédemment, linfirmier est tenté de quitter lhôpital ou la clinique où il travaille.
Les contraintes
Comme je viens de lexpliquer, les raisons du passage du statut de salarié au statut dindépendant sont très diverses, et il nexiste pas de principe explicatif universel.
Mais dans tous les cas, il semble évident, aujourdhui encore, que les idées reçues, les stéréotypes et lidéalisation, à propos de tous ceux qui exercent (et de tous ceux qui se dirigent vers lexercice libéral) ne rejoignent pas toujours la réalité à laquelle ils doivent faire face.
Une gestion du temps controversée
La confrontation avec la réalité du terrain a bien vite conduit les infirmiers libéraux à modérer leur propos. Effectivement, fréquents sont les infirmiers se moquant de la naïveté du débutant qui les a poussé à glorifier, peut être à tort, la gestion du temps en libéral.
Assurément, il nest pas toujours évident de concilier les horaires à rallonge, entrecoupés, rendant difficile la possibilité de prendre des jours de congé ou des vacances, avec une vie de famille.
En plus de cette contrainte non négligeable, les infirmiers libéraux peuvent également devoir assurer des gardes de nuit, afin de subvenir aux demandes nocturnes (certes exceptionnelles) des patients quils suivent à domicile.
La contrainte du travail administratif
Linfirmier libéral, régit par les mêmes règles législatives que nimporte quel autre infirmier, se voit imposer, en plus des actes classiques de soins, un certain nombre de tâches administratives telles la rédaction de feuille de soins, la tenue de la comptabilité ou encore la gestion dun standard téléphonique. Cet aspect de lexercice libéral est le plus souvent vécu comme une contrainte, qui prend beaucoup de temps, dénergie et qui peut parfois aboutir à renoncer à être rémunéré.
Les relations professionnelles
Quelle que soit la configuration du cabinet, une difficulté majeure revient fréquemment dans le propos des infirmiers libéraux : le manque de travail en équipe. En effet, lun des principaux avantages regrettables que présente lexercice hospitalier est le travail déquipe. Il permet une certaine forme de solidarité et de soutien qui nexiste pas dans le libéral (et tout particulièrement dans les cabinets ne comptant quun seul infirmier) : partage des soins en cas de surcharge de travail, soutien moral dans les moments difficiles, aide physique lors de soins plus lourds ...
Pourquoi le libéral est-il si prisé ?
Au vu de ces éléments, il est, semble-t-il, important de se poser la question de la réelle origine dune telle inflation du mode libéral : pourquoi, en dépit des contraintes, le libéral se développe-t-il ainsi ?
Lhypothèse la plus probable et la plus raisonnable pour expliquer ce phénomène, est que lexercice libéral est devenu une nécessité.
Loffre suscite la demande
De nous jours, les personnes nécessitant des soins, si elles en ont lopportunité, demandent à rester le plus longtemps possible chez elles. Elles désirent, dans la mesure de lacceptable, réaliser leur soins dans un environnement qui leur est familier, dans un environnement moins contraignant, moins angoissant quune hospitalisation classique.
Le développement des moyens techniques
Les progrès technologiques et les avancées récentes dans les domaines que sont les aides techniques, les installations et les prestations facilitent aujourdhui certaines formes de soins à domicile. En effet, sans les moyens actuels, les soins infirmiers à domicile ne seraient pas possibles.
Un facteur de poids : le coût
Les coûts engendrés par la réalisation de soins à domicile, par un infirmier libéral, sont bien moindres que ceux dune hospitalisation classique. Les dépenses de santé sont donc réduites tout en améliorant la qualité des soins.
La politique de lemploi
La santé à domicile comporte des enjeux importants pour léconomie française. Cest un vaste gisement demplois de service à la personne ; son expansion nécessite de nouveaux personnels, de nouveaux métiers et donc de nouvelles formations qualifiantes.
e) Les conditions dinstallation et de travail
Selon le décret relatif aux soins à domicile, linfirmier libéral se doit de respecter certaines conditions pour exercer sur le territoire français :
Il doit justifier dune expérience professionnelle de 24 mois (soit 3.200h) dans les 6 ans précédant la demande dinstallation sous convention. Cette expérience est issue dune équipe de soins généraux au sein dun service organisé dans un établissement de soins ou dans un groupement de coopération sanitaire.
En cas de non-respect de cette condition, linfirmier se verra dans lobligation de suivre, dans les 12 mois suivant son installation, lintégrité dune action de formation continue conventionnelle.
Il doit être inscrit à la C.P.A.M. du lieu dexercice et justifié de son expérience, dans le but dobtenir ses propres feuilles de soins pré-identifiées, et de bénéficier des avantages sociaux des auxiliaires médicaux conventionnées.
Il doit déclarer le début de son activité à la CARPIMKO (la caisse de retraite des infirmiers).
Il a à sa charge lenregistrement de son diplôme dEtat à la D.D.A.S.S., dans le département dans lequel il veut exercer.
Il est de sa responsabilité dêtre inscrit à lOrdre des infirmiers.
Il doit être affilier à lURSSAF et déclarer le début de son activité dans le mois qui suit son installation.
Il doit disposer dun local professionnel adapté : ce local comprend obligatoirement une salle de soins, une salle dattente, laccès à un sanitaire et un emplacement réservé au nettoyage du matériel.
Il est recommandé de souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle (possible chez nimporte quel courtier ou bureau dassurance).
Il peut parfois être utile de souscrire un contrat de prévoyance ; en effet, en cas darrêt de travail, linfirmier ne touche aucune indemnisation dans les 90 premiers jours !
Les infirmiers libéraux ont souvent recours aux services dun expert comptable, qui vérifie et simplifie la comptabilité et les démarches administratives.
Il est recommandé douvrir un compte bancaire professionnel.
Une fois toutes ces règles respectées, linfirmier libéral peut exercer, et ce, sous différents statuts et différents modes dexercice :
La prestation de service : linfirmier peut exercer pour des structures de soins à domicile : SSIAD, HAD, ou pour toute autre structure ayant ponctuellement besoin de compétences infirmières : colonie de vacances, entreprises, laboratoires pharmaceutiques. Dans ce cas, linfirmier signe une convention avec la structure (précisant les prestations fournies, les tarifs appliqués, la durée de contrat ...), permettant ainsi à linfirmier dêtre payé par la structure et non plus par le patient.
Le remplacement : un infirmier remplaçant se substitue temporairement à un infirmier libéral disposant de son propre cabinet et dune clientèle personnelle. Le remplaçant signe un contrat de remplacement avec le titulaire, précisant plusieurs points :
Le remplaçant utilise les feuilles de soin du titulaire ; il raye le nom du titulaire et y appose son nom à côté. (Il est important de préciser ce point, puisque le remplaçant doit reverser une part de son chiffre daffaire à la CPAM sil dépasse son quota de patients).
Le titulaire doit rétrocéder une part de ses honoraires au remplaçant, en fonction de la durée du remplacement et des actes réalisés.
Une clause de non-concurrence est ajoutée sur tout contrat.
La collaboration : certains infirmiers préfèrent intervenir en tant que collaborateurs ; ils se voient mettre à leur disposition des locaux et le matériel nécessaire par dautres infirmier libéraux qui eux possèdent, seuls ou à plusieurs, un cabinet infirmier. Les collaborateurs versent alors une part de leur chiffre daffaire au propriétaire du cabinet, correspondant en général à un pourcentage des honoraires quils ont directement encaissés et en fonction des services et de lassistance technique qui leur sont fournis. Là aussi un contrat précise les droits et devoirs de chacun. Comme les titulaires, les collaborateurs apposent leur plaque devant le cabinet auquel ils sont attachés et disposent bien de leurs propres feuilles de soins.
Le domicile ou le cabinet libéral : quil choisisse dexercer à son cabinet ou au domicile des patients, linfirmier libéral peut choisir dêtre conventionné ou non. Sil est conventionné, il accepte les termes de la convention nationale et sengage à appliquer des tarifs conventionnels. Sil choisit de ne pas être conventionné (ce qui est plus rare), linfirmier libéral doit alors fixer librement ses propres honoraires.
Quelle que soit la possibilité adoptée, comme tout travailleur indépendant, linfirmier libéral se doit dafficher ses tarifs sur son lieu dexercice.
Le cabinet en association : il en existe deux grands types : la société civile de moyens (SCM) et la société civile professionnelle (SCP) :
L a SCM consiste à mettre en commun les dépenses, offrant ainsi la possibilité de créer un cabinet pluridisciplinaire ; plusieurs professionnels (médecins, kinésithérapeutes, aide-soignants, pédicures ...) peuvent alors exercer au sein dun même local, en utilisant le même matériel, voire en embauchant le même personnel (secrétaire, standardiste, comptable, femme dentretien). Mais en aucun cas les bénéfices ne sont redistribués : chaque membre de léquipe perçoit ses honoraires individuellement.
L a SCP nest composé que par des membres dune même profession (dans notre cas, des infirmiers). La société est au nom dun seul des infirmiers, propriétaire du cabinet et de la clientèle. Cest elle qui encaisse les honoraires, qui règle les dépenses et qui répartit les bénéfices entre les associés.
Dans les deux cas, un contrat dexercice en commun (CEM) fixe les droits et les obligations de chaque membre du cabinet.
f) Aspect juridique
Dans lexercice libéral, les soins dispensés par linfirmier sont très variés et correspondent tous au rôle propre (nursing) ou au rôle médical délégué (injections, pansements, perfusions ...). Mais quoiquil en soit, linfirmier libéral est soumit aux mêmes règles quun infirmier dit classique, salarié dune institution hospitalière.
Cependant, le décret infirmier diffère sur quelques points quil est important de préciser.
Le décret 2004-802 du 29.07.2004, régissant les règles professionnelles infirmières
Article R. 4312-33 à R. 4312-39 : les règles générales
Linfirmier libéral doit disposer, sur son lieu dexercice professionnel, dune adaptation et de matériel suffisants et adaptés à la bonne exécution des soins et à la sécurité des patients.
Ce local professionnel, singulier et unique, ne doit pas être un local commercial mettant en vente des médicaments ou des produits ayant un rapport avec lactivité infirmière.
En cas dassociation de plusieurs infirmiers libéraux, un contrat écrit, concernant les droits et devoirs de chacun, doit obligatoirement être rédigé.
Tous procédés directs ou indirects de réclame ou de publicité sont interdits : linfirmier doit ne faire apparaître sur sa plaque que ses noms, prénoms, titres, diplômes, adresses et téléphones professionnels, horaires dactivités.
Il est interdit à un infirmier qui remplit un mandat électif ou une fonction administrative den user pour accroître sa clientèle.
Article R. 4312-40 et R. 4312-41 : les droits envers les patients
Il est obligatoire, pour un infirmier libéral, dafficher le tarif des actes infirmiers sur son lieu dexercice, et den informer le patient. Linfirmier est cependant libre de dispenser des soins gratuitement.
Si linfirmier décide, pour quelque raison que se soit, de ne pas effectuer des soins, il doit en expliquer les raisons au patient et lui remettre la liste départementale des infirmiers disponibles.
Article R. 4312-42 : les devoirs envers les confrères
Toute concurrence déloyale et tout détournement de clientèle sont interdits.
Article R. 4312-43 à R. 4312-48 : les conditions de remplacement
Le remplacement dun infirmier est possible uniquement pour une durée correspondant à lindisponibilité de linfirmier remplacé, par un infirmier libéral ou par un infirmier hospitalier. Dans tous les cas, le remplaçant ne peut suppléer plus de deux infirmiers à la fois.
Dans lexercice de sa profession, linfirmier ne peut pas employer comme salarié un autre infirmier (ou un étudiant infirmier).
Larrêté du 13.04.2007, fixant la liste des dispositifs médicaux que les infirmiers sont autorisés à prescrire
Les infirmiers sont autorisés, dans le cadre d'une prescription médicale et dans l'exercice de leur compétence, à prescrire aux patient les dispositifs médicaux suivants :
Les articles pour pansement (compresses, jersey, bandes, coton, sparadraps ...).
Les cerceaux de lit.
Les dispositifs médicaux pour le traitement de l'incontinence et pour l'appareil urogénital (étui pénien, bassin, urinal, dispositifs médicaux de stomie, sondes vésicales ...).
Les dispositifs médicaux pour perfusion (perfuseur, aiguille épicrânienne, cathéter périphérique, robinet à trois voies, bouchons, aiguille de Huber, mât à sérum ...).
Les matelas ou surmatelas d'aide à la prévention des escarres.
Les pansements hydrocolloïde, hydrocellulaire, hydrofibre, hydrogel ou siliconés.
Les pansements d'alginate, à base de charbon actif, vaselinés ou à base d'acide hyaluronique.
Les sondes naso-gastriques ou naso-entérales pour nutrition entérale.
Dans le cadre d'un renouvellement à l'identique, les bas de contention.
Dans le cadre d'un renouvellement à l'identique, les accessoires pour lecteur de glycémie et autopiqueurs.
La réalité, synonyme de difficultés ?
Avant de rentrer dans le vif du sujet, à savoir comment sadaptent les infirmiers libéraux face aux réalités auxquelles ils sont confrontés, il me semble important de définir ce que jentends par le terme « réalité ».
Le CNRT définit la réalité comme étant « laspect physique, la manifestation concrète et matérielle des choses, ce à quoi réfère une désignation, une représentation ».
La notion de « réalité » rassemble lensemble des faits existants indépendamment de tout sujet, ce qui nest pas le produit de la pensée. La réalité caractérise ce qui est établi, fondé et non fictif.
Le plus souvent, elle ne correspond pas à lidée que lon sen fait, à nos pensées, à notre imagination.
Les chapitres précédents ont permis de développer, entre autre, les règles législatives auxquelles les infirmiers doivent se soumettre, les décrets quils doivent respecter.
Dans le milieu hospitalier, les infirmiers présentent un certain avantage pour subvenir aux demandes et aux attentes de ces textes de loi, tant dun point de vue matériel, architectural, quhumain (quoique, de nos jours, la pénurie de personnel médical se fait de plus en plus ressentir
).
Il en est autrement dans le milieu extra-hospitalier, et plus particulièrement en milieu libéral.
En effet, dans lexercice libéral, au domicile des patients, nombreux sont les cas où la réalité heurte linfirmier à une situation imprévue, quil navait pas entrevue ni même imaginée (absence de point deau à proximité du lieu des soins, locaux vétustes et non hygiéniques, matériel indisponible, manque de connaissances du patient au sujet des règles dhygiène de base ...). Cest une situation face à laquelle il se retrouve démuni, obligé de se comporter autrement, obligé de modifier sa façon de faire, de changer de conduite et de sajuster aux circonstances
obligé de sadapter. Cette adaptation lui permet de se mettre en accord avec la réalité, de manière à obtenir un ensemble fonctionnel et respectueux des règles. La gêne, la peine, leffort fourni lors de cette adaptation peuvent être qualifiés de difficulté, poussant linfirmier à acquérir une certaine habileté pour pouvoir passer outre les obstacles qui se présentent à lui.
2.2. Les concepts
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Le contexte ci-dessus a permis de situer le problème.
Les concepts vont maintenant permettre daborder différents points de vue, par rapport à une notion essentielle au rôle propre infirmier, quil soit hospitalier ou libéral : le concept de « prendre soin ».
Selon lencyclopédie Larousse, le terme « prendre soin », du latin procurare : prendre soin pour, signifie : « faire avoir par ses soins, quelque chose à quelquun ».
Pour Walter HESBEEN, « prendre soin » désigne « porter une attention particulière à une personne qui vit une situation qui lui est particulière et ce, dans la perspective de lui venir en aide, de contribuer à son bien-être, à sa santé ». Il explicite cette définition grâce à trois grandes notions :
La notion de « perspective soignante » : Walter explique que tout soignant a pour devoir principal, de prendre soin des personnes, quelque soit la spécificité de sa profession. Il précise que laction de prendre soin fait appel à lintention. En effet, un soignant ne peut prendre correctement soin dun patient si, à lorigine, il nen a pas envie : « encore faut-il que laction quotidienne soit marquée par lintention de prendre soin des personnes et pas seulement de leur faire des soins ». Il souligne laspect paradoxal des établissements de santé actuels : les techniques médicales savèrent de plus en plus performantes, alors que de grands progrès restent encore à faire par rapport à la prise en charge singulière de chacun. « Les professionnels [...] témoignent de performance pour « faire des soins ». [...] En revanche, un chemin reste à parcourir afin de transformer la performance techno-scientifique en une compétence soignante. [...] La perspective soignante procède ainsi dune tonalité générale humainement plus engagée ».
La démarche soignante : « le mot « démarche » désigne cette capacité de se mouvoir, de se porter vers autrui en vue de marcher avec lui ». Selon Walter, la démarche soignante repose sur deux principes généraux :
La rencontre : tout soignant, quelquil soit, se doit daller à la rencontre du patient (ou daccueillir celui qui vient à sa rencontre) dans un but bien précis : établir des liens de confiance. Ces liens permettent au soigné de percevoir le soignant comme quelquun dutile, qui va lui venir en aide ; ils permettent également au soignant, sans abandonner laspect physique de la pathologie, de détecter et de montrer son intérêt pour la situation particulière du patient, ce qui est perçu comme le plus important celui-ci.
Laccompagnement : il sagit, pour le patient et le soignant, de cheminer ensemble ; en effet, le soignant doit accompagner le patient sur son « chemin », et non pas linverse, cest-à-dire lentraîner sur son propre chemin de professionnel. En un mot, il faut respecter le désir du patient, sans pour autant labandonner sur des voies sans issues.
La capacité dinférence : « elle permet au soignant , dans une situation donnée, détablir des liens entre différents paramètres, entre de nombreux aspects ainsi que de combiner ses multiples ressources, de leur donner du relief et de la pertinence pour prendre soin dune personne dans la situation de vie qui est la sienne ». Ce que Walter HESBEEN décrit, ce que le soignant doit savoir user de tous les éléments mis à sa disposition pour mener à bien une prise en charge personnalisée du patient ; le soignant fait appel à des données scientifiques, à des théories diverses, à des modèles et aux enseignements tirés de ses propres expériences personnelles antérieures, tant dun point de vue professionnelles que privées. Mais tout cela ne suffit pas, le « prendre soin » fait appel à la notion dintuition : « aucune théorie, aucun modèle ne peut contenir la singularité, la richesse de lêtre ».
En parallèle à Walter HESBEEN, plusieurs réflexions ont été menées autour du concept de « prendre soin ». En effet, dans son ouvrage sur les soins infirmiers, Hildegarde PEPLAU développe elle aussi la nécessité de faire appel à une approche individuelle du patient lors des soins infirmiers. Elle affirme que « létat de développement de la personnalité de lindividu est significatif et traduit son état de santé ».
Il en est de même pour Virginia HENDERSON, dont la théorie repose sur les sciences humaines : elle met en évidence le fait que chaque individu est unique, et quil nest pas possible de soigner une partie sans tenir compte de lensemble, de la globalité de lêtre.
Elle estime quil fait partie du savoir-faire infirmier, damener le patient vers une amélioration de son état de santé.
Cest au travers de multiples théories en soins infirmiers que linfirmier intervient auprès des patients. Mais le « prendre soin » nétant ni une théorie ni une science, cest à chacun daborder sa propre conception du « prendre soin », sans délaisser laffection du corps au profit du relationnel. Cest en ce point que réside le professionnalisme du soignant, de linfirmier : savoir adapter la situation et les soins à la personne, en faisant appel à sa propre expérience et au questionnement, dans un but unique, respecter la dignité humaine du patient.
3. La procédure dinvestigation
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Après avoir posé les bases du thème et cerné plus précisément le sujet, il me paraît essentiel de justifier et dexpliquer la méthodologie que jai adopté pour mener à bien mes enquêtes.
Dans une première partie, jaborderai laspect démonstratif de mon outil denquête. Puis je terminerai par une approche plus descriptive du déroulement des investigations réalisées sur le terrain.
3.1. Loutil denquête
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
La première étape de mon investigation a été le choix dun outil denquête. Il men fallait un adapté à ma problématique, et aux types de réponses que je souhaitais obtenir. Jai donc décidé de réaliser des entretiens semi-directifs.
Le choix de ce type dentretien ma paru évident pour 4 raisons :
Le but est de savoir ce que pensent les infirmiers, pas dentendre ce que je veux entendre.
Les questions instaurent un certain cadre, pour éviter que les infirmiers ne divaguent sur dautres sujets (pouvant cependant être très intéressants).
Les questions laissent libre cours à lexpression des infirmiers, reflétant ainsi leurs manières de penser, leurs manières dêtre et leurs manières de se comporter.
Laspect vivant, le rapport humain et le contact sont essentiels au bon déroulement des interviews.
« Le savant nest pas lhomme qui fournit de vraies questions, cest celui qui pose les vraies questions ». Cette citation de Claude LEVI-STRAUSS résume assez bien la raison pour laquelle jai choisi lentretien semi-directif comme outil denquête : le fait de poser les bonnes questions montre aux infirmiers lintérêt que je leur porte et me permets danalyser les réponses pour obtenir une solution à ma problématique.
Pour construire mon guide dentretien, je me suis inspirée du plan de mon T.F.E. Jai repris les idées de mon introduction et de mon cadre théorique, dans lordre où je les ai abordées, pour être sûre dévoquer tous les points de vue de ma problématique, sans en oublier.
3.2. La structure et la population cible
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Après avoir réalisé mon guide dentretien, il ma fallut cibler une certaine catégorie dinfirmiers, en fonction de ma problématique.
Jai tout dabord réfléchi au type de cabinet que jallais investiguer ; en effet, la population et les pathologies rencontrées ne sont pas les mêmes en milieu urbain ou en milieu rural. Mon choix sest très rapidement porté sur un cabinet en milieu urbain, cest-à-dire situé dans une ville de plus de 10.000 habitants. Ce choix ma paru évident, puisque mon questionnement vis-à-vis du libéral a débuté lors de mon stage dété de 2ème année, au sein dun cabinet issu dune grande ville.
Mais les difficultés à obtenir des rendez-vous dans les cabinets citadins mont poussée à effectuer mes entretiens en cabinet urbain ET rural.
Il aurait été très certainement intéressant de pouvoir comparer plus en profondeur les réponses dinfirmiers issus des 2 milieux ; malheureusement, le temps mis à ma disposition ne me le permettait pas.
Je me suis ensuite interrogée sur le statut des cabinets infirmiers que jallais investiguer (infirmiers travaillants seuls, collaborateurs ...). Jai très vite écarté ce point de vue, décidant de ne pas faire de choix, et daccepter les entretiens quel que soit le statut du cabinet.
Est venu ensuite le problème du nombre dinfirmiers à investiguer. En effet, le temps qui métait imparti naurait pas pu me permettre de mentretenir avec plus de 3 ou 4 infirmiers. Incontestablement, les délais importants pour avoir un rendez-vous, le temps des entretiens et le temps nécessaire à lanalyse de ceux-ci nétaient pas négligeables et ne devaient pas entraver la suite de la réalisation de mon T.F.E. Jai donc décidé de ninvestiguer que 3 infirmiers, pour me consacrer plus profondément à lanalyse.
Le dernier élément que jai dû prendre en compte a été le sexe des interviewés. En effet, comment être plus représentatif, plus proche de la réalité que dinterroger au moins un infirmier et une infirmière ? Il me paraissait essentiel davoir une opinion et un point de vue représentatif des 2 sexes.
Jai donc réalisé mes entretiens semi-directifs, dans 3 cabinets différents, un citadin et 2 ruraux, sur 3 infirmiers, un homme et 2 femmes.
3.3. Le test de loutil
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Avant de me lancer directement dans les entretiens, jai dû passer par une étape indispensable : le test de mon outil denquête. En effet, la meilleure façon de sassurer que loutil que javais créé était adapté et fiable, cétait de lexpérimenter sur le terrain.
Pour cela, je me suis adressé à un cabinet libéral proche de mon domicile, composé de 2 infirmières travaillant en collaboration. Contrairement à mes attentes, jai était fortement et agréablement surprise dobtenir un rendez-vous très rapidement, en moins dune semaine.
Jai interviewé les 2 infirmières en même temps, au sein de leur cabinet. Lentretien, initialement prévu pour durer au grand maximum 45 minutes, sest prolongé pendant plus de 1h30.
Aucun élément extérieur nest venu perturber lentretien, ce qui ma permis de rester concentrée sur la conversation.
Ce test ma permis de réajuster plusieurs éléments, qui auraient pu être néfastes pour mes entretiens à venir :
Je dois surveiller le déroulement de lentretien, afin de subvenir à la limite de temps que je me suis imposée, à savoir 20 à 40 minutes par interview.
Il faut que je cadre davantage linfirmier, afin quil réponde à la question posée, quil ne divague pas vers dautres sujets et quil nanticipe pas les questions à venir.
Lenvironnement où se déroule le questionnement doit être calme et propice à lenregistrement.
Cependant, 2 points positifs sont à retirer de ce test :
Jai conservé loutil denquête tel quel : presque toutes les questions se sont avérées utiles à la résolution de la problématique (je nen nai supprimé quune) et la chronologie, lordre dans lequel étaient posées les questions, sest révélé être logique et pertinente.
Loutil denquête choisi est propice à lenrichissement mutuel et à louverture sur dautres sujets de réflexion. Il me permet, à tout moment, davoir la possibilité de demander des explications supplémentaires sur un thème, ou de pouvoir élargir le champ de réponse sur un sujet.
3.4. Le déroulement des enquêtes
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Comme je lai annoncé précédemment, jai réalisé mes entretiens dans 3 cabinets différents : 2 urbains et un rural. Le temps moyen dattente pour obtenir un rendez-vous na pas différé dun type de cabinet à lautre : jai obtenu mes rendez-vous pour des entretiens dans un laps de temps variant dune semaine à 15 jours.
La limite de temps que je métais fixé a été respectée pour mes 3 entretiens : les interviews ont durées entre 33 et 42 minutes.
Dun point de vue méthodologique, tous les infirmiers interrogés ont accepté mon choix denregistrer les enquêtes, et aucune critique de loutil denquête choisi na été faite.
Par ailleurs, au début de chaque entretien, les infirmiers ont été informés des conditions de garantie d'anonymat.
De plus, jai pu leur expliquer pourquoi javais choisi de mintéresser à ce sujet et ce que jattendais de cette rencontre.
Pour finir, tous mes entretiens ont été réalisés aux cabinets des infirmiers, à leurs demandes. Aucun élément extérieur nest, par ailleurs, venu perturbé le déroulement des enquêtes.
Cependant, la réalisation des mes enquêtes a su montrer ses propres limites :
Il sest avéré ne pas être évident de respecter la chronologie de mon guide dentretien : les infirmiers anticipaient les questions et répondaient à mes questions avant même quelles ne soient posées.
Lenregistrement au dictaphone de mes conversations na pas toujours été de qualité optimale. Certains mots et certains passages étaient difficilement audibles, ou nétaient pas retranscriptibles à lécrit.
La retranscription écrite de mes entretiens sest avérée assez longue, compte-tenu de la densité des interviews.
Mais malgré ces quelques points négatifs, les entretiens réalisés mont permis dapprendre beaucoup, tant dun point de vue théorique et cognitif, que dun point de vue relationnel et humain.
4. Lanalyse des résultats
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
La partie qui suit est consacrée à lanalyse des réponses obtenues lors de mes différents entretiens. Cette analyse se déroule en 2 sous-parties : lanalyse descriptive, où je présenterai les éléments de réponses des interviewés, et lanalyse interprétative, qui me permettra de comparer et de mettre en corrélation les différentes opinions des infirmiers.
4.1. Lanalyse descriptive
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Après avoir retranscrit lintégralité de mes entretiens à lécrit, jai réalisé un tableau synthétique, détaillant les éléments de réponses de chaque infirmier. Jai fait le choix dannexer ce tableau à la fin de mon T.F.E, et de ne pas linclure à mon analyse descriptive ; en effet, il me semblait moins « lourd » de rédiger la description.
A noter que, comme annoncé aux interviewés, les noms ont été changés, pour préserver leur anonymat.
Lentretien n°1
Agnès est infirmière libérale dans un cabinet situé à 25 km de chez elle. Elle nest pas mariée, mais elle vit avec quelquun, qui a un petit garçon.
Agnès est diplômée depuis 23 ans. Pendant 8 ans, elle a travaillé dans plusieurs secteurs hospitaliers tels que la chirurgie orthopédique, la cardiologie interventionnelle, la médecine ou encore les services de chimiothérapie ; mais depuis une quinzaine dannées, elle a choisit le libéral comme mode dexercice. Elle a ouvert son cabinet dans un petit village de 3.600 habitants, et sest associée à une collègue, une infirmière, avec qui elle « sentend vraiment très bien ». Ensemble, elles ont cherché, à plusieurs reprises, à sassocier avec un nouvel infirmier : sans succès. En effet, le nouvel arrivant « doit avoir la même optique de soin ».
Avec sa collègue, Agnès a instauré un planning de base : lune travaille le lundi, le mardi, et du vendredi au dimanche, lautre travaille le mercredi et le jeudi. Puis chaque semaine, elles échangent. Certains matins, il arrive quelles travaillent à 2, lorsquil y a trop de travail, lorsquelles sont submergées, ou pour des patients le nécessitant (poids de la personne, lourdeur du soin, temps à passer). A contrario, il leur arrive de refuser des soins, lorsque la charge de travail est trop importante.
Le cabinet dAgnès dessert toute la commune, mais aussi celles qui sont limitrophes : « il y a le bouche à oreille : yen a qui veulent bosser avec nous ». Les soins réalisés sont assez variés : ce sont essentiellement des soins de nursing, mais elles réalisent également des injections, des petits pansements, des soins de petite chirurgie ... Le cabinet soccupe également, de plus en plus, de personnes atteintes de cancer : « aujourdhui, nous avons une clientèle à 99,9999999% atteint de cancer ». Les 2 infirmières réalisent donc également des soins annexes aux chimiothérapies : suivi biologique, produits dhydratation, soins de bouche ... « Entre du pur technique, et laide à la toilette, ya de tout ».
Lorsque je lui demande ses motivations pour ce mode dexercice, Agnès dit navoir « jamais été attiré par le libéral ». Elle ne sest tourné vers cette voie, que pour une unique raison : « je crois que jai saturé du service, de tout ce qui gravite dans un service, dun point de vue physique (les contraintes horaires, « faites pas ci », « faites pas ça », le stress, aller à droite, aller à gauche) et puis des relations (avec certaines personnes du travail qui devenaient pesantes, des petites histoires internes) ». Elle dit avoir eu le « besoin de voir autre chose ».
Après avoir commencé à exercer en libéral, Agnès a vu « quon pouvait vraiment avoir un contact ». Ca lui a plu, et elle ne regrette pas son choix : « cest une forme de vie qui me convient complètement ». Et ce, malgré les contraintes rencontrées en libéral.
En effet, Agnès avoue avoir à faire face à un certain nombre de difficultés.
Selon elle, le libéral est un métier difficilement compatible avec une vie de famille : il faut travailler quasiment tous les week-ends, les horaires sont entrecoupés, il arrive quil faille revenir sur un repos ...
Dun point de vue relationnel, Agnès admet avoir parfois des difficultés à « remettre les pendules à lheure », à recadrer, lorsque les patients dépassent les limites du soin. Elle pense quil est nécessaire dinstaurer des règles de base, et ce dès le début de la période de soin : il ne faut pas laisser sentre-ouvrir de faille dans la relation déquipe, que les patients pourraient saisir. « Votre collègue fait comme ceci, votre collègue fait comme cela ». Il faut savoir « être professionnel ».
Au niveau équipement, Agnès concède parfois manquer de traitements et de matériel, lobligeant à sorganiser, pour éviter de « courir », de perdre du temps et de se fatiguer inutilement.
Il arrive également quelle soit confronter à des difficultés despace et dergonomie (« manque de place dans la chambre ») où, là encore, il faut sadapter.
Il y a aussi la contrainte de ladministratif, poussant là aussi à sorganiser. Mais « cest surmontable ».
Selon Agnès, cest à linfirmière de sadapter au patient et à son environnement, même si, parfois, le patient doit changer ses habitudes pour le bon déroulement des soins. « Après, cest à chacun de sadapter à sa façon ».
A la question suivante, Agnès définit la notion de « prendre soin » comme une « entité », où tous les besoins du patient sont liés, indissociables les uns des autres. « Cest la globalité ». « Cest la personne unique, à part entière ». Elle pense quil est essentiel de se poser les bonnes questions :« Quest-ce que veut la personne ? », « Quelle est sa demande à elle ? », « On est là pour quoi ? ». Elle évoque le fait que les besoins des patients ne sont jamais les mêmes : pour une même pathologie, dun patient à lautre ou chez un même patient, la demande nest pas la même. Il faut « entrer dans la bulle du patient ».
Elle ajoute également que, quel que soit le cabinet, « on a les patients quon mérite » : les patients nous renvoient limage quon leur donne de nous. « Cest ce qui émane de toi ».
Par rapport au décret sur les prescriptions autorisées par les infirmiers, Agnès avoue ne pas sen servir. Premièrement, parce quelle ne possède pas dordonnance à son nom, et deuxièmement, parce quelle na pas le temps de prescrire, et plus précisément, parce quelle nen a pas le besoin (les médecins prescrivent à sa demande).
Mais elle admet, malgré tout, que ce nouveau décret est une nouveauté intéressante ; en effet, les patients, qui restent de plus en plus chez eux, « peuvent avoir leurs traitements 24h/24 à domicile, sans être hospitalisés ». Il permet de sadapter à lévolution des pathologies et des soins réalisés en libéral.
Pour conclure cet entretien, Agnès mexplique, que le libéral est un mode de vie qui nécessite une bonne entente entre les différents membres de léquipe pluridisciplinaire : « on a les mêmes objectifs de soin, on est avant tout dans lhumain », ainsi quune certaine complémentarité. Elle est davis à dire que le libéral nécessite une certaine maturité, que bien souvent les jeunes diplômés non pas, et que, quoiquil en soit, limportant cest ce que désire linfirmier : « ça dépend de tes objectifs, de comment tu as envie de pratiquer ton métier, ce que tu recherches, comment tas envie de travailler, comment toi tu as envie de le vivre ».
Et au final, cest une certaine autonomie dont elle ne pourrait se passer : « comme on dit, notre liberté on la paie cher, mais elle est là ».
Lentretien n°2
Marie, divorcée, 3 enfants et 6 petits-enfants, est infirmière libérale dans un cabinet citadin situé au centre de Lyon. Elle est diplômée depuis plus de 42 ans et travaille depuis 16 ans dans le libéral, avant quoi elle avait été infirmière dans plusieurs domaines : halte garderie, bloc opératoire, service de maintien à domicile pour les personnes âgées, soins de suite et de réadaptation, soins à domicile ... Elle a ouvert son cabinet à son domicile, et sest associée avec une autre infirmière.
Toutes les 2, elles ont fait le choix de navoir quun « petit secteur », desservant à peine un arrondissement. « Parce quon est nombreux, on a suffisamment de travail ». Et au sein de son cabinet, Marie réalise divers types de soins, « assez bien répartis dans notre tournée » : soins post-opératoires, pansements, injections sous-cutanées, soins auprès de personnes atteintes de la maladie dAlzeihmer, de Parkinson, ou ayant eu un AVC, surveillance de traitement, soins aux diabétiques ou aux personnes en fin de vie, injection dinsuline, toilettes ... Mais elle ne réalise aucune chimiothérapie à domicile. « Moi je suis pas très technique, je suis une vieille infirmière, jaime bien le relationnel ».
Lorsque je lui demande ses motivations pour ce mode dexercice, Marie avoue avoir été entraîné par une amie, qui voulait sinstaller avec elle. De plus, après sêtre arrêté quelques années, Marie ne se « voyais pas du tout retourner à lhôpital ». A cela, sajoute son amour pour le relationnel et pour les soins à domicile : « je suis mordue pour le maintien à domicile, dans la mesure du possible », « jaime beaucoup le relationnel, cest un des moteurs de mon travail ».
Mais comme tout infirmier libéral, Marie est confronté à un certain nombre de difficultés.
La première qui ressort chez elle, est la contrainte de ladministratif. « Je trouve quon est de plus en plus oppressé par ça ». Elle a dû, pour cela, séquiper de matériel informatique, afin dêtre mieux organisée et de faciliter la gestion de son cabinet.
Marie parle ensuite des contraintes horaires et de la fatigue : commencer très tôt le matin, monter les étages, être toujours disponible, monter dans sa voiture, redescendre ... « Je suis près de la retraite, je commence à être fatiguée ». Pour pallier à ce désagrément, elle limite ses soins, et allège sa tournée le soir. De plus, elle ne travaille quune semaine sur deux, du lundi au lundi.
Il ressort également des difficultés par rapport au respect des règles dasepsie, au matériel et aux locaux qui ne sont pas forcément propices à la stérilité : « quelque fois on est dans des conditions désastreuses dhygiène ». Mais selon elle, « ça a moins besoin dêtre stérile quà lhôpital. Cest chez eux ».
En revanche, Marie voit un point très positif au libéral : ce mode dexercice lui permet de voir et de découvrir de nombreux modes de vie. « cest très riche cette diversité des gens et des habitudes. Moi ça menrichi beaucoup ». Elle parle donc de « prise en charge singulière ».
Cest ainsi que Marie dit bien aimer son travail : « jadore ce que je fais. Cest ce qui compte ». Et constamment, elle se remet à la page, en lisant des articles et en sabonnant à des revues sur la profession.
Cet amour pour son travail se ressent bien dans sa définition du « prendre soin » : « cest écouter et être à lécoute de lautre ». Pour elle, il faut cibler les demandes des patients et prendre le temps dentendre leur souffrance, ou leur mieux-être. Pour cela, Marie pense quil est indispensable davoir un « bon équilibre de santé » : il faut être équilibré physiquement, il faut être très disponible et avoir de la patience pour être à lécoute. Elle ajoute également quil faut « vraiment être bien avec soi-même pour projeter des bonnes choses ».
Marie pense répondre à ses critères. Ce qui na pas toujours été le cas : « avant, il y avait des soucis par rapport aux enfants ». Maintenant, elle se dit sereine et équilibrée dans son travail : elle sait se positionner et elle sait dire non quand il le faut. « Je sais me protéger beaucoup plus ». Selon elle, « tout ça grâce à lexpérience ».
Comme pour Agnès, Marie ne se sert pas du décret permettant à linfirmier de prescrire certain matériel, nayant pas les ordonnances nécessaires. Cependant, elle estime quil pourrait être utile : « cest vrai que si javais besoin pour des pansements ... ». Mais à 2 ans de la retraite, elle na pas « envie de se lancer là-dedans ». Du coup, elle se sent plus libre. « On se débrouille très bien sans , on sarrange». En plus, selon elle, il est inutile le plus souvent de prescrire : « ça me hérisse, quand il y a des prescriptions qui font du gaspillage ».
A la question suivante, Marie mavoue voir une très grande évolution dans sa profession. Tout dabord du point de vue des soins réalisés ; au début de sa carrière, elle réalisait principalement des piqûres. Puis peu à peu, les pansements sont apparus, tout comme les toilettes, et le nombre dinjections sest vu nettement diminué. Aujourdhui, Marie remarque quil y a de moins en moins de toilettes, « parce quil y a plein dassociations qui se montent, des auxiliaires ». A cela sajoutent les soins que les centres hospitaliers réalisent : « il ny a plus de prescription de soins lourds, de pansements, parce que souvent on demande aux patients de revenir faire leurs pansements à la clinique ». De plus, à domicile, les patients réalisent de plus en plus leurs injections eux-même.
Marie ne se dit pas inquiète, puisquelle sapproche de la retraite. Mais elle pense réellement que son travail devient vraiment dur : « on aura moins de travail ». Elle ne sait pas comment tout cela va évoluer au fil du temps, toutes ces auxiliaires de vie qui se développent. Mais une chose est sûre : selon elle, « chacun à sa place », lauxiliaire ne peut remplacer linfirmière. « Elle verra pas la rougeur, elle verra pas lescarre qui commence, elle verra pas lulcère ... ».
Elle admet penser que linfirmière « va finir par disparaître un jour ou lautre », à force de confier les soins, « peut être un peu à nimporte qui ». « Ca nous retombe dessus. Et sur le patient ».
Lentretien n°3
Jérôme a 33 ans. Marié et père de 3 enfants, il est infirmier depuis 9 ans et exerce en milieu libéral depuis seulement 9 mois. Avant ce changement de mode de travail, Jérôme travaillait aux urgences chirurgicales et en réanimation, en tant quinfirmier, puis en tant que cadre.
En sassociant avec son ami de formation, Jérôme a créé son cabinet infirmier dans un petit village de 4.500 habitants, en sinstallant dans un cabinet médical. Son cabinet est donc composé de 4 médecins et de 2 infirmiers. Mais Jérôme avoue être « parti de zéro patient ». Cest pour cela, quau début, il a beaucoup rayonné sur les communes alentours. Mais aujourdhui, sa clientèle sest restreinte au village, et aux 3 communes limitrophes. « Au point de vue des kilomètres, ça nous fait pas trop peur. Mais plus tu fais de kilomètres, moins tu vois de patients ».
Les soins réalisés sont assez variés : soins de nursing, prises de sang, injections et pansements. Jérôme se dit être « ouvert à tout » : actuellement, il soccupe de patients pour des chimiothérapies per-os. « On aime autant la technique que ce qui est nursing, relationnel ».
Pour lui, le mélange de soins techniques et de relationnel est très important : « faire que du technique, ça va un temps. Et puis faire que du nursing, cest pareil. Alors que là, cest varié ». Il me précise également quen milieu rural et en milieu urbain, « les demandes ne sont pas les mêmes ».
Lorsque je lui demande ses motivations pour ce mode dexercice, Jérôme me fait remarquer que « ça a pas été une décision facile ». Il sest formé pour devenir cadre, dans le but dévoluer et de faire « plus du management que de soins ». Et ce quil la attiré dans le libéral, cest la proximité, être à côté de chez lui, cest « le fait davoir plus de liberté, moins de contraintes », et puis cest laspect dune approche du patient qui est « différente de lhôpital » : il aime avoir plus de temps pour les gens, et pour pouvoir appliquer sa propre conception du soin. « Javais un service de 20 lits où il passait 350 patients par mois, cest à la chaîne ».
Par ailleurs, Jérôme possède une conception du « prendre soin » bien précise : il pense que la prise en charge dun patient doit se faire « au cas par cas ». Selon lui, 2 patients qui auront la même pathologie, nayant pas le même environnement, la même maison, ni la même famille, la prise en charge sera différente : « même sur une même personne, dun jour à lautre, il ny aura pas la même prise en charge. Ca change tous les jours ». Cest ainsi quil parle dune « démarche de soins par jour ».
De plus, Jérôme estime que « prendre soin » ne doit pas rimer avec rentabilité. « On essaie de faire au mieux, tout en gagnant notre vie », sans pour autant ne pas pouvoir faire face à ses charges : « on fait pas de lhumanitaire non plus ».
Après avoir commencé à exercer en libéral, Jérôme a du faire face à certaines contraintes : « comme dans tout, il y a des points négatifs aussi ».
Selon lui, les premières difficultés rencontrées sont les modalités dinstallation : tous les organismes auprès desquels il faut faire appel, un « tas de papiers » à remplir, le comptable à engager ... Que des choses dont « on na pas lhabitude quand on travaille à lhôpital ». Il mavoue que « ça fait un peu peur au début », mais quil suffit de « franchir le pas ».
Il admet également quil est confronté à la contrainte de ladministratif, qui est cependant bien facilitée par linformatisation. Il ne lui reste que les « papiers justificatifs à envoyer à chaque caisse ».
Au niveau des horaires, Jérôme dit ne pas être gêné par les horaires en eux-mêmes, mais plutôt par la « replanification » quotidienne de sa tournée, « parce que ça bouge énormément ». A cela sajoutent les contraints extérieures (telles que les travaux sur la route), qui entravent parfois sa tournée : « tu perds 10-15 minutes sur la route, cest un peu pénible des fois ». En effet, il a un planning de base : chacun travaille une semaine sur 2, du jeudi au mercredi, « parce que sur lactivité de travail, le jeudi cest une grosse journée » ; Mais il doit donc constamment sarranger avec son collègue, sadapter aux évènements qui se présentent et se débrouiller pour faire face.
Dun point de vue du travail en équipe, Jérôme dit ne pas se sentir seul. « On sentend bien avec mon collègue », et puis, lorsquil travaille en solitaire, il avoue compenser avec les patients : « ça créé des liens ». Il considère donc que la notion « dabsence déquipe » nexiste pas : « on prend les décisions ensemble ». Avec les médecins, il forme « une petite équipe ». La seule chose qui lui manque un peu, cest les transmissions et les relèves à la façon des services : « tarrives, tas ta relève et ta tournée sur un papier ». Mais il relativise et ajoute quil suffit juste de trouver « son mode de fonctionnement ».
Au niveau du respect des règles dhygiène, il est parfois confronté à des patients vivants dans des conditions défavorables : « ya encore des gens qui ont pas de salle de bain ». Mais il a lavantage de « sortir de lhôpital », et davoir des notions dhygiène « encore à la page ».
Il est également confronté à des difficultés quotidiennes : les difficultés humaines, qui dépendent des patients. Certains patients ne sont pas présents aux rendez-vous, il faut alors revenir plus tard, ce qui engendre des frais supplémentaires (perte de temps, kilomètres en plus). Dautres pensent que les soins sont gratuits, et sont étonnés davoir les frais à avancer. Alors Jérôme essaie dêtre arrangeant : « vous nous faites un chèque, nous on le télétransmet, vous serez remboursés au bout de 7 jours, et nous on lencaisse au bout de 10-15 jours, au moins comme ça, ça vous fait pas lavance des frais ». Il admet que cest une notion qui nexiste pas à lhôpital, et que seule « lexpérience fait quon peut dire les choses ».
Par rapport au décret sur les prescriptions infirmières, Jérôme avoue ne pas sen servir, et ne pas en avoir besoin : « nous ce quil y a, cest quon a les médecins à côté ». De plus, lorsquun soin se termine chez un patient, et quil reste du matériel non-utilisé, il le récupère et le stocke au cabinet ; il peut ainsi sen servir plus tard, si besoin.
A la question suivante, Jérôme affirme voir une évolution dans cette profession. A son avis, « la quantité de travail et les pathologies vont se stabiliser », mais en revanche, le maintien à domicile va se développer : la population est vieillissante, lhôpital a de grosses difficultés budgétaires, de personnel et de fonctionnement, et le coût des soins à domicile est nettement inférieur à celui dune hospitalisation classique.
Pour conclure cet entretien, Jérôme affirme aimer le « bon contact avec les gens ». Il apprécie de pouvoir réaliser des soins de qualité, tout en ayant une certaine qualité de vie : « faire des soins ... qui ressemblent à des soins ». « Le libéral, on en fait ce quon en veut ».
Au final, « le libéral, cest que des aléas. Ya pas une journée qui ressemblera à lautre », et il estime que le maître-mot de ce mode dexercice est ladaptation.
4.2. Lanalyse interprétative
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Cette deuxième partie de lanalyse va me permettre de mettre en relation les différents dires des infirmiers interviewés : jai fait le choix dinterpréter les réponses obtenues en fonction des thèmes de mon guide dentretien, pour des questions de facilité et de clarté.
a) La situation familiale
« 90% des infirmiers sont divorcés ». Cette affirmation reflète assez bien la pensée humaine. Mais les entretiens menés ici démontrent le contraire : tous les infirmiers interrogés ont des enfants, et 2 dentre eux sont mariés ou vivent avec quelquun. Lexercice de la profession dinfirmier libéral nest donc pas forcément incompatible avec une vie de famille.
En effet, il me paraît possible dallier exercice libéral, mari (ou femme) et enfants. Je crois que les infirmiers célibataires, séparés ou divorcés rencontrés dans le libéral, sont très certainement le fruit dune autre raison, plus personnelle à chacun, qui ne regarde queux.
b) Le parcours professionnel
Lexpérience professionnelle
Le panel dinfirmiers interrogés au cours de mes entretiens sest révélé assez varié et vaste : Agnès est diplômée depuis 23 ans, Marie depuis 42 ans et Jérôme depuis 9 ans. Ce qui est intéressant de remarquer, cest que les infirmiers, quels quils soient, nont commencé à exercer dans le libéral quaprès un certain nombre dannées, variant de 8 ans pour Agnès, à 26 ans pour Marie. Cette donnée montre que les infirmiers ont ressenti le besoin dacquérir « une certaine maturité » pour aborder ce mode dexercice.
Cest ainsi que le décret relatif aux soins à domicile me paraît cohérent et tout à fait justifié. En effet, je pense quun infirmier jeune diplômé nest pas forcément apte à se lancer sur cette voie. Le diplôme est une chose, mais il ne fait pas tout ; il ne fait pas lexpérience. Un jeune diplômé a encore beaucoup de chose à apprendre, tant dun point de vue technique que relationnel, ou encore par rapport à la prise dinitiatives et de responsabilités. Il me semble donc essentiel quun infirmier, avant dentamer une carrière libérale, puisse se perfectionner et approfondir son savoir-être, et ce, quel quen soit le domaine.
Dailleurs, les libéraux interrogés lors de mes entretiens ont affirmé sêtre expérimentés dans différents domaines, très certainement en fonction de leurs personnalités, de leurs objectifs de soins et de leurs attentes personnelles : Agnès a fait beaucoup de médecine et de cardiologie, Marie sest principalement tournée vers les soins à domicile, en passant par les extrêmes que sont les enfants et les personnes âgées, et Jérôme a plutôt tenté un domaine très technique, la réanimation, se spécialisant très rapidement en tant quinfirmier cadre.
Je pense que cela reflète assez bien le fait, quune fois dans le libéral, un infirmier ayant exercé dans un milieu dit technique ne sen sortira pas forcément mieux quun infirmier ayant travaillé dans un secteur plus relationnel ; incontestablement, le libéral me paraît être une profession où le technique et le relationnel ne peuvent être qualliers.
Le cabinet en lui-même
Il ressort des interviews que la majorité des libéraux exercent en tant quassociés (les 3 infirmiers le sont), avec un nombre dinfirmiers relativement peu élevé : en moyenne 2 à 3 par cabinet.
Selon moi, le choix dêtre associés peut sexpliquer par la notion déquité qui prévaut en cas dassociation. Incontestablement, certains infirmiers choisissent le libéral pour échapper à la hiérarchie qui règne en milieu hospitalier et le fait dêtre associé respecte tout à fait cette absence de hiérarchie si prisée. Cest ainsi quAgnès parle de sêtre fatiguée de la hiérarchie hospitalière : « je crois que jai saturé du service : « faites pas ci », « faites pas ça » ». Dautre part, je pense quêtre associé laisse la possibilité de prendre les décisions à plusieurs, partageant ainsi les responsabilités : « on prend les décisions ensemble ».
A cela sajoute le fait de sassocier avec des médecins, qui facilite grandement les choses. Plus besoin de courir après eux pour obtenir une ordonnance, un avis ou encore pour se faire aider dans la prise de décisions : « on a les médecins à côté. Alors, on passe, on demande à la secrétaire « tu pourrais nous faire le renouvellement de la prescription ». Elle la tape, elle nous la met de côté et le médecin, quand il passe, il signe ».
Par rapport aux infirmiers proprement dit, il me semble évident que plus ils sont nombreux, plus il est délicat davoir une bonne entente entre eux : « on est dans un cabinet où lon sentend très bien, mais cest vrai que la personne qui vient, il faut quelle ait la même optique de soin ».
En effet, je pense que le libéral nécessite que tous les infirmiers aient la même finalité dans les soins, et par conséquent, quun cabinet avec peu dinfirmier est préférable. Mais dun autre côté, il me paraît avantageux dêtre plus nombreux, pour faire face aux périodes où le travail est plus intense. Cest exactement ce quavoue Agnès dans son entretien : « on se met à 2 le matin sil y a trop de travail ».
De plus, de mon point de vue, il savère quun cabinet mixte est peut être plus efficace quun cabinet composé dinfirmiers du même sexe. Jestime quen fonction du sexe, la prise en charge, les points de vue et la réalisation des soins diffèrent. Une présence masculine, au sein de ce monde majoritairement féminin, ne peut être que bénéfique au fonctionnement du cabinet, et plus particulièrement aux patients. Mais ce nest pas ce qui ressort des entretiens : Agnès et Marie font partie dun cabinet totalement féminin, et Jérôme sest associé avec un homme. Peut-être se sentent-ils plus à laise de travailler avec une personne du même sexe ?
Le dernier point important à aborder est la population desservie par le cabinet. Personnellement, le choix dun cabinet rural ou citadin est quelque chose de propre à chacun. Les 2 secteurs possèdent leurs avantages et leurs inconvénients, et souvent, la préférence pour lun ou pour lautre ne sexplique pas. En effet, les pathologies rencontrées étant à peu près les mêmes quel que soit le secteur (les 3 entretiens montrent bien lexistence dune association de soins techniques et de nursing), il mapparaît évident que seuls les objectifs de soins et le type de prise en charge souhaitée, peuvent intervenir dans ce choix.
c) Le choix dexercer en libéral
La question des motivations est un sujet très large qui a déjà été précédemment abordé.
Mais dans cette partie, je vais plutôt cibler les motivations des infirmiers interviewés.
Leurs motivations sont aussi variées que nombreuses. Elles sont propres à chacun et sont parfois très ancrées dans la personnalité de linfirmier : certains infirmiers se sont laissés tenter par laspect plus relationnel du libéral, (Marie et Jérôme favorisent une meilleure approche relationnelle avec le patient), dautres par les libertés offertes du point de vue familiale (Jérôme apprécie la proximité du cabinet, lui laissant le luxe de profiter de sa famille), ou encore tout simplement par saturation du milieu hospitalier (Agnès avoue en avoir eu marre des horaires, de la hiérarchie et de ses relations de travail).
La première chose qui me paraît important de préciser, cest que pour être amené à vouloir changer de voie, à faire autre chose, linfirmier est tenu davoir eu une expérience négative dans le domaine quil cherche à écarter. En effet, comment est-il possible de vouloir fuir des contraintes si lon ne les a jamais vécues ? Cest ainsi que jestime que personne ne naît avec de telles motivations, mais que seule lexpérience peut les faire éclore.
Cependant, il mapparaît tout à fait légitime de vouloir se débarrasser du négatif pour ne prendre que du positif, de vouloir tenter autre chose, juste « pour le plaisir », pour voir comment ça se passe ailleurs, pour découvrir et pour vivre de nouvelles expériences. Je pense quil est important de se laisser tenter à franchir le pas, à oser le changement, même si ce nest pas toujours « une décision facile ».
Vouloir la liberté de pouvoir organiser et de pouvoir gérer son quotidien professionnel comme on le souhaite, pouvoir appliquer sa propre conception du soin à la personne ... Toutes ces raisons sont, me paraît-il, tout à fait compréhensibles et acceptables. Pour moi, cest lessence même du métier dinfirmier.
d) La notion de « prendre soin »
Quest-ce que le « prendre soin » ? Nombreux sont les concepts et les réflexions établis à ce propos : Walter HESBEEN, Hildegarde PEPLAU ou encore Virginia HENDERSON ... autant de grands théoriciens se sont penchés sur ce sujet. Mais quen est-il sur le terrain ? Quen pensent les infirmiers, et plus particulièrement les libéraux ?
A ce sujet, tous les infirmiers sont unanimes : en arrivant chez un patient, il faut savoir se poser les bonnes questions, afin de pouvoir repérer tous ses besoins et de pouvoir réaliser une prise en charge individuelle.
Jérôme décrit le « prendre soin » par une prise en charge au cas par cas. Il estime que les besoins diffèrent dun patient à lautre, et que, même chez un seul patient, ils se modifient au jour le jour. Personnellement, je suis plutôt de son avis : une prise en charge individuelle doit se référer à lunicité de chaque être. Il est essentiel de prendre en charge le patient dans son contexte, dans son ensemble, en globalité. On ne peut dissocier le patient de son environnement, de son histoire, de son passé. Donc, chaque patient ayant son propre contexte, chaque prise en charge aura ses propres objectifs, ses propres caractéristiques. Chaque prise en charge sera unique.
Et lorsque je parle dhistoire personnelle, je parle du fait que chaque jour, lHomme vit une histoire différente du jour précédent. Chaque jour, il aura ses peines et ses joies qui feront que son contexte sen verra modifié.
Agnès ajoute le fait quil faille se poser les bonnes questions pour pouvoir répondre à cette unicité. Et dans le but de pouvoir réaliser cette prise en charge singulière, il me paraît essentiel de savoir repérer les besoins du patient, de savoir décrypter ses demandes verbales, mais également ses demandes non-verbales, ses demandes non-dites, cachées et enfouies dans son inconscient. En un mot, il faut savoir repérer tous ces manques qui font que la présence des infirmiers est nécessaire. Il faut « entrer dans leur bulle ».
Mais savoir repérer ces manques ne suffit pas. Il est également important de pouvoir les combler. Pour cela, il est capital de les prendre comme un tout, de ne pas les séparer les uns des autres : « les besoins sont tous liés, cest une entité ». Ils sont indissociables. En effet, Il me parait totalement inutile et inconcevable de ne traiter quun seul besoin à la fois ; car étant tous liés, je considère quil nexiste pas DES besoins, mais UN besoin unique, celui du patient.
Marie associe plutôt le « prendre soin » à des capacités relationnelles plus personnelles : elle en fait une approche plus psychologique, où la qualité de la prise en charge dépend des qualités de linfirmière. Cest ainsi quelle pense que pour pouvoir repérer et combler tous ces manquements, linfirmier doit savoir prendre son temps pour réussir à entendre, puis à écouter les demandes des patients.
Je suis davis de dire que, pour cela, linfirmier fait appel à ses connaissances théoriques, à ses acquis et à son expérience personnelle et professionnelle. Car en effet, je pense que le « prendre soin » est quelque chose de personnel, propre à chacun ; mais ce nest pas inné ; cela sapprend et se travaille constamment. Cest ainsi que jestime quun infirmier qui sait « prendre soin » est capable de faire preuve de professionnalisme.
« Mieux penser pour panser mieux ». Cette citation résume assez bien la notion du « prendre soin ». Et cest ainsi que les infirmiers devraient tous réagir : le « prendre soin » ne signifie pas « faire un soin », et il est nécessaire de penser son soin afin de pouvoir répondre au besoin du patient, tout en respectant sa dignité humaine.
e) Les qualités requises pour être infirmier libéral
Comme je lai expliqué dans la partie précédente, lexercice libéral nécessite de prendre son temps, afin de pouvoir « prendre soin ». Cest une qualité essentielle à la profession, mais ce nest pas la seule.
Les qualités personnelles
« « Prendre soin », pour moi, cest être à lécoute de lautre. Cest écouter ». Je suis du même avis que Marie, la première qualité nécessaire à linfirmier libéral est lécoute. Et lorsque je parle découte, je parle de lhabileté, de loutil essentiel à développer afin de pouvoir repérer les besoins du patient. Autrement dit, écouter nest pas entendre. Pour cela, il est préférable de faire preuve de disponibilité et de patience : être totalement présent et montrer au patient sa volonté de le comprendre sont importants dans la relation à domicile. « Il faut être très disponible. Il faut avoir de la patience pour être disponible ».
Cest principalement ce quattend le patient de linfirmier : il souhaite être compris. Cest ainsi que lon parle de compréhension empathique : à mon avis, lexercice libéral requière que linfirmier libéral soit apte à percevoir la façon dont le patient raisonne, et les émotions qui en découlent. De plus, laptitude à accepter lopinion et les ressentis du patient est primordiale : cest le respect de lunicité du patient, tout en sabstenant de le juger.
« Il faut un bon équilibre de santé ; il faut être bien avec soi-même pour projeter des bonnes choses ». Ainsi, comme Marie, je pense quil est également favorable que linfirmier présente une certaine sérénité. Se sentir bien physiquement et spirituellement est fondamental : linfirmier libéral pourra mettre ses problèmes personnels de côté et ainsi être à laise dans son travail. En effet, le professionnalisme repose sur le fait que, pour être bien avec les autres, il faille avant tout être bien avec soi-même.
Les qualités professionnelles
Par rapport aux qualités requises au niveau du travail en équipe, le libéral nécessite une coordination des objectifs de soins : il est préférable que tous les infirmiers du cabinet visent la même finalité dans la réalisation des soins. Agnès affirme : « il faut quelle ait la même optique de soin ». Je suis davis de dire que les infirmiers puissent saccorder sur leur manière de faire le soin (sans parler de la technique qui, propre à chacun, doit respecter les règles fondamentales dhygiène), sur lapproche relationnelle, sur le « prendre soin », et ce, tout en gardant leur propre personnalité. Comme on le dit bien souvent, la complémentarité fait la force : « on est complémentaire ».
Le deuxième point important est le positionnement de linfirmier. Il est indispensable que linfirmier sache se positionner en tant que professionnel et sache également adopter une attitude compétente : il me semble évident quil doit être capable de dire non quand il le faut, quil doit être capable de recadrer ... Marie est du même avis : « je sais me positionner. Je trouve que cest important de pouvoir dire non ».
Au final, je dirais que pour acquérir toutes ces qualités, une certaine maturité est requise. En effet, lexpérience et les erreurs ne font que renforcer la personnalité et la qualité des relations de travail : elle tend à transformer les défauts et les mauvaises habitudes en qualités. « Tout ça grâce à lexpérience ».
f) Les difficultés rencontrées dans le libéral
Les contraintes rencontrées dans le libéral sont assez diverses, en fonction de chacun. Elles ont déjà été abordées succinctement dans une partie précédente, mais je vais ici les développer, en me basant sur les dires des interviewés.
La première qui ressort est le mode dinstallation. Les infirmiers vivent la création de leur cabinet comme une épreuve : Jérôme parle de « tous des tas de papiers, tous les organismes, faut prendre un comptable. Cest vrai que sur une installation, cest pas facile ». Ce sont des démarches dont les infirmiers hospitaliers nont pas lhabitude. Et en se lançant dans lexercice du libéral, il est tout à fait compréhensible que cela puisse impressionner, voire faire peur. Je pense quil est important de bien se renseigner sur le déroulement de lexercice libéral avant de sy lancer. Il ne faut pas partir « à laventure » les yeux fermés. Il faut savoir où lon met les pieds. Ainsi, linstallation nen serra que facilitée. Il ny aura plus quà « franchir le pas ».
La deuxième contrainte, unanimement citée, est la contrainte de ladministratif. Gérer les feuilles de maladies et les transmettre aux caisses dassurance maladie, soccuper de laspect financier du cabinet (charges, dépenses pour le cabinet, assurance) ... Autant dactes que linfirmier ne réalise pas en travaillant à lhôpital. Et les 3 infirmiers parlent de cet aspect négatif : « il faut envoyer les papiers justificatifs à chaque caisse, et des caisses yen a 20 ou 25 », « les contraintes de papiers, dadministratif : moi je trouve quon est de plus en plus oppressé par ça », « il y a aussi ladministratif, un peu long à faire ». Il me paraît donc essentiel que linfirmier libéral sorganise pour surmonter cette difficulté : en classant immédiatement ses papiers et en ne prenant pas de retard dans le traitement des tâches, linfirmier nen sera que mieux organisé. Je pense quun autre outil essentiel devrait être adopté par tous les libéraux : linformatique.
En effet, linformatique facilite grandement les choses. Chaque patient est enregistré dans lordinateur, ainsi que les rendez-vous, les différents actes réalisés et ceux restant à faire, le montant de chaque soin, la caisse dassurance maladie de chaque patient ... Et bien dautres informations sont stockées dans la machine. Le principal problème que pose linformatisation, à mon avis, est la difficulté pour certains infirmiers de sadapter à ce mode de gestion ; en effet, à ce jour, certaines personnes ne se servent pas encore quotidiennement dun ordinateur. Il est donc dautant plus difficile pour elles de gérer cette difficulté. Cest notamment le cas de Marie, qui navait pas dordinateur et qui a du sen acheter un ; par ailleurs, elle avoue ne pas savoir bien le faire marcher.
Les libéraux se voient également contraints à des problèmes despace et de matériel : produits médicamenteux manquants (traitements, produits antiseptiques ...), matériel prescrit en quantité insuffisante, chambre du patient mal agencée pour réaliser aisément le soin ... A cela sajoute parfois labsence de matériel stérile ou encore des locaux pas forcément propices à la stérilité. La conséquence principale ? Les infirmiers ont du mal à subvenir aux règles dhygiène et aux règles dasepsie nécessaires à la bonne réalisation du soin. Marie parle ainsi de « conditions désastreuses dhygiène ». Personnellement, je pense quune méthode de travail peut être mieux organisée facilite grandement les choses. Il me paraît nécessaire de perdre un peu plus de temps le premier jour de soin, afin de faire un état des lieux, un bilan sur le matériel nécessaire et sur lorganisation de lespace, le tout, en collaboration avec le patient. Il sera ainsi acteur de son propre soin. La suite des soins ne dépendra alors que de la bonne organisation de ce premier jour : linfirmier naura quà réajuster et à réévaluer les conditions matérielles au fur et à mesure du déroulement des soins. Ainsi, il pourra sadapter et sorganiser, tout en évitant de perdre du temps inutilement.
De plus, il me semble essentiel de préciser quà domicile, la notion de stérilité nest pas la même quà lhôpital : chez le patient, il y a moins de risque de contamination croisée : « cest pas comme a lhôpital où il y a des risques énormes parce quil y a tellement de brassage de personne, de pathologies. A domicile, ça a moins besoin dêtre stérile quà lhôpital ». Il est donc probablement moins risqué de ne pas respecter parfaitement la stérilité (comme par exemple la pose dun champ stérile de set à pansement que le lit, ou sur une table non-nettoyée). Ce nest pas pour autant quil ne faille pas respecter les règles dhygiène et dasepsie de base.
Il arrive parfois que certains infirmiers aient des difficultés au niveau de léquipe de travail, des transmissions et des relèves, ou encore des horaires de travail. Jérôme parle principalement de la difficulté des transmissions et des relèves : « sur les gros cabinets, certes ça maurait certainement manqué : tarrives, tas ta relève sur un papier, ta tournée sur un papier », alors que Marie cible principalement les horaires : « ce qui est quand même difficile dans ce métier, cest les contraintes horaires ».
Personnellement, je pense que la base du libéral, pour quun cabinet fonctionne bien, cest lentente entre les collègues. En effet, il me paraît indispensable à la réalisation des soins et au bien-être des patients, que les infirmiers du cabinet aient les mêmes objectifs de soins, et quil y ait une bonne entente entre eux. Il me semble également indispensable que les infirmiers puissent communiquer et établir une relation de confrérie avec les médecins traitants des patients, avec les médecins de ville. Effectivement, comment linfirmier peut-il établir une relation de confiance avec le patient (relation propice à la finalité des soins), sil nest même pas capable dinstaurer une relation fraternelle avec ses collègues ?
Il en va de même pour les relèves et les transmissions. Certains infirmiers se plaignent de ne plus avoir de relève une fois dans le libéral. Mais quest-ce qui les empêche de continuer un mode de travail qui repose sur la transmission dinformations essentielles entre les collègues ? Je suis davis de dire quil est possible de continuer à travailler ainsi en milieu libéral. Cest à chacun de trouver son mode de fonctionnement, et il suffit de sen donner les moyens.
Par rapport aux horaires de travail, cest vrai quil est difficile de prendre le rythme si spécifique du libéral : « commencer très tôt le matin », avoir des horaires entrecoupés, finir tard le soir, ne pas avoir tous ses week-end ... A cela sajoute la contrainte de la replanification constante du planning, face aux aléas de la route, aux aléas de la vie : « tes obligé par rapport au planning que tas derrière, de réadapter ». Cest une difficulté supplémentaire, certes, mais jestime quavant de se lancer dans le libéral, les infirmiers se sont suffisamment renseigner et étaient au courant de cette contrainte ; ils savaient où ils mettaient les pieds. Je le conçois, cest difficile, surtout lorsque lon a une vie de famille. Mais dans le libéral, il y a des avantages et il y a des inconvénients, et je juge les horaires comme étant lun des principaux inconvénients. Mais dun côté, rien nempêchent les infirmiers libéraux de trouver leurs propres méthodes de travail, de trouver le planning qui leur convient, en fonction de leurs obligations familiales. Cest ainsi que jexplique, dans la première partie de mon analyse interprétative, quune vie de famille nest pas incompatible avec lexercice du libéral. Ce dernier requière de trouver le planning qui convient, de savoir sorganiser et de savoir sadapter aux imprévus quotidiens.
La dernière difficulté à laquelle les infirmiers sont confrontés est le relationnel. En effet, il nest pas toujours très évident dadopter la bonne attitude avec les patients ; il nest pas toujours facile de surmonter les difficultés humaines : « les gens, ils ont plus de mesures, plus de limites », « cest vrai que les personnes sont très demandeurs, donc des fois on peut pas partir ».
Mais alors comment faire pour être professionnel ? Comment réussir à recadrer un patient qui dépasse les limites du soin, sans pour autant être stressant ? Comment trouver les mots appropriés pour dire les choses clairement et simplement, sans que le patient ne se sente agressé ? Je pense quil nexiste pas de réponse toute faite. Seule lexpérience professionnelle fait que lon peut, un jour ou lautre, être professionnel. Car savoir faire face aux difficultés humaines, ça sapprend, ça se vit. Chaque jour, linfirmier ne ressortira que plus fort de ses rapports difficiles avec les patients. Chaque jour, il sera tout simplement plus professionnel.
g) Les textes législatifs spécifiques de lexercice libéral
Larrêté sur les prescriptions infirmières nest paru que récemment au journal officiel de la République Française. Cest un texte dont tous les infirmiers libéraux (quils soient diplômés depuis peu ou, au contraire, depuis plusieurs décennies) ont la connaissance. Connaissance ? Je devrais plutôt dire « notion ». En effet, la plupart ne savent pas précisément comment lappliquer : ils ne savent pas quel type de matériel il permet de prescrire, ni dans quelles conditions.
Dans le cadre de mes entretiens, les 3 infirmiers mont avoué ne pas sen servir. Dailleurs, aucun deux ne possède les ordonnances adéquates. Mais pourquoi nont-ils pas ces ordonnances, pourtant si simples à obtenir ?
Il me paraît vraisemblable de dire que les infirmiers libéraux ne ressentent pas le besoin de prescrire ; effectivement, travaillant en étroite collaboration avec les médecins traitants de ville, ils nont quà leur demander sils ont besoin de quelque chose, que ce soit des traitements ou du matériel. De plus, les médecins, ayant souvent bien dautres préoccupations que le trou de la sécurité sociale, prescrivent, bien souvent, dès le départ, la quantité de matériel nécessaire, voire même plus.
A cela sajoute le fait quils naient tout simplement pas envie de prescrire : les libéraux ont toujours été habitués à être autonomes, à sen sortir avec ce quils avaient. Cest un mode de vie quils ont adopté, et qui leur convient : « comme on dit, note liberté on la paie cher, mais elle est là ». Alors pourquoi expérimenter ce nouveau décret, sétant toujours débrouiller sans ? Pourquoi perdre sa liberté et sencombrer avec de la paperasse supplémentaire ? Il est tout à fait légitime de ne pas vouloir prescrire, surtout si lon considère ça comme une responsabilité supplémentaire.
Il me semble essentiel de prendre également le facteur temps en compte ; compte-tenu de leurs plannings chargés, de leurs courses contre la montre pour boucler leurs tournées en temps et en heure, il est compréhensible quils naient tout naturellement pas le temps de faire ces prescriptions.
Malgré toutes ces raisons, les infirmiers libéraux interrogés sont tous davis pour dire que ce nouveau décret peut savérer utile, dans les cas de grandes urgences.
A mon avis, les libéraux nont pas encore réussi à franchir le cap. Ce nouveau décret, ils en ont entendu parler, ils savent quil existe, mais ils nen voit pas lutilité. Tout me porte à croire quils présentent une certaine appréhension vis-à-vis de cette nouveauté ; une certaine appréhension face à cette innovation, face à linconnu.
h) Les satisfactions de ce mode dexercice
Les opinions des infirmiers interrogés à propos des satisfactions du libéral divergent en de nombreux points.
Agnès est satisfaite de son autonomie dont elle ne pourrait se passer : « comme on dit, notre liberté on la paie cher, mais elle est là ». A cela sajoute laspect relationnel : « jai vu quon pouvait vraiment avoir un contact », « et cest une forme de vie qui me convient complètement ». Et elle conclut en affirmant que chacun est libre de faire ce quil veut du libéral : « ça dépend de tes objectifs, de comment tu as envie de pratiquer ton métier, ce que tu recherches, comment tas envie de travailler, comment toi tu as envie de le vivre ».
Marie cible plutôt laspect singulier de la prise en charge, qui lui permet de voir et de découvrir de nombreux modes de vie. « Cest très riche cette diversité des gens et des habitudes. Moi ça menrichi beaucoup ». Et cest ainsi quelle avoue : « jadore ce que je fais. Cest ce qui compte ».
Pour terminer, Jérôme parle de son amour pour « le bon contact avec les gens ». Il apprécie de pouvoir réaliser des soins de qualité, tout en ayant une certaine qualité de vie : « faire des soins qui ressemblent à des soins ». « Le libéral, on en fait ce quon en veut ». Et au final, il définit le libéral comme étant « que des aléas. Ya pas une journée qui ressemblera à lautre ».
Les interviewés sont tous du même avis : ils sont satisfaits de leur mode dexercice et ils ne le regrettent pas. Et je les comprends : ils ont fait un choix, ils se sont décidés à changer et ont opté pour une nouvelle façon de travailler. Ils connaissaient les avantages de ce choix, et savaient à quoi sattendre du point de vue des difficultés. Mais ils se sont quand même décidé à franchir le pas. Ils ont osé. Et cest payant : aujourdhui, ils savent bénéficier des points positifs, tout en écartant, et en sadaptant au négatif.
Cest pour cela que bien souvent, les infirmiers libéraux affirment ne vouloir jamais retravailler à lhôpital.
i) Lévolution de la profession
Au vu du nombre dannées en libéral, les enquêtés sont inégaux vis-à-vis de lévolution de lexercice.
Agnès, malgré ses 14 ans exercice, ne parle que de lévolution des pathologies et des soins réalisés.
Jérôme, avec uniquement 9 mois de libéral derrière lui, aborde également le même sujet : « la quantité de travail et les pathologies vont se stabiliser ». Par contre, il aborde un autre thème : le développement du maintien à domicile. « La population est vieillissante, lhôpital a de grosses difficultés budgétaires, de personnel et de fonctionnement, et le coût des soins à domicile est nettement inférieur à celui dune hospitalisation classique ».
Marie, 16 ans dexpérience dans le libéral, dit elle aussi voir une évolution dans les soins réalisés. Mais pour une raison bien précise : « il y a plein dassociations qui se montent, des auxiliaires ». Et cest ainsi quelle avoue être contre ce type de développement : « on aura moins de travail », « chacun à sa place ». Elle ne se dit pas inquiète, puisquelle sapproche de la retraite, mais elle pense que le libéral va finir par disparaître un jour ou lautre.
La disparité de lexpérience libérale des infirmiers enquêtés est très intéressante. Je peux remarquer que Jérôme a plutôt une vision optimiste de lavenir du libéral : les demandes vont augmenter, permettant ainsi le développement de structure spécialisée dans les soins à domicile.
Ce nest pas le cas de Marie, qui sinquiète du nombre grandissant dassociations de soins à domicile. Elle a peur de voir cette profession disparaître, au profit du développement des auxiliaires.
Une telle différence de point de vue peut sexpliquer par deux choses : lexpérience professionnelle, et le secteur dactivité. En effet, je pense que Marie a beaucoup plus de recul par rapport à Jérôme, libéral depuis moins dun an. Elle a eu le temps de voir évoluer la profession.
Il en va de même pour le secteur : Jérôme est en milieu rural, où le nombre dinfirmier libéral est relativement peut important, avec une demande de soins à domicile en évolution constante. Marie, quant à elle, travaille en plein centre dune grande ville : le nombre de libéraux y est important, et ne cessent de grandir, peut être beaucoup trop rapidement par rapport aux demandes des patients.
A mon avis, je pense queffectivement, le libéral va continuer à se développer, avec de plus en plus dinfirmiers attirés par ce mode de travail, et de plus en plus de patients qui souhaitent bénéficier de soins à domicile, et non plus à lhôpital.
Mais il me paraît également cohérent de dire que le nombre dinfirmiers libéraux est parfois trop élevé en centre ville, les poussant à agrandir leur secteur et à se « marcher » dessus les uns les autres.
Donc oui, le libéral est en pleine croissance, et je pense que son avenir est plutôt optimiste. Mais il est important de savoir gérer les installations, pour ne pas concentrer les libéraux tous au même endroit.
5. La synthèse
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Dans une société où les idées faites à propos des libéraux sont parfois fantaisistes, les infirmiers doivent faire face à une réalité toute autre. Effectivement, ils sont confrontés à de nombreuses difficultés quils doivent surmonter : le mode dinstallation, ladministratif, les conditions de travail pas toujours faciles (horaires, absence de relève, absence de transmission, travail en équipe difficile), les règles dhygiène parfois difficilement applicables, le relationnel et les difficultés humaines liées aux patients ... Elles sont nombreuses et varient en fonction de la personnalité de chacun.
Le maître-mot du libéral, fréquemment cité de façon unanime par les libéraux interrogés, cest ladaptation ; les difficultés sont nombreuses, certes, mais les surmonter nest pas inhumain : il faut sadapter. Il est important, pour cela, de pouvoir trouver son propre mode de fonctionnement, sa propre organisation, répondant ainsi à une façon de travailler et à une optique de soin propre à chacun. Laisser libre cours à son intuition : rien de tel pour répondre à sa conception du « prendre soin ».
Et cest ainsi, quaprès avoir longuement peser le pour et le contre, la décision de changer de mode dexercice nétant pas facile, les infirmiers libéraux se décident à faire le « grand saut ». Et au final, ils sont tous satisfaits de leur choix, ils ne le regrettent pas ...
Cependant, une question soulevée par les enquêtés persiste, à savoir la viabilité à long terme de lexercice libéral face au développement des organismes de maintien et de soins à domicile.
6. Conclusion
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
« A quelles réalités doivent faire face les infirmiers libéraux, dans la réalisation de soins à la personne ? ».
Tout a commencé par des interrogations, de nombreuses interrogations, qui se sont rapidement ciblées sur cette problématique, résultante dun sujet dactualité. Et aujourdhui, je ne prétends pas pouvoir y répondre de façon objective, mais je pense quand même avoir en main un certain nombre déléments me permettant de me faire une idée, MON idée sur la question.
La réalisation de ce T.F.E. ma pris beaucoup de temps. Et cest de nombreuses périodes de grandes motivations, et à lopposé, des phases de difficultés que jai du traverser. Mais ma guidante a su me remotiver, morienter et me conseiller quand il le fallait. Jai ainsi constamment été stimulée pour me permettre un travail continu, régulier et organisé.
Au final, ce travail ma été très enrichissant. Cela ma permis, dun point de vue théorique, dacquérir des éléments méthodologiques de base, à savoir comment présenter un mémoire dans les règles de lart. Cela ma également permis de minitier à le recherche.
Ensuite, ce travail ma permis de me découvrir des qualités que je ne me connaissais pas :
Mes capacités à mener à bout un projet de grande envergure, dintérêt personnel et professionnel, et me tenant à cur.
Mes aptitudes et mes facilités à mener à bien des entretiens.
Mes facultés à faire des liens et à me positionner en tant que future professionnelle.
Cest ainsi que je pense que la réalisation dun T.F.E. est la finalité dun processus de professionnalisation de 3 ans ½ de formation et détudes. Effectivement, elle permet la maturation dun certain nombre de pré-requis, tels que le contact, louverture aux autres, lécoute et la persévérance. Et pourquoi pas, lamélioration des mes futures pratiques de soins infirmiers ...
Mon T.F.E. peut également être dun grand intérêt pour les interviewés. En effet, je pense quil a pu susciter de nombreuses réflexions chez les infirmiers interrogés. Et peut être se sont-ils remis en question sur certains points ?
Pour terminer, je tiens à faire part dune remarque que jai pu me faire lors de ce travail : les infirmiers que jai interviewés se sont révélés passionnés par leur exercice, par leur profession. Jai été surprise de voir à quel point ils aimaient ce quils faisaient et à quel point ils avaient envie de partager leurs expériences, de faire découvrir et de transmettre leur savoir. Jai été totalement satisfaite de voir quil existe des professionnels aussi impliqués dans le soin à la personne. Cest très positif pour la profession, autant que pour les patients ; la relation et le soin nen sont quenrichis.
Bibliographie
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
( Références des textes officiels :
Arrêté du 13.04.2007, paru au J.O. n°88 du 14.04.2007, page 6.861, texte n°126, fixant la liste des dispositifs médicaux que les infirmiers sont autorisés à prescrire.
Avenant n°6 à la convention nationale des infirmiers du 24.03.2004, paru au J.O. n°146 du 25.06.2004, page 11.536, texte n°31, organisant les apports entre les infirmières et les caisses dassurance maladie.
Code de la santé publique, consolidée le 19.06.2008, référence en matière de droit à la santé.
Décret 2004-613 du 25.06.2004, paru au J.O. n°148 du 27.06.2004, page 11.713, texte n°15, relatif aux conditions techniques d'organisation et de fonctionnement des services de soins infirmiers à domicile, des services d'aide et d'accompagnement à domicile et des services polyvalents d'aide et de soins à domicile.
Décret 2004-802 du 29.07.2004, paru au J.O. n°183 du 09.08.2004, page 14.150, texte n°5, relatif aux parties IV et V (dispositions réglementaires) du code de la santé publique et modifiant certaines dispositions de ce code.
( Références des sites internet utilisés :
AETMIS : Agence dEvaluation des Technologies et des Modes dIntervention en Santé Les technologies de soins à domicile (HYPERLINK "http://www.aetmis.gouv.qc.ca/site/download.php?f=96f167dc2b6b4e775cc267cfc455b424"www.aetmis.gouv.qc.ca)
Altivis : une haute vision des technologies place lhomme au cur de nos préoccupations Les enjeux de la télémédecine (HYPERLINK "http://www.altivis.fr/-Les-enjeux-de-la-telemedecine-.html"www.altivis.fr)
Cairn : chercher, repérer, avancer La profession infirmière : lhistorique et le mythe (HYPERLINK "http://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2003--page-55.htm"www.cairn.info)
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (C.N.R.T.L.) Définition du libéral (HYPERLINK "http://www.cnrtl.fr/lexicographie/libéral"www.cnrtl.fr)
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (C.N.R.T.L.) Définition de la réalité (HYPERLINK "http://www.cnrtl.fr/lexicographie/réalité"www.cnrtl.fr)
Ecole de Soins Infirmiers de Morgue (ESIM) Qui est Virginia HENDERSON ? (HYPERLINK "http://membres.lycos.fr/edn1/pages/qui.html"membres.lycos.fr/edn1)
Evene.fr : toute la culture Biographie de Claude LEVI-STRAUSS (HYPERLINK "http://www.evene.fr/celebre/biographie/claude-levi-strauss-626.php"www.evene.fr)
Evene.fr : toute la culture Biographie de David LYNCH (HYPERLINK "http://www.evene.fr/celebre/biographie/david-lynch-2472.php"www.evene.fr)
Infirmiers.com : le site de la profession infirmière La fonction dinfirmière libérale : définition et activité (HYPERLINK "http://www.infirmiers.com/carr/liberal/la-fonction-des-infirmieres-liberales.php"www.infirmiers.com)
Infirmiers.com : le site de la profession infirmière Les conditions dinstallation en exercice libéral sous convention (HYPERLINK "http://www.infirmiers.com/carr/liberal/liberal2.php"www.infirmiers.com)
Légifrance.gouv.fr : le service public de la diffusion du droit Avenant à la convention nationale des infirmiers (HYPERLINK "http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000252937&dateTexte=&fastPos=4&fastReqId=1119051810&oldAction=rechTexte"www.legifrance.gouv.fr)
Légifrance.gouv.fr : le service public de la diffusion du droit Code de la santé publique
(HYPERLINK "http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnCode?code=CSANPUNL.rcv"www.legifrance.gouv.fr)
Légifrance.gouv.fr : le service public de la diffusion du droit Décret 2004-613 (HYPERLINK "http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=SANP0422530D"www.legifrance.gouv.fr)
Légifrance.gouv.fr : le service public de la diffusion du droit Décret 2004-802 (HYPERLINK "http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000801170&dateTexte=&fastPos=1&fastReqId=2115604553&oldAction=rechTexte"www.legifrance.gouv.fr)
Sante.gouv.fr : le ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative Le métier dinfirmière libérale (HYPERLINK "http://www.sante.gouv.fr/drees/serieetudes/serieetud58.htm"www.sante.gouv.fr)
SNIIL : le Syndicat National des Infirmières et Infirmiers libéraux Information pour linfirmier libéral et pour son installation (HYPERLINK "http://www.sniil.fr/html/menu_infirmier_liberal.htm"www.sniil.fr)
Wikipedia.org : lencyclopédie libre Définition de linfirmier (HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Infirmier"fr.wikipedia.org)
Wikipedia.org : lencyclopédie libre Définition des courants de pensée infirmière (HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Courant de pensée infirmière"fr.wikipedia.org)
( Références bibliographiques des articles et revues :
HESBEEN Walter, article intitulé « Le caring est-il prendre soin ? », extrait de la revue Perspective soignante, Paris, éditions Seli-Arslan, n°4 paru en avril 1999, 20 pages.
JAYET-DAUPHINE Bernadette, article intitulé « Le plaisir de penser / panser », extrait du site internet de lASCISM (Association des Cadres Infirmiers en Santé Mentale), paru le 17 janvier 2005.
( Références des bibliographiques des livres :
Collectif, Le petit Larousse illustré, Paris, éditions Larousse, paru en juillet 2007, 1.811 pages.
HENDERSON Virginia, La nature des soins infirmiers, Paris, InterEditions, paru en 1994, 234 pages.
HESBEEN Walter, Prendre soin à lhôpital : inscrire le soin infirmier dans une perspective soignante, Paris, éditions Masson, paru le 27 octobre 1997, 195 pages.
PEPLAU Hildegarde, Relations inter-personnelles en soins infirmiers, Paris, éditions Masson, paru en 1995, 189 pages.
VILBROD Alain et DOUGUET Florence, avec la collaboration de LEFEUVE Sonia et de LE MINOUX Nadège, Document de travail, le métier dinfirmière libérale, Paris, éditions Santé Etudes - DREES, n°58 paru en avril 2006, 2 tomes, 410 pages.
( Références des documents non publiés :
Direction de lHospitalisation et de lOrganisation des Soins (D.H.O.S.), Rapport sur létat des lieux et harmonisation des sources statistiques relatives aux infirmiers, 2004
LECOMTE Béatrice, MESSIN Clotilde et ROBERT Anne, cours dispensé aux élèves infirmiers de 1ère année de lI.F.S.I. de lEcole Santé Social Sud Est, 2005 Historique de la profession
Annexes
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Annexe 1 : mon outil denquête
Présentez-vous rapidement :
Quelle est votre situation familiale ?
Où habitez-vous ?
En quelques mots, présentez votre parcours professionnel :
Combien dannées de diplôme avez-vous ?
Depuis combien dannées travaillez-vous dans le libéral ?
Dans quel secteur avez-vous travaillé avant votre exercice libéral ?
Dans quel type de cabinet exercez-vous ?
Combien dinfirmiers exercent dans votre cabinet ?
Quel est votre périmètre de tournée ?
A quels types de pathologie êtes-vous confronté ?
Pourquoi avez-vous choisi dexercer en libéral ?
Quelles ont été vos motivations ?
Quelles ont été les contraintes qui auraient pu vous faire rejeter lidée du libéral ?
Quest-ce qui vous attire dans ce mode dexercice ?
Comment définiriez-vous la notion de « prendre soin » ?
Quelles sont les qualités requises pour être infirmier libéral ? En quoi répondez-vous ou ne répondez-vous pas à ces critères ? Quelles en sont les raisons ?
Quelles sont les capacités personnelles et professionnelles requises ?
Quelles sont les qualités requises que doit présenter un infirmier libéral ?
A quels types de difficultés êtes-vous confronté ?
Que mettez-vous en uvre pour faire face à ces difficultés ?
Quels sont les textes législatifs spécifiques de lexercice libéral ?
Sur quels points spécifiques le décret sur les règles professionnelles précise-il lexercice libéral ?
Le décret sur la prescription de matériel vous est-il utile ? Quel est le matériel quil vous arrive de prescrire selon le texte en vigueur?
Quelles satisfactions retirez-vous de votre exercice ?
Quelle évolution voyez-vous dans votre exercice ?
Quaimeriez-vous ajouter ?
Annexe 2 : le tableau synthétique de mes entretiens
PrésentationEntretien n°1
AgnèsPas mariée.
Vis avec quelquun qui a un garçon.
Habite dans le beaujolais, à 25 km du cabinet.Entretien n°2
MarieDivorcée.
3 enfants et 6 petits-enfants.Entretien n°3
JérômeMarié.
3 enfants.
Habite sur Vaugneray
Expérience professionnelle antérieure au libéralEntretien n°1
AgnèsChirurgie orthopédique, petite chirurgie.
Coronarographies et tout ce qui est problème cardiaque.
Médecine.
Quelques chimiothérapies.Entretien n°2
MarieSoins de suite et de réadaptation.
Service de maintien et de soins à domicile pour les personnes âgées.
Halte garderie.
Bloc opératoire.
Beaucoup de domicile.Entretien n°3
JérômeUrgences chirurgicales, en tant que cadre.
Réanimation.
Années de diplôme et années dans le libéralEntretien n°1
AgnèsDiplôme vers 1985 1986.
14-15 ans de libéral.Entretien n°2
MarieDiplôme en 1966 - 1967.
En libéral depuis 1992 : 16 ans.Entretien n°3
Jérôme9 ans que je suis infirmier.
Infirmier libéral depuis 9 mois.
Nombre dinfirmiers dans le cabinet et statutEntretien n°1
AgnèsOn est que 2.
On est associé.
On est dans un cabinet où lon sentend très bien, mais cest vrai que la personne qui vient, le nouveau collègue, il faut quil ait la même optique de soin.Entretien n°2
MarieOn est 2 femmes.
On est associé.Entretien n°3
JérômeDans notre cabinet, il y a 2 infirmiers et 4 médecins.
On est parti de zéro patient : il y avait les médecins, mais on a créé le cabinet infirmier de toute pièce.
On a peu près le même profil avec mon associé (on a fait nos études ensemble).
Périmètre de tournée et planningEntretien n°1
AgnèsOn tourne sur toute la commune de Collonges, et tout ce qui est limitrophe.
En plus, il y a le bouche à oreille : yen a qui veulent bosser avec nous. Et ça arrive que des personnes acceptent de se faire opérer plus tard pour nous avoir nous.
On sentend vraiment très bien.
On a un planning établi de base, qui se modifie en permanence : ma collègue fait Lundi, Mardi, Vendredi, Samedi et Dimanche et moi Mercredi et Jeudi (et on inverse).
On se met à 2 le matin sil y a trop de travail : sur la même matinée, voire même sur un même patient.
Il nous arrive de refuser de nouveaux soins, quand on est trop submergées.
Ca dépend de tes objectifs, de comment tu as envie de pratiquer ton métier, ce que tu recherches, comment tas envie de travailler, comment toi tu as envie de le vivre.Entretien n°2
MarieOn est sectorisé sur la Croix Rousse, sur le quartier Chazière.
Cest un petit secteur, parce quon est nombreux, on a suffisamment de travail.
Quand il y a des demandes dailleurs, on adresse à des collègues.
Le soir, cest léger quand même, comme charge de travail.
On travaille que la moitié du mois chacune. Une semaine sur 2. On commence le lundi et puis on termine le lundi midi suivant.Entretien n°3
JérômeAu début, on a rayonné un petit peu large sur les communes alentours.
Lobjectif cest de faire Vaugneray et les 3 communes alentour.
Au point de vue des kilomètres, ça nous fait pas trop peur. Mais bon, plus tu fais de kilomètres, moins tu vois de patients.
On travaille une semaine sur 2 : on commence notre semaine le jeudi, jusquau mercredi, parce que lactivité de travail, le jeudi cest une grosse journée.
Pathologies rencontréesEntretien n°1
AgnèsIl y a quelques années : cétait essentiellement des personnes âgées, quelques injections, beaucoup de soins de nursing, des petits pansements et des soins de petite chirurgie.
Aujourdhui, nous avons une clientèle à 99,9999999% atteinte de cancer, sur notre secteur.
On ne fait pas de chimio : il savère que les hôpitaux préfèrent pouvoir garder un oeil continu sur les patients sous chimio (en ambulatoire), et ça, ça rassure les gens.
Mais on fait tout ce qui est autour de la chimio : suivi biologique, produits dhydratation, soins de bouche.
Entre du pur technique, et laide à la toilette, ya de tout.
Cest très subjectif ce métier. Cest comment toi tu as envie de le vivre.
Le libéral, tu es chez les gens. Donc le contact nest pas le même.
A lhôpital tu es dans une équipe : si tas problème, ya toujours quelquun. Alors que chez les patients, tu dois faire face aux familles, et tu dois gérer seule.Entretien n°2
MarieOn fait pas mal de soins post-opératoires : pansements, FRAXIPARINE.
On fait des surveillances de traitement.
Ya aussi des malades qui ont eu des AVC.
Et pas mal de diabétiques, des insulines.
On a quelques toilettes.
Ya des personnes en fin de vie.
Des patients atteints dAlzeihmer, de Parkinson, de diabète.
Par contre, on ne fait pas de chimio : les gens sont plus rassurés à lhôpital (en hôpital de jour), cest moins lourd.
Moi je suis pas très technique. Je suis une vieille infirmière, jaime bien le relationnel.
Cest assez bien reparti notre tournée.
Je suis mordue pour le maintien à domicile, dans la mesure du possible.Entretien n°3
JérômeOn est ouvert à tout.
On fait du nursing, bien évidemment.
Ya aussi des prises de sang, des injections. On fait pas mal de petits pansements, de gros pansements, des pansements descarres, des pansements de doigt.
On a quelques chimio per-os : MANNITOL et SOLUMEDROL sur chambre implantable.
On aime autant le technique que ce qui est nursing, relationnel.
Sur une matinée, cest varié : car faire que du technique, ça va un temps. Et puis faire que du nursing, cest pareil. Alors que là, cest varié.Motivations pour le libéralEntretien n°1
AgnèsA lorigine, jai jamais été attirée par le libéral. Javais déjà fait une mini tournée.
Je crois que jai saturé du service, de tout ce qui gravite dans un service, dun point de vue physique (les contraintes horaires, « faites pas ci », « faites pas ça », le stress, aller à droite, aller à gauche) et puis des relations (avec certaines personnes du travail qui devenaient pesantes, des petites histoires internes).
Ya un moment, on a besoin de voir autre chose, vraiment.
Quand jai commencé à tourner ici, jai vu quon pouvait vraiment avoir un contact, quon était accueilli par des gens qui étaient en attente de quelque chose.
Comme on dit, note liberté on la paie cher, mais elle est là.
Cest une forme de vie qui me convient complètement.
On séclate dans ce quon fait Et tout ça est lié par lesprit déquipe : on est complémentaire.Entretien n°2
MarieCétait une amie qui ma entraîné, pour me que je minstalle avec elle.
Jaime beaucoup le relationnel, cest un des moteurs de mon travail. Puis aller à domicile.
Jai arrêté de travailler, et je me voyais pas du tout retourner à lhôpital.Entretien n°3
JérômeComme jétais cadre, ça a pas était une décision facile. Parce que javais fait mes études pour évoluer, pour changer et faire plus du management que de soins.
Ce qui ma attiré, cest la proximité, le fait dêtre à côté de chez moi, le fait davoir plus de liberté, moins de contraintes.
Et puis il y a laspect aussi dune approche du patient qui est différente.
Moi, javais un service de 20 lits où il passait 350 patients par mois, cest à la chaîne.
Cétait avoir plus de temps pour les gens, appliquer notre propre conception de soins.
Définition du « prendre soin »Entretien n°1
AgnèsIl faut se poser les bonnes questions : Quest-ce que veut la personne ? Quelle est sa demande à elle ? On est là pour quoi ?
Chez chaque personne, même pour un même « mal », la demande nest pas la même, les besoins ne sont pas les mêmes. Même chez une même personne, dun jour à lautre, le même soin sera différent.
Chaque individu est unique. Cest la personne unique, à part entière. Cest une entité complète. Cest la globalité.
Il faut entrer dans la bulle du patient, et il arrive parfois quon modifie cette bulle. Il faut respecter et sadapter au patient.
Ca reprend les besoins de Virginia HENDERSON : protéger, réadapter, restaurer, insérer, compenser, réinsérer, maintenir, prévenir, promouvoir, éduquer, surveiller.
On ne peut pas séparer les besoins, ils sont tous liés.
La conception du soin nest pas la même quà lhôpital.
On a les patients quon mérite. On te renvoie limage que tu donne : cest ce qui émane de toi.
Quand on fait un soin, il y a une relation. Heureusement que les patients nous aiment et quon les aime.Entretien n°2
Marie« Prendre soin », pour moi, cest écouter, cest être à lécoute de lautre.
Cest cibler les demandes, cest appliquer des traitements.
Cest assez ciblé relationnel, mais enfin technique aussi.
Il faut prendre le temps de sasseoir, et puis découter et dentendre la souffrance, ou dentendre le mieux être.
Je trouve que cest vraiment important de pas être pressée.
Jai de la chance de travailler moins et du coup je prends mon temps. Et ça cest un cadeau.Entretien n°3
JérômeCest vraiment du cas par cas.
La démarche de soins, ça prend un peu tout son sens. Parce que 2 patients qui auront la même pathologie, ils auront pas le même environnement, pas la même maison ou pas le même appartement, pas la même famille. Nous on prend en charge le patient, mais ya la famille autour.
Après, faut gagner sa vie aussi. Faut pas se voiler la face. On fait pas de lhumanitaire non plus. On essaie de faire au mieux, tout en gagnant notre vie.
Mais le relationnel à domicile, cest super.
Il faut sadapter. Ya encore des gens qui ont de leau, mais qui nont pas de salle de bain. On se débrouille avec. Et comme on vient de sortir de lhôpital, on des notions dhygiène encore à la page.
Même sur un même personne, dun jour à lautre, il ny aura pas la même prise en charge. Ca change tous les jours.
Donc le grand mot du libéral, cest adaptation. Tu fais une démarche de soins par jour.
Entre celui qui se réveille pas, où tu passes ¼ dheure à taper au carreau, et quil arrive : tes obligé par rapport au planning que tas derrière, de réadapter.
Le libéral, cest que des aléas. Ya pas une journée qui ressemblera à lautre.
Cest un peu énervant de perdre du temps.
Qualités requises pour le libéralEntretien n°1
AgnèsEntretien n°2
MarieIl faut un bon équilibre de santé déjà.
Un bon équilibre physique : il faut être très disponible, il faut avoir de la patience.
Il faut être assez équilibré, il faut pas être trop stressé.
Il faut vraiment être bien avec soi même pour projeter des bonnes choses.
Je pense que je réponds à ces critères là, maintenant.
Jai limpression davoir vraiment trouvé une sérénité, un bon équilibre dans mon travail.
Je sais me positionner. Je trouve que cest important de pouvoir dire non.
Cest vrai que les personnes sont très demandeurs donc des fois on peut pas partir.
Avant, il y avait des soucis par rapport aux enfants, Mais maintenant, je sais me protéger beaucoup plus.
Tout ça grâce à lexpérience.Entretien n°3
JérômeLadaptation.
Le libéral, en fait, on en fait ce quon en veut. Soit on veut faire de la qualité de soin, être proche des patients, prendre le temps. Soit on veut faire du chiffre et on ouvre le tiroir caisse.
Difficultés du libéral et moyens mis en uvre pour le surmonterEntretien n°1
AgnèsCest un métier difficilement compatible avec une vie de famille : 90% des infirmières sont divorcées.
Ce nest pas un métier facile : ce sont des horaires entrecoupés, sans savoir à quelle heure repartir, sans savoir vraiment à quelle renter. On y passe quasiment tous les week-end.
Si à tout hasard lautre a problème, il faut pouvoir prendre le relais.
Relationnel : il faut remettre les pendules à lheure quand les gens veulent aller un peu trop loin dans la limite du soin. Ils ont plus de mesures, plus de limites. Mais cest un peu de notre faute : on est plutôt généreuses. Il faut être professionnel et savoir recadrer.
On cours un peu lorsquil manque du matériel, des traitements. Il faut savoir sorganiser.
Il peut y avoir des difficultés humaines : il faudrait pas que les patients commencent à avoir un discours sur les collègues. Si un jour ils sentent quil y a une faille, ils en profitent : « votre collègue fait comme-ci, votre collègue fait comme ça ».
Il y a ceux qui surveillent lhorloge tout le temps.
On peut pas plaire à tout le monde : on a deux tempéraments totalement différents, et en même temps complémentaires.
On a les mêmes objectifs de soins, on est avant tout dans lhumain. Cest dans leur intérêt.
Il y a aussi ladministratif, un peu long à faire, où là aussi il faut sorganiser. Mais cest surmontable.
Après il y a dautres problèmes : manque de place dans la chambre.
Cest à linfirmière de sadapter au patient et à son environnement, et pas linverse.
Cest vrai quil y a des gens qui veulent pas changer leurs habitudes : là, cest vrai quil y a une difficulté.
Après, cest à chacun de sadapter à se façon. On a une autonomie.Entretien n°2
MarieLes contraintes de papiers, dadministratif : moi je trouve quon est de plus en plus oppressé par ça. Et jétais obligé dacheter un oridnateur, je sais pas le faire marcher.
Ce qui est difficile dans ce métier : les contraintes horaires : commencer très tôt le matin. Je commence à être fatiguée, je suis près de la retraite et cest dur. Donc je travaille moins le soir.
Monter les étages, être toujours disponible, monter dans sa voiture, redescendre.
Mais jaime bien ce que je fais, jadore ce que je fais. Cest ce qui compte.
Et je suis abonnée à des revues : jessaie de me former seule sur les nouvelles techniques.
Au niveau de lhygiène, cest pas comme a lhôpital où il y a des risques énormes parce quil y a tellement de brassage de personne, de pathologies. A domicile, ça a moins besoin dêtre stérile quà lhôpital. Cest chez eux. Mais jessaie de faire le plus propre possible.
Mais quelque fois on est dans des conditions désastreuses dhygiène.
On passe du meilleur au pire a domicile.Entretien n°3
JérômeComme dans tout il y a des points négatifs aussi.
Par rapport aux difficultés, cest vrai que sur une installation, cest pas facile. Cest pas grand chose, mais ya tous les organismes. Tous des tas de papiers, faut prendre un comptable ... Enfin tous des choses dont on na pas lhabitude quand on travaille à lhôpital. Ca fait un peu peur. Faut franchir le pas.
On a un petit peu de paperasse aussi. Nous on est informatisé, ça aide. Par contre, il faut envoyer les papiers justificatifs à chaque caisse, et des caisses yen a 20 ou 25.
Au début, faut se mettre dedans.
Les difficultés quotidiennes : planifier, replanifier, déplanifier sa tournée parce que ça bouge énormément.
Selon la route, sil y a des travaux, si on suit un tracteur ou autre, tu perds 10-15min sur la route, cest un peu pénible des fois.
On sentend bien avec mon collègue : on prend les décisions ensemble.
Avec les médecins, si on a quelque chose, soit on leur téléphone, soit on passe. Donc finalement, on a une petite équipe.
Au point de vue de lentente, cest ou tout bon, ou tout mauvais. Si on sentend pas, ya rien qui va.
Sur la journée, quand tu travailles, tes tout seul. Mais bon, ça manque pas trop, car on va chez les gens. Ca créé des liens.
Sur les gros cabinets, certes ça maurait certainement manqué, le fait de « tarrives, tas ta relève sur un papier, ta tournée sur un papier ».
Après, il faut trouver son mode de fonctionnement.
Les gens ils croient que tout est gratuit. Ils vont à lhôpital, ils paient pas. Et ceux qui doivent payer, ils sont remboursés, au bout de 7 jours, mais ils doivent faire lavance des frais. Et il y en a encore pas mal qui disent « Ah bon, il faut vous payer ? » « Non, non, je travaille gratuitement ». Faudrait que ce soit tout gratuit.
Alors cest vrai que nous, on essaie darranger les gens : « comme on change toutes les semaines, à la fin de notre semaine, vous nous faites un chèque, nous on le télétransmet, vous serez remboursés au bout de 7 jours, et nous on lencaisse au bout de 10-15 jours le chèque, au moins comme ça, ça vous fait pas lavance des frais ». On essaie dêtre arrangeant.
Mais cest vrai quil y a cette notion de largent qui rentre en ligne de compte, et qui nexiste pas à lhôpital. Donc ça fait une relation un peu particulière en plus.
Après il y a lexpérience qui fait quon peut dire les choses.
Aspect législatif de lexercice libéralEntretien n°1
AgnèsOn sen sert pas encore. Mais cest bien.
Tout simplement parce quon na pas les ordonnances, et surtout, pas le temps. En plus, les médecins, il suffit de leurs demander, et ils prescrivent.
On a lavantage de lautonomie : on a tout ce quon veut sans ordo. Donc on se dit pas « je vais prescrire pour être plus autonome ».Entretien n°2
MarieJe prescris rien pour linstant, mais cest vrai que si javais besoin pour des pansements ...
Mais jai pas dordonnance, jai pas envie de me lancer là-dedans, à 2 ans de la retraite.
Du coup, je suis plus libre, ça ma donné une certaine liberté.
On se débrouille très bien sans pour linstant.
Bon ça va peut-être venir pour des pansements lourds, à renouveler plusieurs fois.
Jai pas encore bien compris ce quon pouvait prescrire et pas prescrire.
Sinon on sarrange.
Et souvent il y a mille fois trop, parce que maintenant on fait acheter des sets, et pour un pansement, jai 10 sets quon met à la poubelle. Ca me hérisse quand il y a des prescriptions qui font du gaspillage.Entretien n°3
JérômeOn sen sert pas encore.
Nous ce quil y a, cest quon a les médecins à côté. Alors, on passe, on demande à la secrétaire « tu pourrais nous faire le renouvellement de la prescription ». Elle la tape, elle nous la met de côté, le médecin quand il passe, il signe.
Nous on na pas encore été confronté au cas où on nous a demandé ... ou alors on ait eu vraiment besoin de prescrire.
De toute façon, on a un peu de matériel de côté.
Satisfaction du libéralEntretien n°1
AgnèsEntretien n°2
MarieDe pouvoir aller partout. Et de recevoir.
Cest très riche cette diversité des gens et des habitudes. Moi ça menrichi beaucoup.
Et puis cette confiance.
Et puis vous rentrez chez les personnes, vous voyez leur mode de vie.
On soigne comme on peut avec ce quon a chez les gens. Moi je trouve cest bien. Cest vraiment une prise en charge singulière, propre a chacun. On fera pas la même chose chez le voisin.Entretien n°3
JérômePremièrement un bon contact avec les gens.
Et puis de pouvoir faire la qualité de soins quon ait envie de faire.
Si on veut continuer à donner la qualité de soins quon donne actuellement, et bien il faut quon se limite au niveau du nombre de personnes à prendre en charge.
Je sais quon a commencé à refuser des patients. « Nous on vient vous prendre en charge, mais on vous avertit, on a du monde déjà, et ça serait pour vous faire une toilette, mais à 10h30 du matin ». Après cest oui ou cest non.
Après cest des compromis quon passe avec les patients.
Evolution du métierEntretien n°1
AgnèsCa évolue en bien pour les patients : ils peuvent rester beaucoup plus chez eux, et peuvent avoir leur traitement 24h/24 à domicile, sans être hospitalisé.
On récupère aussi de plus en plus de gens en sortie hospitalière.
Cest un mode de vie : au niveau des horaires, de recherche professionnelle et personnelle.
On est dans des échanges de construction, pour lautre et pour soi.
Il faut trouver sa voie. Mais quoiquil en soit, il faut commencer par lhôpital.
Il faut une certaine maturité pour aborder ça.Entretien n°2
MarieJe vois vraiment beaucoup de changements.
Au début je faisais que les piqûres, jamais dappel pour les toilettes.
Et puis un jour, ya eu ces prescriptions de toilette.
Mais maintenant, on a de moins en moins dappel pour des toilettes, parce quil y a plein dassociations qui se montent, des auxiliaires qui vont à domicile.
Moi, je suis pas inquiète parce que je termine, mais on aura moins de travail.
Il ny a plus de prescription de soins lourds, de pansements, parce souvent on demande aux patients après une intervention de revenir faire leurs pansements à la clinique.
Comment ça va évoluer toutes ces auxiliaires de vie qui sont partout ? Yen a une qui va faire la toilette. Elle verra pas la rougeur, elle verra pas lescarre qui commence, elle verra pas lulcère qui commence.
Moi je suis septique un peu quand même. Je suis pas emballée. Il faudrait vraiment, quand même, quil y ait une surveillance infirmière.
Chacun à sa place. Mais bon, cest que cest économique.
Mais je me demande si linfirmière libérale, on va pas disparaître un jour ou lautre.
Avant je refusais sans arrêt des gens. Maintenant, on se « jette » sur les patients.Entretien n°3
JérômeA un certain niveau, la quantité de travail, les pathologies vont se stabiliser.
Je pense que lhôpital a de grosses difficultés budgétaires, des difficultés de personnel, de fonctionnement. Quand je vois le prix de journée pour une hospitalisation pour un patient à lhôpital et ce que ça coûte à domicile ... ya un moment où de toute façon on sera forcer à faire des choix. Le maintient à domicile va forcément se développer à un moment ou a un autre : la population est vieillissante.
Donc je pense que ça va être amené à se développer. Alors après, sous quel biais, je sais pas. Est-ce quon va continuer à avoir des cabinets comme ça, qui vont se développer, se créer, ou est-ce que la mise en place de SIAD va prendre le dessus ? Linfirmière est censée faire tout ce qui est injection, pansement, médicaments, et les aides soignantes, faire les nursings. La plupart du temps, quand un patient a une toilette, il na pas quune toilette. Ya au moins un traitement médicamenteux à préparer à la semaine, une prise de sang ... les AVK ou autre. Et là, ils arrivent un peu à leur limite.
Donc il y a cette perspective là, qui fait que ça va freiner la progression du libéral. Mais il va y avoir une telle demande, que lun dans lautre, ça va séquilibrer.
Et à la ville ou à la campagne, les demandes sont pas les mêmes.
ConclusionEntretien n°1
AgnèsLe libéral, on en fait ce que lon a envie den faire.Entretien n°2
MarieCe qui est grave, cest que maintenant, les soins sont confiés, peut être un peu à nimporte qui.
Ca cest vraiment un problème qui me touche un peu.
Jai rien contre les auxiliaires de vie. Mais chacun à se place.
Il y a eu des abus, ça nous retombe dessus. Et sur le patient.Entretien n°3
JérômeJe trouve effectivement que le libéral apporte une certaine qualité de soins, une certaine qualité de vie pour linfirmier qui pratique.
Le libéral est ce quon veut en faire.
Moi ce que je veux, cest être vers chez moi, pouvoir rentrer chez moi le midi, pouvoir profiter de ma famille puis gagner quand même ma vie.
Et puis faire des soins ... qui ressemblent à des soins.Remerciements
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
Je tiens à remercier ma référente et ma guidante, Mme R, qui ma épaulé et soutenu, qui a su me conseiller et qui ma permis de mener à bien ce travail de fin détudes.
Aussi un grand merci à ma belle-mère qui ma été dune grande aide.
Et à mon père, qui a passé beaucoup de temps à me corriger.
Et également toute ma gratitude à Romain, qui a su faire preuve de patience, de dévouement et de persévérance : merci davoir toujours été là pour maccompagner tout au long de mon travail.
Et je noublie pas les infirmiers interviewés, sans qui rien naurait été possible.
Gwendoline ROQUIGNY Ecole Santé Social Sud Est
Promotion 2005 2008 20 rue de la Claire
69337 LYON cedex 09
« A quelles réalités doivent faire face les infirmiers libéraux, dans la réalisation de soins à la personne ? ».
« Approximativement 54.000 infirmiers libéraux exerçaient en France en 2003. Et en dix ans, ce nombre a crû denviron 21% ».
Dans cette société où les soins à domicile se développent et ne cessent de croître, les infirmiers libéraux ont un rôle important.
Tout le monde les connaît, ou plutôt tout le monde CROIT les connaître. Et cest ainsi, que par le terme de « libéral », on entend généralement une personne qui donne beaucoup, avec générosité, et qui respecte la liberté dautrui, sans lui imposer de contraintes.
Mais quen est-il vraiment ? Qui sont réellement les infirmiers libéraux ? En quoi consiste leur profession ? Comment décrivent-ils le monde dans lequel ils évoluent ? Pour y répondre, il ny a rien de mieux que dinterroger directement les personnes concernées ...
Quelques mots-clés :
Adaptation ; approche relationnelle ; arrêté du 13.04.2007 ; autonomie ; cabinet ; conditions ; contraintes ; décret infirmier ; difficultés ; dignité ; diplôme dEtat ; domicile ; expérience ; finalité ; globalité ; Hildegarde PEPLAU ; humain ; indépendance ; infirmier ; libéral ; liberté ; mode de vie ; motivations ; prendre soin ; prescriptions ; présence ; prise en charge ; professionnalisme ; qualités ; réalité ; règles ; relationnel ; relations ; respect ; rôle propre ; sérénité ; soins infirmiers ; technique ; unicité ; Virginia HENDERSON ; Walter HESBEEN
_____________________________________________________________________________
Linfirmier libéral face à la réalité des soins
David LYNCH, extrait de Studio Magazine, paru en décembre 2001.
David LYNCH est un cinéaste, un photographe et un peintre américain. Cette citation est en rapport avec son film Mulholland Drive, réalisé en 2000 par lui-même.
Les Instituts de Formation en Soins Infirmiers (I.F.S.I.) sont des instituts françaises chargées de former des futurs professionnels au métier dinfirmier.
Pour des raisons de simplicité de rédaction, le terme « infirmier » sera utilisé par défaut, pour désigner le professionnel de santé, quil soit de sexe masculin ou féminin.
Par « milieu urbain », je désigne les villes de plus de 10.000 habitants, par opposition au milieu rural, où le type de population, le style de vie et le concept de soins ne sont pas les mêmes.
Le décret infirmier, ou décret 2004-802 du 29.07.2004 est paru au J.O. du 09.08.2004, et fait référence aux règles professionnelles du métier dinfirmier.
Toutes les citations de mon introduction sont issues du décret infirmier, ou de larrêté sur la prescription infirmière.
Larrêté du 13.04.2007 est paru au J.O. du 14.04.2007, et fixe la liste des dispositifs médicaux que les infirmiers sont autorisés à prescrire.
Le Travail de Fin dEtudes (T.F.E.) est un document denviron 15-20 pages rédigé par chaque étudiant infirmier de 3ème année, et portant sur un thème dintérêt professionnel. Ce travail est présenté et soutenu devant un jury à la fin des trois années de scolarité, permettant lobtention du diplôme.
Le code de la santé publique, créé en 1953 et refondu dernièrement en 2004, constitue le texte central de référence en matière de droit à la santé. Cest de ce code quest extrait le décret 2004-802 du 29.07.2004, faisant référence aux règles professionnelles du métier dinfirmier.
Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (C.N.R.T.L.) rassemble, au sein dun portail lexical unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et doutils de traitement de la langue.
Les statistiques présentées dans ce paragraphe sont toutes issues de louvrage rédigé par Alain VILBROD et Florence DOUGUET, avec la collaboration de Sonia LEFEUVE et de Nadège LE MINOUX, Document de travail, le métier dinfirmière libérale, Paris, éditions Santé Etudes - DREES, n°58 paru en avril 2006, tome 1, page 21 à 32.
Le fichier du Système National Inter-Régimes (S.N.I.R.) de la Caisse Nationale dAssurance Maladie des Travailleurs Salariés (C.N.A.M.T.S.) recense annuellement lensemble des professionnels libéraux actifs.
Le répertoire Adeli (automatisation des listes) inventorie lensemble des inscriptions obligatoires de tous les infirmiers, y compris libéraux, lors de leur installation dans un département.
LInstitut National de la Statistique et des Etudes Economiques (I.N.S.E.E.), chargé des statistiques officielles en France, publie chaque année les résultats de ses enquêtes sur lemploi (y compris sur la profession infirmière).
La Caisse de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs Kinésithérapeutes, pédicures et podologues, Orthophonistes et orthoptistes (CARPIMKO) recense tous les professionnels exerçant en France à titre libéral .
Direction de lHospitalisation et de lOrganisation des Soins (D.H.O.S.), Rapport sur létat des lieux et harmonisation des sources statistiques relatives aux infirmiers, 2004.
Le décret 2004-613 du 25.06.2004 est paru au J.O. du 27.06.2004, et est relatif aux conditions techniques dorganisation et de fonctionnement des services de soins infirmiers à domicile, des services daide et daccompagnement à domicile et des services polyvalents daide et de soins à domicile.
La Caisse Primaire dAssurance Maladie (C.P.A.M.) gère, au plan national, les branches « maladie » et « accident du travail, maladie professionnelle » du régime général de la sécurité sociale.
Il appartient à linfirmier de produire la ou les attestation(s) dactivité ou dexpérience validée(s) par le ou les employeur(s), permettant de vérifier que les conditions dacquisition de lexpérience précitée sont bien remplies (date, durée en heures, lieu, nature ...).
La Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (D.D.A.S.S.) intervient dans le champ des politiques sanitaires, sociales et médico-sociales.
LUnion de Recouvrement des Cotisations de Sécurité Sociale et dAllocations Familiales (URSSAF) constitue un réseau d'organismes privés dont la principale mission est la collecte des cotisations salariales et patronales destinées à financer le régime général de la sécurité sociale.
Les Services de Soins Infirmiers A Domicile (SSIAD) ont été créés dans les années 1970 dans le cadre dune politique daide au maintien à domicile des personnes âgées.
LHospitalisation A Domicile (HAD) est une structure de soins alternative à lhospitalisation.
Lavenant n°6 à la convention nationale des infirmiers du 24.03.2004 est paru au J.O. du 25.06.2004, et permet lorganisation des rapports entre les infirmiers et les caisses dassurance maladie.
Larousse est une maison dédition française se spécialisant dans les ouvrages de référence, notamment les dictionnaires et les encyclopédies.
Walter HESBEEN, infirmier et docteur en santé publique de luniversité de Louvain (Belgique), est actuellement professeur à lécole nationale de santé publique (ENSP France).
Cette citation est extraite du livre de Walter HESBEEN, Prendre soin à lhôpital : inscrire le soin infirmier dans une perspective soignante, Paris, éditions Masson, paru le 27 octobre 1997.
Walter HESBEEN, article intitulé « Le caring est-il prendre soin ? », extrait de la revue Perspective soignante, Paris, éditions Seli-Arslan, n°4 paru en avril 1999, page 38 à 48.
Walter HESBEEN, « Le caring est-il prendre soin ? », op cit.
Walter HESBEEN, article intitulé « Le caring est-il prendre soin ? », extrait de la revue Perspective soignante, Paris, éditions Seli-Arslan, n°4 paru en avril 1999, page 38 à 48.
Walter HESBEEN, « Le caring est-il prendre soin ? », op cit.
Hildegarde PEPLAU, docteur en éducation, était une théoricienne des soins infirmiers dont le travail principal est repris dans son ouvrage Relations inter-personnelles en soins infirmiers, Paris, éditions Masson, paru en 1995.
Virginia HENDERSON, infirmière et présidente de la section enseignante de lassociation des infirmières de Virginie (Etats-Unis), rédigea de nombreux ouvrages sur les soins infirmiers, dont La nature des soins infirmiers, Paris, InterEditions, paru en 1994.
Claude LEVI-STRAUSS est un anthropologue, un ethnologue et un philosophe français ; il fait partie des fondateurs de la pensée structuraliste : il appréhende la réalité sociale comme un ensemble formel de relations.
Le guide dentretien est le support écrit me permettant de mener à bien mon entretien ; il est annexé à mon T.F.E.
Tous les entretiens réalisés sont enregistrés à laide dun dictaphone, afin que je puisse les retranscrire en intégralité, mots à mots et à lécrit, pour pouvoir, par la suite, lanalyser au plus juste de la réalité.
Toutes les citations issues de lanalyse descriptive sont extraites des entretiens infirmiers réalisés, et retranscris dans le tableau synthétique mis en annexe.
AVC : Accident Vasculaire Cérébral.
Agnès, lors de son interview, à la question sur les contraintes du libéral.
Agnès, lors de son interview, à la question sur lévolution de la profession.
Le décret 2004-613 du 25.06.2004 est paru au J.O. du 09.08.2004, et est relatif aux conditions techniques dorganisation et de fonctionnement des services de soins infirmiers à domicile, des services daide et daccompagnement à domicile et des services polyvalents daide et de soins à domicile.
Jérôme, à la question sur les difficultés du libéral.
Id., expliquant son avis sur le décret infirmier.
Agnès, décrivant le cabinet dans lequel elle travaille.
2.1. Le contexte, d) Lexercice libéral : un choix ... une nécessité, Les motivations, page 7.
Jérôme, lors de son interview, à la question sur les motivations pour exercer en libéral.
Agnès, sur la notion de « prendre soin ».
Ibid.
Cette citation est extraite de larticle de Bernadette JAYET-DAUPHINE, « Le plaisir de penser / panser », paru sur le site de lASCISM (Association des Cadres Infirmiers en Santé Mentale) le 17 janvier 2005.
Marie, à la question sur le « prendre de soin ».
Id., lors du questionnement sur les qualités requises pour être infirmier libéral.
Agnès, lors de lexposé de ses motivations pour le libéral.
Marie, décrivant les qualités requises pour un infirmier libéral.
2.1. Le contexte, d) Lexercice libéral : un choix ... une nécessité, Les contraintes, page 8.
Jérôme, lors de son interview, à la question sur les difficultés du libéral.
Jérôme, à la question des difficultés du libéral.
Marie, décrivant elle aussi ses difficultés.
Agnès, à la même question.
Marie, lors de mon interrogatoire sur les difficultés infirmières en libéral.
Jérôme, à la même question.
Marie, sur les difficultés.
Jérôme, lors de sa définition du « prendre soin ».
a) La situation familiale, page 31.
Agnès, lors de mon interrogatoire sur les difficultés infirmières en libéral.
Marie, à la question sur les qualités requises pour exercice en libéral.
Larrêté du 13.04.2007 fixe la liste des dispositifs médicaux que les infirmiers sont autorisés à prescrire.
Agnès, sur son choix du libéral.
PAGE
- Page PAGE 45 -
500
1500
1630
1878
1922
1938
1943
1945
1946
1960
1961
1970
1971
1972
1976
1979
1981 et 84
1991
1992
1994
2004