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ACTES DU COLLOQUE

Ecole Centrale des Arts et Manufactures (ECP) (en cours d'examen) ..... cas, du potentiel actuel, que la spécialité proposée pourrait former jusqu'à 5 % des ...... de plusieurs disciplines : physique, chimie, biologie et sciences de la Terre. ...... sur les exemples et les applications, les puits quantiques, l'effet Zeeman et l'effet  ...




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membre 18 du Conseil d’analyse économique
Gérard Friès, directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP) 20

ÉCHANGES AVEC LA SALLE 25


Consommation et évolution des comportements

François Cattier, administrateur du service des Analyses économiques 26 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)
Helmut Schmitt Von Sydow, directeur à la DG Énergie et Transports 28 de la Commission européenne
Michèle Pappalardo, présidente de l’Agence de l’environnement et 30 de la maîtrise de l’énergie (ADEME)
Jean Delsey, directeur de recherche à l’Institut national de recherche 33 sur les transports et leur sécurité (INRETS)
Alain Maugard, président du Centre scientifique et technique du bâtiment 35 (CSTB)
Alain Werquin, président de la commission gaz de l’Union des industries 37 utilisatrices d’énergie (UNIDEN)

ÉCHANGES AVEC LA SALLE 42


Allocution de clôture de la matinée
Nicole Fontaine, ministre déléguée à l’Industrie 42


Production, recherche, innovation : les voies du changement

Bernard Bigot, directeur de cabinet du ministre de la Recherche 46
Jean-Luc Vermeulen, directeur général Amont, TotalFinaElf 48
Éric Dyevre, président du directoire de la Société nationale d’énergie 50 thermique (SNET)
Alain Bugat, administrateur général du Commissariat à l’énergie 51 atomique (CEA)
Michal Spiro, directeur de l’Institut national de physique nucléaire et 54 de physique des particules (IN2P3) au CNRS
Alexandre Rojey, président du Centre international d’information 55 sur le gaz (CEDIGAZ), directeur gaz naturel à l’IFP
Victor Sanchez, directeur du département des Sciences de l’ingénieur 56 au CNRS
Érik Guignard, conseiller prospective du président du Syndicat 58 des énergies renouvelables (SER)
Jacques Valade, sénateur de la Gironde, président de la commission 59 des Affaires culturelles, vice-président du groupe d’études de l’Énergie du Sénat


Choix stratégiques pour la France dans le contexte mondial

Jean Besson, député du Rhône, chargé de mission pour le Débat national 62 sur les énergies
André Merlin, président du Forum européen des transports de l’énergie, 63 directeur du Réseau de transport d’électricité (RTE), président de l’association des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)
Dominique Maillard, directeur général de l’Énergie et des 65 Matières premières (DGEMP)
Philippe Garderet, directeur de l’innovation et des technologies 66 émergentes d’Areva, président de Technicatome
François Roussely, président d’Électricité de France (EDF) 68


Conclusion du colloque

Henri Revol, sénateur de la Côte d’Or, président du groupe d’études 71 de l’Énergie du Sénat


Biographies des intervenants 73

MESSAGE D’ACCUEIL


Intervention de M. Christian Poncelet,
Président du Sénat

Mesdames et Messieurs,

Ne pouvant être présent parmi vous, j’ai cependant tenu à vous adresser un message, afin de souligner l’importance que j’attache à l’action du Groupe de Prospective du Sénat.
Son action se situe en effet au cœur de ma définition d’un « Sénat ambitieux », c’est-à-dire un Sénat exerçant pleinement son rôle de laboratoire d’idées, d’aiguillon pour l’action, de chambre de réflexion en vue de l’action publique. Je me félicite du travail commun accompli à cette occasion par le Groupe de prospective et le Groupe d’études de l’Énergie du Sénat.
Aujourd’hui, plus que jamais, et a fortiori dans le contexte international troublé qui est le nôtre, force est de constater que votre réflexion prospective sur les choix stratégiques en matière d’énergie tombe à point nommé.
Y a-t-il un domaine où la prospective soit plus indispensable ? À l’évidence, il y en a peu, en raison de l’ampleur considérable des investissements qu’impliquent les choix à long terme dans le domaine de l’énergie.
Il sera certes difficile de trouver l’énergie idéale, une source d’énergie qui serait à la fois inépuisable, bon marché et non polluante.
À défaut de cette énergie idéale, nous avons, en tant que responsables publics, le devoir premier de rechercher, autant que faire se peut, une structure de production et de consommation d’énergie se rapprochant de cette énergie idéale.
À cet égard, vous me permettrez, et ce dans le prolongement de la réflexion que vous aviez engagée lors de votre rencontre internationale consacrée à la « mobilisation contre le réchauffement climatique », d’insister tout particulièrement sur ce que j’appellerais « l’exigence écologique » que nous devons nous assigner.
Le critère premier de nos choix énergétiques doit en effet être, à mon sens, la recherche d’énergies non polluantes, ou tout du moins les moins polluantes possible. Cet objectif doit guider tant nos choix nationaux que notre action internationale.
En effet, le réchauffement climatique est un phénomène auquel nous avons le devoir impératif, l’ardente obligation, de réagir sans nuances et sans attendre.
Nous sommes face à un phénomène dont les conséquences seront irréversibles si nous ne prenons pas, et avec nous l’ensemble du monde, pleinement nos responsabilités.
À cet égard, il va donc de soi que nous ne pouvons aborder le débat sur nos choix énergétiques en étant, si vous me permettez l’expression, « pollués » par des idées préconçues, ou – pire – par des positions idéologiques.
C’est ce regard indépendant que nous devons porter en particulier sur le nucléaire et sa place dans notre structure énergétique.

Nous sommes, à l’évidence, à une période charnière, dans laquelle notre pays doit confirmer, ou non, ses choix afin de prendre dès maintenant toutes les dispositions, tant en ce qui concerne l’organisation qu’en ce qui concerne le financement de la modernisation et a fortiori du renouvellement de notre parc de centrales nucléaires.
Rien ne serait pire que de pratiquer en ce domaine une quelconque « politique de l’autruche » en remettant toujours à demain la confirmation d’un choix. Choix à mon sens d’autant plus souhaitable que nous pouvons espérer de ce nucléaire du futur un degré de sécurité supérieur à celui dont font, incontestablement, preuve nos installations actuelles.

Au-delà de ce choix stratégique premier, je considère tout aussi indispensable d’amplifier à la fois notre recherche et notre action pour la prospection et surtout la diffusion auprès de nos concitoyens des énergies renouvelables.
À moyen terme, en effet, il me semble indispensable que les responsables publics dans nos sociétés modernes de consommation envisagent très sérieusement l’hypothèse d’un monde sans pétrole.
Bien entendu, cette perspective est une perspective à long terme et ne constitue qu’une simple hypothèse de travail tendancielle. Il me semble néanmoins nécessaire de l’envisager, tant au regard du caractère compté des réserves de pétrole qu’au regard de l’actualité. Actualité qui démontre, plus que jamais, la fragilité potentielle de notre approvisionnement en pétrole.
C’est pourquoi j’espère que votre rencontre d’aujourd’hui sera aussi l’occasion de mieux mettre en évidence l’action des pouvoirs publics dans le domaine des énergies renouvelables, en termes de recherche certes, mais aussi et surtout en termes de mise en œuvre concrète et « d’éducation » des consommateurs.

Je souhaite donc que vos travaux, aux conclusions desquels je serai particulièrement attentif, soient bons et fructueux.



PRÉSENTATION DU COLLOQUE


Intervention de M. René Trégouët,
sénateur du Rhône, président du groupe de prospective du Sénat


Comme il est d’usage, je vais en tant que Candide dresser l’état des lieux de la question de l’énergie sur notre planète à ce jour.

Nous consommons aujourd’hui un peu plus de 9 milliards de tonnes équivalent-pétrole chaque année sur la planète. Cela représente une augmentation de 60 % en quelque 30 ans. Chaque habitant de la Terre consomme 1,5 tonne équivalent-pétrole par an. Selon les prévisions les plus prudentes, cette consommation devrait encore augmenter de 60 % d’ici 2020, doubler d’ici 2040 et quadrupler d’ici la fin de ce siècle.
Géographiquement, 23 % de cette énergie est consommée aux États-Unis, 5 % au Japon et 15 % en Europe. À l’autre extrémité nous trouvons l’Inde, l’Afrique et la Chine, qui consomment ensemble environ 20 % de l’énergie, alors qu’elles représentent plus de 50 % de la population mondiale.
Actuellement le pétrole représente encore 38,4 % de la consommation mondiale d’énergie contre 58 % en 1973. Le charbon représente 24,7 %, le gaz 23,7 %, le nucléaire 5,5 %, l’énergie hydraulique 6 % et enfin les énergies renouvelables seulement 1,7 %.

Jusqu’en 2020 ce paysage énergétique mondial ne devrait pas connaître de bouleversements majeurs. Le charbon représenterait toujours quelque 20 % de la consommation, la part du gaz naturel devrait passer de 23 % à 28 % et le pétrole devrait toujours représenter les 38 % de la consommation mondiale d’énergie. Le nucléaire devrait rester stable, mais la part des énergies renouvelables, comprenant l’hydraulique, devrait atteindre les 10 %.
Mais après 2020, l’évolution vers une diversification et une décentralisation et vers une « décarbonisation » accrue de la production d’énergie devrait s’accélérer sous la pression conjointe des nouvelles contraintes économiques, écologiques et géopolitiques. Dans cette perspective, et sans tenir compte d’une éventuelle rupture technologique majeure dans les domaines de la fusion ou du solaire spatial par exemple, l’ensemble des énergies renouvelables conventionnelles pourrait assurer la moitié de la consommation mondiale d’énergie aux alentours de 2050. Ceci est une importante question que nous allons poser aujourd’hui. L’utilisation massive des énergies fossiles n’est en effet pas tenable sur le long terme, d’une part parce que ses coûts d’exploitation vont considérablement augmenter à partir de 2030-2040, ceci à cause de l’épuisement des réserves « faciles », et d’autre part parce que ces énergies fossiles, charbon et pétrole, sont largement responsables des émissions du CO2 qui entraînent le réchauffement de la planète. Ces émissions devraient augmenter de 62 % d’ici 2020… Face au réchauffement climatique accéléré, cette variation de nos émissions de gaz à effet de serre est devenue un enjeu technologique, économique et politique majeur qui va conditionner de plus en plus fortement nos choix énergétiques. Il est vrai que ces émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 10 % depuis 1990, avec une hausse de 35 % dans les pays en voie de développement. Au mieux, le protocole de Kyoto, qui prévoit que les pays industriels réduisent en moyenne de 5,2 % leurs émissions de gaz à effet de serre en 2008-2012 par rapport à 1990, parviendra à apporter une réduction de seulement 2 % de ces émissions.


Lors de la réunion plénière du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui s’est tenue à Paris en février 2003, le Premier ministre et Madame le ministre de l’Écologie ont confirmé l’objectif ambitieux d’une division par 2 des émissions mondiales de gaz à effet de serre avant 2050. Ceci signifie une division par 4 dans les pays industrialisés.

Pour mesurer l’ampleur du défi économique, social et politique qui nous attend, il faut bien comprendre que si la France et ses principaux voisins européens veulent atteindre dans un demi-siècle leur objectif ambitieux mais nécessaire d’une réduction de 75 % des émissions de gaz à effet de serre, la substitution à plus de 50 % des énergies fossiles par d’autres énergies ne suffira pas. Il faudra également faire un effort considérable en termes d’économies d’énergie, ce qui suppose de profonds changements dans nos habitudes et nos modes de vie ainsi qu’une réorganisation globale de notre économie. Il faudra également accomplir au niveau national et européen un effort de recherche et d’innovation considérable afin de doubler d’ici 2050 le rendement énergétique de notre industrie, de nos transports et de nos systèmes de chauffage domestique et de nos appareils ménagers et numériques, de manière à pouvoir intégrer la nécessaire croissance économique dans le cadre plus large du développement durable qui devrait se faire à consommation d’énergie constante.

Rappelons ici que la directive sur les sources d’énergies renouvelables a été adoptée le 7 septembre 2001 par le Conseil de ministres de l’Union européenne. Celle-ci fixe à la France pour objectif à l’horizon 2010 de porter de 6 % à 12 % la contribution des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie et à 20 % la part de ces énergies renouvelables dans la consommation d’électricité.
Si la France veut respecter cette directive, elle devra fournir un effort considérable non seulement dans le domaine de l’éolien, mais aussi dans le solaire, la biomasse ou la géothermie, sans oublier le volet essentiel de la maîtrise de la demande.
Le grand débat national sur les énergies, actuellement en cours sous l’égide de Madame Fontaine, ministre de l’Industrie, souhaite accorder une large place aux énergies renouvelables, qui contribuent non seulement à la protection de l’environnement, mais aussi à l’innovation, à la création d’emplois et à la croissance économique.
Cette diversification et cette décentralisation des sources et des vecteurs d’énergies sont d’autant plus inévitables que notre « civilisation du pétrole » s’éteindra inexorablement avant la fin de ce siècle. En effet, si l’on recoupe les dernières données les plus sérieuses communiquées par l’Institut français du pétrole et par l’OCDE, nous constatons que la totalité des réserves de pétrole, y compris le pétrole « difficile », sera consommée à l’horizon 2075. Les stocks terrestres d’énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz, finiront forcément par s’épuiser, quels que soient les délais supplémentaires que les progrès technologiques pourraient nous accorder par rapport aux prévisions actuelles.
Les réserves d’uranium présentent également des limites naturelles. On peut évidemment envisager que la fusion thermonucléaire sera contrôlée dans quelques décennies, mais d’immenses difficultés techniques restent à surmonter : il faudra au moins 40 ans avant de disposer de réacteurs à fusion de type industriel. Tout en intensifiant les recherches dans ce domaine, nous devons préparer notre avenir énergétique en faisant appel aux ressources inépuisables dont nous disposons dès aujourd’hui et que nous appelons les « énergies renouvelables ».

Il peut être intéressant de rappeler ce que sont ces énergies renouvelables.

L’énergie solaire, thermique ou photovoltaïque. À l’heure actuelle, une production centralisée d’énergie photovoltaïque présenterait un coût beaucoup plus élevé qu’une production électronucléaire ou à partir de carburants fossiles, mais ce prix pourrait baisser jusque 1,5 ¬ le watt en 2010, et devenir compétitif d ici 2020.

L énergie éolienne. La capacité installée en énergie éolienne a augmenté de 28 % dans le monde en 2002. La capacité totale mondiale est aujourd hui de plus de 31 000 mégawatts, ce qui équivaut à l’alimentation de 7,5 millions de foyers américains ou de 16 millions de foyers européens. Les 15 pays de l’Union européenne génèrent aujourd’hui les trois quarts de l’électricité éolienne mondiale, le « champion du monde » étant l’Allemagne, avec 12 000 mégawatts. La France figure aux alentours du quinzième rang mondial, avec 145 mégawatts. L’énergie éolienne assure aujourd’hui seulement 0,4 % de la demande mondiale en électricité. On estime qu’elle pourrait en fournir 12 % en 2020.

La fusion nucléaire contrôlée. Les scientifiques fondent à long terme beaucoup d’espoir sur cette source d’énergie. La fusion d’un kilogramme de deutérium et de tritium, la plus facile à réaliser en laboratoire, produit plusieurs milliers de fois plus d’énergie que la combustion d’un kilogramme de charbon. ITER sera la première machine intégrant la majorité des technologies essentielles à la préparation du réacteur de fusion, mais les difficultés techniques qui restent encore à surmonter sont si importantes qu’il est peu probable que l’exploitation commerciale à grande échelle de la fusion contrôlée puisse intervenir avant 2040.

Les centrales solaires spatiales. Cette technologie pourrait révolutionner le paysage énergétique mondial après 2040. Ces centrales seraient constituées de gigantesques panneaux solaires couplés à des antennes émettant de larges faisceaux de micro-ondes vers d’immenses récepteurs situés au sol. Chacune de ces centrales électriques de l’espace pourrait produire de 1 à 10 gigawatts.

La fusion contrôlée comme les centrales solaires spatiales relèvent encore pour beaucoup d’esprits de la science-fiction, mais aucun obstacle technique insurmontable ne s’oppose pourtant à leur réalisation. S’il existe une volonté politique internationale forte et durable en leur faveur, ces deux technologies de rupture pourraient, en synergie avec la généralisation de l’hydrogène comme vecteur de transport de l’énergie, révolutionner nos perspectives énergétiques pendant la seconde moitié de ce siècle.

Le problème de l’énergie éolienne et de l’énergie solaire est qu’elles nous arrivent de façon intermittente, avec des variations diurnes et saisonnières. Pour une utilisation continue se pose immédiatement le problème du stockage de l’énergie reçue. C’est là qu’intervient la combinaison « énergie renouvelable – hydrogène », binôme très prometteur pour l’avenir.

Il y a deux siècles que les scientifiques ont compris le potentiel énergétique de l’hydrogène sous forme gazeuse. Jules Verne, en visionnaire de génie, avait pressenti dès 1874, dans L’Ile mystérieuse, les formidables potentialités de l’hydrogène en matière d’énergie… Mais il faut bien comprendre que l’hydrogène, contrairement au pétrole et au gaz naturel, n’est pas directement utilisable en tant que source d’énergie : il est un vecteur d’énergie. Ceci modifie profondément le cadre économique de son utilisation énergétique. Pour atteindre en 2020 l’objectif des 20 % de la consommation énergétique totale fournie par l’hydrogène, il faudrait réussir à multiplier par 25 la production actuelle d’hydrogène.
Ces données éclairent la mesure du défi techno-industriel à relever. Mais atteindre cet objectif est également un défi économique et politique qui suppose que soient remplies trois conditions :
une augmentation suffisante de la demande pour amortir les investissements considérables à réaliser,
une stabilisation des prix,
une aide fiscale importante et durable des États.

La pile à combustible constitue un maillon essentiel de l’économie « hydrogène », mais ce maillon, en dépit des progrès réalisés depuis 10 ans, est encore loin d’être stabilisé sur le plan technologique, et souffre encore d’un coût trop élevé. Une telle pile coûte à ce jour 20 fois plus cher qu’un moteur de voiture et 10 fois plus cher qu’une chaudière électrique classique. La pile à combustible universelle et idéale reste encore à inventer… 6 types de ces piles coexistent aujourd’hui, chacun représentant un laborieux compromis entre de nombreux facteurs. Mais en dépit des difficultés rencontrées, Gaz de France mise sur la pile à combustible domestique et se fixe l objectif d en proposer une version à 6 000 ¬ dès 2007, amortissable en 7 ans grâce aux économies d énergie réalisées.

Le bilan environnemental est particulièrement favorable à l’émergence des piles à combustible, tant en termes d’émission de bruits qu’en termes d’émissions de polluants et de CO2. En attendant de les voir dans nos voitures et dans nos systèmes domestiques, le grand public va pouvoir rapidement se familiariser avec ces piles, ceci avec les micro-piles qui vont permettre dès la fin de cette année d’alimenter nos appareils électroniques avec une autonomie jusque 10 fois plus importante qu’aujourd’hui. Toshiba vient de présenter il y a quelques jours le premier modèle de pile à combustible rechargeable pour nos ordinateurs portables. Il suffira à partir de cette année d’ajouter un peu de méthanol dans les micro-ordinateurs pour ne plus jamais avoir à les relier à une prise électrique.
À terme, c’est sans doute dans le domaine des transports, qui connaît un développement mondial considérable — 750 millions de véhicules aujourd’hui, 5 milliards prévus en 2025… —, que la révolution en matière d’énergie sera la plus profonde, notamment grâce aux progrès attendus de la pile à combustible. Il faut souligner par exemple que, si aujourd’hui le parc automobile américain était entièrement équipé de ces piles, il représenterait une puissance électrique potentielle 4 fois supérieure à la production électrique totale des États-Unis. Sachant qu’une voiture est à l’arrêt 95 % du temps, il serait parfaitement envisageable d’utiliser une partie de la capacité de production de ces piles embarquées dans nos voitures pour compléter notre alimentation électrique domestique ou pour alimenter le réseau local en tant que micro-producteur.

Historiquement, le basculement d’une source d’énergie dominante à une autre, du bois vers le charbon, puis vers le pétrole, le gaz et enfin l’hydrogène, se fait d’un combustible plus riche en carbone vers un combustible plus riche en hydrogène. Le produit de combustion est de plus en plus l’eau, écologiquement neutre, au détriment du gaz carbonique, responsable de l’effet de serre. Depuis le début de la Révolution industrielle la tendance est à la hausse du rapport hydrogène / carbone, donc à la « décarbonisation ».



La révolution énergétique que nous sommes en tain de vivre ne se limite pas à la diversification et à la décentralisation de la production d’énergie. Elle touche aussi à la transformation, au stockage et à la distribution de cette énergie. Cette mutation historique ne peut pourtant se résumer à ces dimensions technologiques, économiques et écologiques : elle suppose une réorganisation globale de nos économies et de nos sociétés, défi politique par excellence. Là est l’enjeu du passage à « l’économie de l’hydrogène ». Dans ce projet visionnaire, les énergies renouvelables, l’hydrogène et l’électricité forment un triptyque interdépendant et interactif : ces énergies renouvelables sont combinées et exploitées de manière optimale et évolutive pour produire de manière décentralisée et souple de l’électricité et de l’hydrogène. Ce dernier devient alors le vecteur énergétique majeur que l’on peut stocker ou utiliser directement, ou encore transformer en électricité. Hydrogène et électricité se coproduisent mutuellement et constituent un nouveau binôme énergétique quasi inépuisable, d’une puissance, d’une souplesse et d’une propreté incomparables.

Mais il faut souligner avec force que l’abandon des énergies fossiles, la diversification des sources et des formes d’énergies et les innovations technologiques ne suffiront pas à résoudre la question énergétique au niveau planétaire. Cela devra s’accompagner d’efforts considérables et persistants de réorganisation économique et sociale pour économiser et réduire à la source notre consommation d’énergie. C’est pourquoi cette question capitale de l’énergie doit être pensée et intégrée dans le cadre plus large du développement durable. Le nouveau partage énergétique qui émergera en 2050 sera cadré par 3 contraintes incontournables : la contrainte environnementale, la contrainte sociale et la contrainte économique. Ainsi, d’ici 2 générations, tous les vecteurs d’activités humaines vont être bouleversés bien plus vite qu’on ne l’imagine par cette révolution énergétique qui concernera la production, la consommation, la distribution et le stockage. Elle sera le moteur essentiel de l’innovation et du développement économique et provoquera une organisation en réseaux de nos sociétés, qui marquera la fin des structures économiques, sociales et politiques pyramidales, hiérarchiques et centralisées.

C’est pourquoi il est capital que la France, qui dispose d’atouts naturels, économiques et technologiques de premier ordre joue un rôle de pionnier dans cette mutation énergétique planétaire, qui sera avec les biotechnologies et les technologies de l’information l’un des moteurs majeurs de la compétitivité et du développement économique mondial durant ce nouveau siècle.
TABLES RONDES ET DÉBATS

Animés par Denis Cheissoux, producteur à France Inter


LE CHAMP DE LA PROSPECTIVE ÉNERGÉTIQUE :
NOUVELLE DONNE MONDIALE ET SÉCURITÉ DES APPROVISIONNEMENTS


Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières
à l’Université Paris IX-Dauphine


Je me limiterai donc au sujet proposé, c’est-à-dire la sécurité des approvisionnements énergétiques, de même qu’à un horizon plus court que celui envisagé par Monsieur Trégouët.

Dans les 30 ans à venir, deux phénomènes peuvent à mon sens relier le développement économique mondial et la sécurité d’approvisionnement de l’Europe.
Le premier phénomène est lié à une augmentation des niveaux de vie et à une diminution des différences de ces niveaux de vie dans plusieurs pays, donc à une diminution des tensions, ce qui amène une sécurité d’approvisionnement accrue. Mais cette vue optimiste est à relativiser du fait de l’hétérogénéité géographique du développement économique. La Chine et l’Inde se développent et continueront de le faire, alors que d’autres pays, en Amérique du Sud ou en Afrique, rencontrent des difficultés plus importantes. Il est donc à craindre que les tensions ne disparaissent pas, mais simplement qu’elles se déplacent.
Par ailleurs, le développement, malgré les efforts pour augmenter l’efficacité et faire des économies d’énergie, va augmenter la demande, notamment de pétrole et du gaz : ceci aussi risque de faire s’accroître les tensions. Ainsi, la Chine prévoit un quadruplement de son PNB durant les 20 prochaines années. Ceci suppose la construction de 600 centrales électriques de 1 000 mégawatts, pour la majorité alimentées en charbon, mais il leur faudra aussi du pétrole et du gaz supplémentaires. C’est en aidant de tels pays que l’on ira vers une véritable solution de l’effet de serre, et on pourra minimiser la demande des hydrocarbures.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Certaines énergies sont-elles plus favorables pour assurer la sécurité d’approvisionnement ?


Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières
à l’Université Paris IX-Dauphine


Il y a de bons élèves, et d’autres qui posent problèmes…
Les bons élèves sont bien entendu les énergies renouvelables, qui ne posent pas de problèmes de sécurité d’approvisionnement, excepté de manière anecdotique. Mais elles ne participent pour le moment que pour une faible part à la consommation, et leur compétitivité est encore loin d’être assurée.
Un autre bon élève est le nucléaire. L’approvisionnement en uranium sera suffisant probablement pour encore trois décennies, étant donnée la demande actuelle. Si la demande augmentait significativement, il faudrait faire appel de nouvelles technologies qui augmenteraient sensiblement les capacités de la ressource.
Le charbon est aussi un bon élève : les réserves en sont bien réparties dans le monde et elles sont importantes. Son problème est évidemment l’émission de CO2, mais des projets sont à l’étude visant à confiner ces émissions néfastes pour l’environnement. Cependant, ce confinement coûtera cher, et il ne sera certainement pas simple d’atteindre des coûts compétitifs, même s’ils seront probablement encore moins élevés que ceux de certaines énergies renouvelables.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Vous croyez aussi aux économies d’énergie. Êtes-vous optimiste concernant cette question relative aux comportements ?


Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières
à l’Université Paris IX-Dauphine


Cette question est effectivement fondamentale. La difficulté réside en ce que les gens n’aiment pas changer leurs habitudes. Dans les économies de marché, la meilleure méthode pour y parvenir est d’augmenter les prix. Cela n’a pas été possible jusqu’à présent, car on craignait que la croissance souffre, et aussi à cause de l’action de certains lobbies. Ne pourrait-on pas quand même développer des systèmes de taxation fiscalement neutres , en taxant plus l’énergie, et en utilisant cet argent pour alléger d’autres taxes freinant la croissance ? Il faudrait encore que de telles mesures s’appliquent partout dans le monde.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


En ce qui concerne le très long terme, comment envisagez-vous la question de la stabilisation, ou de la déstabilisation des régions sensibles ?


Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières
à l’Université Paris IX-Dauphine


Au lieu d’aborder le très long terme, qui d’évidence est très spéculatif, et pour lequel je me permets de renvoyer à l’étude publiée par notre centre en 2002 et qui concerne l’horizon 2100, je voudrais terminer le panorama de l’avenir proche (30 ans), avec les « mauvais élèves »…
Ce sont les hydrocarbures qui présentent un problème d’approvisionnement. Ils sont actuellement l’énergie dominante, et leurs réserves sont limitées. La question la plus préoccupante est celle de la localisation de ces réserves. Elles sont du point de vue géopolitique très mal réparties : plus des deux tiers des réserves pétrolières sont localisés au Moyen-Orient et plus des deux tiers des réserves de gaz sont localisés entre le Moyen-Orient et les pays de l’ex-URSS, donc dans des régions qui ne sont pas vraiment stables… Trois points sont alors à prendre en compte :
les demandes de l’Europe vont sans doute aller croissant, entraînant un renforcement de la dépendance ;
les ressources diminuant, les tensions vont augmenter ;
ces tensions vont se concentrer dans des régions dont la stabilité géopolitique reste aléatoire.
L’intervention américaine en Irak est, me semble-t-il, très liée à ce problème pétrolier. Le maillon faible reste l’Arabie Saoudite. Elle a permis aux Américains de maintenir des prix mondiaux extrêmement bas, profitant des excédants de capacité de production uniques au monde, puisqu’en 20 ans, à monnaie constante, les prix du pétrole ont décru. Il faut par ailleurs souligner ce phénomène curieux : l’Arabie Saoudite a fait du développement à l’envers ; en 20 ans, son PNB par habitant a été divisé par 4 ! On peut donc craindre que des tensions sociales viennent s’ajouter aux tensions religieuses. La « famille » régnante, qui se compose de 10 000 à 12 000 personnes, présente un comportement schizophrénique : elle a des liens privilégiés avec les États-Unis, mais en même temps fournit des subsides aux fondamentalistes islamiques anti-américains. Cette situation explosive pourrait bien être l’une des motivations de l’intervention américaine en Irak : il s’agit de stabiliser la région, ou tout au moins de la sécuriser en la contrebalançant par la « maîtrise » de l’état irakien et de sa production de pétrole. La question pour l’avenir est de savoir si, comme chacun l’espère, la situation au Moyen Orient va se stabiliser avec la mise en œuvre de régimes plus modérés (effet domino), ou si, au contraire, les antagonismes entre fondamentalistes religieux islamiques et judéo-chrétiens ne vont pas être exacerbés et conduire à une augmentation des tensions. La question reste aujourd’hui ouverte…


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Stoffaës va sans doute rebondir dans un premier temps sur cette question géopolitique que vous venez d’aborder.


Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF,
président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe


La notion de prospective est particulièrement pertinente pour analyser le champ de l’énergie.
Rappelons que la prospective consiste à repérer, d’une part, les tendances lourdes, et, d’autre part, les ruptures possibles. J’envisagerai ainsi quatre points majeurs pour examiner la prospective énergétique à l’horizon de 20 ou 25 ans.

En premier lieu, lagrande question de l’ordre pétrolier et gazier mondial.
Constatons d’abord que les hasards de la géologie ont placé deux tiers des ressources pétrolières sur les rives du golfe arabo-persique et deux tiers des ressources gazières en Asie centrale, en Iran et sur les rivages du même golfe. Ceci constitue un problème majeur à l’accessibilité de ces ressources qui conditionne cet ordre mondial. Ajoutons que la présence d’Israël dans la région est un élément supplémentaire compliquant cette situation. …

Les hydrocarbures représentent 60 % de la consommation d’énergie dans le monde, et cette consommation est croissante, notamment celle du gaz ; et ces ressources sont épuisables, sans que l’on sache précisément à quel terme.
Nous sommes donc face à des contradictions essentielles, décisives de la stabilité ou de l’instabilité mondiale dans les décennies à venir.

Rappelons que le système a été déstabilisé il y a 30 ans : les nationalismes pétroliers ont alors remplacé l’ancien régime par des concessions à des compagnies occidentales, principalement américaines.
L’OPEP s’est constituée, les protectorats sont tombés en Iran et en Irak et aujourd’hui l’Arabie Saoudite donne des signes d’instabilité majeure, alors que ses liens avec les États-Unis sont nécessaires à l’ordre mondial depuis un demi-siècle.
Mais, on assiste actuellement à une tentative de récupération du pouvoir par les compagnies concessionnaires et par le « grand protecteur » américain : cela sera-t-il durable ?
Observons aussi que ce sont l’Europe et accessoirement l’Asie, le Japon et la Chine qui sont dépendants, et que l’Europe, totalement impuissante, n’arrive pas à se faire entendre dans cette région.

Un autre front de rupture concerne les technologies.
La technologie est généralement imprévisible. L’innovation est une loterie, tant au succès qu’à échec. Dans le secteur de l’énergie, les cycles combinés et les turbines à haute température ont changé la donne sans que personne les aient prévues. Avec les piles à combustible, l’hydrogène parait très prometteur, en se substituant au pétrole dans les transports, etc. Mais les piles à combustible ne sont pas encore matures et la production d’hydrogène coûte cher. Et, s’il faut le produire à partir de gaz naturel, on ne résout pas vraiment le problème.
Une solution d’avenir pour cette production serait l’électrolyse de l’eau à partir du nucléaire… Mais l’innovation n’intervient jamais exactement comme on avait pu l’envisager.

Le troisième domaine des tendances lourdes à surveiller est le cadre institutionnel.
L’industrie énergétique est bien évidemment stratégique et sensible, en particulier le domaine de l’électricité qui est tellement indispensable à la vie économique et sociale et que l’on ne peut stocker. Cette sensibilité aux aléas engendre une interaction forte entre le fonctionnement de ce secteur – sous l’influence des forces économiques, financières et technologiques – et la régulation des pouvoirs publics.
Depuis 20 ans, nous connaissons la dérégulation électrique, sous l’influence de réformes aux États-Unis et surtout en Grande-Bretagne : hier public et monopolisé le secteur s’est privatisé, ouvert à la concurrence et internationalisé. De grandes manœuvres de restructuration sont actuellement en cours à l’échelle européenne et internationale entre les grandes compagnies d’électricité, les grandes compagnies pétrolières et gazières.
Depuis 2 ans, la mode de la libéralisation, qui fait que l’on traite les secteurs énergétique et électrique comme un autre, a « encaissé quelques coups »… La question connaît aujourd’hui un tournant important.

Nous devrons enfin observer attentivement la situation des pays en voie de développement, où interfèrent les choix énergétiques et les questions de régulation.
Si les demandes d’énergie sont relativement stabilisées dans les pays industrialisés, elles sont en plein développement dans les pays émergents, comme la Chine et l’Inde, où les importants taux de croissance entraînent d’énormes investissements. C’est là que les choix seront à faire. 3000 centrales électriques de 1 000 mégawatts seront à construire dans le monde durant les 20 prochaines années : la question est de savoir sur quelles sources d’énergie primaire elles seront construites.

Voilà donc quatre « scénarios » qui me semblent devoir être surveillés de très près dans les années à venir.

Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Abordons avec Dominique Dron la question de l’effet de serre. Il semble que nous soyons aujourd’hui au pied du mur…


Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre


Effectivement. Même l’administration fédérale américaine a dû reconnaître que les résultats du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) mettaient en évidence l’existence d’une menace importante et d’une dérive en cours du climat de la planète, essentiellement induite par l’augmentation des gaz à effet de serre émis par les activités humaines, notamment le CO2 énergétique. Au mieux, d’ici à la fin du siècle nous enregistrerons une augmentation de 1,5 à 2 degrés de la température moyenne sur la planète, soit une élévation d’au moins 4 degrés sur les continents. Au pire ce serait 5,8 degrés d’augmentation de température moyenne. De telles variations ont certes déjà été « absorbées » par la Terre, mais sur des périodes de quelque 20 000 ans et non un siècle ! Sans même parler de l’adaptation de nos sociétés à un tel choc, les écosystèmes subiront de plein fouet une telle transformation de climats.
Un certain accroissement de la température moyenne est désormais inévitable, et devrait par exemple entraîner la perte de la plupart des récifs coralliens, chaînon essentiel aux écosystèmes marins ainsi qu’aux économies qui y sont liées. Notre enjeu est maintenant de limiter la dégradation climatique globale.
L’élévation du niveau des océans, par ailleurs, appelle deux remarques.
Compte tenu de l’inertie des phénomènes, à partir du moment où la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère aura été stabilisée, il faudra plusieurs siècles pour que la température moyenne arrête de monter et plusieurs millénaires pour que le niveau des océans arrête de s’élever.
Notons par ailleurs qu’environ un tiers de l’Humanité habite les littoraux. Compte tenu de la croissance de la population mondiale et de l’occupation actuelle déjà forte des territoires viables, les migrations ne pourront pas aisément résoudre ce problème, comme elles ont pu le faire dans des époques éloignées.

Certaines observations apparaissent déjà parfaitement compatibles avec les conclusions du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Ainsi l’augmentation de 0,9 degré de la température en France au cours du siècle dernier, qui entraîne le recul des glaciers. Cela peut paraître anecdotique, mais induit des risques de débordement de retenues, de glissements de terrains, ou encore de réduction de ressources en eau estivales.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Certains acteurs, que l’on peut qualifier de majeurs et gagnants, ne semblent pas vouloir changer les paramètres…


Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre


Il faut être réaliste, c’est-à-dire distinguer ce qui est modifiable et ce qui ne l’est pas. Or, on peut modifier les conventions, les techniques, les organisations, les modes de calculs, pas les lois de la physique ou de la chimie.
Passer d’une époque où les combustibles fossiles, notamment les hydrocarbures, sont déterminants économiquement, voire politiquement, à une situation où les sources énergétiques évoluent fortement, implique qu’un grand nombre d’acteurs modifient leur positionnement.
L’Humanité émet aujourd’hui plus de 7 milliards de tonnes de carbone par an, alors que la capacité d’absorption de la planète, par ses océans et ses forêts, est d’environ 3,5 milliards de tonnes. Il faudrait donc revenir à 3,5 milliards de tonnes d’émission. Pour ce faire, nous ne disposons pas de l’éternité : le phénomène étant cumulatif, pour éviter de dépasser 2 degrés d’augmentation de température moyenne du globe, cette division par 2 doit se faire d’ici 2050. De plus, cette division moyenne par 2 signifie que les pays industrialisés opèrent une division par 4 ou 5, compte tenu de la croissance des pays en développement.

Imaginons un scénario volontariste.
Si d’ici à 2050 on doublait ou triplait la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie (donc arriver à 25 à 40%), et si l’on doublait parallèlement l’utilisation du nucléaire (donc arriver à 15% environ), reste encore 50 % d’énergie fossile. Avec un doublement de consommation d’énergie simultané, on arrive alors simplement à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau où elles sont aujourd’hui par ces substitutions. Ce qui reste à faire concerne donc l’efficacité énergétique dans toutes ses dimensions.
Les marges de manœuvre seront ainsi à chercher partout, et aucune d’entre elles ne dispensera des autres. Il faut par exemple se garder de l’illusion technologique : nous aurons besoin de la technologie, certes, beaucoup, mais les systèmes technologiques nouveaux ont une inertie certaine pour se mettre en place : ainsi 20 à 30 ans pour l’hydrogène. Or nous sommes dans un processus cumulatif où cela ne sera suffisant ni d’un point de vue environnemental ni d’un point de vue diplomatique. Nous ne pouvons pas dire aux pays en développement « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » ! Il faut donc déjà mieux diffuser les technologies efficaces qui existent.

La compétitivité future de nos économies passe aussi par la vente de produits, de procédés et d’organisations extrêmement efficaces énergétiquement, ceci quelle que soit la structure énergétique des pays clients. Nous devons réfléchir notre sobriété énergétique non seulement en fonction de nos intérêts internes directs, mais aussi en fonction de ce que nous allons pouvoir proposer sur les marchés des autres et pour les autres.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Auriez-vous une note optimiste à nous proposer ?


Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre


Ce n’est pas la première fois que l’Humanité se trouve face à un défi à relever.
L’accroissement des connaissances nous offre une possibilité inconnue jusqu’ici d’appréhender à des échelles de temps et d’espaces très importantes les conséquences de nos actes et ce qu’il faudrait faire, et ceci peut donner le vertige. Mais du point de vue de la technologie, la créativité humaine a peu de limites, et son intelligence organisationnelle, même à technologie constante, peut également faire beaucoup. Voyez le prochain supra-conducteur japonais, qui devrait consommer cent mille fois moins que ses prédécesseurs.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Sans être spécialiste de l’économie énergétique, Monsieur Guesnerie n’en a pas moins rédigé « Kyoto et l’économie de l’effet de serre ». Quelles ont été vos convictions lors de la rédaction de ce rapport ?


Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France, membre du Conseil d’analyse économique


L’effet de serre est une dimension incontournable de la question énergétique aujourd’hui. Laissez moi prendre d’abord un point de vue du long terme.

Sauf méthode révolutionnaire de séquestration du carbone, il faudra bien un jour ou l’autre arrêter de recourir aux énergies fossiles, avant que celles-ci soient épuisées. Si l’on utilise l’ensemble des réserves de pétrole identifiées aujourd’hui, la concentration de carbone dans l’atmosphère, que l’on mesure en parties par million en volume (ppmv) passerait de son niveau actuel 370 à 450 ppmv, ce qui reste raisonnable selon les spécialistes, même si cette concentration était de 280 ppmv avant l’ère industrielle… Par contre, si l’on rejetait dans l’atmosphère le carbone contenu dans l’ensemble des sources d’énergie fossiles recensées, schistes bitumineux inclus, le chiffre de 1 400 ppmv pour la concentration atmosphèrique en CO2 est souvent cité. De tels niveaux de concentration atmosphérique en gaz carbonique feraient entrer la planète dans des zones inconnues et sans doute redoutables.

Par ailleurs, même s’il existe des marges de manœuvre à court et moyen terme, la maîtrise à long terme de l’accumulation des gaz à effet de serre passe par des bouleversements : soit nous changeons radicalement nos modes de vie et nos modes de production, soit une rupture technologique majeure offre une alternative à l’utilisation des énergies fossiles.

Ni les énergies renouvelables classiques ni le nucléaire classique ne sont à la mesure du problème sur les siècles à venir. L’espoir ne peut venir que de technologies nouvelles ou de progrès dans des techniques émergentes, comme par exemple, le photovoltaïque, la fusion nucléaire, (ou un surgénérateur plus performant et plus sûr) ou la séquestration du carbone.

La dernière conviction dont je voudrais faire état est liée à mes trois remarques précédentes : il ne faut certes pas chercher la solution aux émissions de gaz à effet de serre en ne misant que sur la recherche, mais celle-ci doit absolument accompagner l’effort voué aux réductions d’émissions, et l’effort de recherche doit constituer une part significative de l’effort total. C’est pourquoi le rapport que j’ai présenté au Conseil d’analyse économique en juillet dernier préconise la mise en place d’un « Espace Kyoto de recherche technologique », visant à organiser une coopération scientifique sur les technologies sans carbone, et à mettre en place des formules de partages des coûts mais aussi des résultats d’une recherche visant des innovations radicales.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Comment faire entrer les pays en développement dans ce jeu ?


Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France et membre du Conseil d’analyse économique


Il est effectivement nécessaire de les faire « entrer dans le jeu », puisque leurs émissions dépasseront vraisemblablement celles des pays riches entre 2020 et 2030. Si l’on veut rebondir après une phase Kyoto, qui va sans doute se mettre en place mais qui s’achèverait en 2012, il faut dès maintenant penser à la manière d’intégrer les pays en développement dans une architecture de lutte climatique. Mais il est possible techniquement de proposer à ces pays des solutions qui soient dans la logique de Kyoto, avec quotas et marché international des permis d’émission ? Les discussions menées dans le cadre du rapport au Conseil d’analyse économique, que j’ai évoqué tout à l’heure, suggèrent que la réponse peut être positive. Il faut partir d’un constat : les pays en développement ont raison de ne pas vouloir payer un prix exorbitant pour lutter contre l’effet de serre. Un citoyen indien moyen émet 0,3 tonne de gaz à effet de serre par an, un citoyen des États-Unis en émet 6… Mais la logique Kyoto, via des choix de quotas nationaux, introduit des souplesses et permet de contrôler la répartition de l’effort. Il y a plusieurs formules possibles; sans entrer dans la discussion technique, évoquons en une. Elle consisterait à proposer des quotas non-contraignants aux pays en développement : cela les inciterait à fournir des efforts de réduction qui leur procureraient des recettes sur le marché des permis, tout en allégeant l’effort des pays acheteurs. Cette solution esquisse les contours de ce qui serait un accord gagnant entre pays en développement et pays développés. Mais, pour être tentante, la « carotte » ainsi fournie aux pays en voie de développement ne doit pas se retourner au bout d’un certain temps en « bâton »… Il faut pour que la formule soit politiquement viable, donner des assurances en ce sens, par exemple en prenant des engagements à moyen terme qui soient relativement généreux. Je ne me prononce pas sur la faisabilité diplomatique du plan proposé, mais je dois faire état de ma conviction, disons de chercheur, à savoir que la pérennisation de la formule type protocole de Kyoto passe nécessairement par une démarche du type de celle dont je viens d’esquisser les grandes lignes. On peut la juger impossible, mais un tel constat pessimiste est susceptible d’avoir des conséquences considérables sur l’évaluation de la viabilité de la politique climatique engagée à Kyoto.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Le pétrole pollue, ses réserves s’épuisent… Gérard Friès, comment envisagez-vous le scénario à venir sur les années 2000 à 2030 ?


Intervention de M. Gérard Friès,
directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP)


La demande va rester élevée sur les prochaines années. Le scénario de référence, celui de l’Agence internationale de l’énergie, annonce une augmentation de 60 à 70 % dans les 30 ans à venir. Mais on peut s’attendre à de fortes fluctuations : certaines parties du monde, notamment dans les pays industrialisés, laissent d’ailleurs déjà observer des récessions. Le rythme de croissance de la demande énergétique mondiale sera environ deux fois plus rapide dans les pays en voie de développement que dans les pays occidentaux. Les contraintes seront donc fortes concernant les pays émergents, d’autant qu’il sera difficile de brider leur développement. Cette analyse nous amène à admettre que nous aurons besoin de toutes les sources d’énergie disponibles.
Les hydrocarbures fossiles sont l’objet de nombreuses critiques, mais tout le monde s’accorde à dire qu’ils représenteront 65 % de l’énergie primaire nécessaire. Ils seront pendant des décennies encore un élément constitutif incontournable pour les besoins de la pétrochimie et de la production d’électricité, même si aucune source d’énergie n’est meilleure qu’une autre, chacune présentant ses avantages et ses inconvénients.
La notion de spécialisation me semble importante : chaque source d’énergie devra être utilisée au mieux. L’éolien ne fonctionne pas en situation anticyclonique, par exemple. Le pétrole est aujourd’hui utilisé à 50 % pour le transport : c’est un enjeu majeur. Le gaz naturel n’est pas une panacée, mais reste un élément essentiel dans le rapport hydrogène / carbone.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Qu’en est-il exactement des ressources en pétrole aujourd’hui ? Les réserves sont-elles suffisantes pour les années à venir ?


Intervention de M. Gérard Friès,
directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP)


Nous pourrions mener un long débat sur le sujet des réserves…
La Bourse de New York exige de la part des sociétés pétrolières des critères très stricts concernant les méthodes de comptabilisation : selon ces critères, les réserves couvriraient environ 40 années au rythme de la consommation actuelle. On peut ajouter à cela environ 40 autres années si l’on y adjoint les réserves qui restent encore à découvrir, et il faut ajouter encore tous les pétroles non-conventionnels : sables asphaltiques, schistes bitumineux, pétroles extra-lourds, etc. Les réserves totales couvriraient donc les besoins sur un siècle ou un siècle et demi.
Par ailleurs, des technologies sont actuellement en œuvre pour la transformation du gaz ou du charbon vers le liquide.

Pour le gaz, les chiffres de réserve sont à peu près équivalents, mais avec une consommation mondiale inférieure, donc avec des réserves ultimes un peu plus importantes.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Cette consommation est-elle compatible avec une bonne protection de l’environnement ?


Intervention de M. Gérard Friès,
directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP)


J’insisterais sur le fait que la technologie a permis de faire des progrès considérables. Ainsi les technologies de dépollution sur les polluants réglementés, comme les oxydes d’azote et les particules, ont permis de faire que dans 2 ans les véhicules émettront des polluants réglementés à un niveau 10 fois moindre qu’en 1990.
Les contraintes normatives très fortes en Europe, concernant tant les carburants que les véhicules, ont permis de nettement diminuer les taux de pollution.

Reste l’enjeu de l’émission des gaz à effet de serre par le secteur industriel et par les transports. La réduction des émissions unitaires est un premier élément de réponse : ainsi les véhicules consomment bien moins de carburant qu’il y a quelques années, et l’on peut envisager de baisser encore sensiblement cette consommation. Nous irons aussi vers la substitution des énergies et vers la décarbonisation du système énergétique.

Il a été fait allusion à la séquestration du CO2 : je précise à ce sujet que l’Europe est mobilisée dans le cadre du programme qu’elle a lancé. Les appels d’offres ont été reçus en mars dernier. L’IFP s’est investi très largement sur cette thématique, en association avec de grands centres européens de recherche, des laboratoires scientifiques et des industriels. Les résultats dans ce domaine sont attendus à échéance de 5 ans.

Concernant l’aspect économique, la filière des hydrocarbures stricto sensu est le troisième exportateur français après l’agroalimentaire et l’automobile. Elle représente une industrie de pointe sur le plan international. Je soulignerai aussi le rôle qu’elle joue dans le domaine de la formation dans les pays en voie de développement, formation de techniciens ou d’ingénieurs de haut niveau.


Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre


Concernant l’intégration des pays en développement dans la maîtrise de l’évolution climatique, il faut prendre en compte le fait que ceux-ci ne « bougeront » pas tant que les pays industrialisés n’auront pas montré qu’ils sont effectivement entrés dans un cycle d’accroissement de performances en énergie et en gaz à effet de serre : ils veulent d’abord un signal incontestable leur prouvant que l’économie et la demande iront bien en ce sens rapidement.
Parallèlement, le premier souci de ces pays est économique ; et entre autres, ils ne veulent pas construire plus de centrales que nécessaire. Leur demande explicite d’économie d’énergie et de politique institutionnelle sur ce sujet est donc forte : ce point me semble très positif.

Je reviendrai par ailleurs sur la question de la séquestration du CO2. Il serait évidemment bénéfique que les sources concentrées de CO2, comme les centrales à charbon, fonctionnent pendant plusieurs décennies avec séquestration. Mais cela laisse entière la question des émissions de CO2 liées notamment à l’utilisation du pétrole dans les transports, source diffuse s’il en est.
Enfin, nous disposons de puits naturels : les forêts et les océans. Si la température moyenne continuait de s’élever, il serait à craindre que d’ici une trentaine d’années ces puits perdent 20 à 30 % de leurs capacités d’absorption : c’est une possibilité qui doit nous inquiéter.


Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF,
président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe


En prospective, tout dépend du point de vue d’où l’on parle…
Du point de vue d’EDF, l’entreprise a intérêt à ce que le débat sur l’effet de serre se propage, puisque notre production d’électricité est quasiment décarbonisée. Cela permettrait de remettre le nucléaire en débat, domaine où la France est isolée dans le monde. J’ai eu le privilège de participer à toutes les conférences internationales sur le climat depuis leur origine en 1992 à Rio de Janeiro. J’ai l’honneur de connaître nombre d’éminents spécialistes en la matière. Enfin, j’ai aussi beaucoup lu sur ce thème – en particulier les rapports d’évaluation publiés régulièrement par les scientifiques du panel climat. Ces précautions étant prises et en tant que scientifique, je ne suis pas convaincu de la réalité du changement climatique et de l’effet de serre. Je ne dis pas que le réchauffement est faux, mais la preuve n’est pas faite, tout simplement, parce qu’elle ne peut être faite à l’échelle des temps géologiques où l’analyse se situe. D’ailleurs, si la preuve était faite, pourquoi parlerait-on du principe de précaution ? Comme le rappelle Roger Guesnerie, les ressources en pétrole, gaz et charbon seront épuisées sans doute dans deux ou trois siècles Autrement dit la combustion de la totalité du carbone existant sur notre planète aura un effet limité sur la concentration en CO2 de l’atmosphère.
En fait, la question de la vérité scientifique est d’une certaine manière dépassée. Le réchauffement climatique est devenu ce que l’on appelle un « mythe fondateur » : on ne se préoccupe plus de savoir s’il y a à son origine une rationalité scientifique à partir du moment où un certain nombre de forces politiques et sociales en ont fait un thème majeur. Une idée fausse est un fait vrai ; et le climat n’est pas une idée fausse seulement une présomption non démontrée.
L’important est que ce thème devenu mondial engendre des mutations technologiques, des repositionnements utiles en tout état de cause.
Le climat a servi de pôle de rassemblement mondial pour le mouvement écologique et la communauté scientifique internationale, tout en constituant des liens entre la science et la politique, et donc la démocratie. Les expert scientifiques jouent aujourd’hui un rôle majeur sur nos choix politiques. Il est donc important de réfléchir à la relation science et société.


Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières
à l’Université Paris IX-Dauphine


À propos de la fusion nucléaire, Monsieur Guesnerie indiquait que les ressources d’uranium pour la fission nucléaire étaient elles, comme les ressources fossiles, limitées. Ceci est vrai pour l’uranium naturel si on utilise les technologies actuelles de réacteurs à eau légère. Mais il faut noter que des technologies mises au point industriellement et fonctionnant dans plusieurs pays - je parle de surgénérateurs - multiplient les ressources d’uranium de manière très importante : on utilise mieux l’uranium et l’on peut faire appel à des minerais très pauvres. On a alors des ressources pour des millénaires. Il ne faut pas, je crois, écarter trop vite des technologies actuellement au point au bénéfice d’hypothétiques progrès concernant des technologies futuristes.


Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France et membre du Conseil d’analyse économique


Revenant sur la question géopolitique, je préciserai que l’Inde, la Chine et le Brésil, trois grands pays en développement, sont aussi des pays menacés par le changement climatique. C’est un élément important dans l’évaluation géopolitique du problème.

Par ailleurs, je signale que je n’ai pas dit que lorsque l’on remettrait dans l’atmosphère l’ensemble des carburants fossiles, il ne se passerait rien, au contraire : à 1 400 ppmv, personne, semble-t’il, ne peut dire si la planète sera encore viable…

Enfin, concernant l’effet de serre dû aux émissions de gaz par l’activité humaine, je ne suis pas d’accord avec Monsieur Stoffaës, au moins sur un point : il n’est pas nécessaire qu’il y ait certitude scientifique sur un danger pour que l’action soit légitime : c’est ce que formule en toutes lettres la version du principe de précaution contenue dans la loi Barnier. Quand à la pertinence de l’action engagée dans le cadre du protocole de Kyoto, compte tenu du savoir disponible, le rapport du CAE essaie d’exposer avec un maximum d’objectivité les positions des uns et des autres et travaille à partir de cela.


Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF,
président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe


Pensez-vous que la preuve scientifique soit apportée ?


Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France et membre du Conseil d’analyse économique


La preuve qu’il faut agir économiquement est apportée…


Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre


Quelqu’un dans cette salle sait-il quand la preuve scientifique, à l’échelle du mécanisme moléculaire, du rôle du tabac dans le cancer du poumon a été apportée ?… En 1996 ! Heureusement que l’on n’a pas attendu cette « preuve incontestable » pour agir, en s’appuyant sur des raisonnements statistiques issus des observations épidémiologiques !
La capacité de l’Humanité à préférer croire globalement aux bonnes nouvelles, même sur de faibles indices, et à refuser les mauvaises, même si les indices scientifiques sont très forts, m’a toujours fascinée.


Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF,
président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe


Je ne dis pas ne pas croire à l’effet de serre. Je dis simplement que la preuve scientifique n’en est pas apportée.

ÉCHANGES AVEC LA SALLE


Intervention de M. Jean-François Muller,
adjoint au maire de Metz


Des échanges de cette première table ronde je retiendrai trois points.

L’appropriation de l’économie d’énergie sur le plan local, tout d’abord : je crois que des relais sont nécessaires pour que les gens soient convaincus de la nécessité de ces économies.

L’économie d’énergie stricto sensu, ensuite : Metz est sur le trajet d’un axe majeur européen ; nous y voyons des trains continus de camions : le ferroutage serait sans doute à étudier et à mettre en œuvre. Toujours en ce sens, les progrès réalisés sur les moteurs sont, je crois, à poursuivre et à accentuer.

La recherche, enfin, pour laquelle je ne donnerai qu’un exemple : nous avons pu voir en quelques semaines seulement émerger des progrès considérables, entre la Suisse, les États-Unis et l’Allemagne, sur les piles photovoltaïques qui peuvent être adaptées localement


Intervention de M. René Schwartz,
CCI Territoire de Belfort


Il a été question de l’abandon des énergies fossiles : je crois qu’il faut le dire très fort à Monsieur Gilles de Robien, qui peine à réaliser des infrastructures ferroviaires et fluviales qui permettraient un rééquilibrage en faveur de modes de transports alternatifs à la route. Les investissements nécessaires seraient bien entendu très importants, mais à la mesure des enjeux climatiques développés par Madame Dron.

CONSOMMATION ET ÉVOLUTION DES COMPORTEMENTS


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Cattier va dans un premier temps nous présenter l’aspect à long terme et global de nos comportements, ce qui va aussi nous sortir des frontières de l’Hexagone.


Intervention de M. François Cattier,
administrateur du service des Analyses économiques
de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)


À l’horizon 2030, le premier message qui ressort de nos exercices de prospective est la croissance de la consommation d’énergie, de l’ordre de 1,7 % par an. Cette consommation passerait ainsi de 9,5 milliards de tep aujourd’hui à un peu plus de 15 milliards de tep en 2030.

Par ailleurs, nos prospectives font apparaître le maintien de la part importante des énergies fossiles dans le bilan énergétique mondial : cette part devrait se maintenir à près de 90 % jusqu’en 2030.
Le pétrole resterait bien sûr la première source d’énergie utilisée, sa part demeurant proche des 40 %, son utilisation concernant essentiellement, pour 55 % en 2030, le secteur des transports.
La consommation de gaz naturel devrait connaître une croissance encore plus forte, de l’ordre de 2,4 % par an. Cette croissance sera surtout due au secteur électrique, puisqu’une centrale sur deux sera une centrale à gaz à cycles combinés.
La consommation de charbon continuera d’augmenter, principalement dans les pays en voie de développement, comme l’Inde et la Chine. En 2030, les trois quarts de la consommation de charbon seront consacrés à la production d’électricité.

Concernant le nucléaire, nos projections reposent sur les politiques et mesures en place dans les différentes économies. Sans renouveau des programmes nucléaires, nous assisterons à plus de retraits de centrales qu’à de nouvelles installations. Ces dernières interviendraient essentiellement en Asie, Chine, Corée et Japon, mais elles ne compenseraient pas les retraits de centrales, notamment en Europe.

Une relativement faible croissance de l’hydraulique est envisagée : elle aurait lieu avant tout dans les pays en développement, là où se trouve l’essentiel du potentiel non encore exploité. Notons que l’hydraulique présente des problèmes liés aux lourds investissements à réaliser ainsi qu’aux impacts environnementaux et sociaux, du fait par exemple des déplacements de populations nécessaires. En 2030, la part de l’hydraulique ne dépasserait pas les 2 % du bilan énergétique mondial.

Les autres énergies renouvelables présenteront sans doute une forte croissance, notamment pour la production d’électricité, de l’ordre de 6 %. Cependant, la part des énergies renouvelables restera limitée : hors l’hydraulique, elle serait de l’ordre de 4 %.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


L’accès à l’énergie présente des inégalités importantes entre les différents pays. Quelles sont les projections à ce sujet ?


Intervention de M. François Cattier,
administrateur du service des Analyses économiques
de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)


Nous avons voulu mettre ce point en évidence dans notre dernier exercice de projection.
En 2030, on envisage que l’écart de consommation par habitant entre les pays industrialisés et les pays en développement resterait de l’ordre de 1 à 5. Ces inégalités proviendraient avant tout d’un manque d’accès à l’électricité. On estime actuellement à 1,6 milliard le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’électricité. Si aucun effort supplémentaire n’est fait, 1,4 milliard de personnes serait encore dans cette situation en 2030. Cette question est bien évidemment sociale et économique, l’électricité contribuant pour une large part au développement économique.
Par ailleurs, ce manque d’accès à l’électricité s’associe à une consommation importante de biomasse, avec les conséquences que l’on sait en termes d’environnement et de santé publique.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Si l’on prend en compte les mesures qui sont aujourd’hui sur le point d’être adoptées, quel scénario peut-on envisager qui nous mènerait jusque 2020-2030 ?


Intervention de M. François Cattier,
administrateur du service des Analyses économiques
de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)


Les chiffres que je viens de présenter sont issus du scénario de référence, basé sur les politiques actuelles.
Nous avons également réalisé un scénario alternatif pour les pays de l’OCDE, dans lequel nous avons pris en compte les politiques non encore implantées mais envisagées. Ces politiques portent notamment sur l’efficacité énergétique ou l’utilisation des énergies renouvelables. En 2030 dans ce scénario, la consommation d’énergie serait réduite de 9 %, et les émissions de gaz à effet de serre de 16 %.Nous serions même en mesure d’atteindre globalement les objectifs du protocole de Kyoto, grâce notamment aux mécanismes de flexibilité.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Helmut Schmitt Von Sydow pourra nous indiquer s’il existe aujourd’hui une véritable dimension européenne de l’énergie.


Intervention de M. Helmut Schmitt Von Sydow,
directeur à la DG Énergie et Transports de la Commission européenne


Cette dimension européenne de l’énergie résulte de l’origine même de la Communauté européenne : la première Communauté européenne était celle du charbon et de l’acier, créée par le Traité de Paris, la deuxième était celle du nucléaire, la troisième celle de la Communauté économique, que nous connaissons aujourd’hui sous le nom d’Union européenne. Il est vrai que ces Communautés ont été créées durant la Guerre Froide, il s’agissait de se protéger de l’Union soviétique : cette motivation n’existe plus, mais demeure la protection économique, la sécurité d’approvisionnement, qui est un problème commun à tous les États-membres. Notre dépendance est de 50 % aujourd’hui, elle pourrait être de 70 % en 2030. Nous devons donc réagir par la maîtrise de la consommation, mais aussi par des solutions communes via un dialogue commun vis-à-vis des pays producteurs. Des réseaux européens seront ainsi nécessaires pour interconnecter nos marchés régionaux et nationaux d’énergie.
Une réunion rassemblait hier à Strasbourg la Commission européenne, le Parlement et le Conseil de l’Europe. Un paquet y a été discuté concernant l’achèvement du marché intérieur de la Communauté : ce paquet devrait être finalement adopté à la mi-mai, et le marché intérieur devrait être une réalité pour les grands consommateurs en juillet 2004, pour tous les autres le 1er juillet 2007.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


La dérégulation en cours sur les marchés européens intérieurs est aussi une réalité : cela ne risque-t-il pas d’entraîner des problèmes d’approvisionnement comme en a connu la Californie ?


Intervention de M. Helmut Schmitt Von Sydow,
directeur à la DG Énergie et Transports de la Commission européenne


Notons tout d’abord que « libéralisation », pour nous, ne signifie pas « privatisation », mais « ouverture ». Nous n’intervenons pas sur les droits de propriété. En Californie ils disposaient aussi d’une réglementation, mais d’une mauvaise réglementation… qui ne permettait pas de liens directs entre producteurs et distributeurs : il fallait passer par un pool obligatoire, ce qui n’est pas le cas en Europe. Les prix de la distribution étaient plafonnés, alors que ne l’étaient pas ceux de la production : c’est ce qui a conduit à la faillite et à ce cercle vicieux qu’a connu la Californie.

En Europe nous prévoyons des régulateurs nationaux qui veillent à la transparence, à la concurrence et à l’accès des nouveaux entrants dans le marché. Ces régulateurs nationaux ne sont donc pas centralisés, mais travaillent ensemble dans des forums dont le but est la coopération entre les acteurs.
Par ailleurs, la consommation par habitant et par an aux États-Unis est de 8 tep ; cette consommation n’est que de 4 tonnes en Europe.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Quelle sont les positions et les orientations de la Commission européenne sur la consommation et l’évolution des comportements, dont il est question ici ?


Intervention de M. Helmut Schmitt Von Sydow,
directeur à la DG Énergie et Transports de la Commission européenne


Deux programmes sont engagés, l’un pour réduire la consommation, l’autre pour promouvoir les énergies renouvelables.

Le bâtiment, par exemple, présente un potentiel d’économie d’énergie de 20 %. Ainsi une directive européenne est entrée en vigueur en janvier : elle prévoit un cadre général, une méthode intégrée pour le calcul des performances, la définition de certaines exigences, un système de certifications et d’inspections régulières, etc. Les spécifications techniques concernant les produits et matériaux utilisés seront élaborées par les organismes de normalisation des États-membres, réunis au sein du CEN, Comité européen de normalisation. Il s’agit ainsi de mettre en œuvre une sorte d’autogestion de l’industrie, pour travailler de manière décentralisée.

Nous nous sommes par ailleurs mis d’accord pour une augmentation de la part des énergies renouvelables : de 6 % aujourd’hui, nous visons les 12 % en 2010. Les biocarburants, par exemple, devraient représenter 6 % de la consommation dans le domaine des transports à cette date.

Nous réfléchissons aussi à de nouvelles approches pour rendre le consommateur plus attentif, mais aussi pour lui permettre de mieux comprendre le problème. Nous mesurons l’électricité en kilowatts, le gaz en mètres cubes, le fioul en litres… Il faudrait arriver à utiliser de nouvelles unités de mesures, entraînant ainsi la réalisation de nouveaux marchés plus efficaces : celui du chauffage, du refroidissement, de l’éclairage, du transport, etc.

Les consommateurs ne comprennent pas tout à fait la dimension européenne qui existe pourtant déjà. Ils sont tellement impressionnés par les nouvelles négatives qui émanent de Bruxelles qu’ils en oublient ce qui a déjà été réalisé. Je prendrai un exemple.
Par anticipation de la crise irakienne, le prix du baril de pétrole est monté de 25 $ à 32 $. Ceci a immédiatement eu pour effet une augmentation du prix de l essence, ce qui n était absolument pas justifié, puisque parallèlement la valeur de l euro avait augmenté. En septembre 2000, pour payer 32 $, il fallait payer 37 ¬  ; aujourd hui, il suffit de 29 ¬ . Nous aurions donc pu enregistrer une baisse du prix du carburant à la pompe. La vision du consommateur est ainsi faussée : on peut se demander s’ils ne se sentent pas coupables de payer moins cher le carburant lorsqu’ils voient les images de guerre sur leurs écrans !


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Madame Pappalardo, est-il possible selon vous de diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 4 ou 5 d’ici 2050 ?


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


Je ne sais si cela est possible, mais nous y travaillons, en prévoyant les étapes nécessaires.

Notre économie et notre facture énergétique doivent être « décarbonisées ». Nous mettons donc l’accent sur les économies d’énergie, d’une part, pour consommer moins mais aussi mieux, et, d’autre part, sur le développement des énergies renouvelables sous toutes leurs formes, quelles que soient les difficultés qui se présentent encore.

Il faut pour tout cela que les consommateurs adhèrent aux évolutions et transformations, puisqu’il ne suffit pas de leur expliquer les démarches… On parle de « mix » énergétique, mais un « mix » de conditions est aussi à remplir pour y arriver.
La première de ces conditions est de faire en sorte que les consommateurs comprennent pourquoi il faut économiser l’énergie ou décarboniser leur consommation. C’est bien entendu un des objectifs du débat national sur l’énergie, via ses colloques et réunions d’information.
Cette condition est évidemment liée à une deuxième : la volonté politique, nécessaire pour convaincre l’ensemble de la population. La politique menée doit ensuite être forte et constante ; il est essentiel que les politiques ne varient pas trop souvent. Il en est ainsi, par exemple, dans le domaine du transport : entre le moment où une technologie est assurée et le moment où l’on peut la mettre sur le marché s’écoulent 10 ou 15 années… auxquelles s’ajoutent encore 15 années pour que l’ensemble du parc utilise la nouvelle technologie. Ainsi, entre une décision politique et sa mise en œuvre complète, il faut 30 ans !
La conviction des consommateurs et des politiques doit donc être particulièrement forte et constante elle aussi.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Parlant de cohérence des politiques publiques, comment peut-on réfléchir de manière plus transversale ? Comment rendre concrète cette notion de développement durable, encore un peu floue ? Comment sortir des politiques sectorielles ?


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


Les politiques sectorielles existeront toujours… La difficulté est de faire passer un certain nombre d’objectifs transversaux (comme la lutte contre l’effet de serre) qui concernent nombre d’acteurs de l’économie. Cela suppose en effet que la volonté politique soit forte et que les objectifs soient partagés par tous. Les efforts doivent être systématiques de manière à ce que des efforts réalisés dans un secteur n’aillent pas à l’encontre de ce qui aura pu être fait dans un autre secteur, ceci à la fois pour ne pas annuler les effets des actions, mais aussi par souci de cohérence vis-à-vis du citoyen. Cette nécessité de cohérence est un des messages que l’ADEME tente de faire passer à tous. C’est pour cela que nous travaillons notamment sur la stratégie nationale du développement durable, comme le fait Dominique Dron sur le PNLCC : un plan intégrant des objectifs et des plans d’actions transversaux est absolument nécessaire.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Croyez-vous plus aux effets dus aux progrès de la technologie et des sciences ou à ceux dus aux évolutions des comportements ?


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


Je ne crois pas plus aux uns qu’aux autres. Les deux sont nécessaires.
Des technologies vont nécessiter des changements de comportements, pour adaptation. Tout le monde sera concerné : politiques, scientifiques, entrepreneurs, etc., de manière à adopter et s’approprier ces technologies par le plus grand nombre. Les technologies demandant du temps avant d’être réellement mises en œuvre, il faut commencer tout de suite à travailler sur la modification des comportements.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Quelles seraient donc les urgences pour mieux aborder 2020 ?


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


L’urgence est de faire ce que nous faisons : convaincre au maximum qu’il faut tout de suite agir sur les économies d’énergie. Il existe ce que nous appelons des « gisements » d’économie possible.
On considère par exemple que sur le résidentiel et le résidentiel tertiaire, les marges d’économie sont d’environ un quart : les résultats depuis 1975, où sont apparues les nouvelles réglementations, le prouvent. Les réglementations s’avèrent donc nécessaires, parallèlement à une information des usagers de ce qu’ils payent et de ce qu’ils pourraient payer…
Dans l’industrie, bien que de gros progrès aient déjà été réalisés, de tels gisements existent aussi, allant jusque 20 % et, précisons-le, avec des taux de retours importants dans certains cas.
Dans le transport, enfin, beaucoup de choses restent à faire. Même si là aussi d’importants progrès ont été enregistrés, nous considérons que c’est le secteur où il reste le plus à faire en matière d’efficacité énergétique. Beaucoup de progrès sont possibles, ne serait-ce qu’à court terme, donc sans envisager de bouleversements technologiques profonds. L’organisation des transports peut aussi être améliorée, en se basant sur les comportements et le raisonnement économique.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Les évolutions autres de la société ne viendraient-elles pas entraver les progrès que vous envisagez ? Le fait de ne travailler que 35 heures par exemple permet plus de mobilité…


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


Il est difficile de mesurer ou de projeter les effets de ce type d’invariants… Le problème n’est pas de savoir s’il faut aller vers plus ou moins de mobilité : le mouvement est déjà en marche. La question est de savoir si la mobilité pollue ou pas, et si oui à quel degré.
Les consommateurs prennent de plus en plus en compte les aspects sanitaires et hygiéniques de leur consommation : ce facteur peut être utilisable dans le cadre de la maîtrise de l’énergie.
Leur volonté d’une consommation « responsable » semble par ailleurs de plus en plus forte : ce sont de tels éléments que nous devons utiliser dans nos démarches explicatives, qui peuvent être constituées en partie d’informations très simples.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Le domaine routier est un des aspects les plus sensibles et les plus visibles de la consommation d’énergie. Nous y trouvons à la fois un gisement d’économie important et une évolution… terrifiante ! Monsieur Delsey, qu’en pensez-vous ?


Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)


Le domaine des transports couvre l’aérien, le routier et le ferroviaire. Concernant les produits pétroliers, l’aérien représente de l’ordre de 12 % de la consommation. Mais la plus grande part de cette consommation concerne le transport routier, consommation en augmentation de 1 à 2 % par an dans tous les pays industrialisés. Le transport routier en France consommait ainsi 33 millions de tonnes en 1988, et 42 millions de tonnes en 2001. En 1996 le Commissariat général au plan prévoyait ces 42 millions de tonnes… à l’horizon 2010 !

Tout le monde connaît les raisons de cette croissance :
l’accroissement de la mobilité grâce à l’amélioration des infrastructures ;
l’étalement des villes, des zones de loisirs et des zones de travail ;
le développement du « juste à temps » pour les marchandises ;
l’augmentation lente mais régulière du niveau de vie.

Les conséquences de tout cela sont :
un accroissement du nombre de voitures, en nombre et en densité ;
un très fort accroissement du transport des marchandises par la route, aussi bien en valeur absolue qu’en pourcentage ;
un accroissement des distances quotidiennes de transport, quel que soit le véhicule utilisé ;
un accroissement de la puissance des véhicules légers vendus chaque année : ce point important relève de l’augmentation du niveau de vie, mais aussi du fait que les gens parcourent plus de distance pour aller à leur travail, et qu’ils disposent de plus de disponibilité pour les week-ends et les vacances. La puissance moyenne des véhicules vendus en France a augmenté de 14 kilowatts, soit 25 %, entre 1996 et 2001. Cela résulte entre autre de la masse des véhicules vendus : ainsi, le véhicule le plus vendu en Europe, la Volkswagen Golf, a vu sa masse augmenter de 350 kilogrammes en moins de 20 ans. On consomme plus, également parce que les véhicules sont plus hauts et plus larges… ou parce qu’ils sont munis de plus en plus d’auxiliaires comme la climatisation, les écrans de guidage, etc. Enfin, puisque les véhicules sont plus puissants et plus sûrs, ils roulent plus vite sur autoroute ; en 1990, la vitesse moyenne des véhicules légers sur autoroutes de liaisons était de 110 km/h, en 1998 elle était de 122 km/h, en 2000, de 127 km/h…


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Pourquoi existe-t-il toujours des voitures à essence et des voitures à gazole ?


Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)


Le passé peut parfois éclairer le présent et l’avenir.

À l’origine de l’automobile, trois types de véhicules étaient présents sur le marché : électriques, à vapeur et à pétrole.
Les véhicules électriques étaient les plus rapides et les plus propres : ils auraient donc a priori dû émerger.
Les véhicules à vapeur étaient les plus simples.
Les véhicules à pétrole étaient les plus bruyants, les plus complexes et les plus polluants… mais il est tellement plus pratique d’emporter quelques dizaines de litres d’essence pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres ! Et le remplissage du réservoir est si rapide ! Il n’y a pas d’équivalent à cela !
Aujourd’hui encore, on peut dire que dans les pays en développement, le progrès avance comme avancent le gazole et l’essence, compte tenu de leur facilité d’emploi et de leur contenu énergétique.

Il faut penser à des solutions de remplacement, et l’on pense beaucoup à la pile à combustible, bien sûr, mais les grandes orientations sont aujourd’hui la transformation du gaz naturel en un carburant liquide facile d’emploi et la liquéfaction du charbon avec la transformation directe en essence ou gazole (procédés Sasol ou autre). Cela ne règle pas le problème du CO2, mais les études concernant sa séquestration ont également avancées.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


La réduction des émissions de CO2 dans le domaine du transport serait-elle donc totalement illusoire ?



Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)


Les progrès concernant la consommation des automobiles ont été considérables. Il en est de même pour les camions : il y a 20 ans, un camion de 38 tonnes consommait 50 litres aux 100 kilomètres, pour une vitesse moyenne de 45 km/h ; pour une masse de 40 tonnes, il circule aujourd’hui à la vitesse moyenne de 72 km/h et consomme 32 litres aux 100 kilomètres.
Il en est de même pour l’automobile, mais si les automobiles prises unitairement consomment moins (en litres/100 km), leur nombre augmente et la circulation également. Les opérations réglementaires ou autres doivent tenir compte de ces paramètres, sous peine de ne rien gagner en terme de CO2. C’est un des grands challenges de l’automobile pour les prochaines décennies.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter

Monsieur Maugard, nous sortons de notre véhicule pour entrer dans notre appartement… Les matériaux de demain seront-ils moins voraces en énergie ? Quelles sont les prospectives en ce domaine ?


Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)


La quantité énergétique impliquée dans la fabrication des matériaux de construction et celle nécessaire à l’exploitation et à la maintenance d’un bâtiment constituent un rapport de 1 à 10 et même pour les isolants de 1 à 20… Nous parlerons donc de ces « 20 »… c’est-à-dire le bâtiment dans son fonctionnement.

L’enjeu est clair, dans 50 ans les bâtiments doivent être énergétiquement autonomes, c’est-à-dire que leur consommation d’énergie doit être compensée par la production sur place de l’énergie. L’idée est simple : comme le faisait l’agriculture, on ne peut consommer sur place que ce qu’on a produit sur place.

Techniquement cela est possible, en utilisant un cocktail de trois éléments :
l’isolation — des projets de composants laissent entrevoir la possibilité d’une isolation totale, l’isolant parfait étant tout simplement le vide… ;
l’utilisation de l’air en tant qu’échangeur de chaleur — nous fournissons de la chaleur nous-mêmes par notre CO2 : il suffit de pomper cette chaleur ;
l’utilisation du solaire passif et du solaire actif (chaleur et électricité).

Ce cocktail permettrait de n’utiliser qu’un litre de pétrole par m² et par an pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. Cet objectif n’est pas irréalisable sur le plan technique à l’horizon de 50 ans.

L’aspect économique présente quant à lui des chiffres tout à fait raisonnables.
Le photovoltaïque coûte cher, dit-on… mais pas plus cher qu’un parement de marbre ! A travers cette image je veux faire passer l’idée que l’on consacre à des éléments de luxe ce que l’on pourrait consacrer à des éléments utiles. Par ailleurs, le photovoltaïque utilisé en masse verrait ses coûts baisser sensiblement.
Actuellement avec 100 000 ¬ on crée 100 m². Avec 30 000 ¬ de plus, on arrive à ce que j indique, qui se trouve donc à portée de main.

Enfin, l aspect « psychologique », ou culturel. Nous n accepterons pas de voir diminuer notre confort domestique, certes ; tout cet enjeu ne peut être compris que dans le cadre d’un progrès de confort.

Le problème posé en ce colloque amène deux types de solutions :
Les solutions « macro » centralisées, sympathiques, puisque ceux qui les préconisent ou les présentent, scientifiques ou ingénieurs, vont résoudre le problème à ma place, moi simple citoyen, que l’on rappelle à l’ordre de temps en temps pour me dire que je roule trop vite, que je climatise trop, que je chauffe trop, etc. !
Les solutions « micro » décentralisées qui m’interpellent et font de moi un acteur responsabilisé.
si je suis producteur et consommateur d’énergie et que j’atteins l’équilibre en ce sens, je peux dire « merde » à tout le monde — excusez-moi —, mais un « merde » intéressant puisque je m’assume et me responsabilise, ceci au sein d’un projet politique, celui d’une société qui veut résoudre la question de l’effet de serre.
Dans quels secteurs nos sociétés ont-elles fait des progrès en sensibilisant directement les particuliers ? Celui des déchets par exemple, simplement parce que l’on a sensibilisé les citoyens et qu’ils ont accepté une nouvelle morale.

Les Suisses ont lancé la génération des « bâtiments à 3 litres », c’est-à-dire qui consomment 3 litres de fuel par m² et par an, alors qu’on en consomme aujourd’hui 11 litres. L’argument de persuasion pour ce projet « Minergie », que j’ai entendu dans la bouche d’un Ministre, m’a semblé intéressant : il consiste à dire que les gens qui se feraient construire des maisons qui n’atteindraient pas ce niveau devraient… s’excuser !


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Je crois que 70 % de la consommation de l’énergie pour l’industrie en France concerne les membres de l’association des consommateurs industriels d’énergie, donc les grosses industries. Quels sont pour vous, Monsieur Werquin, les objectifs de comportement pour 2020, sachant que de gros efforts de réduction de cette consommation ont déjà été réalisés ?


Intervention de M. Alain Werquin, président de la Commission gaz
de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (UNIDEN)


Nos objectifs sont très clairs, pour la bonne raison que cela représente un poids important dans nos prix de revient, de 5 à 15 %, cela pouvant nous mener jusque 50 %…
Nous avons réalisé 40 % de gain en efficacité énergétique de 1973 à 2000. De même, nos émissions de gaz à effet de serre seront passées de 26 % en 1990 à 19 % en 2010 des émissions de notre pays.
Ces progrès sont pour les industries continus et impératifs, notre accès à l’énergie devant rester économiquement acceptable pour maintenir notre compétitivité.

Concernant ce qui reste à faire, on ne peut pas répondre d’une manière générale. Certaines technologies peuvent évoluer et apporter des gains importants, d’autres évolueront plus lentement. Des améliorations constantes de procédés sont par ailleurs à attendre. Les usines de laminage d’aluminium en France consomment deux fois moins de gaz que les mêmes industries américaines, ceci du fait de l’utilisation de technologies plus performantes.
Les industries sont prêtes à s’engager sur de telles améliorations continues, sans attendre de révolutions technologiques.

À propos d’un sujet déjà abordé, la sécurité d’approvisionnement, nous ne disons jamais « libéralisation », mais « régulation des marchés des énergies de réseaux », donc de l’électricité et du gaz, ceci impliquant l’existence de régulateurs très forts et indépendants et des gestionnaires de réseaux eux aussi autonomes vis-à-vis des fournisseurs ou producteurs.
Par ailleurs, nous allons, dans nos pays, dépendre presque exclusivement d’énergies de réseaux. Nous insistons donc sur le maintien des consommations de toutes les énergies fossiles. Bien que cela soit contraire à la protection de l’environnement, une telle consommation plurielle minimum est indispensable pour éviter des situations de crises (sécurité d’approvisionnement) et peut-être pour aider les énergies de réseaux à résoudre le problème délicat des pointes de consommation.

Rassurez-vous, les énergies renouvelables, enfin, ne sont pas pour nous une plaisanterie, mais nous cherchons bien entendu le moindre coût. Nous sommes donc méfiants vis-à-vis des énergies plus chères, mais les énergies renouvelables méritent à notre sens des recherches et des développements plus approfondis, même si nous craignons les phénomènes de mode et l’apparition de sources d’énergies non garanties.


ÉCHANGES AVEC LA SALLE


Intervention de la salle


Pour stabiliser la concentration de CO2, nous avons compris qu’il fallait que tout le monde y mette du sien, notamment les citoyens. Pour cela, deux méthodes : la conviction et la contrainte.

Concernant la conviction, ne faudrait-il pas que l’administration, les services de l’État et les collectivités locales donnent l’exemple ? Ne pourrait-on pas imaginer par exemple que lorsqu’une collectivité construit ou rénove un bâtiment celui-ci soit équipé d’un chauffe-eau solaire ? Tout le monde y trouverait avantage et le facteur « pédagogique » ne serait certainement pas négligeable. Cela permettrait peut-être aussi à l’ADEME de supprimer des subventions qui ne servent qu’à engraisser les marges de certains intermédiaires…

À propos de la contrainte, la fiscalité pourrait faire en sorte que l’on prenne de l’argent sur la consommation d’énergies fossiles afin de le réinvestir sur les énergies renouvelables.


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


Sur le sujet de l’exemplarité, un travail est déjà en cours, confié à l’ADEME, pour informer les administrations des bons investissements et pour leur proposer des diagnostics.
Mais avant d’installer des chauffe-eau solaires, il faut que la filière d’installation existe… L’ADEME travaille à la vérification de la fiabilité des produits à installer et à qualifier une filière d’installateurs. La troisième étape, où nous sommes aujourd’hui, consiste à faire en sorte que les consommateurs, grâce aux subventions et aux incitations fiscales, procèdent effectivement à ces installations, qui sont actuellement en croissance exponentielle.


Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)


L’eau chaude solaire est bien entendu une excellente solution. Les installations ont encore besoin d’être subventionnées, le prix restant encore un problème (mais cette technique rentre dans l’épure économique), d’autant que l’on continue à handicaper financièrement celui qui fait de tels efforts d’anticipation sur la consommation d’énergie : il n’est peut-être pas impossible que certains banquiers procèdent à des mutations intellectuelles… c’est-à-dire excluent du calcul du taux d’effort des ménages les surcoûts des installations solaires.




Intervention de la salle


Les questions relatives à l’énergie sont à peu près les mêmes depuis 30 ans, mis à part le problème des émissions de gaz à effet de serre.
Durant ces 30 années, trois choses ont bien fonctionné : le nucléaire, le développement du gaz et des technologies de turbines à gaz et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Par contre, certaines ont manifestement stagné : ainsi le bilan des travaux menés sur les énergies renouvelables est plus que mitigé…
Ne prend-on pas au niveau européen un risque considérable en laissant croire que la solution peut venir pour une grande part des énergies renouvelables et en poussant sur le devant de la scène le dogme de la libéralisation ? S’en remettre aux lois du marché peut conduire à privilégier uniquement le court terme et donc à ne pas mettre en place la recherche-développement et les investissements nécessaires pour préparer le moyen et le long termes.


Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)


La production centralisée d’électricité et de chaleur par les énergies renouvelables n’a effectivement pas connu le succès qui pouvait être attendu. Mais les énergies renouvelables, solution élégante, doivent à mon sens être décentralisées, produire chaleur et électricité sur place, c’est-à-dire dans les bâtiments. Vouloir les centraliser est, je crois, un contresens.


Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(ADEME)


Les énergies renouvelables concernent la production de chaleur aussi bien que la production d’électricité. Les réflexions en ce sens sont aujourd’hui beaucoup plus pragmatiques que par le passé. Il ne s’agit pas de penser que les énergies renouvelables sont la solution à tous les problèmes qui se posent : néanmoins c’est une l’une des options importantes.


Intervention de M. Roger Léron,
président de Rhônalpénergie-Environnement


Nous ne pouvons plus aujourd’hui parler d’énergie sans parler d’environnement et d’émission de gaz à effet de serre.
Je crois que les réflexions à mener dans les années à venir devront se faire au niveau des territoires de manière à ce que les objectifs économiques et environnementaux se rejoignent. Toutes les politiques macro-économiques et toutes les énergies centralisées ont leur intérêt, bien évidemment, mais on ne peut se passer de la réflexion et de l’animation locales. Pour cela il manque dans ce pays une constance dans les efforts et dans les objectifs.


Intervention de la salle


Ne pourrait-on envisager, comme cela se fait en d’autres pays, que les camions soient transportés par voie ferrée sur des axes comme Paris-Lyon par exemple ?


Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)


Les grands sillons ferroviaires sont actuellement presque tous saturés, en particulier les sillons nord-sud.. Par ailleurs, il faudrait s’assurer que le prix du ferroutage est concurrentiel par rapport au transport routier, ce qui est loin d’être évident aujourd’hui.
Dans certains pays, le ferroutage a fonctionné ou fonctionne effectivement, mais sous la contrainte réglementaire et cela pose beaucoup de problèmes techniques et économiques (le cas de la Suisse est édifiant puisqu’elle vient d’autoriser récemment le transit de camions de 40 tonnes par la route, alors que la limite était de 28 tonnes depuis très longtemps et que la Suisse a une politique de ferroutage volontariste et réelle).
On doit noter également qu’une part importante de camions que l’on croit aller « directement » de Lille à Marseille s’arrête en fait plusieurs fois, dans des zones industrielles et commerciales tout au long du trajet, et parfois dans de petites villes où se sont implantées des usines. Dans ces cas, le ferroutage est quasi impossible.
Enfin, avec l’ouverture de l’Europe à l’Est, les coûts salariaux des chauffeurs routiers sont si bas que la comparaison des prix entre ferroutage et route risque d’être sans équivoque en faveur de la route… sauf à prévoir des réglementations strictes et uniformes.


Intervention de M. Jean-Louis Richard,
président du syndicat GPAE, producteur autonome d’hydroélectricité


L’hydroélectricité est souvent présentée comme une solution limitée. Nous comptons pourtant aujourd’hui 1 800 producteurs pour 2 500 mégawatts, ceci uniquement en « petite hydraulique », c’est-à-dire hors les grands barrages, ce qui représente 10 % de la production hydraulique française.
Mais nous sommes bloqués par des règlements administratifs contraignants qui ont protégé les rivières contre nos équipements, alors que des centrales de particuliers sont aujourd’hui certifiées ISO 14001.


Intervention de la salle


Les énergies diluées peuvent difficilement concurrencer les énergies concentrées, ceci notamment pour des raisons économiques. Les grands champs éoliens aux États-Unis, par exemple, se sont révélés être un fiasco… Or, il semble que nous reprenons finalement, 25 ans après, les mêmes solutions qui n’ont pas été efficaces une première fois…


Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)


Les problèmes auxquels nous devons faire face sont majeurs, et nous ne pouvons nous passer des solutions impliquant ces énergies diluées, sous peine de nous placer en plein paradoxe !

Concernant les comportements, nous savons que les Américains consomment deux fois plus d’énergie que les Européens : sont-ils deux fois plus heureux ? Disposent-ils de deux fois plus de confort ?
Des technologies nouvelles peuvent coûter jusque 30 % de plus, soit, mais le foncier a augmenté de bien plus de 30 %… Cela a-t-il eu un effet sur les émissions de CO2 ?
Des possibilités de cueillir les énergies renouvelables là où elles se trouvent existent, nous devons faire le choix de les utiliser en modifiant nos comportements de consommateurs pour considérer que le luxe des temps modernes est justement dans cette utilisation. L’Europe pourrait être l’exemple d’une région développée qui consomme encore deux fois moins d’énergie qu’elle le fait aujourd’hui. C’est un problème de société et de civilisation : il faut oser s’engager sur ces voies !
ALLOCUTION DE CLÔTURE DE LA MATINÉE


Synthèse de l’intervention de Mme Nicole Fontaine,
ministre déléguée à l’Industrie


Les propos entendus ce matin prouvent l’intérêt du sujet et du débat qu’il engendre.
Je remercie le Groupe de prospective du Sénat d’avoir bien voulu inscrire ce colloque dans le grand débat national sur les énergies, que nous avons initié. Voyant une assemblée si nombreuse ici aujourd’hui, je crois pouvoir dire que nous avons déjà en partie gagné notre pari d’intéresser le plus grand nombre de nos concitoyens à ces débats d’une importance essentielle.

Étant entendu qu’aucun choix n’est aujourd’hui arrêté - le gouvernement prendra ses décisions en temps voulu -, nous désirons entendre le plus grand nombre d’interventions sur le sujet.
Quoi qu’il en soit nous serons contraints de réexaminer nos choix et nos politiques énergétiques, compte tenu des évolutions géostratégiques, du vieillissement programmé des installations nucléaires, des nouvelles normes de protection de l’environnement, de la libéralisation progressive des marchés, etc. Les défis que tout cela implique demandent le temps de la réflexion, d’autant que les choix en ce domaine conditionnent nos choix de vie et de consommateurs, tout en dépassant chacune de nos individualités. Ils sont un élément fondamental de la souveraineté des États, engageant notre responsabilité à l’égard des générations futures.
Le temps est donc nécessaire à l’examen de toutes les possibilités, afin que l’esprit soit disponible sans exclusivité ni préjugés, avec créativité et sans pétition de principe, sachant qu’il n’existe pas de recette miraculeuse. Les décisions en ce domaine ne sauraient s’improviser ni être prises sans l’adhésion des citoyens.

Nous nous trouvons à la croisée des chemins, face à des enjeux considérables, économiques, stratégiques et environnementaux. Le défi pourrait être énoncé sous une forme arithmétique : étant donné la faiblesse des ressources du sous-sol et les coûts comparés des diverses énergies, il nous faudra trouver le « bouquet énergétique » qui favorisera à la fois notre prospérité, notre indépendance nationale et le respect de nos engagements concernant les émissions de gaz à effet de serre.
Mais si le problème est simple, la solution ne l’est pas, d’autant qu’il s’agit de déterminer une solution durable, qui nous engage pour plusieurs décennies, d’où l’importance d’une vision anticipative.
Notons que la prospective n’est pas une simple prévision qui se bornerait à prolonger les courbes du présent. Elle doit être une imagination portée vers l’avant, capable d’appréhender et d’inventer l’avenir, d’envisager des ruptures et de pourvoir à l’inattendu. En effet, nous ne devons pas seulement inspecter les évolutions, mais aussi les solutions. Notre savoir doit être tout entier tourné vers l’action car comme disait Auguste Comte : « Il faut savoir pour prévoir, et prévoir afin de pourvoir ».

L’incertitude des temps ne doit pas décourager notre réflexion au contraire. Les tensions actuelles sur le marché du pétrole doivent nous inciter à une plus grande vigilance stratégique, même si le pétrole n’est assurément pas le seul enjeu.

Je rappellerai à grands traits les perspectives qui s’ouvrent devant nous et les pistes qui restent encore à explorer.
Nos consommations énergétiques risquent de nous conduire à une impasse collective. Au rythme actue,l les consommations mondiales d’énergie seront multipliées par 3 d’ici 2050, tout comme les émissions de gaz à effet de serre, menace grave pour le climat et pour l’équilibre écologique de la Terre. Les mesures réparatrices jusqu’alors imaginées ne sont pas à l’échelle de tels enjeux.
À ce même horizon de 2050, avec une population mondiale que l’on peut estimer à 8 milliards d’individus, et avec le contenu énergétique actuel, l’Humanité prend le risque considérable d’être incapable à terme de satisfaire les besoins énergétiques de populations entières d’une part, et, d’autre part, de créer pour les États des relations internationales aux conditions incertaines. On risque enfin d’hypothéquer le futur environnement de l’Homme, ce qui justifie l’implication de tous dans ce débat.

J’ajouterai que si le modèle de développement actuel n’est pas durable, il n’est pas non plus équitable : 55 % de l’énergie finale est utilisée par 20 % de la population mondiale. Deux milliards d’individus n’ont pas accès à l’électricité.
Ne nous leurrons donc pas : nous sommes dans l’obligation de changer profondément notre manière de consommer. Nous devons réussir à inverser cette corrélation trop étroite entre croissance et augmentation de la consommation énergétique. Nous devons pour cela nous interroger lucidement sur nos modes de vie, en nous demandant comment consommer mieux et non pas comment consommer plus.
Nous devrons donc consommer plus efficacement, en évitant déperditions et gaspillages : nous devons tendre vers une certaine « sobriété énergétique ».

L’expérience a prouvé que les progrès techniques permettaient d’améliorer l’efficacité de notre consommation. Les innovations technologiques, urbanistiques, architecturales, etc., sont certainement une voie privilégiée. Les citoyens sont d’ailleurs très intéressés par toutes les pistes encore à explorer. À travers ces échanges d’idées et d’expériences, à travers ces confrontations d’opinions, je souhaite pouvoir ainsi élargir nos horizons.
Mais les particuliers ne sont pas les seuls concernés, les entreprises sont évidemment partie prenante dans la maîtrise des consommations. Elles doivent réussir à concilier l’impératif de compétitivité et l’exigence de responsabilité. Ces questions révèlent un enjeu très simple : inventer une économie et, au-delà, une civilisation qui ne courre pas à sa perte en ruinant les conditions de sa propre existence. Tel est le sens du développement durable.

La vigilance quant à notre consommation doit être d’autant plus grande que pour la fourniture d’énergie certains fondamentaux s’imposent à nous. Nous avons ici encore un devoir de lucidité.
La production d’énergie est sous contrainte et ses sources seront appelées à évoluer. C’est aussi pour cela que nous devons en discuter, afin de savoir quel bouquet énergétique nous pourrons définir et mettre en place au regard de la consommation et des modes de vie que nous voulons.

Pour l’heure, nous disposons essentiellement de quatre sources : le pétrole et le gaz, que nous achetons à l’extérieur, l’énergie nucléaire et l’énergie hydraulique, que nous produisons.

S’agissant des énergies fossiles, plusieurs questions se posent : celle de leur épuisement prévisible tout d’abord. La majorité des experts estiment que les réserves de pétrole seront épuisées dans une cinquantaine d’années, et celles de gaz dans quelque 60 ans. Lorsque l’on sait que le pétrole représente 36 % de notre consommation d’énergie, et qu’il est une ressource exclusive pour des activités majeures comme le transport, on mesure mieux la nécessité de s’interroger et d’anticiper aujourd’hui. On imagine très bien les tensions potentielles qui ne pourront manquer d’émerger lorsque les réserves ultimes seront concentrées entre les mains d’un nombre limité de pays. Se pose évidemment la question de la dépendance dans laquelle ces énergies fossiles nous maintiennent : la production française de charbon, de pétrole et de gaz ne couvre que 10 jours de la consommation de notre pays ! L’actualité confère à ce problème une acuité très immédiate. Comment parer cet inconvénient ? La diversification des sources d’approvisionnement suffira-t-elle ?
À cela s’ajoute l’impact de ces énergies fossiles sur l’environnement : l’effet de serre, bien entendu, mais aussi la pollution des mers…
Se pose enfin la question cruciale de savoir comment rendre ces énergies moins polluantes. Le Premier ministre l’a rappelé devant l’assemblée plénière du GIEC en février dernier : la France s’est engagée à diviser par 2 ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, stopper le réchauffement de la planète étant tout simplement une question de survie.

Dans cet esprit, la voie des énergies renouvelables est prometteuse. Il s’agira de déterminer si, nouvelles et éternelles, elles pourront constituer une solution de remplacement, ou si elles seront vouées à ne demeurer que de simples compléments. Il nous faut pour cela en évaluer avec réalisme le juste coût et leurs capacités réelles, tenant compte des difficultés liées à leur naturelle intermittence. Nous devrons enfin en évaluer les impacts environnementaux sur les paysages.
Mais il s’agit aussi de respecter nos engagements : la France doit porter à 21 % la part de sa production d’électricité par les énergies renouvelables d’ici 2010. Il faut donc trouver les moyens de respecter ces engagements : comment inciter au développement technologique de ces nouvelles énergies ? Sommes-nous prêts à en payer le prix ?

Nous ne saurions enfin faire l’économie d’une réflexion approfondie sur l’énergie nucléaire.
La France a fait ce choix il y a 30 ans, suite au choc pétrolier de 1974. Nous produisons aujourd’hui 75 % de notre électricité à partir du nucléaire, contre 50 % en Allemagne à partir du charbon, qui émet ainsi 40 % de plus de gaz à effet de serre.
La question est claire : doit-on poursuivre dans cette voie initiée en 1970, ou préparer une transition vers une sortie totale ou partielle du nucléaire ? Quels sont les bénéfices et les inconvénients de cette alternative ? Peut-on se passer du nucléaire tout en réduisant nos émissions de CO2 et en maintenant une diversité d’approvisionnement suffisante ? Par ailleurs, comment s’assurer que nous pourrons toujours maîtriser les risques de prolifération et maintenir un haut degré de sûreté ? Quelles solutions mettrons-nous en œuvre pour stocker les déchets radioactifs ? La loi Bataille de 1991 a prévu que sur ce sujet une décision serait prise en 2006 : c’est vite venu…

La question suivante est une suite logique à ce qui précède : qui décide ?
En ce domaine l’Europe marche en ordre dispersé : certains pays reviennent au nucléaire, d’autres en sortent… Une chose est certaine : la France élaborera sa propre solution nationale. Cela n’empêchera pas le marché européen de l’électricité et du gaz de s’unifier et de se donner des règles communautaires. Cela n’empêchera pas non plus la communauté internationale de s’amplifier sur les questions énergétiques : le protocole de Kyoto en est un bon exemple. Mais il n’est pas excessif de penser qu’une question aussi cruciale, aussi vitale que l’approvisionnement énergétique doive demeurer entre les mains de la Nation. L’indépendance, la sécurité et les intérêts vitaux du pays y sont étroitement liés, car c’est à l’État d’orienter la politique énergétique : cela est essentiel pour éviter certains déboires qu’ont pu connaître des pays qui n’ont pas suffisamment veillé à l’intérêt général, dont l’État est garant. Il doit assurer notamment que les obligations de service public continueront d’être respectées par tous les acteurs et veiller à la protection des plus démunis.
Mais ce rôle d’orientation que l’État remplit doit laisser une large part aux collectivités locales dont l’action est essentielle pour la distribution, pour le service public mais aussi pour la promotion des énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie.

Ainsi, la responsabilité de tous est engagée : particuliers, citoyens, entreprises, associations, collectivités territoriales et gouvernants. Ce sont les enfants de nos enfants et l’immense foule de l’Humanité à naître qui sont en cause.

Je saluerai pour conclure la qualité de vos travaux, et vous encouragerai à l’audace.
Il nous est donné pour la première fois d’affronter simultanément le défi de la croissance et de la protection de la nature. Pour démontrer que la solution à cette double exigence n’est pas une utopie, notre pays doit mobiliser toute son énergie et son intelligence.

Sachons donc faire preuve d’audace, en n’oubliant jamais que l’Homme n’a de ressources que dans sa propre volonté.

PRODUCTION, RECHERCHE, INNOVATION :
LES VOIES DU CHANGEMENT


Intervention de M. Bernard Bigot,
directeur de cabinet du ministre de la Recherche


C’est au nom de Madame le ministre de la Recherche que je vous apporte ici quelques lignes structurantes de la politique du gouvernement en matière de recherche dans le champ de l’énergie.

La question de l’énergie est évidemment au cœur des préoccupations du président de la République et du gouvernement. C’est pourquoi celui-ci a initié le débat sur l’énergie, qui doit permettre à chacun de connaître les enjeux pour l’avenir et de faire connaître sont point de vue sur la façon dont notre pays doit y répondre.
Le Sommet des pays industrialisés va en outre proposer une mobilisation planétaire pour la conception et la diffusion de technologies au service du développement durable : tous les membres du G8 ont placé l’énergie et la réduction des gaz à effet de serre comme priorité.

D’ici à 2030 on estime que la demande mondiale d’énergie va croître de 70 %, cette demande émanant pour les deux tiers des pays en développement.
En France nous savons bien que nous aurons des difficultés à contenir la consommation à 4 ou 4,5 par habitant et par an.
Face à ces données, chacun est convaincu de la nécessité de coupler la politique de fourniture d’énergie avec celle de la protection de l’environnement. Les émissions de gaz à effet de serre devraient être divisées globalement par deux. Dans un premier temps, puis, compte tenu de l’évolution démographique et du développement économique des pays émergents, les pays industrialisés devraient les diviser par 4 ou 5 d’ici 2050.

Trois critères dominent la recherche de solutions technologiques pour la production d’énergie.
L’énergie doit être durable, économe des ressources, respectueuse de l’environnement et minimiser les productions de polluants et de déchets.
Elle doit être économe et disponible à un coût acceptable pour le consommateur.
Elle doit enfin être sûre et fiable, et donc limiter les risques.

La recherche est ainsi marquée par une volonté politique déterminée.
C’est tout d’abord une politique d’investissements scientifiques diversifiés. En 2003, 1,2 milliard d’euros finance des programmes de recherche, dont 28 % sont consacrés aux nouvelles technologies et à la maîtrise de la consommation, 18 % à la meilleure utilisation des énergies fossiles, 35 % au nucléaire et 18 % aux déchets nucléaires.
Un effort de coordination de fond est conduit entre des acteurs de la recherche. Ceci a déjà permis de définir un programme de recherche technologique sur 6 ans entre le CNRS, le CEA, l’ADEME et l’IFP.
La politique d’innovation technologique vers les entreprises offre un effet de levier pour associer celles-ci à la recherche publique.
La prochaine loi sur les innovations va accroître les incitations et lever certains freins.
Trois réseaux sont déjà tournés vers les énergies : le réseau Énergies durables, le réseau Pile à combustible et le réseau Transports terrestres.
Notre politique est basée sur la diversification et vise des échéances de temps différentes.

Concernant les énergies renouvelables, les recherches portent principalement sur les énergies photovoltaïques, les biocarburants et la géothermie profonde. Les bio composants représentent actuellement 1 % de la consommation française de carburants ; une directive européenne en préparation fixe l’objectif à 2 % pour 2005 et à près de 6 % en 2010.
Mais nous savons que ces technologies, aussi séduisantes soient-elles, ne satisferont pas les besoins. La directive européenne fait donc obligation de passer la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité de 15 % à 21 % à l’horizon 2010.
Pour le court et le moyen termes, la France a besoin du nucléaire, qui produit aujourd’hui 70 % de la consommation. D’autres nations, comme les États-Unis et certains pays émergents, pensent aujourd’hui que la conciliation de l’indépendance énergétique et de la réduction des gaz rend difficile d’occulter cette voie. Les recherches en ce domaine tendent ainsi à augmenter la sûreté, à réduire les déchets et à améliorer leur stockage et leur transport. Nous approchons du terme du moratoire inscrit dans la loi de 1991. La recherche a beaucoup travaillé sur ce sujet et ne devrait pas manquer le rendez-vous de 2006, même si l’arrêt de Phénix a fait perdre du temps sur les questions de transmutation.
À l’horizon 2010-2020, la place de l’hydrogène est une question majeure : tout le monde s’attend à ce que cette solution de transport d’énergie occupe une place décisive à moyen terme. Mais compte tenu de la diminution des réserves d’énergies fossiles, la période 2040-2050 sera décisive. Ainsi les énergies de fusion présentent aussi un espoir de disposer d’une énergie propre et abondante. C’est la raison pour laquelle le gouvernement fait du projet ITER une priorité de la politique énergétique à long terme et au niveau international. Il s’agit de démontrer la faisabilité de construire un réacteur commercial utilisant la fusion thermonucléaire contrôlée pour produire de l’énergie. Ce projet est aujourd’hui unanimement soutenu par la communauté scientifique internationale. En Europe, la Commission King est arrivée fin 2001 à la conclusion qu’il serait opportun d’accélérer ce programme. Les États-Unis ont récemment rejoint, après les avoir quittés un certain temps, l’ensemble des acteurs concernés. La politique de rassemblement des compétences témoigne d’une vision à long terme préparée depuis plus de 20 ans par la France. La fusion est un domaine où la France jouit d’une réputation de tout premier plan : le choix du site de Cadarache pour le développement de ce projet est, me semble-t-il, excellent.
Ce projet ITER est le seul grand projet qui fasse l’objet d’une collaboration mondiale, et le seul pour lequel l’investissement du pays hôte donnera un effet d’amplification grâce aux investissements des autres pays européens et des autres pays étrangers.

La recherche française, publique comme privée, doit se mobiliser pour apporter une contribution essentielle de la science aux objectifs fondamentaux de la politique énergétique française en tenant compte du court terme comme du très long terme.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Concernant la production, nous allons commencer par le pétrole, avec Jean-Luc Vermeulen. L’avenir du pétrole semble compromis ; comment l’industrie que vous représentez va-t-elle faire face aux enjeux qui se présentent ainsi ?


Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf


Les réserves sont encore importantes : on estime que les ressources, connues ou encore inconnues, représentent environ deux fois ce qui a déjà été produit depuis l’origine, ceci pour le pétrole conventionnel. Il existe par ailleurs d’autres types de pétroles dont les réserves sont à peu près équivalentes.
Mais le rythme de la consommation augmente : dans les 10 prochaines années, il faudrait mettre en production environ la moitié de ce qui est en production aujourd’hui. Cela suppose de relever un certain nombre de défis, notamment sur le plan technologique, puisque nous avons bien entendu commencé par le plus facile…
D’emblée, on peut se dire que cela va coûter de plus en plus cher, mais pas forcément. En effet, parallèlement les progrès technologiques passés, et donc futurs, apportent des gains de productivité considérables. Le coût technologique était de 13 $ par baril en 1990, il est aujourd’hui de 8 $. Le défi financier reste bien entendu important, puisque l’ensemble de la profession, pour le pétrole et pour le gaz, investit environ 130 milliards de dollars par an.
La question environnementale est aussi une de nos préoccupations. Nous arrivons aujourd’hui pratiquement à un niveau de rejet zéro, et nos objectifs de réduction de rejet de gaz carbonique sont de 20 % dans une quinzaine d’années.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Pouvez-vous nous situer les grandes compagnies internationales au sein de cette industrie ?


Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf


Ce sont de grandes compagnies, certes, mais toutes ensemble elles ne représentent qu’une petite fraction du secteur : elles contrôlent 18 % de la production mondiale et en produisent 15 %.

Ceci nous amène à la question de la dépendance, notion qui a beaucoup évolué. Les crises comme on vient d’en connaître sont aujourd’hui assez bien absorbées par les pays consommateurs, dans la mesure où leur consommation représente une plus faible part de leur PNB qu’au début des années 1980 par exemple. Par contre, les pays producteurs sont beaucoup plus dépendants, leurs niveaux de vie ayant augmenté, le pétrole représentant ainsi 60 à 90 % de leurs budgets. Cet « équilibre » fait que les risques ont diminué fortement durant les 20 ou 30 dernières années.




Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Parlons de l’aval : que sera le carburant dans 20 ans ?


Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf


Il y aura déjà beaucoup moins d’émissions polluantes : des mesures drastiques ont été prises partout, et l’industrie automobile elle-même a pris en charge le fait de diminuer les émissions des véhicules.
On pense qu’en Europe le volume total des émissions polluantes, malgré les augmentations de trafic, aura été divisé par 5 entre 1995 et 2020. On peut dire que pour une large part cette question est résolue.
Concernant le CO2, on estime que les émissions dues au transport routier resteront stables. Pour cela nous faisons appel à des carburants plus sophistiqués. La demande de produits plus légers est croissante. Il faut donc transformer les raffineries via des technologies qui demandent plus d’énergie, plus d’hydrogène ; or, chaque fois que l’on produit une tonne d’hydrogène, on produit 10 tonnes de CO2 : le problème est donc tout simplement reporté !
Le problème de la maîtrise des émissions de CO2 est réellement le premier enjeu des entreprises de raffinage pour les années à venir. Nous avons pris comme objectif de réduire ces émissions de 20 % de 1990 à 2005.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


N’est-ce pas une aberration d’utiliser le pétrole pour le faire partir en fumées ?…


Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf


L’usage noble du pétrole est la pétrochimie, où il est irremplaçable. Mais on peut aussi se dire qu’il est difficilement remplaçable pour le transport, étant données les qualités intrinsèques dont il dispose. Il est utilisé aujourd’hui à 50 % pour le transport, et cette proportion va sans doute croître encore dans les années qui viennent.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Comment imaginez-vous le bouquet énergétique en 2020-2030 ?


Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf


Il y aura de moins en moins de produits lourds, comme le fuel-oil, et de plus en plus de produits légers, comme les distillats notamment. Des travaux sont actuellement en cours pour améliorer les moteurs, essence ou diesel.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Intéressons-nous au charbon, qui n’a pas très bonne réputation, alors qu’il constitue dans le monde une source d’énergie importante et plutôt bien répartie.


Intervention de M. Éric Dyevre,
président du directoire de la Société nationale d’énergie thermique
(SNET)


Il ne faut pas rester accroché aux images de Germinal…
La France est un des rares pays au monde où le charbon représente une part si faible de son mix énergétique. La production d’électricité provient à 40 % du charbon dans le monde, et à 30 % en Europe.
Le charbon apporte la sécurité : c’est la ressource la mieux répartie au monde ; ses réserves, selon la consommation actuelle, nous mènent jusque 2250 ; ses variations de prix sont très faibles, puisqu’il reste en dehors des crises géopolitiques qui peuvent toucher le pétrole par exemple.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Qu’en est-il de l’aspect environnemental ? Qu’est-ce que le « charbon propre » ?


Intervention de M. Éric Dyevre,
président du directoire de la Société nationale d’énergie thermique
(SNET)


Il faut rappeler que l’on ne peut produire d’énergie sans qu’il y ait impact environnemental. C’est cet impact qui doit être l’objet d’un choix.
Si le charbon présente des aspects négatifs concernant les rejets, il offre aussi des avantages. Il n’y a pas de problème de traitement de ses déchets, par exemple, et son transport ne présente pas de risque. L’analyse des risques liés à un produit doit prendre en compte l’ensemble du cycle de son utilisation.

La recherche aujourd’hui dans le domaine de l’électricité issue du charbon s’oriente essentiellement vers l’amélioration du rendement des centrales, dans le sens aussi d’une réduction des rejets, et vers la séquestration du CO2, pour laquelle nous pourrons peut-être suivre l’exemple du nucléaire lorsque celui-ci aura montré la voie…


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


L’atome étant l’avenir du charbon, nous pouvons ouvrir le chapitre nucléaire, avec, pour le court terme, l’EPR…


Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique
(CEA)


L’EPR est un objet industriel, que nous qualifions de « génération 3 », qui est une évolution du système en service actuellement. Il s’agit donc d’observer à quel rythme cette famille de réacteurs peut remplacer le parc existant.

Mais le défi principal, ce ne sont pas les réacteurs, ce sont les déchets. La politique française sur ce sujet, celle vers laquelle les Américains sont aussi en train d’évoluer repose sur la séparation du plutonium, ce qui permet de traiter de manière spécifique le plutonium et les déchets proprement dits. L’EPR présente d’ailleurs des qualités non-négligeables pour incinérer le plutonium : le scénario idéal de l’utilisation de cette génération 3 résoudrait donc progressivement le problème du stockage du plutonium.
Concernant les déchets, la même logique s’applique et la stratégie sur laquelle nous travaillons est celle de la séparation poussée. On sait aujourd’hui séparer chaque actinide, c’est à dire les éléments les plus toxiques, à un millième près, nous sommes donc à 99,9 % d’efficacité. Reste à faire la démonstration technique de cette stratégie : sommes-nous capables de créer un pilote de séparation poussée ? La France décidera-t-elle de passer cette séparation au stade industriel ?

Dans la recherche nucléaire, on travaille de plus en plus sur des systèmes globaux, incluant le réacteur et le combustible, puisque l’on a besoin du réacteur pour brûler le plutonium et pour incinérer les déchets. Nous concevons donc des réacteurs qui sont auto-consommateurs de déchets : c’est la quatrième génération qui va encore gagner en réduction de volume et de toxicité des déchets.
Les propositions de ces réacteurs sur le marché seraient envisageables pour 2035-2040, à condition que la troisième génération n’ait pas investi ce marché de manière trop « solide »…


Intervention de M. Valade,
sénateur de la Gironde, président de la commission des Affaires culturelles,
vice-président du groupe d’Études de l’Énergie du Sénat


Si la décision relative à la troisième génération tardait trop, cela entraînerait-il que nous passerions directement à la quatrième génération ?


Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique
(CEA)


Je ne pourrai répondre à cette question que sur un plan technique, en me méfiant des effets de mode, dont ont été victimes par exemple les piles à combustible dans les années 1970.

Il ne s’agit pas de vendre des miracles : c’est une opération de longue haleine, et je ne pense pas que l’on puisse échapper à une troisième génération.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Concernant le développement durable et le nucléaire, on a l’impression que le durable, pour le nucléaire, ce sont les déchets…


Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique
(CEA)


Il y aura toujours des déchets ultimes… Mais nous trouverons des issues raisonnables pour chaque famille de produits.
90 % des problèmes des déchets sont résolus sur le principe. Sur le plan de l’installation industrielle, 7 à 10 ans sont nécessaires entre une décision et la fonctionnalité d’une installation de ce type. Les scientifiques travaillent ensuite sur les résultats pour une deuxième itération. Cela demande donc quelques dizaines d’années.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Le CEA travaille aussi sur les nouvelles technologies pour les énergies renouvelables. Où en êtes-vous et où allez-vous en ce sens ?


Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique
(CEA)


Tout d’abord, nous travaillons collectivement avec le CNRS, l’ADEME, l’IFP, etc. Le paysage de la recherche se développe de manière consensuelle. Le paysage industriel est souvent en retard. Nous manquons d’acteurs industriels, il faut les créer. La France a ainsi créé deux petites sociétés qui travaillent sur des marchés de niche pour la pile à combustible, et il existe une société qui travaille sur le photovoltaïque, société avec laquelle nous travaillons sur les technologies. À ce sujet, nous restons peut-être trop prudents en travaillant uniquement sur des composants technologiques, contrairement aux Italiens par exemple, qui s’intéressent à des systèmes beaucoup plus futuristes dans le domaine des énergies renouvelables.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Comment évolue l’acceptation sociale vis-à-vis du nucléaire ?


Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique
(CEA)


Nous pensons améliorer aussi cet aspect, notamment selon deux axes.
Nous nous inspirerons tout d’abord des Finlandais qui ont su provoquer une acceptation du public bien meilleure que la nôtre.
Par ailleurs, le gouvernement a lancé l’idée de re-former nos concitoyens aux rudiments de base de la physique… Si l’on parle d’actinides ou de transuraniens aujourd’hui, mieux vaut s’adresser à un public averti ! Une pédagogie fondamentale est donc à mettre en œuvre à usage du grand public.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Avant d’en venir à votre spécialité, Monsieur Spiro, quelles sont les activités générales du CNRS par rapport aux thèmes dont nous débattons aujourd’hui ?


Intervention de M. Spiro,
directeur de l’Institut national de physique nucléaire
et de physique des particules (IN2P3) au CNRS


Le CNRS est bien armé pour participer à ce genre de débat et pour participer à des recherches sur l’énergie, étant donné le vaste éventail de domaines dans lesquels ses chercheurs interviennent, de la physique aux sciences humaines en passant par la chimie et la biologie.

Deux programmes interdisciplinaires sont actuellement en œuvre : un programme « Énergies », dont parlera Victor Sanchez tout à l’heure, voué aux énergies renouvelables, et un programme orienté vers le nucléaire. Ces programmes travaillent bien entendu en partenariat avec les grands acteurs du secteur.

Le CNRS se base sur l’optique que l’on aura besoin du nucléaire pour longtemps. Il apparaît en effet que les énergies renouvelables auront bien des difficultés à représenter plus de 20 % de la production nécessaire d’électricité.
Nous recherchons donc comment augmenter le potentiel d’utilisation du combustible, puisque l’on n’utilise aujourd’hui que 1 % du potentiel de l’uranium, celui de l’isotope uranium 235… Nous allons aussi dans le sens d’un nucléaire propre, vers l’incinération des déchets ultimes, et vers un nucléaire sûr.
Ces recherches concernent bien entendu le long terme, mais nous ne nous en tenons pas à cela, puisque nous travaillons également sur l’enrobage des déchets, avec comme rendez-vous 2006 et l’échéance de la loi Bataille.

Nous envisageons aussi des filières de réacteurs innovantes, donc des ruptures technologiques.
L’une de ces filières est destinée à l’incinération ultime des déchets, via un réacteur « hybride », c’est-à-dire un réacteur nucléaire couplé à un accélérateur de protons.
Une autre filière travaille sur un réacteur du futur, qui ne produirait pratiquement pas de déchets. Cette technologie est basée sur une ressource naturelle appelée le thorium et une technologie basée sur les sels fondus et les neutrons thermiques. L’avantage est que le thorium produit de l’uranium, mais pas de plutonium, et donc pas d’actinides mineurs. Le traitement des déchets peut ainsi se faire sur place. Ceci concerne une vision industrielle à l’horizon 2050.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Intéressons-nous maintenant au gaz, avec Monsieur Rojey. Le gaz bénéficie d’une bonne image : pouvez-vous nous faire le point sur cette idée ?


Intervention de M. Rojey,
président du Centre international d’information sur le gaz (CEDIGAZ),
directeur gaz naturel à l’IFP


Le gaz naturel traité est une source d’énergie propre, souple d’utilisation, qui permet d’obtenir des rendements très élevés dans les centrales à cycles combinés. Ces atouts ont amené une progression de la demande, qui augmente d’environ 3% par an.
Les réserves sont importantes, de l’ordre de 140 milliards de , soit plus de 60 ans de consommation au rythme actuel. De plus, les progrès de l’exploration font que l’on identifie sans cesse de nouvelles réserves : c’est ainsi qu‘au cours des 30 dernières années le ratio réserves / production est passé de 30 à 60 ans. Les ressources quant à elles, représentent 3 à 4 fois le volume des réserves prouvées. La demande pourra donc être satisfaite pour longtemps encore.

La recherche et l’innovation ont un impact majeur sur l’économie du gaz naturel dans la mesure où elles induisent des réductions de coûts très importantes et favorisent la compétitivité du gaz naturel ainsi qu’une diversification des approvisionnements.
La maîtrise des technologies-clés de la chaîne gazière ouvre des opportunités intéressantes pour l’industrie, et l’industrie française est plutôt bien placée en ce sens.
L’innovation et la recherche peuvent fournir par ailleurs des solutions en termes de développement durable, en apportant des technologies propres ou encore des solutions sur la séquestration du CO2, enjeu majeur.

L’industrie du gaz a déjà connu des ruptures technologiques dans le passé : le développement du GNL, l’introduction des cycles combinés, qui a permis le développement rapide de la génération d’électricité à partir de gaz naturel.
Une nouvelle mutation se prépare : la conversion chimique, qui ouvre au gaz naturel des opportunités nouvelles, en particulier dans le domaine de carburants liquides. De nombreux projets sont en élaboration sur ce sujet dans le monde.
Enfin, la séquestration du CO2 et l’introduction à grande échelle de l’hydrogène représentent d’autres importantes ruptures. Des solutions en ce sens apparaissent, tout à fait compatibles avec un développement durable.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Sanchez est coordinateur du programme Énergies du CNRS. D’importants efforts sont réalisés depuis 2 ans, un programme national sur les énergies renouvelables a été initié par le CNRS… Sommes-nous armés suffisamment ? Que peut-on mettre en place d’ici 2020 ?


Intervention de M. Victor Sanchez,
directeur du département des Sciences de l’ingénieur au CNRS


J’entends beaucoup parler de progrès, et c’est bien ainsi, mais il ne faut pas perdre de vue les questions majeures que posent nos échanges. N’oublions pas que la demande d’énergie au niveau mondial ne va faire que croître, et ceci dans des proportions jamais égalées. Les progrès dont on parle auront bien du mal à compenser les effets de cette augmentation, et nous devons donc trouver des ressources qui ne soient pas productrices de dioxyde de carbone en particulier. Il vaut mieux utiliser de telles sources d’énergie plutôt que d’extraire les ressources naturelles des sols pour y rejeter des déchets dont on ne sait que faire…


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Que peut-on donc espérer aujourd’hui des énergies renouvelables ? Quels sont les degrés de maturité ou d’immaturité des unes et des autres ?


Intervention de M. Victor Sanchez,
directeur du département des Sciences de l’ingénieur au CNRS


L’éolien est mature, mis à part pour les installations off-shore. Nous sommes prêts à accompagner les industriels qui se lancent sur ces sujets.

La géothermie en roches profondes n’est pas du tout mature ; un programme européen est en cours sur ce point.

Le photovoltaïque fonctionne, mais n’est pas mature non plus. Les rendements augmentent, certes, pour atteindre les 30 % en laboratoire, mais la technologie bloque encore. Nous travaillons également sur ce sujet, sur de nouvelles cellules, de nouveaux types de matériaux, et sur les connexions.

Le problème des énergies renouvelables aujourd’hui est leur coût. Si on ne fait pas baisser ce coût, jamais elles ne passeront ! Nous espérons qu’en 2020, le coût du voltaïque utilisé pour la production électrique sera inférieur à 10 centimes d’euro le kilowatt/heure.
Par ailleurs, les énergies renouvelables, pour certaines d’entre elles, sont intermittentes. Il faudra donc soit les utiliser en petits réseaux, soit trouver des systèmes de stockage de l’énergie. Quoi qu’il en soit, la combinaison du photovoltaïque et du chauffage solaire est très prometteuse pour le domaine de l’habitat.

La biomasse présente des problèmes différents.
La biomasse sèche peut être utilisée en combustion pour produire de l’électricité. En France on travaille actuellement surtout sur la pyrolyse et la gazéification de la biomasse : ces deux voies ont été choisies après avoir sondé nos partenaires industriels. Elles sont intéressantes puisque cela produit des gaz utilisables ensuite en combustion pour alimenter des turbines productrices d’électricité. On peut par ailleurs utiliser les goudrons résiduels pour produire des carburants additifs de l’essence.
L’utilisation de la biomasse humide concerne la production de bio-éthanol ou de diesters, à partir de betteraves, de céréales ou d’oléagineux. Un calcul montre que si l’on utilisait en France les jachères pour cultiver les produits nécessaires, nous pourrions ainsi produire environ 20 % de notre carburant pour l’automobile. Nous travaillons sur ces techniques avec les pétroliers et l’industrie automobile.


Intervention de M. Valade,
sénateur de la Gironde, président de la commission des Affaires culturelles,
vice-président du groupe d’Études de l’Énergie du Sénat


Un certain nombre d’élus locaux ont expérimenté les biocarburants sur de petits réseaux, notamment d’autobus. Cela fonctionne, mais nous sommes assaillis par l’aspect économique : est-ce en ce sens une voie susceptible d’exploitation ?
Notons que c’est aussi une question de solidarité nationale : a-t-on besoin de cela pour maintenir les agriculteurs sur le territoire rural ?


Intervention de M. Victor Sanchez,
directeur du département des Sciences de l’ingénieur au CNRS


Le problème est effectivement complexe.
Le CNRS a examiné la situation du rendement énergétique. Selon que l’on fait du bio-éthanol ou des diesters, celui-ci n’est pas le même : 50 % pour le bio-éthanol, 70 % pour les diesters.
Pour développer une filière, il faut qu’elle soit acceptable. Ainsi les socio-économistes doivent faire le bilan complet du coût énergétique, depuis la ressource jusqu’au problème des déchets. Ces bilans sont actuellement en cours d’élaboration, les conclusions n’en seront connues qu’au plus tard vers 2007.

Continuons notre panorama en examinant le cas de l’hydrogène.
Si l’on veut vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre, et en particulier le CO2, l’hydrogène est le carburant d’avenir pour le transport, puisqu’il n’entraîne aucun rejet. La question se pose au stade de sa production. Si on le produit à partir de gaz naturel, on ne fait que repousser le problème : cela ne peut donc constituer qu’une étape intermédiaire. À terme il faudra trouver d’autres moyens de production.

Des recherches sont en cours aussi concernant les piles à combustible, dont le coût reste encore exorbitant. Des piles acceptables de ce point de vue devraient voir le jour aux alentours de 2020.
Les États-Unis, plus ambitieux, viennent de dégager 1,3 milliard de dollars pour la filière hydrogène. L’Europe ne doit bien entendu pas rester éloignée de cette démarche.
Il faudra observer de près les possibilités qu’offrent les piles à combustible dans l’habitat : une pile apporte l’énergie pour le chauffage et l’électricité… C’est ce que l’on appelle la décentralisation de la production électrique.

Concernant l’ensemble de ces thèmes, entre 50 et 100 chercheurs sont mobilisés au CNRS. Pour mieux structurer cet ensemble, nous attendons l’issue du débat sur l’énergie.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


À propos des énergies renouvelables, lors de la préparation de nos débats, Monsieur Guignard parlait « d’énergies de cueillette »… Quel est donc le rapport ?


Intervention de M. Érik Guignard,
conseiller prospective du président du Syndicat des énergies renouvelables
(SER)


Les énergies renouvelables ne constitueront sans doute jamais 100 % de nos ressources, mais elles ont vocation à prendre, comme ailleurs, une part de plus en plus importante dans le paysage énergétique français. Pourquoi et combien ?

Quatre raisons nous mènent aux énergies renouvelables : la sécurité d’approvisionnement, l’inquiétude, quels que soient les optimismes affichés par certaines prospectives, liée aux gaz à effet de serre, une logique stratégique d’autonomie énergétique minimale et enfin une logique économique.

Pour le moment ces énergies sont encore coûteuses, notamment en investissement, c’est vrai, mais, parce que leurs coûts sont du domaine de l’industriel au fur et à mesure que la demande augmente et que l’industrialisation progresse, les coûts diminuent. Par contre, les prix relatifs aux énergies fossiles vont, quant à eux, nécessairement augmenter avec une demande énergétique explosive, notamment celle des pays en voie de développement et de l’Asie, et avec les difficultés croissantes de leur extraction des sols.
Nous ne savons pas où, ni quand ces courbes vont se croiser, mais elles vont nécessairement le faire, dans un horizon de moyen terme, … sauf à inonder le marché de charbon !

Les énergies renouvelables constituent donc un choix économique et stratégique, intelligent et nécessaire.

Concernant les proportions d’utilisation des énergies renouvelables, il faut examiner deux horizons différents : 2010 et au-delà. Par ailleurs, elles concernent trois secteurs : l’électricité, le transport et la chaleur. Les possibilités des énergies renouvelables sont très différentes selon ces secteurs.

Pour le domaine électrique, le décor est déjà planté.

Les éoliennes sont victimes de deux faux procès ; primo elles seraient bruyantes et disgracieuses  : grâce à un progrès technique extraordinairement rapide, ce n’est plus vrai. Deusio, c’est une source d’énergie intermittente : mais, tant que l’on ne dépasse pas une certaine proportion de la demande fournie en éolien, au-delà disons de 15 %, les problèmes d’intermittence ne se posent pas notamment lorsque l’on dispose, comme c’est le cas en France, d’un recours quasi instantané à de l’énergie hydraulique de barrage. (1 500 MW sont ainsi aisément mobilisables sous une demi-heure, 500 MW sous 13 minutes.).

Le vrai « procès » que l’on peut faire aux éoliennes est leur intégration paysagère. Cela doit être, et d’ailleurs cela est, une préoccupation majeure des promoteurs.

En 2010, l’éolien, associé avec des programmes de petite hydraulique et de biomasse, devrait atteindre, si la directive européenne est respectée, 6% de la production d’électricité en France, au-delà l’éolien peut évidemment prétendre à plus, 15 à 25 % peut-être ?

La géothermie profonde et le photovoltaïque sont aussi des sujets importants, comme cela a déjà été signalé. Là encore cela n’aura de valeur que si les courbes d’apprentissage continuent de présenter des progressions de baisse des coûts de l’ordre de 5 % par an. Cela suppose des réalisations concrètes en nombre suffisant seule façon de maintenir les pressions à la baisse des coûts, baisses qui rendront, si elles se poursuivent, ces énergies compétitives à un horizon, disons, d’une génération, même dans les conditions actuelles du marché énergétique.

Nous avons déjà beaucoup parlé du transport.
À vrai dire, les énergies renouvelables ne savent pas encore faire grand chose en ce domaine qui est, avant tout, celui des économies d’énergie ….
Un objectif de près de 6 % de biocarburants pour 2010 est tout de même accessible et demandé par les directives européennes en cours  ; il doit être confirmé.

Enfin, concernant la chaleur, je crois que l’on devrait être tout de suite extrêmement ambitieux car les technologies sont là et les coûts compétitifs à brève échéance.

Rien n’empêche aujourd’hui de se fixer un objectif visant à ce que, d’ici 2010 les maisons neuves individuelles, mais aussi les rénovations lourdes de l’habitat ancien ou les équipements du tertiaire, soient systématiquement équipées d’EnR - thermiques, photovoltaïques, géothermiques, bois -, chaque foyer devenant désormais « producteur » d’énergie et ainsi sensibilisé à la nécessité simultanée des économies d’énergie dans le domaine de l’habitat.

Malheureusement les mécaniques économiques ne sont pas encore en place dans ce secteur où nous pouvons et devons nous préparer dès maintenant, par une programmation ambitieuse et par la mise en place de moyens à la hauteur des enjeux : nous avons besoin d’un « fonds chaleur » à la mesure du CSPPE qui a été mis en place pour la prise en compte des charges de service publiques de l’électricité …. !


Intervention de M. Valade,
sénateur de la Gironde, président de la commission des Affaires culturelles,
vice-président du groupe d’Études de l’Énergie du Sénat


Le sénateur Trégouët nous a fait ce matin un peu rêver… mais nous en sommes revenus à des réalités un peu plus difficiles à cerner.

J’apporterai simplement ici quelques considérations, tout d’abord relatives à l’opinion publique. Nous pensons que l’opinion doit être sereinement sensibilisée et mieux éclairée sur la nature et l’importance des enjeux énergétiques et environnementaux, de façon à éliminer, si cela est possible, le caractère passionnel des débats.
Par ailleurs, le recours à toutes les sources d’énergie s’impose. Il faut toutes les considérer, mais sans faire miroiter des choses irréalisables.

Enfin, la recherche doit constituer la clé de voûte de notre politique énergétique et de son évolution. Nous nous inscrivons évidemment en faux par rapport à ce qu’écrivait François Jacob : « La recherche est une mode et comme toutes les modes, elle passera ». Dans une période de difficulté pour le développement économique, c’est justement dans ce domaine qu’il faut porter l’effort.

La recherche est et restera donc un élément-clé de notre avenir, mais à certaines conditions.
Nos efforts sont-ils suffisants et convenablement ciblés ? L’Europe s’est dotée d’une politique de recherche véritablement commune, et nous avons entendu des responsables de grands organismes nationaux nous dire quels étaient leurs soucis de développement. Les projets communs sont donc tout à fait indispensables. Le secteur énergétique n’est globalement pas le plus en retard de ce point de vue, mais il faudrait augmenter l’effort global des pays européens de 50 % en moyenne pour que les dépenses de recherche et de développement atteignent 3 % du PIB d’ici 2010.

Concernant les politiques économiques à mettre en œuvre pour satisfaire les objectifs de Kyoto, Monsieur Guesnerie a formulé deux recommandations fondamentales.
La répartition entre les efforts de recherche et les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne paraît pas satisfaisante, le vrai défi consistant à augmenter l’effort de recherche, comme le font les États-Unis.
Par ailleurs, concernant l’après Kyoto, il est essentiel que les pays en développement soient associés, et que des solutions économiquement séduisantes leur soient proposées. Nous devons intégrer les besoins tels qu’ils s’expriment chez nous et dans les pays en développement, de même que les évolutions inévitables et souhaitables de nos sociétés.
Je reviendrai à cet égard sur ce qui a été dit à propos du charbon. La Chine, avec son 1,4 milliard d’habitants, vit en majeure partie sur ses considérables ressources en charbon, dont elle ne peut se passer. Il nous appartient la sensibiliser et de l’inciter ensuite à progresser vers des solutions « propres ».
Trois conditions sont à satisfaire :
la définition d’objectifs ambitieux après constatation et accord global, comme l’évoquait Madame Fontaine ;
la mise à disposition de moyens financiers suffisants et supplémentaires ;
la mobilisation des personnels nécessaires.

Concernant ce dernier point, nous nous inquiétons de l’exil de nos jeunes scientifiques vers des cieux plus accueillants pour leurs carrières… Cette « fuite des cerveaux » a été évoquée dans un récent rapport de la Commission européenne, qui évalue à 400 000 le nombre de scientifiques européens qui ont choisi de s’expatrier vers l’Amérique du Nord.
Nous pouvons à l’inverse nous réjouir du récent accord concernant la création du Brevet communautaire, qui permettra de réduire l’écart avec les coûts d’obtention d’un brevet aux États-Unis ou au Japon.

Une dernière observation concerne l’information des citoyens.
Le mot « nucléaire », par exemple, porte tellement de connotations !
Compte tenu de la maturité incontestable de l’opinion publique, nous devons faire un considérable effort de sensibilisation de nos concitoyens sur le rapport entre la croissance et la situation énergétique. Si l’on veut aller dans le sens d’un bouquet énergétique comme il a été évoqué ce matin, nous devrons trouver de meilleures solutions de compromis entre la nécessaire utilisation de toutes les sources d’énergie, sans faux semblant, et les dégradations que cela pourrait entraîner dans l’atmosphère qui nous entoure.

CHOIX STRATÉGIQUES POUR LA FRANCE
DANS LE CONTEXTE MONDIAL


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Je crois savoir que le débat sur les énergies en est à peu près à mi-parcours, ce que Monsieur Besson pourra nous confirmer. De quels éléments disposez-vous ? Que vous manque-t-il encore ?


Intervention de M. Jean Besson,
député du Rhône, chargé de mission pour le débat national sur les énergies


En effet, nous en sommes à deux mois d’exercice effectif de ce débat. Quelques idées commencent à émerger, mais nous sommes encore loin des conclusions.

Au cours de ces deux mois je me suis forgé quelques convictions, mais en arrivant ici ce matin, je n’avais qu’une certitude : la problématique des gaz à effet de serre fait l’unanimité. Or, à peine étais-je assis que j’ai entendu Christian Stoffaës dire le contraire ! Je voudrais l’en remercier, car cela nous rappelle que la prospective est aussi un exercice d’humilité, qui nous conduit à remettre sans cesse en question les hypothèses précédemment échafaudées.
Les vérités que l’on reçoit sont diverses, parfois contradictoires et parfois antinomiques. La question est donc de savoir à quel moment chacun peut pécher par omission. Mon rôle est alors de provoquer pour faire dire aux interlocuteurs ce qu’ils n’ont pas forcément envie de dire…
La difficulté du débat national est donc de peser les vérités et de les hiérarchiser en fonction des axes où l’on peut s’engager et du bouquet que l’on veut composer.
Toujours est-il qu’aujourd’hui on entend de moins en moins d’« intégristes » : personne ne parle plus du « tout nucléaire », et personne n’envisage une sortie abrupte du nucléaire, par exemple.

Concernant la réflexion sur un bouquet énergétique, j’aimerais que l’on envisage d’inverser la démarche intellectuelle, en ne partant plus de nos capacités à produire, mais des besoins, de la demande.
Prenons un exemple. Avant le premier choc pétrolier, personne ne se posait de questions concernant la consommation d’énergie. Ce choc venu, chacun a fait les efforts nécessaires relativement à la situation puis, lorsque l’on a compris que l’on pouvait aussi fournir de l’énergie, cette consommation a repris une pleine croissance… Sommes-nous donc incapables de découpler la croissance économique et sociale de la croissance de la consommation énergétique ? Il faut pour cela se poser une autre question : de quoi les Français auront-ils besoin dans les 30 ou 40 prochaines années et de quels moyens pourrons-nous disposer pour satisfaire ces besoins ?



Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


À ce propos, nous pouvons demander à Monsieur Merlin ce qu’est un bilan prévisionnel, et quelle en est l’utilité ?


Intervention de M. André Merlin,
président du Forum européen des Transports et de l’Énergie,
directeur du Réseau de transport d’électricité (RTE),
président de l’association des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)


La loi de février 2000, qui a ouvert le marché de l’électricité en France, a créé RTE pour permettre un accès transparent et non discriminatoire de tous les acteurs au réseau de transport d’électricité, lequel demeure un monopole naturel et un passage obligé entre fournisseurs et consommateurs d’électricité. C’est la raison pour laquelle cette loi prévoit que RTE soit indépendant des autres activités d’EDF. Elle confie également à RTE l’élaboration du « Bilan prévisionnel ». Il s’agit d’estimer à un horizon de 7 à 15 ans, ce que seront la consommation française et les échanges d’électricité avec les autres pays d’Europe, comment ceux-ci pourront être satisfaits par les moyens de production existants, et ainsi évaluer les capacités nouvelles de production nécessaires a minima à cet horizon, mais ceci sans chercher à savoir de quels types d’énergie il s’agira.

Prévoir la demande est un exercice difficile, notamment parce qu’elle est fonction de nombreux facteurs. Elle dépend de la croissance économique, mais aussi des possibilités de découplage entre cette croissance et les besoins réels d’énergie, ou encore des comportements de nos concitoyens en matière de maîtrise de leur demande d’électricité.

Nous avons finalement privilégié trois scénarios dans l’étude que nous venons d’adresser aux pouvoirs publics.
Un scénario « de référence » qui suppose un effort encore plus important que ce qui a été réalisé ces dernières années en matière d’efficacité énergétique et de maîtrise de la demande avec un taux de croissance annuel de la consommation d’électricité se décomposant comme suit : 1,4 % d’ici 2010, un peu moins de 1 % de 2010 à 2015, et 0,6 % de 2015 à 2020. Le scénario conduit à une consommation intérieure estimée à 550 milliards de kilowatts/heure en 2020, soit 100 de plus qu’aujourd’hui.
Un autre scénario étudié s’inscrit dans un contexte économique plus libéral et consisterait à poursuivre la tendance actuelle en matière d’efficacité énergétique. Cela conduit à une consommation de 560 milliards de kilowatts/heure à ce même horizon.
Le troisième scénario, enfin, considère une implication plus forte des pouvoirs publics pour accroître sensiblement l’efficacité énergétique, au-delà de ce qui est prévu dans le scénario de référence : il en résulterait une consommation de 520 à 530 milliards de kilowatts/heure en 2020.





Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


La contribution à la sécurité de l’approvisionnement passe par l’interconnexion des réseaux. Comment cela fonctionne-t-il ? Que peut-on envisager à l’horizon 2020 ?


Intervention de M. André Merlin,
président du Forum européen des Transports et de l’Énergie,
directeur du Réseau de transport d’électricité (RTE),
président de l’association des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)


Avec l’interconnexion des marchés nationaux d’électricité, il n’est plus possible de raisonner dans le seul espace franco-français. Il n’est pas envisageable que chaque pays européen compte chacun sur ses voisins pour pallier les éventuelles insuffisances de l’offre dans son pays. Certes, le développement des interconnexions européennes qui est indispensable au développement d’un marché européen de l’électricité est aussi un facteur favorable à la sécurité d’approvisionnement de chaque pays. Mais ce concept a ses limites. Pour apprécier la sécurité d’approvisionnement en Europe, il faut établir un bilan prévisionnel au niveau européen et pas seulement au niveau de chaque pays, bilan qui doit nécessairement prendre en compte les capacités d’échanges existantes et prévues entre pays.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Où en est l’enfouissement des réseaux ?


Intervention de M. André Merlin,
président du Forum européen des Transports et de l’Énergie,
directeur du Réseau de transport d’électricité (RTE),
président de l’association des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)


Le problème est à la fois technique et économique. Il est techniquement possible d’enfouir les lignes électriques jusqu’à 220 000 volts. Mais plus on monte en tension, plus cela coûte cher. En 225 000 volts, le rapport de coûts atteint 5 à 6 entre le souterrain et l’aérien. En 400 000 volts, ce n’est pas possible au-delà de quelques kilomètres et le rapport des coûts dépasse 10. RTE a une politique très volontariste pour la mise en souterrain des lignes 63 ou 90 000 volts, visant à enfouir 25% des liaisons nouvelles ou reconstruites à ce niveau de tension.






Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Maillard, n’y a-t-il pas une contradiction entre l’ouverture des marchés et la préoccupation de sécurité d’approvisionnement ?


Intervention de M. Dominique Maillard,
directeur général de l’Énergie et des Matières premières (DGEMP)


La libéralisation comporte des risques, comme certains exemples l’ont prouvé, mais elle présente aussi des effets bénéfiques sur les prix et sur la qualité, par l’introduction de la concurrence, et elle permet l’entrée de nouveaux opérateurs.
Mais certaines questions ne sont pas résolues par cette ouverture des marchés. C’est le cas de la sécurité d’approvisionnement, de la protection de l’environnement ou du développement des énergies nouvelles.

Les solutions à cela consisteraient à corriger certains défauts du marché, notamment son « court-termisme » : l’objectif des acteurs est de survivre, mais pas dans 20 ans… simplement dans un an ; d’où un certain panurgisme de la part des opérateurs.
Cependant, je pense qu’il reste une place, pour les pouvoirs publics notamment mais aussi pour d’autres acteurs, pour essayer de disposer d’éléments relatifs à la bonne adéquation prévisionnelle permettant d’atteindre l’équilibre entre offre et demande, ceci éventuellement au travers d’appels d’offres lancés aux opérateurs.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Cette ouverture ne risque-t-elle pas de nous mener vers un marché un peu « sauvage » ?


Intervention de M. Dominique Maillard,
directeur général de l’Énergie et des Matières premières (DGEMP)


Je ne crois pas que les choses soient aussi tranchées.
Notons que la situation est différente selon les filières. Le marché pétrolier s’auto-organise depuis très longtemps, se régulant par les prix. Le marché électrique est tout à fait différent : il faut qu’un ajustement y intervienne à un certain moment.
Un outil de prévision pour assurer la sécurité d’approvisionnement sera donc toujours nécessaire. Les entreprises elles-mêmes ont longtemps joué ce rôle, il faudra maintenant que quelqu’un d’autre en prenne la charge, au niveau national ou européen.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Est-il soutenable de continuer aujourd’hui à pomper les énergies fossiles ? Cela est-il du développement durable ?



Intervention de M. Dominique Maillard,
directeur général de l’Énergie et des Matières premières (DGEMP)


Même si aucun d’entre nous ne sera témoin de l’épuisement des ressources fossiles, nous savons que l’Humanité est en train de consommer en quelques siècles ce que la nature a mis 300 millions d’années à constituer. Cette remarque simple nous démontre l’insoutenabilité de nos modes de consommation collectifs actuels. Je suis donc convaincu qu’il faut dès aujourd’hui préparer la transition.
Je crois donc aux énergies renouvelables, mais aussi à l’incontournabilité du nucléaire : ce sont les seuls moyens de nous affranchir de cet épuisement inéluctable des ressources fossiles. Les économies d’énergie sont en ce sens un moyen de nous ménager plus de temps pour cette transition, puisque, quoi qu’il en soit, nous ne pourrons nous en sevrer instantanément.

Cette notion de temps est essentielle, et doit être accompagnée d’une démarche que l’on peut qualifier d’œcuménique, aucune solution n’étant la solution. Chaque énergie a sa place, place qui peut d’ailleurs évoluer au cours du temps, justement.

Le sujet de l’énergie doit être abordé sans passion, ce qui n’est pas vraiment le cas actuellement. J’appellerai donc de mes vœux une approche plus sereine, dans la mesure où nous sommes collectivement face au même problème, où nous vivons dans le même monde et respirons le même air…


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Garderet, en tant qu’industriel, pouvez-vous nous dire où vous en serez dans 20 ans ?


Intervention de M. Philippe Garderet,
directeur de l’innovation et des technologies émergentes d’Areva,
président de Technicatome


L’industriel doit d’abord avoir une vision « client ». À partir de là se pose la question de la façon d’engager une politique de produit et enfin, au-delà de tout cela, il faut dégager une ambition d’entreprise.

Nos plus importants clients aujourd’hui sont ceux qui font déjà du nucléaire : il s’agit de leur permettre de continuer à le faire pendant longtemps et dans de bonnes conditions. Mais ces clients peuvent vouloir faire autre chose que du nucléaire, et d’autres font déjà autre chose, même si ce choix est contraint par la problématique du global change.
Nous faisons donc des propositions à tous les producteurs d’électricité. Il s’agit de savoir à quel moment ils auront envie de passer à tel ou tel type d’énergie, changement pour lequel le passage à l’acte sera à mon avis sensible dans une génération.
Un certain nombre de clients se posent dès aujourd’hui la question de l’achat de capacités, y compris nucléaires : c’est ce que j’appelle le « syndrome finlandais ». Des projets de substitution du charbon existent ainsi aux États-Unis, et des développements sont bien entendu envisagés dans certains pays asiatiques, comme au Japon.

Par ailleurs, le nucléaire aura de plus en plus sa place dans le développement durable avec une nouvelle génération de réacteurs, à la fois pour des raisons de gestion des ressources naturelles et de production des déchets.
Concernant le nucléaire, les clients veulent aujourd’hui que l’on fasse fonctionner leurs réacteurs, ils veulent construire à peu près les mêmes que ceux dont on dispose à ce jour, le retour d’expérience étant rassurant. Par contre, lorsque nous atteindrons le stade d’un renouvellement ultime, nous devrons être capables de leur fournir d’autres générations de réacteurs. C’est là la base de notre politique-produits.

Cette vision est couplée au développement à l’international. Rappelons qu’Areva existe parce qu’un programme nucléaire français a été développé. Nous ne concevons pas d’avoir de dimension mondiale si nous perdions le marché intérieur.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Quelle est la stratégie d’Areva concernant les éoliennes ? Est-ce une opération de communication ?


Intervention de M. Philippe Garderet,
directeur de l’innovation et des technologies émergentes d’Areva,
président de Technicatome


Les éoliennes utilisent des technologies électromécaniques de haut niveau, ce qui est notre métier, tout simplement.
Nous avons maintenant de bons produits, la question qui se pose est de savoir si l’on peut construire là-dessus une ambition d’entreprise ; un industriel ne fait pas de l’éolien pour « faire bien » : il veut savoir quel sera son marché. Nous voulons bien faire de l’énergie renouvelable quelle qu’elle soit, mais nous devons aussi faire de l’argent !






Intervention de M. François Roussely,
président d’Électricité de France (EDF)


Je voudrais évoquer l’intérêt que nous trouvons aux différentes sources d’énergie et le cadre nouveau dans lequel se situe aujourd’hui le débat sur les choix énergétiques.

L’intérêt des diverses énergies varie selon que l’on se place sous l’angle de la sécurité des approvisionnements, sous l’ange de la compétitivité ou celui des risques de pollution.

La sécurité des approvisionnements n’intéresse pas que les États soucieux de leur indépendance énergétique, elle intéresse aussi les entreprises énergétiques et leurs clients. L’enjeu est de maintenir une fourniture continue et des prix stables.
De ce point de vue, le pétrole n’est pas une source très sûre, contrairement au charbon et au nucléaire.
La biomasse constitue la deuxième énergie renouvelable dans le monde, après l’hydraulique : toutes deux offrent aussi une bonne sécurité d’approvisionnement.
Les autres énergies sont soumises aux aléas du climat ou de l’ensoleillement et peuvent donc difficilement constituer le cœur d’une production électrique.

Sous l’angle de la compétitivité, l’hydraulique et le nucléaire sont les plus intéressants : ils sont d’ailleurs notre principal atout face à la concurrence. Seuls les besoins importants en investissements représentent un frein, mais une fois le retour engagé, c’est-à-dire au bout d’une dizaine d’années, ils se révèlent particulièrement performants sur le plan économique.
Le charbon, peu coûteux, demande des investissements en dépollution qui seront de plus en plus importants.
La biomasse présente des coûts stables ; l’éolien et le solaire ne sont pas compétitifs aujourd’hui ; ils sont fortement subventionnés mais présentent un intérêt économique indéniable, notamment pour des régions où le raccordement aux réseaux s’avère impossible.

Vis-à-vis des risques et de la pollution, toutes ces filières ont aussi des avantages et des inconvénients.
Le nucléaire produit beaucoup d’énergie en occupant peu d’espace et sans émettre de polluants. Il présente cependant des risques, heureusement non avérés en ce qui nous concerne en 40 ans d’existence. Pour les 5 % de déchets à vie longue et à haute activité des solutions existent, il reste à les valider. Leur volume est réduit, mais il occupe beaucoup de place… dans les débats !
L’hydraulique offre un grand réservoir d’énergie, sans pollution, mais il bouscule l’écologie locale.
Les risques de pollution locale ne sont pas négligeables non plus pour la biomasse.
Le gaz émet peu de polluant mais beaucoup de CO2.
L’éolien et le solaire n’engendrent pas d’émissions de CO2, excepté pour leur fabrication, mais demandent beaucoup d’espace.

Nous voyons donc bien qu’aucune solution n’est idéale. L’avenir réside dans un équilibre dans l’espace et dans le temps entre les différents modes de production.
Si l’on opte pour la sécurité d’approvisionnement au moindre coût, la base la plus solide est constituée d’un ensemble nucléaire – charbon – hydraulique, en rappelant que parallèlement la maîtrise de la demande et l’efficacité énergétique doivent être des préoccupations permanentes.

Le cadre dans lequel tout cela doit être examiné est profondément renouvelé depuis une cinquantaine d’années.
Ce cadre est tout d’abord celui d’une solidarité planétaire : plus de 2 milliards d’individus n’accèdent pas aujourd’hui à l’électricité ; un Chinois consomme 10 fois moins d’énergie qu’un Américain et 5 fois moins qu’un Européen…
Le développement des pays qui regroupent la plus grande partie de l’Humanité va demander beaucoup d’énergie ; le Conseil mondial de l’énergie prévoit une augmentation de la consommation de 50 % entre 1990 et 2020, et 90 % de cette augmentation seront dus aux pays émergents. La question est de savoir de quels types d’énergie ils disposeront : il est à craindre qu’ils fassent massivement appel aux énergies fossiles.

Nos choix d’investissements engageront l’Humanité jusqu’à la fin du siècle. Notre premier devoir de solidarité serait donc de ne pas trop investir dans les énergies fossiles, de manière à maintenir ces dernières à un prix accessible pour les pays émergents. Cela renforce la nécessité pour les pays industrialisés de donner la priorité au charbon et surtout au nucléaire.
Mais en 2007, tout le marché électrique sera ouvert à la concurrence, le monopole EDF aura disparu, une partie du capital de l’entreprise sera sans doute ouvert au public. EDF, face à la concurrence, ne pourra donc plus assurer seule les surcoûts liés à des choix énergétiques nationaux.
Comment pourra-t-on faire partager ces surcoûts à l’ensemble des acteurs du marché ? La question n’est pas simple…
Si on laisse libre cours aux lois du marché, rares seront ceux qui s’engageront dans des filières lourdes, non encore compétitives. Les centrales « combinés gaz » vont proliférer sans doute, entraînant le risque d’un choc gazier du même type que les chocs pétroliers que nous avons déjà connus.

Les réflexions sur les choix énergétiques ne peuvent se borner à des considérations éthiques ou techniques, ni à des supputations sur les innovations technologiques. Il existe aussi un besoin d’innovation dans la manière de conduire la politique énergétique dans un contexte de marché où les décideurs sont aussi les investisseurs, face à leurs clients. On ne peut plus faire du « tout-État », ni du « tout-libéral ». Nous devons envisager des entreprises et des États « du troisième type » : tous doivent prendre en compte l’intérêt général, y compris celui des générations futures de l’ensemble de la planète.


Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter


Monsieur Besson voudrait intervenir sur la hiérarchisation des énergies, je crois…


Intervention de M. Jean Besson,
député du Rhône, chargé de mission pour le débat national sur les énergies


Je voulais simplement préciser que ce que j’entends me conforte dans cette idée de la nécessité de hiérarchiser les problèmes, les besoins et donc les énergies susceptibles de les satisfaire.
Il s’agit aussi de hiérarchiser les gisements d’économie d’énergie, les efforts de recherche, les dispositifs d’aide à l’investissement ou du soutien au développement, en particulier pour les énergies renouvelables.
Nous devons enfin hiérarchiser les priorités dans le temps, d’autant que nous travaillons sur une durée largement supérieure à celles auxquelles nous sommes accoutumés.
CONCLUSION DU COLLOQUE


Intervention de M. Henri Revol,
sénateur de la Côte d’Or, président du groupe d’études de l’Énergie du Sénat


La prospective est nécessaire, surtout sur un sujet comme l’énergie, qui nécessite recherche et investissements sur plusieurs décennies et dont les incidences se font sentir sur le climat pour des dizaines ou des centaines de milliers d’années.

Je voudrais par ailleurs souligner le caractère crucial du développement de la filière énergétique pour nos sociétés humaines et inviter à s’interroger sur le nouvel obscurantisme qui menace ce développement.

Au cours des prochaines années, les besoins énergétiques deviendront considérables, comme nous l’avons entendu, et les ressources fossiles vont s’épuiser, quelle que soit l’échéance de cet épuisement. De graves chocs énergétiques sont donc à craindre, dont les conséquences sont difficilement imaginables, même à la lumière de ce que nous avons connu au début des années 1970 à la suite du choc pétrolier !
Depuis cette époque, est intervenue la question du changement climatique, qui nous oblige à réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière drastique.

Un champ d’investigation important est ouvert : il concerne le développement des économies d’énergie, les matériaux de construction, la conception de l’habitat, la régulation des moyens de chauffage et de climatisation, l’amélioration du rendement des moyens de transport, etc. Des politiques dynamiques doivent être mises en œuvre pour la réduction de la demande et l’amélioration de l’efficacité énergétique.

J’en reviens à l’idée d’obscurantisme.
Des efforts de recherche considérables seront nécessaires au cours des années à venir. Ces efforts ne seront réalisables que si les pouvoirs publics ne font pas de concessions à une sorte de nouveau malthusianisme qui tourne le dos aux progrès des connaissances et des techniques. Divers prescripteurs d’opinion influencent sur ce sujet les médias dans un sens qui n’apparaît souvent nullement conforme à l’intérêt collectif.
Nos concitoyens ont peur, peur de la technologie, peur des changements anthropiques, peur de l’avenir. Au nom du beau principe de précaution, on peut se demander aujourd’hui si Pasteur aurait osé vacciner contre la rage, ou si Fleming aurait administré la première dose d’antibiotique !
Nous devons éclairer le public sur ce point : sans des efforts de recherche énormes, nul ne pourra relever le défi énergétique. Les Américains l’ont d’ailleurs compris : ils ont lancé de très importants programmes en la matière.

Toutes les voies sont à explorer.
Nous devrons régler le problème de la gestion des déchets nucléaires le plus rapidement possible, et faire en sorte qu’il en soit produit de moins en moins.
Les recherches sur la fusion doivent s’accélérer, notamment dans le cadre du projet ITER, même si certains zélateurs du principe de précaution préféreraient des moulins… à parole !
Les travaux sur l’hydrogène sont en bonne voie, et pourraient nous aider à résoudre le lancinant problème des transports.
Je n’oublie pas, sur la réalisation de fermes éoliennes rentables, les études sur l’énergie du soleil ou encore sur des moyens tels que la captation des rayons solaires dans l’espace et leur renvoi sur Terre.
Les recherches sur la séquestration du carbone sont à poursuivre, tout comme celles qui concernent les énergies renouvelables telles que le bois, l’hydraulique, etc.

Aucune hypothèse ne doit être écartée.

Il nous faut par ailleurs aider nos concitoyens à sortir d’une attitude schizophrénique consistant à consommer toujours plus d’énergie tout en voulant que l’on en produise toujours moins ! Nous devons pour cela agir sur les mentalités, notamment en attestant notre confiance dans le progrès.

Gouverner, c’est prévoir. Les Rencontres de prospective du Sénat, qui abordent au fil des mois des sujets dans des domaines très variés, nous ont amenés aujourd’hui à réfléchir sur l’énergie. J’en remercie les organisateurs et tous les intervenants.






BIOGRAPHIES DES INTERVENANTS


Jean Besson
Député du Rhône (depuis 1986). Chargé de mission pour le Débat national sur les énergies, ministère délégué à l’Industrie auprès du Ministre de l’Economie des Finances et de l’Industrie. Sa mission consiste à accompagner l’organisation du Débat, d’en être le relais auprès de l’ensemble des élus et de contribuer aux conclusions par la remise d’un rapport.
Maire de Tarare (1983-94).

Alain Bugat
Administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) (depuis janvier 2003).
A débuté sa carrière au CEA à la Direction des applications militaires (1973). Après un passage à la direction générale de l’industrie au ministère de l’Industrie (1982-84), retour au CEA en tant qu’adjoint au directeur des essais à la direction des applications militaires (1984-89). Directeur général adjoint de Cisi ingénierie (1989-92), dont il devient directeur général (1992). Directeur de la direction des technologies avancées (DTA) au CEA (1992-99). Président-directeur général de Technicatome (1999-2003).

François Cattier
Administrateur du service des Analyses économiques de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) (depuis 1999), chargé de la modélisation de l’offre d’énergies fossiles et responsable des projections pour l’Union européenne, les pays de l’OCDE et la Russie.
Avant de rejoindre l’AIE, économiste à l’Institut d’économie et de politique de l’énergie à Grenoble (IEPE).
Auteur de plusieurs articles sur l’évolution à long terme de l’offre et de la demande d’énergie ; co-auteur des « World Energy Outlook » , (2000, 2001, 2002); a contribué à d’autres ouvrages pour l’AIE.

Jean Delsey
Ingénieur ICPI. Conseiller scientifique « Energie-propulsion-environnement » à l’Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS).
Entré à l’INRETS (dès 1971), chargé de missions « Transports terrestres » au ministère de la Recherche (1981-86). Directeur du laboratoire Energie-Nuisances à l’INRETS (1986-99). Dans le cadre du programme Predit 3 (mis en place en 2002), il préside le groupe n°8 « Véhicules propres et économes ».
Auteur de nombreuses publications et communications dans le domaine de l’énergie dans les transports et en particulier dans le secteur routier.

Dominique Dron
Présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre (MIES) (depuis 2002).
Responsable éditoriale de la revue « Responsabilité et Environnement ». Présidente du Comité scientifique et technique du Pôle Environnement du CNAM.
Directeur du programme prioritaire « Déchets » puis directeur du développement de l'Ademe (1992-94). Directrice de la Cellule prospective et stratégie au ministère de l’Environnement (1994-2000). Rapporteur de la Commission française du développement durable (1996-99). Vice-présidente de la task force « Transports durables » de l'OCDE (1996-99). Membre du Forum des prospectivistes environnementaux du G8 (1996-99). Membre du Groupe de pilotage haut niveau de la stratégie environnementale de l’OCDE (1999-2000).

Eric Dyevre
Président du directoire de LA SNET (depuis janvier 2003).
Chef du service missiles, artillerie sur porte avions, croiseur lance-missile et aviso escorteur (1976-88). Chef du bureau de l’équipement à la direction de la Sécurité civile au ministère de l’Intérieur (1988-91), puis directeur de cabinet du directeur de la Sécurité civile (1991-93). Chef du service économique et financier à la direction des Hydrocarbures au ministère de l’Industrie (1993-95), puis chef du service Charbon à la direction du gaz, de l’électricité et du charbon (1995-98). Directeur financier et de la stratégie de Charbonnages de France (1998-2001), puis directeur général adjoint en charge des finances et de la restructuration et responsable des dossiers environnementaux (2001-03).

Gérard Friès
Directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP) (depuis 2001).
Au sein de Elf : directeur de secteur à Elf Gabon (1989-92), responsable opérationnel pour Elf Neftegaz en Russie et au Kazakstan (1992-94), directeur de l’exploration d’Elf Aquitaine Exploration Production France (1994-97), directeur de Elf Gabon (1997-99), directeur du Centre de recherche en géoscience de TotalFinaElf Exploration UK PLC (1999-2001).

Philippe Garderet
Directeur de l’innovation et des technologies émergentes du Groupe Areva. Président-directeur général de Technicatome (depuis mars 2003).
Après son entrée au CEA (1972), il devient responsable de divers projets de recherche au sein du LETI à Grenoble, notamment sur le traitement du signal, les systèmes d’imageries numériques et des architectures électroniques de processeurs dédiés à ces applications et mettant en jeu les technologies de la micro-électronique. Chef du département d’électronique et d’instrumentation nucléaire du CEA-Saclay (1987). Puis au sein de la direction générale du CEA (à partir de 1991), il occupe les responsabilités de directeur adjoint, puis de directeur de la stratégie et de l’évaluation, et de directeur des ressources humaines et des relations sociales du CEA et de CEA-Industries.

Roger Guesnerie
Professeur au collège de France (depuis 2000). Membre du Conseil d’analyse économique. Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) (depuis 1978). Président de l’Association française de sciences économiques.
Directeur de recherche au CNRS. Directeur du département d’économie théorique et appliquée à l’Ecole normale supérieure.
Auteur de plusieurs ouvrages théoriques comme « Modèles de l’économie publique », éd. CNRS (1980), de rapports administratifs, et récemment d’un rapport au Conseil d’analyse économique « L’Economie de l’effet de serre », présenté au Premier ministre en juillet 2002.

Erik Guignard
Conseiller prospective du président du Syndicat des énergies renouvelables (SER) (depuis 1998).
Adjoint puis sous-directeur des affaires économiques et financières à la Délégation générale pour l’armement (1984-90). Directeur de l’information, des marchés et de la concurrence à Thomson-CSF (1990-92). Conseiller pour le management, la technologie et l’innovation du président de l’association nationale pour la recherche technique (ANRT) (1992-98).

Dominique Maillard
Directeur général de l’Energie et des Matières premières (DGEMP) au ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie (depuis 1998). A ce titre, administrateur de l'ADEME, de l'ERAP, de La Poste et d'AREVA, commissaire du gouvernement auprès de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), membre du Comité de l'énergie atomique et président du Comité de direction de l'Agence Internationale de l'énergie.
Au sein de la DGEMP : secrétaire général de l’Observatoire de l’énergie (1982-84), adjoint au directeur du Gaz, de l’Electricité et du Charbon (1985-90), adjoint au directeur (1990), directeur du Gaz, de l’Electricité et du Charbon (1991-95). Directeur de l’Economie, de la Stratégie et des Investissements puis directeur de la Stratégie à la SNCF (1995-98).

Alain Maugard
Président du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) (depuis 1993).
A occupé différentes fonctions au ministère de l’Equipement : directeur de la politique technique au sein de la direction de la Construction au ministère de l’Equipement. Directeur de la Construction puis directeur général de l’Etablissement public d’aménagement de la défense (EPAD). Membre du Conseil scientifique de l’ADEME (1996-2001) et membre du Conseil scientifique de Gaz de France (1993-99).
Au niveau européen, après avoir présidé le réseau ENBRI qui regroupe les principaux organismes de recherche européens du bâtiment, il a été élu à la tête de l’UEAtc (Union pour l’Agrément Technique dans la construction) (2002).

André Merlin
Président du Forum européen des Transports de l’Energie (depuis 2002). Directeur général de Réseau de transport d’électricité (RTE) (depuis 2000). Président de l’association européenne des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (ETSO) (depuis 2001). Président du Comité technique du Conseil international des grands réseaux électriques (depuis 1996). Membre fondateur de l’Union pour la coordination du transport d’électricité en Europe (UCTE).
A occupé différentes fonctions au sein d’EDF (1968-97) ; dont notamment celles de directeur de la Production hydraulique et thermique classique, du Transport d'énergie et des télécommunications, de l'Exploitation du système électrique et directeur du Marché de la grande industrie (1994-97).

Michèle Pappalardo
Présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) (depuis janvier 2003). Chargée de l’élaboration de la stratégie française du Développement durable auprès de Roselyne Bachelot, ministre de l’Ecologie et du Développement durable, et de Tokia Saïfi, secrétaire d’Etat au Développement durable (depuis 2002).
Directrice financière puis directrice des affaires générales et financières de Télédiffusion de France (1986-88). Directrice du cabinet de Michel Barnier, ministre de l’Environnement (1993-95). Directrice générale de l’administration et du développement au ministère de l’Environnement (1995-96). Directrice générale de France 2 (1996-99).

Henri Revol
Sénateur de la Côte d’Or (depuis 1989). Président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Président du groupe d’études de l’Energie. Maire de Messigny-et-Vantoux (depuis 1971). Conseiller général de la Côte d’Or (depuis 1973). Vice-président du Conseil général de la Côte d’Or (depuis 1983). Co-auteur avec Jacques Valade d’un rapport d’information (session 2000-2001) au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan sur la sécurité d’approvisionnement en Energie de l’Union européenne (réponses aux questions du Livre Vert de la Commission européenne).

Alexandre Rojey
Président de Cedigaz, association internationale, regroupant plus de 190 compagnies, qui édite des études sur le gaz naturel. Directeur Gaz naturel à l’Institut français du pétrole (IFP).
Très impliqué dans le développement de nouveaux procédés de traitement, liquéfaction et conversion chimique du gaznaturel.
Auteur de nombreuses publications, de plus de 100 brevets et d’un ouvrage sur le gaz naturel.

François Roussely
Président d’EDF (depuis 1998).
Directeur général de la Police nationale (1989-91). Secrétaire général pour l’administration au ministère de la Défense (1991-97). Membre du comité de l’énergie nucléaire du Commissariat à l’énergie atomique (1991-97). Membre du conseil d’administration de la Société nationale immobilière (1991-97). Conseiller maître à la Cour des comptes (1994). Secrétaire général et membre du comité exécutif de la SNCF (1997). Directeur du cabinet civil et militaire d’Alain Richard, ministre de la Défense (1997-98).

Victor Sanchez
Directeur du département des Sciences de l’ingénieur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) (depuis janvier 2001). Membre-expert du comité consultatif crée dans le cadre du Débat national sur les Energies.
Directeur de recherche au CNRS (depuis 1981). Consultant auprès de Matra (1984-87), puis expert auprès de Matra Espace et de Roussel-Uclaf pour une expérience embarquée avec McDonnell Douglas. Directeur du groupement de recherche mixte CNRS/Lyonnais des eaux « Filtration et fibres creuses » (1988-92).Directeur du groupement de recherche mixte CNRS/CNES sur la bioséparation en microgravité (1989-95). Directeur du laboratoire Génie chimique, UMR 5503.
Titulaire de six brevets CNRS, Rhône-Poulenc, Fromageries Bel.

Helmut Schmitt Von Sydow
Directeur pour les énergies conventionnelles à la direction générale de l’Energie et des Transports de la Commission européenne (depuis 2003).
Fonctionnaire à la Commission européenne (depuis 1971), ayant travaillé surtout dans les domaines du marché intérieur et de la politique industrielle, mais également à la direction générale des Relations extérieures au groupe du Porte-parole et au cabinet du vice-président de la Commission. Directeur pour l’industrie des biens d’investissement (1996-2000). Conseiller principal pour les ressources humaines et financières à la direction générale des Entreprises.
Auteur de plusieurs livres et articles relatifs au droit européen, concernant notamment les questions institutionnelles et la politique du marché intérieur.

Michel Spiro
Directeur de l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3) au CNRS (depuis 2003).
Maître de conférence à l’Ecole polytechnique en mécanique quantique puis en équilibre et évolution stellaire, et énergie et environnement (1983-99). Président de la division physique des particules (1984-88) de la Société française de physique. Enseignant dans le DEA de physique théorique de Paris (1990-92). Chef du service de physique des particules au CEA (1991-99), et responsable du segment Unification des interactions fondamentales (1993-2000). Chargé de mission par la DSM et l’IN2P3 pour l’astroparticule et les neutrinos (1999). Secrétaire (2000) puis président (2001) de la division physique des hautes énergies de l’EPS.

Christian Stoffaës
Président de l’Initiative pour des services d’utilité publique en Europe (ISUPE). Directeur de la prospective et des relations internationales d’Electricité de France (EDF) (depuis 1991). Directeur exécutif du Fonds E7 pour le développement énergétique durable. Président de la Commission d’étude sur les autorités communautaires de régulation des industries de réseaux dans la perspective de la Directive – Cadre et du Livre Vert sur les services d’intérêt économique général. Professeur associé à l’université Paris IX Dauphine et à l’IEP de Paris.
Directeur adjoint des industries électroniques et de l’informatique (1982-86). Chargé de mission auprès du ministre (1986-88).
Auteur d’ouvrages et d’articles économiques sur l’économie industrielle et sur la régulation.

René Trégouët
Sénateur du Rhône (depuis 1986). Président du Groupe de prospective du Sénat (depuis 2000). Vice-président de l’OPECST et membre de la Commission des Finances du Sénat. Rapporteur du budget de la recherche pour le Sénat. Conseiller général du Rhône (depuis 1973), puis premier vice-président du Conseil général. Président d’entreprises industrielles.

Jacques Valade
Sénateur de la Gironde (1980-87 ; depuis 1989). Président de la commission des Affaires culturelles. Vice-président du groupe d’études de l’Energie. Membre de l’OPECST. Conseiller municipal de Bordeaux. Conseiller régional d’Aquitaine.
Co-auteur avec Henri Revol d’un rapport d’information (session 2000-2001) au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan sur la sécurité d’approvisionnement en Energie de l’Union européenne (réponses aux questions du Livre Vert de la Commission européenne).
Ancien vice-président du Sénat. Ancien ministre. Ancien député.

Jean-Luc Vermeulen
Directeur général amont, TotalFinaElf (depuis 2002).
Au sein du groupe Elf Aquitaine : chef du service mathématiques appliquées du département recherche de la branche exploration-production (1970-75), chef de département à la direction du gaz naturel (1975-80), directeur géographique adjoint Amérique Australie (1980-82), directeur général d'Elf Aquitaine Oman (1982-84), directeur des filiales d'exploration (1984-86), directeur général d'Elf Serepca au Cameroun (1986-90), directeur des acquisitions à la direction générale des hydrocarbures (1990-91), directeur géographique Afrique (1991-96), directeur délégué exploration-production (1996-97), président-directeur général d'Elf Exploration Production (1997-2000), directeur général exploration-production (2000-01).

Alain Werquin
Président de la commission pétrole et gaz de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (UNIDEN). Membre du bureau de l’International Federation of Industriel Energie Consummer (IFIEC Europe).
A fait sa carrière dans l’industrie comme directeur de différentes usines après avoir travaillé à Charbonnage de France comme ingénieur dans les mines de charbon. Dernière fonction exercée : directeur de l’énergie du groupe Rhône Poulenc. Ancien président de la commission électricité de l’UNIDEN.

C. Pierre Zaleski
Délégué général du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP) à l’université Paris IX – Dauphine, qu’il a crée avec André Giraud (1981).
Directeur de la Bibliothèque polonaise de Paris (depuis 1999).
Chef de l’équipe chargée d’étudier les réacteurs à neutrons rapides au CEA. Coordinateur de la filière des centrales à neutrons rapides à EDF. A enseigné à UCLA et au MIT (Etats-Unis). Consultant de l’industrie et de l’autorité de sûreté nucléaire (Etats-Unis). Directeur de l’A.N.R.T.. Président-fondateur de l’Europtica Services I.C..

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