La fête
... des secteurs nucléaire ou chimique, du transport de matières dangereuses. ...
8.2 ? QUELQUES PRÉCISIONS AU SUJET DU MTBF ? MUT ? MDT ? MTTR : .....
à une mauvaise utilisation ou à une ambiance de fonctionnement exceptionnelle.
..... et dépendent de la valeur de (les tableaux sont donnés dans le TD 20).
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pas dans cette présentation. Signalés et soulignés en rouge, ils sont cependant disponibles sur simple demande en sadressant à HYPERLINK "mailto:francis.klakocer@ac-strasbourg.fr" francis.klakocer@ac-strasbourg.fr
HYPERLINK \l "bibliographie" Bibliographie officielle
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Problématique
Depuis toujours, les hommes ont éprouvé le besoin de fêter un moment du calendrier (fête du retour du printemps, fête du solstice dhiver, fête du Nouvel An
), une solennité religieuse (fête de la naissance du Christ, de la fin du Ramadan, Yom Kippour
), un événement historique ou social (fête de la prise de la Bastille, fête du Travail en France, Fête Nationale en Allemagne, Independence Day aux États Unis
). Ils ont également organisé des fêtes pour des événements personnels, autour des anniversaires de la naissance, du mariage, de la mort, autour des rites de passage.
Dans tous les cas, la fête est associée à une durée au cours de laquelle on rompt avec le quotidien et avec lindividualisme ou la solitude : on cesse de travailler, on change de vêtements, on se réunit, on mange, on danse, on assiste ou on participe à un spectacle, on décide dêtre joyeux ensemble, de se souvenir et de se recueillir ensemble. La fête est alors vécue comme un temps de partage.
Les hommes ont également exprimé dans la fête leurs angoisses (le soleil va-t-il revenir réchauffer la Terre ? cesse-t-on dappartenir à la communauté lorsque lon meurt ?), les conditions difficiles de leur existence (on ne sarrête guère de travailler, sauf les jours de fêtes, jusquau XX° siècle), la nécessité de permettre une transgression pour mieux supporter les contraintes du quotidien (effacement ou inversion des identités sociales dans les Saturnales, dans le Carnaval), le besoin de sinscrire dans des cycles et dans le temps (celui des saisons, celui de la naissance et de la mort).
Les fêtes sont un héritage du passé. Peut-on penser quelles vont disparaître avec les changements culturels, économiques, sociaux, historiques de notre époque ? Les nouvelles fêtes (Fête des Mères, Fête de la Musique, Fête de lInternet
) ou les fêtes dune communauté exportées vers dautres (Fête dHalloween) sont-elles signe de la vitalité du processus festif ou de son détournement (récupération économique, instrumentalisation politique) ? Les fêtes continuent-elle de cimenter les liens collectifs ou font-elles courir le risque datomiser les communautés ?
Indications bibliographiques
Ces indications ne constituent en aucun cas un programme de lectures. Elles constituent des pistes et des suggestions pour permettre à chaque enseignant de sorienter dans la réflexion sur le thème et délaborer son projet pédagogique.
Littérature
Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes (chapitres 13 et 14)
La BIBLE : Le veau dor, Les noces de Cana
L. F. CELINE, Voyage au bout de la Nuit, fin du roman, à partir de « On peut dire quon en a eu alors de la fête plein les yeux ! Et plein la tête aussi ! »
V. HUGO, Les Misérables, Cinquième partie, livre VI, chapitre 1 (le carnaval)
V. HUGO, Notre-Dame de Paris, premier livre, chapitre V (la fête des fous)
J.J. Rousseau, La Nouvelle Héloïse, partie 5, Lettre VII (La fête des vendanges à Clarence)
E. Zola, LAssommoir, chapitre III (Le repas de la noce), chapitre VII (La fête de Gervaise)
Essais
M. BAKHTINE, Luvre de François Rabelais et la culture populaire au moyen âge et sous la renaissance
R. CAILLOIS, LHomme et le sacré (chapitre IV en particulier)
J. CAZENEUVE, La vie dans la société moderne
O. Donnat, Les pratiques culturelles des Français, Enquête 1997, La Documentation Française, Paris, 1998.
D. Fabre, Carnaval ou la fête à l'envers, collection Découvertes, Gallimard, 1992
S. FREUD, Totem et tabou
R. GIRARD, La Violence et le sacré
A. Glauser-Matecki, Le Premier mai ou le Cycle du printemps, Imago, 2002
M. Mazoyer, J. Perez Rey, F. Malbran-Labat, R. Lebrun, La Fête, de la transgression à l'intégration, L'Harmattan 2003
M. Mazoyer, J. Perez Rey, F. Malbran-Labat, R. Lebrun, La Fête, la rencontre des dieux et des hommes, L'Harmattan, 2004
M. Perrot, Ethnologie de Noël, une fête paradoxale, Grasset, 2000
Ph. Urfalino, L'invention de la politique culturelle, Comité d'Histoire du Ministère de la Culture, Paris, La documentation Française, 1996.
« Calendriers et fêtes, les éternels retours », Textes et documents pour la classe, 1998, CNDP
Article Fête dans le Dictionnaire des littératures française et étrangères, Larousse
Films, documents iconographiques, bandes dessinées
M. CAMUS, Orfeu negro
M. CARNE, Les Enfants du Paradis (scène de fête dans les rues de Paris)
L. COMENCINI, Casanova, une adolescence à Venise
G. Corbiau Le roi danse
M. NEWELL, Quatre mariages et un enterrement
M. OPHULS, Le Plaisir
L. Riefenstahl, Les Dieux du stade
J. Tati, Jour de Fête
Th. Vincent, Karnaval
L. VISCONTI, Le guépard
Peinture : par exemple
Jérôme BOSCH, La nef des fous
BRUEGHEL lAncien, Le combat de Carnaval et de Carême
BRUEGHEL le Jeune, Noces villageoises
BRUEGHEL d'Enfer, Danse des noces, Kermesse flamande
Francesco GUARDI, Le doge de Venise offre à déjeuner aux ambassadeurs
Francisco GOYA, Lenterrement de la sardine
Nicolas POUSSIN, Ladoration du veau dor
Peter Paul RUBENS, La Kermesse ou la Noce de Village
Auguste RENOIR, Bal du moulin de la Galette Montmartre
Jan STEEN, Ladoration du veau dor
Photographie : par exemple
Photographies du carnaval de Rio, de Venise
Willy RONIS : photographies de bals du 14 juillet
Sites internet
Site « Joconde » pour les peintures évoquant le carnaval de Venise, la Fête du 14 Juillet, etc.
« Fêtes en ville, villes en fêtes », Isabelle Garat, Internet, cafe-geo.net, 13 novembre 2005
Mots clés
Fête païenne fête religieuse fête nationale fête populaire - fête de famille
Communauté - commémoration rituel rites
Célébration cérémonie - cérémonial
Solennité réjouissance - liberté - rupture transgression fête des fous
Essais :* Collectifs :- revue Autrement a publié en 2004 un volume sur la fête techno: La fête techno, tous ensemble et tout seul, sous la dir de Bétrice Mabilon-Monfils- M. MAZOYER, J. PEREZ REY, F. MALBRAN-LABAT, R. LEBRUN, La Fête, de la transgression à l'intégration, L'Harmattan 2003 - ISBN : 2747574148 - M. MAZOYER, J. PEREZ REY, F. MALBRAN-LABAT, R. LEBRUN, La Fête, la rencontre des dieux et des hommes, L'Harmattan, 2004 - ISBN : 274757413X- Antho à paraître. Titre ? Préface de Marc Bussière, Philippe Labaune. Cette anthologie sur le thème de la fête s'organise autour de trois parties : la rupture avec le quotidien, la transgression éphémère et les manières dont la fête fédère. ISBN : 2-08-072259-X - Date de parution : 18.08.2006 - à paraître - Prix : 4,00 ¬ - Format : 13 x 18 cm / 160 pp. - « Calendriers et fêtes, les éternels retours », Textes et documents pour la classe, 1998, CNDP- Article « Fête » dans le Dictionnaire des littératures française et étrangères, Larousse * Essais ou extraits :- M. BAKHTINE, Luvre de François Rabelais et la culture populaire au moyen âge et sous la renaissance,- texte de BAUDELAIRE tiré de Curiosité Esthétique trouvé dans le manuel Culture et Méthode d'Hélène Sabbah, édition 1996, p.246. Baudelaire y exprime son rejet du progrès technique :« Je laisse de côté la question de savoir si, délicatisant l'humanité en proportion des jouissances nouvelles qu'il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture; si, procédant par une opiniâtre négation de lui-même, il ne serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si, enfermé dans le cercle de feu de la logique divine, il ne ressemblerait pas au scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue, cet éternel desideratum qui fait son éternel désespoir ? »- Yves-Marie BERCÉ : Fête et révolte : Des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle, ( Hachette (2006) - Collection : Pluriel histoire - 253 pages- ISBN : 2012793142- Roger CAILLOIS, L Homme et le sacré (chapitre IV en particulier)- J. CAZENEUVE, La vie dans la société moderne- Nadine CRETIN : Fêtes et traditions occidentales, PUF, collection « Que Sais-Je ? » n° 3518 (1999)- O. DONNAT, Les pratiques culturelles des Français, Enquête 1997, La Documentation Française, Paris, 1998.- Daniel FABRE : Carnaval ou la fête à l'envers, collection Découvertes, Gallimard, 1992 - 160 p - ISBN : 2070531635 : comporte une partie historique et une conclusion intéressantes (p 109) et différents documents (p114 à 151) permettant de construire une synthèse- S. FREUD, Totem et tabou, ch.4 la partie 6, p.168 à 172- R. GIRARD, La Violence et le sacré, ch. 5, avec en particulier p.189 un ex. de "fête qui tourne mal", intéressant pour étudier les composantes cruelles du phénomène- A. GLAUSER-MATECKI, Le Premier mai ou le Cycle du printemps, Imago, 2002- Jacques HEERS : Fêtes des fous et carnavals, Hachette Littérature, coll "Pluriel" (1997) 315 p - ISBN : 2012788289- Jérôme JACOBS : Fêtes et célébrations : petite histoire de nos coutumes et traditions, éd. J'ai Lu, coll. Librio, repères, n° 594 (2003) 2 ¬ - Martyne PERROT , L'Ethnologie de Noël, une fête paradoxale (Grasset 2000) est riche et stimulant. Chargée de recherches en sociologie au CNRS, l'auteur y étudie d'abord les origines profanes et sacrées d'une fête étroitement liée aux rituels du solstice d'hiver et tardivement introduite dans la culture de masse par l'Angleterre victorienne (étude de l'idéologie véhiculée par les contes de Noël). Puis elle consacre un chapitre au père Noël, avatar de saint-Nicolas popularisé au XIXème s par une légende newyorkaise née dans la littérature de l'émigration hollandaise et exportée en Europe après la 2ème guerre mondiale: la figure de Santa Claus. Le passage sur la polémique suscitée en 1951 par l'autodafé de l'effigie du père Noël devant le parvis d ela cathédrale de Dijon n'est pas seulement savoureux; il ouvre sur une lecture alléchante de l'article publié par Levi-Strauss dans Les Temps modernes en mars 1952 et réédité en 2003 par les éditions du Sable dans un tiré à part : "le père Noël supplicié". Les deux chapitres consacrés à l'échange des cadeaux donnent lieu à une étude sociologique qui voit dans ce rite contraignant une forme moderne du potlatch .Enfin le chapitre intitulé "l'enfant passeur" rattache le rituel des cadeaux faits à l'enfant-roi et aux + jeunes à ce hors-temps de la fête suspendue entre ombre et lumière, mort et vie qu'induisaient les fêtes du solstice, les Saturnales... L'album Sous les images, Noël, publié au Seuil par Martyne Perrot (2002), complète l'information par une abondante iconographie: je l'ai trouvé dans une médiathèque municipale.- Ph. URFALINO, L'invention de la politique culturelle, Comité d'Histoire du Ministère de la Culture, Paris, La documentation Française, 1996.- Philippe WALTER, Mythologie chrétienne, Fêtes, rites et mythes du Moyen-Âge, 2ème édition complétée, éd. Imago, 2003 Films :- Le Festin de Babette, de Gabriel AXEL (1987)- M. CAMUS, Orfeu negro- M. CARNE, Les Enfants du Paradis (scène de fête dans les rues de Paris)- L. COMENCINI, Casanova, une adolescence à Venise- G. CORBIAU Le roi danse- M. NEWELL, Quatre mariages et un enterrement- M. OPHULS, Le Plaisir- Quand la mer monte, de G. Porte et Y. Moreau, (DVD Studiocanal) a pour contexte une ducasse- L. RIEFENSTAHL, Les Dieux du stade- Jour de fête, de Jacques TATI (1949)- Th. VINCENT, Karnaval- Festen - fête de famille, de Thomas Vinterberg (1998)- L. VISCONTI, Le guépard- le bal dans Roméo et Juliette de ZEFIRELLI èð En usage public sur le site Colaco, pour achat CDI : Le Roi danse, de Corbiau (50e5O); Quatre mariages et un enterrement, Newell (41e90); Le Guépard de Visconti (50e50) * Quelques pistes pour analyser certains des films proposés pour illustrer le thème de la fête :- HYPERLINK "http://www.artepro.com/programmes/10018/presentation.htm" http://www.artepro.com/programmes/10018/presentation.htm- HYPERLINK "http://www.cineclubdecaen.com/realisat/visconti/guepard.htm" http://www.cineclubdecaen.com/realisat/visconti/guepard.htm- HYPERLINK "http://www.fluctuat.net/2135-Karnaval-Thomas-VINCENT" http://www.fluctuat.net/2135-Karnaval-Thomas-VINCENT- HYPERLINK "http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=182.html" http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=182.html- HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Enfants_du_paradis" http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Enfants_du_paradis- HYPERLINK "http://films.blog.lemonde.fr/films/2005/10/plaisir.html" http://films.blog.lemonde.fr/films/2005/10/plaisir.html Littérature : * Extraits de textes romanesques :- La Bible : Le veau dor, Les noces de Cana- L. F. Céline, Voyage au bout de la Nuit, fin du roman, à partir de « On peut dire quon en a eu alors de la fête plein les yeux ! Et plein la tête aussi ! »- Flaubert, Madame Bovary, la noce d'Emma et de Charles- Alain Fournier, Le Grand Meaulnes (chapitres 13 et 14)- V. Hugo, Les Misérables, Cinquième partie, livre VI, chapitre 1 (le carnaval)- V. Hugo, Notre-Dame de Paris, premier livre, chapitre V (la fête des fous)- J.J. ROUSSEAU, La Nouvelle Héloïse, partie 5, Lettre VII (La fête des vendanges à Clarence)- E. ZOLA, LAssommoir, chapitre 3 (Le repas de la noce), chapitre 7 (La fête de Gervaise), "l'oie"... > cf site HYPERLINK "http://www.infx.info/quidnovi/article.php3?id_article=577" http://www.infx.info/quidnovi/article.php3?id_article=577 HYPERLINK "http://www.infx.info/quidnovi/article.php3?id_article=577" et HYPERLINK "http://jacquesmottier.online.fr/pages/fete_oie.html" http://jacquesmottier.online.fr/pages/fete_oie.html HYPERLINK "http://jacquesmottier.online.fr/pages/fete_oie.html" * Théâtre :- Le carnaval qui figure dans le "Molière" dAriane Mouchkine Manifestations/actualité :- en plein "Mondial", le football est il une fête ? - Le carnaval de Venise Manuels :- éd.Nathan, Textes et Méthodes, 1994, Pouzalgues-Damon, La fête et le sacré, page 166 - "les Techniques du Français", Nathan Technique, Peyroutet et alii, 1997: page 90 exercice 4; document iconographique n° 3 page 183- Deux textes relativement courts (une courte page chacun) pouvant servir à des exercices variés sur la fête collective et le carnaval. Français BTS, textes et méthodes, Nathan technique (Yannick Artignan), édition de 1999, p. 48-49 Peinture :Jérôme BOSCH, La nef des fousBRUEGHEL lAncien, Le combat de Carnaval et de CarêmeBRUEGHEL le Jeune, Noces villageoisesBRUEGHEL d'Enfer, Danse des noces, Kermesse flamandeFrancesco GUARDI, Le doge de Venise offre à déjeuner aux ambassadeursFrancisco GOYA, Lenterrement de la sardineNicolas POUSSIN, Ladoration du veau dorPeter Paul RUBENS, La Kermesse ou la Noce de VillageAuguste RENOIR, Bal du moulin de la Galette MontmartreJan STEEN, Ladoration du veau dorPhotographies : - Photographies du carnaval de Rio, de Venise- Willy RONIS : photographies de bals du 14 juilletRadio (émissions) :- émission de La Nouvelle Fabrique de l'Histoire, producteur Emmanuel Laurentin, sur le thème de la fête a été programmée par France Culture les 10, 11, 12 et 13 juillet 2006.èðhttp://www.radiofrance.fr/chaines/France-culture2/emissions/fabriquenew/fiche.php?diffusion_id=43728- France Culture, l émission (?) Répliques de Finfielkraut propose quelques réflexions intéressantes sur la fête et "l'homo festivus".C'est certainement réécoutable sur le site. Sites Internet : (Attention aux adresses trop longues et qui dépassent une ligne)- article "fête" de Wikipédia : HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte" http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte" HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_pa%C3%AFenne" http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_pa%C3%AFenne HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_pa%C3%AFenne" " fêtes païennes HYPERLINK "http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Jeu--Le_jeu_le_rite_la_fete_par_Jean_Proulx" http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Jeu--Le_jeu_le_rite_la_fete_par_Jean_Proulx HYPERLINK "http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Jeu--Le_jeu_le_rite_la_fete_par_Jean_Proulx" HYPERLINK "http://www.joyeuse-fete.com/" http://www.joyeuse-fete.com/ - la fête de la lumière : HYPERLINK "http://www.censure.org/politique/religions/catho/carnaval.htm" http://www.censure.org/politique/religions/catho/carnaval.htm HYPERLINK "http://www.censure.org/politique/religions/catho/carnaval.htm" HYPERLINK "http://www.planetenonviolence.org/La-Rave-fete-totale,-rituel-de-transe,-rassemblement-culturel,-cultuel-ou-techno-spirituel-,2005-05-06_a127.html" http://www.planetenonviolence.org/La-Rave-fete-totale,-rituel-de-transe,-rassemblement-culturel,-cultuel-ou-techno-spirituel-,2005-05-06_a127.html HYPERLINK "http://www.planetenonviolence.org/La-Rave-fete-totale,-rituel-de-transe,-rassemblement-culturel,-cultuel-ou-techno-spirituel-,2005-05-06_a127.html" HYPERLINK "http://cultureetloisirs.france2.fr/patrimoine/dossiers/14888357-fr.php?page=accueil" http://cultureetloisirs.france2.fr/patrimoine/dossiers/14888357-fr.php?page=accueil HYPERLINK "http://cultureetloisirs.france2.fr/patrimoine/dossiers/14888357-fr.php?page=accueil" - les principales fêtes des principales religions ;voir aussi : HYPERLINK "http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/religieux/fetechret.htm" http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/religieux/fetechret.htm HYPERLINK "http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/religieux/fetechret.htm" et HYPERLINK "http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/dossierspdf/Les%20principales%20f%EAtes%20musulmanes.pdf" http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/dossierspdf/Les%20principales%20f%EAtes%20musulmanes.pdf HYPERLINK "http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/dossierspdf/Les%20principales%20f%EAtes%20musulmanes.pdf" - et aussi : HYPERLINK "http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin59/scarna.htm" http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin59/scarna.htm HYPERLINK "http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin59/scarna.htm" - fêtes religieuses romaines : HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_religieuses_romaines" http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_religieuses_romaines HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_religieuses_romaines" - Carnaval ou la Fête des fous : HYPERLINK "http://www2.unil.ch/spul/allez_savoir/as22/pages/as22_societe.html" http://www2.unil.ch/spul/allez_savoir/as22/pages/as22_societe.html HYPERLINK "http://www2.unil.ch/spul/allez_savoir/as22/pages/as22_societe.html" HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_des_fous" http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_des_fous HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_des_fous" - fêtes païennes (St Valentin, des Mères, des Pères, du Travail, etc.) : HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin" http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin" - nouvelles fêtes : Halloween : HYPERLINK "http://users.skynet.be/litterature/halloween/halcadre.htm" http://users.skynet.be/litterature/halloween/halcadre.htm HYPERLINK "http://www.info-sectes.org/haloween/haloween.htm" http://www.info-sectes.org/haloween/haloween.htm HYPERLINK "http://www.info-sectes.org/haloween/haloween.htm" HYPERLINK "http://www.vigi-sectes.org/esoterisme/halloween.html" http://www.vigi-sectes.org/esoterisme/halloween.html HYPERLINK "http://www.vigi-sectes.org/esoterisme/halloween.html" HYPERLINK "http://www.regards.fr/archives/1995/199511/199511cit08.html" http://www.regards.fr/archives/1995/199511/199511cit08.html HYPERLINK "http://www.regards.fr/archives/1995/199511/199511cit08.html" - fêtes chinoises : HYPERLINK "http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-bateaux-dragon_505.html" http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-bateaux-dragon_505.html HYPERLINK "http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-bateaux-dragon_505.html" HYPERLINK "http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-lanternes_492.html" http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-lanternes_492.html HYPERLINK "http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-lanternes_492.html" HYPERLINK "http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-sacrifice-dhiver-3309826376_405.html" http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-sacrifice-dhiver-3309826376_405.html HYPERLINK "http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/fete-sacrifice-dhiver-3309826376_405.html" - Pour peintures : Base "Joconde" Catalogue des collection des musées de France (cliquer dans recherche par listes, puis sujets généraux, puis fête) : HYPERLINK "http://www.culture.gouv.fr/documentation/ccmf/pres.htm" http://www.culture.gouv.fr/documentation/ccmf/pres.htm HYPERLINK "http://www.culture.gouv.fr/documentation/ccmf/pres.htm" - Les fêtes dans le monde : HYPERLINK "http://www.leplumier.com/liste_fete_annee.php" http://www.leplumier.com/liste_fete_annee.php HYPERLINK "http://www.leplumier.com/liste_fete_annee.php" - Origine de la fête religieuse : HYPERLINK "http://www.culture.gouv.fr/culture/noel/franc/reliori.htm" http://www.culture.gouv.fr/culture/noel/franc/reliori.htm HYPERLINK "http://www.culture.gouv.fr/culture/noel/franc/reliori.htm" - Exemple de Rituels et événements festifs - "Les fêtes indigènes dédiées aux morts" : HYPERLINK "http://www.unesco.org/culture/intangible-heritage/masterpiece.php?id=59&lg=fr" http://www.unesco.org/culture/intangible-heritage/masterpiece.php?id=59&lg=fr HYPERLINK "http://www.unesco.org/culture/intangible-heritage/masterpiece.php?id=59&lg=fr" - Article "Anthropologie du carnaval. La ville, la fête et l'Afrique à Bahia" : HYPERLINK "http://etudesafricaines.revues.org/document78.html" http://etudesafricaines.revues.org/document78.html HYPERLINK "http://etudesafricaines.revues.org/document78.html" - Thèse sur la fête des fous dans le Nord de la France (XIVème - XVIème siècles) : HYPERLINK "http://theses.enc.sorbonne.fr/document15.html" http://theses.enc.sorbonne.fr/document15.html HYPERLINK "http://theses.enc.sorbonne.fr/document15.html" - Halloween : HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween" http://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween" - Cahiers de doléances sur la gestion publique de la fête (Rennes) : HYPERLINK "http://www.foruma.fr/IMG/ETATS%20GENERAUX%20DE%20LA%20FETE.pdf" http://www.foruma.fr/IMG/ETATS%20GENERAUX%20DE%20LA%20FETE.pdf HYPERLINK "http://www.foruma.fr/IMG/ETATS%20GENERAUX%20DE%20LA%20FETE.pdf" - Article sur géographie et fête : HYPERLINK "http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=443&var_recherche=isabelle+garat" http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=443&var_recherche=isabelle+garat HYPERLINK "http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=443&var_recherche=isabelle+garat" - Futur colloque international "La fête au présent : mutations des fêtes au sein des loisirs" : HYPERLINK "http://72.14.221.104/search?q=cache:vwjbwB_WmOwJ:calenda.revues.org/nouvelle6196.html+fetes+%2Binstrumentalisation&hl=fr&gl=fr&ct=clnk&cd=1" http://72.14.221.104/search?q=cache:vwjbwB_WmOwJ:calenda.revues.org/nouvelle6196.html+fetes+%2Binstrumentalisation&hl=fr&gl=fr&ct=clnk&cd=1 HYPERLINK "http://72.14.221.104/search?q=cache:vwjbwB_WmOwJ:calenda.revues.org/nouvelle6196.html+fetes+%2Binstrumentalisation&hl=fr&gl=fr&ct=clnk&cd=1" - HYPERLINK "http://www.etudes-litteraires.com/grand-meaulnes.php" http://www.etudes-litteraires.com/grand-meaulnes.php- HYPERLINK "http://www.uv.es/~dpujante/PDF/CAP1/B/M_Ledesma.pdf" http://www.uv.es/~dpujante/PDF/CAP1/B/M_Ledesma.pdf- HYPERLINK "http://www.infx.info/quidnovi/article.php3?id_article=577" http://www.infx.info/quidnovi/article.php3?id_article=577 HYPERLINK "http://www.infx.info/quidnovi/article.php3?id_article=577" HYPERLINK \l "Retouraccueil" RETOUR ACCUEIL
Fêtes dune vie, une vie de fêtes
HYPERLINK \l "introduction" Introduction
Fêtes et sociétés. Prendre conscience que toute vie est rythmée par les fêtes
Quest-ce que la fête ?
I. Fêtes de famille
A. Le mariage : HYPERLINK \l "Nocesdecana" Les noces de Cana, HYPERLINK \l "quatremariagesetunenterrement" Quatre mariages et un enterrement, HYPERLINK \l "Caecopino" Le mariage à Rome
Un anniversaire : HYPERLINK \l "Anniversairegervaise" lanniversaire de Gervaise
Fêtes religieuses en famille. Maupassant : HYPERLINK \l "lapremièrecommunion" la première communion (in La maison Tellier. Télécharger le texte à partir de HYPERLINK "http://maupassant.free.fr/" http://maupassant.free.fr/). HYPERLINK \l "EPIPHANIE" LEpiphanie ( Etude du tableau de Jordaens) A compléter par la séquence du film Molière, dAriane Mnouchkine : Molière enfant et lEpiphanie
II. Fêtes et société
Fêtes locales et/ou régionales :
Flaubert, Madame Bovary HYPERLINK \l "Comicesagricoles" Les comices agricoles : devoir. Pourquoi peut-on dire quil ne sagit pas vraiment dune fête ?
HYPERLINK \l "Baldelavaubyessard" Le bal de la Vaubyessard Etude du texte plus + travail décriture personnelle : Si vous étiez invité à une fête de ce genre, partageriez-vous la fébrilité dEmma Bovary ?
Gotlib Etude dune vignette humoristique HYPERLINK \l "Lafetefolklorique" La fête folklorique
HYPERLINK \l "Rousseau" Rousseau : La fête des vendanges à Clarence Télécharger le texte depuis HYPERLINK "http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-101488" http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-101488
Fêtes nationales HYPERLINK \l "quatorzejuillet" Le 14 juillet 1936. Etude dune photo de Willy Ronis
Fêtes internationales
1. Les fêtes traditionnelles
Le carnaval HYPERLINK \l "Fêtedelane" La fête de lâne et la fête des fous à Provins
Compléter
par le tableau : Le combat de Carnaval et de Carême par Brueghel lAncien
par le film Molière de Mnouchkine : la séquence du carnaval
par le texte de Maupassant HYPERLINK \l "Causerietriste" Causerie triste
Carcopino HYPERLINK \l "fêtesetspectaclessouslempireromain" Fêtes et spectacles sous lempire romain
Fêter les morts La fête des morts en Europe, en Amérique latine ; Halloween
2. Les nouvelles fêtes internationales
Dossier sur les raves, les free-parties
Conclusion Etude du tableau de Renoir : le bal du Moulin de la Galette
Les problèmes de la fête actuellement : Etats généraux de la fête ( à chercher dans Google)
Révision : le sens de la fête
Travaux à mener avec les élèves :
HYPERLINK \l "Exposés" Exposés
Synthèses : HYPERLINK \l "synthèselafêteetsesexcès" la fête et ses excès ; le sens de la fête (Manuel Favelier p.144146) ; HYPERLINK \l "Synthèselemariage" le mariage ; Louis XIV et la fête (+ étude dun document); corrigé dune synthèse sur HYPERLINK \l "Synthèselephénomènetechno" les raves (dossier : HYPERLINK "http://lettres.ac-aix-marseille.fr/lycee/bts/btsfete.htm" http://lettres.ac-aix-marseille.fr/lycee/bts/btsfete.htm : le phénomène techno)
Voir aussi le site de weblettres et celui dAix-Marseille : HYPERLINK "http://lettres.ac-aix-marseille.fr/" http://lettres.ac-aix-marseille.fr/
Divers : HYPERLINK \l "Ophüls" Le palais de la danse, in Le plaisir. Film de Max Ophüls
HYPERLINK \l "Retouraccueil" RETOUR ACCUEIL
La séquence et sa progression
En guise dintroduction
Discussion avec les élèves : Quelles fêtes connaissez-vous ? cf Le Monde vendredi 26 février 1999 Calendrier (les fêtes traditionnelles + les fêtes nouvelles)
A compléter par :
Sciences humaines juin 2002 n°128 p8-9 Une France en fêtes (fêtes et concours de toutes sortes fleurissent en France) + Courrier International 2001 n°564 p.11 « Cochons de Français »
Analyse dun tableau : Le festin des dieux. ( procéder à des élargissements et actualisations
EMBED PBrush
Hendrik Van Balen Le festin des dieux
Bruegel de Velours (pour le paysage)
Le Louvre
Les caractéristiques dune fête Le festin des dieux
Présence dune foule : beaucoup de personnages (enfants, adultes, hommes-femmes = principe de mixité et de brassage des sexes et tranches dâge cf un groupe denfants livré à lui-même). Serviteurs ( la face cachée de la fête + ont préparé les lieux cf les tentures, le buffet à gauche et la nappe de la table
) et convives (mis au second plan et en valeur par lespace vert qui les sépare du premier plan). Les fêtes rassemblent toujours du monde, doù des risques de débordement et des craintes des autorités cf les rave parties.
Notion dabondance : la nourriture et la vaisselle riche, comme par ostentation. Coupure avec le quotidien plus pauvre. Lexcès : en boisson et en aliments cf Bacchus pour qui le vin coule à flots + les plats sur la table, ceux qui vont être servis par les deux femmes et ceux qui traînent par terre. Freud « la fête est un excès permis, voire ordonné », cest aussi un oubli de la raison pour la démesure. Bombance et abondance même dans les sociétés pauvres, folie dune société qui se défoule et qui dépense. Ce nest pas pour rien quà la Guadeloupe on appelle le dernier jour du carnaval « le vidé » : on est vidé et le porte-monnaie aussi. Penser aux lendemains de fête : durs à vivre, vu lexcès
Plaisirs des sens : vue (la belle vaisselle, les tentures
), ouïe (la musique par le violon et la mandoline cf sirènes, klaxons le jour de lAn, la sono dans les rave parties : il ny a pas de fête sans bruit), goût ( les aliments ), lodorat (les fleurs et leur parfum) et même
le toucher par la licence morale : les amours de Mars et Vénus, qui ont le dos tourné / autres dieux : ne sintéressent quà eux. La fête est la levée de la censure, selon Freud.
La convivialité : tous autour dune table. Fin (ou suspension) des rancunes privées par la notion dharmonie (on discute avec chacun et Junon nest plus en colère contre Jupiter et ses frasques amoureuses). De même les fêtes civiques (14 juillet et autres commémorations) célèbrent lunion sacrée et se caractérisent par la suspension des différends politiques. Mais une fête traditionnelle respecte quand même le sens de la hiérarchie par le respect du protocole (Jupiter est au centre, sa femme à sa gauche, linvité quon honore à sa droite) cf 14 juillet et sa tribune dhonneur
Une réunion de famille : les dieux et leur parenté cf Hercule avec sa massue. Une fête, en général, réunit des gens qui ont quelque chose en commun : des liens de parenté, de voisinage, de profession (banquets de corporations cf la Saint Eloi) ou de valeurs cf la gay pride ou les références à la religion : une fête patronale. Les dieux : à lorigine, les fêtes ont un lien avec le sacré ( un rituel destiné à remercier des forces supérieures dune victoire, dune bonne récolte cf la fête des moissons ou le Thanksgiving, ou à obtenir leurs faveurs pour une entreprise : fécondité, fertilité des champs, bonne chasse.
Du temps libre pris pour soi : pas de notion dutilité ni rentabilité économique. Le repos, le farniente (matinée prolongée pour récupérer.). Puis, une fois le rituel accompli, vient la liesse. De nos jours, laspect profane a pris le pas sur laspect religieux : on ne goûte plus guère les cérémonies et leurs fastes (processions religieuses, défilés militaires
) ; on est passé dApollon à Dionysos.
Le choix dun lieu : fête privée mais en lieu ouvert, suggérant lOlympe, donc le paradis cf sa décoration. Les fêtes traditionnelles sont publiques : on se montre comme on montre sa richesse.
Document fabriqué à partir des sources suivantes :
Source livresque : Réflexe BTS Nathan Technique Edition 2006 p.10-12
Sources Internet :
HYPERLINK "http://www.globules.com/s44.htm" http://www.globules.com/s44.htm HYPERLINK "http://www.regards.fr/archives/1995/199511/199511cit08.html" http://www.regards.fr/archives/1995/199511/199511cit08.html
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Les noces de Cana
Précision : il sagit dune lecture personnelle qui exclut délibérément toute interprétation religieuse ou tentative de récupération par quelque groupe que ce soit. Exégèse biblique et leçon de catéchisme nentrent pas dans mes dessein ; voilà pourquoi je ne dirai pas que le vin ancien représente la loi juive qualitativement inférieure au vin du Christ ni que leau des ablutions a disparu parce que désormais les rites juifs ne servent plus de rien pour la sanctification. Je cherche en effet simplement à réfléchir avec mes étudiants sur le mariage à loccasion dun texte dont il se trouve quil passe pour sacré aux yeux de beaucoup.
Prérequis : connaître le texte de lEvangile.
I. Jean 2, v.1 à 11
Si dun point de vue religieux, ce texte est célèbre tant pour le miracle quil rapporte (transformer six cents litres deau en autant de litres de vin dans des jarres remplies « jusquau bord ») que pour lEpiphanie du Christ qui débute son ministère par un geste gratuit annonçant aux « humbles » que la Bonne Nouvelle arrive ( lheure des réjouissances a donc sonné) , ce passage nous intéresse aussi par tout ce quil nous apprend sur une des fêtes les plus répandues urbi et orbi.
En effet, il sagit dun mariage auquel on invite traditionnellement toute la famille. Celle-ci répond à linvitation même quand elle doit se déplacer pour assister à la fête : Cana est un petit bourg situé non loin de Nazareth où Marie habite avec son fils qui na pas encore commencé son ministère. La présence de Marie sexplique donc probablement par ses liens de parenté avec lun des deux jeunes époux, à moins quelle ne soit en très bons termes avec lun des parents (mais dans ce cas, la présence de son fils se justifierait déjà moins). Lhypothèse semble vérifiée par la fait que lon ne mentionne pas Joseph ; il est vrai toutefois que les Evangiles se montrent discrets à son sujet. Que lon invite aussi son fils ( en tant que neveu ou membre plus éloigné de la famille) est normal, ce qui lest moins est la présence des disciples, surtout quils ne le sont que de fraîche date. Ils sont en effet venus à lui la veille, seulement. Or lon invite rarement les amis des neveux, surtout quand on ne les connaît pas. La fête est donc occasion de réunion pour toute une famille qui ne se voit pas obligatoirement souvent. Cest le moment où se resserrent les liens distendus par léloignement et les occupations propres à chaque famille.
Comment fête-t-on ?
Toute festivité suppose une organisation qui veille à ce que tout se déroule bien. Ainsi se justifie la mention des servants et de lintendant. Cela ne suppose nullement que lon engage des professionnels, car il faut distinguer entre servants ( donc des individus à qui lon demande de laide, quils soient de la famille ou non) et serviteurs. Cela prouve déjà que nous ne sommes pas dans un milieu riche. De même, lintendant correspond ici à ce que lon appelle le maître du repas, celui qui veille à son ordonnancement et à son déroulement. Rien ne nous dit quil sagit dun métier. Ce maître de cérémonie peut très bien avoir été choisi au sein dune des deux familles pour ses compétences. Cest dailleurs ce que donne à entendre le livre de lEcclésiastique (32,1-2) à propos de la présidence du banquet. La coutume est donc ancienne.
En même temps, un mariage remplit plusieurs fonctions, comme on peut sen apercevoir ici.
Les invités sont certes là pour se réjouir avec les mariés et leurs familles respectives, mais ils remplissent aussi la fonction de témoins garants de lagrandissement des familles et donc de lalliance nouvelle contractée entre elles. Pratique qui remonte à des temps plus reculés où, dans un environnement souvent hostile, on pouvait à tout moment avoir besoin de lassistance de la belle-famille ou du clan dans lequel on était entré par le biais du mariage.
Il est aussi un moyen de montrer sa richesse tout en satisfaisant aux règles de lhospitalité et donc aux attentes des invités. Il est ainsi question de six jarres de pierre « contenant chacune deux ou trois mesures » ; or une mesure équivaut selon les notes dEmile Osty au bas de sa traduction à 40 litres, ce qui signifie quune jarre contenait environ cent litres. Multiplions par six, et nous aurons 600 litres. Cest dire la quantité prévue, mais aussi la richesse du marié. Et pourtant Marie de lui : « Ils nont pas de vin » et non pas « Ils nont plus de vin » comme si le manque équivalait à labsence, donc à la pauvreté au regard de ce que lon attendait de lui. Il semble dailleurs avoir sous-estimé la capacité de beuverie de ses hôtes et peut donc passer pour un homme chiche de ses biens, même quand il ne le devrait pas. Le verset 10 laisse en effet entendre que le marié a recouru à une pratique courante qui revient à abuser ses invités sur sa richesse en profitant de leur ébriété avancée. Lhistoire ne nous dit pas ce quil a répondu à lintendant, mais il devait, selon toute vraisemblance, avoir lair penaud tant pour son imprévoyance que pour son stratagème éventé
.
Enfin, le mariage représente pour les invités une occasion de rompre avec la monotonie et les contraintes du quotidien en participant à des festivités où lon fait bombance. Cest une autre des raisons qui expliquent la mention du vin et son manque au cours du festin ; le texte dit en effet « Et le vin venant à manquer
», ce qui suppose que les invités ont bu plus que de raison, eux qui proviennent dun monde où chaque jour nest pas jour de fête. Dautant plus quen ces temps-là ces festivités pouvaient durer sept jours (voir Genèse 29,v.27 ; Juges 14,v.17 ) voire quatorze (Tobie, 8 v.20). Cest donc une occasion inespérée pour certains.
II. Véronèse : Les noces de Cana. 1562/63
INCLUDEPICTURE "http://www.modjourn.brown.edu/mjp/Image/Veronese/cana.jpg" \* MERGEFORMATINET
Musée du Louvre
Observons
Le tableau mesure 9,90m sur 6,60. Il est donc immense. Ses dimensions sexpliquent tant par la richesse des commanditaires, des Bénédictins vénitiens qui étaient pour la plupart fils des familles régnantes de la république, que par limportance du passage dans lEvangile de Jean où il ouvre la série des miracles.
Quelques éléments de ce livre sont conservés. On reconnaît ainsi Jésus au milieu de la longue table où il est entouré de sa mère (à sa droite ) et de ses disciples. Mère et fils sont reconnaissables à lespèce dauréole qui illumine leur tête, convention picturale traditionnelle. Il sagit plus précisément pour le Christ dun nimbe crucifère. Les invités sont nombreux tout comme les servants dont parle lEvangile. Au premier plan, légèrement sur la droite, le maître du repas contemple le vin quun homme est en train de verser de la jarre dans un vase. Cest une allusion évidente au miracle rapporté dans notre passage.
Mais ce sont surtout les différences qui attirent le regard.
Le tableau infléchit en effet notre texte par plusieurs aspects. Tout dabord, le Christ est au centre de la table, alors que ce nest pas sa place en tant quinvité. On sattendrait plutôt à y trouver les deux nouveaux époux. Ce déplacement du point de vue sexplique dans la mesure où ce tableau était destiné à une abbaye, lieu où lon exalte les valeurs religieuses plus que les aspects festifs laïques. Ces derniers ne sont pas pour autant absents. Coupes et plats emplissent en effet une table à la nappe damassée, le tout étant synonyme dabondance et de richesse. Cette richesse se retrouve aussi sur les vêtements des invités, notamment à la table de gauche ( cest là que se trouvent les mariés) où les commensaux sont richement vêtus, portent parures, colliers et diadèmes qui ne sont pas à leur place dans le texte biblique. Au milieu du tableau, au premier plan, trois musiciens agrémentent la fête de leurs sons, cependant que différents personnages, notamment des serviteurs, saffairent autour deux, diversement occupés. Notons la présence de chiens de race devant eux, autre signe extérieur de richesse.
Innovation importante par rapport au texte biblique, la toile représente aussi lunivers des communs et des domestiques, derrière cette balustrade et sur les deux côtés. Or traditionnellement cuisines et salles où lon prépare les plats se trouvent dans une dépendance, voire dans une cave, en tout cas loin du regard des invités. Ici les préparatifs sont montrés au grand jour : on distingue à droite des porteurs qui amènent le buf rôti tandis quà gauche un jeune noir muni dun plateau attend un rôti que lui apporte un homme barbu.. Au milieu, derrière le Christ, des hommes se penchent et saffairent à trancher et à découper la viande. Tout mariage suscitant la curiosité, les gens du voisinage ne sont pas oubliés : plus dun spectateur veut jeter un coup dil sur la fête depuis son balcon.
Enfin, le cadre nest évidemment pas le même que dans le texte biblique. Pour une modeste bourgade de Galilée, Cana ne saurait disposer dune habitation qui a les allures dune demeure patricienne. Toute larchitecture sur les deux côtés évoque en effet les fastes dun palais romain, ne serait-ce que par les colonnes de marbre blanc qui appartiennent à lordre corinthien au vu des feuilles dacanthe.
Quelles peuvent alors avoir été les intentions du peintre par rapport au texte biblique ?
Interprétons
La technique picturale de Véronèse.
Lépisode biblique est tout entier centré sur le repas de noces et le miracle opéré par Jésus à la demande de sa mère. Comment Véronèse sy prend-il pour rester fidèle à ces versets ? Il construit son tableau en lorganisant en trois plans. Le premier plan se caractérise par un intense grouillement de personnages que délimite, telle une barre transversale, la balustrade surélevée qui forme comme un balcon. Il sagit du deuxième plan où figurent des personnages secondaires derrière lesquels lespace souvre, et cest le troisième plan, sur un ciel bleu parsemé de nuages moutonnants. Ce vide au milieu de la toile rabat notre il sur la balustrade qui bloque notre vue en la forçant à descendre sur les devants de la scène. Celle-ci est dailleurs fortement encadrée par les colonnes de gauche et de droite qui resserrent lespace.
Cela nous conduit tout droit aux allusions religieuses perceptibles dans ce tableau.
La transformation de leau en vin est certes rappelée sur la toile, mais elle passe quasiment inaperçue dans la mesure où personne, hormis lintendant, ne lui accorde dimportance. Lors dun mariage, tout religieux quil est, le temporel est au moins autant, voire plus important que le spirituel. De fait, les invités de Cana nont pas été convertis pour autant, seuls les disciples se sont mis à croire en le Christ. Cest le petit nombre délus qui a prêté attention au miracle, non la foule des invités qui ne songeait quà festoyer.
La viande que lon est en train de trancher juste derrière le Christ fait partie de tout mariage traditionnel, mais peut aussi renvoyer pour un chrétien averti à lagneau pascal : le Christ sera sacrifié lui aussi en son temps, même si pour linstant son heure nest pas encore venue, comme il le dit lui même. Dès lors, la table et ses commensaux évoque aussi un autre repas célèbre, la dernière Cène. Cela se perçoit plus clairement quand on sintéresse à la convergence des droites vers le point de fuite central. Ainsi les bords gauches des deux tables forment deux droites qui convergent juste au dessus des serviteurs tranchant la viande, tandis que le point de fuite formé par les lignes partant des corniches aboutit sur la balustre au-dessus du Christ. Dès lors, le rapprochement sopère à lil entre le Christ et lanimal, symbole de lagneau pascal. La présence des domestiques au premier plan comme derrière la balustrade rappelle certes les servants de lépisode relaté, mais en même temps évoque la nécessité dune organisation sans faille et donc lemploi de certains pour le plaisir de quelques uns. Cela peut être conçu comme la valorisation des humbles, des petits, tel que cest le cas dans lensemble des textes évangéliques. De même la présence autour dune même table ou à loccasion dune fête de famille dhommes dont la couleur de la peau diffère (on reconnaît des Européens à peau blanche, des orientaux à la peau basanée et des noirs) est un rappel de cette grande famille voulue par lEvangile et dont tous les membres sont autant de frères appelés à communier ensemble à la table du Père.
Par ailleurs, Véronèse joue avec le temps.
Le decorum romain renvoie bien évidemment à la domination romaine sur la Palestine au temps du Christ. Mais il sexplique aussi par lépoque à laquelle a été conçu le tableau : nous sommes au XVIème siècle, temps où les Vénitiens se font construire de somptueux palais à lantique, conformément à la mode lancée par la Renaissance. Dailleurs, Véronèse par louverture ménagée au milieu du tableau donne une vue sur le paysage urbain idéal dune ville de la Renaissance, plus précisément Venise dont on reconnaît un campanile. Si la scène se déroule sur une place et à ciel ouvert, cest surtout afin davoir un prétexte pour montrer Venise et son architecture, Venise et son faste. Le tableau est donc une ode à la richesse de cette ville.
Les vêtements et les bijoux ont la même fonction. Certes lors du mariage biblique, les invités ont dû sapprêter de leur mieux, mais vu le milieu concerné ils ne pouvaient montrer autant de richesse, faire étalage dautant de fortune que sur le tableau. Or un mariage est occasion dostentation. Dès lors à Venise il importait encore plus quailleurs de montrer quon arrivait toujours à soutenir son rang, dautant plus que la ville connaissait déjà un certain déclin économique.
Cette ostentation se perçoit aussi dans la présence de certains personnages. La scène biblique se déroulant en orient, il ny a rien détonnant que quelques hôtes aient la peau basanée. Mais ils rappellent aussi et surtout que Venise entretient des liens avec tout le monde méditerranéen et quà loccasion dun mariage on invite toutes ses relations, de quelque ordre quelles soient. Cest ainsi que les turbans et bonnets à plumes les désignent soit comme des personnages étrangers importants soit comme des domestiques attachés à une maison, dont celle qui fête. En ce temps là, on trouvait dans presque chaque maison vénitienne, malgré les interdictions des papes et des doges, des esclaves provenant des différentes contrées en commerce avec Venise, des arabes aussi bien que des noirs. Dailleurs on pouvait alors les acheter aux enchères publiques qui se tenaient le marché du Rialto. Il faut y ajouter le grand nombre de personnages représentés sur ce tableau (environ 150) : le mariage est une fête collective où les participants très nombreux ( servants comme invités) contribuent à donner une image très valorisante de la famille qui invite.
La présence des musiciens nest pas gratuite : non mentionnés par lévangéliste, ils ont dû concourir au succès de ce mariage quils ont agrémenté de leur musique sans laquelle il nest point de mariage digne de ce nom. En outre, Venise à lépoque de Véronèse nest déjà plus au sommet de sa gloire politique, économique et commerciale. Les grandes familles favorisent alors lépanouissement des arts dont la musique qui connaît ainsi une floraison grâce à la prospérité encore considérable et au bon goût artistique de sa classe dirigeante. Dailleurs à cette époque la musique se pratiquait dans toutes les grandes maisons vénitiennes, puisquen 1506 déjà Dürer y avait entendu des violonistes dont il a qualifié le jeu de divin.
Récapitulons
Fête collective par excellence dans la mesure où elle réunit deux familles et leurs relations, le mariage est loccasion de manifester sa joie tout comme sa puissance et/ou son aisance. Rite de passage important dans la vie dun individu, il renvoie dès lors toujours à la notion dabondance et de plaisir des sens (vue, ouïe, goût) en même temps quil traduit les moeurs et les goûts dune époque. Ce qui explique la permanence comme lévolution de certaines de ses caractéristiques.
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Quatre mariages et un enterrement.
Vous montrerez en vous appuyant principalement sur la partie du film visionnée (les 20 premières minutes) que le mariage est une cérémonie qui se fonde sur un rituel. Rapprochez certains éléments du mariage dEmma Bovary.
Le cérémonial du mariage se divise en deux temps : la cérémonie à léglise et la réception qui suit, même sil se prépare longtemps à lavance.
Ainsi lon envoie des faire-part précisant le lieu, la date et les prénoms des futurs mariés aux invités. On choisit aussi un garçon dhonneur chargé dapporter et de remettre au prêtre les alliances ( sa forme circulaire était symbole damour infini chez les Egyptiens. Ce sont les Grecs qui la passèrent à lannulaire gauche, croyant quil existait une « veine damour » reliant ce doigt au cur). Les invités shabillent de leur mieux (tenue vestimentaire non quotidienne, chapeaux, fleur blanche à la boutonnière). tout comme les futurs mariés. Si lhomme est en costume, la femme porte une robe blanche (non pas symbole de virginité, mais évocation du baptême) et un voile blanc (symbole de linnocence, de la pureté, il protège aussi la future épouse de toute souillure) et elle tient un bouquet de fleurs à la main. Il en est de même chez Mme Bovary où parents et enfants ont revêtu leurs plus beaux habits, où le père Rouault a un chapeau de soie neuf sur la tête, cependant quEmma porte une robe longue et des gants.
La cérémonie a lieu à léglise (comme si le mariage civil nétait pas aussi important, alors quil doit pourtant obligatoirement précéder le mariage religieux, depuis la Révolution française, en 1792, ce qui est le cas chez Mme Bovary ; il est vrai quici nous sommes en Grande-Bretagne). Les invités et les curieux sont à léglise lorsque entre le père donnant son bras à sa fille (symbole de transmission dautorité : il va la remettre entre les mains dun autre homme qui la prendra en charge ; sous lempire romain : lhomme enlevait (symboliquement) la jeune fille désirée ; ne pas oublier que mariage vient de maris (mâle, en latin), car, à lorigine, il sagissait dune union masculine entre un époux et le père de sa future femme.. ) au son de la marche nuptiale de Mendelssohn ( cette tradition remonte au mariage du prince prussien Friedrich et de la princesse Victoria dAngleterre qui choisit la Marche nuptiale de Mendelssohn pour accompagner son cortège en 1858 ). Lorgue retentit pendant loffice et accompagne les cantiques, mais on peut aussi agrémenter le tout en jouant de la guitare et en chantant un chant plus moderne. Le prêtre prononce la demande rituelle pour savoir si les deux fiancés veulent vraiment devenir des époux et chacun des deux fiancés remet à lautre une alliance qui est dhabitude en métal précieux (doù le choc du prêtre en voyant les bijoux fantaisie proposés par le garçon dhonneur). Une fois le mariage administré, les deux époux sortent de léglise au bras lun de lautre et sont suivis des invités et des participants. On le perçoit très nettement chez Mme Bovary, bien quil y ait un certain désordre après les parents. Souvent a lieu un lancer de riz ou de pétales ou de confettis (selon un rite païen, on arrosait les jeunes époux de graines, symbole de la prospérité et de la fécondité. Les confettis ou pétales daujourdhui éloigneraient les esprits malins) Lon prend alors la photo de mariage où viennent poser les nouveaux époux et les deux familles qui nen font plus quune maintenant, cependant que les enfants sassoient par terre au premier rang.
La réception a lieu dans un endroit assez chic (ici un manoir, chez Mme Bovary cest « sous le hangar de la charretterie, car on est à la campagne) et on sy désaltère tout en passant devant les jeunes mariés pour leur adresser les félicitations dusage. Un maître de cérémonie annonce que le repas est servi et les invités vont sasseoir à des places fixes, déterminées par un membre de la famille. Le garçon dhonneur tient un discours à table où, derrière lhumour de circonstance, se lit léloge du nouveau couple. On porte alors un toast en leur honneur pendant que les deux mariés sembrassent devant tout le monde. Ils ouvrent aussi le bal (parfois cest le père avec sa fille) et, après le repas, quittent la fête pour un voyage de noces (doù lallusion aux cartes postales) en montant dans une voiture qui est loccasion dune farce traditionnelle (le mouton qui sort de la voiture, ici). La jeune mariée lance encore son bouquet dos tourné, aux jeunes filles célibataires ( Celle qui lattrape est censée trouver prochainement un mari).
Le christianisme établit un rite : dot, don dun anneau, présence du père, mais pas encore celle du prêtre. LEglise en fait un sacrement en 1215, au concile de Latran, et le rend indissoluble.
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Le mariage sous l'Empire romain
D'abord il était précédé de fiançailles qui, sans comporter d'obligations véritables, se célébraient si souvent dans Rome que Pline le Jeune les compte au nombre de ces mille riens dont étaient inutilement encombrées les journées de ses contemporains Elles consistaient en un engagement réciproque pris par les fiancés, avec l'assentiment de leurs pères respectifs, et devant un certain nombre de parents et d'amis dont les uns intervenaient comme témoins, et dont les autres se contentaient de festoyer au banquet auxquels tous avaient été conviés et qui terminait la fête. Elles se concrétisaient dans la remise par le fiancé à la fiancée de cadeaux plus ou moins onéreux et d'un anneau symbolique, survivance probable des arrhes préalables à la coemptio 1 primitive. Qu'il fût fait soit d'un cercle de fer entouré d'or, soit d'un cercle d'or semblable à nos alliances, la fiancée avait soin de le passer, séance tenante, au doigt auquel nos alliances se portent encore d'habitude, c'est à dire à l'annulaire de la main gauche. [...]
Du mariage, de nombreuses allusions littéraires nous ont transmis les plus minces détails. Au jour dit pour sa célébration, la fiancée, dont la chevelure a été, la veille au soir, emprisonnée dans une résille rouge, revêt le costume requis par l'usage : autour du corps, une tunique sans ourlets (tunica recta) maintenue par une ceinture de laine au double noeud, le cingulum herculeum, et, par-dessus, un manteau ou palla, couleur de safran ; aux pieds, des sandales de la même nuance ; au cou, un collier de métal ; sur la tête, dont la chevelure est protégée par six bourrelets postiches séparés de bandelettes, ou seni crines, que les Vestales portent pendant toute la durée de leur ministère, un voile orangé et flamboyant, d'où son nom de flammeum, qui cache pudiquement le haut du visage et sur lequel est posé une couronne, simplement tressée, de marjolaine et de verveine au temps de César, et plus tard de myrte et de fleurs d'oranger. Sa toilette terminée, elle accueille au milieu des siens son fiancé, sa famille et les amis.
Tout le monde alors se transporte soit dans un sanctuaire voisin, soit dans l'atrium de la maison, pour y offrir un sacrifice aux dieux. Quand l'immolation de la bête choisie, parfois une brebis, rarement un boeuf, souvent un porc, a été consommée, interviennent l'auspex 2 et les témoins. Ceux-ci, probablement recrutés au nombre de dix dans l'entourage des deux conjoints, se bornent, figurants muets, à apposer leurs cachets sur le contrat de mariage dont la rédaction n'est d'ailleurs pas obligatoire. Celui-là, dont le titre intraduisible désigne une fonction d'augure familial et privé, assume, sans investiture sacerdotale comme sans délégation officielle, un rôle indispensable. Après avoir examiné les entrailles, il se porte garant de la faveur des auspices, sans laquelle le mariage, réprouvé par les dieux, ne serait pas valable ; et aussitôt qu'il a prononcé, au milieu d'un silence respectueux, les paroles qui la proclament, les époux échangent en sa présence leur consentement mutuel sous une forme où semblent se confondre leurs existences comme leurs volontés : Ubi tu Gaius, ego Gaia. Alors le rite est accompli et les assistants éclatent en acclamations de bon augure : Feliciter ! Que le bonheur soit sur vous !
Leur joie se prolonge en un festin qui ne cesse qu'à la nuit tombante, lorsque le moment est arrivé d'arracher la mariée aux embrassements de sa mère, et de l'entraîner dans la maison de son époux. Des joueurs de flûte, suivis de cinq porte-torches, ouvrent la marche. Chemin faisant, le cortège se répand en chansons allègres et grivoises. Près de parvenir à destination, il lance aux enfants qu'a attirés son affluence des noix à la volée, ces noix avec lesquelles l'épouse jouait dans son enfance et dont la résonance sur les pavés présage gaiement aujourd'hui le bonheur fécond que lui réserve l'avenir. Trois amis du marié s'avancent d'abord ; l'un brandit la torche nuptiale faite d'aubépines étroitement enlacées. A sa suite, les deux autres se saisissent de l'épouse, la soulèvent dans leurs bras et lui font franchir, sans que ses pieds touchent terre, le seuil de son nouveau logis pavoisé de tentures et de frondaisons verdoyantes. Trois de ses compagnes entrent derrière la nova nupta ; deux d'entre elles portent sa quenouille et son fuseau, emblème évident de ses vertus et de son activité domestiques. Après que son mari lui a offert l'eau et le feu, la troisième, qui en dignité se trouve être la première, la pronuba, la conduit vers la couche nuptiale où le mari l'invite à prendre place, lui ôte sa palla et s'apprête à dénouer le noeud de sa ceinture, cependant que les assistants se retirent tous avec la discrétion et la hâte que commandaient les convenances et la coutume.
Jérôme Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire,
éditions Hachette, 1975, pages 102 à 104.
Achat réciproque ou commun.
Devin qui prédit l'avenir, ou donne l'avis des dieux, en étudiant le vol des oiseaux, ou les entrailles des animaux sacrifiés.
Document scanné et mis en page par Cathy Réalini
Quels sont les temps forts de la cérémonie du mariage ? ( relevez les idées essentielles paragraphe par paragraphe) Comment sa ritualisation est-elle traduite dans le texte ?
A quoi voyez-vous que le mariage romain est un événement social, un rite religieux et une fête familiale ?
Quels rôles symboliques attribuez-vous à certains rites et pratiques évoqués dans le premier et dans le dernier paragraphes ?
Certains aspects du mariage romain sont encore en vigueur de nos jours, tandis que dautres ont évolué ou plus ou moins disparu. Montrez-le.
Le mariage à Rome Carcopino
1. Quels sont les temps forts de la cérémonie du mariage ? ( relevez les idées essentielles paragraphe par paragraphe) Comment sa ritualisation est-elle traduite dans le texte ?
§ 1 : les fiançailles
a c'est déjà un engagement ( c'est à ce moment qu'on échange les anneaux
b consentement des 2 pères indispensable
c fête, réception (famille, amis) et cadeaux
§ 2 : les préparatifs du mariage
d tenue spécifique de la mariée ( couleurs = rouge, jaune et orange ( très vives !
( coiffure compliquée qui rappelle celle des Vestales *
( * prêtresses de Vesta =déesse du foyer)
( ceinture au double noeud, lui aussi assez compliqué
§ 3 : la cérémonie
e la cérémonie religieuse : sacrifice d'un animal ( présence d'un auspice, qui dit si les Dieux
approuvent ce mariage
f contrat de mariage et témoins pour l'aspect civil et matériel
g échange des consentements
§ 4 : la fête
h banquet, festin...
i à la nuit tombée cortège pour accompagner la mariée ds sa nouvelle demeure
j la coutume de la soulever pour lui faire franchir le seuil de sa maison
k gestes symboliques du mari : il lui offre "l'eau et le feu" ( maîtresse du nouveau foyer
il dénoue le double noeud ( affirme sa possession physique
La ritualisation du mariage se voit déjà aux temps employés : limparfait pour les fiançailles et le présent historique pour le mariage ; cela traduit ici une coutume constamment et partout respectée. A cela sajoutent les marqueurs temporels qui, répartis sur lensemble du texte, indiquent des étapes qui se suivent dans un ordre chronologique toujours le même :
la veille au soir (§2 l.2) : préparation de la coiffure,
au jour dit (§2 l.1) : la tenue vestimentaire
alors (§3 l.1) [ après avoir examiné
et aussitôt quil a prononcé
] : la cérémonie du mariage
à la nuit tombante (§4 l.1) : le cortège nuptial avec ses composantes et ses différents rites ( Les amis du marié : trois amis du marié savancent dabord
lun
à sa suite, les deux autres
Les amies de la mariée Trois de ses compagnes entrent derrière la nova nupta )
après que son mari (§4, dernière phrase)
la pronuba la conduit
où le mari linvite
: vers lintimité
cependant que ( = pendant que) : départ des assistants.
2. A quoi voyez-vous que le mariage romain est un événement social, un rite religieux et une fête familiale ?
un événement social : la présence de témoins lors des fiançailles ; laccueil (fin § 2) de lautre famille : le mariage est aussi lunion de deux familles ; les cachets des témoins lors du mariage ; la présence denfants dans les rues = une distribution attendue.
un rite religieux : la référence aux Vestales (prêtresses de Vesta, la déesse du foyer) ; le sacrifice religieux dun animal et la prise dauspices par laugure qui donne laccord des dieux
une fête familiale : présence de parenté et amis des deux familles ; les félicitations des membres des deux familles (fin § 3) ; festin aux fiançailles et au mariage ; la musique (les joueurs de flûte § 4)
3. Quels rôles symboliques attribuez-vous à certains rites et pratiques évoqués dans le premier et dans le dernier paragraphes ?
- lanneau : à lannulaire. Un cercle sans commencement ni fin = éternité de lamour ; croyance des Anciens : Selon une croyance égyptienne transmise par les Romains, une veine relierait l'annulaire de la main gauche au coeur. De là vient la tradition de porter son alliance plutôt à ce doigt.
- les noix : rite de fécondité
- la torche nuptiale : aubépines étroitement entrelacées = symbole de lunion des époux
- soulever lépouse et lui faire franchir le seuil : souvenir du rapt des Sabines ; superstition : si la mariée trébuche à ce moment, cest un mauvais signe pour lavenir du couple ; passage dune autorité à une autre (les amis étant les substituts du marié)
- la quenouille et le fuseau : lépouse est une femme dintérieur + « emblème de ses vertus et de son activité domestiques » : vertus = qualités)
- eau et feu : hospitalité donnée à la nouvelle arrivée ; elle devient ainsi la maîtresse du nouveau foyer
- ôter sa palla, dénouer le nud : lhomme affirme sa possession physique
4. Certains aspects du mariage romain sont encore en vigueur de nos jours, tandis que dautres ont évolué ou plus ou moins disparu. Montrez-le.
Ont survécu : la préparation vestimentaire et la coiffure de la mariée ; la présence de témoins ; le consentement mutuel (Ubi tu Gaius, ego Gaia cf unis pour le meilleur et pour le pire) ; les félicitations ; le festin ;
Ont évolué : lanneau ( il na plus la même fonction symbolique) et il y en a deux actuellement ; les noix = du riz ou des confetti ; les chansons grivoises sont devenues aussi des plaisanteries et farces cf 4 mariages et un enterrement (lanimal qui sort de la voiture), cf le mariage dEmma Bovary : les plaisanteries dusage : « un mareyeur de leurs cousins commençait à souffler de leau avec sa bouche à travers le trou de la serrure »
Ont disparu plus ou moins : les fiançailles ; les contrats de mariage ; la présence dun ecclésiastique
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Lanniversaire de Gervaise
LAssommoir chap.VII
Prérequis : les intentions de Zola avec sa série des Rougon-Macquart
Zola et le naturalisme
Récit (faire résumer ce qui précède de façon à comprendre ce qui se passe) et personnages dans ce roman.
Problématique Que fête-t-on dans cette famille et pourquoi ?
Il sagit ici de lanniversaire de Gervaise née un 19 juin.
Une fête concerne soit une société, soit un groupe religieux soit une personne précise. Cest ce dernier cas qui est développé ici. Posons-nous la question : pourquoi fêter un anniversaire ?
Certaines raisons sont dordre général. En effet les parents peuvent montrer leur joie davoir un enfant qui assure la perpétuation de la famille ou de la lignée. Cest le cas des familles aristocratiques et bourgeoises où lenfant est appelé à prendre la relève du père. Sy ajoute une deuxième raison : lon est content de voir que cet enfant reste en vie malgré le taux de mortalité infantile élevé. Lenfant est en effet le bienvenu dans les classes pauvres dans la mesure où il assurera plus tard le vivre et le couvert de ses parents devenus vieux et impotents. Gervaise est néanmoins une adulte, le motif avancé nest donc pas valable.
Intervient alors un autre motif. Dès que laisance sinstalle dans les milieux originellement moins favorisés, lon se met à imiter les riches qui servent de modèle pour montrer que lon a de quoi vivre à laise. Dès lors, le glissement sopère facilement : même les plus démunis veulent des moments festifs où ils se sentent à laise et se croient au même niveau que les personnages les plus en vue. Ce nest pas pour rien que Coupeau, pris de vin, parle de lempereur et des aristos : la fête donne le sentiment deffacer toutes les injustices engendrées par la société et de rétablir légalité originelle.
Notons ensuite que tout anniversaire nest pas nécessairement occasion de fête, tout dépendant des us et coutumes familiales. Or, de façon inattendue, dans ce milieu ouvrier où largent manque ( lallusion est claire dans le premier paragraphe ) on fête quand même et souvent, puisqu« on inventait des saints sur lalmanach, histoire de se donner des prétextes de gueuleton ». Dailleurs les autres années on célèbre aussi cette date, comme le donne à entendre « Cette année là, un mois à lavance, on causa de la fête ». Voilà qui prouve que cette famille pratique la culture de la fête, autrement dit cet anniversaire sinsère tout naturellement dans une tradition. En sattardant complaisamment sur cet anniversaire particulier, Zola, en même temps quil veut éviter la répétition dans le roman puisque le déroulement de ce jour serait toujours le même, relate ce jour dans tous ses détails parce quil prend valeur dexemple. Reste à savoir en quoi.
Cet anniversaire est à considérer comme une revanche à plus dun titre. Cest une revanche sur le mari, dabord, qui gaspille largent à boire dans les différents débits de boisson. Manifestation de dépit par rapport aux rêves non réalisés, elle est conçue comme une forme de justice dans la redistribution des biens et donc des plaisirs. De fait, Gervaise « sabandonnait
à cette excuse », celle proposée par Virginie. Dès lors, cet anniversaire apparaît aussi comme une revanche sur la vie qui nest pas tendre avec certains, ceux chez qui « on ne prenait pas tous les jours du bon temps ». Lanniversaire simpose comme une rupture avec le quotidien, à une époque de sa vie où lon peut dresser un bilan qui nest pas des plus positifs. On a peur dêtre sur le déclin, davoir laissé passer ses plus belles années et on se dit qu « à la fin cétait son tour de jouir un peu ». Ce bilan est dautant moins valorisant que lon a aussi une revanche à prendre sur dautres gens à qui lon cherche à en imposer. Cest le cas des Coupeau qui se réjouissent à lidée que « les Lorilleux seraient écrasés » par cette fête grâce à laquelle « on leur donnerait une leçon, on leur prouverait quon nétait pas chien. »
Que faut-il pour quun anniversaire soit réussi ?
Des invités. Cette fête qui ne concerne en réalité quune seule personne réunit toujours une certaine assemblée. Tel est dailleurs le souci de Gervaise. Lon voit immédiatement que cest une fête de famille puisquon pense en premier lieu aux membres qui la composent : mari, belle-mère, belle-sur. Sont à inviter aussi ceux avec qui on est en très bons termes, ici les couples Goujet et Poisson. Les enfants ne sont pas mentionnés car on nest pas encore à lère de lenfant roi et de toute façon ils mangeront à part : le repas, le vrai, est destiné aux adultes. Dès lors, comme Gervaise veut à tout prix 10 à 12 adultes à son jour de fête, les invitations sont aussi loccasion de faire le bilan de ses relations. Son monde est bien petit, en fait. Pour arriver au nombre voulu, elle doit faire un pas vers autrui : se réconcilier avec les Lorilleux. Un pas en entraînant un autre, on tombe dans un cercle vicieux et lon ne peut échapper aux convenances puisquon doit sabaisser « à prier aussi dêtre du repas » les Boche qui vont accepter comme pour faire plaisir à Gervaise, cest ce que donne à entendre le verbe « prier ». Malgré son désir, elle ne peut faire autrement que dy inviter aussi ses deux ouvrières avec lesquelles elle voulait pourtant garder ses distances en tant que patronne. Elle arrive ainsi à 14 invités au lieu des 12 prévus au grand maximum. Le chiffre retenu initialement indique que lon souhaitait marquer lévénement en retenant un nombre de personnes qui lui fasse honneur, ni trop peu ni trop, bref de quoi tenir son rang. Le résultat montre que lon ne peut toujours simposer à la vie car il faut tenir compte des obligations sociales ; il révèle aussi que toute fête est un désir dharmonie sociale que lon ne veut pas voir gâchée et pour laquelle on est prêt à des compromis. On peut alors légitimement se demander si les fruits passeront la promesse des fleurs, si les rêves se réaliseront.
La nourriture. Il faut présenter de quoi satisfaire ses envies personnelles et les appétits de chacun. Ce sera ce dont on se souviendra le plus, voilà pourquoi Gervaise y pense trois semaines à lavance cependant que les discussions vont bon train deux jours avant la fête Loie grasse rôtie sera donc de la partie. Le reste doit accompagner le plat principal tout en étant quelque chose de « distingué » qui fasse de « leffet » : la blanquette de veau. La triple récurrence de « il faudrait » prouve que lon a une idée précise de ce quest un repas réussi qui convienne à chacun. Doù le choix de l « épinée de cochon aux pommes de terre », laccord sur les « petits pois au lard ». Remarquons les termes qui traduisent le plaisir que lon éprouve à lévocation de ces mets : « Et il y eut des exclamations, tant la bête parut énorme
avec un sourire qui grandissait
enthousiasmée ». Ajoutons-y le dessert composé dun « gâteau de Savoie
un morceau de fromage blanc
de grosses fraises
». On voit que la quantité ne fait pas défaut. Noublions pas la boisson : le café et surtout le vin qui va couler « autour de la table comme leau coule à la Seine ». Le repas sera donc pantagruélique, tout étant prévu pour le plaisir des sens. Il sagit de marquer les esprits longtemps après la fête encore et de susciter ladmiration de tout un chacun, même de ceux qui ne sont pas invités mais qui sont là comme les sujets qui autrefois regardaient les fêtes prestigieuses données par le Roi Soleil : « le quartier regardait et était de la noce » est-il dit. Et la compagnie de se donner en spectacle ostentatoirement au fur et à mesure que la soirée avance.
Les préparatifs. Ils sont réservés à la femme, non pas parce quil sagit de lanniversaire de Gervaise ( ce serait au vu de nos mentalités même plutôt aux autres de lui épargner tout effort), mais parce que la cuisine est le domaine exclusif de la femme à cette époque encore. Lon voit ainsi Gervaise satteler à la tâche dès la veille puisquelle commence le dimanche, se remet à la tâche le lundi, jour de son anniversaire, et na même pas encore fini quand arrivent les premiers invités. Le poids de sa fête repose donc tout entier sur elle, même si elle se fait assister par sa belle-mère et Augustine. Ce travaille ne concerne pas que la cuisine : il faut aussi soccuper de mettre le couvert, placer la table, accrocher les rideaux. Dans cet ordonnancement la vaisselle de porcelaine a son importance, étant donné quelle est sortie pour ébahir les invités en faisant ostentation de sa richesse.
Comment se déroule la fête ?
La fête correspond à des rites quil faut respecter.
Lon vient à une heure soit convenue soit estimée convenable (« vers les cinq heures » dit le texte), de façon à laisser à lhôtesse le temps de tout préparer et de recevoir ses invités comme il le faut. Elle doit en effet accueillir et entretenir ces derniers.
Ceux-ci arrivent au fur et à mesure, vêtus de leurs plus beaux atours, « endimanchées » dit Zola qui décrit dailleurs les robes. Chacun a donc le souci de sa dignité et cherche à se montrer sous son plus beau jour, même si, comme Virginie, on a seulement la rue à traverser ! Les convenances exigent quon ne vienne pas les mains vides, comme pour dédommager Gervaise de ses dépenses dont on nous dit dailleurs quelle « était très aimable, remerciait chacun de son bouquet ». On apporte donc son cadeau, des fleurs en fait. Cest le système du don contre-don. Y déroger est faire preuve dingratitude, dimpolitesse et de manque de savoir-vivre. Cest aussi en guise de remerciement que lon lève un verre à la santé et en lhonneur de lhôtesse pendant le repas. Cest ce que fait Poisson, suivi en cela de toute la société. Tout ceci nest quun rite, un jeu dont on est conscient. Doù les exclamations admiratives de Gervaise et la modestie affichée par Goujet : « Oh ! M. Goujet, cest trop beau ! [
] Mais non, mais non, répétait-il ».
La joie se manifeste dans les embrassades destinées à prouver à quel point on sestime, saime et est content de se retrouver. Le passé est aboli et les rancurs disparues. Cest en fait une marque daffection réciproque : celui qui refuse de sy soumettre montre quil nest pas bien disposé à légard de son interlocuteur. Cet état desprit joint au souci des convenances (on sait ce quil faut dire, ce quil faut faire) explique que lon propose son aide en toute simplicité pour décharger quelque peu lhôtesse de son fardeau, elle qui doit parler avec les arrivants tout en ayant lil sur son repas. Celle-ci, bien sûr, doit montrer quelle est une hôtesse accomplie et refuser la proposition. Cest le sens de la petite comédie qui se joue brièvement entre Virginie et Gervaise.
Puis le repas suit lordre immuable fixé par les gastronomes et tel quil est pratiqué dans la « bonne » société. On commence par le potage, continue par la blanquette de veau, poursuit par lépinée de cochons « flanquée de grosses pommes de terre » avant que narrive loie, pièce maîtresse que Gervaise apporte « épanouie dans un large rire silencieux », le tout débouchant bien évidemment sur le dessert.
La dimension collective de la fête.
A déjà été relevée la présence des invités, les plus proches par le sang ou par les liens de laffection. La dimension collective va plus loin encore dans la mesure où la fête, véritable temps de partage, nexclut personne. Tant il est vrai que le bonheur des uns ne va pas sans le bonheur des autres. Ainsi sont invités le père Bru qui dépare dans cette atmosphère, Lantier pourtant nullement apprécié de Coupeau au début de la soirée et qui linvite parce que « les hommes sont des hommes
On est fait pour se comprendre », Mme Vigouroux la charbonnière. Tant et si bien que la contagion gagne tout le quartier qui chante en chur Qué cochon denfant et que « le petit horloger, les garçons épiciers, la tripière, la fruitière
allaient au refrain en sallongeant des claques pour rire ». La fête est le moment de la grande fraternité retrouvée, celle qui abolit toutes les distances et qui fond lindividu dans une collectivité où il perd son essence propre pour se confondre avec autrui avec qui il ne fait plus quun. Voilà pourquoi dans ce chapitre on retrouve si souvent le pronom on comme sujet de verbes, ou encore la table, mais ce dernier mot vient loin derrière la société qui est le terme le plus fréquemment employé. Cest que le groupe forme alors apparemment une microsociété profondément unie.
Elle lest dautant plus quelle adopte le même comportement, car partageant les mêmes valeurs. Nous avons déjà noté le sens des convenances qui ritualisent la fête et lui donnent son caractère solennel. Mais dès que lindividu se perd dans la collectivité, il devient plus ou moins anonyme et se permet des actes, des comportements et des propos qui ne relèvent plus du code des bienséances. Cela commence par Boche qui laisse libre cours à ses pulsion érotiques en se mettant à chatouiller Clémence dès le départ de sa femme, continue par les femmes qui plaisantent à qui mieux mieux (« On riait, on en lâchait de fortes »). Certes leffet dentraînement nest pas immédiat puisquau début de la soirée « on se tenait bien, on se faisait des politesses » et que les hommes avaient encore peur de « tacher leur redingote ». Mais la foule est plus forte que lindividu et chacun finit par suivre le mouvement pour ne pas être un trouble-fête et le laisser-aller sinstalle. Ainsi le débraillé se remarque chez les hommes qui déboutonnaient leur gilet comme chez les femmes qui dégrafaient leur robe. Progressivement le bruit enfle et Zola le marque très nettement par des mots comme « clameur
tempête de rires et de cris
tonnerre de bravos » qui montrent le déchaînement général. Lanimalité reprend le dessus et la fête, ce moment dabondance dans une vie de misère, nest plus quun moyen de compenser à tout prix le triste quotidien. On cherche donc tout naturellement à sempiffrer au maximum. Reviennent alors des expressions comme « on parla la bouche pleine
on gobait ça à pleine cuiller
en train de se bourrer de petits pois
bouffé». On en vient même au point que lexcès amène le revers de la médaille : Clémence vomit à en « abîmer entièrement un des rideaux de mousseline » et les hommes qui ont lestomac dérangé sortent dans la rue pour vomir eux aussi.
On le voit, la fête dune seule personne ne se conçoit pas sans la présence dune collectivité qui en oublie le motif même de sa réunion pour ne plus songer quà satisfaire ses pulsions les plus diverses. Faire la fête signifie donc soublier et oublier, mais pour mieux se souvenir de ce temps fort qui permet à ses participants de supporter la vie et de réaliser le rêve épicurien où lon sortirait de la vie comme on sort dun banquet. De la sorte, la fête est le moyen quont trouvé les hommes de ségaler un moment aux dieux qui passent leur temps à festoyer dans les sommets de lOlympe.
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Quest-ce quune première communion ?
Cest une fête qui obéit à des rites sociaux et religieux.
Cest dabord une fête importante qui débouche sur une réunion de famille : on fait venir sa parenté même si elle est éloignée : le train part à huit heures du matin et les femmes arrivent à 13h, correspondance et déplacement compris. Ce nest pas seulement une question d héritage qui réunit cette famille, mais la fête elle-même puisque chaque famille cherche à montrer son importance sociale par le » grand nombre des parents, venus de loin ». Dès lors, il nest pas étonnant que la famille Rivet fasse un tour dans le village avec « toutes les belles dames de la ville » qui laccompagnent, tant et si bien qu « une immense considération rejaillissait sur le menuisier ».
Pour cette fête, on cherche à paraître à son avantage également par les vêtements quon porte ce jour-là. Ainsi les hautes Normandes arrivent-elles « en robes sombres, au fichu croisé sur la poitrine et retenu par un bijou séculaire ». On montre donc quon a du bien. ». Les parents des communiants sont donc « en tenue de fête ». Cest pour la même raison que lon trouve une accumulation de verbes daction à propos de la préparation de la communiante, Constance Rivet, que « lon débarbouilla, peigna, coiffa, vêtit » avant de disposer les plis de la robe et dorganiser lélégance de la toilette . elle nest dailleurs quà limage des autres enfants : les filles « disparaissaient dans un nuage de tulle neigeux » et les garçons « avaient la tête encollée de pommade ».
Cette fête permet donc de resserrer les liens familiaux, de préparer lavenir dun membre de la famille et de paraître à son avantage. Mais cest aussi et avant tout une fête religieuse.
En ce qui concerne la religion, tout est également mis en uvre pour que ce soit un moment solennel. Il faut ainsi noter la forte présence des rites qui contribuent à sacraliser ce jour.
Ainsi a lieu dès le début le rite de la procession où les garçons arrivent en tête sous la houlette de linstituteur suivies des filles sous la cornette de la bonne sur ; puis viennent nos dames qui précèdent les habitants, cest à dire les parents des communiants, car les autres fidèles sont déjà dans léglise à ce moment. Les communiants eux-mêmes portent « des cierges démesurés, avec un nud de soie frangé dor » et sont séparés en fonction des sexes dans le chur de léglise. A lintérieur de cette dernière, on a convoqué la chorale composée de trois hommes auxquels la voix dun enfant donne la réplique. Ces trois hommes sont les chantres qui portent des chasubles aux couleurs riches, variées et vives puisque comparées aux robes plus chamarrées de ces dames. Dès que les communiants ont fait leur entrée dans léglise, les trois hommes chantent devant un lutrin qui supporte un gros livre « porté par les ailes déployées dun aigle de bois » . Ce qui ajoute encore à la solennité de la fête, est lutilisation dun instrument de musique, le serpent. La vue et louïe sont donc les deux sens convoqués pour cette fête.
Quelle est la signification de cette dernière ?
Comme son nom lindique, cest la première communion. Elle a lieu ici à douze ans. Le terme de communion est à prendre dans deux sens : il signifie certes recevoir pour la première fois le sacrement de communion, cest à dire leucharistie. Mais il faut aussi le prendre dans son sens le plus fort, à savoir que lon va communier avec quelquun avec qui lon sera en parfait accord, lon ne fera plus quun ; il est en effet dorigine latine et signifie étymologiquement sassocier à . Dès lors, il concerne tant les enfants que les adultes. Ces derniers communient avec leurs enfants puisquils sont tout aussi émus queux et ce que lon soit « hommes, femmes, vieillards, jeunes gars en blouse neuve ». Comme leurs enfants, ils participent au culte dont ils ressentent les mêmes effets en sentant planer au-dessus deux « quelque chose de surhumain, une âme épandue, le souffle prodigieux dun être invisible et tout puissant ». Cest toute une communauté qui se (re)crée dans un accord de ses valeurs chrétiennes fondamentales, dans une harmonie desprit qui semble relever du merveilleux. Passe encore que le prêtre soit persuadé que « cest Dieu qui est parmi nous », mais même les prostituées participent à cette communion puisquelles se retrouvent comme en état de grâce, celui davant la chute ou plutôt leur chute. Cette cérémonie est donc un moyen de retourner dans le vert paradis de lenfance à jamais perdue, le moment dopérer un retour sur soi, de faire le bilan de sa vie, car elle constitue une étape importante.
De fait, les enfants la vivent comme une initiation qui fera deux des chrétiens admis pleinement à lassemblée des fidèles. Cette initiation est visible par la préparation reçue destinée à les pénétrer profondément de ce temps de passage. Voilà pourquoi Constance nest pas visible lors de larrivée de sa visite : elle est à léglise où, comme autrefois les initiés mis quelque temps à lécart dans un lieu clos, on la prépare en la séparant pour un temps du monde des adultes quils ne sont pas encore et des enfants quils ne sont plus. Le jour de linitiation arrivé sera leur jour. Il est dailleurs curieux de constater que ce jour-là la communion nest distribuée quaux seuls nouveaux initiés, car il nest nullement question de la participation des adultes à leucharistie. Tout tourne donc autour deux et ce dautant plus que ces enfants sont désormais des combattants de larmée du Christ, ce que révèle la comparaison qui rapproche les cierges « des lances inclinées en tous sens », combattants qui vont se battre en toute connaissance de cause puisquils ont eu la révélation, la lumière, symbolisée justement par la flamme des cierges. Ils savent en effet maintenant que lhostie est « le corps du Christ, la rédemption du monde ». Cela explique quils soient empreints dune gravité certaine qui dure : ainsi avant loffice Constance était déjà « bien sage, toute pénétrée de piété, comme fermée par labsolution » et après la cérémonie nous la retrouvons qui sort de léglise en étant « recueillie, toute pénétrée par le dieu quelle portait en elle ». La répétition du même verbe « pénétrée » est destinée à traduire le changement qui sest installé pour toute une vie. Ces enfants que lon a appelés à faire partie de la communauté chrétienne sont désormais des élus.
Néanmoins cette lecture ne doit pas nous leurrer. Avec lironie qui est la sienne, Maupassant dénonce férocement la religion chrétienne. De fait, cette cérémonie ne change pas grand chose à la vie de tous les jours puisque déjà auparavant les dames de petite vertu étaient assimilées à des surs qui changeaient de monastère, que Constance a passé la nuit dans les bras dune prostituée, que lors du départ on entonne un chant peu chrétien Le Gros Curé de Meudon et quune fois de retour chez elle, Madame reprend ses habitudes, faisant ainsi succéder une fête charnelle à la fête religieuse qui naura été quun interlude témoignant de la déchristianisation de toute une époque.
Pour un complément religieux, voir le site HYPERLINK "http://catholique-nanterre.cef.fr/faq/catechisme_communion.htm" http://catholique-nanterre.cef.fr/faq/catechisme_communion.htm
A compléter par HYPERLINK "http://www.fsspx.org/fran/Liturgie/MagistereLiturgie/PieX-QuamSingulari.htm" http://www.fsspx.org/fran/Liturgie/MagistereLiturgie/PieX-QuamSingulari.htm
et par HYPERLINK "http://www.zenit.org/french/visualizza.phtml?sid=65637" http://www.zenit.org/french/visualizza.phtml?sid=65637
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EPIPHANIE JORDAENS
Prérequis :
lépisode des rois mages dans lEvangile selon Saint Matthieu
bref aperçu de la vie du peintre.
La notion de tableau de genre
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JORDAENS Le roi boit. (Fest des Bohnenkönigs) Avant 1656
Avec laimable autorisation du Kunsthistorisches Museum Wien
Jordaens a peint cette scène à plusieurs reprises mais avec des variantes importantes ; une version se trouve dailleurs au Louvre.
Que dit LEvangile ? Saint Matthieu 2, v.1 à 12
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. 4Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant. Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Quel rapport entretient ce texte avec notre tableau ?
Aucun, ou peu sen faut. En effet, nous avons seulement un roi (coiffé de sa couronne) au lieu de trois, mais il nest pas question des autres personnages cités par le texte biblique et ni le lieu, ni lépoque, ni latmosphère ne sont les mêmes.
Que représente alors ce tableau ?
Le titre français est Le roi boit et en cela il se réfère au personnage couronné en train de boire. Le titre allemand est Fest des Bohnenkönigs , littéralement : fête du roi des fèves. Or ce même personnage a devant lui un gâteau (ou une galette) entamé. LEpiphanie y est donc représentée comme une fête laïque détachée de son origine religieuse, occasion de beuverie et de ripaille.
Que fête-t-on à lEpiphanie ?
Il sagit dune fête religieuse qui se célèbre, selon lEglise catholique le deuxième dimanche qui suit Noël tandis que les pays germaniques la célèbrent le 6 janvier, jour férié chez eux. Dorigine grecque, le mot signifie apparition parce quil rappelle la présentation de lenfant Jésus aux rois mages. Mais le même mot rappelle que lon a fêté longtemps la naissance du Christ ce jour-là avant quune décision pontificale ne fixe la date de Noël au 25 décembre.
Comment en est-on arrivé à festoyer au lieu de fêter ?
Martyne Perrot rappelle dans son livre Ethnologie de Noël que le cycle des douze jours qui sétend de Noël au 6 janvier sachevait au Moyen-Âge par la fête de lEtoile et lEpiphanie qui, apparue au XIIème siècle, a été très appréciée pendant toute cette période. On donnait dailleurs à cette occasion des drames liturgiques qui « prirent eux-aussi une tournure imprévue, sombrant souvent dans lobscénité », tant et si bien quils « durent quitter peu à peu lintérieur des églises pour être joués à lextérieur ». Le caractère débridé de la fête se retrouve sur notre tableau où, hormis la reine, tout le monde profite jusquà lexcès de cette occasion, dans un relâchement total des bienséances habituelles, à lexemple de la femme de droite généreusement dépoitraillée.
Ce débordement sexplique aussi par la contamination de lEpiphanie avec les Saturnales (de Saturne, dieu qui a donné son nom à lâge dor représenté ici sous sa forme la plus sensuelle ), fêtes romaines qui duraient du 17 au 24 décembre. Pendant ces jours de fête, on invitait parents et amis pour banqueter à qui mieux mieux. On changeait même de condition sociale, puisque le maître délaissait la toge pour la tunique des pauvres et des esclaves, tout comme les esclaves prenaient la place des maîtres. Lors dun banquet était nommé roi de la fête celui qui avait trouvé la fève dans le gâteau. Ce gâteau est représenté sur le bord de la table, juste devant le roi de la fête, et déjà entamé. Linversion des rôles se reconnaît à la corpulence très peu majestueuse de notre roi à la face rubiconde, aux bajoues évidentes et au double menton apparent. Cette période de festivités romaines se terminait par la fête des sigillaires célébrées à la fin décembre, fête qui donnait lieu à des festins et où lon faisait des cadeaux aux enfants. Or une fillette est également représentée au sein de cette assemblée dadultes quelle imite en buvant elle aussi, à titre exceptionnel. A moins quelle ne profite tout simplement de linattention générale
Gaieté et licence caractérisaient ainsi ces fêtes, aspects que lon trouve dans ce tableau à plus dun titre.
Comment fête-t-on lEpiphanie ?
Toute fête se caractérise par des rites et des coutumes quil importe de respecter. Cela apparaît nettement sur le tableau.
Dabord nous observons que Jordaens peint une scène dintérieur, or lEpiphanie se fête chez soi dans le giron de sa famille. Ici la présence des nombreux personnages a de quoi étonner, surtout vu létroitesse de la pièce. On a en fait réuni tous ses proches, tous les âges de la vie (la fillette, les adultes dans la force de lâge, les vieillards dont la vieille femme à gauche) et même les domestiques. Il sagit de la famille au sens large du mot. Sil en est ainsi, cest parce que la fête se déroule dans un intérieur bourgeois aisé. Il suffit de bien regarder le tableau pour sen convaincre. A gauche, est suspendu au mur un miroir rectangulaire de dimensions respectables et solidement encadré. La fenêtre qui laisse passer la lumière ressemble à un vitrail car les pièces de verre colorées y sont maintenues par un réseau de plomb. Le mur du fond est richement décoré par des boiseries sculptées dont une tête de silène (au vu de ses oreilles pointues) et porte une inscription latine, langue des lettrés et de ceux qui se disent tels. Le roi siège sur un fauteuil dont la dureté est amortie par un coussin. Sa reine est richement vêtue et tient à la main une fourchette en or. La table ne manque de rien de ce quil faut pour festoyer dans labondance. Outre le gâteau entamé, on reconnaît un reste de pâté, des quartiers dorange et des crevettes. Les verres dans lesquels on boit sont transparents et finement ouvragés en une diversité qui traduit laisance. Il sagit donc de faire bombance dans une maison qui en a les moyens et veut le montrer. Dailleurs, la lumière qui passe par la fenêtre montre quil fait jour dehors. On na donc pas attendu le soir pour festoyer, et lon est en droit de penser que ce repas va durer jusquà la nuit avancée, au vu de la folle gaieté des commensaux et des hôtes qui ont les moyens de se payer une telle célébration.
Puis nous constatons que lordre règne quand même autour de cette table ronde. Le roi trône en effet sur son fauteuil, avec à sa droite la reine parée de ses plus beaux atours comme si elle était en représentation, et tout autour la cour (relations et domestiques) qui fête son roi. Comme le veut la tradition, il porte dailleurs sa couronne ( de papier il est vrai) et la reine son diadème.
Ensuite nous remarquons que le roi est celui qui a tiré la fève à laquelle le titre allemand du tableau fait allusion tout comme le gâteau entamé. Il a alors choisi pour reine la femme la plus belle, qui comme souvent dans les couples royaux ou dans le monde aristocratique est plus jeune que lui. A Anvers où a vécu et travaillé notre peintre, la coutume consistait aussi à tirer au sort la suite royale. Cest ce à quoi font allusion les billets, appelés à cette époque billets de roi que lon pouvait acheter les jours qui précédaient la fête des rois. Deux de ces billets se trouvent par terre et portent linscription Hofmester ( intendant, majordome) et Sanger (chanteur). Dans lambiance festive ils ont dû tomber des vêtements où ils étaient accrochés comme le sont encore deux autres billets. De fait, lhomme au poisson a sur son épaulette le billet qui fait de lui ce que lon appelle un écuyer tranchant tandis que le buveur qui rend le vin porte sur son bonnet le billet qui le désigne comme étant le médecin ! Il sagit donc bien du roi et de sa cour, depuis les personnages officiels jusquà ceux qui sont de second ordre. Mais le tout est une parodie dun festin royal, car ces personnages nont rien de noble. En voyant leurs vêtements comme leurs traits de visage, on pense plus à des trognes de domestiques quà des faces de courtisans réels. Tout cela évoque donc une mascarade avec un jeu de rôles bouffon, où lon ne sait plus qui est qui. Ainsi le roi est-il vraiment le maître de maison ou simplement un brave domestique qui a tiré la fève ? Avec sa serviette étendue sur son ventre rebondi il évoque plutôt un roi de pacotille, de même que le médecin en train de vomir ne fait guère honneur à sa confrérie. Cest un médecin dun jour, un docteur pour rire
Que représente la fête de lEpiphanie pour cette société ?
La joie de vivre des convives éclate au grand jour dans ce qui devient une véritable fête des sens. Les bouches ouvertes dans des visages grimaçants traduisent la jouissance dans tous ses états et donnent à entendre des chansons que lon braille sans gêne aucune. Les bras tendus haut annoncent le plaisir de boire et de manger goulûment, car le vin coule à jet continu de la carafe soulevée dans le verre solidement tenu, tout comme le hareng va disparaître dune seule traite dans cette bouche grande ouverte qui lavalera comme un rien. Et puis lon recommencera à boire, puisque le hareng salé donne soif. Les yeux fermés ou ouverts expriment la volupté la plus profonde hors de quoi rien ne compte plus, à limage du fumeur qui rejette sa tête en arrière pour mieux apprécier son tabac. Vient le confirmer laspect charnel de la scène. Outre la poitrine dénudée de la femme de droite, remarquons la main conquérante et possessive de lhomme qui sempare dans un sourire de satisfaction du visage de sa voisine quil va embrasser. On mange, on boit, on chante et rit et hurle sans aucune retenue, dans une communion parfaite des sexes et des âges, dans une débauche de gestes et de cris, à limage du personnage casqué vu de pleine face qui, au milieu du tableau, lève ses deux bras, chante à tue-tête tant pour traduire son exultation que pour entraîner les autres.
Car aucun frein nexiste plus dans cette société dintérieur où les objets jonchent déjà le sol, telle cette coupe renversée au bas du tableau ou, encore, le panier posé de guingois. Hommes et animaux, où est encore la différence dans une scène où une fillette boit du vin sous le regard attentif dun chien qui bave déjà denvie, prêt à lécher les restes, à laper le verre ? Tous ces convives ne cherchent quà vivre pleinement et agréablement dans un monde où la rondeur est de mise. Le roi, la reine, la fillette, les femmes ont les joues pleines et les formes généreuses de qui apprécie la vie. Les carafes pansues, le ventre rebondi, la table ronde, tout suggère la plénitude du bonheur et lexultation des sens. Le désir de profiter de tous ces plaisirs va si loin quon ne recule pas devant lexcès, tel ce personnage qui la main sur sa tête se penche pour vomir sans que cela ne choque qui que ce soit. Et pourtant linscription latine Nil similius insano quam ebrius (rien ne ressemble plus à un fou quun ivrogne) aurait dû lavertir de ce qui lattendait.
Si certains éléments présentés sur ce tableau nous parlent encore parce que les rites ont été conservés, le tumulte et le désordre qui accompagnent cette fête de lEpiphanie au XVIIème siècle à Anvers nous semblent lointains. Mais la différence même nest-elle pas révélatrice du phénomène que nous connaissons actuellement : la désacralisation des fêtes originellement religieuses, désormais souvent perçues comme prétexte à ripaille ?
Textes complémentaires
Document A.
LEpiphanie sonne le glas des agapes de fin dannée. Le 6 janvier, ou, dans les pays où cette date nest pas fériée, le dimanche compris entre le 2 et 8, païens et croyants se régalent avec délices dun pâte feuilletée fourrée dune crème à base damandes pilées ou de compote de pomme. Ils nourrissent le notoire espoir de tomber sur une pastille non comestible dissimulée dans lépaisseur du disque doré : la fève.
De plastique, de porcelaine ou de cuivre recouvert dor, objet de convoitise et de collection, la fève nest dabord quune vulgaire légumineuse. Cultivée toute lannée depuis des temps immémoriaux, généreuse, elle constitue longtemps la base du repas. La plante, parmi les premières à sortir de terre après lhiver, représente une offrande lors des labours ou des mariages, et symbolise les enfants mâles à venir. Sa graine, sèche et dure, sert dans la Grèce antique à lexpression des suffrages lors de lélection des magistrats.
Démocrates en toutes circonstances, les Grecs utilisaient aussi les fèves pour tirer au sort un roi du banquet. Les Romains obéissaient à cette coutume conviviale, mais avec des dés. Lors des Saturnales, leurs enfants les copiaient
avec des fèves. A la cour du Roi-soleil, la plaisanterie dure encore. Celui qui trouve la graine dans un mets devient souverain à la place du roi le temps de la bombance. Il dicte les lois de la table, désigne linterprète dune chanson ou lance une marche.
La tradition du « jour des rois » traverse peu à peu les couches sociales, offrant aux moins aisés loccasion de consommer des produits précieux promis à la vente le reste de lannée : ufs, farine et beurre. La brioche confectionnée symbolise le partage. Une part, de la même taille que les autres, est mise de côté pour le pauvre de passage, alors quune autre renferme le sésame de la fête. Lorsquun des hôtes trouve le fruit, la petite pitrerie devient défoulement général. Une autre tradition invitait le convive désigné par la fève à régaler de boissons les gens de la table. Depuis le Moyen-Âge, lEglise sétant occupée de superviser les croyances populaires et de fixer nombre de coutumes, le « jour des rois » (de la galette) se confond avec celui de lEpiphanie, jour de ladoration de lenfant Jésus par les Rois mages. Protéiforme de nature, la fève représente depuis lors un baigneur auréolé dinnocence, une couronne royale, un métier, un blason, un costume régional, un astre, un animal, un héros, un tableau
et donne toujours droit à une couronne de carnaval.
Aude Dassonville 8 janvier 1996
Le Monde Dossiers & Documents 1996 n° 249 p.3
Document B
A la veille de lEpiphanie, jour où les rois mages étaient venus adorer Jésus nouveau-né, avait lieu la fête des rois, sans rapport, sinon de nom, avec lépisode biblique. Plus dune centaine dinvités, en majorité des dames, avec les princes et quelques rares favoris, étaient répartis en tables de vingt couverts pour un festin en musique, à lissue duquel étaient partagés des gâteaux contenant des fèves. Chaque table procédait au tirage au sort de son roi et de sa reine, tandis que sonnaient les trompettes de la Grande Ecurie. On constituait des cours fictives, nommait des ambassadeurs et ambassadrices qui allaient d'une table à l'autre faire des alliances. En 1684, rapporte le Mercure Galant,
Monsieur le Grand [le Grand écuyer, Henri de Lorraine] fut roi à la table des princes.
Sa Majesté, s'étant approchée, lui demanda sa protection. Ce prince la lui promit, et ajouta qu'il ferait sa fortune, si elle n'était pas faite.
Les courtisans ayant quelque peine « à prendre un air libre », le roi commanda qu'on surprit l'assemblée par la lecture d'un livre capable de réveiller les plus sérieux. M. le Duc [de Bourbon, fils du prince de Condé] envoya aussitôt demander au Roi permission de faire quelques galanteries enjouées qui put divertir cette illustre compagnie. Il l'obtint et envoya en même temps chercher des flûtes, des hautbois, mesme des tambours et tout ce qu'on put ramasser d'instruments dans le moment. Il entra ensuite dans la chambre où estaient les quatre tables de dames, accompagné de tous ceux qui composaient la table des princes et seigneurs[...] Ils chantèrent tous des paroles faites par feu Molière pour un ballet du Roi [...] Ce divertissement plut beaucoup, et la surprise qu'il causât aux dames en augmenta l'agrément.
Le roi cependant s'en lassa. En 1692 « II n'y a point eu aujourd'hui de souper des Rois comme les années passées, écrit Dangeau à la date du 5 février. Le Roi s'est épargné l'embarras d'avoir quatre-vingt femmes à souper, et d'en laisser presque autant qui étoient affligées de n'y pas être ». Jusqu'en 1715 les Rois ne furent plus fêtés que trois fois, en 1693, 1694 et 1708 lors de la visite de leurs majestés britanniques en exil à Saint-Germain en Laye depuis leur départ d'Angleterre en 1688. Cet abandon tient sans doute à la lassitude du roi, mais aussi à sa plus grande réceptivité aux critiques de l'Eglise, dénonçant les relents païens de la fête et les égarements auxquels elle pouvait conduire. N'était-elle pas une réminiscence des Saturnales antiques, dont les festins rassemblant amis, parents et voisins constituaient le mode de célébration, le gâteau des Rois rappelant les gâteaux, les fruits et le miel que les Romains s'envoyaient mutuellement pour fêter l'invention de l'agriculture par Saturne, la royauté de la table et du vin avec le tirage au sort rappelant la pratique des mêmes Romains souhaitant alors rétablir entre les convives l'égalité qui avait existé sous le règne de Saturne, aucune distinction entre les personnes n'étant de mise ce soir-là ? De l'Epiphanie au mercredi des Cendres ouvrant le temps du carême quarante jours avant Pâques courait le cycle païen - à tout le mois profane - de carnaval.
Gérard Sabatier Le cycle festif à la cour de France sous Louis XIV
In LA FETE DE LA TRANSGRESSION A LINTEGRATION
LHarmattan 2004 p.148-150
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Mme Bovary
Le bal de la Vaubyessard
I,8 p.72-80
et repartirent pour Tostes
Quest-ce qui fait de cette fête lexemple même de la fête réussie ?
Quest-ce qui, lors de cette fête, empêche le bonheur dêtre total ?
Que pensez-vous de ce genre de fête ?
Un conte de fées
Lentrée dans une famille royale.
Le lieu : p.72 : château avec des dalles en marbre p.72, pelouse arborée, rivière, prairie, coteaux de bois : espace / sa demeure
Accueil par un roi et une reine : 72 le marquis vient la chercher et lui donne son bras pour lintroduire dans le château ; la reine (la marquise) la reçoit du mieux du monde en lui parlant comme à une vieille connaissance 73
La fête en son honneur.
Un conte de fées aussi car métamorphose de la bergère : une femme du peuple se métamorphose en princesse p.75 (description de sa nouvelle toilette) : une robe de barège étalée sur le lit (comme à son intention, elle était donc attendue + terme rare, suggérant une matière exceptionnelle, en fait = Étoffe de laine légère non croisée, qu'on fabriquait dans les Pyrénées.) + robe de safran pâle, relevée par trois bouquets de roses pompon (variété à fleurs petites et pétales nombreux) mêlées de verdure (choix et distinction des couleurs). La Cendrillon qui devient princesse pour un soir avant de retourner à son logis.
Une fête en son honneur : un dîner à 7h suivi dun souper p.78 entrecoupés de danses (quadrilles et valses), fête qui dure jusquà 3h du matin. Impression dune fête qui ne doit jamais sarrêter cf les vb à limparfait qui figent le temps en indiquant la répétition des faits et gestes à linfini. Serait-elle le personnage central de cette fête ? En effet, après la quadrille, un vicomte vient la chercher à deux reprises pour valser avec elle.
Elle est dès lors introduite dans un monde merveilleux.
La féerie se reconnaît à plusieurs aspects :
le monde du luxe : mets et boissons à profusion et de qualité care recherchés, voire rares et inattendus ( champagne, homards, cailles avec leurs plumes, vins du Rhin et dEspagne + des potages à la bisque et au lait damande, des puddings à la Trafalgar. Elle va de découverte en découverte, elle qui navait jamais vu de grenades ni mangé dananas. p.75
le grand monde : les invités sont de qualité, comme lors dun mariage royal. Ce sont des gens aisés qui ont les moyens de se permettre leurs envies (ils jouent au jeu et misent gros puisque lon entendait le bruit clair des louis dor qui se versaient à côté, sur le tapis des tables p.76) et qui ont des loisirs différents du commun des mortels : ils voyagent tous en Italie et en parlent par allusion car chacun sy connaît, ils assistent aux courses hippiques et possèdent même des chevaux de courses p.77. Dès lors, ils sont habillés comme dans les contes de fées : les hommes ont une petite fleur à la boutonnière de leur habit p.73, les femmes ont mis leurs plus beaux atours Les garnitures de dentelles, les broches de diamants, les bracelets à médaillon frissonnaient aux corsages, scintillaient aux poitrines, bruissaient sur les bras nus. p.76 : le pluriel, le rythme ternaire et les imparfaits traduisent la profondeur de léblouissement éprouvé par tant de beauté réunie en un seul endroit et en un seul moment.
Cela est confirmé par le savoir-faire et le savoir-vivre des différents personnages. Les domestiques sont omniprésents depuis laccueil p.72 jusquau départ p.80 en passant par les repas où se remarque la dextérité du maître dhôtel qui passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait dun coup de sa cuiller sauter pour vous le morceau quon choisissait p74. Lon dirait dun magicien agissant avec sa baguette magique. Il en est de même des invités qui se comportent en homme du monde accomplis. Ils viennent chercher leurs cavalières même si elles ne sont pas de leur monde, ainsi du Vicomte p.78-79 accorde son pas de valse aux capacités de sa cavalière en tournant dabord rapidement pour sarrêter quand elle est fatiguée et repartir avec elle mais en valsant plus doucement. Et lon sait se tenir pendant que lon danse puisque le même vicomte et une autre danseuse « passaient et revenaient, elle immobile du corps et le menton baissé, et lui toujours dans sa même pose, la taille cambrée, le coude arrondi, la bouche en avant » p.79. Tout nest donc quharmonie, luxe et volupté dans ce monde où les mécanismes sociaux sont si bien rodés quon ne sen aperçoit même plus et que tout semble aller de soi.
Tout cela procure un sentiment de satisfaction qui confine à la griserie, voire au bonheur. Ainsi les femmes par le biais des bouquets cachaient à demi le sourire des visages cependant quEmma, toute à son conte de fées enfin réalisé, avait un sourire [ qui ] lui montait aux lèvres à certaines délicatesses du violon p76. Ce plaisir qui la saisit approche leuphorie par le vertige qui la gagne lorsquelle a limpression que tout tourne autour delle : les lampes, les meubles, les lambris et le parquet. p.79 Le bonheur est si intense quelle en est comme enivrée quand elle se met à fermer à demi les yeux, la cuiller entre les dents p.78 comme pour se persuader de la réalité de son rêve et en jouir plus intensément.
Une fausse fête : lironie de Flaubert
Mais une fête nest jamais totalement réussie, dans la mesure où certains éléments sont là pour nous rappeler à la réalité, même quand on ne sait pas les lire.
Limportune réalité. Certains personnages sont là comme pour gâter la fête à dessein. Ainsi les figures renfrognées des mères p.76 probablement rattrapées par le temps et auxquelles on ne sintéresse plus, car leur temps est passé. De même le beau-père (p.74 ) à la présentation tristement réaliste, pour ne pas dire sinistrement drôle, symbole du temps qui passe comme du destin qui nous attend tous, détone dans ce milieu fait de grâce et dharmonie. Cette figure gênante est par ailleurs le pendant de la présence du mari, nullement à laise parmi ces personnages (p.75, 78), malheureux rappel du quotidien comme lest lapparition dans le jardin, contre les barreaux, des faces de paysans qui regardaient. p.77 Dès lors le monde que lon veut oublier revient de plus belle avec son cortège de souvenirs que lon croyait oubliés à tout jamais. Voilà qui a de quoi gâcher la soirée dans la mesure où lindividu prend alors conscience de léphéméréité de cette fête et veut à tout prix prolonger lillusion de cette vie luxueuse p.80, bref convertir lillusion en réalité.
Les signes révélateurs. Eblouie par ce quelle est en train de vivre, Emma perd le sens des réalités et son acuité intellectuelle. Ainsi elle ne sait plus lire certains signes chargés pourtant de sens. Les femmes quelle estime heureuses le sont-elles vraiment, elles qui cachent le sourire de leurs visages derrière des bouquets p.76, comme si le sourire était de mise dans cette société où il faut savoir plaire à tout prix et faire bonne contenance. Les hommes quelle observe, ceux qui avaient des mouchoirs brodés dun large chiffre, doù sortait une odeur suave p.77 ont des regards indifférents parce que toutes leurs passions sont journellement assouvies, ce qui donne à entendre que même la vie que lon mène dans le grand monde nest pas synonyme de bonheur. Lopposition entre leurs manières douces et leur brutalité particulière trahit le divorce entre lapparence et la réalité de gens qui ne se plaisent que dans le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. Le rapprochement est éloquent par lui-même. Même le compliment que le vicomte lui adresse quand il linvite à la valse pour la deuxième fois en lassurant quil la guiderait et quelle sen tirerait bien p.79 masque une politesse toute de surface en même temps quun certain mépris par le verbe sen tirer et ladverbe bien à la place duquel on aurait attendu « très bien ».
Cette fête paraît combler tous les vux dans la mesure où elle touche les sens (louïe par la musique, le goût par la saveur des mets, la vue par le luxe omniprésent, lodorat par les parfums et fumets, le toucher par le contact des corps pendant les danses), lesprit par les discussions des invités et le cur par laffabilité des invités comme des hôtes. En fait, elle nest quapparence de fête, faux-semblant puisque le personnage principal nest invité que pour les besoins de la carrière politique du marquis et que pareille occasion ne se renouvellera plus et quelle est inséparable dune certaine cruauté. Mais nest-ce pas justement en raison de son unicité quelle marque pour toujours celui qui y a assisté, à limage des contemporains de Louis XIV impressionnés par les fêtes sans pareilles auxquelles il leur avait été donné dassister ?
Invitée avec son mari au bal de la Vaubyessard, Emma Bovary éprouve une certaine fébrilité tout au long de la soirée. Si jétais à sa place, je partagerais son émotion parce que jaurais limpression de vivre un conte de fées.
Une fois dans ma vie, il me plairait de rêver éveillé en ayant limpression dévoluer dans un univers féerique. A lui seul, le lieu men imposerait, puisque cest un château avec des dalles en marbre, le tout implanté dans un cadre spacieux et ravissant, dans la mesure où il est environné dune pelouse arborée que prolonge une prairie traversée de sa rivière, avec, pour éviter la monotonie, des coteaux de bois. Tout cela suggère limmensité dun domaine, or je ne connais pas dans mon quotidien un espace aussi vaste. En outre, conformément à ce que jattends de la vie de château, je serais enchanté dêtre accueilli pour ainsi dire par un roi et une reine : le marquis viendrait me chercher et me donnerait son bras pour mintroduire dans le château cependant que la marquise causerait avec moi comme si jétais de ses intimes.
A lintérieur, je serais fasciné par ce monde luxueux : mets et boissons servis à profusion me raviraient car ils sont de qualité, voire rares et inattendus ( relevons le champagne, les homards, les cailles avec leurs plumes, les vins du Rhin et dEspagne ). Le menu est des plus raffinés si lon remarque quon a droit à des potages à la bisque et au lait damande, des puddings à la Trafalgar. Comme Emma Bovary, jirais de découverte en découverte et croirais assister à un banquet semblable au Festin des dieux quont peint ensemble Brueghel et Van Balen
Dautant plus que jy admirerais la disponibilité, le savoir-faire et le savoir-vivre des différents personnages. Les domestiques seraient omniprésents depuis laccueil jusquau départ en passant par les repas où se remarque la dextérité du maître dhôtel qui passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait dun coup de sa cuiller sauter pour vous le morceau quon choisissait. Lon dirait dun magicien agissant avec sa baguette magique. Il en est de même des invités qui se comportent en homme du monde accomplis. Ils viennent chercher leurs cavalières même si elles ne sont pas de leur monde, ainsi du Vicomte qui accorde son pas de valse aux capacités de sa cavalière en tournant dabord rapidement pour sarrêter quand elle est fatiguée et repartir avec elle mais en valsant plus doucement. Tout ne serait donc que grâce, douceur et harmonie.
Enfin fréquenter une seule fois le grand monde ne serait pas pour me déplaire, car jaurais limpression dassister à la fête de ma vie. En effet, je côtoierais des gens aisés qui ont les moyens de se permettre leurs envies (ils jouent au jeu et misent gros puisque lon entendait le bruit clair des louis dor qui se versaient à côté, sur le tapis des tables) et qui ont des loisirs différents du commun des mortels. Ils voyagent tous en Italie (de nos jours ce seraient les Seychelles ou un safari au Kenya) et en parlent par allusion car chacun sy connaît, ils assistent aux courses hippiques et possèdent même des chevaux. En outre, ils portent des vêtements comme on nen voit que dans la jet set : les hommes ont une petite fleur à la boutonnière de leur habit, les femmes ont mis leurs plus beaux atours puisque Les garnitures de dentelles, les broches de diamants, les bracelets à médaillon frissonnaient aux corsages, scintillaient aux poitrines, bruissaient sur les bras nus. Le pluriel, le rythme ternaire et les imparfaits traduisent la profondeur de léblouissement que jéprouverais moi-aussi devant tant de beauté réunie en un seul endroit et en un seul moment.
Les lieux comme les objets, les personnages comme le monde quils évoquent, tout me comblerait lors de cette fête, même si je sais que jy serais comme Cendrillon : quand minuit sonnera, le bal prendra fin. Mais, comme le disait La Fontaine, il est permis de rêver, car « qui ne fait châteaux en Espagne, quel esprit ne bat la campagne ? »
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14 juillet 1936 de Willy Ronis HYPERLINK "http://www.cndp.fr/themadoc/manray/humanisme.htm" http://www.cndp.fr/themadoc/manray/humanisme.htm
Retrouvez-vous sur cette photo les caractéristiques traditionnelles de la fête ?
Présence dune foule , dun lieu de rassemblement, dun temps (la date indiquée : 14 juillet) et dun signe extérieur dune fête ( une rue pavoisée) : une fête publique
Mélange des âges et des sexes : la foule est une communauté qui nexclut pas
Mais :
On ne voit pas lobjet de la fête en / ac le 14 juillet : le défilé militaire, on ne voit pas ce que la foule voit et regarde ; on voit seulement la foule qui regarde. Limportant nest donc pas la fête ? Ni le spectacle auquel elle donne lieu ? Mais un spectacle secondaire
Image qui semble figée : pas de mouvements désordonnés, pas dexubérance, pas de liesse. Voir absence de bal populaire, de feux dartifice qui sont dautres caractéristiques de cette fête.
Impression de solennité + que de festivité : les habits de dimanche, le sérieux des visages (peu de sourires, sauf lhomme qui regarde le photographe), les bras levés = impression de rituel ; un service dordre ( à gauche ?)
Donc plutôt une manifestation dordre politique. ( Lien entre fête et histoire
Quels rapports établissez-vous entre cette photo et lHistoire de France ?
Célébration du 14 juillet : voir le titre + drapeau tricolore ( rappeler lHistoire) + bonnet phrygien ( pourquoi ce symbole ?)
Le lieu : la rue du faubourg Saint-Antoine donne directement sur la place de la Bastille.
La fête comme manifestation de masse contre le pouvoir en place jusquen 1936. Nous sommes en 1936, et le Front Populaire dirigé par Léon Blum a remporté les élections législatives le 3 mai. Alors, aussi et surtout comme soutien au Front Populaire : le peuple manifeste quil est derrière ses représentants et prêt à tout pour conserver le pouvoir qui lui avait été confisqué par les aléas de lHistoire.
Quelles portées symboliques pouvez-vous donner à cette photo ?
Détournement de la fête avec réappropriation ? Voir le drapeau rouge + la main droite levée et le poing fermé. CGT ou PC donnent une nouvelle impulsion à cette fête : le 14 juillet = prise de la Bastille ( = ?) = Révolution. Mais échec de cette révolution, doù la nécessité dune 2ème qui donne vraiment le pouvoir au peuple, aux prolétaires par la lutte finale pour le grand soir. Le peuple montre quil reste mobilisé contre toute tentative de récupération du pouvoir par la Droite.
Ne fêtent une commémoration que ceux qui ont le sentiment dappartenir à une même communauté dont ils partagent les valeurs. La fête est donc loccasion de reconnaître les siens et de marquer son appartenance à un groupe.
La fête comme initiation : transmission de lHistoire (sens du 14 juillet) et dune idéologie, car on emmène les enfants ( ac bonnet phrygien).
Cl : le 14 juillet = commémorer le passé + célébrer le présent+ conjurer le futur.
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La fête de lAne aux XIV et XVème siècles.
Histoire et Description de Provins" (de Christophe Opoix) datant de 1823.
"On faisait, le dimanche des Rameaux, une procession dite "la Procession de l' Ane". C'était en mémoire de l'entrée de Jésus dans Jérusalem. Tout le clergé de la ville se dirigeait processionnellement à la chapelle de Saint-Nicolas, où il y avait sermon. On lâchait l'âne dans le cimetière, et s'ensuivaient les cérémonies d'usage.
En voici le détail rapporté par M. de Sainte-Foix, dans ses "Essais Historiques sur Paris", tome II, p. 157 :"Dans plusieurs cathédrales on faisait la procession de l'âne. Les sous-diacres et les enfants de choeur, après avoir décoré le dos d'un âne d'une grande chape, allaient le recevoir à la porte de l'église, en chantant une antienne dont un des versets disait que "la vertu asinine avait enrichi le clergé."
Les "Anecdotes Historiques de Provins", t. 3, nous donnent quelques nouveaux détails sur la fête de l'âne. Voici ce qu'on lit au quatrième et dernier feuillet : "Les enfants de chur et les sous-diacres, après avoir décoré le dos de l'âne d'une grande chape, allaient le recevoir à la porte de l'église en chantant l'hymne de l'âne, dont voici un verset :
"Un âne fort et beau
Est arrivé de l'Orient,
Hé! Sire Ane? hé! chantez;
Belle bouche, rechignez;
Vous aurez du foin assez,
Et de l'avoine à plantez."
On menait pompeusement l'âne devant l'autel, et on lui chantait pour antienne : "Amen, amen, asine; hé! hé! hé! sire âne, hé! hé! hé! sire âne". A la fin de la messe, le prêtre, au lieu de dire "Ite missa est", criait trois fois "Hi-han! Hi-han! Hi-han!" et le peuple répondait sur le même ton "Hi-han! Hi-han! Hi-han!"
La fête des fous
Elle avait lieu à Provins, comme ailleurs, le premier janvier de chaque année. Les chapitres de Saint-Quiriace et de Notre-Dame donnaient du vin et du blé aux acteurs de ces farces ridicules. Il est dit dans un compte de Saint-Quiriace, en l'an 1351 : "Die festo Circumcisionis, pro festo stultorum tria sextaria vini... 30 s."
M. Dulaure, dans le premier volume de l'Histoire de Paris, nous apprend ce que c'était que cette fête qui se célébrait le premier janvier dans presque toutes les cathédrales et collégiales de France. Il décrit très au long ce qui s'y passait dans ce jour de fête (...)
Les diacres et sous-diacres élisaient entre eux un évêque des fous. Le clergé allait processionnellement chercher cet évêque revêtu des habits pontificaux (sic), et le conduisait à l'église; là commençaient les scènes les plus extravagantes et les plus indécentes. Les ecclésiastiques y figuraient sous des habits de baladins, couverts de masques hideux, ou habillés en femmes. On dansait pendant la messe, on jouait aux cartes sur l'autel, on y mangeait du boudin, des saucisses; on en présentait au prêtre qui disait la messe.
Après la messe, le désordre, les extravagances et les profanations prenaient un nouveau caractère. Des sauts, des cris, les gestes de la luxure, les chansons obscènes étaient les principales actions de cette orgie ecclésiastique.
On voyait ces ecclésiastiques, enflammés par le vin, se dépouiller de leurs habits, et se livrer entre eux aux débauches les plus criminelles.
La fête ne se bornait pas là.
Ces ecclésiastiques parcouraient les rues dans des tombereaux remplis de boue qu'ils jetaient sur la foule qui les suivait.
Ils dressaient des tréteaux en forme de théâtre, et ils y représentaient les scènes les plus scandaleuses. Des acteurs vêtus en moines attaquaient d'autres acteurs habillés en religieuses. Ces dernières succombaient, et on les voyait dans les postures les plus cyniques.
Voilà le tableau des murs d'autrefois. Regrettera-t-on, d'après cela, les temps où ont vécu nos pères ? S'écriera-t-on sur la dissolution et la corruption de notre siècle, et sera-t-on bien venu à faire le procès à la civilisation et au siècle des lumières ?
La fête des Fous fut abolie à Provins en 1489. On n'y faisait sans doute pas moins d'extravagances qu'ailleurs; car dans nos manuscrits elle est nommée "la fête des Grands Fous".
Il paraît que la fête des Innocents donnait aussi lieu à des scènes non moins bouffonnes. En 1607, le chapitre de Notre-Dame du Val "permet à Vincent, sonneur de son église, de faire son fils "Evêque des Innocents", selon l'ancien usage; au cas que, s'il y a quelque scandale, on ne le permettra dorénavant pas à d'autres."
Quel texte relève plutôt de lHistoire et lequel de la morale ? A quoi le remarquez-vous ?
Quels sont les points communs à ces deux fêtes ?
Lequel de ces deux textes vous paraît le plus choquant ? Pourquoi ?
Comment expliquez-vous ce genre de fêtes ?
1.Quel texte relève plutôt de lHistoire et lequel de la morale ? A quoi le remarquez-vous ? Le 1er texte relève plus de lHistoire puisquil se contente dexposer en quoi consistait la fête de lAne. On sent le travail du chercheur qui expose brièvement le fruit de ses recherches. Ainsi dans le 1er §, il précise les caractéristiques de cette fête locale quil élargit dans le 2ème § à lentité nationale pour montrer quelle sintégrait dans une communauté plus vaste aux mêmes pratiques. Puis il revient à Provins pour détailler la fête dans son déroulement. Dans les deux derniers cas, il indique ses sources, en historien consciencieux. Le 2ème texte relève plus de la morale que de lHistoire. Certes il élargit lui-aussi la fête des fous à celle qui se pratiquait à Paris tout comme il cite ses sources. Mais il intervient dans son texte au lieu de rester neutre. En effet, les termes qui marquent sa désapprobation ne manquent pas, quil sagisse de « scènes les plus extravagantes et les plus indécentes » ou des masques quil qualifie de « hideux ». Ces jugements relèvent de la morale comme de lesthétique. Ils traduisent une condamnation de ces pratiques festives, ce que lon voit très nettement par les expression « débauches les plus criminelles...postures les plus cyniques » où les superlatifs montrent quaux yeux de lauteur lon a atteint le comble de la perversité. Cela est dailleurs confirmé par les interrogations rhétoriques qui sous-entendent que lauteur vit dans un siècle moral et respectueux de la religion, alors que ce nétait pas le cas autrefois.
2. Quels sont les points communs à ces deux fêtes ? Nous pouvons déceler plusieurs points communs à ces deux fêtes. Dabord elles concernent plus particulièrement la ville de Provins, mais ont aussi lieu à Paris (et, par un raisonnement implicite, dans lensemble de la France). Elles rendent donc compte dun aspect de la civilisation médiévale. Ensuite, elles concernent toutes deux le domaine religieux. Les deux textes sont en effet parsemés de nombreux termes qui y renvoient tant par le moment (la fête des Rameaux) que par les lieux (chapelle, cathédrale), les personnes (le clergé et son hiérarchie : sous-diacres, diacres, prêtre, évêque) et les pratiques (procession, messe, hymne prétendument religieux ). Enfin, elles consistent en un détournement de la religion par leur aspect parodique ( la fête de lAne rappelle lentrée du Christ à Jérusalem sur un âne, lélection dun évêque des fous se moque de la procédure même de lélection à lépiscopat).
3. Lequel de ces deux textes vous paraît le plus choquant ? Pourquoi ? Lon peut être légitimement choqué par le premier texte qui assimile le Christ à un âne, qui fête lâne et non le Christ et où lon se moque des rites religieux qui remplacent la formule latine traditionnelle du « Ta, missa est » par le triple braiment dun âne. Néanmoins le deuxième texte est plus choquant, doù dailleurs lanathème que lauteur jette sur cette fête. En effet, Les détails qui y décrivent la messe consistent en une profanation du sacré : on ny respecte plus rien. La messe elle-même est suivie de pratiques qui relèvent de limmoralité par les gestes et les paroles des chansons ( et non pas de cantiques : le domaine profane investit le sacré. Enfin, les principaux acteurs de cette fête sont les ecclésiastiques qui interviennent avant, pendant et après la messe quand ils ne sont pas visés directement par des mises en scène qui dénoncent leur comportement hypocrite : le dérèglement charnel soppose à la chasteté officiel, donc la réalité aux principes.
4. Comment expliquez-vous ce genre de fêtes ? Ces fêtes ont leurs raisons dêtre, sinon elles nauraient pas eu lieu ni si longtemps ni en même temps dans des endroits éloignés. A lépoque médiévale, lemprise du clergé sur la vie quotidienne des gens atteint son apogée et ne tolère pas décart sous peine dexcommunication. Il fallait donc laisser sexprimer les tendances trop longtemps refoulées pour mieux simposer de nouveau. Cest le principe même du carnaval qui précède le carême. Cette emprise se traduisait aussi par lexistence dune hiérarchie dont même les membres ne pouvaient ignorer la puissance. Doù la parodie salutaire du choix dun évêque(en général un noble) par une élection démocratique qui a lieu dans le bas clergé. Ensuite, la fête avait pour fonction de dénoncer sans aucune retenue la vie du clergé séculaire ou régulier. Le premier texte joue sur les mots quand il affirme que « la vertu asinine avait enrichi le clergé », enrichissement repris dans le cantique par « vous aurez du foin assez Et de lavoine à plantez ( = à volonté) ». Il sous-entend que lon embrasse létat ecclésiastique non par vocation, mais par calcul. Le deuxième texte sattaque à la sexualité dun clergé officiellement chaste. La mise en scène sur des tréteaux montre que lon nest pas dupe de la vie menée par les moines et les religieuses : les ecclésiastiques ne sont que des hommes, avec ce que cela implique comme faiblesses. En dernier lieu, les allusions explicites à la nourriture (le foin comme substitut du blé ?, le boudin , les saucisses) montrent que dans ces temps où la faim nétait jamais éloignée il fallait manger tout son soûl quand loccasion sen présentait de peur de laisser passer loccasion et de le regretter quand viendront des temps plus durs. Bref, tous ces motifs caractérisent la fête dans ses dimensions collectives et rappellent la définition donnée par Freud : la fête est un excès permis, voire ordonné. Elle est levée de censure et revanche sur le quotidien.
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J.J. Rousseau, La Nouvelle Héloïse, partie 5, Lettre VII
La fête des vendanges à Clarence
Prérequis :
Les élèves ont lu la lettre et numéroté les paragraphes. (Les chiffres entre parenthèses y renvoient)
Présenter rapidement Rousseau et son opposition au rationalisme des Lumières, son rôle dans lintrusion de la sensibilité dans la littérature.
Présenter le roman : lintrigue et les personnages
Précepteur de Julie dEtange, Saint-Preux sest épris de son élève qui partage son amour. Mais comme il est roturier, le père refuse de lui donner la main de sa fille quil marie à un gentilhomme qui lui a sauvé la vie, le baron de Wolmar. Après un séjour à Paris et un tour du monde sur une escadre anglaise, Saint-Preux revient à Clarens où habitent Julie et sa famille. M. de Wolmar, bien quau courant de ce qui sest passé entre Julie et Saint-Preux, a en effet invité ce dernier à venir parmi eux. Julie et lui surmontent leur tentation et la vie poursuit son cours. Arrivent lautomne et les vendanges dont la présente lettre rend compte.
Peut-on parler de fête à propos de ce passage ?
On peut répondre positivement étant donné que lon trouve ce terme au moins à deux reprises dans le texte et ce dans le même paragraphe (5) où le mot est répété à une proximité étonnante. En outre, remarquons que limpression générale est celle dune joie de vivre permanente. Pour sen assurer, il suffit de relever des termes comme « ivresse ( = état deuphorie, dexcitation ; transport), délicieux, plaisirs ( ces 3 mots figurent dans le 1er §), allégresse, gaiement, charme, excellents
» qui parcourent le texte et montrent la constance de létat psychologique du narrateur comme de tous les personnages.
Néanmoins, le texte ne correspond pas à ce que lon entend traditionnellement par ce vocable. De fait, il ne sagit pas dune fête institutionnalisée par une autorité supérieure (lEtat ou lEglise), elle ne figure pas dans le calendrier à une date fixe (mais dépend du temps quil fait en automne) et ne concerne pas une personne prise isolément que lon (ou qui) voudrait fêter pour une raison forte en rapport avec un événement qui aurait marqué sa vie (anniversaire, mariage
). En outre, cette fête ne marque pas un temps darrêt par rapport à la vie quotidienne, un délassement total et un oubli de ses soucis quotidiens. Tout cela se perçoit très nettement quand on sintéresse au passage de plus près. Effectivement, le champ lexical du travail et de la réalité est omniprésent dans ces lignes ; il suffit de relever les termes suivants (6) : « les cuves, le pressoir, le cellier, les futailles ». Dailleurs le travail ne sarrête pour ainsi dire jamais, au point même que Saint-Preux a du mal à veiller et correspondre le soir avec Milord Edouard (1). En outre, ce dernier raconte ce qui se passe pendant une certaine période et non pas seulement un bref moment dune journée : ainsi cette fête dure pendant toute la durée des vendanges puisque, dit-il, « depuis huit jours que cet agréable travail nous occupe, on est à peine à la moitié de louvrage. »(9) Elle sétalera donc sur une quinzaine de jours. De plus, ce nest pas une fête qui ne se déroule quà un moment de la journée, le soir par exemple. De fait, il sagit du programme quotidien qui nous est présenté dans cette lettre, puisque les étapes chronologiques en sont clairement indiquées : de grand matin (7), A dîner (10 . il sagit en fait de cest notre déjeuner), Le soir (11). Elle dure donc toute la journée, pendant deux semaines environ. Enfin, cette fête ne demande pas dapprêts particuliers : les moyens matériels mis en uvre restent des plus simples ne serait-ce que lors des soupers dont il est dit que « le luxe et lappareil des festins ny sont pas » (12). Notons que ce nest guère ce que lon entend par fête dans la mesure où nous sortons à cette occasion nos habits les plus beaux, notre linge le plus fin et nos verres les plus cristallins. Accumulés, tous ces motifs présentent autant déléments qui garantissent loriginalité de cette fête.
Il nen reste pas moins vrai quà aucun moment de la journée ou de la semaine, le bonheur nest absent. Cest donc un temps fort et un moment exceptionnel quon nous propose avec un dessein sous-jacent : pourquoi la vie ne pourrait-elle pas être une fête continuelle ? Il suffirait den reproduire les conditions et les caractéristiques indiquées.
2. Quelles sont les caractéristiques de cette fête ?
Une préparation et une organisation sans faille, développée au paragraphe 6. Les organisateurs sont sur la brèche avant et pendant la fête. Ainsi M. de Wolmar, le propriétaire et le maître, a tout prévu de longue date puisquil « a fait davance tous les préparatifs nécessaires », ce que confirme le champ lexical du matériel cité « les cuves, le pressoir, le cellier, les futailles ». Il en est de même de sa femme, Mme de Wolmar : elle a pris part aux préparatifs puisquelle « a fait une loge dans laquelle on va se chauffer quand on a froid, et dans laquelle on se réfugie en cas de pluie » (10). Vouloir donner le bonheur suppose que lon ait les pieds sur terre ! En outre, elle dirige le travail dans la mesure où elle « sest chargée de la récolte ». Elle est dailleurs la véritable maîtresse duvre à qui son mari, une fois ces préparatifs achevés, a remis le soin de lorganisation, à savoir « le choix des ouvriers, lordre et la distribution du travail ».(6) En fait, cest elle qui décide de tout, même de lemploi du temps : elle fixe le moment où lon va tirer le feu dartifice (16). Dans ses activités, elle est secondée par son amie Claire (sa cousine et amie intime, veuve de M. dOrbe et mère dune fille) chargée en fait de lintendance (festins, salaires) et par Saint-Preux lui même chargé de faire appliquer les directions (= les directives) de Julie. Consacrer tout un paragraphe à la répartition des rôles prouve que Rousseau nest pas un doux rêveur. Cest la répartition des tâches qui assure le succès de la fête.
Il importe en effet de pourvoir au bien-être de ses participants. A déjà été relevée la loge pour protéger des intempéries et garantir un minimum de confort. Le logement et la nourriture ne sont pas de reste. Effectivement « on nourrit et loge les ouvriers tout le temps de la vendange » (11). Si le logement nest pas autrement décrit, probablement parce quil ne sagit pas dune période de farniente et que limportant est le temps passé dehors à travailler, la nourriture est plus détaillée. Par deux fois, Saint-Preux mentionne lheure du repas : le dîner et le souper (10 et 12). Ce dernier se prend en commun dans une salle que M. de Wolmar a songé à éclairer tout comme il a fait « ajouter des capuchons de fer-blanc pour intercepter la fumée et réfléchir la lumière ». (12) Ce qui suppose une amélioration suite à une vendange précédente où le confort était moindre. Le travail aiguisant lappétit, « on mange
leur soupe un peu grossière, mais bonne, saine, et chargée dexcellents légumes » (10). Les adjectifs valorisants ne manquent pas et traduisent le plaisir éprouvé à la consommation ; on peut même raisonnablement croire que cette soupe diffère quelque peu de lordinaire dans la mesure où elle est chargée de légumes. Une fête se caractérise en effet par un moment dabondance où léconomie nest pas de mise (même si ici on est en droit de penser quil sagit aussi et surtout de donner des forces à ses ouvriers en vue de la tâche à accomplir). Quant à la boisson, elle est présente à plusieurs reprises. Et cest avant tout de vin quil sagit. En effet Saint-Preux confesse sêtre remis à boire « assez souvent du vin pur » (12), les autres personnages ont le droit de boire « à discrétion » (11), mention qui laisse supposer quen cette période consacrée à Bacchus on ne regarde pas à la dépense et quon remplace leau que lon boit habituellement par le vin. Bref, une fête est un temps dexception où labondance et la qualité des mets sont de mise. Saint-Preux donne même à entendre que lon peut parler de « festins » (11).
Les divertissements ne sont pas oubliés car ils font partie des plaisirs quon attend dune fête. Pendant la journée, la bonne humeur est une constante puisque lon rivalise pour trouver « les meilleures chansons
les meilleurs contes
les meilleurs traits » (10). Le pluriel, la répétition aux allures hyperboliques et la diversité des domaines concernés montrent quil ny a pas de temps mort dans les plaisirs, et que ces journées de travail sont autant de journées de plaisir. Les plaisanteries ny manquent pas, quil sagisse des « traits » quon vient de relever ou des querelles qui sont toujours folâtres (ladjectif annule la notion même de querelle) ou même des instants où « lon sagace mutuellement » par pure amitié.(10) Qui plus est, même la journée de travail sachève par une assemblée où « lon danse jusquau souper » (11). Celui-ci est suivi dune veillée en commun où hommes et femmes (le paragraphe 14 dit en effet chacun ) chantent soit seuls soit en chur de « vieilles romances » dont les paroles font leur effet sur lassistance. Chaque soir se clôt par un temps fort qui est le feu dartifice qui se déroule avec une certaine cérémonie et autour duquel « on saute, on rit
chacun boit » (16).
La fusion des classes, enfin, y joue un rôle déterminant. En effet cette fête crée une communauté où la distinction sociale na plus lieu dêtre. Hommes et femmes, adultes et enfants (voir 10), aristocrates et roturiers, paysans et ouvriers, plus rien de tout cela nexiste mais se confond en une vaste communauté où chacun sépanouit, où personne ne se sent laissé pour compte voire rejeté. Cest ce que prouve le pronom personnel « on » qui parcourt tout le texte et qui, même sil renvoie parfois à une catégorie sociale précise (voir la phrase on tâche de ne rien étaler aux yeux de ces bonnes gens
12), désigne la plupart du temps une société où règne légalité la plus totale. Seul compte le travail à effectuer où lon exerce « le métier commun » (= commun à tous) de vendangeur et auquel « tout le monde » (7) prend part. Cest ce que montre aussi la répétition de la préposition avec dans les deux phrases « on dîne avec les paysans et à leur heure, aussi bien quon travaille avec eux ». Cette fraternisation des classes sétend même aux repas où tout le monde partage la même table, « maîtres, journaliers, domestiques » (11) et où chacun met la main à la pâte « pour servir sans exclusion, sans préférence ». Les « querelles folâtres » déjà mentionnées tout comme « les traits » vont dans le sens dune réciprocité : on sadresse par ce biais à lindividu, à son voisin et collaborateur et non plus au représentant de telle ou telle classe.
A quoi sert cette fête ?
Nous lavons déjà laissé entrevoir : cette fête nest pas narrée rien que pour le plaisir de briller par une variation supplémentaire sur un thème souvent abordé en littérature. En fait, il sagit pour Rousseau de recréer un monde selon ses vux. Saint-Preux écrit en effet à son ami Milord Edouard dans cette même lettre : « On oublie son siècle et ses contemporains ; on se transporte au temps des patriarches » (4). Cest cette phrase qui nous permet de saisir la véritable portée de cette fête aux yeux de Rousseau.
En effet, cette dernière permet de recréer une société idéale, loin du monde et du bruit de la vie urbaine, tant il est vrai que le bonheur ne saurait se trouver dans les villes. Les citadins eux-mêmes pourtant amateurs de plaisirs champêtres ne sont pas capables dêtre pleinement heureux à la campagne dans le mesure où ils ne font quy transporter leurs murs citadines (2). La conclusion simpose : pour être heureux, il faut opérer une rupture radicale avec le monde et revenir à ce qui était létat originel de lhumanité, « la simplicité de la vie pastorale et champêtre » (3) des premiers temps. Voilà à quoi servent dès lors les références tant historiques que bibliques : le passé est un modèle dans la quête du bonheur. Ce nest pas pour rien que lon ne chante que des « vieilles romances » (14) aux veillées, que les soupers se déroulent dans « une salle à lantique » (12). Ces renvois au passé sont autant de critiques dune civilisation que Rousseau estime trop raffinée et corrompue. Il propose donc un autre modèle.
Mais le décor en lui-même ne suffit pas, encore faut-il des hommes qui soient à la hauteur des vues rousseauistes.
Si Julie est assimilée à Agrippine qui sut ramener la paix dans les légions soulevées contre son époux Germanicus, cest parce quaux yeux dun Rousseau nourri des grands modèles de lAntiquité, cette Romaine incarne un exemple de noblesse morale. Dès lors, tous les personnages de ces vendanges sont élevés à un rang dexemplum. Ainsi les vendangeurs, et plus précisément les paysans, hommes qui « ont porté les armes et savent manier lépée et le mousquet aussi bien que la serpette et la houe » (10) rappellent irrésistiblement la Rome des premiers temps et limage du soldat-laboureur quétait le citoyen romain, selon une conception communément répandue. Remontant davantage dans le temps, Rousseau nhésite pas à évoquer les temps bibliques par les allusions à Rachel et à Ruth, « la douce élève de Noémi » (4), femmes qui transportent le lecteur à lépoque des patriarches, créant ainsi un cliché franchement archétypal. Ces deux femmes revivent dailleurs en Julie et en Claire. Ces dernières nincarnent-elles pas aussi limage de la mère qui soccupe de tout en même temps quelle veille au bien-être de ses enfants et à leur éducation (doù les rappels à lordre discrets dans le texte ( § 7 et 16) ? Lallusion mythologique au père Lyée (5) ( autre nom de Bacchus, qui vient du verbe grec luô, je délie, car il délivre les hommes de leurs soucis) renvoie elle aussi à un âge dor dont on éprouve la nostalgie et que lon veut rétablir. Décidément le bonheur ne se trouve quà lécart, sur la marge spatiale et temporelle, loin de la ville et loin de son temps. Il faut fuir et oublier. La fête ainsi présentée est dès lors une occasion de rupture avec la triste réalité quotidienne (celle de Paris comme celle de certains campagnards voir début 5), un retour à lâge dor où lhumanité naurait formé quune seule famille tendrement unie, à limage de celle que donnent Julie et ses enfants quand elle monte avec eux dans la chambre de son mari (11), ou celle plus large de cette nouvelle communauté où chacun se connaît et cherche à plaire à lautre. La longue description de cette fête obéit en fait à une intention précise : il sagit de montrer que « la douce égalité qui règne ici rétablit lordre de la nature, forme une instruction pour les uns, une consolation pour les autres, et un lien damitié pour tous » (11).
La fête réalise-t-elle les attentes ?
Tout cela est bel et bon, mais le texte prouve que la fête reste superficielle, car elle ne modifie pas en profondeur les mentalités.
Remarquons dabord que les personnages de Rousseau ne sont pas tous des modèles, loin de là. Passe encore que Saint-Preux éprouve quelque penchant pour la bouteille, mais il nest pas pour autant plus actif à la tâche où il essaie de tricher (15). Les journaliers ne se comportent pas autrement puisquil faut lil de Claire pour « faire avertir et tancer les paresseux » (7). Dailleurs le paternalisme dont témoigne la famille Wolmar nest pas des plus désintéressés ni des plus compréhensifs. M. de Wolmar cherche à maintenir les journaliers dans leur état en ne leur montrant et accordant que ce quil estime conforme à ses intérêts (12). Il donne un congé définitif pour la moindre incartade, même quand on pourrait bénéficier de circonstance atténuantes (fin 12). Dailleurs le journalier qui sest quelque peu oublié na pas, en fait, oublié la réalité : il sest juste permis de dire la vérité (in vino veritas), ce qui prouve que les tensions et les rancoeurs persistent et ne demandent quà voir le jour. Ce couple est obligé de surveiller ses journaliers que Julie note (15) en fonction de leur travail et sur lesquels elle fait régner « le despotique empire de sa sagesse » (10). On a beau parler de « sagesse », lautorité nen reste pas moins « despotique », cest à dire quelle na pas à se justifier. Comme tout est exécuté en fonction des intérêts économiques familiaux, on se séparera des ouvriers passé le temps des vendanges. La fête nest donc quune parenthèse destinée à prendre fin tôt ou tard. Dailleurs la convivialité qui y règne nest quillusoire dans la mesure où les différences persistent. Le comportement prétendument égalitaire et fraternel a ainsi ses limites car chacun garde toujours à lesprit la conscience de son état, doù une certaine condescendance dans les rapports. Elle se perçoit dans le vocabulaire faussement appréciatif : ce sont alors « ces bons villageois (10), ces bonnes gens (11) » aux compliments rustauds desquels on sefforce de se plier avec autant de bonne grâce que possible (10). Enfin, la liberté de parole nest pas totale dans la mesure où elle est limitée par « la présence de maîtres si respectés » (11) et même si lon partage la même table et les mêmes mets, la mention des « maîtres, journaliers, domestiques » (11) prouve que demain tout redeviendra comme auparavant, la nuit du 4 août nétant pas encore arrivée
Conclusion
La page est célèbre pour avoir fait entrer dans la littérature romanesque la poésie de la vie rustique et parce quelle constitue un hymne en lhonneur des travaux des champs. Son originalité consiste à présenter le travail des vendanges comme étant une période de fête où le sentiment de peine inhérent au travail est aboli au profit dune euphorie générale où les constituants matériels ont tout autant leur part que les éléments psychiques. La fête est donc celle de lhomme tout entier (corps, âme et esprit) qui rêve dun Eden recouvré. Pour ce faire, il faut remplir des conditions précises. Selon Rousseau, ce sont « le travail, la gaieté, linnocence » (16). Pareille conception est-elle encore dactualité ? Autrement dit : est-ce là ce que nous entendons par le mot fête ?
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Fêtes et spectacles sous l'Empire romain
Tout le monde connaît par coeur la tirade fulminée par Juvénal contre [...] « ce peuple déchu [qui] ne souhaite plus, avec une anxieuse convoitise, que deux choses au monde : panem et circenses, du pain et des jeux. » [...] Sous l'Empire, les jours fériés occupaient environ la moitié de l'année. A première vue cette conclusion a quelque chose de stupéfiant. A la réflexion, elle apparaît comme la conséquence inévitable de l'évolution politique et sociale qui avaient amené les maîtres de l'Empire à se servir, en les amplifiant, des fêtes que la religion avait jadis introduites dans Rome, pour consolider leur domination sur les masses qui cernaient leur palais en remplissant la Ville.
A la naissance de chacune des « féries » romaines se place la religion, et celle-ci s'y trouve plus ou moins engagée. Elle affleure à la surface de vieilles solennités que les Romains ne manquaient pas d'accomplir, mais qu'ils ne comprenaient plus et dont ils avaient oublié le sens et la raison. [...] Ainsi, le 15 octobre, avait lieu sur le Forum une course de chevaux dont l'issue révèle l'inspiration primitive. [...] Au retour de la campagne guerrière qui, chaque année, commençait au printemps et finissait à l'automne, les Latins de la vieille Rome offraient une course aux dieux en action de grâces ; et ils leur sacrifiaient le cheval vainqueur pour purifier la Ville par l'effusion de son sang et la protéger par le fétiche de son squelette.
En ces usages immémoriaux transparaît tout de suite le rituel des ancêtres. Or, pour y être moins visible, la religion n'était pas moins présente dans les jeux plus récents que la République, appelant l'Olympe à son secours en des heures de crise, avait successivement instaurés en l'honneur de Jupiter, d'Apollon, de Cérès, de Cybèle et de Flora, et dont les dictateurs, plus tard, avaient allongé la liste en l'honneur de leurs propres victoires pour les élever, et eux avec elles, sur un plan surhumain. Par les luttes comme par les courses, par les représentations dramatiques comme par la pourpre triomphale, il s'agissait non seulement de réjouir les dieux, mais de capter leur énergie momentanément incarnée dans le magistrat triomphant, dans les acteurs des drames et dans les vainqueurs des tournois. Enfin, lorsqu'en 105 avant Jésus-Christ l'État inaugura à son compte les combats de gladiateurs qu'auparavant de simples particuliers avaient organisés près de la tombe de leurs parents, il les désigna par ce nom de munus 1 qui leur demeurera attaché dans les âges suivants et où s'exprime leur sinistre fonction de fléchir par des morts d'homme le courroux des Immortels, et d'apaiser par de nouvelles tueries de vivants l'inquiétude des morts. [...]
A l'époque impériale, on avait sécularisé les jeux sacrés ; sans doute, le public se rendait au cirque comme à un office, revêtu de sa toge des grands jours, dont un édit d'Auguste avait rendu le port obligatoire, et qu'un édit de Claude ne permit de cacher sous un manteau que par mauvais temps, et seulement après que le prince eut donné le signal de s'asseoir. Sans doute encore, il devait, sous peine d'expulsion, y garder une tenue décente et ne point s'aviser, par exemple, de boire ou de manger pendant les courses. Mais les Romains avaient conscience, non de suivre une liturgie, mais de se plier à une étiquette ; et quand, selon la règle, ils se levaient pour acclamer la procession inaugurale où les statues des Divi 2 accompagnaient celles des divinités officielles, ce n'est point leur dévotion qu'ils manifestaient ainsi, mais leur fidélité à la dynastie [...]. Les représentations établissaient entre la foule et l'empereur un contact salutaire qui l'empêchait, lui, de s'enfermer dans un dangereux isolement, et elle, de méconnaître l'auguste présence de César. [...] Ainsi l'autorité se détendait dans la familiarité des sentiments communs, et, en même temps, elle se retrempait dans ces vagues de popularité qui déferlaient à ses pieds. [...] Et aussitôt formée, les empereurs s'arrangeaient pour en canaliser et diriger les courants, avec une habileté qui leur permettait de rejeter sur la multitude la responsabilité des sanctions qu'ils avaient médité de prendre, mais dont ils désiraient avoir l'air de s'être laissé dicter la rigueur. C'est ainsi que les spectacles du cirque, sans faire partie intégrante du régime impérial, en soutenaient l'armature, et que, sans s'incorporer à la religion impériale, ils alimentaient ce qui pouvait encore brûler de flamme en elle.
Mais il y a plus : sur la route de l'autocratie, ils dressaient l'obstacle à la révolution. Dans la Ville où les masses comprenaient 150 000 chômeurs que dispensaient de travail les secours de l'Assistance publique, et peut-être autant de travailleurs, à qui était dénié le droit de faire de la politique, [...] les spectacles occupaient leur temps, captivaient leurs passions, détournaient leurs instincts, dérivaient leur activité. Un peuple qui bâille est mûr pour la révolte ! Les Césars n'ont laissé la plèbe romaine bâiller ni de faim ni d'ennui. Les spectacles furent la grande diversion au désoeuvrement de leurs sujets, et, par conséquent, le sûr instrument de leur absolutisme. En les environnant de leurs soins, en y engloutissant des sommes fabuleuses, ils ont sciemment pourvu à la sécurité de leur pouvoir. Dion Cassius rapporte qu'Auguste, ayant un jour reproché au pantomime Pylade d'assourdir Rome du bruit de ses rivalités et de ses disputes, Pylade osa lui répondre : « Il est de ton intérêt, César, que le peuple s'intéresse à nous... » En cette réplique, le spirituel artiste avait traduit l'intime pensée d'Auguste et percé l'un des secrets de son gouvernement. [...] Si l'on excepte Tibère, ce républicain couronné dont l'inguérissable misanthropie enveloppait aussi bien le populaire que la noblesse, tous les empereurs ont rivalisé de prodigalité pour étoffer le programme des fêtes et des jeux traditionnels, les allonger parfois jusqu'à la fin de la nuit, les doubler d'une infinité de spectacles hors série. [...] Dans cette débauche de plaisir et ce gaspillage d'argent, les plus sages rejoignirent les pires, et le plus fastueux, le plus fou en apparence, fut peut-être Trajan, le modèle des empereurs, l'optimus princeps [...].
La politique des Césars, cherchant à amuser leurs sujets de plus en plus fort, était inscrite dans la nécessité qui régit les gouvernements de masse. [...] Grâce aux fêtes, l'Empire a préservé son existence, garanti l'ordre d'une capitale surpeuplée, préservé la tranquillité de plus d'un million d'hommes ; et le comble de sa grandeur, au début du II° siècle après Jésus-Christ, coïncide avec celui de sa munificence dans les courses de ses ludi 3, les représentations de ses théâtres, les combats réels de son arène, les luttes simulées et les concours littéraires et musicaux de toute sorte.
Jérôme Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire,
éditions Hachette, 1975, pages 235 à 245, passim.
NOTES :
Tâche accomplie, produit, oeuvre ; puis don, présent, faveur ; et enfin spectacle public.
Hommes considérés comme des dieux (les empereurs par exemple).
De ses jeux, ses divertissements.
[ Textes sélectionnés et retapés par Cathy Réalini ]
Questions
Comment se traduit limportance prise par les fêtes dans lAntiquité romaine ?
Quels rapports les fêtes entretiennent-elles avec le sacré ? avec le politique ?
Quelle est lactualité de ce texte ?
Reformulez ce texte en nen conservant que les éléments essentiels.
Comment se traduit limportance prise par les fêtes dans lAntiquité romaine ?
Limportance se constate dabord au grand nombre de fêtes qui avaient lieu à Rome : « elles occupaient environ la moitié de lannée », ce qui nous paraît difficile à croire. Comment léconomie pouvait-elle fonctionner avec un tel handicap ? Dautant plus quelles engloutissaient des sommes énormes qui auraient pu servir à autre chose. Ce système a duré très longtemps, puisque les jeux ont été organisés sous la République par lEtat (à partir de 105 av. JC) et pris en charge tant par les dictateurs que par les empereurs. Il ny a donc guère eu de rupture de politique entre les différents régimes et le système a survécu jusquà la fin de lempire romain, ce qui représente plusieurs siècles. Leur durée sétalait non seulement à travers les années et les siècles, mais se calculait aussi en nombre dheures puisquelles se prolongeaient « parfois jusquà la fin de la nuit ». On a limpression de vivre une fête perpétuelle, une vie de fêtes. A cela sajoute la diversité des fêtes : religieuses comme laïques ou profanes, elles se sont constamment diversifiées : lauteur emploie des termes comme « étoffer
infinité de spectacles ». La variété se reconnaît aux courses de chevaux, aux représentations théâtrales, aux combats réels dans les arènes (donc avec mort dhommes), aux luttes simulées et aux concours artistiques (littéraires et musicaux). Fêtes destinées aux sens (vue, ouïe), à lesprit (théâtre), au petit peuple comme aux couches plus éduquées. Bref la fête concernait tout un peuple qui ne souhaitait plus quune seule chose : « panem et circenses », réunissant ainsi les différentes couches en une seule communauté partageant la même valeur : le sens de la fête.
Quels rapports les fêtes entretiennent-elles avec le sacré ? avec le politique ?
Les fêtes sont en rapport avec le sacré, même quand leur sens religieux a été perdu de vue. Il en est ainsi des vieilles fêtes dont la course des chevaux du 15 octobre est lillustration, puisque les Romains ne saisissent plus le sens de ce rite quest le sacrifice du cheval, sacrifice destiné à « purifier la Ville
et la protéger par le fétiche de son squelette ». Cela traduit en fait la conscience davoir perpétré un acte criminel (par les morts dhommes occasionnés en temps de guerre) et la peur dune éventuelle punition pour cette transgression. Si lon avance dans le temps, on constate que sous la République le sacré a sa part en période de crise où lhomme se sent démuni : face à des situations qui le dépassent, il a peur, mais cette frayeur passée, il exprime sa joie en organisant des jeux en lhonneur des dieux olympiens auxquels il rend grâces, parce quil a conscience que sans leur aide il naurait pas réussi. Les dieux sont donc censés se réjouir de la piété ainsi manifestée. En outre, lon espère détourner (le texte dit « capter ») en sa faveur la force vitale incarnée par le vainqueur du moment dès lors considéré comme le favori des dieux (faute de quoi, il aurait échoué dans son entreprise), ce qui relève dune pratique superstitieuse ancestrale. Cette même peur affleure en ce qui concerne les combats des gladiateurs : leur origine religieuse est certaine puisquils avaient initialement lieu sur les tombes familiales pour « fléchir le courroux des Immortels (en cas de mort violente ?) et apaiser linquiétude des morts » auxquels on montre quon ne les oublie pas. Par ce moyen, lhomme croit pouvoir vivre en paix avec tout ce qui représente lau-delà. Très concrètement, la présence du sacré se traduit par lexposition de statues des dieux lors des processions qui précédaient les jeux organisés par lEtat, dieux qui se rapprochaient encore plus des hommes par les statues des empereurs qui accompagnaient les premières, empereurs dailleurs qualifiés de Divi, donc déifiés. Dès lors on comprend que lon parle de « religion impériale » .
Voilà qui nous permet daborder les rapports des fêtes avec le domaine politique. Tout le texte montre que le sens de la fête est détourné par le pouvoir politique qui craint pour son assise. De fait, tous les dictateurs et les empereurs (à lexception du seul Tibère) se sont servis de la fête comme dun opium du peuple. Il sagit dune volonté délibérée destinée à consolider son pouvoir en occupant et en flattant le peuple.
On loccupe dans la mesure où il y a 150 000 chômeurs dans la seule Rome : considérés comme des citoyens de seconde zone puisque nayant pas le droit de vote, ils pourraient à tout moment être tentés par la révolte, vu leur désuvrement susceptible dentraîner une prise de conscience de leur état. Doù lénormité des dépenses engagées pour ces festivités. La fête est donc un dérivatif, ce que signale lanecdote concernant le pantomime Pylade : un peuple occupé à des vétilles ne fomentera pas de troubles politiques. La fête est aussi flatterie démagogique, dans la mesure où lors des jeux les empereurs donnent au peuple lillusion du pouvoir puisqueux-mêmes se soumettent à son choix lorsquil sagit de sanctions quils avaient en réalité projetées dans le secret de leur cabinet.
Ainsi les fêtes permettent aux hommes politiques de ne se faire oublier du peuple en se montrant tout à la fois semblables à lui (puisque prenant part aux mêmes plaisirs) et différents puisque décidant du cérémonial (imposition du port de la toge, début de la fête sur signal de lempereur) et valorisant les victoires par des fêtes où ils sassimilent à des dieux (comportement partagé par les dictateurs comme par les empereurs). Il sagit dun calcul destiné à se maintenir au pouvoir, mais où chacun trouve son compte.
Quelle est lactualité de ce texte ?
De prime abord, tout cela semble bien loin de nous. Nous ne vivons plus sous le même régime autoritaire, ne connaissons plus ce genre de fêtes, ne passons pas la moitié de lannée en jours fériés, ne vivons pas une période dincertitudes militaires
En réalité, bien des aspects continuent de nous parler.
Tout dabord nombre de fêtes ont lieu dont nous avons généralement perdu le sens religieux premier, comme cétait le cas chez les Romains : la fête des rois ne renvoie plus guère à lEpiphanie de lEvangile, Carnaval est vidé de son rapport avec le Carême, Halloween a pris le pas sur la Toussaint et nest plus quune mascarade où le rapport avec les morts sest estompé. Qui plus est, bien souvent, nous ne savons même plus ce que nous fêtons : il suffit de demander à nos concitoyens ce que sont la Pentecôte, lAscension ou lAssomption pour constater la désacralisation de ces fêtes qui deviennent de simples jours chômés.
Par ailleurs, le passage aux 35 h a libéré du temps désormais consacré aux loisirs, toute occasion est bonne pour « faire des ponts », si bien que nous travaillons de moins en moins, même si nous sommes encore loin de la situation connue par les Romains. Cette civilisation dite « des loisirs » engendre des moments festifs de plus en plus nombreux où lon ne vit plus que pour le pain et les jeux. De fait, les fêtes se sont multipliées : Fête de la Musique qui se prolonge jusquà une heure avancée de la nuit, fête de Saint Patrick (où la bière coule à flots dans les pubs), fête des secrétaires, fêtes villageoises ou locales de mai jusquen octobre, ou anniversaires de toutes sortes (commémoration du 11 novembre, anniversaire de la Libération), sans parler de la Gay Pride, de la Techno Parade et des raves où lon ne cherche quà "séclater" de son mieux.
Ce foisonnement rappelle celui des Romains, surtout quand il est initié par des hommes politiques (Jack Lang et la Fête de la Musique) ou que certains participent à des fêtes où ils mangent la saine nourriture du peuple (J.Chirac et les fêtes de la Corrèze ou le Salon de lagriculture) dont ils partagent même les loisirs (Giscard dEstaing jouant de laccordéon). Comment ne pas penser à la récupération à des fins politiques de ces moments de convivialité ? Le pouvoir romain nagissait pas autrement. Enfin, remarquons que ce foisonnement se retrouve dans notre modernité que ce soit avec la télévision, notamment les jeux télévisés et les reality shows qui collent les citoyens devant leur écran et les dispensent (ou lempêchent ?) de penser, ou avec la pléthore de films daction américains et tous les films de catégorie B.
Squelette argumentatif du texte
§ 1 : introduction : l'omniprésence des fêtes/jeux
a Juvénal critique ce peuple qui ne veut que du pain et des jeux
b 1 jour sur 2 à Rome était férié
§ 2 et 3 : la religion
c - bcp de fêtes avaient une origine religieuse
d les dirigeants en ont créé de nouvelles pour s'autocélébrer
e les fêtes religieuses avaient pr but de plaire aux dieux et de s'assurer de leur faveur
f bcp de fêtes étaient liées à la mort ( cheval vainqueur de cours sacrifié aux dieux
( ou gladiateurs tué,
parce que ces morts/sacrifices calmaient la colère des dieux ou les tourments des morts.
§ 4 et 5 : fête et politique
g puis fêtes et jeux se sécularisent = se laïcisent ( passent du religieux au civil
mais ont conservé un cérémonial strict
h cõ le montre la procession préliminaire des statues de dieux et des Divi (hommes déifiés)
i elles sont aussi pr l'empereur l'occasion de se montrer et de renouer avec le peuple
j l'empereur dominait la foule et la manoeuvrait en feignant de la consulter
k voilà pq fêtes et jeux renforçaient le pouvoir politique
l De + ils servaient à étouffer protestation et rébellion, car ils distrayaient le peuple
m C'est pq chq empereur a créé de nouvelles fêtes, + fastueuses que celles qui existaient déjà
§ 6 : conclusion
n Grâce aux fêtes/jeux, l'empire a prolongé son existence et assuré sa stabilité.
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Voici venus les jours du carnaval, les jours où le bétail humain s'amuse par masses, par troupeaux, montrant bien sa bestiale sottise. Paris ne connaît point de carnaval. Quelques masques passent, rapides, honteux et méprisés dans la foule, lente et pesante, sortie parce qu'elle a congé. C'est à Nice qu'il faut voir cette fête de la brute civilisée ! Hommes et femmes, du peuple et du monde mêlés, la tête couverte d'un masque en fil de fer, trouvent un plaisir délirant à se jeter du plâtre dans les yeux. Une folie furieuse agite ces êtres qui gesticulent, crient, se heurtent et se lancent au visage des poignées de confetti, de poussière et de cailloux. Une bête semble déchaînée dans chacun de ces hommes, la bête, cette hideuse bête humaine qui apparaît, hurle, s'enivre, se bat, frappe, ravage, ou tue sitôt qu'on la lâche et qu'on la démusèle, la bête horrible qui incendie, pille et massacre aux jours de guerre, qui guillotine aux jours de n révolution, et saute, en sueur, aux jours de gaieté publique, affreuse dans sa joie comme dans sa férocité. Quel bonheur stupide peuvent trouver ces gens à aveugler les passants avec du plâtre ? Quelle joie à heurter des coudes, à bousculer ses voisins, à s'agiter, à courir, à crier ainsi sans aucun résultat pour ces fatigues, sans aucune récompense après ces mouvements inutiles et violents ? Quel plaisir éprouve-t-on à se réunir si c'est uniquement pour se jeter des saletés à la face ? Pourquoi cette foule est-elle délirante de joie, alors qu'aucune jouissance ne l'attend ? Pourquoi parle-t-on longtemps d'avance de ce jour, et le regrette-t-on lorsqu'il est passé ? Uniquement parce qu'on déchaîne la bête, ce jour-là ! On lui donne liberté comme à un chien que la chaîne des usages, de la politesse, de la civilisation et de la loi tiendrait attaché toute l'année ! La bête humaine est libre ! Elle se soulage et s'amuse selon sa nature de brute. Il ne faut pas en vouloir aux hommes, mais à la race elle-même !
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Exposés : Les élèves se servent de la documentation du CDI et dInternet.
Noël
Pâques
Les fêtes de pays ( = fêtes locales)
Carnaval et la fête des fous
Les Panathénées
La fête des morts en Amérique latine
Halloween
Gay pride et love parade
Les raves parties
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INCLUDEPICTURE "http://www.artyst.net/B/BruegelPieterII16-17/BruegelDanseNoce.jpg" \* MERGEFORMATINET
Brueghel dEnfer Danse de noce Le Louvre
Maupassant Ma femme
Je fus invité, au mois de mai, à la noce de mon cousin Simon d'Érabel, en Normandie. Ce fut une vraie noce normande. On se mit à table à cinq heures du soir ; à onze heures on mangeait encore. On m'avait accouplé, pour la circonstance, avec une demoiselle Dumoulin, fille d'un colonel en retraite, jeune personne blonde et militaire, bien en forme, hardie et verbeuse. Elle m'accapara complètement pendant toute la journée, m'entraîna dans le parc, me fit danser bon gré mal gré, m'assomma.
Je me disais : "Passe pour aujourd'hui, mais demain je file. Ça suffit." Vers onze heures du soir, les femmes se retirèrent dans leurs chambres ; les hommes restèrent à fumer en buvant, ou à boire en fumant, si vous aimez mieux. Par la fenêtre ouverte on apercevait le bal champêtre. Rustres et rustaudes sautaient en rond, en hurlant un air de danse sauvage qu'accompagnaient faiblement deux violonistes et une clarinette placés sur une grande table de cuisine en estrade. Le chant tumultueux des paysans couvrait entièrement parfois la chanson des instruments ; et la frêle musique, déchirée par les voix déchaînées, semblait tomber du ciel en lambeaux, en petits fragments de notes éparpillées. Deux grandes barriques, entourées de torches flambantes, versaient à boire à la foule. Deux hommes étaient occupés à rincer les verres ou les bols dans un baquet pour les tendre immédiatement sous les robinets d'où coulaient le filet rouge du vin ou le filet d'or du cidre pur ; et les danseurs assoiffés, les vieux tranquilles, les filles en sueurs se pressaient, tendaient les bras pour saisir à leur tour un vase quelconque et se verser à grands flots dans la gorge, en renversant la tête, le liquide qu'ils préféraient. Sur une table on trouvait du pain, du beurre, des fromages et des saucisses. Chacun avalait une bouchée de temps à autre : et sous le champ de feu des étoiles, cette fête saine et violente faisait plaisir à voir, donnait envie de boire aussi au ventre de ces grosses futailles et de manger du pain ferme avec du beurre et un oignon cru. Un désir fou me saisit de prendre part à ces réjouissances, et j'abandonnai mes compagnons. J'étais peut-être un peu gris, je dois l'avouer ; mais je le fus bientôt tout à fait. J'avais saisi la main d'une forte paysanne essoufflée, et je la fis sauter éperdument jusqu'à la limite de mon haleine. Et puis je bus un coup de vin et je saisis une autre gaillarde. Pour me rafraîchir ensuite, j'avalai un plein bol de cidre et je me remis à bondir comme un possédé. J'étais souple ; les gars, ravis, me contemplaient en cherchant à m'imiter ; les filles voulaient toutes danser avec moi et sautaient lourdement avec des élégances de vaches. Enfin, de ronde en ronde, de verre de vin en verre de cidre, je me trouvai, vers deux heures du matin, pochard à ne plus tenir debout.
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Confrontation du tableau de Brueghel avec le texte de Maupassant
Un regard particulier : les deux artistes privilégient chacun
Un public : La foule : les mots au pluriel pour désigner les paysans : les gars, les filles, les rustres. Dans le tableau : grand nombre de personnages, surtout vers le fond, car le premier plan est lespace réservé où les couples évoluent librement pour danser. Grouillement rendu par la perspective : les personnages sont de plus en plus petits au fur et à mesure que lon va vers larrière plan. Dans les deux cas, présence dhommes et de femmes au physique peu flatteur cf « rustres et rustaudes » + les traits assez grossiers des danseurs.
B. Un cadre spatio-temporel
Un lieu : lextérieur. Dans les deux cas, on est dans un cadre naturel, ce que suggèrent « le bal champêtre » chez le narrateur et la scène dextérieur avec des arbres et du feuillage chez le peintre.
Un moment : mariage ou plutôt une noce cf « noce normande
Danse de noce ». Donc non pas la cérémonie elle-même, mais le moment de liesse qui suit. La liesse du peuple : paysans chez Maupassant, idem chez Brueghel ? Laspect cérémoniel et rituel est présent mais secondaire : chez Maupassant il est seulement évoqué comme en résumé (la 1ère partie du texte est la moins importante) et chez Brueghel il apparaît au second plan par la remise des cadeaux à la mariée sagement assise devant une tenture avec sa couronne de mariée sur la tête alors que les autres femmes portent des coiffes. Elle est dailleurs valorisée par les lignes de fuite qui convergent vers elle et par les deux arbres qui lencadrent. Peut-être les personnages ont-ils mis leurs habits de fête: le personnage de gauche, debout près de larbre, semble bien habillé et assez riche, tout comme le danseur au premier plan à gauche. Les couleurs semblent aussi renvoyer à des habits de fêtes.
Une fête populaire. La fête du corps par
A. La fête des sens
La vue cf les couleurs des vêtements chez Brueghel ; chez Maupassant, présence déléments descriptifs destinés à mettre leau à la bouche par le biais dadjectifs « le filet rouge du vin, le filet dor du cidre
le champ de feu des étoiles
ventre de ces grosses futailles
»
Louïe : la musique. Deux violonistes et une clarinette chez Maupassant, un cornemusier chez le peintre ; les chants des rustres chez Maupassant
Le toucher. Noter le contact physique chez Maupassant « Javais saisi la main dune forte paysanne
et je saisis une autre gaillarde » ; même contact chez le peintre par les danseurs, certains semblant même enlacés. Ne pas oublier un érotisme larvé : les filles qui sont demanderesses chez Maupassant, et chez le peintre les deux couples enlacés sur la gauche (on dirait même que lun des hommes cherche la bouche de sa cavalière)
Le goût : le thème de la nourriture et de la boisson vue sous langle de labondance et de lexcès : on avale chez Maupassant puisquon se presse « pour saisir un vase quelconque et se verser à grands flots dans la gorge, en renversant la tête ». Presque la même attitude chez Brueghel : deux personnages boivent à même une cruche ( à gauche et à droite au fond).
La danse effrénée : des rondes incessantes chez Maupassant ; chez Brueghel des couples évoluant et tournant sur eux-mêmes, ce qui provoque un effet de ronde, effet dailleurs accentué par larc de cercle tracé par les couples quand on part de la gauche (derrière le buveur on a le premier couple de danseurs) vers la droite Dans les deux cas, il y a débridement du corps par les sauts, les bonds chez Maupassant ; la posture de corps (notamment le danseur de droite) exagérée et le pli de certains vêtements gonflés par le mouvement chez le peintre. Cela débouche sur une absence de grâce chez Maupassant par des mots comme sautaient en rond, danse sauvage, élégances de vache ; la même lourdeur revient chez le peintre par des mouvements qui ressemblent plus à des sauts quà des pas de deux ; en outre les gestes y sont grossis, cf les jambes écartées, ventre bombé, sans oublier que certains paysans sont vus de trois quarts face, trois quarts dos et de côté ce qui donne une impression de désordre puisque les figures ne sont pas esquissées en même temps ; certains couples (à gauche) semblent même danser lentement. Ce désordre est accentué par les arbres courbés en sens différents : celui de gauche penche vers la droite avec une branche vers la gauche, celui de droite vers la gauche avec une branche vers la droite, tandis que les arbres du fond ne sont pas rectilignes. Dailleurs ces mêmes arbres nencadrent pas la scène de façon classique, comme un symbole du débridement.
Maupassant Ma femme
Peut-on parler de rites collectifs à propos de cette noce ?
Les rites sont présents dans la mesure où il faut respecter certains codes, si lon ne veut pas perdre lestime des autres. Ce texte est alors intéressant par tout ce quil nous révèle dune société à un moment de son histoire, à propos dune fête aussi commune quun mariage. Il sagit tout dabord dune vraie noce normande, ce qui suppose quil en existe de pâles et médiocres imitations qui nen respectent pas les usages en vigueur. Un mariage daristocrates, même terriens, respecte en effet un rituel complexe. Avant le mariage, on lance les invitations dans la famille (le narrateur est le cousin du marié) et lon convie ses domestiques, voire le village, car il faut tenir son rang, montrer quon a les moyens de se payer un grand mariage. Le jour même : le repas sera donc une ripaille qui durera six bonnes heures, de cinq heures du soir à onze heures. Mais lon a soin de séparer les hôtes selon leur appartenance sociale. Lon distingue ainsi entre les invités de marque et le petit peuple, puisquil y aura deux fêtes, comme nous le verrons. Des paires ou couples : Union de deux familles, le mariage est une fête où lon se doit de nêtre pas seul et où dautres mariages peuvent éventuellement voir le jour. Voilà pourquoi lon donne à chaque invité une compagne dun jour. Le texte dit même que le narrateur a été accouplé avec une demoiselle, terme révélateur des attentes non formulées à une époque où il faut caser les jeunes filles, mais en tenant son rang. Celles-ci en ont conscience et font de leur mieux pour plaire et se trouver un époux., à limage de la demoiselle Dumoulin dont le narrateur dit : « Elle maccapara complètement pendant la journée, mentraîna dans le parc, me fit danser bon gré mal gré », autant dactivités qui sentent leffort de séduction féminine. La fin de la fête : les sexes se quittent à un moment donné, les femmes se rendant dans leurs chambres pendant que les hommes prolongent les festivités et restent à fumer en buvant, ou à boire en fumant. Chaque individu doit donc monter quil sait se comporter en fonction de ce que lon attend de lui.
Le mariage crée-t-il une nouvelle communauté ?
On peut prétendre que non. De fait, il semble bien y avoir deux fêtes nettement distinctes : celle de la famille et celle du menu peuple. Les deux catégories sociales sont manifestement séparées lune de lautre au point de nentretenir aucun contact. Cest ainsi que le narrateur regarde le bal champêtre par la fenêtre, une fois les festivités familiales achevées et femmes et hommes sétant séparés, comme le veulent les convenances sociales de lépoque. Le déterminant le et ladjectif champêtre sous-entendent lexistence dun autre bal, réservé à la bonne société, dautant plus que le cousin qui se marie est un aristocrate, Simon dErabel. Dailleurs, le narrateur a eu comme cavalière attitrée « une demoiselle Dumoulin, fille dun colonel en retraite ». On reste donc entre gens de son monde. En plus, il affiche un dédain certain à légard des paysans quil voit danser, comme le prouvent les termes péjoratifs qui parsèment le texte. Notons les qualificatifs « Rustres et rustaudes, les gars, les filles (et non pas les demoiselles, comme cest le cas pour la fille Dumoulin) » et le champ lexical des braillements constants et tonitruants, cris quon lâche à pleine gorge, ce que suggèrent les termes « hurlant
chant tumultueux
les voix déchaînées ». Tout cela dénote un manque déducation que vient renforcer lincapacité à évoluer avec grâce puisquon ne danse pas, mais saute (le verbe revient trois fois), bondit et le tout on ne peut plus lourdement puisquavec des élégances de vache, oxymore dune ironie féroce qui montre que le narrateur perçoit ces gens plus proches de lanimalité que de lhumanité. Certes, il se mêlera à la foule populaire dont il partagera la liesse, mais ce ne sera que pour un moment après lequel il retombera dans ses préjugés, ce dont témoignent les termes relevés qui sinsèrent dans un récit rétrospectif, passé depuis lequel le quotidien a de nouveau repris ses droits.
Cela prouve bien que la noce est un moment de collectivité conviviale capable de créer seulement pour un temps lillusion dune société unie par des codes.
En quoi la fête est-elle « excès permis » (Freud)
La présence de cette foule suscite un double effet dentraînement qui se caractérise par la rivalité. Ainsi le narrateur se mêle au peuple pour se comporter comme ce dernier en sautant et bondissant comme lui, mais en contrepartie les gars cherchent à limiter. Comme les paysans qui aval[ent] une bouchée de temps à autre, le héros boit un coup de vin, aval[e] un bol plein de cidre. Cest donc à qui montrera le plus dentrain, le plus de vitalité et dénergie. Pourquoi agir de la sorte ? Le narrateur donne libre cours à ses pulsions trop longtemps contenues : il a dû faire bonne figure toute la journée auprès de la demoiselle assommante quon lui avait imposée et veut prendre sa revanche ; le peuple, quant à lui, veut oublier son quotidien et la vie morne qui est la sienne, oublier sa pauvreté en profitant jusquà lexcès de cette occasion peut-être unique. Comment fait-on ? On satisfait les besoins primaires dans une communauté où chacun se comporte de la même façon. La ripaille sinstalle : on mord à pleines dents dans tout ce qui est à portée de main, nourriture des plus simples (lénumération donne à entendre quil y a abondance) ou boisson qui coule à flot de barriques apparemment inépuisables. Limpression de jet continu est produite par les verbes versaient à boire, doù coulaient, se versaient à grands flots, où limparfait traduit à la fois laction en train de se dérouler et la continuité du même phénomène. Il sagit de manger et de boire sans autre motif que le plaisir de manger et de boire, de danser et de hurler pour avoir de nouveau un motif qui permette de se replonger dans la ripaille. Sajoute le jeu du corps : le narrateur, trop longtemps frustré de son plaisir, passe dune cavalière à lautre, dune danse à lautre en une ronde qui semble ne plus devoir se terminer. Il veut jouir le plus possible dans un débordement de tous les sens, dans une exultation physique ininterrompue. Lattestent les et qui enchaînent les propositions sans discontinuité, la succession de petits paragraphes en rapport avec lexcitation qui fait battre les curs de plus en plus vite, de plus en plus fort au point que lon voit un narrateur qui danse éperdument jusquà la limite de [s]on haleine, mais aussi des filles en sueur, une paysanne essoufflée. Il importe de jouir jusquà lextase, dans une exultation dionysiaque, comme un possédé. Dès lors, les sauts et les bonds prennent une nouvelle dimension ; ils traduisent non plus linfériorité dune catégorie sociale, mais le plaisir débridé dun corps qui se sent vivre dans le dynamisme de ses pulsations accélérées.
Pourquoi peut-on dire que la fête est « une levée de censure » ?
Il nest pas étonnant que leffet dentraînement jouant à plein, lon en vient à oublier les bienséances qui règlent les comportements de chacun dans la vie de tous les jours. Cela se perçoit à la nourriture et aux rapports sociaux. Comme pour mieux profiter de la vue et du goût, on saisit à pleines mains un vase dalcool que lon se met à se verser à grands flots dans la gorge, en renversant la tête dans un geste de défi qui se veut dhabileté et dextase tout à la fois, dautant plus inattendu quil est accompli par des femmes aussi. De la même façon, on ne mange pas mais on avale, comme pour recommencer plus vite soit à manger soit à sauter, par peur de manquer quelque chose. Les filles elles mêmes font fi des convenances au point den venir à faire les avances, elles qui voulaient toutes danser avec le narrateur, ce qui est contraire aux bons usages à cette époque. Elles sont donc demanderesses et nattendent plus quon vienne les chercher. Après tout, il sagit dune noce et non dun mariage, la différence sémantique des deux termes expliquant le caractère fortement charnel de la fête.
La fête est donc transgression des interdits et des codes en usage dans toute société, débordement de vitalité qui ne connaît plus retenue ni gêne. Cest la victoire provisoire du ça sur le surmoi, mais indispensable pour que le moi retrouve son équilibre toujours fragile.
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Vous ferez de ces trois documents une synthèse ordonnée, concise et objective. Puis dans un travail décriture personnelle, en vous appuyant sur vos cours, vos lectures et votre expérience personnelle, vous direz si les fêtes conjuguent rituel et débridement.
Document 1
Faire la fête, c'est, d'une manière ou d'une autre, n'être plus tout à fait soi-même, laisser la spontanéité jaillir en levant les habituelles barrières que la "convenance" impose. Au masque social que l'individu porte quotidiennement sans s'en rendre compte, se substitue celui d'un personnage mythique, grotesque si possible. Tout ce qui peut contribuer à affaiblir le contrôle de soi-même est fortement recommandé. Les beuveries sont souvent un élément important de la célébration, aussi bien dans la fête des Indiens Papagos en l'honneur de la liqueur de saguaro que dans la fête des vendanges à Neufchâtel et dans beaucoup de variétés du carnaval contemporain. Les bruits, les chants, les effets de foule, l'agitation, la danse, tout contribue, en même temps que l'étrangeté des décors et des costumes, à créer l'indispensable dépaysement. On sait qu'il suffira, la fête finie, d'ôter les masques, de balayer les confettis et de brûler Mardi-Gras, pour retrouver d'un coup le monde de tous les jours, fastidieux peut-être, mais rassurant. [
]
Jean Cazeneuve, La vie dans la société moderne, 1982
Document 2
Le corps en - jeu
Les plaisirs du corps
Le repas est généralement lun des pivots de la fête. Cest autour de la table que se renouent les solidarités familiales: lors des cérémonies relatives aux âges de la vie (repas de baptême, de noces. de première communion); le Premier janvier ou le jour de la fête des Mères; lors de la fête patronale où lon invite les «étrangers les relations amicales et les anciennes relations de voisinage ; et bien sûr lors des fêtes corporatives banquets de la St Eloi, de St Vincent...
La table est le lieu idéal de rencontre où peuvent se juxtaposer le protocole rigoureux des hiérarchies sociales et villageoises et les relations à plaisanterie où le vin permet la franchise et le défoulement. Mais cest surtout parce quils mettent en jeu pleinement et totalement le corps, que les plaisirs de la table ont une telle importance dans la fête. La tradition des agapes renvoie en effet à une société où le rapport du corps avec lalimentation était austère et difficile: manque de variété des menus, pauvreté et cherté des mets. La fête, la sortie du quotidien, se marquait donc essentiellement par un bon repas, cest-à-dire, dabord, une surabondance de mets.
Mise à part la référence symbolique au nombre de mois de lannée, les douze desserts rituels du soir de Noël en Provence renvoient bien à cette profusion qui enchante le corps dodeurs, de saveurs, et surtout du bien-être que ne connaissent pas tous les jours les paysans; les troubles digestifs qui accompagnent souvent ce changement brutal de régime font partie de la fête, sont quasi intégrés dans son rituel et marquent létat de satiété du corps de la même façon que les renvois indiquent que le nourrisson est repu.
Mais, exceptionnel ne signifie pas pour autant inorganisation. Les menus, ou tout au moins certains plats des repas de fête, sont au contraire très standardisés: pas de première communion sans pièce montée, par exemple. De nombreuses fêtes calendaires ont ainsi leur mets rituel, encore aujourdhui: huîtres, dinde et bûche de Noël, oeufs de Pâques, crêpes de la Chandeleur...
et le lit.
Cette introduction dun ordre dans lextraordinaire est une des caractéristiques de la fête. Instrument de régulation sociale, la fête a, en effet, pour fonction de libérer à intervalles réguliers la société villageoise des contraintes daustérité qui fondent son existence quotidienne. Si la fête navait pas lieu, la vie quotidienne ne serait pas supportable. Mais pour que la société continue à fonctionner, cette libération ne peut être totale, elle doit être limitée par certaines normes, masquée, niée par des relations à plaisanterie, et surtout codifiée. Ce nest pas le corps à létat de nature, dans la plénitude de ses jouissances qui en est lacteur, cest le corps à létat de culture, aux désirs contenus et ritualisés.
« Qui fait lamour dîne », dit le proverbe. On associe souvent alimentation et sexualité, fête et licence sexuelle. Mais le fonctionnement même du rituel de la fête rend difficile à cette licence de dépasser le stade conjugal ou prémarital. Dans les fêtes corporatives où la famille nest pas présente dans son ensemble, il est rare que règne la mixité: le banquet de la St Eloi rassemble uniquement des hommes, celui de la Ste Agathe sadresse par contre aux femmes. La ritualisation des plaisanteries obscènes dans les banquets contribue également à endiguer lexpression du désir du corps. Pour les jeunes cependant les danses autour du feu, à Carnaval et surtout à la St Jean, les rondes de Mai, se terminent parfois par des relations sexuelles; mais il ne sagit pas dune liberté totale, plutôt de relations prémaritales tout à fait codifiées.
Françoise Loux. Autrement Novembre 1976
Document 3
A la vie régulière, occupée aux travaux quotidiens, paisible, prise dans un système dinterdits, toute de précautions, où la maxime quieta non movere maintient lordre du monde, soppose leffervescence de la fête . Celle-ci, si lon ne considère que ses aspects extérieurs, présente des caractères identiques à nimporte quel niveau de civilisation. Elle implique un grand concours de peuple agité et bruyant. Ces rassemblements massifs favorisent éminemment la naissance et la contagion dune exaltation qui se dépense en cris et en gestes, qui incite à sabandonner sans contrôle aux impulsions les plus irréfléchies. Même aujourdhui, où cependant les fêtes appauvries ressortent si peu sur le fond de grisaille que constitue la monotonie de la vie courante et y apparaissent dispersées, émiettées, presque enlisées, on distingue encore en elles quelques misérables vestiges du déchaînement collectif qui caractérise les anciennes frairies. En effet, les déguisements et les audaces permises au carnaval, les libations et les bals de carrefour du 14 juillet, témoignent de la même nécessité sociale et la continuent. Il ny a pas de fête, même triste par définition, qui ne comporte au moins un début dexcès et de bombance il nest quà évoquer les repas denterrement à la campagne. De jadis ou daujourdhui, la fête se définit toujours par la danse, le chant, lingestion de nourriture, la beuverie. Il faut sen donner tout son soûl, jusquà sépuiser, jusquà se rendre malade. Cest la loi même de la fête. [
] On comprend que la fête, représentant un tel paroxysme de vie et tranchant si violemment sur les menus soucis de l'existence quotidienne, apparaisse à l'individu comme un autre monde, où il se sent soutenu et transformé par des forces qui le dépassent. Son activité journalière, cueillette, chasse, pêche ou élevage, ne fait qu'occuper son temps et pourvoir à ses besoins immédiats. Il y apporte sans doute de l'attention, de la patience, de l'habileté, mais, plus profondément, il vit dans le souvenir d'une fête et dans l'attente d'une autre, car la fête figure pour lui, pour sa mémoire et pour son désir, le temps des émotions intenses et de la métamorphose de son être.
Roger Caillois, L'homme et le sacré, 1950.
Quest-ce que la fête ? Pourquoi fête-t-on et comment ? Telles sont les questions quabordent dans ce dossier trois sociologues. Lacadémicien Roger Caillois en indique dès 1950 dans son essai Lhomme et le sacré les caractéristiques générales ; il est rejoint dans sa démarche par Jean Cazeneuve qui en 1982 dans son livre La vie dans la société moderne sintéresse à toutes les fêtes qui ont lieu sur terre, tandis que Françoise Loux dans la revue Autrement (novembre 1976) se concentre plus particulièrement sur les composantes alimentaires et sexuelles de la fête. Cest ainsi que la présentation des données permettra de mieux comprendre ce qui est en jeu dans les fêtes.
Limportance des fêtes se constate par leur diversité et leurs caractéristiques. Les fêtes sont des moments importants dans la mesure où, et les trois auteurs saccordent sur ce point, il nest pas de société sans fêtes. Cela se vérifie si lon observe comme Loux que les fêtes concernent tant des personnes précise (la fête des Mères) que des familles réunies à loccasion de cérémonies religieuses (la première communion). Le cercle sélargit progressivement si lon passe aux fêtes de corporations dont Loux propose deux exemples, aux fêtes patronales des villages (quelles soient dhier ou daujourdhui) relevées par Caillois et Loux, ou à celles qui touchent une ville entière, telle la fête des vendanges de Neufchâtel mentionnée par Cazeneuve. Enfin, il en est qui concernent une société dans son ensemble, quil sagisse du 14 juillet relevé par Caillois ou de la fête que les Indiens Papagos, cités par Cazeneuve, célèbrent en lhonneur de la liqueur de saguaro. Voilà qui permet à Caillois davancer que le rythme de toute vie humaine est ponctuée par ces temps forts que sont les fêtes, puisque tout homme rêve de la fête passée et attend celle qui va venir. Toutes ces fêtes, quelle que soit leur nature, ont deux caractéristiques communes. Tout dabord, comme lindique Loux, la fête est une occasion de rassemblement auquel participent, selon le cas, la famille, le voisinage ou des individus exerçant une même profession. Cazeneuve et Caillois appuient cette idée en affirmant que toute fête suppose la présence dune foule quils perçoivent dailleurs comme étant avant tout agitée et bruyante par ses danses, ses chants ou ses cris. Plus importante est la notion de démesure qui accompagne toute fête, dont aucune, à en croire Caillois qui est catégorique à ce sujet, ne peut se concevoir sans que naient lieu des excès. Loux confirme ce point de vue : les repas et festins qui accompagnent presque nécessairement une fête se caractérisent, selon elle, par une surabondance de plats, à limage des douze desserts que lon sert à Noël, en Provence, ou des beuveries dont parle Cazeneuve, au point même que comme lavance Loux on peut en tomber malade. Ces excès peuvent aussi déboucher, daprès elle, sur des débordements moraux, tels que les rapports sexuels inattendus qui ont lieu à loccasion de certaines fêtes.
Se pose dès lors la question : comment expliquer limportance prise par les fêtes ?
Elles rompent avec la vie de chaque jour sans que lon puisse pour autant se plaindre de leurs conséquences. Selon Loux, certaines dentre elles correspondent à des étapes qui jalonnent une vie humaine (la fête du Nouvel An) ou permettent le passage à un autre âge, à limage de la première communion ou du mariage. En outre, les trois documents insistent sur la rupture avec le quotidien que représente toute fête. En effet, Caillois explique quune vie journalière, surtout quand elle est monotone et calme, ne peut que déboucher sur son contraire : le défoulement jusquà la satiété. Voilà qui est corroboré par les deux autres auteurs. En effet, Loux rappelle que les repas plus que copieux sont à mettre en rapport avec les problèmes alimentaires que connaissent traditionnellement des sociétés où la nourriture est simple, pauvre et chère. Pour sa part, Cazeneuve précise que les dérèglements auxquels donne lieu la fête sont, eux, la conséquence dune société qui exerce une forte pression sur les individus auxquels elle demande de respecter des normes de bienséance strictes, tant et si bien que chacun est tenu de porter un masque en surveillant ce quil dit et fait. La fête est donc un exutoire. Néanmoins le dérèglement occasionné par ces fêtes nest pas aussi grave quil y paraît : il est en effet ritualisé et devient lui-même une norme. Cazeneuve indique ainsi que la perte de contrôle sur soi-même fait partie des règles de la fête, car, celle-ci passée, il faudra reprendre le collier. Cest dans ce cadre que sinsèrent selon Caillois les excès alimentaires sur lesquels débouchent dans la campagne même les repas denterrement : ils font partie des règles de la fête. Loux rappelle par ailleurs quoutre la profusion, le choix des mets obéit à un rituel puisque certains plats (la dinde et la bûche de Noël) accompagnent obligatoirement certaines fêtes. Quant aux débordement sexuels, le même auteur précise quils sont canalisés. En effet, dit-elle, la mixité nest pas de mise dans certaines fêtes corporatives, les plaisanteries obscènes ont pour fonction de mieux contrôler les désirs du corps et, quand ils ont lieu, les rapports sexuels sont dordre conjugal ou préconjugal.. A cette exception près, la libération des pulsions nest donc que partielle.
Les trois documents débouchent donc sur un constat commun : la fête est un temps fort dont les dérèglements permettent à lhomme de mieux supporter son quotidien.
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Ophüls Le plaisir
Que représente Le palais de la danse dans ce film ?
Etablissement public de danse, Le palais de la danse représente lantithèse de la vie que mène le vieillard.
La bruit de la musique qui se répand dans tout le quartier soppose au calme de son logement où règne comme un silence de mort. Ce bruit vient aussi de la présence de la foule où lon a au moins limpression de ne jamais être seul, à linverse de ce foyer où lon vit apparemment à deux dans une triste solitude.
Cest un milieu où règne le luxe qui soppose à la pauvreté du logis de notre vieillard. Ainsi les vêtements des clients qui arrivent en fiacre, le champagne que lon y boit, les lustres et lespace des lieux tranchent vivement avec la misère du logement situé en haut dun « escalier gluant », dans un espace réduit sous des combles avec une lumière parcimonieuse distillée par la lampe à huile (ou à pétrole). Son propre vêtement de danseur et de fêtard est à lopposé extrême des habits que porte sa femme (robe, tablier, bonnet : tout dénote un intérieur de simplicité).
Cest le lieu de la fête perpétuelle que rien ne doit ni ne peut jamais interrompre : le directeur demande à lorchestre de continuer de jouer et réprimande une danseuse professionnelle parce quelle est sortie sur le perron, et quelle est seule, sans clients. Cest donc pour les fêtards un monde de rêve où tous les désirs semblent se réaliser. Le vieil homme y retrouve sa jeunesse perdue et celle des jeunes filles disponibles et aguichantes, ce qui est le contraire de sa propre vie et de sa femme vieillie. Cela se traduit par la fébrilité des mouvements de la danse qui contraste avec la lenteur des gestes de sa femme. La danse sy effectue à deux au même rythme tandis que sa femme et lui semblent bien ne plus vivre à ce même rythme. Tant et si bien que Le palais de la danse devient le lieu des relations sexuelles possibles, on y est en effet « en quête de chair fraîche », les femmes y abordent les hommes (le docteur est hélé par une cliente) sans gêne alors même que vu leur âge mari et femme ont probablement cessé toute relation sexuelle. Dès lors, cet établissement symbolise le lieu des tentations et des infidélités conjugales, tandis que le foyer représente celui de la fidélité et de la stabilité.
Comment ne pas considérer alors cet endroit comme représentatif de la nature profondément opposée de lhomme et de la femme en général ? Lhomme y est vu comme un jouisseur invétéré qui ne peut se résigner à sa vieillesse et à la fuite du temps, au contraire de la femme qui cherche la stabilité (« Cest drôle un homme, faut que ça coure
» dit-elle au docteur).
Dès lors, cest le lieu par excellence où sopposent lillusion
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Notre époque connaît dans tous les domaines des accélérations et innovations constantes qui heurtent notre confort mental. Cest le cas de la pratique festive des raves parties sur laquelle se sont penchés deux journalistes, Aurélie Tinel et JP Méloni, le romancier Barjavel et un photographe anonyme. Leurs documents soulèvent la question suivante : faut-il condamner le phénomène techno ? Une réponse pertinente exige que lon définisse les caractéristiques de ce genre de manifestation pour mieux comprendre les différents points de vues.
Les raves parties sont des fêtes aux contours marqués tant par les participants que par les pratiques.
Cette fête est avant tout celle de la musique moderne, ce sur quoi saccordent trois des quatre documents. Aurélie Tinel mentionne ainsi dans son article Une nuit en teuf paru dans la revue Politis sur la puissance de la musique qui se déverse à grands flots sonores dans les oreilles des participants. Elle est rejointe en cela par le romancier Barjavel. La page de son roman La nuit des temps présente en effet une soirée où les sons diffusés par le matériel de sonorisation sont tellement forts que les murs se mettent à en vibrer. Cette musique est toujours luvre dun seul homme. Il sagit dun meneur de jeu qui se laisse aller à son inspiration chez Barjavel, ou dun DJ que JP Méloni (dans larticle que la revue Le portique a mis en ligne le 6 juin 2005 sous le titre Les paradis artificiels) présente comme un démiurge refaçonnant le monde. Limage est dautant plus appropriée quaux yeux dAurélie Tinel ce nouveau chef dorchestre ne joue pas une partition toute faite, mais procède à des mixages savamment calculés.
Le public qui assiste à ces fêtes est dans lensemble toujours le même. A lexception de la clientèle mentionnée au passage par le romancier, il sagit de jeunes des deux sexes qui affluent en masse. Si A. Tinel se contente de mentionner la foule, JP Méloni parle de plusieurs milliers de fêtards, chiffre confirmé et précisé par le romancier qui compte six mille jeunes et indique que lorganisateur est un adolescent de seize ans. Ces derniers se réunissent soit dans des lieux clos, à limage de lhôtel que cite Barjavel, soit dans de vastes espaces extérieurs, publics ou privés, quils squattent le temps de la fête, daprès les deux journalistes. On en voit dailleurs une belle illustration sur la photo prise lors de la rave party du 4 mai 2003 à Marigny. Les jeunes viennent en fin de semaine selon les deux journalistes, fêtent jusque tard dans la nuit( la teuf daurélie Tinel ne commence pas avant minuit) et évoluent en des mouvements saccadés ( ce nest pas pour rien que Barjavel emploie le mot anglais shaker ), toujours les mêmes à en croire A. Tinel au point que JP Méloni parle dailleurs de churs.
Cette présentation nous permet de mieux comprendre lambiguïté des regards.
Perçue négativement par la société, cette pratique a ses mérites pour certains.
Les documents laissent entrevoir le jugement négatif porté par les adultes sur ce genre de fêtes. JP Méloni évoque la crainte qui pousse à jeter lanathème sur cette pratique et à réclamer son contrôle. Voilà qui explique la présence de la police dans larticle dAurélie Tinel. Cette présence se justifie par la circulation et lutilisation de drogues, ce que ne nient pas les deux journalistes. En outre, le rapport à la loi nest pas toujours des plus francs. Ainsi loccupation des lieux nest légale que chez Barjavel puisque sa fête se déroule dans le sous-sol dun hôtel avec laval de la direction. Dans les autres documents, cette fête est illégale Dans Une nuit en teuf, elle se déroule dailleurs clandestinement. Cela sexplique parce quelle a lieu sur des terrains dont on détourne lutilisation première. Ce peut être un terrain en construction (chez A. Tinel) ou un champ comme celui que montre la photo. Cette dernière est intéressante parce quelle met laccent sur un sol piétiné, à lherbe foulée et écrasée, où traînent bouteilles et papiers dont personne ne soccupe. Limpact sur lenvironnement nest donc pas négligeable, on en retrouve dailleurs lécho chez A.Tinel.
Cette perception défavorable doit cependant être corrigée. De fait, le phénomène techno nest que limage de notre société pour qui, à en croire les références citées par JP Méloni, toute nouveauté à dimension populaire est régulièrement chargée de tous les maux. Ce rejet est instinctif et irrationnel et na rien à voir avec la réalité sur laquelle il faut ouvrir les yeux. Cest ce dont tente de nous convaincre justement A. Tinel qui procède à une réhabilitation en règle de la rave party. Elle affirme que les drogues y sont moins consommées quon ne le prétend, ce qui est dailleurs confirmé par Méloni pour qui il sagit dun prétexte destiné à justifier discours et décisions. La première citée rappelle, en outre, que les organisateurs font un travail de prévention indéniable, nettoient les lieux occupés et que les participants ne sont pas des marginaux irresponsables, mais des individus intégrés dans le tissu social. En fait, ces fêtes manifestent le refus de notre société de consommation avec sa règle du profit à tout prix. Dès lors, elles se vivent en marge parce que, comme lexplique JP Méloni, la société les y a poussées.
Si les documents sont daccord sur les pratiques qui ont cours dans ces manifestations, ils divergent quant aux mesures à prendre, mais révèlent que la plupart des gens sont plus que réticents à légard de ce phénomène, même si leurs motifs relèvent plus de la fantasmagorie que de la réalité.
Nouvelle pratique festive qui connaît un vif succès depuis quelques années, le phénomène techno est contesté par une bonne partie de lopinion publique. Faut-il pour autant le placer sous contrôle ? Jestime quil ne faut pas intervenir pour deux raisons: chacun a droit à la fête totale et les gens sont mal informés de la réalité.
Tout dabord, jaffirme que le phénomène techno est encore une des rares vraies fêtes à réunir spontanément et librement des gens de tout âge et de différentes classes sociales. Certes, Aurélie Tinel affirme quil sagit surtout de jeunes piercés qui portent tous la même tenue vestimentaire. Mais elle est contredite par larticle en ligne sur le site HYPERLINK "http://www.planètenonviolence.org" www.planètenonviolence.org qui indique quon y rencontre tout aussi bien des adultes de 40 voire 50 ans et que tous les looks y sont admis. Dailleurs les clients qui descendent de leurs chambres pour se rendre dans la cave de lInternational Hôtel de Londres, dans le roman de Barjavel, ne sont sûrement pas des barbares et sauvages attardés. En outre, à une époque où tout est organisé, prévu, encadré et faussement festif (que ce soit la gay pride ou la rave-party désormais payante), trop de fêtes sont devenues fades et lucratives, comme laffirment C.Fontana et A.Fontaine dans leur livre Le Siècle Rebelle. Enfin, dans ces fêtes récupérées par notre société de consommation, il y a plus de consommateurs passifs que dacteurs réels. Or faire la fête totale, ce nest pas se laisser prendre en charge, mais plutôt sinvestir corps et âme dans une manifestation où lon vibre de tous ses sens, où le corps tout entier est en extase et lesprit en transe. Bref, le phénomène techno est le dernier espace de liberté vraie.
Qui plus est, je soutiens que les reproches généralement adressés à ces réunions festives ne sont pas vraiment fondés. Je suis persuadé que les médias exagèrent certains aspects parce quils veulent faire recette et se poser en même temps en champions de lordre moral face à la prétendue décadence des ravers. Il est vrai quon y consomme des psychotropes, mais où ne le fait-on pas ? Ce nest pas linterdit qui résoudra le problème, mais linformation et léducation. On avance ensuite des problèmes de sécurité pour les interdire ? Or le site HYPERLINK "http://www.acrimed.org" www.acrimed.org révèle que linterdiction à Rennes dune rave-party sous prétexte que la présence de 30 000 personnes posait des problèmes de sécurité nest pas fondée puisquen 2001 les organisateurs avaient réuni 15 000 personnes sur 10ha sans quil y ait de problèmes. De plus, lon objecte trop facilement ce que lon appelle « le mur du son », cest à dire la nuisance sonore qui irrite les riverains. Mais cest oublier que lors de la fête de la musique lon entend des sons de toutes sortes jusque dans la périphérie de la ville, sans que pour autant lon crie au scandale. Dailleurs, avec ou sans décibels, les jeunes écoutent de la musique très forte avec leur walkman branché sur leurs oreilles. Enfin abordons les problèmes de loccupation illégale des lieux et de leur effet négatif sur lenvironnement. En ce qui concerne le premier point, je suis sûr quil existe des endroits laissés en friche qui peuvent être accordés à ces fêtes. Quant à leur prétendu impact sur la nature, les journalistes exagèrent et trompent leurs lecteurs. Ainsi la photo prise au matin de la rave party de Marigny montre une végétation piétinée et souillée par des détritus. Mais il faut savoir que dans le cadre dune rave party, donc dune soirée déclarée et payante, les organisateurs sont chargés de nettoyer les lieux après le départ des participants, lequel navait visiblement pas encore eu lieu quand on a pris la photo. Cette dernière relève donc de lintoxication et de la mauvaise foi des journalistes. La vérité simpose : on nous trompe.
Je maintiens donc mon point de vue : au nom du droit à la fête et de la vérité, le phénomène techno ne doit pas être contrôlé. Il appartient en effet à chacun de se comporter en adulte responsable et de ne pas oublier que, dans une démocratie, qui contrôle un uf contrôle un buf
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Dans son roman Madame Bovary, Flaubert consacre un chapitre aux Comices, fête pour laquelle toute la localité se mobilise. En effet, la foule des grands jours afflue, les habitations sont décorées, la musique est prête et un festin a lieu. Or malgré la présence de ces ingrédients traditionnels, on ne peut pas parler vraiment de fête à cause de laspect tant matériel quhumain.
Nous remarquons tout de suite que cette fête nest pas réussie à cause de déficiences matérielles. En premier lieu, remarquons que les conditions météorologiques ne sont pas de la partie puisque le vent souffle de façon imprévue en soulevant le tapis de la table tout comme les premières gouttes de pluie commencent à tomber le soir. Pendant la partie officielle, les gens sont, en outre, très mal assis puisque serrés les uns contre les autres au point quils ont du mal à remuer des coudes pendant le repas. Ce dernier est dailleurs « long, bruyant, mal servi », les trois adjectifs sont à connotation péjorative évidente. Enfin, le soir devait être tiré le feu dartifice qui, dit Flaubert, « rata complètement » parce que lon avait déposé le matériel dans une pièce humide. Bref, rien ne fonctionne correctement.
De leur côté, les participants ne contribuent en rien à son succès. Passons dabord rapidement sur labsence du préfet qui a préféré se faire remplacer par un subordonné pour une fête quil estime insignifiante et indigne de lui. Cette perturbation crée un léger malaise chez les notables dès larrivée du conseiller de préfecture. Ensuite, cette fête nest pas du tout synonyme de société harmonieuse où, dans leuphorie générale, lon tait les rancurs et se fonde en une masse qui ne connaît plus de distinction sociale. Bien au contraire. Laubergiste, Mme Lefrançois, ne cesse de médire du cabaret de son rival que lon a choisi pour le repas, tout comme Homais dénigre le maire et que Rodolphe critique les bourgeois quil qualifie de « vieilles ganaches
de bigotes à chaufferettes ». Par ailleurs, Binet fait manuvrer ses hommes à part, sans aucune communication avec la garde nationale que lon a pourtant fait venir pour loccasion : sil agit de la sorte, cest à cause de la rivalité qui loppose dans le quotidien au percepteur. Qui pis est, on a la nette impression que lon ne veut pas se fréquenter dune classe à lautre, chacun restant avec les siens. Cest ainsi que les bourgeois sont assis sur lestrade et dans des fauteuils, que « les dames de la société » (lexpression indique leur vanité) sont derrière, cependant que le petit peuple est en face « debout ou bien assis sur des chaises ». Il ny a donc pas de convivialité. Enfin na-t-on pas limpression que le conseiller de préfecture se moque de son public en prononçant un long discours pendant lequel les paysans sennuient ferme parce quils sont incapables de comprendre les allusions culturelles à Cincinnatus, Dioclétien et lempereur de Chine ?
Réunis, tous ces éléments prouvent que même en employant les recettes qui assurent habituellement la réussite dune fête, cette dernière peut laisser un goût dinsatisfaction. Dailleurs, plutôt que de fête ne conviendrait-il pas de parler ici de célébration officielle ? Reste dès lors à se demander si la fête qui satisferait tout un chacun existe vraiment
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Ne pas troubler la tranquillité
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