ACTES DU COLLOQUE
Ecole Centrale des Arts et Manufactures (ECP) (en cours d'examen) ..... cas, du
potentiel actuel, que la spécialité proposée pourrait former jusqu'à 5 % des ......
de plusieurs disciplines : physique, chimie, biologie et sciences de la Terre. ......
sur les exemples et les applications, les puits quantiques, l'effet Zeeman et l'effet
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membre 18du Conseil danalyse économique
Gérard Friès, directeur général adjoint de lInstitut français du pétrole (IFP) 20
ÉCHANGES AVEC LA SALLE 25
Consommation et évolution des comportements
François Cattier, administrateur du service des Analyses économiques 26de lAgence internationale de lénergie (AIE)
Helmut Schmitt Von Sydow, directeur à la DG Énergie et Transports 28de la Commission européenne
Michèle Pappalardo, présidente de lAgence de lenvironnement et 30de la maîtrise de lénergie (ADEME)
Jean Delsey, directeur de recherche à lInstitut national de recherche 33sur les transports et leur sécurité (INRETS)
Alain Maugard, président du Centre scientifique et technique du bâtiment 35(CSTB)
Alain Werquin, président de la commission gaz de lUnion des industries 37utilisatrices dénergie (UNIDEN)
ÉCHANGES AVEC LA SALLE 42
Allocution de clôture de la matinée
Nicole Fontaine, ministre déléguée à lIndustrie 42
Production, recherche, innovation : les voies du changement
Bernard Bigot, directeur de cabinet du ministre de la Recherche 46
Jean-Luc Vermeulen, directeur général Amont, TotalFinaElf 48
Éric Dyevre, président du directoire de la Société nationale dénergie 50thermique (SNET)
Alain Bugat, administrateur général du Commissariat à lénergie 51atomique (CEA)
Michal Spiro, directeur de lInstitut national de physique nucléaire et 54de physique des particules (IN2P3) au CNRS
Alexandre Rojey, président du Centre international dinformation 55sur le gaz (CEDIGAZ), directeur gaz naturel à lIFP
Victor Sanchez, directeur du département des Sciences de lingénieur 56au CNRS
Érik Guignard, conseiller prospective du président du Syndicat 58des énergies renouvelables (SER)
Jacques Valade, sénateur de la Gironde, président de la commission 59des Affaires culturelles, vice-président du groupe détudes de lÉnergie du Sénat
Choix stratégiques pour la France dans le contexte mondial
Jean Besson, député du Rhône, chargé de mission pour le Débat national 62sur les énergies
André Merlin, président du Forum européen des transports de lénergie, 63directeur du Réseau de transport délectricité (RTE), président de lassociation des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)
Dominique Maillard, directeur général de lÉnergie et des 65Matières premières (DGEMP)
Philippe Garderet, directeur de linnovation et des technologies 66émergentes dAreva, président de Technicatome
François Roussely, président dÉlectricité de France (EDF) 68
Conclusion du colloque
Henri Revol, sénateur de la Côte dOr, président du groupe détudes 71de lÉnergie du Sénat
Biographies des intervenants 73
MESSAGE DACCUEIL
Intervention de M. Christian Poncelet,
Président du Sénat
Mesdames et Messieurs,
Ne pouvant être présent parmi vous, jai cependant tenu à vous adresser un message, afin de souligner limportance que jattache à laction du Groupe de Prospective du Sénat.
Son action se situe en effet au cur de ma définition dun « Sénat ambitieux », cest-à-dire un Sénat exerçant pleinement son rôle de laboratoire didées, daiguillon pour laction, de chambre de réflexion en vue de laction publique. Je me félicite du travail commun accompli à cette occasion par le Groupe de prospective et le Groupe détudes de lÉnergie du Sénat.
Aujourdhui, plus que jamais, et a fortiori dans le contexte international troublé qui est le nôtre, force est de constater que votre réflexion prospective sur les choix stratégiques en matière dénergie tombe à point nommé.
Y a-t-il un domaine où la prospective soit plus indispensable ? À lévidence, il y en a peu, en raison de lampleur considérable des investissements quimpliquent les choix à long terme dans le domaine de lénergie.
Il sera certes difficile de trouver lénergie idéale, une source dénergie qui serait à la fois inépuisable, bon marché et non polluante.
À défaut de cette énergie idéale, nous avons, en tant que responsables publics, le devoir premier de rechercher, autant que faire se peut, une structure de production et de consommation dénergie se rapprochant de cette énergie idéale.
À cet égard, vous me permettrez, et ce dans le prolongement de la réflexion que vous aviez engagée lors de votre rencontre internationale consacrée à la « mobilisation contre le réchauffement climatique », dinsister tout particulièrement sur ce que jappellerais « lexigence écologique » que nous devons nous assigner.
Le critère premier de nos choix énergétiques doit en effet être, à mon sens, la recherche dénergies non polluantes, ou tout du moins les moins polluantes possible. Cet objectif doit guider tant nos choix nationaux que notre action internationale.
En effet, le réchauffement climatique est un phénomène auquel nous avons le devoir impératif, lardente obligation, de réagir sans nuances et sans attendre.
Nous sommes face à un phénomène dont les conséquences seront irréversibles si nous ne prenons pas, et avec nous lensemble du monde, pleinement nos responsabilités.
À cet égard, il va donc de soi que nous ne pouvons aborder le débat sur nos choix énergétiques en étant, si vous me permettez lexpression, « pollués » par des idées préconçues, ou pire par des positions idéologiques.
Cest ce regard indépendant que nous devons porter en particulier sur le nucléaire et sa place dans notre structure énergétique.
Nous sommes, à lévidence, à une période charnière, dans laquelle notre pays doit confirmer, ou non, ses choix afin de prendre dès maintenant toutes les dispositions, tant en ce qui concerne lorganisation quen ce qui concerne le financement de la modernisation et a fortiori du renouvellement de notre parc de centrales nucléaires.
Rien ne serait pire que de pratiquer en ce domaine une quelconque « politique de lautruche » en remettant toujours à demain la confirmation dun choix. Choix à mon sens dautant plus souhaitable que nous pouvons espérer de ce nucléaire du futur un degré de sécurité supérieur à celui dont font, incontestablement, preuve nos installations actuelles.
Au-delà de ce choix stratégique premier, je considère tout aussi indispensable damplifier à la fois notre recherche et notre action pour la prospection et surtout la diffusion auprès de nos concitoyens des énergies renouvelables.
À moyen terme, en effet, il me semble indispensable que les responsables publics dans nos sociétés modernes de consommation envisagent très sérieusement lhypothèse dun monde sans pétrole.
Bien entendu, cette perspective est une perspective à long terme et ne constitue quune simple hypothèse de travail tendancielle. Il me semble néanmoins nécessaire de lenvisager, tant au regard du caractère compté des réserves de pétrole quau regard de lactualité. Actualité qui démontre, plus que jamais, la fragilité potentielle de notre approvisionnement en pétrole.
Cest pourquoi jespère que votre rencontre daujourdhui sera aussi loccasion de mieux mettre en évidence laction des pouvoirs publics dans le domaine des énergies renouvelables, en termes de recherche certes, mais aussi et surtout en termes de mise en uvre concrète et « déducation » des consommateurs.
Je souhaite donc que vos travaux, aux conclusions desquels je serai particulièrement attentif, soient bons et fructueux.
PRÉSENTATION DU COLLOQUE
Intervention de M. René Trégouët,
sénateur du Rhône, président du groupe de prospective du Sénat
Comme il est dusage, je vais en tant que Candide dresser létat des lieux de la question de lénergie sur notre planète à ce jour.
Nous consommons aujourdhui un peu plus de 9 milliards de tonnes équivalent-pétrole chaque année sur la planète. Cela représente une augmentation de 60 % en quelque 30 ans. Chaque habitant de la Terre consomme 1,5 tonne équivalent-pétrole par an. Selon les prévisions les plus prudentes, cette consommation devrait encore augmenter de 60 % dici 2020, doubler dici 2040 et quadrupler dici la fin de ce siècle.
Géographiquement, 23 % de cette énergie est consommée aux États-Unis, 5 % au Japon et 15 % en Europe. À lautre extrémité nous trouvons lInde, lAfrique et la Chine, qui consomment ensemble environ 20 % de lénergie, alors quelles représentent plus de 50 % de la population mondiale.
Actuellement le pétrole représente encore 38,4 % de la consommation mondiale dénergie contre 58 % en 1973. Le charbon représente 24,7 %, le gaz 23,7 %, le nucléaire 5,5 %, lénergie hydraulique 6 % et enfin les énergies renouvelables seulement 1,7 %.
Jusquen 2020 ce paysage énergétique mondial ne devrait pas connaître de bouleversements majeurs. Le charbon représenterait toujours quelque 20 % de la consommation, la part du gaz naturel devrait passer de 23 % à 28 % et le pétrole devrait toujours représenter les 38 % de la consommation mondiale dénergie. Le nucléaire devrait rester stable, mais la part des énergies renouvelables, comprenant lhydraulique, devrait atteindre les 10 %.
Mais après 2020, lévolution vers une diversification et une décentralisation et vers une « décarbonisation » accrue de la production dénergie devrait saccélérer sous la pression conjointe des nouvelles contraintes économiques, écologiques et géopolitiques. Dans cette perspective, et sans tenir compte dune éventuelle rupture technologique majeure dans les domaines de la fusion ou du solaire spatial par exemple, lensemble des énergies renouvelables conventionnelles pourrait assurer la moitié de la consommation mondiale dénergie aux alentours de 2050. Ceci est une importante question que nous allons poser aujourdhui. Lutilisation massive des énergies fossiles nest en effet pas tenable sur le long terme, dune part parce que ses coûts dexploitation vont considérablement augmenter à partir de 2030-2040, ceci à cause de lépuisement des réserves « faciles », et dautre part parce que ces énergies fossiles, charbon et pétrole, sont largement responsables des émissions du CO2 qui entraînent le réchauffement de la planète. Ces émissions devraient augmenter de 62 % dici 2020
Face au réchauffement climatique accéléré, cette variation de nos émissions de gaz à effet de serre est devenue un enjeu technologique, économique et politique majeur qui va conditionner de plus en plus fortement nos choix énergétiques. Il est vrai que ces émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 10 % depuis 1990, avec une hausse de 35 % dans les pays en voie de développement. Au mieux, le protocole de Kyoto, qui prévoit que les pays industriels réduisent en moyenne de 5,2 % leurs émissions de gaz à effet de serre en 2008-2012 par rapport à 1990, parviendra à apporter une réduction de seulement 2 % de ces émissions.
Lors de la réunion plénière du groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat, qui sest tenue à Paris en février 2003, le Premier ministre et Madame le ministre de lÉcologie ont confirmé lobjectif ambitieux dune division par 2 des émissions mondiales de gaz à effet de serre avant 2050. Ceci signifie une division par 4 dans les pays industrialisés.
Pour mesurer lampleur du défi économique, social et politique qui nous attend, il faut bien comprendre que si la France et ses principaux voisins européens veulent atteindre dans un demi-siècle leur objectif ambitieux mais nécessaire dune réduction de 75 % des émissions de gaz à effet de serre, la substitution à plus de 50 % des énergies fossiles par dautres énergies ne suffira pas. Il faudra également faire un effort considérable en termes déconomies dénergie, ce qui suppose de profonds changements dans nos habitudes et nos modes de vie ainsi quune réorganisation globale de notre économie. Il faudra également accomplir au niveau national et européen un effort de recherche et dinnovation considérable afin de doubler dici 2050 le rendement énergétique de notre industrie, de nos transports et de nos systèmes de chauffage domestique et de nos appareils ménagers et numériques, de manière à pouvoir intégrer la nécessaire croissance économique dans le cadre plus large du développement durable qui devrait se faire à consommation dénergie constante.
Rappelons ici que la directive sur les sources dénergies renouvelables a été adoptée le 7 septembre 2001 par le Conseil de ministres de lUnion européenne. Celle-ci fixe à la France pour objectif à lhorizon 2010 de porter de 6 % à 12 % la contribution des énergies renouvelables dans la consommation dénergie et à 20 % la part de ces énergies renouvelables dans la consommation délectricité.
Si la France veut respecter cette directive, elle devra fournir un effort considérable non seulement dans le domaine de léolien, mais aussi dans le solaire, la biomasse ou la géothermie, sans oublier le volet essentiel de la maîtrise de la demande.
Le grand débat national sur les énergies, actuellement en cours sous légide de Madame Fontaine, ministre de lIndustrie, souhaite accorder une large place aux énergies renouvelables, qui contribuent non seulement à la protection de lenvironnement, mais aussi à linnovation, à la création demplois et à la croissance économique.
Cette diversification et cette décentralisation des sources et des vecteurs dénergies sont dautant plus inévitables que notre « civilisation du pétrole » séteindra inexorablement avant la fin de ce siècle. En effet, si lon recoupe les dernières données les plus sérieuses communiquées par lInstitut français du pétrole et par lOCDE, nous constatons que la totalité des réserves de pétrole, y compris le pétrole « difficile », sera consommée à lhorizon 2075. Les stocks terrestres dénergies fossiles, charbon, pétrole et gaz, finiront forcément par sépuiser, quels que soient les délais supplémentaires que les progrès technologiques pourraient nous accorder par rapport aux prévisions actuelles.
Les réserves duranium présentent également des limites naturelles. On peut évidemment envisager que la fusion thermonucléaire sera contrôlée dans quelques décennies, mais dimmenses difficultés techniques restent à surmonter : il faudra au moins 40 ans avant de disposer de réacteurs à fusion de type industriel. Tout en intensifiant les recherches dans ce domaine, nous devons préparer notre avenir énergétique en faisant appel aux ressources inépuisables dont nous disposons dès aujourdhui et que nous appelons les « énergies renouvelables ».
Il peut être intéressant de rappeler ce que sont ces énergies renouvelables.
Lénergie solaire, thermique ou photovoltaïque. À lheure actuelle, une production centralisée dénergie photovoltaïque présenterait un coût beaucoup plus élevé quune production électronucléaire ou à partir de carburants fossiles, mais ce prix pourrait baisser jusque 1,5 ¬ le watt en 2010, et devenir compétitif d ici 2020.
L énergie éolienne. La capacité installée en énergie éolienne a augmenté de 28 % dans le monde en 2002. La capacité totale mondiale est aujourd hui de plus de 31 000 mégawatts, ce qui équivaut à lalimentation de 7,5 millions de foyers américains ou de 16 millions de foyers européens. Les 15 pays de lUnion européenne génèrent aujourdhui les trois quarts de lélectricité éolienne mondiale, le « champion du monde » étant lAllemagne, avec 12 000 mégawatts. La France figure aux alentours du quinzième rang mondial, avec 145 mégawatts. Lénergie éolienne assure aujourdhui seulement 0,4 % de la demande mondiale en électricité. On estime quelle pourrait en fournir 12 % en 2020.
La fusion nucléaire contrôlée. Les scientifiques fondent à long terme beaucoup despoir sur cette source dénergie. La fusion dun kilogramme de deutérium et de tritium, la plus facile à réaliser en laboratoire, produit plusieurs milliers de fois plus dénergie que la combustion dun kilogramme de charbon. ITER sera la première machine intégrant la majorité des technologies essentielles à la préparation du réacteur de fusion, mais les difficultés techniques qui restent encore à surmonter sont si importantes quil est peu probable que lexploitation commerciale à grande échelle de la fusion contrôlée puisse intervenir avant 2040.
Les centrales solaires spatiales. Cette technologie pourrait révolutionner le paysage énergétique mondial après 2040. Ces centrales seraient constituées de gigantesques panneaux solaires couplés à des antennes émettant de larges faisceaux de micro-ondes vers dimmenses récepteurs situés au sol. Chacune de ces centrales électriques de lespace pourrait produire de 1 à 10 gigawatts.
La fusion contrôlée comme les centrales solaires spatiales relèvent encore pour beaucoup desprits de la science-fiction, mais aucun obstacle technique insurmontable ne soppose pourtant à leur réalisation. Sil existe une volonté politique internationale forte et durable en leur faveur, ces deux technologies de rupture pourraient, en synergie avec la généralisation de lhydrogène comme vecteur de transport de lénergie, révolutionner nos perspectives énergétiques pendant la seconde moitié de ce siècle.
Le problème de lénergie éolienne et de lénergie solaire est quelles nous arrivent de façon intermittente, avec des variations diurnes et saisonnières. Pour une utilisation continue se pose immédiatement le problème du stockage de lénergie reçue. Cest là quintervient la combinaison « énergie renouvelable hydrogène », binôme très prometteur pour lavenir.
Il y a deux siècles que les scientifiques ont compris le potentiel énergétique de lhydrogène sous forme gazeuse. Jules Verne, en visionnaire de génie, avait pressenti dès 1874, dans LIle mystérieuse, les formidables potentialités de lhydrogène en matière dénergie
Mais il faut bien comprendre que lhydrogène, contrairement au pétrole et au gaz naturel, nest pas directement utilisable en tant que source dénergie : il est un vecteur dénergie. Ceci modifie profondément le cadre économique de son utilisation énergétique. Pour atteindre en 2020 lobjectif des 20 % de la consommation énergétique totale fournie par lhydrogène, il faudrait réussir à multiplier par 25 la production actuelle dhydrogène.
Ces données éclairent la mesure du défi techno-industriel à relever. Mais atteindre cet objectif est également un défi économique et politique qui suppose que soient remplies trois conditions :
une augmentation suffisante de la demande pour amortir les investissements considérables à réaliser,
une stabilisation des prix,
une aide fiscale importante et durable des États.
La pile à combustible constitue un maillon essentiel de léconomie « hydrogène », mais ce maillon, en dépit des progrès réalisés depuis 10 ans, est encore loin dêtre stabilisé sur le plan technologique, et souffre encore dun coût trop élevé. Une telle pile coûte à ce jour 20 fois plus cher quun moteur de voiture et 10 fois plus cher quune chaudière électrique classique. La pile à combustible universelle et idéale reste encore à inventer
6 types de ces piles coexistent aujourdhui, chacun représentant un laborieux compromis entre de nombreux facteurs. Mais en dépit des difficultés rencontrées, Gaz de France mise sur la pile à combustible domestique et se fixe l objectif d en proposer une version à 6 000 ¬ dès 2007, amortissable en 7 ans grâce aux économies d énergie réalisées.
Le bilan environnemental est particulièrement favorable à lémergence des piles à combustible, tant en termes démission de bruits quen termes démissions de polluants et de CO2. En attendant de les voir dans nos voitures et dans nos systèmes domestiques, le grand public va pouvoir rapidement se familiariser avec ces piles, ceci avec les micro-piles qui vont permettre dès la fin de cette année dalimenter nos appareils électroniques avec une autonomie jusque 10 fois plus importante quaujourdhui. Toshiba vient de présenter il y a quelques jours le premier modèle de pile à combustible rechargeable pour nos ordinateurs portables. Il suffira à partir de cette année dajouter un peu de méthanol dans les micro-ordinateurs pour ne plus jamais avoir à les relier à une prise électrique.
À terme, cest sans doute dans le domaine des transports, qui connaît un développement mondial considérable 750 millions de véhicules aujourdhui, 5 milliards prévus en 2025
, que la révolution en matière dénergie sera la plus profonde, notamment grâce aux progrès attendus de la pile à combustible. Il faut souligner par exemple que, si aujourdhui le parc automobile américain était entièrement équipé de ces piles, il représenterait une puissance électrique potentielle 4 fois supérieure à la production électrique totale des États-Unis. Sachant quune voiture est à larrêt 95 % du temps, il serait parfaitement envisageable dutiliser une partie de la capacité de production de ces piles embarquées dans nos voitures pour compléter notre alimentation électrique domestique ou pour alimenter le réseau local en tant que micro-producteur.
Historiquement, le basculement dune source dénergie dominante à une autre, du bois vers le charbon, puis vers le pétrole, le gaz et enfin lhydrogène, se fait dun combustible plus riche en carbone vers un combustible plus riche en hydrogène. Le produit de combustion est de plus en plus leau, écologiquement neutre, au détriment du gaz carbonique, responsable de leffet de serre. Depuis le début de la Révolution industrielle la tendance est à la hausse du rapport hydrogène / carbone, donc à la « décarbonisation ».
La révolution énergétique que nous sommes en tain de vivre ne se limite pas à la diversification et à la décentralisation de la production dénergie. Elle touche aussi à la transformation, au stockage et à la distribution de cette énergie. Cette mutation historique ne peut pourtant se résumer à ces dimensions technologiques, économiques et écologiques : elle suppose une réorganisation globale de nos économies et de nos sociétés, défi politique par excellence. Là est lenjeu du passage à « léconomie de lhydrogène ». Dans ce projet visionnaire, les énergies renouvelables, lhydrogène et lélectricité forment un triptyque interdépendant et interactif : ces énergies renouvelables sont combinées et exploitées de manière optimale et évolutive pour produire de manière décentralisée et souple de lélectricité et de lhydrogène. Ce dernier devient alors le vecteur énergétique majeur que lon peut stocker ou utiliser directement, ou encore transformer en électricité. Hydrogène et électricité se coproduisent mutuellement et constituent un nouveau binôme énergétique quasi inépuisable, dune puissance, dune souplesse et dune propreté incomparables.
Mais il faut souligner avec force que labandon des énergies fossiles, la diversification des sources et des formes dénergies et les innovations technologiques ne suffiront pas à résoudre la question énergétique au niveau planétaire. Cela devra saccompagner defforts considérables et persistants de réorganisation économique et sociale pour économiser et réduire à la source notre consommation dénergie. Cest pourquoi cette question capitale de lénergie doit être pensée et intégrée dans le cadre plus large du développement durable. Le nouveau partage énergétique qui émergera en 2050 sera cadré par 3 contraintes incontournables : la contrainte environnementale, la contrainte sociale et la contrainte économique. Ainsi, dici 2 générations, tous les vecteurs dactivités humaines vont être bouleversés bien plus vite quon ne limagine par cette révolution énergétique qui concernera la production, la consommation, la distribution et le stockage. Elle sera le moteur essentiel de linnovation et du développement économique et provoquera une organisation en réseaux de nos sociétés, qui marquera la fin des structures économiques, sociales et politiques pyramidales, hiérarchiques et centralisées.
Cest pourquoi il est capital que la France, qui dispose datouts naturels, économiques et technologiques de premier ordre joue un rôle de pionnier dans cette mutation énergétique planétaire, qui sera avec les biotechnologies et les technologies de linformation lun des moteurs majeurs de la compétitivité et du développement économique mondial durant ce nouveau siècle.
TABLES RONDES ET DÉBATS
Animés par Denis Cheissoux, producteur à France Inter
LE CHAMP DE LA PROSPECTIVE ÉNERGÉTIQUE :
NOUVELLE DONNE MONDIALE ET SÉCURITÉ DES APPROVISIONNEMENTS
Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de lénergie et des matières premières
à lUniversité Paris IX-Dauphine
Je me limiterai donc au sujet proposé, cest-à-dire la sécurité des approvisionnements énergétiques, de même quà un horizon plus court que celui envisagé par Monsieur Trégouët.
Dans les 30 ans à venir, deux phénomènes peuvent à mon sens relier le développement économique mondial et la sécurité dapprovisionnement de lEurope.
Le premier phénomène est lié à une augmentation des niveaux de vie et à une diminution des différences de ces niveaux de vie dans plusieurs pays, donc à une diminution des tensions, ce qui amène une sécurité dapprovisionnement accrue. Mais cette vue optimiste est à relativiser du fait de lhétérogénéité géographique du développement économique. La Chine et lInde se développent et continueront de le faire, alors que dautres pays, en Amérique du Sud ou en Afrique, rencontrent des difficultés plus importantes. Il est donc à craindre que les tensions ne disparaissent pas, mais simplement quelles se déplacent.
Par ailleurs, le développement, malgré les efforts pour augmenter lefficacité et faire des économies dénergie, va augmenter la demande, notamment de pétrole et du gaz : ceci aussi risque de faire saccroître les tensions. Ainsi, la Chine prévoit un quadruplement de son PNB durant les 20 prochaines années. Ceci suppose la construction de 600 centrales électriques de 1 000 mégawatts, pour la majorité alimentées en charbon, mais il leur faudra aussi du pétrole et du gaz supplémentaires. Cest en aidant de tels pays que lon ira vers une véritable solution de leffet de serre, et on pourra minimiser la demande des hydrocarbures.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Certaines énergies sont-elles plus favorables pour assurer la sécurité dapprovisionnement ?
Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de lénergie et des matières premières
à lUniversité Paris IX-Dauphine
Il y a de bons élèves, et dautres qui posent problèmes
Les bons élèves sont bien entendu les énergies renouvelables, qui ne posent pas de problèmes de sécurité dapprovisionnement, excepté de manière anecdotique. Mais elles ne participent pour le moment que pour une faible part à la consommation, et leur compétitivité est encore loin dêtre assurée.
Un autre bon élève est le nucléaire. Lapprovisionnement en uranium sera suffisant probablement pour encore trois décennies, étant donnée la demande actuelle. Si la demande augmentait significativement, il faudrait faire appel de nouvelles technologies qui augmenteraient sensiblement les capacités de la ressource.
Le charbon est aussi un bon élève : les réserves en sont bien réparties dans le monde et elles sont importantes. Son problème est évidemment lémission de CO2, mais des projets sont à létude visant à confiner ces émissions néfastes pour lenvironnement. Cependant, ce confinement coûtera cher, et il ne sera certainement pas simple datteindre des coûts compétitifs, même sils seront probablement encore moins élevés que ceux de certaines énergies renouvelables.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Vous croyez aussi aux économies dénergie. Êtes-vous optimiste concernant cette question relative aux comportements ?
Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de lénergie et des matières premières
à lUniversité Paris IX-Dauphine
Cette question est effectivement fondamentale. La difficulté réside en ce que les gens naiment pas changer leurs habitudes. Dans les économies de marché, la meilleure méthode pour y parvenir est daugmenter les prix. Cela na pas été possible jusquà présent, car on craignait que la croissance souffre, et aussi à cause de laction de certains lobbies. Ne pourrait-on pas quand même développer des systèmes de taxation fiscalement neutres , en taxant plus lénergie, et en utilisant cet argent pour alléger dautres taxes freinant la croissance ? Il faudrait encore que de telles mesures sappliquent partout dans le monde.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
En ce qui concerne le très long terme, comment envisagez-vous la question de la stabilisation, ou de la déstabilisation des régions sensibles ?
Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de lénergie et des matières premières
à lUniversité Paris IX-Dauphine
Au lieu daborder le très long terme, qui dévidence est très spéculatif, et pour lequel je me permets de renvoyer à létude publiée par notre centre en 2002 et qui concerne lhorizon 2100, je voudrais terminer le panorama de lavenir proche (30 ans), avec les « mauvais élèves »
Ce sont les hydrocarbures qui présentent un problème dapprovisionnement. Ils sont actuellement lénergie dominante, et leurs réserves sont limitées. La question la plus préoccupante est celle de la localisation de ces réserves. Elles sont du point de vue géopolitique très mal réparties : plus des deux tiers des réserves pétrolières sont localisés au Moyen-Orient et plus des deux tiers des réserves de gaz sont localisés entre le Moyen-Orient et les pays de lex-URSS, donc dans des régions qui ne sont pas vraiment stables
Trois points sont alors à prendre en compte :
les demandes de lEurope vont sans doute aller croissant, entraînant un renforcement de la dépendance ;
les ressources diminuant, les tensions vont augmenter ;
ces tensions vont se concentrer dans des régions dont la stabilité géopolitique reste aléatoire.
Lintervention américaine en Irak est, me semble-t-il, très liée à ce problème pétrolier. Le maillon faible reste lArabie Saoudite. Elle a permis aux Américains de maintenir des prix mondiaux extrêmement bas, profitant des excédants de capacité de production uniques au monde, puisquen 20 ans, à monnaie constante, les prix du pétrole ont décru. Il faut par ailleurs souligner ce phénomène curieux : lArabie Saoudite a fait du développement à lenvers ; en 20 ans, son PNB par habitant a été divisé par 4 ! On peut donc craindre que des tensions sociales viennent sajouter aux tensions religieuses. La « famille » régnante, qui se compose de 10 000 à 12 000 personnes, présente un comportement schizophrénique : elle a des liens privilégiés avec les États-Unis, mais en même temps fournit des subsides aux fondamentalistes islamiques anti-américains. Cette situation explosive pourrait bien être lune des motivations de lintervention américaine en Irak : il sagit de stabiliser la région, ou tout au moins de la sécuriser en la contrebalançant par la « maîtrise » de létat irakien et de sa production de pétrole. La question pour lavenir est de savoir si, comme chacun lespère, la situation au Moyen Orient va se stabiliser avec la mise en uvre de régimes plus modérés (effet domino), ou si, au contraire, les antagonismes entre fondamentalistes religieux islamiques et judéo-chrétiens ne vont pas être exacerbés et conduire à une augmentation des tensions. La question reste aujourdhui ouverte
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Stoffaës va sans doute rebondir dans un premier temps sur cette question géopolitique que vous venez daborder.
Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales dEDF,
président dInitiative pour les services dutilité publique en Europe
La notion de prospective est particulièrement pertinente pour analyser le champ de lénergie.
Rappelons que la prospective consiste à repérer, dune part, les tendances lourdes, et, dautre part, les ruptures possibles. Jenvisagerai ainsi quatre points majeurs pour examiner la prospective énergétique à lhorizon de 20 ou 25 ans.
En premier lieu, lagrande question de lordre pétrolier et gazier mondial.
Constatons dabord que les hasards de la géologie ont placé deux tiers des ressources pétrolières sur les rives du golfe arabo-persique et deux tiers des ressources gazières en Asie centrale, en Iran et sur les rivages du même golfe. Ceci constitue un problème majeur à laccessibilité de ces ressources qui conditionne cet ordre mondial. Ajoutons que la présence dIsraël dans la région est un élément supplémentaire compliquant cette situation.
Les hydrocarbures représentent 60 % de la consommation dénergie dans le monde, et cette consommation est croissante, notamment celle du gaz ; et ces ressources sont épuisables, sans que lon sache précisément à quel terme.
Nous sommes donc face à des contradictions essentielles, décisives de la stabilité ou de linstabilité mondiale dans les décennies à venir.
Rappelons que le système a été déstabilisé il y a 30 ans : les nationalismes pétroliers ont alors remplacé lancien régime par des concessions à des compagnies occidentales, principalement américaines.
LOPEP sest constituée, les protectorats sont tombés en Iran et en Irak et aujourdhui lArabie Saoudite donne des signes dinstabilité majeure, alors que ses liens avec les États-Unis sont nécessaires à lordre mondial depuis un demi-siècle.
Mais, on assiste actuellement à une tentative de récupération du pouvoir par les compagnies concessionnaires et par le « grand protecteur » américain : cela sera-t-il durable ?
Observons aussi que ce sont lEurope et accessoirement lAsie, le Japon et la Chine qui sont dépendants, et que lEurope, totalement impuissante, narrive pas à se faire entendre dans cette région.
Un autre front de rupture concerne les technologies.
La technologie est généralement imprévisible. Linnovation est une loterie, tant au succès quà échec. Dans le secteur de lénergie, les cycles combinés et les turbines à haute température ont changé la donne sans que personne les aient prévues. Avec les piles à combustible, lhydrogène parait très prometteur, en se substituant au pétrole dans les transports, etc. Mais les piles à combustible ne sont pas encore matures et la production dhydrogène coûte cher. Et, sil faut le produire à partir de gaz naturel, on ne résout pas vraiment le problème.
Une solution davenir pour cette production serait lélectrolyse de leau à partir du nucléaire
Mais linnovation nintervient jamais exactement comme on avait pu lenvisager.
Le troisième domaine des tendances lourdes à surveiller est le cadre institutionnel.
Lindustrie énergétique est bien évidemment stratégique et sensible, en particulier le domaine de lélectricité qui est tellement indispensable à la vie économique et sociale et que lon ne peut stocker. Cette sensibilité aux aléas engendre une interaction forte entre le fonctionnement de ce secteur sous linfluence des forces économiques, financières et technologiques et la régulation des pouvoirs publics.
Depuis 20 ans, nous connaissons la dérégulation électrique, sous linfluence de réformes aux États-Unis et surtout en Grande-Bretagne : hier public et monopolisé le secteur sest privatisé, ouvert à la concurrence et internationalisé. De grandes manuvres de restructuration sont actuellement en cours à léchelle européenne et internationale entre les grandes compagnies délectricité, les grandes compagnies pétrolières et gazières.
Depuis 2 ans, la mode de la libéralisation, qui fait que lon traite les secteurs énergétique et électrique comme un autre, a « encaissé quelques coups »
La question connaît aujourdhui un tournant important.
Nous devrons enfin observer attentivement la situation des pays en voie de développement, où interfèrent les choix énergétiques et les questions de régulation.
Si les demandes dénergie sont relativement stabilisées dans les pays industrialisés, elles sont en plein développement dans les pays émergents, comme la Chine et lInde, où les importants taux de croissance entraînent dénormes investissements. Cest là que les choix seront à faire. 3000 centrales électriques de 1 000 mégawatts seront à construire dans le monde durant les 20 prochaines années : la question est de savoir sur quelles sources dénergie primaire elles seront construites.
Voilà donc quatre « scénarios » qui me semblent devoir être surveillés de très près dans les années à venir.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Abordons avec Dominique Dron la question de leffet de serre. Il semble que nous soyons aujourdhui au pied du mur
Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de leffet de serre
Effectivement. Même ladministration fédérale américaine a dû reconnaître que les résultats du groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat (GIEC) mettaient en évidence lexistence dune menace importante et dune dérive en cours du climat de la planète, essentiellement induite par laugmentation des gaz à effet de serre émis par les activités humaines, notamment le CO2 énergétique. Au mieux, dici à la fin du siècle nous enregistrerons une augmentation de 1,5 à 2 degrés de la température moyenne sur la planète, soit une élévation dau moins 4 degrés sur les continents. Au pire ce serait 5,8 degrés daugmentation de température moyenne. De telles variations ont certes déjà été « absorbées » par la Terre, mais sur des périodes de quelque 20 000 ans et non un siècle ! Sans même parler de ladaptation de nos sociétés à un tel choc, les écosystèmes subiront de plein fouet une telle transformation de climats.
Un certain accroissement de la température moyenne est désormais inévitable, et devrait par exemple entraîner la perte de la plupart des récifs coralliens, chaînon essentiel aux écosystèmes marins ainsi quaux économies qui y sont liées. Notre enjeu est maintenant de limiter la dégradation climatique globale.
Lélévation du niveau des océans, par ailleurs, appelle deux remarques.
Compte tenu de linertie des phénomènes, à partir du moment où la concentration des gaz à effet de serre dans latmosphère aura été stabilisée, il faudra plusieurs siècles pour que la température moyenne arrête de monter et plusieurs millénaires pour que le niveau des océans arrête de sélever.
Notons par ailleurs quenviron un tiers de lHumanité habite les littoraux. Compte tenu de la croissance de la population mondiale et de loccupation actuelle déjà forte des territoires viables, les migrations ne pourront pas aisément résoudre ce problème, comme elles ont pu le faire dans des époques éloignées.
Certaines observations apparaissent déjà parfaitement compatibles avec les conclusions du groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat. Ainsi laugmentation de 0,9 degré de la température en France au cours du siècle dernier, qui entraîne le recul des glaciers. Cela peut paraître anecdotique, mais induit des risques de débordement de retenues, de glissements de terrains, ou encore de réduction de ressources en eau estivales.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Certains acteurs, que lon peut qualifier de majeurs et gagnants, ne semblent pas vouloir changer les paramètres
Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de leffet de serre
Il faut être réaliste, cest-à-dire distinguer ce qui est modifiable et ce qui ne lest pas. Or, on peut modifier les conventions, les techniques, les organisations, les modes de calculs, pas les lois de la physique ou de la chimie.
Passer dune époque où les combustibles fossiles, notamment les hydrocarbures, sont déterminants économiquement, voire politiquement, à une situation où les sources énergétiques évoluent fortement, implique quun grand nombre dacteurs modifient leur positionnement.
LHumanité émet aujourdhui plus de 7 milliards de tonnes de carbone par an, alors que la capacité dabsorption de la planète, par ses océans et ses forêts, est denviron 3,5 milliards de tonnes. Il faudrait donc revenir à 3,5 milliards de tonnes démission. Pour ce faire, nous ne disposons pas de léternité : le phénomène étant cumulatif, pour éviter de dépasser 2 degrés daugmentation de température moyenne du globe, cette division par 2 doit se faire dici 2050. De plus, cette division moyenne par 2 signifie que les pays industrialisés opèrent une division par 4 ou 5, compte tenu de la croissance des pays en développement.
Imaginons un scénario volontariste.
Si dici à 2050 on doublait ou triplait la part des énergies renouvelables dans la consommation finale dénergie (donc arriver à 25 à 40%), et si lon doublait parallèlement lutilisation du nucléaire (donc arriver à 15% environ), reste encore 50 % dénergie fossile. Avec un doublement de consommation dénergie simultané, on arrive alors simplement à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau où elles sont aujourdhui par ces substitutions. Ce qui reste à faire concerne donc lefficacité énergétique dans toutes ses dimensions.
Les marges de manuvre seront ainsi à chercher partout, et aucune dentre elles ne dispensera des autres. Il faut par exemple se garder de lillusion technologique : nous aurons besoin de la technologie, certes, beaucoup, mais les systèmes technologiques nouveaux ont une inertie certaine pour se mettre en place : ainsi 20 à 30 ans pour lhydrogène. Or nous sommes dans un processus cumulatif où cela ne sera suffisant ni dun point de vue environnemental ni dun point de vue diplomatique. Nous ne pouvons pas dire aux pays en développement « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » ! Il faut donc déjà mieux diffuser les technologies efficaces qui existent.
La compétitivité future de nos économies passe aussi par la vente de produits, de procédés et dorganisations extrêmement efficaces énergétiquement, ceci quelle que soit la structure énergétique des pays clients. Nous devons réfléchir notre sobriété énergétique non seulement en fonction de nos intérêts internes directs, mais aussi en fonction de ce que nous allons pouvoir proposer sur les marchés des autres et pour les autres.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Auriez-vous une note optimiste à nous proposer ?
Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de leffet de serre
Ce nest pas la première fois que lHumanité se trouve face à un défi à relever.
Laccroissement des connaissances nous offre une possibilité inconnue jusquici dappréhender à des échelles de temps et despaces très importantes les conséquences de nos actes et ce quil faudrait faire, et ceci peut donner le vertige. Mais du point de vue de la technologie, la créativité humaine a peu de limites, et son intelligence organisationnelle, même à technologie constante, peut également faire beaucoup. Voyez le prochain supra-conducteur japonais, qui devrait consommer cent mille fois moins que ses prédécesseurs.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Sans être spécialiste de léconomie énergétique, Monsieur Guesnerie nen a pas moins rédigé « Kyoto et léconomie de leffet de serre ». Quelles ont été vos convictions lors de la rédaction de ce rapport ?
Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France, membre du Conseil danalyse économique
Leffet de serre est une dimension incontournable de la question énergétique aujourdhui. Laissez moi prendre dabord un point de vue du long terme.
Sauf méthode révolutionnaire de séquestration du carbone, il faudra bien un jour ou lautre arrêter de recourir aux énergies fossiles, avant que celles-ci soient épuisées. Si lon utilise lensemble des réserves de pétrole identifiées aujourdhui, la concentration de carbone dans latmosphère, que lon mesure en parties par million en volume (ppmv) passerait de son niveau actuel 370 à 450 ppmv, ce qui reste raisonnable selon les spécialistes, même si cette concentration était de 280 ppmv avant lère industrielle
Par contre, si lon rejetait dans latmosphère le carbone contenu dans lensemble des sources dénergie fossiles recensées, schistes bitumineux inclus, le chiffre de 1 400 ppmv pour la concentration atmosphèrique en CO2 est souvent cité. De tels niveaux de concentration atmosphérique en gaz carbonique feraient entrer la planète dans des zones inconnues et sans doute redoutables.
Par ailleurs, même sil existe des marges de manuvre à court et moyen terme, la maîtrise à long terme de laccumulation des gaz à effet de serre passe par des bouleversements : soit nous changeons radicalement nos modes de vie et nos modes de production, soit une rupture technologique majeure offre une alternative à lutilisation des énergies fossiles.
Ni les énergies renouvelables classiques ni le nucléaire classique ne sont à la mesure du problème sur les siècles à venir. Lespoir ne peut venir que de technologies nouvelles ou de progrès dans des techniques émergentes, comme par exemple, le photovoltaïque, la fusion nucléaire, (ou un surgénérateur plus performant et plus sûr) ou la séquestration du carbone.
La dernière conviction dont je voudrais faire état est liée à mes trois remarques précédentes : il ne faut certes pas chercher la solution aux émissions de gaz à effet de serre en ne misant que sur la recherche, mais celle-ci doit absolument accompagner leffort voué aux réductions démissions, et leffort de recherche doit constituer une part significative de leffort total. Cest pourquoi le rapport que jai présenté au Conseil danalyse économique en juillet dernier préconise la mise en place dun « Espace Kyoto de recherche technologique », visant à organiser une coopération scientifique sur les technologies sans carbone, et à mettre en place des formules de partages des coûts mais aussi des résultats dune recherche visant des innovations radicales.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Comment faire entrer les pays en développement dans ce jeu ?
Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France et membre du Conseil danalyse économique
Il est effectivement nécessaire de les faire « entrer dans le jeu », puisque leurs émissions dépasseront vraisemblablement celles des pays riches entre 2020 et 2030. Si lon veut rebondir après une phase Kyoto, qui va sans doute se mettre en place mais qui sachèverait en 2012, il faut dès maintenant penser à la manière dintégrer les pays en développement dans une architecture de lutte climatique. Mais il est possible techniquement de proposer à ces pays des solutions qui soient dans la logique de Kyoto, avec quotas et marché international des permis démission ? Les discussions menées dans le cadre du rapport au Conseil danalyse économique, que jai évoqué tout à lheure, suggèrent que la réponse peut être positive. Il faut partir dun constat : les pays en développement ont raison de ne pas vouloir payer un prix exorbitant pour lutter contre leffet de serre. Un citoyen indien moyen émet 0,3 tonne de gaz à effet de serre par an, un citoyen des États-Unis en émet 6
Mais la logique Kyoto, via des choix de quotas nationaux, introduit des souplesses et permet de contrôler la répartition de leffort. Il y a plusieurs formules possibles; sans entrer dans la discussion technique, évoquons en une. Elle consisterait à proposer des quotas non-contraignants aux pays en développement : cela les inciterait à fournir des efforts de réduction qui leur procureraient des recettes sur le marché des permis, tout en allégeant leffort des pays acheteurs. Cette solution esquisse les contours de ce qui serait un accord gagnant entre pays en développement et pays développés. Mais, pour être tentante, la « carotte » ainsi fournie aux pays en voie de développement ne doit pas se retourner au bout dun certain temps en « bâton »
Il faut pour que la formule soit politiquement viable, donner des assurances en ce sens, par exemple en prenant des engagements à moyen terme qui soient relativement généreux. Je ne me prononce pas sur la faisabilité diplomatique du plan proposé, mais je dois faire état de ma conviction, disons de chercheur, à savoir que la pérennisation de la formule type protocole de Kyoto passe nécessairement par une démarche du type de celle dont je viens desquisser les grandes lignes. On peut la juger impossible, mais un tel constat pessimiste est susceptible davoir des conséquences considérables sur lévaluation de la viabilité de la politique climatique engagée à Kyoto.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Le pétrole pollue, ses réserves sépuisent
Gérard Friès, comment envisagez-vous le scénario à venir sur les années 2000 à 2030 ?
Intervention de M. Gérard Friès,
directeur général adjoint de lInstitut français du pétrole (IFP)
La demande va rester élevée sur les prochaines années. Le scénario de référence, celui de lAgence internationale de lénergie, annonce une augmentation de 60 à 70 % dans les 30 ans à venir. Mais on peut sattendre à de fortes fluctuations : certaines parties du monde, notamment dans les pays industrialisés, laissent dailleurs déjà observer des récessions. Le rythme de croissance de la demande énergétique mondiale sera environ deux fois plus rapide dans les pays en voie de développement que dans les pays occidentaux. Les contraintes seront donc fortes concernant les pays émergents, dautant quil sera difficile de brider leur développement. Cette analyse nous amène à admettre que nous aurons besoin de toutes les sources dénergie disponibles.
Les hydrocarbures fossiles sont lobjet de nombreuses critiques, mais tout le monde saccorde à dire quils représenteront 65 % de lénergie primaire nécessaire. Ils seront pendant des décennies encore un élément constitutif incontournable pour les besoins de la pétrochimie et de la production délectricité, même si aucune source dénergie nest meilleure quune autre, chacune présentant ses avantages et ses inconvénients.
La notion de spécialisation me semble importante : chaque source dénergie devra être utilisée au mieux. Léolien ne fonctionne pas en situation anticyclonique, par exemple. Le pétrole est aujourdhui utilisé à 50 % pour le transport : cest un enjeu majeur. Le gaz naturel nest pas une panacée, mais reste un élément essentiel dans le rapport hydrogène / carbone.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Quen est-il exactement des ressources en pétrole aujourdhui ? Les réserves sont-elles suffisantes pour les années à venir ?
Intervention de M. Gérard Friès,
directeur général adjoint de lInstitut français du pétrole (IFP)
Nous pourrions mener un long débat sur le sujet des réserves
La Bourse de New York exige de la part des sociétés pétrolières des critères très stricts concernant les méthodes de comptabilisation : selon ces critères, les réserves couvriraient environ 40 années au rythme de la consommation actuelle. On peut ajouter à cela environ 40 autres années si lon y adjoint les réserves qui restent encore à découvrir, et il faut ajouter encore tous les pétroles non-conventionnels : sables asphaltiques, schistes bitumineux, pétroles extra-lourds, etc. Les réserves totales couvriraient donc les besoins sur un siècle ou un siècle et demi.
Par ailleurs, des technologies sont actuellement en uvre pour la transformation du gaz ou du charbon vers le liquide.
Pour le gaz, les chiffres de réserve sont à peu près équivalents, mais avec une consommation mondiale inférieure, donc avec des réserves ultimes un peu plus importantes.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Cette consommation est-elle compatible avec une bonne protection de lenvironnement ?
Intervention de M. Gérard Friès,
directeur général adjoint de lInstitut français du pétrole (IFP)
Jinsisterais sur le fait que la technologie a permis de faire des progrès considérables. Ainsi les technologies de dépollution sur les polluants réglementés, comme les oxydes dazote et les particules, ont permis de faire que dans 2 ans les véhicules émettront des polluants réglementés à un niveau 10 fois moindre quen 1990.
Les contraintes normatives très fortes en Europe, concernant tant les carburants que les véhicules, ont permis de nettement diminuer les taux de pollution.
Reste lenjeu de lémission des gaz à effet de serre par le secteur industriel et par les transports. La réduction des émissions unitaires est un premier élément de réponse : ainsi les véhicules consomment bien moins de carburant quil y a quelques années, et lon peut envisager de baisser encore sensiblement cette consommation. Nous irons aussi vers la substitution des énergies et vers la décarbonisation du système énergétique.
Il a été fait allusion à la séquestration du CO2 : je précise à ce sujet que lEurope est mobilisée dans le cadre du programme quelle a lancé. Les appels doffres ont été reçus en mars dernier. LIFP sest investi très largement sur cette thématique, en association avec de grands centres européens de recherche, des laboratoires scientifiques et des industriels. Les résultats dans ce domaine sont attendus à échéance de 5 ans.
Concernant laspect économique, la filière des hydrocarbures stricto sensu est le troisième exportateur français après lagroalimentaire et lautomobile. Elle représente une industrie de pointe sur le plan international. Je soulignerai aussi le rôle quelle joue dans le domaine de la formation dans les pays en voie de développement, formation de techniciens ou dingénieurs de haut niveau.
Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de leffet de serre
Concernant lintégration des pays en développement dans la maîtrise de lévolution climatique, il faut prendre en compte le fait que ceux-ci ne « bougeront » pas tant que les pays industrialisés nauront pas montré quils sont effectivement entrés dans un cycle daccroissement de performances en énergie et en gaz à effet de serre : ils veulent dabord un signal incontestable leur prouvant que léconomie et la demande iront bien en ce sens rapidement.
Parallèlement, le premier souci de ces pays est économique ; et entre autres, ils ne veulent pas construire plus de centrales que nécessaire. Leur demande explicite déconomie dénergie et de politique institutionnelle sur ce sujet est donc forte : ce point me semble très positif.
Je reviendrai par ailleurs sur la question de la séquestration du CO2. Il serait évidemment bénéfique que les sources concentrées de CO2, comme les centrales à charbon, fonctionnent pendant plusieurs décennies avec séquestration. Mais cela laisse entière la question des émissions de CO2 liées notamment à lutilisation du pétrole dans les transports, source diffuse sil en est.
Enfin, nous disposons de puits naturels : les forêts et les océans. Si la température moyenne continuait de sélever, il serait à craindre que dici une trentaine dannées ces puits perdent 20 à 30 % de leurs capacités dabsorption : cest une possibilité qui doit nous inquiéter.
Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales dEDF,
président dInitiative pour les services dutilité publique en Europe
En prospective, tout dépend du point de vue doù lon parle
Du point de vue dEDF, lentreprise a intérêt à ce que le débat sur leffet de serre se propage, puisque notre production délectricité est quasiment décarbonisée. Cela permettrait de remettre le nucléaire en débat, domaine où la France est isolée dans le monde. Jai eu le privilège de participer à toutes les conférences internationales sur le climat depuis leur origine en 1992 à Rio de Janeiro. Jai lhonneur de connaître nombre déminents spécialistes en la matière. Enfin, jai aussi beaucoup lu sur ce thème en particulier les rapports dévaluation publiés régulièrement par les scientifiques du panel climat. Ces précautions étant prises et en tant que scientifique, je ne suis pas convaincu de la réalité du changement climatique et de leffet de serre. Je ne dis pas que le réchauffement est faux, mais la preuve nest pas faite, tout simplement, parce quelle ne peut être faite à léchelle des temps géologiques où lanalyse se situe. Dailleurs, si la preuve était faite, pourquoi parlerait-on du principe de précaution ? Comme le rappelle Roger Guesnerie, les ressources en pétrole, gaz et charbon seront épuisées sans doute dans deux ou trois siècles Autrement dit la combustion de la totalité du carbone existant sur notre planète aura un effet limité sur la concentration en CO2 de latmosphère.
En fait, la question de la vérité scientifique est dune certaine manière dépassée. Le réchauffement climatique est devenu ce que lon appelle un « mythe fondateur » : on ne se préoccupe plus de savoir sil y a à son origine une rationalité scientifique à partir du moment où un certain nombre de forces politiques et sociales en ont fait un thème majeur. Une idée fausse est un fait vrai ; et le climat nest pas une idée fausse seulement une présomption non démontrée.
Limportant est que ce thème devenu mondial engendre des mutations technologiques, des repositionnements utiles en tout état de cause.
Le climat a servi de pôle de rassemblement mondial pour le mouvement écologique et la communauté scientifique internationale, tout en constituant des liens entre la science et la politique, et donc la démocratie. Les expert scientifiques jouent aujourdhui un rôle majeur sur nos choix politiques. Il est donc important de réfléchir à la relation science et société.
Intervention de M. C. Pierre Zaleski,
délégué général du Centre géopolitique de lénergie et des matières premières
à lUniversité Paris IX-Dauphine
À propos de la fusion nucléaire, Monsieur Guesnerie indiquait que les ressources duranium pour la fission nucléaire étaient elles, comme les ressources fossiles, limitées. Ceci est vrai pour luranium naturel si on utilise les technologies actuelles de réacteurs à eau légère. Mais il faut noter que des technologies mises au point industriellement et fonctionnant dans plusieurs pays - je parle de surgénérateurs - multiplient les ressources duranium de manière très importante : on utilise mieux luranium et lon peut faire appel à des minerais très pauvres. On a alors des ressources pour des millénaires. Il ne faut pas, je crois, écarter trop vite des technologies actuellement au point au bénéfice dhypothétiques progrès concernant des technologies futuristes.
Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France et membre du Conseil danalyse économique
Revenant sur la question géopolitique, je préciserai que lInde, la Chine et le Brésil, trois grands pays en développement, sont aussi des pays menacés par le changement climatique. Cest un élément important dans lévaluation géopolitique du problème.
Par ailleurs, je signale que je nai pas dit que lorsque lon remettrait dans latmosphère lensemble des carburants fossiles, il ne se passerait rien, au contraire : à 1 400 ppmv, personne, semble-til, ne peut dire si la planète sera encore viable
Enfin, concernant leffet de serre dû aux émissions de gaz par lactivité humaine, je ne suis pas daccord avec Monsieur Stoffaës, au moins sur un point : il nest pas nécessaire quil y ait certitude scientifique sur un danger pour que laction soit légitime : cest ce que formule en toutes lettres la version du principe de précaution contenue dans la loi Barnier. Quand à la pertinence de laction engagée dans le cadre du protocole de Kyoto, compte tenu du savoir disponible, le rapport du CAE essaie dexposer avec un maximum dobjectivité les positions des uns et des autres et travaille à partir de cela.
Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales dEDF,
président dInitiative pour les services dutilité publique en Europe
Pensez-vous que la preuve scientifique soit apportée ?
Intervention de M. Roger Guesnerie,
professeur au collège de France et membre du Conseil danalyse économique
La preuve quil faut agir économiquement est apportée
Intervention de Mme Dominique Dron,
présidente de la Mission interministérielle de leffet de serre
Quelquun dans cette salle sait-il quand la preuve scientifique, à léchelle du mécanisme moléculaire, du rôle du tabac dans le cancer du poumon a été apportée ?
En 1996 ! Heureusement que lon na pas attendu cette « preuve incontestable » pour agir, en sappuyant sur des raisonnements statistiques issus des observations épidémiologiques !
La capacité de lHumanité à préférer croire globalement aux bonnes nouvelles, même sur de faibles indices, et à refuser les mauvaises, même si les indices scientifiques sont très forts, ma toujours fascinée.
Intervention de M. Christian Stoffaës,
directeur de la prospective et des relations internationales dEDF,
président dInitiative pour les services dutilité publique en Europe
Je ne dis pas ne pas croire à leffet de serre. Je dis simplement que la preuve scientifique nen est pas apportée.
ÉCHANGES AVEC LA SALLE
Intervention de M. Jean-François Muller,
adjoint au maire de Metz
Des échanges de cette première table ronde je retiendrai trois points.
Lappropriation de léconomie dénergie sur le plan local, tout dabord : je crois que des relais sont nécessaires pour que les gens soient convaincus de la nécessité de ces économies.
Léconomie dénergie stricto sensu, ensuite : Metz est sur le trajet dun axe majeur européen ; nous y voyons des trains continus de camions : le ferroutage serait sans doute à étudier et à mettre en uvre. Toujours en ce sens, les progrès réalisés sur les moteurs sont, je crois, à poursuivre et à accentuer.
La recherche, enfin, pour laquelle je ne donnerai quun exemple : nous avons pu voir en quelques semaines seulement émerger des progrès considérables, entre la Suisse, les États-Unis et lAllemagne, sur les piles photovoltaïques qui peuvent être adaptées localement
Intervention de M. René Schwartz,
CCI Territoire de Belfort
Il a été question de labandon des énergies fossiles : je crois quil faut le dire très fort à Monsieur Gilles de Robien, qui peine à réaliser des infrastructures ferroviaires et fluviales qui permettraient un rééquilibrage en faveur de modes de transports alternatifs à la route. Les investissements nécessaires seraient bien entendu très importants, mais à la mesure des enjeux climatiques développés par Madame Dron.
CONSOMMATION ET ÉVOLUTION DES COMPORTEMENTS
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Cattier va dans un premier temps nous présenter laspect à long terme et global de nos comportements, ce qui va aussi nous sortir des frontières de lHexagone.
Intervention de M. François Cattier,
administrateur du service des Analyses économiques
de lAgence internationale de lénergie (AIE)
À lhorizon 2030, le premier message qui ressort de nos exercices de prospective est la croissance de la consommation dénergie, de lordre de 1,7 % par an. Cette consommation passerait ainsi de 9,5 milliards de tep aujourdhui à un peu plus de 15 milliards de tep en 2030.
Par ailleurs, nos prospectives font apparaître le maintien de la part importante des énergies fossiles dans le bilan énergétique mondial : cette part devrait se maintenir à près de 90 % jusquen 2030.
Le pétrole resterait bien sûr la première source dénergie utilisée, sa part demeurant proche des 40 %, son utilisation concernant essentiellement, pour 55 % en 2030, le secteur des transports.
La consommation de gaz naturel devrait connaître une croissance encore plus forte, de lordre de 2,4 % par an. Cette croissance sera surtout due au secteur électrique, puisquune centrale sur deux sera une centrale à gaz à cycles combinés.
La consommation de charbon continuera daugmenter, principalement dans les pays en voie de développement, comme lInde et la Chine. En 2030, les trois quarts de la consommation de charbon seront consacrés à la production délectricité.
Concernant le nucléaire, nos projections reposent sur les politiques et mesures en place dans les différentes économies. Sans renouveau des programmes nucléaires, nous assisterons à plus de retraits de centrales quà de nouvelles installations. Ces dernières interviendraient essentiellement en Asie, Chine, Corée et Japon, mais elles ne compenseraient pas les retraits de centrales, notamment en Europe.
Une relativement faible croissance de lhydraulique est envisagée : elle aurait lieu avant tout dans les pays en développement, là où se trouve lessentiel du potentiel non encore exploité. Notons que lhydraulique présente des problèmes liés aux lourds investissements à réaliser ainsi quaux impacts environnementaux et sociaux, du fait par exemple des déplacements de populations nécessaires. En 2030, la part de lhydraulique ne dépasserait pas les 2 % du bilan énergétique mondial.
Les autres énergies renouvelables présenteront sans doute une forte croissance, notamment pour la production délectricité, de lordre de 6 %. Cependant, la part des énergies renouvelables restera limitée : hors lhydraulique, elle serait de lordre de 4 %.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Laccès à lénergie présente des inégalités importantes entre les différents pays. Quelles sont les projections à ce sujet ?
Intervention de M. François Cattier,
administrateur du service des Analyses économiques
de lAgence internationale de lénergie (AIE)
Nous avons voulu mettre ce point en évidence dans notre dernier exercice de projection.
En 2030, on envisage que lécart de consommation par habitant entre les pays industrialisés et les pays en développement resterait de lordre de 1 à 5. Ces inégalités proviendraient avant tout dun manque daccès à lélectricité. On estime actuellement à 1,6 milliard le nombre de personnes nayant pas accès à lélectricité. Si aucun effort supplémentaire nest fait, 1,4 milliard de personnes serait encore dans cette situation en 2030. Cette question est bien évidemment sociale et économique, lélectricité contribuant pour une large part au développement économique.
Par ailleurs, ce manque daccès à lélectricité sassocie à une consommation importante de biomasse, avec les conséquences que lon sait en termes denvironnement et de santé publique.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Si lon prend en compte les mesures qui sont aujourdhui sur le point dêtre adoptées, quel scénario peut-on envisager qui nous mènerait jusque 2020-2030 ?
Intervention de M. François Cattier,
administrateur du service des Analyses économiques
de lAgence internationale de lénergie (AIE)
Les chiffres que je viens de présenter sont issus du scénario de référence, basé sur les politiques actuelles.
Nous avons également réalisé un scénario alternatif pour les pays de lOCDE, dans lequel nous avons pris en compte les politiques non encore implantées mais envisagées. Ces politiques portent notamment sur lefficacité énergétique ou lutilisation des énergies renouvelables. En 2030 dans ce scénario, la consommation dénergie serait réduite de 9 %, et les émissions de gaz à effet de serre de 16 %.Nous serions même en mesure datteindre globalement les objectifs du protocole de Kyoto, grâce notamment aux mécanismes de flexibilité.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Helmut Schmitt Von Sydow pourra nous indiquer sil existe aujourdhui une véritable dimension européenne de lénergie.
Intervention de M. Helmut Schmitt Von Sydow,
directeur à la DG Énergie et Transports de la Commission européenne
Cette dimension européenne de lénergie résulte de lorigine même de la Communauté européenne : la première Communauté européenne était celle du charbon et de lacier, créée par le Traité de Paris, la deuxième était celle du nucléaire, la troisième celle de la Communauté économique, que nous connaissons aujourdhui sous le nom dUnion européenne. Il est vrai que ces Communautés ont été créées durant la Guerre Froide, il sagissait de se protéger de lUnion soviétique : cette motivation nexiste plus, mais demeure la protection économique, la sécurité dapprovisionnement, qui est un problème commun à tous les États-membres. Notre dépendance est de 50 % aujourdhui, elle pourrait être de 70 % en 2030. Nous devons donc réagir par la maîtrise de la consommation, mais aussi par des solutions communes via un dialogue commun vis-à-vis des pays producteurs. Des réseaux européens seront ainsi nécessaires pour interconnecter nos marchés régionaux et nationaux dénergie.
Une réunion rassemblait hier à Strasbourg la Commission européenne, le Parlement et le Conseil de lEurope. Un paquet y a été discuté concernant lachèvement du marché intérieur de la Communauté : ce paquet devrait être finalement adopté à la mi-mai, et le marché intérieur devrait être une réalité pour les grands consommateurs en juillet 2004, pour tous les autres le 1er juillet 2007.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
La dérégulation en cours sur les marchés européens intérieurs est aussi une réalité : cela ne risque-t-il pas dentraîner des problèmes dapprovisionnement comme en a connu la Californie ?
Intervention de M. Helmut Schmitt Von Sydow,
directeur à la DG Énergie et Transports de la Commission européenne
Notons tout dabord que « libéralisation », pour nous, ne signifie pas « privatisation », mais « ouverture ». Nous nintervenons pas sur les droits de propriété. En Californie ils disposaient aussi dune réglementation, mais dune mauvaise réglementation
qui ne permettait pas de liens directs entre producteurs et distributeurs : il fallait passer par un pool obligatoire, ce qui nest pas le cas en Europe. Les prix de la distribution étaient plafonnés, alors que ne létaient pas ceux de la production : cest ce qui a conduit à la faillite et à ce cercle vicieux qua connu la Californie.
En Europe nous prévoyons des régulateurs nationaux qui veillent à la transparence, à la concurrence et à laccès des nouveaux entrants dans le marché. Ces régulateurs nationaux ne sont donc pas centralisés, mais travaillent ensemble dans des forums dont le but est la coopération entre les acteurs.
Par ailleurs, la consommation par habitant et par an aux États-Unis est de 8 tep ; cette consommation nest que de 4 tonnes en Europe.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Quelle sont les positions et les orientations de la Commission européenne sur la consommation et lévolution des comportements, dont il est question ici ?
Intervention de M. Helmut Schmitt Von Sydow,
directeur à la DG Énergie et Transports de la Commission européenne
Deux programmes sont engagés, lun pour réduire la consommation, lautre pour promouvoir les énergies renouvelables.
Le bâtiment, par exemple, présente un potentiel déconomie dénergie de 20 %. Ainsi une directive européenne est entrée en vigueur en janvier : elle prévoit un cadre général, une méthode intégrée pour le calcul des performances, la définition de certaines exigences, un système de certifications et dinspections régulières, etc. Les spécifications techniques concernant les produits et matériaux utilisés seront élaborées par les organismes de normalisation des États-membres, réunis au sein du CEN, Comité européen de normalisation. Il sagit ainsi de mettre en uvre une sorte dautogestion de lindustrie, pour travailler de manière décentralisée.
Nous nous sommes par ailleurs mis daccord pour une augmentation de la part des énergies renouvelables : de 6 % aujourdhui, nous visons les 12 % en 2010. Les biocarburants, par exemple, devraient représenter 6 % de la consommation dans le domaine des transports à cette date.
Nous réfléchissons aussi à de nouvelles approches pour rendre le consommateur plus attentif, mais aussi pour lui permettre de mieux comprendre le problème. Nous mesurons lélectricité en kilowatts, le gaz en mètres cubes, le fioul en litres
Il faudrait arriver à utiliser de nouvelles unités de mesures, entraînant ainsi la réalisation de nouveaux marchés plus efficaces : celui du chauffage, du refroidissement, de léclairage, du transport, etc.
Les consommateurs ne comprennent pas tout à fait la dimension européenne qui existe pourtant déjà. Ils sont tellement impressionnés par les nouvelles négatives qui émanent de Bruxelles quils en oublient ce qui a déjà été réalisé. Je prendrai un exemple.
Par anticipation de la crise irakienne, le prix du baril de pétrole est monté de 25 $ à 32 $. Ceci a immédiatement eu pour effet une augmentation du prix de l essence, ce qui n était absolument pas justifié, puisque parallèlement la valeur de l euro avait augmenté. En septembre 2000, pour payer 32 $, il fallait payer 37 ¬ ; aujourd hui, il suffit de 29 ¬ . Nous aurions donc pu enregistrer une baisse du prix du carburant à la pompe. La vision du consommateur est ainsi faussée : on peut se demander sils ne se sentent pas coupables de payer moins cher le carburant lorsquils voient les images de guerre sur leurs écrans !
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Madame Pappalardo, est-il possible selon vous de diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 4 ou 5 dici 2050 ?
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Je ne sais si cela est possible, mais nous y travaillons, en prévoyant les étapes nécessaires.
Notre économie et notre facture énergétique doivent être « décarbonisées ». Nous mettons donc laccent sur les économies dénergie, dune part, pour consommer moins mais aussi mieux, et, dautre part, sur le développement des énergies renouvelables sous toutes leurs formes, quelles que soient les difficultés qui se présentent encore.
Il faut pour tout cela que les consommateurs adhèrent aux évolutions et transformations, puisquil ne suffit pas de leur expliquer les démarches
On parle de « mix » énergétique, mais un « mix » de conditions est aussi à remplir pour y arriver.
La première de ces conditions est de faire en sorte que les consommateurs comprennent pourquoi il faut économiser lénergie ou décarboniser leur consommation. Cest bien entendu un des objectifs du débat national sur lénergie, via ses colloques et réunions dinformation.
Cette condition est évidemment liée à une deuxième : la volonté politique, nécessaire pour convaincre lensemble de la population. La politique menée doit ensuite être forte et constante ; il est essentiel que les politiques ne varient pas trop souvent. Il en est ainsi, par exemple, dans le domaine du transport : entre le moment où une technologie est assurée et le moment où lon peut la mettre sur le marché sécoulent 10 ou 15 années
auxquelles sajoutent encore 15 années pour que lensemble du parc utilise la nouvelle technologie. Ainsi, entre une décision politique et sa mise en uvre complète, il faut 30 ans !
La conviction des consommateurs et des politiques doit donc être particulièrement forte et constante elle aussi.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Parlant de cohérence des politiques publiques, comment peut-on réfléchir de manière plus transversale ? Comment rendre concrète cette notion de développement durable, encore un peu floue ? Comment sortir des politiques sectorielles ?
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Les politiques sectorielles existeront toujours
La difficulté est de faire passer un certain nombre dobjectifs transversaux (comme la lutte contre leffet de serre) qui concernent nombre dacteurs de léconomie. Cela suppose en effet que la volonté politique soit forte et que les objectifs soient partagés par tous. Les efforts doivent être systématiques de manière à ce que des efforts réalisés dans un secteur naillent pas à lencontre de ce qui aura pu être fait dans un autre secteur, ceci à la fois pour ne pas annuler les effets des actions, mais aussi par souci de cohérence vis-à-vis du citoyen. Cette nécessité de cohérence est un des messages que lADEME tente de faire passer à tous. Cest pour cela que nous travaillons notamment sur la stratégie nationale du développement durable, comme le fait Dominique Dron sur le PNLCC : un plan intégrant des objectifs et des plans dactions transversaux est absolument nécessaire.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Croyez-vous plus aux effets dus aux progrès de la technologie et des sciences ou à ceux dus aux évolutions des comportements ?
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Je ne crois pas plus aux uns quaux autres. Les deux sont nécessaires.
Des technologies vont nécessiter des changements de comportements, pour adaptation. Tout le monde sera concerné : politiques, scientifiques, entrepreneurs, etc., de manière à adopter et sapproprier ces technologies par le plus grand nombre. Les technologies demandant du temps avant dêtre réellement mises en uvre, il faut commencer tout de suite à travailler sur la modification des comportements.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Quelles seraient donc les urgences pour mieux aborder 2020 ?
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Lurgence est de faire ce que nous faisons : convaincre au maximum quil faut tout de suite agir sur les économies dénergie. Il existe ce que nous appelons des « gisements » déconomie possible.
On considère par exemple que sur le résidentiel et le résidentiel tertiaire, les marges déconomie sont denviron un quart : les résultats depuis 1975, où sont apparues les nouvelles réglementations, le prouvent. Les réglementations savèrent donc nécessaires, parallèlement à une information des usagers de ce quils payent et de ce quils pourraient payer
Dans lindustrie, bien que de gros progrès aient déjà été réalisés, de tels gisements existent aussi, allant jusque 20 % et, précisons-le, avec des taux de retours importants dans certains cas.
Dans le transport, enfin, beaucoup de choses restent à faire. Même si là aussi dimportants progrès ont été enregistrés, nous considérons que cest le secteur où il reste le plus à faire en matière defficacité énergétique. Beaucoup de progrès sont possibles, ne serait-ce quà court terme, donc sans envisager de bouleversements technologiques profonds. Lorganisation des transports peut aussi être améliorée, en se basant sur les comportements et le raisonnement économique.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Les évolutions autres de la société ne viendraient-elles pas entraver les progrès que vous envisagez ? Le fait de ne travailler que 35 heures par exemple permet plus de mobilité
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Il est difficile de mesurer ou de projeter les effets de ce type dinvariants
Le problème nest pas de savoir sil faut aller vers plus ou moins de mobilité : le mouvement est déjà en marche. La question est de savoir si la mobilité pollue ou pas, et si oui à quel degré.
Les consommateurs prennent de plus en plus en compte les aspects sanitaires et hygiéniques de leur consommation : ce facteur peut être utilisable dans le cadre de la maîtrise de lénergie.
Leur volonté dune consommation « responsable » semble par ailleurs de plus en plus forte : ce sont de tels éléments que nous devons utiliser dans nos démarches explicatives, qui peuvent être constituées en partie dinformations très simples.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Le domaine routier est un des aspects les plus sensibles et les plus visibles de la consommation dénergie. Nous y trouvons à la fois un gisement déconomie important et une évolution
terrifiante ! Monsieur Delsey, quen pensez-vous ?
Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à lInstitut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)
Le domaine des transports couvre laérien, le routier et le ferroviaire. Concernant les produits pétroliers, laérien représente de lordre de 12 % de la consommation. Mais la plus grande part de cette consommation concerne le transport routier, consommation en augmentation de 1 à 2 % par an dans tous les pays industrialisés. Le transport routier en France consommait ainsi 33 millions de tonnes en 1988, et 42 millions de tonnes en 2001. En 1996 le Commissariat général au plan prévoyait ces 42 millions de tonnes
à lhorizon 2010 !
Tout le monde connaît les raisons de cette croissance :
laccroissement de la mobilité grâce à lamélioration des infrastructures ;
létalement des villes, des zones de loisirs et des zones de travail ;
le développement du « juste à temps » pour les marchandises ;
laugmentation lente mais régulière du niveau de vie.
Les conséquences de tout cela sont :
un accroissement du nombre de voitures, en nombre et en densité ;
un très fort accroissement du transport des marchandises par la route, aussi bien en valeur absolue quen pourcentage ;
un accroissement des distances quotidiennes de transport, quel que soit le véhicule utilisé ;
un accroissement de la puissance des véhicules légers vendus chaque année : ce point important relève de laugmentation du niveau de vie, mais aussi du fait que les gens parcourent plus de distance pour aller à leur travail, et quils disposent de plus de disponibilité pour les week-ends et les vacances. La puissance moyenne des véhicules vendus en France a augmenté de 14 kilowatts, soit 25 %, entre 1996 et 2001. Cela résulte entre autre de la masse des véhicules vendus : ainsi, le véhicule le plus vendu en Europe, la Volkswagen Golf, a vu sa masse augmenter de 350 kilogrammes en moins de 20 ans. On consomme plus, également parce que les véhicules sont plus hauts et plus larges
ou parce quils sont munis de plus en plus dauxiliaires comme la climatisation, les écrans de guidage, etc. Enfin, puisque les véhicules sont plus puissants et plus sûrs, ils roulent plus vite sur autoroute ; en 1990, la vitesse moyenne des véhicules légers sur autoroutes de liaisons était de 110 km/h, en 1998 elle était de 122 km/h, en 2000, de 127 km/h
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Pourquoi existe-t-il toujours des voitures à essence et des voitures à gazole ?
Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à lInstitut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)
Le passé peut parfois éclairer le présent et lavenir.
À lorigine de lautomobile, trois types de véhicules étaient présents sur le marché : électriques, à vapeur et à pétrole.
Les véhicules électriques étaient les plus rapides et les plus propres : ils auraient donc a priori dû émerger.
Les véhicules à vapeur étaient les plus simples.
Les véhicules à pétrole étaient les plus bruyants, les plus complexes et les plus polluants
mais il est tellement plus pratique demporter quelques dizaines de litres dessence pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres ! Et le remplissage du réservoir est si rapide ! Il ny a pas déquivalent à cela !
Aujourdhui encore, on peut dire que dans les pays en développement, le progrès avance comme avancent le gazole et lessence, compte tenu de leur facilité demploi et de leur contenu énergétique.
Il faut penser à des solutions de remplacement, et lon pense beaucoup à la pile à combustible, bien sûr, mais les grandes orientations sont aujourdhui la transformation du gaz naturel en un carburant liquide facile demploi et la liquéfaction du charbon avec la transformation directe en essence ou gazole (procédés Sasol ou autre). Cela ne règle pas le problème du CO2, mais les études concernant sa séquestration ont également avancées.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
La réduction des émissions de CO2 dans le domaine du transport serait-elle donc totalement illusoire ?
Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à lInstitut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)
Les progrès concernant la consommation des automobiles ont été considérables. Il en est de même pour les camions : il y a 20 ans, un camion de 38 tonnes consommait 50 litres aux 100 kilomètres, pour une vitesse moyenne de 45 km/h ; pour une masse de 40 tonnes, il circule aujourdhui à la vitesse moyenne de 72 km/h et consomme 32 litres aux 100 kilomètres.
Il en est de même pour lautomobile, mais si les automobiles prises unitairement consomment moins (en litres/100 km), leur nombre augmente et la circulation également. Les opérations réglementaires ou autres doivent tenir compte de ces paramètres, sous peine de ne rien gagner en terme de CO2. Cest un des grands challenges de lautomobile pour les prochaines décennies.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Maugard, nous sortons de notre véhicule pour entrer dans notre appartement
Les matériaux de demain seront-ils moins voraces en énergie ? Quelles sont les prospectives en ce domaine ?
Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)
La quantité énergétique impliquée dans la fabrication des matériaux de construction et celle nécessaire à lexploitation et à la maintenance dun bâtiment constituent un rapport de 1 à 10 et même pour les isolants de 1 à 20
Nous parlerons donc de ces « 20 »
cest-à-dire le bâtiment dans son fonctionnement.
Lenjeu est clair, dans 50 ans les bâtiments doivent être énergétiquement autonomes, cest-à-dire que leur consommation dénergie doit être compensée par la production sur place de lénergie. Lidée est simple : comme le faisait lagriculture, on ne peut consommer sur place que ce quon a produit sur place.
Techniquement cela est possible, en utilisant un cocktail de trois éléments :
lisolation des projets de composants laissent entrevoir la possibilité dune isolation totale, lisolant parfait étant tout simplement le vide
;
lutilisation de lair en tant quéchangeur de chaleur nous fournissons de la chaleur nous-mêmes par notre CO2 : il suffit de pomper cette chaleur ;
lutilisation du solaire passif et du solaire actif (chaleur et électricité).
Ce cocktail permettrait de nutiliser quun litre de pétrole par m² et par an pour le chauffage et leau chaude sanitaire. Cet objectif nest pas irréalisable sur le plan technique à lhorizon de 50 ans.
Laspect économique présente quant à lui des chiffres tout à fait raisonnables.
Le photovoltaïque coûte cher, dit-on
mais pas plus cher quun parement de marbre ! A travers cette image je veux faire passer lidée que lon consacre à des éléments de luxe ce que lon pourrait consacrer à des éléments utiles. Par ailleurs, le photovoltaïque utilisé en masse verrait ses coûts baisser sensiblement.
Actuellement avec 100 000 ¬ on crée 100 m². Avec 30 000 ¬ de plus, on arrive à ce que j indique, qui se trouve donc à portée de main.
Enfin, l aspect « psychologique », ou culturel. Nous n accepterons pas de voir diminuer notre confort domestique, certes ; tout cet enjeu ne peut être compris que dans le cadre dun progrès de confort.
Le problème posé en ce colloque amène deux types de solutions :
Les solutions « macro » centralisées, sympathiques, puisque ceux qui les préconisent ou les présentent, scientifiques ou ingénieurs, vont résoudre le problème à ma place, moi simple citoyen, que lon rappelle à lordre de temps en temps pour me dire que je roule trop vite, que je climatise trop, que je chauffe trop, etc. !
Les solutions « micro » décentralisées qui minterpellent et font de moi un acteur responsabilisé.
si je suis producteur et consommateur dénergie et que jatteins léquilibre en ce sens, je peux dire « merde » à tout le monde excusez-moi , mais un « merde » intéressant puisque je massume et me responsabilise, ceci au sein dun projet politique, celui dune société qui veut résoudre la question de leffet de serre.
Dans quels secteurs nos sociétés ont-elles fait des progrès en sensibilisant directement les particuliers ? Celui des déchets par exemple, simplement parce que lon a sensibilisé les citoyens et quils ont accepté une nouvelle morale.
Les Suisses ont lancé la génération des « bâtiments à 3 litres », cest-à-dire qui consomment 3 litres de fuel par m² et par an, alors quon en consomme aujourdhui 11 litres. Largument de persuasion pour ce projet « Minergie », que jai entendu dans la bouche dun Ministre, ma semblé intéressant : il consiste à dire que les gens qui se feraient construire des maisons qui natteindraient pas ce niveau devraient
sexcuser !
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Je crois que 70 % de la consommation de lénergie pour lindustrie en France concerne les membres de lassociation des consommateurs industriels dénergie, donc les grosses industries. Quels sont pour vous, Monsieur Werquin, les objectifs de comportement pour 2020, sachant que de gros efforts de réduction de cette consommation ont déjà été réalisés ?
Intervention de M. Alain Werquin, président de la Commission gaz
de lUnion des industries utilisatrices dénergie (UNIDEN)
Nos objectifs sont très clairs, pour la bonne raison que cela représente un poids important dans nos prix de revient, de 5 à 15 %, cela pouvant nous mener jusque 50 %
Nous avons réalisé 40 % de gain en efficacité énergétique de 1973 à 2000. De même, nos émissions de gaz à effet de serre seront passées de 26 % en 1990 à 19 % en 2010 des émissions de notre pays.
Ces progrès sont pour les industries continus et impératifs, notre accès à lénergie devant rester économiquement acceptable pour maintenir notre compétitivité.
Concernant ce qui reste à faire, on ne peut pas répondre dune manière générale. Certaines technologies peuvent évoluer et apporter des gains importants, dautres évolueront plus lentement. Des améliorations constantes de procédés sont par ailleurs à attendre. Les usines de laminage daluminium en France consomment deux fois moins de gaz que les mêmes industries américaines, ceci du fait de lutilisation de technologies plus performantes.
Les industries sont prêtes à sengager sur de telles améliorations continues, sans attendre de révolutions technologiques.
À propos dun sujet déjà abordé, la sécurité dapprovisionnement, nous ne disons jamais « libéralisation », mais « régulation des marchés des énergies de réseaux », donc de lélectricité et du gaz, ceci impliquant lexistence de régulateurs très forts et indépendants et des gestionnaires de réseaux eux aussi autonomes vis-à-vis des fournisseurs ou producteurs.
Par ailleurs, nous allons, dans nos pays, dépendre presque exclusivement dénergies de réseaux. Nous insistons donc sur le maintien des consommations de toutes les énergies fossiles. Bien que cela soit contraire à la protection de lenvironnement, une telle consommation plurielle minimum est indispensable pour éviter des situations de crises (sécurité dapprovisionnement) et peut-être pour aider les énergies de réseaux à résoudre le problème délicat des pointes de consommation.
Rassurez-vous, les énergies renouvelables, enfin, ne sont pas pour nous une plaisanterie, mais nous cherchons bien entendu le moindre coût. Nous sommes donc méfiants vis-à-vis des énergies plus chères, mais les énergies renouvelables méritent à notre sens des recherches et des développements plus approfondis, même si nous craignons les phénomènes de mode et lapparition de sources dénergies non garanties.
ÉCHANGES AVEC LA SALLE
Intervention de la salle
Pour stabiliser la concentration de CO2, nous avons compris quil fallait que tout le monde y mette du sien, notamment les citoyens. Pour cela, deux méthodes : la conviction et la contrainte.
Concernant la conviction, ne faudrait-il pas que ladministration, les services de lÉtat et les collectivités locales donnent lexemple ? Ne pourrait-on pas imaginer par exemple que lorsquune collectivité construit ou rénove un bâtiment celui-ci soit équipé dun chauffe-eau solaire ? Tout le monde y trouverait avantage et le facteur « pédagogique » ne serait certainement pas négligeable. Cela permettrait peut-être aussi à lADEME de supprimer des subventions qui ne servent quà engraisser les marges de certains intermédiaires
À propos de la contrainte, la fiscalité pourrait faire en sorte que lon prenne de largent sur la consommation dénergies fossiles afin de le réinvestir sur les énergies renouvelables.
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Sur le sujet de lexemplarité, un travail est déjà en cours, confié à lADEME, pour informer les administrations des bons investissements et pour leur proposer des diagnostics.
Mais avant dinstaller des chauffe-eau solaires, il faut que la filière dinstallation existe
LADEME travaille à la vérification de la fiabilité des produits à installer et à qualifier une filière dinstallateurs. La troisième étape, où nous sommes aujourdhui, consiste à faire en sorte que les consommateurs, grâce aux subventions et aux incitations fiscales, procèdent effectivement à ces installations, qui sont actuellement en croissance exponentielle.
Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)
Leau chaude solaire est bien entendu une excellente solution. Les installations ont encore besoin dêtre subventionnées, le prix restant encore un problème (mais cette technique rentre dans lépure économique), dautant que lon continue à handicaper financièrement celui qui fait de tels efforts danticipation sur la consommation dénergie : il nest peut-être pas impossible que certains banquiers procèdent à des mutations intellectuelles
cest-à-dire excluent du calcul du taux deffort des ménages les surcoûts des installations solaires.
Intervention de la salle
Les questions relatives à lénergie sont à peu près les mêmes depuis 30 ans, mis à part le problème des émissions de gaz à effet de serre.
Durant ces 30 années, trois choses ont bien fonctionné : le nucléaire, le développement du gaz et des technologies de turbines à gaz et lamélioration de lefficacité énergétique. Par contre, certaines ont manifestement stagné : ainsi le bilan des travaux menés sur les énergies renouvelables est plus que mitigé
Ne prend-on pas au niveau européen un risque considérable en laissant croire que la solution peut venir pour une grande part des énergies renouvelables et en poussant sur le devant de la scène le dogme de la libéralisation ? Sen remettre aux lois du marché peut conduire à privilégier uniquement le court terme et donc à ne pas mettre en place la recherche-développement et les investissements nécessaires pour préparer le moyen et le long termes.
Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)
La production centralisée délectricité et de chaleur par les énergies renouvelables na effectivement pas connu le succès qui pouvait être attendu. Mais les énergies renouvelables, solution élégante, doivent à mon sens être décentralisées, produire chaleur et électricité sur place, cest-à-dire dans les bâtiments. Vouloir les centraliser est, je crois, un contresens.
Intervention de Mme Michèle Pappalardo,
présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie
(ADEME)
Les énergies renouvelables concernent la production de chaleur aussi bien que la production délectricité. Les réflexions en ce sens sont aujourdhui beaucoup plus pragmatiques que par le passé. Il ne sagit pas de penser que les énergies renouvelables sont la solution à tous les problèmes qui se posent : néanmoins cest une lune des options importantes.
Intervention de M. Roger Léron,
président de Rhônalpénergie-Environnement
Nous ne pouvons plus aujourdhui parler dénergie sans parler denvironnement et démission de gaz à effet de serre.
Je crois que les réflexions à mener dans les années à venir devront se faire au niveau des territoires de manière à ce que les objectifs économiques et environnementaux se rejoignent. Toutes les politiques macro-économiques et toutes les énergies centralisées ont leur intérêt, bien évidemment, mais on ne peut se passer de la réflexion et de lanimation locales. Pour cela il manque dans ce pays une constance dans les efforts et dans les objectifs.
Intervention de la salle
Ne pourrait-on envisager, comme cela se fait en dautres pays, que les camions soient transportés par voie ferrée sur des axes comme Paris-Lyon par exemple ?
Intervention de M. Jean Delsey, directeur de recherche
à lInstitut national de recherche sur les transports et leur sécurité
(INRETS)
Les grands sillons ferroviaires sont actuellement presque tous saturés, en particulier les sillons nord-sud.. Par ailleurs, il faudrait sassurer que le prix du ferroutage est concurrentiel par rapport au transport routier, ce qui est loin dêtre évident aujourdhui.
Dans certains pays, le ferroutage a fonctionné ou fonctionne effectivement, mais sous la contrainte réglementaire et cela pose beaucoup de problèmes techniques et économiques (le cas de la Suisse est édifiant puisquelle vient dautoriser récemment le transit de camions de 40 tonnes par la route, alors que la limite était de 28 tonnes depuis très longtemps et que la Suisse a une politique de ferroutage volontariste et réelle).
On doit noter également quune part importante de camions que lon croit aller « directement » de Lille à Marseille sarrête en fait plusieurs fois, dans des zones industrielles et commerciales tout au long du trajet, et parfois dans de petites villes où se sont implantées des usines. Dans ces cas, le ferroutage est quasi impossible.
Enfin, avec louverture de lEurope à lEst, les coûts salariaux des chauffeurs routiers sont si bas que la comparaison des prix entre ferroutage et route risque dêtre sans équivoque en faveur de la route
sauf à prévoir des réglementations strictes et uniformes.
Intervention de M. Jean-Louis Richard,
président du syndicat GPAE, producteur autonome dhydroélectricité
Lhydroélectricité est souvent présentée comme une solution limitée. Nous comptons pourtant aujourdhui 1 800 producteurs pour 2 500 mégawatts, ceci uniquement en « petite hydraulique », cest-à-dire hors les grands barrages, ce qui représente 10 % de la production hydraulique française.
Mais nous sommes bloqués par des règlements administratifs contraignants qui ont protégé les rivières contre nos équipements, alors que des centrales de particuliers sont aujourdhui certifiées ISO 14001.
Intervention de la salle
Les énergies diluées peuvent difficilement concurrencer les énergies concentrées, ceci notamment pour des raisons économiques. Les grands champs éoliens aux États-Unis, par exemple, se sont révélés être un fiasco
Or, il semble que nous reprenons finalement, 25 ans après, les mêmes solutions qui nont pas été efficaces une première fois
Intervention de M. Alain Maugard,
président du Centre scientifique et technique du bâtiment
(CSTB)
Les problèmes auxquels nous devons faire face sont majeurs, et nous ne pouvons nous passer des solutions impliquant ces énergies diluées, sous peine de nous placer en plein paradoxe !
Concernant les comportements, nous savons que les Américains consomment deux fois plus dénergie que les Européens : sont-ils deux fois plus heureux ? Disposent-ils de deux fois plus de confort ?
Des technologies nouvelles peuvent coûter jusque 30 % de plus, soit, mais le foncier a augmenté de bien plus de 30 %
Cela a-t-il eu un effet sur les émissions de CO2 ?
Des possibilités de cueillir les énergies renouvelables là où elles se trouvent existent, nous devons faire le choix de les utiliser en modifiant nos comportements de consommateurs pour considérer que le luxe des temps modernes est justement dans cette utilisation. LEurope pourrait être lexemple dune région développée qui consomme encore deux fois moins dénergie quelle le fait aujourdhui. Cest un problème de société et de civilisation : il faut oser sengager sur ces voies !
ALLOCUTION DE CLÔTURE DE LA MATINÉE
Synthèse de lintervention de Mme Nicole Fontaine,
ministre déléguée à lIndustrie
Les propos entendus ce matin prouvent lintérêt du sujet et du débat quil engendre.
Je remercie le Groupe de prospective du Sénat davoir bien voulu inscrire ce colloque dans le grand débat national sur les énergies, que nous avons initié. Voyant une assemblée si nombreuse ici aujourdhui, je crois pouvoir dire que nous avons déjà en partie gagné notre pari dintéresser le plus grand nombre de nos concitoyens à ces débats dune importance essentielle.
Étant entendu quaucun choix nest aujourdhui arrêté - le gouvernement prendra ses décisions en temps voulu -, nous désirons entendre le plus grand nombre dinterventions sur le sujet.
Quoi quil en soit nous serons contraints de réexaminer nos choix et nos politiques énergétiques, compte tenu des évolutions géostratégiques, du vieillissement programmé des installations nucléaires, des nouvelles normes de protection de lenvironnement, de la libéralisation progressive des marchés, etc. Les défis que tout cela implique demandent le temps de la réflexion, dautant que les choix en ce domaine conditionnent nos choix de vie et de consommateurs, tout en dépassant chacune de nos individualités. Ils sont un élément fondamental de la souveraineté des États, engageant notre responsabilité à légard des générations futures.
Le temps est donc nécessaire à lexamen de toutes les possibilités, afin que lesprit soit disponible sans exclusivité ni préjugés, avec créativité et sans pétition de principe, sachant quil nexiste pas de recette miraculeuse. Les décisions en ce domaine ne sauraient simproviser ni être prises sans ladhésion des citoyens.
Nous nous trouvons à la croisée des chemins, face à des enjeux considérables, économiques, stratégiques et environnementaux. Le défi pourrait être énoncé sous une forme arithmétique : étant donné la faiblesse des ressources du sous-sol et les coûts comparés des diverses énergies, il nous faudra trouver le « bouquet énergétique » qui favorisera à la fois notre prospérité, notre indépendance nationale et le respect de nos engagements concernant les émissions de gaz à effet de serre.
Mais si le problème est simple, la solution ne lest pas, dautant quil sagit de déterminer une solution durable, qui nous engage pour plusieurs décennies, doù limportance dune vision anticipative.
Notons que la prospective nest pas une simple prévision qui se bornerait à prolonger les courbes du présent. Elle doit être une imagination portée vers lavant, capable dappréhender et dinventer lavenir, denvisager des ruptures et de pourvoir à linattendu. En effet, nous ne devons pas seulement inspecter les évolutions, mais aussi les solutions. Notre savoir doit être tout entier tourné vers laction car comme disait Auguste Comte : « Il faut savoir pour prévoir, et prévoir afin de pourvoir ».
Lincertitude des temps ne doit pas décourager notre réflexion au contraire. Les tensions actuelles sur le marché du pétrole doivent nous inciter à une plus grande vigilance stratégique, même si le pétrole nest assurément pas le seul enjeu.
Je rappellerai à grands traits les perspectives qui souvrent devant nous et les pistes qui restent encore à explorer.
Nos consommations énergétiques risquent de nous conduire à une impasse collective. Au rythme actue,l les consommations mondiales dénergie seront multipliées par 3 dici 2050, tout comme les émissions de gaz à effet de serre, menace grave pour le climat et pour léquilibre écologique de la Terre. Les mesures réparatrices jusqualors imaginées ne sont pas à léchelle de tels enjeux.
À ce même horizon de 2050, avec une population mondiale que lon peut estimer à 8 milliards dindividus, et avec le contenu énergétique actuel, lHumanité prend le risque considérable dêtre incapable à terme de satisfaire les besoins énergétiques de populations entières dune part, et, dautre part, de créer pour les États des relations internationales aux conditions incertaines. On risque enfin dhypothéquer le futur environnement de lHomme, ce qui justifie limplication de tous dans ce débat.
Jajouterai que si le modèle de développement actuel nest pas durable, il nest pas non plus équitable : 55 % de lénergie finale est utilisée par 20 % de la population mondiale. Deux milliards dindividus nont pas accès à lélectricité.
Ne nous leurrons donc pas : nous sommes dans lobligation de changer profondément notre manière de consommer. Nous devons réussir à inverser cette corrélation trop étroite entre croissance et augmentation de la consommation énergétique. Nous devons pour cela nous interroger lucidement sur nos modes de vie, en nous demandant comment consommer mieux et non pas comment consommer plus.
Nous devrons donc consommer plus efficacement, en évitant déperditions et gaspillages : nous devons tendre vers une certaine « sobriété énergétique ».
Lexpérience a prouvé que les progrès techniques permettaient daméliorer lefficacité de notre consommation. Les innovations technologiques, urbanistiques, architecturales, etc., sont certainement une voie privilégiée. Les citoyens sont dailleurs très intéressés par toutes les pistes encore à explorer. À travers ces échanges didées et dexpériences, à travers ces confrontations dopinions, je souhaite pouvoir ainsi élargir nos horizons.
Mais les particuliers ne sont pas les seuls concernés, les entreprises sont évidemment partie prenante dans la maîtrise des consommations. Elles doivent réussir à concilier limpératif de compétitivité et lexigence de responsabilité. Ces questions révèlent un enjeu très simple : inventer une économie et, au-delà, une civilisation qui ne courre pas à sa perte en ruinant les conditions de sa propre existence. Tel est le sens du développement durable.
La vigilance quant à notre consommation doit être dautant plus grande que pour la fourniture dénergie certains fondamentaux simposent à nous. Nous avons ici encore un devoir de lucidité.
La production dénergie est sous contrainte et ses sources seront appelées à évoluer. Cest aussi pour cela que nous devons en discuter, afin de savoir quel bouquet énergétique nous pourrons définir et mettre en place au regard de la consommation et des modes de vie que nous voulons.
Pour lheure, nous disposons essentiellement de quatre sources : le pétrole et le gaz, que nous achetons à lextérieur, lénergie nucléaire et lénergie hydraulique, que nous produisons.
Sagissant des énergies fossiles, plusieurs questions se posent : celle de leur épuisement prévisible tout dabord. La majorité des experts estiment que les réserves de pétrole seront épuisées dans une cinquantaine dannées, et celles de gaz dans quelque 60 ans. Lorsque lon sait que le pétrole représente 36 % de notre consommation dénergie, et quil est une ressource exclusive pour des activités majeures comme le transport, on mesure mieux la nécessité de sinterroger et danticiper aujourdhui. On imagine très bien les tensions potentielles qui ne pourront manquer démerger lorsque les réserves ultimes seront concentrées entre les mains dun nombre limité de pays. Se pose évidemment la question de la dépendance dans laquelle ces énergies fossiles nous maintiennent : la production française de charbon, de pétrole et de gaz ne couvre que 10 jours de la consommation de notre pays ! Lactualité confère à ce problème une acuité très immédiate. Comment parer cet inconvénient ? La diversification des sources dapprovisionnement suffira-t-elle ?
À cela sajoute limpact de ces énergies fossiles sur lenvironnement : leffet de serre, bien entendu, mais aussi la pollution des mers
Se pose enfin la question cruciale de savoir comment rendre ces énergies moins polluantes. Le Premier ministre la rappelé devant lassemblée plénière du GIEC en février dernier : la France sest engagée à diviser par 2 ses émissions de gaz à effet de serre dici 2050, stopper le réchauffement de la planète étant tout simplement une question de survie.
Dans cet esprit, la voie des énergies renouvelables est prometteuse. Il sagira de déterminer si, nouvelles et éternelles, elles pourront constituer une solution de remplacement, ou si elles seront vouées à ne demeurer que de simples compléments. Il nous faut pour cela en évaluer avec réalisme le juste coût et leurs capacités réelles, tenant compte des difficultés liées à leur naturelle intermittence. Nous devrons enfin en évaluer les impacts environnementaux sur les paysages.
Mais il sagit aussi de respecter nos engagements : la France doit porter à 21 % la part de sa production délectricité par les énergies renouvelables dici 2010. Il faut donc trouver les moyens de respecter ces engagements : comment inciter au développement technologique de ces nouvelles énergies ? Sommes-nous prêts à en payer le prix ?
Nous ne saurions enfin faire léconomie dune réflexion approfondie sur lénergie nucléaire.
La France a fait ce choix il y a 30 ans, suite au choc pétrolier de 1974. Nous produisons aujourdhui 75 % de notre électricité à partir du nucléaire, contre 50 % en Allemagne à partir du charbon, qui émet ainsi 40 % de plus de gaz à effet de serre.
La question est claire : doit-on poursuivre dans cette voie initiée en 1970, ou préparer une transition vers une sortie totale ou partielle du nucléaire ? Quels sont les bénéfices et les inconvénients de cette alternative ? Peut-on se passer du nucléaire tout en réduisant nos émissions de CO2 et en maintenant une diversité dapprovisionnement suffisante ? Par ailleurs, comment sassurer que nous pourrons toujours maîtriser les risques de prolifération et maintenir un haut degré de sûreté ? Quelles solutions mettrons-nous en uvre pour stocker les déchets radioactifs ? La loi Bataille de 1991 a prévu que sur ce sujet une décision serait prise en 2006 : cest vite venu
La question suivante est une suite logique à ce qui précède : qui décide ?
En ce domaine lEurope marche en ordre dispersé : certains pays reviennent au nucléaire, dautres en sortent
Une chose est certaine : la France élaborera sa propre solution nationale. Cela nempêchera pas le marché européen de lélectricité et du gaz de sunifier et de se donner des règles communautaires. Cela nempêchera pas non plus la communauté internationale de samplifier sur les questions énergétiques : le protocole de Kyoto en est un bon exemple. Mais il nest pas excessif de penser quune question aussi cruciale, aussi vitale que lapprovisionnement énergétique doive demeurer entre les mains de la Nation. Lindépendance, la sécurité et les intérêts vitaux du pays y sont étroitement liés, car cest à lÉtat dorienter la politique énergétique : cela est essentiel pour éviter certains déboires quont pu connaître des pays qui nont pas suffisamment veillé à lintérêt général, dont lÉtat est garant. Il doit assurer notamment que les obligations de service public continueront dêtre respectées par tous les acteurs et veiller à la protection des plus démunis.
Mais ce rôle dorientation que lÉtat remplit doit laisser une large part aux collectivités locales dont laction est essentielle pour la distribution, pour le service public mais aussi pour la promotion des énergies renouvelables et de la maîtrise de lénergie.
Ainsi, la responsabilité de tous est engagée : particuliers, citoyens, entreprises, associations, collectivités territoriales et gouvernants. Ce sont les enfants de nos enfants et limmense foule de lHumanité à naître qui sont en cause.
Je saluerai pour conclure la qualité de vos travaux, et vous encouragerai à laudace.
Il nous est donné pour la première fois daffronter simultanément le défi de la croissance et de la protection de la nature. Pour démontrer que la solution à cette double exigence nest pas une utopie, notre pays doit mobiliser toute son énergie et son intelligence.
Sachons donc faire preuve daudace, en noubliant jamais que lHomme na de ressources que dans sa propre volonté.
PRODUCTION, RECHERCHE, INNOVATION :
LES VOIES DU CHANGEMENT
Intervention de M. Bernard Bigot,
directeur de cabinet du ministre de la Recherche
Cest au nom de Madame le ministre de la Recherche que je vous apporte ici quelques lignes structurantes de la politique du gouvernement en matière de recherche dans le champ de lénergie.
La question de lénergie est évidemment au cur des préoccupations du président de la République et du gouvernement. Cest pourquoi celui-ci a initié le débat sur lénergie, qui doit permettre à chacun de connaître les enjeux pour lavenir et de faire connaître sont point de vue sur la façon dont notre pays doit y répondre.
Le Sommet des pays industrialisés va en outre proposer une mobilisation planétaire pour la conception et la diffusion de technologies au service du développement durable : tous les membres du G8 ont placé lénergie et la réduction des gaz à effet de serre comme priorité.
Dici à 2030 on estime que la demande mondiale dénergie va croître de 70 %, cette demande émanant pour les deux tiers des pays en développement.
En France nous savons bien que nous aurons des difficultés à contenir la consommation à 4 ou 4,5 par habitant et par an.
Face à ces données, chacun est convaincu de la nécessité de coupler la politique de fourniture dénergie avec celle de la protection de lenvironnement. Les émissions de gaz à effet de serre devraient être divisées globalement par deux. Dans un premier temps, puis, compte tenu de lévolution démographique et du développement économique des pays émergents, les pays industrialisés devraient les diviser par 4 ou 5 dici 2050.
Trois critères dominent la recherche de solutions technologiques pour la production dénergie.
Lénergie doit être durable, économe des ressources, respectueuse de lenvironnement et minimiser les productions de polluants et de déchets.
Elle doit être économe et disponible à un coût acceptable pour le consommateur.
Elle doit enfin être sûre et fiable, et donc limiter les risques.
La recherche est ainsi marquée par une volonté politique déterminée.
Cest tout dabord une politique dinvestissements scientifiques diversifiés. En 2003, 1,2 milliard deuros finance des programmes de recherche, dont 28 % sont consacrés aux nouvelles technologies et à la maîtrise de la consommation, 18 % à la meilleure utilisation des énergies fossiles, 35 % au nucléaire et 18 % aux déchets nucléaires.
Un effort de coordination de fond est conduit entre des acteurs de la recherche. Ceci a déjà permis de définir un programme de recherche technologique sur 6 ans entre le CNRS, le CEA, lADEME et lIFP.
La politique dinnovation technologique vers les entreprises offre un effet de levier pour associer celles-ci à la recherche publique.
La prochaine loi sur les innovations va accroître les incitations et lever certains freins.
Trois réseaux sont déjà tournés vers les énergies : le réseau Énergies durables, le réseau Pile à combustible et le réseau Transports terrestres.
Notre politique est basée sur la diversification et vise des échéances de temps différentes.
Concernant les énergies renouvelables, les recherches portent principalement sur les énergies photovoltaïques, les biocarburants et la géothermie profonde. Les bio composants représentent actuellement 1 % de la consommation française de carburants ; une directive européenne en préparation fixe lobjectif à 2 % pour 2005 et à près de 6 % en 2010.
Mais nous savons que ces technologies, aussi séduisantes soient-elles, ne satisferont pas les besoins. La directive européenne fait donc obligation de passer la part des énergies renouvelables dans la production délectricité de 15 % à 21 % à lhorizon 2010.
Pour le court et le moyen termes, la France a besoin du nucléaire, qui produit aujourdhui 70 % de la consommation. Dautres nations, comme les États-Unis et certains pays émergents, pensent aujourdhui que la conciliation de lindépendance énergétique et de la réduction des gaz rend difficile docculter cette voie. Les recherches en ce domaine tendent ainsi à augmenter la sûreté, à réduire les déchets et à améliorer leur stockage et leur transport. Nous approchons du terme du moratoire inscrit dans la loi de 1991. La recherche a beaucoup travaillé sur ce sujet et ne devrait pas manquer le rendez-vous de 2006, même si larrêt de Phénix a fait perdre du temps sur les questions de transmutation.
À lhorizon 2010-2020, la place de lhydrogène est une question majeure : tout le monde sattend à ce que cette solution de transport dénergie occupe une place décisive à moyen terme. Mais compte tenu de la diminution des réserves dénergies fossiles, la période 2040-2050 sera décisive. Ainsi les énergies de fusion présentent aussi un espoir de disposer dune énergie propre et abondante. Cest la raison pour laquelle le gouvernement fait du projet ITER une priorité de la politique énergétique à long terme et au niveau international. Il sagit de démontrer la faisabilité de construire un réacteur commercial utilisant la fusion thermonucléaire contrôlée pour produire de lénergie. Ce projet est aujourdhui unanimement soutenu par la communauté scientifique internationale. En Europe, la Commission King est arrivée fin 2001 à la conclusion quil serait opportun daccélérer ce programme. Les États-Unis ont récemment rejoint, après les avoir quittés un certain temps, lensemble des acteurs concernés. La politique de rassemblement des compétences témoigne dune vision à long terme préparée depuis plus de 20 ans par la France. La fusion est un domaine où la France jouit dune réputation de tout premier plan : le choix du site de Cadarache pour le développement de ce projet est, me semble-t-il, excellent.
Ce projet ITER est le seul grand projet qui fasse lobjet dune collaboration mondiale, et le seul pour lequel linvestissement du pays hôte donnera un effet damplification grâce aux investissements des autres pays européens et des autres pays étrangers.
La recherche française, publique comme privée, doit se mobiliser pour apporter une contribution essentielle de la science aux objectifs fondamentaux de la politique énergétique française en tenant compte du court terme comme du très long terme.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Concernant la production, nous allons commencer par le pétrole, avec Jean-Luc Vermeulen. Lavenir du pétrole semble compromis ; comment lindustrie que vous représentez va-t-elle faire face aux enjeux qui se présentent ainsi ?
Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf
Les réserves sont encore importantes : on estime que les ressources, connues ou encore inconnues, représentent environ deux fois ce qui a déjà été produit depuis lorigine, ceci pour le pétrole conventionnel. Il existe par ailleurs dautres types de pétroles dont les réserves sont à peu près équivalentes.
Mais le rythme de la consommation augmente : dans les 10 prochaines années, il faudrait mettre en production environ la moitié de ce qui est en production aujourdhui. Cela suppose de relever un certain nombre de défis, notamment sur le plan technologique, puisque nous avons bien entendu commencé par le plus facile
Demblée, on peut se dire que cela va coûter de plus en plus cher, mais pas forcément. En effet, parallèlement les progrès technologiques passés, et donc futurs, apportent des gains de productivité considérables. Le coût technologique était de 13 $ par baril en 1990, il est aujourdhui de 8 $. Le défi financier reste bien entendu important, puisque lensemble de la profession, pour le pétrole et pour le gaz, investit environ 130 milliards de dollars par an.
La question environnementale est aussi une de nos préoccupations. Nous arrivons aujourdhui pratiquement à un niveau de rejet zéro, et nos objectifs de réduction de rejet de gaz carbonique sont de 20 % dans une quinzaine dannées.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Pouvez-vous nous situer les grandes compagnies internationales au sein de cette industrie ?
Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf
Ce sont de grandes compagnies, certes, mais toutes ensemble elles ne représentent quune petite fraction du secteur : elles contrôlent 18 % de la production mondiale et en produisent 15 %.
Ceci nous amène à la question de la dépendance, notion qui a beaucoup évolué. Les crises comme on vient den connaître sont aujourdhui assez bien absorbées par les pays consommateurs, dans la mesure où leur consommation représente une plus faible part de leur PNB quau début des années 1980 par exemple. Par contre, les pays producteurs sont beaucoup plus dépendants, leurs niveaux de vie ayant augmenté, le pétrole représentant ainsi 60 à 90 % de leurs budgets. Cet « équilibre » fait que les risques ont diminué fortement durant les 20 ou 30 dernières années.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Parlons de laval : que sera le carburant dans 20 ans ?
Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf
Il y aura déjà beaucoup moins démissions polluantes : des mesures drastiques ont été prises partout, et lindustrie automobile elle-même a pris en charge le fait de diminuer les émissions des véhicules.
On pense quen Europe le volume total des émissions polluantes, malgré les augmentations de trafic, aura été divisé par 5 entre 1995 et 2020. On peut dire que pour une large part cette question est résolue.
Concernant le CO2, on estime que les émissions dues au transport routier resteront stables. Pour cela nous faisons appel à des carburants plus sophistiqués. La demande de produits plus légers est croissante. Il faut donc transformer les raffineries via des technologies qui demandent plus dénergie, plus dhydrogène ; or, chaque fois que lon produit une tonne dhydrogène, on produit 10 tonnes de CO2 : le problème est donc tout simplement reporté !
Le problème de la maîtrise des émissions de CO2 est réellement le premier enjeu des entreprises de raffinage pour les années à venir. Nous avons pris comme objectif de réduire ces émissions de 20 % de 1990 à 2005.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Nest-ce pas une aberration dutiliser le pétrole pour le faire partir en fumées ?
Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf
Lusage noble du pétrole est la pétrochimie, où il est irremplaçable. Mais on peut aussi se dire quil est difficilement remplaçable pour le transport, étant données les qualités intrinsèques dont il dispose. Il est utilisé aujourdhui à 50 % pour le transport, et cette proportion va sans doute croître encore dans les années qui viennent.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Comment imaginez-vous le bouquet énergétique en 2020-2030 ?
Intervention de M. Jean-Luc Vermeulen,
directeur général Amont, TotalFinaElf
Il y aura de moins en moins de produits lourds, comme le fuel-oil, et de plus en plus de produits légers, comme les distillats notamment. Des travaux sont actuellement en cours pour améliorer les moteurs, essence ou diesel.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Intéressons-nous au charbon, qui na pas très bonne réputation, alors quil constitue dans le monde une source dénergie importante et plutôt bien répartie.
Intervention de M. Éric Dyevre,
président du directoire de la Société nationale dénergie thermique
(SNET)
Il ne faut pas rester accroché aux images de Germinal
La France est un des rares pays au monde où le charbon représente une part si faible de son mix énergétique. La production délectricité provient à 40 % du charbon dans le monde, et à 30 % en Europe.
Le charbon apporte la sécurité : cest la ressource la mieux répartie au monde ; ses réserves, selon la consommation actuelle, nous mènent jusque 2250 ; ses variations de prix sont très faibles, puisquil reste en dehors des crises géopolitiques qui peuvent toucher le pétrole par exemple.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Quen est-il de laspect environnemental ? Quest-ce que le « charbon propre » ?
Intervention de M. Éric Dyevre,
président du directoire de la Société nationale dénergie thermique
(SNET)
Il faut rappeler que lon ne peut produire dénergie sans quil y ait impact environnemental. Cest cet impact qui doit être lobjet dun choix.
Si le charbon présente des aspects négatifs concernant les rejets, il offre aussi des avantages. Il ny a pas de problème de traitement de ses déchets, par exemple, et son transport ne présente pas de risque. Lanalyse des risques liés à un produit doit prendre en compte lensemble du cycle de son utilisation.
La recherche aujourdhui dans le domaine de lélectricité issue du charbon soriente essentiellement vers lamélioration du rendement des centrales, dans le sens aussi dune réduction des rejets, et vers la séquestration du CO2, pour laquelle nous pourrons peut-être suivre lexemple du nucléaire lorsque celui-ci aura montré la voie
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Latome étant lavenir du charbon, nous pouvons ouvrir le chapitre nucléaire, avec, pour le court terme, lEPR
Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à lénergie atomique
(CEA)
LEPR est un objet industriel, que nous qualifions de « génération 3 », qui est une évolution du système en service actuellement. Il sagit donc dobserver à quel rythme cette famille de réacteurs peut remplacer le parc existant.
Mais le défi principal, ce ne sont pas les réacteurs, ce sont les déchets. La politique française sur ce sujet, celle vers laquelle les Américains sont aussi en train dévoluer repose sur la séparation du plutonium, ce qui permet de traiter de manière spécifique le plutonium et les déchets proprement dits. LEPR présente dailleurs des qualités non-négligeables pour incinérer le plutonium : le scénario idéal de lutilisation de cette génération 3 résoudrait donc progressivement le problème du stockage du plutonium.
Concernant les déchets, la même logique sapplique et la stratégie sur laquelle nous travaillons est celle de la séparation poussée. On sait aujourdhui séparer chaque actinide, cest à dire les éléments les plus toxiques, à un millième près, nous sommes donc à 99,9 % defficacité. Reste à faire la démonstration technique de cette stratégie : sommes-nous capables de créer un pilote de séparation poussée ? La France décidera-t-elle de passer cette séparation au stade industriel ?
Dans la recherche nucléaire, on travaille de plus en plus sur des systèmes globaux, incluant le réacteur et le combustible, puisque lon a besoin du réacteur pour brûler le plutonium et pour incinérer les déchets. Nous concevons donc des réacteurs qui sont auto-consommateurs de déchets : cest la quatrième génération qui va encore gagner en réduction de volume et de toxicité des déchets.
Les propositions de ces réacteurs sur le marché seraient envisageables pour 2035-2040, à condition que la troisième génération nait pas investi ce marché de manière trop « solide »
Intervention de M. Valade,
sénateur de la Gironde, président de la commission des Affaires culturelles,
vice-président du groupe dÉtudes de lÉnergie du Sénat
Si la décision relative à la troisième génération tardait trop, cela entraînerait-il que nous passerions directement à la quatrième génération ?
Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à lénergie atomique
(CEA)
Je ne pourrai répondre à cette question que sur un plan technique, en me méfiant des effets de mode, dont ont été victimes par exemple les piles à combustible dans les années 1970.
Il ne sagit pas de vendre des miracles : cest une opération de longue haleine, et je ne pense pas que lon puisse échapper à une troisième génération.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Concernant le développement durable et le nucléaire, on a limpression que le durable, pour le nucléaire, ce sont les déchets
Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à lénergie atomique
(CEA)
Il y aura toujours des déchets ultimes
Mais nous trouverons des issues raisonnables pour chaque famille de produits.
90 % des problèmes des déchets sont résolus sur le principe. Sur le plan de linstallation industrielle, 7 à 10 ans sont nécessaires entre une décision et la fonctionnalité dune installation de ce type. Les scientifiques travaillent ensuite sur les résultats pour une deuxième itération. Cela demande donc quelques dizaines dannées.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Le CEA travaille aussi sur les nouvelles technologies pour les énergies renouvelables. Où en êtes-vous et où allez-vous en ce sens ?
Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à lénergie atomique
(CEA)
Tout dabord, nous travaillons collectivement avec le CNRS, lADEME, lIFP, etc. Le paysage de la recherche se développe de manière consensuelle. Le paysage industriel est souvent en retard. Nous manquons dacteurs industriels, il faut les créer. La France a ainsi créé deux petites sociétés qui travaillent sur des marchés de niche pour la pile à combustible, et il existe une société qui travaille sur le photovoltaïque, société avec laquelle nous travaillons sur les technologies. À ce sujet, nous restons peut-être trop prudents en travaillant uniquement sur des composants technologiques, contrairement aux Italiens par exemple, qui sintéressent à des systèmes beaucoup plus futuristes dans le domaine des énergies renouvelables.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Comment évolue lacceptation sociale vis-à-vis du nucléaire ?
Intervention de M. Alain Bugat,
administrateur général du Commissariat à lénergie atomique
(CEA)
Nous pensons améliorer aussi cet aspect, notamment selon deux axes.
Nous nous inspirerons tout dabord des Finlandais qui ont su provoquer une acceptation du public bien meilleure que la nôtre.
Par ailleurs, le gouvernement a lancé lidée de re-former nos concitoyens aux rudiments de base de la physique
Si lon parle dactinides ou de transuraniens aujourdhui, mieux vaut sadresser à un public averti ! Une pédagogie fondamentale est donc à mettre en uvre à usage du grand public.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Avant den venir à votre spécialité, Monsieur Spiro, quelles sont les activités générales du CNRS par rapport aux thèmes dont nous débattons aujourdhui ?
Intervention de M. Spiro,
directeur de lInstitut national de physique nucléaire
et de physique des particules (IN2P3) au CNRS
Le CNRS est bien armé pour participer à ce genre de débat et pour participer à des recherches sur lénergie, étant donné le vaste éventail de domaines dans lesquels ses chercheurs interviennent, de la physique aux sciences humaines en passant par la chimie et la biologie.
Deux programmes interdisciplinaires sont actuellement en uvre : un programme « Énergies », dont parlera Victor Sanchez tout à lheure, voué aux énergies renouvelables, et un programme orienté vers le nucléaire. Ces programmes travaillent bien entendu en partenariat avec les grands acteurs du secteur.
Le CNRS se base sur loptique que lon aura besoin du nucléaire pour longtemps. Il apparaît en effet que les énergies renouvelables auront bien des difficultés à représenter plus de 20 % de la production nécessaire délectricité.
Nous recherchons donc comment augmenter le potentiel dutilisation du combustible, puisque lon nutilise aujourdhui que 1 % du potentiel de luranium, celui de lisotope uranium 235
Nous allons aussi dans le sens dun nucléaire propre, vers lincinération des déchets ultimes, et vers un nucléaire sûr.
Ces recherches concernent bien entendu le long terme, mais nous ne nous en tenons pas à cela, puisque nous travaillons également sur lenrobage des déchets, avec comme rendez-vous 2006 et léchéance de la loi Bataille.
Nous envisageons aussi des filières de réacteurs innovantes, donc des ruptures technologiques.
Lune de ces filières est destinée à lincinération ultime des déchets, via un réacteur « hybride », cest-à-dire un réacteur nucléaire couplé à un accélérateur de protons.
Une autre filière travaille sur un réacteur du futur, qui ne produirait pratiquement pas de déchets. Cette technologie est basée sur une ressource naturelle appelée le thorium et une technologie basée sur les sels fondus et les neutrons thermiques. Lavantage est que le thorium produit de luranium, mais pas de plutonium, et donc pas dactinides mineurs. Le traitement des déchets peut ainsi se faire sur place. Ceci concerne une vision industrielle à lhorizon 2050.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Intéressons-nous maintenant au gaz, avec Monsieur Rojey. Le gaz bénéficie dune bonne image : pouvez-vous nous faire le point sur cette idée ?
Intervention de M. Rojey,
président du Centre international dinformation sur le gaz (CEDIGAZ),
directeur gaz naturel à lIFP
Le gaz naturel traité est une source dénergie propre, souple dutilisation, qui permet dobtenir des rendements très élevés dans les centrales à cycles combinés. Ces atouts ont amené une progression de la demande, qui augmente denviron 3% par an.
Les réserves sont importantes, de lordre de 140 milliards de , soit plus de 60 ans de consommation au rythme actuel. De plus, les progrès de lexploration font que lon identifie sans cesse de nouvelles réserves : cest ainsi quau cours des 30 dernières années le ratio réserves / production est passé de 30 à 60 ans. Les ressources quant à elles, représentent 3 à 4 fois le volume des réserves prouvées. La demande pourra donc être satisfaite pour longtemps encore.
La recherche et linnovation ont un impact majeur sur léconomie du gaz naturel dans la mesure où elles induisent des réductions de coûts très importantes et favorisent la compétitivité du gaz naturel ainsi quune diversification des approvisionnements.
La maîtrise des technologies-clés de la chaîne gazière ouvre des opportunités intéressantes pour lindustrie, et lindustrie française est plutôt bien placée en ce sens.
Linnovation et la recherche peuvent fournir par ailleurs des solutions en termes de développement durable, en apportant des technologies propres ou encore des solutions sur la séquestration du CO2, enjeu majeur.
Lindustrie du gaz a déjà connu des ruptures technologiques dans le passé : le développement du GNL, lintroduction des cycles combinés, qui a permis le développement rapide de la génération délectricité à partir de gaz naturel.
Une nouvelle mutation se prépare : la conversion chimique, qui ouvre au gaz naturel des opportunités nouvelles, en particulier dans le domaine de carburants liquides. De nombreux projets sont en élaboration sur ce sujet dans le monde.
Enfin, la séquestration du CO2 et lintroduction à grande échelle de lhydrogène représentent dautres importantes ruptures. Des solutions en ce sens apparaissent, tout à fait compatibles avec un développement durable.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Sanchez est coordinateur du programme Énergies du CNRS. Dimportants efforts sont réalisés depuis 2 ans, un programme national sur les énergies renouvelables a été initié par le CNRS
Sommes-nous armés suffisamment ? Que peut-on mettre en place dici 2020 ?
Intervention de M. Victor Sanchez,
directeur du département des Sciences de lingénieur au CNRS
Jentends beaucoup parler de progrès, et cest bien ainsi, mais il ne faut pas perdre de vue les questions majeures que posent nos échanges. Noublions pas que la demande dénergie au niveau mondial ne va faire que croître, et ceci dans des proportions jamais égalées. Les progrès dont on parle auront bien du mal à compenser les effets de cette augmentation, et nous devons donc trouver des ressources qui ne soient pas productrices de dioxyde de carbone en particulier. Il vaut mieux utiliser de telles sources dénergie plutôt que dextraire les ressources naturelles des sols pour y rejeter des déchets dont on ne sait que faire
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Que peut-on donc espérer aujourdhui des énergies renouvelables ? Quels sont les degrés de maturité ou dimmaturité des unes et des autres ?
Intervention de M. Victor Sanchez,
directeur du département des Sciences de lingénieur au CNRS
Léolien est mature, mis à part pour les installations off-shore. Nous sommes prêts à accompagner les industriels qui se lancent sur ces sujets.
La géothermie en roches profondes nest pas du tout mature ; un programme européen est en cours sur ce point.
Le photovoltaïque fonctionne, mais nest pas mature non plus. Les rendements augmentent, certes, pour atteindre les 30 % en laboratoire, mais la technologie bloque encore. Nous travaillons également sur ce sujet, sur de nouvelles cellules, de nouveaux types de matériaux, et sur les connexions.
Le problème des énergies renouvelables aujourdhui est leur coût. Si on ne fait pas baisser ce coût, jamais elles ne passeront ! Nous espérons quen 2020, le coût du voltaïque utilisé pour la production électrique sera inférieur à 10 centimes deuro le kilowatt/heure.
Par ailleurs, les énergies renouvelables, pour certaines dentre elles, sont intermittentes. Il faudra donc soit les utiliser en petits réseaux, soit trouver des systèmes de stockage de lénergie. Quoi quil en soit, la combinaison du photovoltaïque et du chauffage solaire est très prometteuse pour le domaine de lhabitat.
La biomasse présente des problèmes différents.
La biomasse sèche peut être utilisée en combustion pour produire de lélectricité. En France on travaille actuellement surtout sur la pyrolyse et la gazéification de la biomasse : ces deux voies ont été choisies après avoir sondé nos partenaires industriels. Elles sont intéressantes puisque cela produit des gaz utilisables ensuite en combustion pour alimenter des turbines productrices délectricité. On peut par ailleurs utiliser les goudrons résiduels pour produire des carburants additifs de lessence.
Lutilisation de la biomasse humide concerne la production de bio-éthanol ou de diesters, à partir de betteraves, de céréales ou doléagineux. Un calcul montre que si lon utilisait en France les jachères pour cultiver les produits nécessaires, nous pourrions ainsi produire environ 20 % de notre carburant pour lautomobile. Nous travaillons sur ces techniques avec les pétroliers et lindustrie automobile.
Intervention de M. Valade,
sénateur de la Gironde, président de la commission des Affaires culturelles,
vice-président du groupe dÉtudes de lÉnergie du Sénat
Un certain nombre délus locaux ont expérimenté les biocarburants sur de petits réseaux, notamment dautobus. Cela fonctionne, mais nous sommes assaillis par laspect économique : est-ce en ce sens une voie susceptible dexploitation ?
Notons que cest aussi une question de solidarité nationale : a-t-on besoin de cela pour maintenir les agriculteurs sur le territoire rural ?
Intervention de M. Victor Sanchez,
directeur du département des Sciences de lingénieur au CNRS
Le problème est effectivement complexe.
Le CNRS a examiné la situation du rendement énergétique. Selon que lon fait du bio-éthanol ou des diesters, celui-ci nest pas le même : 50 % pour le bio-éthanol, 70 % pour les diesters.
Pour développer une filière, il faut quelle soit acceptable. Ainsi les socio-économistes doivent faire le bilan complet du coût énergétique, depuis la ressource jusquau problème des déchets. Ces bilans sont actuellement en cours délaboration, les conclusions nen seront connues quau plus tard vers 2007.
Continuons notre panorama en examinant le cas de lhydrogène.
Si lon veut vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre, et en particulier le CO2, lhydrogène est le carburant davenir pour le transport, puisquil nentraîne aucun rejet. La question se pose au stade de sa production. Si on le produit à partir de gaz naturel, on ne fait que repousser le problème : cela ne peut donc constituer quune étape intermédiaire. À terme il faudra trouver dautres moyens de production.
Des recherches sont en cours aussi concernant les piles à combustible, dont le coût reste encore exorbitant. Des piles acceptables de ce point de vue devraient voir le jour aux alentours de 2020.
Les États-Unis, plus ambitieux, viennent de dégager 1,3 milliard de dollars pour la filière hydrogène. LEurope ne doit bien entendu pas rester éloignée de cette démarche.
Il faudra observer de près les possibilités quoffrent les piles à combustible dans lhabitat : une pile apporte lénergie pour le chauffage et lélectricité
Cest ce que lon appelle la décentralisation de la production électrique.
Concernant lensemble de ces thèmes, entre 50 et 100 chercheurs sont mobilisés au CNRS. Pour mieux structurer cet ensemble, nous attendons lissue du débat sur lénergie.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
À propos des énergies renouvelables, lors de la préparation de nos débats, Monsieur Guignard parlait « dénergies de cueillette »
Quel est donc le rapport ?
Intervention de M. Érik Guignard,
conseiller prospective du président du Syndicat des énergies renouvelables
(SER)
Les énergies renouvelables ne constitueront sans doute jamais 100 % de nos ressources, mais elles ont vocation à prendre, comme ailleurs, une part de plus en plus importante dans le paysage énergétique français. Pourquoi et combien ?
Quatre raisons nous mènent aux énergies renouvelables : la sécurité dapprovisionnement, linquiétude, quels que soient les optimismes affichés par certaines prospectives, liée aux gaz à effet de serre, une logique stratégique dautonomie énergétique minimale et enfin une logique économique.
Pour le moment ces énergies sont encore coûteuses, notamment en investissement, cest vrai, mais, parce que leurs coûts sont du domaine de lindustriel au fur et à mesure que la demande augmente et que lindustrialisation progresse, les coûts diminuent. Par contre, les prix relatifs aux énergies fossiles vont, quant à eux, nécessairement augmenter avec une demande énergétique explosive, notamment celle des pays en voie de développement et de lAsie, et avec les difficultés croissantes de leur extraction des sols.
Nous ne savons pas où, ni quand ces courbes vont se croiser, mais elles vont nécessairement le faire, dans un horizon de moyen terme,
sauf à inonder le marché de charbon !
Les énergies renouvelables constituent donc un choix économique et stratégique, intelligent et nécessaire.
Concernant les proportions dutilisation des énergies renouvelables, il faut examiner deux horizons différents : 2010 et au-delà. Par ailleurs, elles concernent trois secteurs : lélectricité, le transport et la chaleur. Les possibilités des énergies renouvelables sont très différentes selon ces secteurs.
Pour le domaine électrique, le décor est déjà planté.
Les éoliennes sont victimes de deux faux procès ; primo elles seraient bruyantes et disgracieuses : grâce à un progrès technique extraordinairement rapide, ce nest plus vrai. Deusio, cest une source dénergie intermittente : mais, tant que lon ne dépasse pas une certaine proportion de la demande fournie en éolien, au-delà disons de 15 %, les problèmes dintermittence ne se posent pas notamment lorsque lon dispose, comme cest le cas en France, dun recours quasi instantané à de lénergie hydraulique de barrage. (1 500 MW sont ainsi aisément mobilisables sous une demi-heure, 500 MW sous 13 minutes.).
Le vrai « procès » que lon peut faire aux éoliennes est leur intégration paysagère. Cela doit être, et dailleurs cela est, une préoccupation majeure des promoteurs.
En 2010, léolien, associé avec des programmes de petite hydraulique et de biomasse, devrait atteindre, si la directive européenne est respectée, 6% de la production délectricité en France, au-delà léolien peut évidemment prétendre à plus, 15 à 25 % peut-être ?
La géothermie profonde et le photovoltaïque sont aussi des sujets importants, comme cela a déjà été signalé. Là encore cela naura de valeur que si les courbes dapprentissage continuent de présenter des progressions de baisse des coûts de lordre de 5 % par an. Cela suppose des réalisations concrètes en nombre suffisant seule façon de maintenir les pressions à la baisse des coûts, baisses qui rendront, si elles se poursuivent, ces énergies compétitives à un horizon, disons, dune génération, même dans les conditions actuelles du marché énergétique.
Nous avons déjà beaucoup parlé du transport.
À vrai dire, les énergies renouvelables ne savent pas encore faire grand chose en ce domaine qui est, avant tout, celui des économies dénergie
.
Un objectif de près de 6 % de biocarburants pour 2010 est tout de même accessible et demandé par les directives européennes en cours ; il doit être confirmé.
Enfin, concernant la chaleur, je crois que lon devrait être tout de suite extrêmement ambitieux car les technologies sont là et les coûts compétitifs à brève échéance.
Rien nempêche aujourdhui de se fixer un objectif visant à ce que, dici 2010 les maisons neuves individuelles, mais aussi les rénovations lourdes de lhabitat ancien ou les équipements du tertiaire, soient systématiquement équipées dEnR - thermiques, photovoltaïques, géothermiques, bois -, chaque foyer devenant désormais « producteur » dénergie et ainsi sensibilisé à la nécessité simultanée des économies dénergie dans le domaine de lhabitat.
Malheureusement les mécaniques économiques ne sont pas encore en place dans ce secteur où nous pouvons et devons nous préparer dès maintenant, par une programmation ambitieuse et par la mise en place de moyens à la hauteur des enjeux : nous avons besoin dun « fonds chaleur » à la mesure du CSPPE qui a été mis en place pour la prise en compte des charges de service publiques de lélectricité
. !
Intervention de M. Valade,
sénateur de la Gironde, président de la commission des Affaires culturelles,
vice-président du groupe dÉtudes de lÉnergie du Sénat
Le sénateur Trégouët nous a fait ce matin un peu rêver
mais nous en sommes revenus à des réalités un peu plus difficiles à cerner.
Japporterai simplement ici quelques considérations, tout dabord relatives à lopinion publique. Nous pensons que lopinion doit être sereinement sensibilisée et mieux éclairée sur la nature et limportance des enjeux énergétiques et environnementaux, de façon à éliminer, si cela est possible, le caractère passionnel des débats.
Par ailleurs, le recours à toutes les sources dénergie simpose. Il faut toutes les considérer, mais sans faire miroiter des choses irréalisables.
Enfin, la recherche doit constituer la clé de voûte de notre politique énergétique et de son évolution. Nous nous inscrivons évidemment en faux par rapport à ce quécrivait François Jacob : « La recherche est une mode et comme toutes les modes, elle passera ». Dans une période de difficulté pour le développement économique, cest justement dans ce domaine quil faut porter leffort.
La recherche est et restera donc un élément-clé de notre avenir, mais à certaines conditions.
Nos efforts sont-ils suffisants et convenablement ciblés ? LEurope sest dotée dune politique de recherche véritablement commune, et nous avons entendu des responsables de grands organismes nationaux nous dire quels étaient leurs soucis de développement. Les projets communs sont donc tout à fait indispensables. Le secteur énergétique nest globalement pas le plus en retard de ce point de vue, mais il faudrait augmenter leffort global des pays européens de 50 % en moyenne pour que les dépenses de recherche et de développement atteignent 3 % du PIB dici 2010.
Concernant les politiques économiques à mettre en uvre pour satisfaire les objectifs de Kyoto, Monsieur Guesnerie a formulé deux recommandations fondamentales.
La répartition entre les efforts de recherche et les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne paraît pas satisfaisante, le vrai défi consistant à augmenter leffort de recherche, comme le font les États-Unis.
Par ailleurs, concernant laprès Kyoto, il est essentiel que les pays en développement soient associés, et que des solutions économiquement séduisantes leur soient proposées. Nous devons intégrer les besoins tels quils sexpriment chez nous et dans les pays en développement, de même que les évolutions inévitables et souhaitables de nos sociétés.
Je reviendrai à cet égard sur ce qui a été dit à propos du charbon. La Chine, avec son 1,4 milliard dhabitants, vit en majeure partie sur ses considérables ressources en charbon, dont elle ne peut se passer. Il nous appartient la sensibiliser et de linciter ensuite à progresser vers des solutions « propres ».
Trois conditions sont à satisfaire :
la définition dobjectifs ambitieux après constatation et accord global, comme lévoquait Madame Fontaine ;
la mise à disposition de moyens financiers suffisants et supplémentaires ;
la mobilisation des personnels nécessaires.
Concernant ce dernier point, nous nous inquiétons de lexil de nos jeunes scientifiques vers des cieux plus accueillants pour leurs carrières
Cette « fuite des cerveaux » a été évoquée dans un récent rapport de la Commission européenne, qui évalue à 400 000 le nombre de scientifiques européens qui ont choisi de sexpatrier vers lAmérique du Nord.
Nous pouvons à linverse nous réjouir du récent accord concernant la création du Brevet communautaire, qui permettra de réduire lécart avec les coûts dobtention dun brevet aux États-Unis ou au Japon.
Une dernière observation concerne linformation des citoyens.
Le mot « nucléaire », par exemple, porte tellement de connotations !
Compte tenu de la maturité incontestable de lopinion publique, nous devons faire un considérable effort de sensibilisation de nos concitoyens sur le rapport entre la croissance et la situation énergétique. Si lon veut aller dans le sens dun bouquet énergétique comme il a été évoqué ce matin, nous devrons trouver de meilleures solutions de compromis entre la nécessaire utilisation de toutes les sources dénergie, sans faux semblant, et les dégradations que cela pourrait entraîner dans latmosphère qui nous entoure.
CHOIX STRATÉGIQUES POUR LA FRANCE
DANS LE CONTEXTE MONDIAL
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Je crois savoir que le débat sur les énergies en est à peu près à mi-parcours, ce que Monsieur Besson pourra nous confirmer. De quels éléments disposez-vous ? Que vous manque-t-il encore ?
Intervention de M. Jean Besson,
député du Rhône, chargé de mission pour le débat national sur les énergies
En effet, nous en sommes à deux mois dexercice effectif de ce débat. Quelques idées commencent à émerger, mais nous sommes encore loin des conclusions.
Au cours de ces deux mois je me suis forgé quelques convictions, mais en arrivant ici ce matin, je navais quune certitude : la problématique des gaz à effet de serre fait lunanimité. Or, à peine étais-je assis que jai entendu Christian Stoffaës dire le contraire ! Je voudrais len remercier, car cela nous rappelle que la prospective est aussi un exercice dhumilité, qui nous conduit à remettre sans cesse en question les hypothèses précédemment échafaudées.
Les vérités que lon reçoit sont diverses, parfois contradictoires et parfois antinomiques. La question est donc de savoir à quel moment chacun peut pécher par omission. Mon rôle est alors de provoquer pour faire dire aux interlocuteurs ce quils nont pas forcément envie de dire
La difficulté du débat national est donc de peser les vérités et de les hiérarchiser en fonction des axes où lon peut sengager et du bouquet que lon veut composer.
Toujours est-il quaujourdhui on entend de moins en moins d« intégristes » : personne ne parle plus du « tout nucléaire », et personne nenvisage une sortie abrupte du nucléaire, par exemple.
Concernant la réflexion sur un bouquet énergétique, jaimerais que lon envisage dinverser la démarche intellectuelle, en ne partant plus de nos capacités à produire, mais des besoins, de la demande.
Prenons un exemple. Avant le premier choc pétrolier, personne ne se posait de questions concernant la consommation dénergie. Ce choc venu, chacun a fait les efforts nécessaires relativement à la situation puis, lorsque lon a compris que lon pouvait aussi fournir de lénergie, cette consommation a repris une pleine croissance
Sommes-nous donc incapables de découpler la croissance économique et sociale de la croissance de la consommation énergétique ? Il faut pour cela se poser une autre question : de quoi les Français auront-ils besoin dans les 30 ou 40 prochaines années et de quels moyens pourrons-nous disposer pour satisfaire ces besoins ?
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
À ce propos, nous pouvons demander à Monsieur Merlin ce quest un bilan prévisionnel, et quelle en est lutilité ?
Intervention de M. André Merlin,
président du Forum européen des Transports et de lÉnergie,
directeur du Réseau de transport délectricité (RTE),
président de lassociation des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)
La loi de février 2000, qui a ouvert le marché de lélectricité en France, a créé RTE pour permettre un accès transparent et non discriminatoire de tous les acteurs au réseau de transport délectricité, lequel demeure un monopole naturel et un passage obligé entre fournisseurs et consommateurs délectricité. Cest la raison pour laquelle cette loi prévoit que RTE soit indépendant des autres activités dEDF. Elle confie également à RTE lélaboration du « Bilan prévisionnel ». Il sagit destimer à un horizon de 7 à 15 ans, ce que seront la consommation française et les échanges délectricité avec les autres pays dEurope, comment ceux-ci pourront être satisfaits par les moyens de production existants, et ainsi évaluer les capacités nouvelles de production nécessaires a minima à cet horizon, mais ceci sans chercher à savoir de quels types dénergie il sagira.
Prévoir la demande est un exercice difficile, notamment parce quelle est fonction de nombreux facteurs. Elle dépend de la croissance économique, mais aussi des possibilités de découplage entre cette croissance et les besoins réels dénergie, ou encore des comportements de nos concitoyens en matière de maîtrise de leur demande délectricité.
Nous avons finalement privilégié trois scénarios dans létude que nous venons dadresser aux pouvoirs publics.
Un scénario « de référence » qui suppose un effort encore plus important que ce qui a été réalisé ces dernières années en matière defficacité énergétique et de maîtrise de la demande avec un taux de croissance annuel de la consommation délectricité se décomposant comme suit : 1,4 % dici 2010, un peu moins de 1 % de 2010 à 2015, et 0,6 % de 2015 à 2020. Le scénario conduit à une consommation intérieure estimée à 550 milliards de kilowatts/heure en 2020, soit 100 de plus quaujourdhui.
Un autre scénario étudié sinscrit dans un contexte économique plus libéral et consisterait à poursuivre la tendance actuelle en matière defficacité énergétique. Cela conduit à une consommation de 560 milliards de kilowatts/heure à ce même horizon.
Le troisième scénario, enfin, considère une implication plus forte des pouvoirs publics pour accroître sensiblement lefficacité énergétique, au-delà de ce qui est prévu dans le scénario de référence : il en résulterait une consommation de 520 à 530 milliards de kilowatts/heure en 2020.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
La contribution à la sécurité de lapprovisionnement passe par linterconnexion des réseaux. Comment cela fonctionne-t-il ? Que peut-on envisager à lhorizon 2020 ?
Intervention de M. André Merlin,
président du Forum européen des Transports et de lÉnergie,
directeur du Réseau de transport délectricité (RTE),
président de lassociation des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)
Avec linterconnexion des marchés nationaux délectricité, il nest plus possible de raisonner dans le seul espace franco-français. Il nest pas envisageable que chaque pays européen compte chacun sur ses voisins pour pallier les éventuelles insuffisances de loffre dans son pays. Certes, le développement des interconnexions européennes qui est indispensable au développement dun marché européen de lélectricité est aussi un facteur favorable à la sécurité dapprovisionnement de chaque pays. Mais ce concept a ses limites. Pour apprécier la sécurité dapprovisionnement en Europe, il faut établir un bilan prévisionnel au niveau européen et pas seulement au niveau de chaque pays, bilan qui doit nécessairement prendre en compte les capacités déchanges existantes et prévues entre pays.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Où en est lenfouissement des réseaux ?
Intervention de M. André Merlin,
président du Forum européen des Transports et de lÉnergie,
directeur du Réseau de transport délectricité (RTE),
président de lassociation des gestionnaires de réseaux de transport européens (ETSO)
Le problème est à la fois technique et économique. Il est techniquement possible denfouir les lignes électriques jusquà 220 000 volts. Mais plus on monte en tension, plus cela coûte cher. En 225 000 volts, le rapport de coûts atteint 5 à 6 entre le souterrain et laérien. En 400 000 volts, ce nest pas possible au-delà de quelques kilomètres et le rapport des coûts dépasse 10. RTE a une politique très volontariste pour la mise en souterrain des lignes 63 ou 90 000 volts, visant à enfouir 25% des liaisons nouvelles ou reconstruites à ce niveau de tension.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Maillard, ny a-t-il pas une contradiction entre louverture des marchés et la préoccupation de sécurité dapprovisionnement ?
Intervention de M. Dominique Maillard,
directeur général de lÉnergie et des Matières premières (DGEMP)
La libéralisation comporte des risques, comme certains exemples lont prouvé, mais elle présente aussi des effets bénéfiques sur les prix et sur la qualité, par lintroduction de la concurrence, et elle permet lentrée de nouveaux opérateurs.
Mais certaines questions ne sont pas résolues par cette ouverture des marchés. Cest le cas de la sécurité dapprovisionnement, de la protection de lenvironnement ou du développement des énergies nouvelles.
Les solutions à cela consisteraient à corriger certains défauts du marché, notamment son « court-termisme » : lobjectif des acteurs est de survivre, mais pas dans 20 ans
simplement dans un an ; doù un certain panurgisme de la part des opérateurs.
Cependant, je pense quil reste une place, pour les pouvoirs publics notamment mais aussi pour dautres acteurs, pour essayer de disposer déléments relatifs à la bonne adéquation prévisionnelle permettant datteindre léquilibre entre offre et demande, ceci éventuellement au travers dappels doffres lancés aux opérateurs.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Cette ouverture ne risque-t-elle pas de nous mener vers un marché un peu « sauvage » ?
Intervention de M. Dominique Maillard,
directeur général de lÉnergie et des Matières premières (DGEMP)
Je ne crois pas que les choses soient aussi tranchées.
Notons que la situation est différente selon les filières. Le marché pétrolier sauto-organise depuis très longtemps, se régulant par les prix. Le marché électrique est tout à fait différent : il faut quun ajustement y intervienne à un certain moment.
Un outil de prévision pour assurer la sécurité dapprovisionnement sera donc toujours nécessaire. Les entreprises elles-mêmes ont longtemps joué ce rôle, il faudra maintenant que quelquun dautre en prenne la charge, au niveau national ou européen.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Est-il soutenable de continuer aujourdhui à pomper les énergies fossiles ? Cela est-il du développement durable ?
Intervention de M. Dominique Maillard,
directeur général de lÉnergie et des Matières premières (DGEMP)
Même si aucun dentre nous ne sera témoin de lépuisement des ressources fossiles, nous savons que lHumanité est en train de consommer en quelques siècles ce que la nature a mis 300 millions dannées à constituer. Cette remarque simple nous démontre linsoutenabilité de nos modes de consommation collectifs actuels. Je suis donc convaincu quil faut dès aujourdhui préparer la transition.
Je crois donc aux énergies renouvelables, mais aussi à lincontournabilité du nucléaire : ce sont les seuls moyens de nous affranchir de cet épuisement inéluctable des ressources fossiles. Les économies dénergie sont en ce sens un moyen de nous ménager plus de temps pour cette transition, puisque, quoi quil en soit, nous ne pourrons nous en sevrer instantanément.
Cette notion de temps est essentielle, et doit être accompagnée dune démarche que lon peut qualifier dcuménique, aucune solution nétant la solution. Chaque énergie a sa place, place qui peut dailleurs évoluer au cours du temps, justement.
Le sujet de lénergie doit être abordé sans passion, ce qui nest pas vraiment le cas actuellement. Jappellerai donc de mes vux une approche plus sereine, dans la mesure où nous sommes collectivement face au même problème, où nous vivons dans le même monde et respirons le même air
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Garderet, en tant quindustriel, pouvez-vous nous dire où vous en serez dans 20 ans ?
Intervention de M. Philippe Garderet,
directeur de linnovation et des technologies émergentes dAreva,
président de Technicatome
Lindustriel doit dabord avoir une vision « client ». À partir de là se pose la question de la façon dengager une politique de produit et enfin, au-delà de tout cela, il faut dégager une ambition dentreprise.
Nos plus importants clients aujourdhui sont ceux qui font déjà du nucléaire : il sagit de leur permettre de continuer à le faire pendant longtemps et dans de bonnes conditions. Mais ces clients peuvent vouloir faire autre chose que du nucléaire, et dautres font déjà autre chose, même si ce choix est contraint par la problématique du global change.
Nous faisons donc des propositions à tous les producteurs délectricité. Il sagit de savoir à quel moment ils auront envie de passer à tel ou tel type dénergie, changement pour lequel le passage à lacte sera à mon avis sensible dans une génération.
Un certain nombre de clients se posent dès aujourdhui la question de lachat de capacités, y compris nucléaires : cest ce que jappelle le « syndrome finlandais ». Des projets de substitution du charbon existent ainsi aux États-Unis, et des développements sont bien entendu envisagés dans certains pays asiatiques, comme au Japon.
Par ailleurs, le nucléaire aura de plus en plus sa place dans le développement durable avec une nouvelle génération de réacteurs, à la fois pour des raisons de gestion des ressources naturelles et de production des déchets.
Concernant le nucléaire, les clients veulent aujourdhui que lon fasse fonctionner leurs réacteurs, ils veulent construire à peu près les mêmes que ceux dont on dispose à ce jour, le retour dexpérience étant rassurant. Par contre, lorsque nous atteindrons le stade dun renouvellement ultime, nous devrons être capables de leur fournir dautres générations de réacteurs. Cest là la base de notre politique-produits.
Cette vision est couplée au développement à linternational. Rappelons quAreva existe parce quun programme nucléaire français a été développé. Nous ne concevons pas davoir de dimension mondiale si nous perdions le marché intérieur.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Quelle est la stratégie dAreva concernant les éoliennes ? Est-ce une opération de communication ?
Intervention de M. Philippe Garderet,
directeur de linnovation et des technologies émergentes dAreva,
président de Technicatome
Les éoliennes utilisent des technologies électromécaniques de haut niveau, ce qui est notre métier, tout simplement.
Nous avons maintenant de bons produits, la question qui se pose est de savoir si lon peut construire là-dessus une ambition dentreprise ; un industriel ne fait pas de léolien pour « faire bien » : il veut savoir quel sera son marché. Nous voulons bien faire de lénergie renouvelable quelle quelle soit, mais nous devons aussi faire de largent !
Intervention de M. François Roussely,
président dÉlectricité de France (EDF)
Je voudrais évoquer lintérêt que nous trouvons aux différentes sources dénergie et le cadre nouveau dans lequel se situe aujourdhui le débat sur les choix énergétiques.
Lintérêt des diverses énergies varie selon que lon se place sous langle de la sécurité des approvisionnements, sous lange de la compétitivité ou celui des risques de pollution.
La sécurité des approvisionnements nintéresse pas que les États soucieux de leur indépendance énergétique, elle intéresse aussi les entreprises énergétiques et leurs clients. Lenjeu est de maintenir une fourniture continue et des prix stables.
De ce point de vue, le pétrole nest pas une source très sûre, contrairement au charbon et au nucléaire.
La biomasse constitue la deuxième énergie renouvelable dans le monde, après lhydraulique : toutes deux offrent aussi une bonne sécurité dapprovisionnement.
Les autres énergies sont soumises aux aléas du climat ou de lensoleillement et peuvent donc difficilement constituer le cur dune production électrique.
Sous langle de la compétitivité, lhydraulique et le nucléaire sont les plus intéressants : ils sont dailleurs notre principal atout face à la concurrence. Seuls les besoins importants en investissements représentent un frein, mais une fois le retour engagé, cest-à-dire au bout dune dizaine dannées, ils se révèlent particulièrement performants sur le plan économique.
Le charbon, peu coûteux, demande des investissements en dépollution qui seront de plus en plus importants.
La biomasse présente des coûts stables ; léolien et le solaire ne sont pas compétitifs aujourdhui ; ils sont fortement subventionnés mais présentent un intérêt économique indéniable, notamment pour des régions où le raccordement aux réseaux savère impossible.
Vis-à-vis des risques et de la pollution, toutes ces filières ont aussi des avantages et des inconvénients.
Le nucléaire produit beaucoup dénergie en occupant peu despace et sans émettre de polluants. Il présente cependant des risques, heureusement non avérés en ce qui nous concerne en 40 ans dexistence. Pour les 5 % de déchets à vie longue et à haute activité des solutions existent, il reste à les valider. Leur volume est réduit, mais il occupe beaucoup de place
dans les débats !
Lhydraulique offre un grand réservoir dénergie, sans pollution, mais il bouscule lécologie locale.
Les risques de pollution locale ne sont pas négligeables non plus pour la biomasse.
Le gaz émet peu de polluant mais beaucoup de CO2.
Léolien et le solaire nengendrent pas démissions de CO2, excepté pour leur fabrication, mais demandent beaucoup despace.
Nous voyons donc bien quaucune solution nest idéale. Lavenir réside dans un équilibre dans lespace et dans le temps entre les différents modes de production.
Si lon opte pour la sécurité dapprovisionnement au moindre coût, la base la plus solide est constituée dun ensemble nucléaire charbon hydraulique, en rappelant que parallèlement la maîtrise de la demande et lefficacité énergétique doivent être des préoccupations permanentes.
Le cadre dans lequel tout cela doit être examiné est profondément renouvelé depuis une cinquantaine dannées.
Ce cadre est tout dabord celui dune solidarité planétaire : plus de 2 milliards dindividus naccèdent pas aujourdhui à lélectricité ; un Chinois consomme 10 fois moins dénergie quun Américain et 5 fois moins quun Européen
Le développement des pays qui regroupent la plus grande partie de lHumanité va demander beaucoup dénergie ; le Conseil mondial de lénergie prévoit une augmentation de la consommation de 50 % entre 1990 et 2020, et 90 % de cette augmentation seront dus aux pays émergents. La question est de savoir de quels types dénergie ils disposeront : il est à craindre quils fassent massivement appel aux énergies fossiles.
Nos choix dinvestissements engageront lHumanité jusquà la fin du siècle. Notre premier devoir de solidarité serait donc de ne pas trop investir dans les énergies fossiles, de manière à maintenir ces dernières à un prix accessible pour les pays émergents. Cela renforce la nécessité pour les pays industrialisés de donner la priorité au charbon et surtout au nucléaire.
Mais en 2007, tout le marché électrique sera ouvert à la concurrence, le monopole EDF aura disparu, une partie du capital de lentreprise sera sans doute ouvert au public. EDF, face à la concurrence, ne pourra donc plus assurer seule les surcoûts liés à des choix énergétiques nationaux.
Comment pourra-t-on faire partager ces surcoûts à lensemble des acteurs du marché ? La question nest pas simple
Si on laisse libre cours aux lois du marché, rares seront ceux qui sengageront dans des filières lourdes, non encore compétitives. Les centrales « combinés gaz » vont proliférer sans doute, entraînant le risque dun choc gazier du même type que les chocs pétroliers que nous avons déjà connus.
Les réflexions sur les choix énergétiques ne peuvent se borner à des considérations éthiques ou techniques, ni à des supputations sur les innovations technologiques. Il existe aussi un besoin dinnovation dans la manière de conduire la politique énergétique dans un contexte de marché où les décideurs sont aussi les investisseurs, face à leurs clients. On ne peut plus faire du « tout-État », ni du « tout-libéral ». Nous devons envisager des entreprises et des États « du troisième type » : tous doivent prendre en compte lintérêt général, y compris celui des générations futures de lensemble de la planète.
Intervention de M. Denis Cheissoux,
producteur à France Inter
Monsieur Besson voudrait intervenir sur la hiérarchisation des énergies, je crois
Intervention de M. Jean Besson,
député du Rhône, chargé de mission pour le débat national sur les énergies
Je voulais simplement préciser que ce que jentends me conforte dans cette idée de la nécessité de hiérarchiser les problèmes, les besoins et donc les énergies susceptibles de les satisfaire.
Il sagit aussi de hiérarchiser les gisements déconomie dénergie, les efforts de recherche, les dispositifs daide à linvestissement ou du soutien au développement, en particulier pour les énergies renouvelables.
Nous devons enfin hiérarchiser les priorités dans le temps, dautant que nous travaillons sur une durée largement supérieure à celles auxquelles nous sommes accoutumés.
CONCLUSION DU COLLOQUE
Intervention de M. Henri Revol,
sénateur de la Côte dOr, président du groupe détudes de lÉnergie du Sénat
La prospective est nécessaire, surtout sur un sujet comme lénergie, qui nécessite recherche et investissements sur plusieurs décennies et dont les incidences se font sentir sur le climat pour des dizaines ou des centaines de milliers dannées.
Je voudrais par ailleurs souligner le caractère crucial du développement de la filière énergétique pour nos sociétés humaines et inviter à sinterroger sur le nouvel obscurantisme qui menace ce développement.
Au cours des prochaines années, les besoins énergétiques deviendront considérables, comme nous lavons entendu, et les ressources fossiles vont sépuiser, quelle que soit léchéance de cet épuisement. De graves chocs énergétiques sont donc à craindre, dont les conséquences sont difficilement imaginables, même à la lumière de ce que nous avons connu au début des années 1970 à la suite du choc pétrolier !
Depuis cette époque, est intervenue la question du changement climatique, qui nous oblige à réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière drastique.
Un champ dinvestigation important est ouvert : il concerne le développement des économies dénergie, les matériaux de construction, la conception de lhabitat, la régulation des moyens de chauffage et de climatisation, lamélioration du rendement des moyens de transport, etc. Des politiques dynamiques doivent être mises en uvre pour la réduction de la demande et lamélioration de lefficacité énergétique.
Jen reviens à lidée dobscurantisme.
Des efforts de recherche considérables seront nécessaires au cours des années à venir. Ces efforts ne seront réalisables que si les pouvoirs publics ne font pas de concessions à une sorte de nouveau malthusianisme qui tourne le dos aux progrès des connaissances et des techniques. Divers prescripteurs dopinion influencent sur ce sujet les médias dans un sens qui napparaît souvent nullement conforme à lintérêt collectif.
Nos concitoyens ont peur, peur de la technologie, peur des changements anthropiques, peur de lavenir. Au nom du beau principe de précaution, on peut se demander aujourdhui si Pasteur aurait osé vacciner contre la rage, ou si Fleming aurait administré la première dose dantibiotique !
Nous devons éclairer le public sur ce point : sans des efforts de recherche énormes, nul ne pourra relever le défi énergétique. Les Américains lont dailleurs compris : ils ont lancé de très importants programmes en la matière.
Toutes les voies sont à explorer.
Nous devrons régler le problème de la gestion des déchets nucléaires le plus rapidement possible, et faire en sorte quil en soit produit de moins en moins.
Les recherches sur la fusion doivent saccélérer, notamment dans le cadre du projet ITER, même si certains zélateurs du principe de précaution préféreraient des moulins
à parole !
Les travaux sur lhydrogène sont en bonne voie, et pourraient nous aider à résoudre le lancinant problème des transports.
Je noublie pas, sur la réalisation de fermes éoliennes rentables, les études sur lénergie du soleil ou encore sur des moyens tels que la captation des rayons solaires dans lespace et leur renvoi sur Terre.
Les recherches sur la séquestration du carbone sont à poursuivre, tout comme celles qui concernent les énergies renouvelables telles que le bois, lhydraulique, etc.
Aucune hypothèse ne doit être écartée.
Il nous faut par ailleurs aider nos concitoyens à sortir dune attitude schizophrénique consistant à consommer toujours plus dénergie tout en voulant que lon en produise toujours moins ! Nous devons pour cela agir sur les mentalités, notamment en attestant notre confiance dans le progrès.
Gouverner, cest prévoir. Les Rencontres de prospective du Sénat, qui abordent au fil des mois des sujets dans des domaines très variés, nous ont amenés aujourdhui à réfléchir sur lénergie. Jen remercie les organisateurs et tous les intervenants.
BIOGRAPHIES DES INTERVENANTS
Jean Besson
Député du Rhône (depuis 1986). Chargé de mission pour le Débat national sur les énergies, ministère délégué à lIndustrie auprès du Ministre de lEconomie des Finances et de lIndustrie. Sa mission consiste à accompagner lorganisation du Débat, den être le relais auprès de lensemble des élus et de contribuer aux conclusions par la remise dun rapport.
Maire de Tarare (1983-94).
Alain Bugat
Administrateur général du Commissariat à lénergie atomique (CEA) (depuis janvier 2003).
A débuté sa carrière au CEA à la Direction des applications militaires (1973). Après un passage à la direction générale de lindustrie au ministère de lIndustrie (1982-84), retour au CEA en tant quadjoint au directeur des essais à la direction des applications militaires (1984-89). Directeur général adjoint de Cisi ingénierie (1989-92), dont il devient directeur général (1992). Directeur de la direction des technologies avancées (DTA) au CEA (1992-99). Président-directeur général de Technicatome (1999-2003).
François Cattier
Administrateur du service des Analyses économiques de lAgence internationale de lénergie (AIE) (depuis 1999), chargé de la modélisation de loffre dénergies fossiles et responsable des projections pour lUnion européenne, les pays de lOCDE et la Russie.
Avant de rejoindre lAIE, économiste à lInstitut déconomie et de politique de lénergie à Grenoble (IEPE).
Auteur de plusieurs articles sur lévolution à long terme de loffre et de la demande dénergie ; co-auteur des « World Energy Outlook » , (2000, 2001, 2002); a contribué à dautres ouvrages pour lAIE.
Jean Delsey
Ingénieur ICPI. Conseiller scientifique « Energie-propulsion-environnement » à lInstitut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS).
Entré à lINRETS (dès 1971), chargé de missions « Transports terrestres » au ministère de la Recherche (1981-86). Directeur du laboratoire Energie-Nuisances à lINRETS (1986-99). Dans le cadre du programme Predit 3 (mis en place en 2002), il préside le groupe n°8 « Véhicules propres et économes ».
Auteur de nombreuses publications et communications dans le domaine de lénergie dans les transports et en particulier dans le secteur routier.
Dominique Dron
Présidente de la Mission interministérielle de leffet de serre (MIES) (depuis 2002).
Responsable éditoriale de la revue « Responsabilité et Environnement ». Présidente du Comité scientifique et technique du Pôle Environnement du CNAM.
Directeur du programme prioritaire « Déchets » puis directeur du développement de l'Ademe (1992-94). Directrice de la Cellule prospective et stratégie au ministère de lEnvironnement (1994-2000). Rapporteur de la Commission française du développement durable (1996-99). Vice-présidente de la task force « Transports durables » de l'OCDE (1996-99). Membre du Forum des prospectivistes environnementaux du G8 (1996-99). Membre du Groupe de pilotage haut niveau de la stratégie environnementale de lOCDE (1999-2000).
Eric Dyevre
Président du directoire de LA SNET (depuis janvier 2003).
Chef du service missiles, artillerie sur porte avions, croiseur lance-missile et aviso escorteur (1976-88). Chef du bureau de léquipement à la direction de la Sécurité civile au ministère de lIntérieur (1988-91), puis directeur de cabinet du directeur de la Sécurité civile (1991-93). Chef du service économique et financier à la direction des Hydrocarbures au ministère de lIndustrie (1993-95), puis chef du service Charbon à la direction du gaz, de lélectricité et du charbon (1995-98). Directeur financier et de la stratégie de Charbonnages de France (1998-2001), puis directeur général adjoint en charge des finances et de la restructuration et responsable des dossiers environnementaux (2001-03).
Gérard Friès
Directeur général adjoint de lInstitut français du pétrole (IFP) (depuis 2001).
Au sein de Elf : directeur de secteur à Elf Gabon (1989-92), responsable opérationnel pour Elf Neftegaz en Russie et au Kazakstan (1992-94), directeur de lexploration dElf Aquitaine Exploration Production France (1994-97), directeur de Elf Gabon (1997-99), directeur du Centre de recherche en géoscience de TotalFinaElf Exploration UK PLC (1999-2001).
Philippe Garderet
Directeur de linnovation et des technologies émergentes du Groupe Areva. Président-directeur général de Technicatome (depuis mars 2003).
Après son entrée au CEA (1972), il devient responsable de divers projets de recherche au sein du LETI à Grenoble, notamment sur le traitement du signal, les systèmes dimageries numériques et des architectures électroniques de processeurs dédiés à ces applications et mettant en jeu les technologies de la micro-électronique. Chef du département délectronique et dinstrumentation nucléaire du CEA-Saclay (1987). Puis au sein de la direction générale du CEA (à partir de 1991), il occupe les responsabilités de directeur adjoint, puis de directeur de la stratégie et de lévaluation, et de directeur des ressources humaines et des relations sociales du CEA et de CEA-Industries.
Roger Guesnerie
Professeur au collège de France (depuis 2000). Membre du Conseil danalyse économique. Directeur détudes à lEcole des hautes études en sciences sociales (EHESS) (depuis 1978). Président de lAssociation française de sciences économiques.
Directeur de recherche au CNRS. Directeur du département déconomie théorique et appliquée à lEcole normale supérieure.
Auteur de plusieurs ouvrages théoriques comme « Modèles de léconomie publique », éd. CNRS (1980), de rapports administratifs, et récemment dun rapport au Conseil danalyse économique « LEconomie de leffet de serre », présenté au Premier ministre en juillet 2002.
Erik Guignard
Conseiller prospective du président du Syndicat des énergies renouvelables (SER) (depuis 1998).
Adjoint puis sous-directeur des affaires économiques et financières à la Délégation générale pour larmement (1984-90). Directeur de linformation, des marchés et de la concurrence à Thomson-CSF (1990-92). Conseiller pour le management, la technologie et linnovation du président de lassociation nationale pour la recherche technique (ANRT) (1992-98).
Dominique Maillard
Directeur général de lEnergie et des Matières premières (DGEMP) au ministère de lEconomie, des Finances et de lIndustrie (depuis 1998). A ce titre, administrateur de l'ADEME, de l'ERAP, de La Poste et d'AREVA, commissaire du gouvernement auprès de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), membre du Comité de l'énergie atomique et président du Comité de direction de l'Agence Internationale de l'énergie.
Au sein de la DGEMP : secrétaire général de lObservatoire de lénergie (1982-84), adjoint au directeur du Gaz, de lElectricité et du Charbon (1985-90), adjoint au directeur (1990), directeur du Gaz, de lElectricité et du Charbon (1991-95). Directeur de lEconomie, de la Stratégie et des Investissements puis directeur de la Stratégie à la SNCF (1995-98).
Alain Maugard
Président du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) (depuis 1993).
A occupé différentes fonctions au ministère de lEquipement : directeur de la politique technique au sein de la direction de la Construction au ministère de lEquipement. Directeur de la Construction puis directeur général de lEtablissement public daménagement de la défense (EPAD). Membre du Conseil scientifique de lADEME (1996-2001) et membre du Conseil scientifique de Gaz de France (1993-99).
Au niveau européen, après avoir présidé le réseau ENBRI qui regroupe les principaux organismes de recherche européens du bâtiment, il a été élu à la tête de lUEAtc (Union pour lAgrément Technique dans la construction) (2002).
André Merlin
Président du Forum européen des Transports de lEnergie (depuis 2002). Directeur général de Réseau de transport délectricité (RTE) (depuis 2000). Président de lassociation européenne des gestionnaires de réseaux de transport délectricité (ETSO) (depuis 2001). Président du Comité technique du Conseil international des grands réseaux électriques (depuis 1996). Membre fondateur de lUnion pour la coordination du transport délectricité en Europe (UCTE).
A occupé différentes fonctions au sein dEDF (1968-97) ; dont notamment celles de directeur de la Production hydraulique et thermique classique, du Transport d'énergie et des télécommunications, de l'Exploitation du système électrique et directeur du Marché de la grande industrie (1994-97).
Michèle Pappalardo
Présidente de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie (ADEME) (depuis janvier 2003). Chargée de lélaboration de la stratégie française du Développement durable auprès de Roselyne Bachelot, ministre de lEcologie et du Développement durable, et de Tokia Saïfi, secrétaire dEtat au Développement durable (depuis 2002).
Directrice financière puis directrice des affaires générales et financières de Télédiffusion de France (1986-88). Directrice du cabinet de Michel Barnier, ministre de lEnvironnement (1993-95). Directrice générale de ladministration et du développement au ministère de lEnvironnement (1995-96). Directrice générale de France 2 (1996-99).
Henri Revol
Sénateur de la Côte dOr (depuis 1989). Président de lOffice parlementaire dévaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Président du groupe détudes de lEnergie. Maire de Messigny-et-Vantoux (depuis 1971). Conseiller général de la Côte dOr (depuis 1973). Vice-président du Conseil général de la Côte dOr (depuis 1983). Co-auteur avec Jacques Valade dun rapport dinformation (session 2000-2001) au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan sur la sécurité dapprovisionnement en Energie de lUnion européenne (réponses aux questions du Livre Vert de la Commission européenne).
Alexandre Rojey
Président de Cedigaz, association internationale, regroupant plus de 190 compagnies, qui édite des études sur le gaz naturel. Directeur Gaz naturel à lInstitut français du pétrole (IFP).
Très impliqué dans le développement de nouveaux procédés de traitement, liquéfaction et conversion chimique du gaznaturel.
Auteur de nombreuses publications, de plus de 100 brevets et dun ouvrage sur le gaz naturel.
François Roussely
Président dEDF (depuis 1998).
Directeur général de la Police nationale (1989-91). Secrétaire général pour ladministration au ministère de la Défense (1991-97). Membre du comité de lénergie nucléaire du Commissariat à lénergie atomique (1991-97). Membre du conseil dadministration de la Société nationale immobilière (1991-97). Conseiller maître à la Cour des comptes (1994). Secrétaire général et membre du comité exécutif de la SNCF (1997). Directeur du cabinet civil et militaire dAlain Richard, ministre de la Défense (1997-98).
Victor Sanchez
Directeur du département des Sciences de lingénieur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) (depuis janvier 2001). Membre-expert du comité consultatif crée dans le cadre du Débat national sur les Energies.
Directeur de recherche au CNRS (depuis 1981). Consultant auprès de Matra (1984-87), puis expert auprès de Matra Espace et de Roussel-Uclaf pour une expérience embarquée avec McDonnell Douglas. Directeur du groupement de recherche mixte CNRS/Lyonnais des eaux « Filtration et fibres creuses » (1988-92).Directeur du groupement de recherche mixte CNRS/CNES sur la bioséparation en microgravité (1989-95). Directeur du laboratoire Génie chimique, UMR 5503.
Titulaire de six brevets CNRS, Rhône-Poulenc, Fromageries Bel.
Helmut Schmitt Von Sydow
Directeur pour les énergies conventionnelles à la direction générale de lEnergie et des Transports de la Commission européenne (depuis 2003).
Fonctionnaire à la Commission européenne (depuis 1971), ayant travaillé surtout dans les domaines du marché intérieur et de la politique industrielle, mais également à la direction générale des Relations extérieures au groupe du Porte-parole et au cabinet du vice-président de la Commission. Directeur pour lindustrie des biens dinvestissement (1996-2000). Conseiller principal pour les ressources humaines et financières à la direction générale des Entreprises.
Auteur de plusieurs livres et articles relatifs au droit européen, concernant notamment les questions institutionnelles et la politique du marché intérieur.
Michel Spiro
Directeur de lInstitut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3) au CNRS (depuis 2003).
Maître de conférence à lEcole polytechnique en mécanique quantique puis en équilibre et évolution stellaire, et énergie et environnement (1983-99). Président de la division physique des particules (1984-88) de la Société française de physique. Enseignant dans le DEA de physique théorique de Paris (1990-92). Chef du service de physique des particules au CEA (1991-99), et responsable du segment Unification des interactions fondamentales (1993-2000). Chargé de mission par la DSM et lIN2P3 pour lastroparticule et les neutrinos (1999). Secrétaire (2000) puis président (2001) de la division physique des hautes énergies de lEPS.
Christian Stoffaës
Président de lInitiative pour des services dutilité publique en Europe (ISUPE). Directeur de la prospective et des relations internationales dElectricité de France (EDF) (depuis 1991). Directeur exécutif du Fonds E7 pour le développement énergétique durable. Président de la Commission détude sur les autorités communautaires de régulation des industries de réseaux dans la perspective de la Directive Cadre et du Livre Vert sur les services dintérêt économique général. Professeur associé à luniversité Paris IX Dauphine et à lIEP de Paris.
Directeur adjoint des industries électroniques et de linformatique (1982-86). Chargé de mission auprès du ministre (1986-88).
Auteur douvrages et darticles économiques sur léconomie industrielle et sur la régulation.
René Trégouët
Sénateur du Rhône (depuis 1986). Président du Groupe de prospective du Sénat (depuis 2000). Vice-président de lOPECST et membre de la Commission des Finances du Sénat. Rapporteur du budget de la recherche pour le Sénat. Conseiller général du Rhône (depuis 1973), puis premier vice-président du Conseil général. Président dentreprises industrielles.
Jacques Valade
Sénateur de la Gironde (1980-87 ; depuis 1989). Président de la commission des Affaires culturelles. Vice-président du groupe détudes de lEnergie. Membre de lOPECST. Conseiller municipal de Bordeaux. Conseiller régional dAquitaine.
Co-auteur avec Henri Revol dun rapport dinformation (session 2000-2001) au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan sur la sécurité dapprovisionnement en Energie de lUnion européenne (réponses aux questions du Livre Vert de la Commission européenne).
Ancien vice-président du Sénat. Ancien ministre. Ancien député.
Jean-Luc Vermeulen
Directeur général amont, TotalFinaElf (depuis 2002).
Au sein du groupe Elf Aquitaine : chef du service mathématiques appliquées du département recherche de la branche exploration-production (1970-75), chef de département à la direction du gaz naturel (1975-80), directeur géographique adjoint Amérique Australie (1980-82), directeur général d'Elf Aquitaine Oman (1982-84), directeur des filiales d'exploration (1984-86), directeur général d'Elf Serepca au Cameroun (1986-90), directeur des acquisitions à la direction générale des hydrocarbures (1990-91), directeur géographique Afrique (1991-96), directeur délégué exploration-production (1996-97), président-directeur général d'Elf Exploration Production (1997-2000), directeur général exploration-production (2000-01).
Alain Werquin
Président de la commission pétrole et gaz de lUnion des industries utilisatrices dénergie (UNIDEN). Membre du bureau de lInternational Federation of Industriel Energie Consummer (IFIEC Europe).
A fait sa carrière dans lindustrie comme directeur de différentes usines après avoir travaillé à Charbonnage de France comme ingénieur dans les mines de charbon. Dernière fonction exercée : directeur de lénergie du groupe Rhône Poulenc. Ancien président de la commission électricité de lUNIDEN.
C. Pierre Zaleski
Délégué général du Centre de géopolitique de lénergie et des matières premières (CGEMP) à luniversité Paris IX Dauphine, quil a crée avec André Giraud (1981).
Directeur de la Bibliothèque polonaise de Paris (depuis 1999).
Chef de léquipe chargée détudier les réacteurs à neutrons rapides au CEA. Coordinateur de la filière des centrales à neutrons rapides à EDF. A enseigné à UCLA et au MIT (Etats-Unis). Consultant de lindustrie et de lautorité de sûreté nucléaire (Etats-Unis). Directeur de lA.N.R.T.. Président-fondateur de lEuroptica Services I.C..
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