Guy de MAUPASSANT - Comptoir Littéraire
(1) Voir à ce sujet la réponse du sollicitor Thomas Evans au pamphlet de .... à
une sélection hiérarchisée dans laquelle on pouvait appliquer utilement ... d'
égalité chimérique, de libre examen, ont fait la Réforme, le jansénisme, ..... Si les
sciences firent chaque jour des progrès, et si l'on parvint peu à peu à déchirer le
voile.
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André Durand présente
Guy de MAUPASSANT
(France)
(1850-1893)
INCLUDEPICTURE "http://ebooks.adelaide.edu.au/m/maupassant/guy/maupassant.jpg" \* MERGEFORMATINET
Au fil de sa biographie sinscrivent ses uvres
qui sont résumées et commentées
(surtout Boule-de-suif, La chevelure, Le Horla, Bel-Ami,
Pierre et Jean, et Une vie qui sont étudiés dans des dossiers à part).
Bonne lecture !
Sa naissance, le 5 août 1850, a été déclarée à la mairie de Tourville-sur-Arques (Seine-Maritime), près de Dieppe, de laquelle dépendait administrativement le château de Miromesnil qui aurait été « loué pour la circonstance », peut-être afin que, par ce subterfuge seffacent les traces dune naissance bourgeoise qui aurait plus sûrement eu lieu à Fécamp.
Il était le fils de Laure Le Poittevin, une Normande dont Armand Lanoux, sappuyant sur les témoignages de ceux qui la connurent, nous dit que cétait « une névropathe de charme » qui aurait dailleurs tenté de de suicider avec sa longue chevelure et dont ses fils allaient hériter une forte tendance à la dépression. Elle était la sur dAlfred Le Poittevin, qui était le filleul du dr Flaubert et lami de coeur de Gustave Flaubert mais qui avait épousé Louise, sur de Gustave Maupassant. Celui-ci, le père du futur écrivain, était un bel homme mais velléitaire, frivole, incertain, lointain, déséquilibré, violent, incapable dassumer son rôle de chef de famille. Laure lui aurait déclaré : « Je vous épouserai à la condition que vous vous trouviez une particule. Cherchez dans les siècles passés, peut-être que Maupassant sappelait de Maupassant. » Il avait cherché, et trouvé que ses ancêtres, dorigine lorraine, avaient été anoblis au XVIIIe siècle et sétaient fixés en Normandie. Certains ont avancé que Flaubert était le vrai père de Guy, mais rien ne le prouve ; dailleurs, au moment de sa conception, lécrivain sembarquait à Marseille pour lÉgypte.
En 1854, la famille sinstalla au château de Grainville-Ymauville près du Havre. En avril 1856 naquit un second fils, Hervé. Comme il était volage et que Laure nacceptait pas quon lui manque, ils commencèrent à se déchirer dans des scènes violentes. Cette mésentente donna très tôt à Guy une vision pessimiste de la vie. Ils se séparèrent à lamiable en 1857, Laure se retirant avec ses enfants à Étretat, à la villa des Verguies, tandis que son mari alla sétablir à Paris où il dut prende un emploi dans une banque. Elle reporta toute lénergie de son amour sur son fils aîné pour lequel elle était possessive et ambitieuse, sur lequel elle eut un très fort ascendant. Comme elle était très cultivée, elle se consacra seule, jusquà ce quil ait treize ans, à son éducation qui fut libérale et littéraire : elle lui fit lire Shakespeare, lui donna le virus de lécriture, avec lambition de faire de lui le disciple de Gustave Flaubert. Il fit avec elle de longues promenades. Le surnommant «poulain échappé», elle lui permit de courir les champs et les grèves dune contrée dont lâpre poésie le frappa pour toujours, de jouer librement dans la campagne, de se lier avec des enfants de paysans et de pêcheurs. Cette enfance libre et heureuse dans cette Normandie qui était plus spécialement le pays de Caux le marqua profondément et lui fournit le décor d'un grand nombre de ses textes.
En 1859-1860, il fit à Paris une année scolaire primaire au lycée impérial de Napoléon (lactuel lycée Henri-IV). Puis il revint à Étretat, sadonnant aux plaisirs de leau à laquelle il allait toujours demander loubli de ses angoisses. Un prêtre, labbé Aubourg, lui donna des rudiments dinstruction. En 1863, sa mère linscrivit en classe de 6e à lInstitution ecclésiastique dYvetot, école dirigée par des jésuites. Dâme très peu religieuse, rationaliste et libertin, il étouffait dans cette triste atmosphère ; il déclara à un de ses amis : « Si loin que je me souvienne, je ne me rappelle pas avoir jamais été docile sur ce chapitre. Tout petit, les rites de la religion, la forme des cérémonies me blessaient. Je nen voyais que le ridicule. » À différentes reprises, il tenta de senfuir. Avouant ses ambitions décrivain, il commença à y écrire des vers romantiques médiocres et de petites pièces irrévérencieuses, et lut passionnément Laclos, Prévost, Richardson, mais dédaigna Dumas dont la lecture lui inspirait « un invincible ennui ». Grand amateur de canotage, durant les vacances de 1864, il porta secours à léminent et étrange poète anglais A.C. Swinburne qui était en train de se noyer. Pour le remercier, il linvita dans la demeure énigmatique et macabre de son ami, Powell, une chaumière de Dolmancé. Guy remarqua, pendue au mur, une main décorché qui limpressionna, le fascinant et lhorrifiant à la fois, et quil lui offrit. Cette main dun criminel qui avait été supplicié allait lui inspirer trois de ses nouvelles : LAnglais dÉtretat, La main décorché, La main. Et ce fut lorigine dune longue amitié.
En mai 1868, en dépit de résultats plus quhonorables, pour son appartenance à une « société secrète » fondée entre quelques élèves qui, pour trouver un dérivatif à lennui, à la bigoterie et à létroitesse desprit, produisaient des écrits irrespectueux à légard des professeurs, il fut mis à la porte de cet établisement. Il termina sa classe de seconde chez sa mère. En octobre 1868, il entra au rhétorique au lycée de Rouen, ayant pour correspondant le poète Louis Bouilhet, ami de Gustave Flaubert qui le conduisit auprès de lui, à Croisset, à proximité de Rouen, résidence ordinaire de lécrivain. Il lui fit de fréquentes visites. Chaque dimanche, le maître lui apprit à regarder les choses et fit son apprentissage d'écrivain, lincitant à délaisser la poésie pour la prose, tentant de lui enseigner la lente patience du métier, la sobriété, la froideur sensible, la méfiance à légard des émotions, lui inculquant les exigences de l'esthétique réaliste, le souci du petit détail vrai et précis et de la phrase bien chevillée, la recherche de « la vérité choisie et expressive », l'empêchant de s'emballer, lencourageant à aller dans sa propre voie : celle de la nouvelle, enfin, corrigeant ses essais,, lui faisant « des remarques de pion », lincitant à supprimant ses lourdeurs, à se méfier des abus dune rhétorique trop scolaire, et le retenant pendant dix ans de rien publier. Maupassant le rappela dans Le roman : « Je fis des vers, je fis des contes, je fis des nouvelles, je fis même un drame détestable. Il nen est rien resté. Le maître lisait tout, puis le dimanche suivant, en déjeunant, développait ses critiques. » Il allait se lier à lui dune affection quasi filiale et devenir son factotum. Laure de Maupassant remercia Flaubert : « Je sais combien tu te montres excellent pour mon fils. Aussi comme on taime, comme on croit en toi, comme le disciple appartient au maître ! » Puis elle lui imposa même des devoirs : « Puisque tu appelles Guy ton fils adoptif [
] je mimagine à présent que [cette parole de tendresse] timpose des devoirs aussi paternels. »
En 1869, Louis Bouilhet mourut et Maupassant en fut frappé car il noubliait pas ce quil devait à ce vieil ami.
De son année de philosophie, il a surtout retenu Schopenhauer dont le pessimisme la profondément marqué.
En juillet 1869, il obtint son baccalauréat et « monta » à Paris pour sinscrire à la faculté de droit et sinstaller chez son père.
En 1870, à la déclaration de guerre, il sengagea comme garde mobile, fut versé à lintendance divisionnaire de Rouen. Mais lavance prussienne fut foudroyante et ses lettres à sa mère furent de véritables bulletins de défaites ; cependant, toujours et jusquau bout, même sil assista à linvasion de la Normandie, il espéra en une victoire finale. Pendant la débâcle, il manqua être fait prisonnier. Quelques mois après larmistice et la Commune, il fut libéré, ayant la tête remplie de souvenirs qui allaient former la trame de quelques-unes de ses meilleures nouvelles qui témoignent de sa répulsion mêlée dhorreur devant labsurdité et les atrocités de la guerre. Et, sa vie durant, il allait chercher à concilier son pacifisme et sa soif de revanche
La fort maigre pension que lui versait son père lobligea à chercher un emploi tout en poursuivant ses études de droit. Il adressa une demande au ministère de la Marine et des Colonies. On lui répondit dabord quil ny avait pas de poste vacant. Puis, en mars 1872, on lui offrit des fonctions non rémunérées à la bibliothèque ; enfin, en octobre, il fut nommé surnuméraire à la direction des Colonies du même ministère. Ce sport étant alors à la mode, il commença à canoter avec ardeur, des heures durant, sur la Seine que, chaque fin de semaine, il parcourait avec sa yole, en aval de Paris, du côté de Bougival et de Chatou, fréquentant « les guinguettes » où lon samusait, dans des lieux que peindront les impressionnistes, ces sorties allant lui fournir la matière de plusieurs nouvelles. Il sadonna à des parties de campagne, des farces dartistes, des beuveries, des aventures avec des « filles de petite vertu ». Mais il se lia aussi damitié avec Henry Céard, Robert Pinchon, Léon Fontaine, A. de Joinville, formant ainsi avec eux «le groupe des Cinq». Mais sa plus grande joie était de passer ses vacances à Étretat, lieu propice à toutes les rencontres de poètes, d'artistes et de femmes, les aimant (« les seules personnes dont le commerce me plaise vraiment ») et étant aimé car il était un bel athlète au visage plein, au teint fleuri, barré par une épaisse moustache blonde, au regard ardent débordant de sensuelle vitalité, à lencolure de taureau (les Goncourt lont surnommé « le taureau normand »), aux épaules larges ; il était gai, grand blagueur. Il se promenait le nez au vent, les moustaches en crocs, lil fripon, la canne virevoltante, lillet à la boutonnière dans les promenoirs des halles aux filles ou sur les boulevards, en quête de chair à plaisir bienvenue pourvu quelle ne soit que cela. Car il préférait trouver le plaisir auprès de femmes faciles avec lesquelles il navait que des liaisons courtes, seul lamour physique lui paraissant respectable.
Le 1er février 1873, il fut appointé 125 F par mois comme rédacteur au ministère de la Marine. Il sennuya ferme dans ce milieu de médiocres ronds-de-cuir, se montra peu assidu, mais poursuivit ses observations sur le vif et sans optimisme, constatant « les grandes misères des petites gens ». Aussi retrouve-t-on ces bureaucrates dans des nouvelles comme La parure, Lhéritage
En 1874, Gustave Flaubert, qui passait alors ses hivers à Paris, lintroduisit dans les principaux salons, dont celui de la princesse Mathilde, le mit en relations aves des écrivains en vue tels que Hérédia, Bergerat, Huysmans, Zola, Daudet, Alexis, Banville, Catulle Mendès, Mirbeau, Edmond de Goncourt, Tourguenieff, lui fit connaître Charpentier, son propre éditeur. Chez Zola, il rencontra Cézanne, Duranty, Taine, Renan, Maxime Du Camp et Maurice Sand. Il navait pas atteint vingt-cinq ans que, déjà, avant même davoir publié une seule ligne, il était mêlé au Tout-Paris littéraire.
Il fit de discrètes premières tentatives, semblant davantage tenté par le théâtre :
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La trahison de la comtesse de Rhune
(1875)
Drame historique en vers
Commentaire
Il fut refusé par la Comédie-Française en 1878 et ne fut publié quen 1927.
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La répétition
(1875)
Comédie
Commentaire
Cette petite comédie de salon ne fut jouée que le 6 mai 1904 à Rouen.
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À la feuille de rose, maison turque
(1875)
Comédie
Commentaire
Cette farce croustillante et réputée impubliable eut une représentation confidentielle, dans un cercle fermé damis, dont Gustave Flaubert et Tourguenieff, le 19 avril 1875.
Elle fut adaptée pour la série rose par Michel Boisrond (FR3, 1986, 24 minutes).
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Le docteur Héraclius Gloss
(écrite entre 1875 et 1877)
Nouvelle de 51 pages
Au XVIIe siècle, un docteur très respecté par ses concitoyens perd leur estime en croyant s'être réincarné depuis longtemps.
Commentaire
La nouvelle fut publiée dans La revue de Paris du 15 décembre 1921 et du 1er janvier 1922.
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Maupassant publia pour la première fois un texte :
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La main d'écorché
(1875)
Nouvelle de 6 pages
Un ami du narrateur a rapporté d'un village de Normandie une main d'écorché qu'il a achetée à un vieux sorcier et qui aurait été celle d'un criminel d'autrefois. Elle lui cause différents ennuis, aurait même dévasté son appartement, les traces de ses cinq doigts se seraient imprimées sur son visage. Il en est resté fou et est mort sept mois plus tard. Quand on creuse sa tombe, on y trouve le cadavre auquel manque la main.
Commentaire
Cette nouvelle est dun fantastique traditionnel : elle déroule un récit bien agencé, parsemé dindices de plus en plus troublants qui laissent à la fin le lecteur dans une perplexité parfaite.
Elle fait penser à La main décorché dHoffmann, avec son bol de punch et sa joyeuse réunion détudiants, et à celle de Nerval qui lui aussi, dans sa jeunesse, au même âge que Maupasant, avait traité un sujet semblable dans La main enchantée.
La nouvelle parut dans lAlmanach lorrain de Pont-à-Mousson sous le pseudonyme de Joseph Prunier.
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Une répétition
(1876)
Pièce en un acte et en vers
Commentaire
Maupassant ne put la faire représenter et sen plaignit à son ami, Robert Pinchon : « Décidément, les directeurs ne valent pas la peine quon travaille pour eux ! Ils trouvent, il est vrai, nos pièces charmantes, mais ils ne les jouent pas, et, pour moi, jaimerais mieux quils les trouvassent mauvaises, et quils les fassent représenter. »
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Au bord de leau
(1876)
Poème
Commentaire
Il fut publié dans La république des lettres, que dirigeait Catulle Mendès, sous le pseudonyme de Guy de Valmont (du nom du héros de Laclos et dun village proche dYvetot). Quelques années plus tard, sous un autre titre, il vaudra à Maupassant de sérieux ennuis car il était trop crû.
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Chez Catulle Mendès, Maupassant rencontra Mallarmé (dont il fréquenta les « mardi »), Dierx, Villiers de lIsle-Adam.
Le 28 août 1876, il fit part à Flaubert dinquiétudes concernant sa santé. Celui-ci le mit en garde : « Je vous engage à vous modifier, dans lintérêt de la littérature. » Cétait une allusion aux abus auxquels son protégé se livrait et qui devaient abréger ses jours, usage de drogue et intempérance sexuelle. En effet, condamnant toute forme dattachement (il ironisait : « Jai peur de la plus petite chaîne, quelle vienne dune idée ou dune femme [
] Je suis le mauvais passant. » [lettre à Catulle Mendès, 1876]), il courait infatigablement le cotillon, multipliait les conquêtes, se vantant de les compter par centaines, faisant montre de capacités sexuelles hors du commun. Parmi tant de maîtresses, la plus importante (par la place quelle tint dans sa vie) fut Gisèle dEstoc. Comme il était aussi un habitué des bordels, il contracta la syphilis, se réjouissant, dans une lettre absurde et enfantine à Robert Pinchon du 21 mars 1877, de l'avoir attrapée comme un grand garçon : « Jai la vérole ! enfin ! la vraie !! pas la méprisable chaude-pisse, pas lecclésiastique christalline, pas les bourgeoises crêtes de coq, ou les légumineux choux-fleurs, non, non, la grande vérole, celle dont est mort François Ier.»
Il fit ses débuts au journal La nation, où il apprit à faire court, acquérant ainsi un style vivant, précis, parfois caustique, où il fut bien payé (et veilla à se faire payer). Il y publia en particulier un article sur Balzac.
Le même mois, attiré par la Côte dAzur, qui ne devait jamais cesser de le séduire, il séjourna à Antibes (déçu cependant par les femmes de cet endroit qui sont évidemment Antibaises !).
En 1877, il obtint de lavancement au ministère de la Marine, passa à la direction du matériel puis à celle du personnel.
Le 16 avril, au restaurant Trapp, un repas réunissant Flaubert, Edmond de Goncourt, Zola, Alexis, Céard, Hennique, Huysmans, Mirbeau et Maupassant, fut lacte de naissance du naturalisme.
En mai, eut lieu, dans latelier de Becker, une deuxième représentation dÀ la feuille de rose, à laquelle la princesse Mathilde aurait assisté.
En août, il fit une saison aux eaux de Loëche-les-Bains, dans le Valais.
Il publia :
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Le donneur deau bénite
(1877)
Nouvelle
Commentaire
Elle fut publiée dans La mosaïque sous la signature de Guy de Valmont.
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À partir de 1878, la mère de Maupassant, atteinte de troubles nerveux, ne put plus voir la lumière sans crier de douleur et, pour traiter cette maladie, employa massivement certains narcotiques.
Il fréquenta les Hydropathes et le salon de Nina de Villard. Il entreprit la rédaction de son premier roman.
Le 18 décembre, comme il sennuyait décidément trop au ministère de la Marine, il parvint, grâce aux sollicitations pressantes de Flaubert auprès du ministre de lInstruction publique, Agénor Bardoux, à passer dans ce ministère.
Il déménagea pour aller de la rue Moncey au 19 de la rue Clauzel, une maison de rendez-vous où ses aimables et légères co-locataires vinrent parfois laider à passer le temps. Il continuait à se plaindre de sa santé.
Il ne se plaisait pas plus à lInstruction publique quà la Marine, mais il mit à profit sa situation au ministère pour essayer dobtenir à Flaubert une pension. Et il reçut les palmes académiques, la seule décoration quil eut jamais, mais il ne les porta quune fois.
En septembre, il fit un voyage en Bretagne.
En octobre, il fit paraître, dans La république des lettres, un article intitulé Gustave Flaubert.
Il fit représenter dans le salon de la princesse Mathilde :
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Histoire du vieux temps
(1879)
Comédie en un acte et en vers, de 16 pages
Commentaire
La pièce est à mi-chemin de la saynète et de la comédie de salon.
Elle fut publiée la même année.
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Le 11 février 1879, La réforme publia une nouvelle, Le papa de Simon.
Le 1er novembre 1879, La revue moderne et naturaliste publia, sous le pseudonyme de Guy de Valmont, le poème Une fille qui nétait autre que le poème Au bord de leau, déjà publié mais amputé cette fois de ses douze derniers vers. En décembre, le poème ayant paru aussi dans un journal local, le parquet dÉtampes sémut et engagea des poursuites contre la revue et contre lauteur du poème. Maupassant dut comparaître pour outrage à la morale publique. Flaubert, qui navait pas oublié le procès de Madame Bovary, intervint de façon décisive, et, le 26 février 1880, cela aboutit à un non-lieu.
En février 1880, Gustave Flaubert écrivit à Guy de Maupassant une lettre pleine de tendresse qui, pour la première fois de toute leur correspondance, commençait par « Mon cher fils », ce qui était la reconnaissance dune paternité littéraire et non dune paternité physique. Le 28 mars 1880, à Croisset, il aida son vieux maître à recevoir Edmond de Goncourt, Émile Zola et Gustave Charpentier. Ce devait être leur dernière rencontre car, le 8 mai, Flaubert mourut subitement, au milieu des manuscrits de Bouvard et Pécuchet, foudroyé par une congestion cérébrale. Maupassant fut considéré comme son exécuteur testamentaire présomptif. On lui demanda des clichés photographiques du « solitaire de Croisset ». Il les fit tirer sur papier spécial, mais non sans difficulté comme si, de sa tombe, le maître résistait. Il devait écrire : « Plus la mort du pauvre Flaubert séloigne plus son souvenir me hante [
] Son image est sans cesse devant moi, je le vois debout, dans sa grande robe de chambre brune qui sélargissait quand il levait les bras en parlant. Tous ses gestes me reviennent, toutes ses intonations me poursuivent, et des phrases quil avait coutume de dire sont dans mon oreille comme sil les prononçait encore
»
Il participait aux réunions à Médan, chez Zola, des écrivains « naturalistes » qui décidèrent décrire chacun une nouvelle pour démythifier la guerre de 1870 et illustrer les principes de leur école. Cest ainsi que, le 16 avril, parut le recueil Les soirées de Médan où figuraient des textes de Zola, Huysmans, Céard, Hennique, Alexis et Maupassant, qui avaient pour but de et dont Zola était le chef de file. Celui de Maupassant était :
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Boule de suif
(1880)
Nouvelle de 50 pages
Durant la guerre de 1870, une prostituée qui se rendait de Rouen au Havre est persuadée par ses compagnons de voyage de se livrer à un officier prussien décidé à retenir la diligence tant quelle naura pas satisfait le désir quil a delle.
Pour un résumé plus précis et un commentaire, voir MAUPASSANT - Boule de suif
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Presque inconnu, Maupassant obtint ainsi son premier succès, qui détermina sa vocation de conteur. Mais, si la nouvelle était parue dans le recueil dirigé par Zola, il prit soin de garder ses distances avec le naturalisme, comme avec toute théorie, soucieux quil était de se ménager, en littérature, la même indépendance quen matière dopinions. Commençant à gagner sa vie avec sa plume, il se fit mettre en disponibilité, dautant plus que sa santé linquiétait de plus en plus.
Le 25 avril, il publia :
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Des vers
(1880)
Recueil de poèmes de 214 pages
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Vénus rustique
Poème
Commentaire
Cest une sublimation de la femme errante.
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Commentaire sur le recueil
Il fut dédié à Flaubert. Il fut réédité en 1884. Il est tombé dans un injuste oubli car, malgré des faiblesses, ces pages esquissent quelques-uns des thèmes favoris de Maupassant : pulsions physiques irrépressibles, misère de lamour, compassion pour certains déshérités. Sy trouvait le poème Une fille qui fit scandale.
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Les journaux se le disputant, Maupassant commença à publier dans Le Gaulois, Gil Blas, Le Figaro, Lécho de Paris, des nouvelles que chaque année il allait réunir en volume, qui lui permirent de gagner beaucoup dargent.
Dans Le Gaulois, du 31 mai au 18 août 1880, il fit paraître en feuilleton :
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Les dimanches dun bourgeois de Paris
Nouvelle
M. Patissot, modeste employé de bureau, voit son existence bouleversée le jour où, pris d'un malaise, il apprend qu'il est menacé d'apoplexie s'il ne s'adonne pas à l'exercice physique. Tel Tartarin, fier et hâbleur, il se lance dans des excursions à la campagne, des parties de pêche, du canotage, des émois amoureux qui s'enchaînent... sans succès : ridicule il est, ridicule il restera !
Commentaire
Maupassant raconta avec une verve éblouissante une cascade d'aventures et de déboires cocasses. Le modeste fonctionnaire qu'il fut malmena vertement l'esprit petit-bourgeois À travers les plaisants déboires de son personnage, il jetait un regard satirique sur la société de son temps, dont il égratignait la mentalité et l'intérêt pour les théories féministes mal assimilées. Son texte est propice à une étude de l'ironie, du mouvement littéraire (réalisme? naturalisme?) et du genre (nouvelles ou chroniques?).
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En juin 1880, Maupassant sinstalla dans la maladie, comme en fait foi le certificat médical du docteur Rendu : «Ce jeune homme a été atteint dune névrose tenace, caractérisée par des maux de tête incessants, des poussées congestives vers le cerveau qui à plusieurs reprises ont préoccupé pour sa santé [
] Cette disposition, bien que légèrement atténuée, persiste, ainsi que des palpitations cardiaques violentes qui reviennent à certains moments et saccompagnent de troubles digestifs. Enfin, depuis quelques semaines, M. de Maupassant a été atteint de paralysie de laccommodation de lil droit, coïncidant avec une névralgie tenace du coin correspondant de la tête.»
Au cours de lété, il fit un voyage en Corse qui lui permit de publier, le 12 octobre, dans Le Gaulois, Bandits corses.
En janvier 1881, dans une lettre à Caroline Commanvile, il confia : « Je suis au lit depuis huit jours avec une atroce névralgie du cerveau et des yeux. » Dans une lettre à sa mère, il se plaignit : « Je me mouche, jéternue, envahi par un affreux rhume de cerveau [
] Jai froid plus encore de la solitude de la vie que de la solitude de la maison [
] Je sens cet immense égarement de tous les êtres, le poids du vide. » Il déménagea de la rue Clauzel pour sinstaller 83, rue Dulong, aux Batignolles.
Après une phase dabandon de son projet de roman (fin 1878-début 1881), à partir du printemps de 1881, il y revint et sa rédaction se fit en parallèle avec celles de nouvelles quil essaimait dans les journaux et dont les sujets, voire la forme même, apparaissent comme des « brouillons » de chapitres dUne vie :
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Par un soir de printemps
(1881)
Nouvelle
Commentaire
Maupassant travaillant alors à son roman Une vie, la nouvelle, parue le 7 mai 1881 dans Le Gaulois (reprise dans Le père Milon, 1899) évoque la promenade de Jeanne et de Julien au chapitre 4.
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La maison Tellier
(1881)
Recueil de nouvelles de 308 pages
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La maison Tellier
Nouvelle de 29 pages
Veuve dun aubergiste dYvetot, Madame Tellier, dite « Madame », est devenue tenancière dune maison close de Fécamp. Cest une brave femme, au sourire facile et qui prend bien soin de ses cinq pensionnaires. Son établissement, fréquenté par la bourgeoisie de la ville, jouit de la considération de sa clientèle parce quil est demeuré honnête dans la débauche et que le plaisir y est largement distribué. Un soir, consternation parmi les habitués : la maison est « fermée pour cause de première communion ». Ces dames vont à Veurville, le village natal de « Madame » à la première communion de la petite Constance, sa nièce. Après un voyage en chemin de fer, les pensionnaires assistent à la cérémonie et, émues par Constance et par lambiance de léglise, retrouvent leur innocence de petites filles. Puis elles samusent bien, mangent tout leur soûl. Mais tout a une fin, et elles sont toutes heureuses de rentrer. Le lendemain, la maison rouvre ses porte ; leur retour est célébré au champagne, on danse et Madame se laisse même tenter par un de ces messieurs.
Commentaire
Dans cette nouvelle, qui portait elle aussi sur la prostitution (mais l'escapade des pensionnaires avec «Madame» est une invention de Maupassant : les sorties hors de ce harem carcéral, de cette « société de femmes destinée à satisfaire la sexualité masculine sous le contrôle de l'administration», étaient très rares), les prodigieuses qualités de conteur de Maupassant atteignirent leur pleine mesure. En quelques touches précises et colorées, il dépeignit, comme peu dautres lavaient fait avant lui, des personnages qui nous sont familiers, sans cependant jamais tomber dans le mauvais goût ou lobscénité. C'est la nouvelle réaliste de Maupassant la plus célèbre après Boule de suif ; dailleurs, il écrivit à sa mère : « C'est au moins égal à Boule de suif, sinon supérieur ».
La nouvelle fournit à Max Ophüls un épisode du Plaisir (1952) : le scénario de Jacques Natanson et Ophuls respectant latmosphère de la nouvelle, passant par toutes les tonalités, du rire au pathétique ; le film de 95 minutes fut servi par des acteurs confirmés : Madeleine Renaud (Madame Tellier), Danielle Darrieux (Madame Rosa), Ginette Leclerc (Balançoire), Mila Parély (Madame Raphaële), Pierre Brasseur (le commis-voyageur), Jean Gabin (Joseph Rivet). En 1964, Met Welles et Guido Franco produisirent A quiet business (Un commerce tranquille), qui est resté inédit. En 1981, Pierre Chevalier filma La maison Tellier (103 minutes).
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Confession dune femme
Nouvelle
La narratrice a été mariée au comte Hervé de Ker, Breton de vieille souche, quelle naimait point. Le couple recevait parfois, après des parties de chasse, le baron de C
dont les visites au château devinrent par la suite de plus en plus fréquentes. Un soir, le comte proposa à sa femme de passer trois heures à laffût, pour tuer un renard qui mangeait ses poules. Ils guettèrent dans la nuit. Soudain, une ombre se déplaça entre les arbres. Le comte fit feu : un homme sécroula. Cétait le baron de C
Jaloux, le comte avait cru tuer lamant de sa femme. Mais bientôt une forme sélança, terrassa le comte et se jeta sur le cadavre quelle couvrit de baisers. Cétait la femme de chambre du château que le baron, dans la nuit, allait rejoindre.
Commentaire
Cette nouvelle a un accent des plus émouvants. On y lit : « Un baiser légal ne vaut pas un baiser volé. »
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Une passion
Nouvelle
Jean Rénoldi est un militaire qui mène une vie à peu près sage. Ses liaisons sont rares et de courte durée. Mais la femme dun riche armateur, Mme Poinçot, met fin à cette tranquillité par la violente passion quelle ressent pour lui. Embarrassé par cette femme quil naime point et qui ne le satisfait plus, il cherche à rompre et à fuir par tous les moyens. La chance lui sourit un jour : son régiment change de garnison. Quimporte : elle le suivra. Il refuse. Elle sempoisonne. Pendant huit jours, on la croit perdue, mais elle sen tire. Lopinion se tourne alors contre Jean Rénoldi. On laccuse de lâcheté et de sécheresse de cur. Mais Mme Poinçot ne peut vivre loin de son amant. Elle dépérit et meurt doucement. Il lui rend visite, sémeut à la voir si pâle et lembrasse tendrement. Elle en guérit si rapidement quil préfère rejoindre au plus vite sa garnison. Elle ly retrouve. Elle est vieillie, méconnaissable, mais plus amoureuse que jamais. Il démissionne et lemmène dans une villa au bord de la mer, où ils vivent maritalement. M. Poinçot les y retrouve et réclame sa femme car cette situation illégitime ne peut durer : une de ses filles ne pourra se marier que si sa mère consent à reprendre le droit chemin. Elle refuse et reste avec Rénoldi.
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Une veuve
Nouvelle
Au château de Bonneville sans doute, Maupassant a entendu raconter lhistoire dune femme dont la beauté et le charme étaient grands et qui fut adorée par le fils bâtard dun certain M. de Sautèze, dont la famille était la plus exaltée qui fût. Cet enfant, âgé de douze ans, dont lamour précoce se heurtait à lindifférence de la jeune fille plus âgée que lui, après avoir appris les fiançailles de cette dernière, se pendit de désespoir. Elle rompit alors ses fiançailles et, toute sa vie, porta le deuil et quelques mèches de cheveux blonds de cet enfant amoureux.
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La veillée
Nouvelle
Un homme et une femme veillent une morte : leur mère. Après avoir prié et pleuré, ils évoquent ensemble son souvenir. Mais, à la lecture de quelques lettres découvertes dans un tiroir, ils apprennent avec stupeur quelle a eu un amant avec lequel elle a trompé son mari. Très dignement, ils quittent la pièce.
Commentaire
Cette nouvelle prouve que lart du nouvelliste consiste souvent à faire quelque chose de rien.
La correspondance amoureuse de la morte est une ruse du destin, captée par le romancier, pour dissiper tous les mensonges.
La nouvelle a été reprise dans Une vie.
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Une partie de campagne
Nouvelle
Les Dufour, une famille de commerçants parisiens, vont déjeuner à Bezons, sur les bords de Seine. La mère, Pétronille, et sa fille, Henriette, connaissent le plaisir et lamour dans les bras de deux canotiers, Rodolphe et Henri. Mais Henriette épouse le commis de son père, un insignifiant « garçon aux cheveux jaunes », en gardant le regret de cette brève étreinte.
Commentaire
Maupassant sy souvenait de son canotage sur la Seine, du côté de Bougival et de Chatou, où il remplit ses yeux dimages impressionnistes.
La nouvelle avait dabord paru dans La vie moderne, les 2 et 9 avril 1881.
Elle fut immortalisée à lécran par Jean Renoir, qui a mis en valeur plusieurs passages : lescapade des deux couples dans lîle et la scène damour dHenri et Henriette dans la cabane alors que le rossignol pousse son cri au rythme des amants. Le tournage de ce film de 40 minutes fut terminé en 1936, mais la sortie neut lieu quen 1946.
En 1972, Claude Goretta en a fait pour la télévision suisse un film de 75 minutes intitulé Le jour des noces.
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Sur leau
Nouvelle de 6 pages
Le narrateur, qui a loué une villa au bord de la Seine, fait la connaissance dun de ses voisins, un vieux « canotier enragé » qui lui parle longuement de sa « passion dévorante » pour la rivière. Puis il raconte une aventure qui lui est arrivée sur leau, une nuit où il avait jeté l'ancre pour fumer. Il avait été inquiété par des ballottements, mais n'avait pas pu repartir, avait été enveloppé dans le brouillard, s'était recouché. Il fut d'abord cloué par la peur (« La rivière, cachée par ce brouillard opaque, devait être pleine dêtres étranges qui nageaient autour de moi. Jéprouvais un malaise horrible »). Puis il fut émerveillé par la beauté du paysage et s'endormit plus apaisé. D'autres pêcheurs venant à son aide, l'ancre fut ramenée, accrochée au cadavre d'une vieille femme portant une pierre au cou.
Commentaire
On peut trouver déséquilibrée la construction de la nouvelle en trois parties ; mais le même thème, la fascination presque maladive que leau exerce sur le conteur, est modulé de différentes façons dans chacune des parties du texte et lui confère son unité. Comme par un jeu de reflets, le narrateur semble être un double de Maupassant dont on sait quil avait la passion du canotage, quil aimait canoter la nuit sur la Seine. Cest bien lui aussi qui fut sensible à la poésie de la rivière, du brouillard, même sil prit la précaution dindiquer que son personnage est quelque peu poète. Tantôt admirant la beauté de la nature, tantôt animé par la peur, de la nuit, de leau, il est victime de ses « imaginations fantastiques », a deux « moi », lun brave et lautre poltron, ce qui lamène à une généralisation sur « les deux êtres qui sont en nous, lun voulant, lautre résistant, et chacun lemportant tour à tour », réflexion philosophique marquée de réalisme, dironie. de pessimisme. La fin aurait donc été ajoutée un peu artificiellement pour donner un tour fantastique à une histoire qui pourrait donc être celle dun sortilège créé par cette morte, cette noyée, cette suicidée qui agirait comme un revenant qui vient troubler les vivants pour protester contre sa mort. Mais, en fait, il ny a que « les imaginations » qui soient « fantastiques ».
Maupassant inaugurait ainsi un autre type dhistoire étrange où il ny a plus dinfluences extérieures, mais une simplicité extrême du sujet, linspiration naissant de lexpérience intime, le narrateur et lauteur se confondant en un « je » anonyme qui échappe à tout pittoresque, les événememts étant colorés par son propre regard, le lecteur ne sachant quelle interprétation donner, éprouvant le plaisir subtil diu doute, mais aussi un malaise plus profond, presque viscéral, comme sil avait reçu une confidence horrible et gênante.
La nouvelle avait dabord paru sous le titre En canot, dans Le bulletin français, le 10 mars 1876.
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Histoire dune fille de ferme
Nouvelle de 20 pages
Rose, servante dans une ferme, est engrossée par un valet qui s'enfuit. Elle accouche clandestinement chez sa mère et laisse l'enfant à des voisins. Désespérée d'avoir dû l'abandonner, elle travaille d'arrache-pied, et son maître, impressionné, la demande en mariage. Elle l'épouse à contre-cur. Pendant des années, ils tentent en vain d'avoir un enfant. Il devient méchant et brutal avec sa femme, linjurie et la bat, parce quil la croit stérile. Un soir quil la maltraite, dans un accès de fureur, elle lui crie à la face quelle a eu naguère un enfant dun autre. À sa grande surprise, elle redevient respectable à ses yeux et cest avec une totale générosité de cur quil la prie daller chercher ce petit quil décide d'adopter.
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans La revue politique et littéraire du 26 mars 1881.
Elle fut remarquablement adaptatée pour la télévision par Claude Santelli, dans les années 1970.
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En famille
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle parut dabord dans La nouvelle revue, le 15 février 1881.
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Le papa de Simon
Nouvelle
Le forgeron Philippe Remy, par attirance pour le petit Simon, par pitié pour sa misère, demande la main de Blanchotte, fille-mère qui sest rachetée dans la dignité et le travail.
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Au printemps
Nouvelle
Le narrateur, cédant au goût de lescapade que lui donne le printemps, prend un bateau sur la Seine où il remarque une voisine, une jeune ouvrière qui le séduit par «sa grâce toute parisienne». Il est prêt à y succomber dautant plus quelle semble linviter, quand il en est empêché par un homme qui lui raconte son histoire. Lui aussi a cédé au goût de lescapade un jour de printemps, a pris le bateau sur la Seine et y a rencontré une jeune ouvrière avec laquelle il est descendu pour une promenade où elle chanta «la chanson de Musette», mais ne lui permit pas de la prendre dans ses bras. Cependant, de semblables promenades eurent lieu les dimanches suivants. Comme «la petite coquine, à son tour, la faisait à la passsion», il lépousa. Elle lui fit alors subir, non seulement «la chanson de Musette» mais bien dautres avanies et sa vulgarité. Il se montra si insistant à légard du narrateur quil parvint à lempêcher de descendre avec «la petite femme».
Commentaire
La misogynie de Maupassant se révèle dans cette nouvelle
Elle avait dabord paru dans La vie populaire, le 9 octobre 1881.
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La femme de Paul
Nouvelle
Commentaire
La description de lîle de la Grenouillère, située entre Bougival et Chatou, quil fréquenta lui-même au temps de son canotage avec de joyeux camarades, qui était le Trouville des Parisiens et qui fut peinte par des impressionnistes, fut loccasion pour Maupassant de dénoncer ce qui était pour lui lintrinsèque perversité de la femme qui soffre ou se vend aux hommes.
En 1966, la nouvelle a été adaptée au cinéma par Jean-Luc Godard dans Masculin féminin.
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Épaves
Nouvelle de 6 pages
L'auteur constate l'aspect triste de la plage alors que la saison des vacances est terminée. Il compare les gens qui restent à des épaves, «les épaves de l'été». Il se moque du fait que certaines de ces personnes, parce qu'elles reviennent régulièrement, soient considérées comme des célébrités alors qu'elles ne sont rien du tout.
Commentaire
La nouvelle parut dans Le Gaulois du 9 décembre 1881.
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En 1881, Maupassant fit un voyage de deux mois en Algérie. Il nota que le gouvernement, «afin de favoriser létablissement des Européens, emploie vis-à-vis des Arabes des moyens absolument iniques.»
Chroniqueur réputé, il devint un grand reporter qui couvrit, pour Le Gaulois dont il occupa la une pendant plusieurs semaines, la campagne coloniale de Tunisie. Il a ainsi acquis renommée, puissance et une d'expression.
Maxime du Camp ayant entrepris, dans La revue des deux mondes, la publication de ses Souvenirs littéraires (juin 1881-octobre 1882) où il insinuait que lépilepsie avait noué les facultés créatrices de Flaubert, Maupassant répliqua par deux lettres indignées publiées dans Le Gaulois les 25 et 27 octobre 1881 sous les titres Camaraderie et Une réponse.
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Histoire corse
(1881)
Nouvelle
Commentaire
Maupassant travaillant alors à son roman Une vie, la nouvelle, parue dans Le Gaulois le 1er décembre 1881, contracte le récit de Paoli Palabretti au chapitre 5.
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Le saut du berger
(1882)
Nouvelle de 4 pages
Une de ces vallées de la côte normande descendant abruptement sur la plage est appelée «le saut du berger» parce qu' « un jeune prêtre austère et violent », le curé de la paroisse, qui se montrait particulièrement sévère pour le péché de la chair et avait même une fois tué une chienne qui mettait à bas, ce dont s'amusaient des enfants, avait surpris dans une roulotte de berger des amoureux, les y avait enfermés et l'avait lancée dans la pente au bas de laquelle ils s'étaient écrasés. Mais, ayant été vu, il fut condamné aux travaux forcés.
Commentaire
Est-ce une histoire inventée ou un fait vécu que le nouvelliste réaliste utilisa en le dramatisant? Le découpage se fait en trois parties, le récit principal (entre guillemets) étant enchâssé entre le tableau initial et une coda où s'exprime un paysan et où la justice républicaine vient tout de même s'opposer au règne archaïque de ce prêtre et le punir. Il y a alternance entre plusieurs points de vue puisqu'il y a un tableau objectif, une intrusion du narrateur, un récit objectif mais entre guillemets et, enfin, un retour au narrateur.
Les niveaux de langue sont variés : on trouve des mots recherchés («nefs» - «un grain» - «loqueteux» - «gésine» - «gîté») comme des mots familiers («toutou» - «piaulants» - «la bagatelle») et, enfin, le réalisme des paroles des paysans. Les figures de style sont nombreuses :
- comparaisons («une sorte d'ornière profonde» - «belle nappe de cailloux roulés» - «la séculaire caresse des vagues» - «trébuchant comme une bête» - «comme une boule» - «comme une maison déracinée» - «creva comme un uf») ;
- métaphores («les voiles délicats du sentiment et de la tendresse» - «flèches d'eau») ;
- périphrases («l'homme à la robe noire») ;
- formulations originales (le pluriel de «ses écumes», «son cur exalté de tumulte») ;
- redoublements expressifs («inflexible sévérité» - «implacable intolérance»).
La nouvelle rend l'aspect géographique (les vallées dans la falaise de la côte normande), l'aspect social (la campagne mais aussi la ville par une opposition nette entre «les civilisés et les raffinés des villes» et «les fermiers en blouse bleue et les fermières en mante noire»). Surtout, est dégagé le pouvoir du prêtre de campagne qui «gouverne» le village et qui est poussé à la sévérité à cause du contact direct avec la nature, tandis que le prêtre des villes est amené à adoucir la religion.
L'intolérance du prêtre est tout de suite très forte. Cependant, le jour où il commet le meurtre, il est spécialement en colère à cause du grain qui l'a surpris en chemin, à cause du refuge espéré qui lui a été enlevé. C'est donc un énervement très peu chrétien qui l'a fait agir. Sa «jalousie» est à la source de l'intolérance, du fanatisme.
La nouvelle propose une réflexion sur le pouvoir de l'Église dans les campagnes qui n'est toutefois qu'un phénomène limité dans le temps et dans l'espace ; une réflexion sur la sévérité morale qui est la conséquence de la frustration sexuelle ; une réflexion sur la force des «lois naturelles» que le réaliste qu'est Maupassant oppose bien non à celle de Dieu, mais, et la nuance est importante, à celles de «son Dieu».
La nouvelle parut dans Gil Blas du 9 mars 1882 sous le pseudonyme balzacien de Maufrigneuse (emprunté à Diane dUxelles, duchesse de Maufrigneuse). Maupassant travaillant alors à son roman Une vie, le « jeune prêtre austère et violent » est une préfiguration de labbé Tolbiac : il accomplit à la fois le meurtre des amants confié au comte de Fourville (qui a du moins lexcuse de la passion) et le massacre de la chienne en gésine par lecclésiastique (chapitre 10). Le geste du prêtre, uniquement dicté par le fanatisme, traduisait lanticléricalisme de lancien élève des jésuites dYvetot.
Elle figura aussi dans le recueil Le père Milon (1899).
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Vieux objets
(1882)
Nouvelle
Commentaire
Maupassant travaillant alors à son roman Une vie, la nouvelle, parue le 29 mars 1882 dans Gil Blas, apparaît comme une esquisse de la rêverie de jeann au chapitre 12.
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Magnétisme
(1882)
Nouvelle de 6 pages
À un dîner, on parle de magnétisme et l'un des convives, n'y croyant pas, raconte deux histoires auxquelles il apportera des explications rationnelles. Dans la première, le jeune fils d'un marin pressent, par des rêves prémonitoires, la mort de son père, parti à Terre-Neuve : ce ne serait que des coïncidences. Dans la seconde, il aurait lui-même possédé en rêve une femme de sa connaissance et ce rêve s'est ensuite concrétisé : encore une fois, ce n'est, à ses yeux, qu'une coïncidence.
Commentaire
Maupassant évoquait la théorie mi-scientifique, mi-ésotérique, du magnétisme animal de Mesmer, qui était alors à la mode.
La nouvelle parut dans Gil Blas du 5 avril 1882 sous la signature de Maufrigneuse.
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Mademoiselle Fifi
(1882)
Recueil de sept nouvelles de 172 pages
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Mademoiselle Fifi
(1882)
Nouvelle de 12 pages
Des officiers dun état-major prussien occupent un château normand. Sennuyant à périr sous la bruine de lhiver normand, ils ont lidée pour se distraire denvoyer chercher à Rouen les pensionnaires dune maison close qui sont amenées en fourgon. L'un d'eux, le marquis Wilhelm von Eyrick, sous-lieutenant dans un régiment de uhlans, « fier et brutal avec les hommes, dur aux vaincus, violent comme une arme à feu » et qui ordinairement s'amuse à exercer des ravages dans le château, est pourtant un petit blondin qui a une tournure coquette, une taille corsetée, des allures fringantes, un air dédaigneux exprimé volontiers par la locution française « Fi ! fi ! » qui lui vaut le surnom de « Mademoiselle Fifi ». Mais il dissimule derrière sa grâce féminine des instincts destructeurs et sanguinaires. Lui échoit en partage la juive Rachel. Elle a « lil noir comme une tache dencre », le geste prompt et la repartie vive. Le soudard victorieux montre dabord une galanterie affectée devant une fille « quon paye ». Mais, au cours du repas qui tourne à lorgie, il la traite cruellement, linsultant et la mordant. Dimperceptibles détails montrent la fureur qui monte en elle. Or il prononce des mots injurieux pour les Français vaincus. Poussée à bout, elle se dresse et lui crie en pleine figure quil ment. Il lui verse sur la tête une coupe de champagne, en lui disant : « À nous, les femmes de France ! » Elle réplique. La querelle senvenime. Il la gifle. Alors, saisissant un couteau et le lui plongeant à la base du cou, elle lui tranche la carotide et il en meurt. Profitant de la stupeur et du désordre, elle senfuit et n'est pas retrouvée. Le général punit les officiers et décide détouffer laffaire ; mais le commandant, résolu à se venger sur le pays, fait venir le curé et lui ordonne pour les funérailles du marquis de sonner la cloche quil tient muette depuis larrivée des Prussiens. Le curé obéit. La cloche tinte en effet « avec une allure allègre comme si une main amie leût caressée ». Et elle sonne ensuite tous les jours, se mettant parfois en branle toute seule la nuit. On la dit ensorcelée, et sauf le curé et le sacristain, personne nose plus approcher du clocher. Cest quune pauvre fille vit là-haut dans la solitude et langoisse, nourrie en cachette par ces deux hommes. Au départ des troupes allemandes, un soir, le curé, ayant emprunté un char à bancs, la reconduit lui-même jusquà la porte de Rouen. Un peu plus tard, un brave homme, un patriote sans préjugés, lépouse et « en fit une dame qui valut autant que beaucoup dautres ».
Commentaire
Maupassant reprenait les thèmes de la guerre et de la prostitution qui avaient fait son succès.
Mais il renouvela le motif romantique de la prostituée au grand cur, rédimée par ses bonnes actions. « Les lèvres tremblantes, elle bravait du regard lofficier qui riait toujours, et elle balbutia, dune voix étranglée de colère : Ça, ça, ça nest pas vrai, par exemple, vous naurez pas les femmes de France. » Tragique par son épilogue, cest incontestablement la meilleure nouvelle du recueil et même lun des chefs-duvre de Maupassant par la minutie et la justesse des descriptions et des portraits, par la gradation dramatique, par la tension du dialogue préludant au meurtre, par la paradoxale exemplarité du dénouement. Dans la province envahie et avilie, où tous « les gredins honnêtes » « préparent mentalement des platitudes » devant loccupant, ainsi quil est écrit dans Boule-de-suif, cest la prostituée qui sauve lhonneur outragé de toutes les femmes de France en poignardant leur offenseur et en reçoit la récompense quelques années plus tard. La galanterie affectée du soudard victorieux devant des filles « quon paye » est soudain mise en échec par la flambée de colère de lune dentre elles.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas le 23 mars 1882, sous une forme abrégée, et signée du pseudonyme de Maugfrigneuse.
En 1889, le peintre Ernest-Jean Delahaye immortalisa lassassinat.
Elle a été plusieurs fois adaptée au cinéma :
- En 1944 : The silent bell, de Robert Wise (États-Unis, 69 minutes).
- En 1945 : Boule de suif, de Christian-Jaque qui confia le rôle dEyrik à un acteur brun, Louis Salou, et qui, surtout, mêla Boule de suif et Mademoiselle Fifi, fit des deux héroïnes un seul personnage, ce qui entraîna des modifications importantes de l'intrigue originelle : après avoir cédé au Prussien à Tôtes, Boule de suif et les voyageuses se retrouvent au château d'Uville où elles servent de compagnes aux envahisseurs ; Boule de suif poignarde d'Eyrik et se réfugie dans le clocher comme Rachel dans Mademoiselle Fifi. Les personnages voyagent dune nouvelle à lautre avec une aisance et une virtuosité qui doivent beaucoup au dialoguiste, Henri Jeanson, qui a introduit des répliques de son cru. De plus, le film se ressentit de lépoque où il fut tourné : à partir dindications fragmentaires de Maupassant sur lattitude veule de la population devant loccupant, qui contrastait avec le cran et le courage de quelques personnages, le réalisateur a suscité des bataillons de francs-tireurs, qui ont dailleurs existé dans la Normandie occupée de 1871, et leur a prêté le langage et lidéologie des maquisards de 1944. Ce clin dil au spectateur trahit le texte, mais lensemble ne manque cependant ni de grâce ni de force. (France, 103 minutes).
- En 1949 : Mademoiselle Fifi, de S. Rubin (États-Unis, télévision).
- En 1992, Mademoiselle Fifi, ou Histoire de rire, de Claude Santelli qui fit incarner Fifi par un acteur brun, Yves Lambrecht (France, télévision, 89 minutes).
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Madame Baptiste
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur remarque, dans la petite ville de Loubain., un étrange enterrement dont on lui explique que c'est celui d'une femme qui, violée dans son enfance par Baptiste, un domestique, est restée victime d'un ostracisme (on l'appelait «Madame Baptiste») qui n'a cessé que lorsqu'un nouveau venu, secrétaire du préfet, l'a épousée. Cependant, ayant eu, lors dun concours d'orphéons municipaux, à remettre des médailles, un mécontent l'appela «Monsieur Baptiste», ce qui provoqua l'hilarité de la foule et le suicide de la malheureuse : «Elle enjamba tout à coup le parapet du pont, sans que son mari ait eu le temps de la retenir, et se jeta dans la rivière ».
Commentaire
Madame Baptiste tranche sur les autres nouvelles, où la femme triomphe toujours, ou du moins mène le jeu dans cet antagonisme des sexes, tandis que l'homme y est sans cesse dupé, berné, bafoué. Ici, la femme est victime, victime d'une affreuse fatalité d'abord, puis de la féroce conjuration d'une petite ville. Baptiste est déjà loin (au bagne, sans doute !) lorsque le drame surgit à nouveau, dans le moment le plus inattendu et mène sa victime à la mort. Le destin a mystérieusement cheminé, puis éclate en coup de tonnerre. Elle cherche dans la mort un refuge à son désespoir
Maupassant a-t-il été séduit par un fait divers? A-t-il pour une fois voulu emprunter au répertoire du mélodrame populaire? A-t-il trouvé l'idée de son récit dans le début de Germinie Lacerteux, le roman des Goncourt où une fillette, placée dans un café-restaurant, y est forcée par un compagnon de travail, presque un vieillard? De cette situation initiale, si tant est qu'elle l'ait inspiré, Maupassant a tiré un parti bien différent. Dans Germinie Lacerteux, l'affaire ne s'ébruite pas, enfouie dans le silence horrifié de l'enfant et de ses proches. Au reste, la victime et son bourreau appartiennent à la même classe, ce qui limite la portée du scandale, s'il éclate ; et puis, nous sommes à Paris, bourbier, cloaque, océan où tout sombre et s'engloutit. Chez Maupassant, il ny a pas de borne au scandale, la petite ville étant un bouillon de culture qui nourrit et développe ses fleurs vénéneuses.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 28 novembre 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
L'adaptation faite pour la télévision par Claude Santelli, en 1974, fut remarquable.
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La rouille
Nouvelle de 7 pages
Le baron de Coutelier, un gentilhomme campagnard qui ne vit que pour la chasse et ne fréquente guère que ses proches voisins se voit, l'âge venant, atteint par la maladie et se sent désemparé. Ses voisins veulent alors le marier, font venir une veuve, Mme Berthe Vilers, avec laquelle il va à la chasse. Elle porte un accoutrement ridicule avec ses bottes, ses culottes dhomme, « une jaquette de velours trop étroite pour sa gorge, et une casquette de valet de chiens. » Il est malgré tout prêt à lépouser. Elle « sen amusait comme dun jouet vivant, et [
] linterrogeait sournoisement sur les sentiments des lapins et les machinations des renards », le conduisait à sa guise en somme en flattant chez lui la pasion du chasseur. Pourtant, il se rend à Paris, y reste plus longtemps que prévu et, au retour, renonce au mariage. « On prévint habilement Mme Vilers, qui sen retourna veuve comme elle était venue. » Il raconte plus tard à son voisin qu'il y était allé voir s'il pouvait encore faire l'amour et avait constaté qu'il était « rouillé ».
Commentaire
La nouvelle appartient au répertoire « commis-voyageur » de Maupassant. Pourtant, il y montra aussi que la femme, à laquelle, dans ses mouvements de mâle triomphant, il assignait un rôle entièrement passif, est aussi une redoutable combattante, pétrie de ruses et dastuces, qui na presque jamais le dessous et devant qui il est vain de jouer les matamores.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 14 septembre 1882, avec le titre Monsieur de Coutelier, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Marroca
Nouvelle de 8 pages
Le narrateur raconte que, séjournant en Algérie, faisant la sieste et souffrant de la continence, il avait découvert une femme qui se baignait et qui était devenue son amie. Fille de colons, épouse d'un douanier rondouillard et zézayant, elle était une « sorte dêtre inférieur et magnifique » : « son esprit était simple comme deux et deux font quatre et un rire sonore lui tenait lieu de pensée.» Femme dun pays chaud aux ardeurs inapaisables, qui navait que faire des complications sentimentales, elle vint chez lui pour y faire l'amour avec ardeur, et lui demanda de venir chez elle, en profitant d'une absence du mari. Cependant, celui-ci revint plus tôt que prévu, et le narrateur, nu, caché sous le lit, eut très peur. Mais elle montra un esprit de décision et lui que, si son mari inoffensif l'avait découvert, elle l'aurait tué avec la hachette qu'elle avait préparée.
Commentaire
Avec son sang-froid, sa résolution au plus fort du désarroi où plonge la mort soudaine dun amant idolâtré pour sauver la façade, préserver sa réputation, éviter le scandale à tout prix, Marroca prouvait quune femme est capable de toutes les inventions.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 2 mars 1882 sous le titre de Marauca, sous le pseudonyme de Maufrigneuse, et amputée de détails jugés trop scabreux par la direction du journal.
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La bûche
Nouvelle de 6 pages
Le narrateur, un vieil homme, converse avec sa vieille amie lorsqu'une bûche glisse de l'âtre dans le salon. Il lui dit que c'est pour cette raison qu'il ne s'est jamais marié et lui raconte qu'étant jeune, se trouvant chez son frère qui était marié, il avait vu la femme de celui-ci, « petite folle perverse et rusée, effroyablement sensuelle », profitant d'une absence du mari, se jeter à sa tête et lui déclarer son amour. Il aurait succombé à ses avances et aurait été surpris par son frère rentré plus tôt si une bûche ne l'avait alors sauvé en glissant dans le salon.
Commentaire
Ce nest pas dit explicitement mais on peut penser que les confidences du vieil homme, commencées dans un cadre intime et suranné, nous transportent bientôt à Paris. La misogynie de Maupassant apparaît nettement : le narrateur a failli devenir le jouet de la perversité d'une femme acharnée à perdre et à séduire.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 26 janvier 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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La relique
Nouvelle de 5 pages
Henri Pontal écrit à son cousin, labbé Louis dEnnemare, une lettre où il lui demande d'intervenir auprès de sa cousine qui vient de rompre ses fiançailles avec lui. Il peste contre les complications et les détours du cur féminin. « Sa belle dévote » lui ayant demandé de lui rapporter un cadeau d'un voyage à Cologne, il avait acheté une prétendue relique des onze mille vierges, qu'il avait d'ailleurs perdue et remplacée par un fragment d'os quelconque. Il était allé jusqu'à dire qu'il l'avait volée mais elle avait découvert que c'était impossible et avait donc rompu. Il termine par des supplications qui montrent quil na pas renoncé à obtenir son pardon.
Commentaire
Il faut remarquer que lexpression « belle dévote » venait tout droit des Liaisons dangereuses où Maupassant avait été choisir son second pseudonyme : Guy de Valmont.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 17 octobre 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Le lit
Nouvelle de 6 pages
Le narrateur a acheté une vieille chasuble dans laquelle il a trouvé quelques lettres jaunies qui ressuscitent les amours envolées de quelque grisette avec un jeune abbé de cour. Dans l'une, elle méditait sur le lit où elle se trouvait retenue : «Le lit, c'est toute notre vie», on y est à la naissance, on y est pour s'aimer et on y est pour mourir..
Commentaire
Cest plus une chronique quune nouvelle. Sous ses franfreluches, son décor rococo, et, en dépit dun marivaudage un peu balourd, cest une variation assez plate sur « le lit ».
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 16 mars 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Fou?
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur, un juge violemment épris d'une femme qu'il déteste pour l'emprise qu'elle a sur sa sensualité, constate, un matin, qu'elle est lasse de lui et, se demandant s'il est fou, devient jaloux il ne sait de qui ou de quoi, jusqu'à ce qu'il voie quel plaisir donnent à cette femme ses promenades sur son cheval. Aussi les fait-il chuter, tue-t-il le cheval d'un coup de pistolet et, ayant reçu un coup de cravache, la tue elle aussi.
Commentaire
Quand le soupçon, la jalousie s'installent, et s'exaspèrent du sentiment d'impuissance devant le mystère de la femme, la rage peut atteindre au délire, et conduire au meurtre ou à l'autodestruction. La nouvelle décrit précisément la naissance et la progression jusqu'à l'idée fixe d'une jalousie d'autant plus affolante qu'elle ne repose sur aucun fait précis : « Alors je fus jaloux d'elle-même, jaloux de son indifférence, jaloux de la solitude de ses nuits, jaloux de ses gestes, de sa pensée que je sentais toujours infâme, jaloux de tout ce que je devinais. » Puis cette jalousie se fixe sur le cheval avec lequel elle bat la campagne, rentrant brisée, rompue et heureuse de ses longues randonnées solitaires. Ce fut la seule fois, sauf erreur, que Maupassant suggéra des relations troubles entre la femme et l'animal. Encore ici ne s'agit-il que d'un transfert : la femme qui, par orgueil, par terreur aussi sans doute, hésite à tromper l'amant qui l'a lassée, cherche un dérivatif dans ces courses au grand air, et n'éprouve, au début du moins, pour sa monture que la tendre reconnaissance envers le complice qui lui procure le substitut du plaisir. Mais l'animal lui-même se comporte comme un amant impétueux et jaloux. Il se cabre quand elle le quitte ; furieux, il rue contre l'homme, en lequel il sent un rival. Et voici qu'à son tour elle entre dans ce jeu redoutable, embrasse la bête « sur ses naseaux frémissants, sans essuyer ensuite ses lèvres ; et le parfum de son corps en sueur comme après la tiédeur du lit, se mêlait sous ma narine à l'odeur âcre et fauve de la bête ». Lorsque enfin, las de cette rivalité monstrueuse, le fou, qui nie sa folie, tue d'un coup de pistolet dans l'oreille, « comme un homme», le cheval auquel un piège vient de rompre les os, la femme alors a le geste de défi, qui appelle la mort sur elle à son tour. Elle cravache le misérable, et tombe, foudroyée par une autre balle.
La passion a son aboutissement dans la mort. L'écrivain, dans une vision en quelque manière panthéiste, reconnaissait et légitimait l'amour à tous les échelons de la nature. Dans Fou?, il alla plus loin encore, abolissant les cloisons qui séparent les espèces. Si le héros est fou, c'est donc que cette liaison de la femme et de la bête n'a rien de monstrueux.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 23 août 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Réveil
Nouvelle de 5 pages
La femme d'un industriel de province mène auprès de lui une vie de bonheur calme. Mais elle doit, pour sa santé, passer l'hiver à Paris où elle reçoit des hommages dont elle s'amuse, en particulier d'un homme à femmes et d'un jeune homme timide quelle appelle « Mouton fidèle ». S'étant vue en rêve avec celui-ci, elle s'abandonne à moitié à lui mais pour se retrouver ensuite face au séducteur à la place duquel elle voit l'amoureux romantique qui profite de sa faiblesse. À son réveil, elle le chasse et retourne, changée, auprès de son mari.
Commentaire
La moralité de la nouvelle (car, pour étrange que cela paraisse, appliqué à Maupassant, certaines nouvelles en comportent une) est donnée par le soupirant tendre et fidèle de Jeanne : « Les femmes sont vraiment bien bizarres, compliquées et inexplicables. » Inexplicables aux hommes, mais aussi à elles-mêmes. Dans cette aventure où la femme aime un homme, et se donne à un autre, parce que cet autre a surgi dans l'instant propice, et profité d'un transfert onirique et parfaitement absurde des sentiments, Jeanne fait avec le second les gestes de l'amour qu'elle s'est toujours (par vertu? par atavisme? par paresse?) refusé d'accomplir avec le premier. Sa conduite échappe à tous deux, et à elle-même. Du moins, l'explication, logique, mais non convaincante, est-elle suggérée à la fin de la nouvelle, et comme venant de Jeanne elle-même : étrange procédé chez un romancier naturaliste, qui devrait ne faire parler que les faits, et s'interdire les explorations du psychisme d'autrui, et auquel Maupassant n'eut recours qu'en présence des personnages féminins qui lui posaient des énigmes : il se rallia alors à la solution facile de l'éclairage subjectiviste tant décrié par la jeune école romanesque.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 20 février 1883, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Une ruse
Nouvelle de 6 pages
À une jeune malade qui dit ne pas comprendre qu'une femme puisse tromper son mari, un vieux médecin de province raconte comment il est venu au secours d'une de ses clientes, jeune et jolie femme dont l'amant était mort chez elle, en pleine nuit, dans son lit, alors que le mari était au cercle. Ils l'avaient rhabillé et assis au salon puis, le mari survenant, le médecin avait prétendu avec sang-froid être en train d'essayer de le ranimer et lui avait demandé son aide pour le transporter dans sa voiture. Le médecin termine en offrant ses services à son auditrice.
Commentaire
Lhistoire du mort rhabillé est enchâssée dans une situation qui est intéressante : on y voit linnocence de la jeune femme qui pense que la tromperie est impossible, et le cynisme du vieux médecin qui raconte et qui termine par loffre de ses services, cest-à-dire quil laisse entendre à la jeune malade quelle trompera immanquablement son mari et quelle pourra alors avoir besoin de lui.
Cette petite pièce de théâtre présente des tons variés :
- dans ce décor macabre, l'horreur est suggérée, puis s'impose avec une extraordinaire économie de moyens ;
- puis lignorance du mari qui aide à porter son rival inconnu est comique ;
- mais le mot de la fin, dont on ne sait s'il faut y voir un trait de goujaterie ou de galante courtoisie du médecin-conteur (encore et toujours le côté canaille et chapeau sur l'oreille de Maupassant !), vient surprendre le lecteur et briser net l'impression produite ; il n'en subsiste que de l'admiration, tempérée d'effroi, pour les insondables ressources de l'âme féminine.
Parmi les péripéties avant le retour du mari, il y a celle de la paresse du médecin qui na pas répondu à un premier appel, ce qui retarde son intervention et oblige cette femme à se compromettre en venant le relancer. À la passion de lautre femme (les baisers quelle donne au mort) due à linsatisfaction quelle éprouve auprès de son mari, sopposent la quiétude desprit de celui-ci qui préfère passer ses soirées au cercle quauprès delle, et le sang-froid du médecin.
On retrouve ici le pessimisme intégral de Maupassant : un mariage qui dure depuis trois ans conduit à un adultère et, pour le médecin (qui le représente en quelque sorte), il ne peut en être autrement et il en sera ainsi pour la jeune mariée qui nage pour linstant en plein romantisme.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 25 septembre 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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À cheval
Nouvelle de 7 pages
Un aristocrate, le comte Hector de Gribelin, commis au ministère de la Marine, fait difficilement vivre sa femme et ses deux enfants. Mais il touche un jour une gratification de fin d'année inespérée, grâce à laquelle il leur offre une excursion en break tandis qu'il monte un beau cheval de louage, pouvant ainsi, l'espace d'une journée de printemps, vivre la splendide existence des cavaliers du Bois, caracoler à la portière de la voiture de louage dans laquelle s'entasse le reste de la famille. Tout se passe dabord le mieux du monde. Cependant, au retour, il a du mal à maîtriser l'animal qui renverse une vieille femme qui sen tire pourtant sans grand dommage. Il nempêche que le naïf Hector qui, désarçonné, a échoué entre les bras d'un sergent de ville, promet sur-le-champ de faire face à toutes les dépenses que pourrait entraîner le traitement de cette femme de ménage retraitée. Imprudence fatale ! Arrêté par la police, il accepte de la faire entrer dans une maison de santé où elle prétend ne plus pouvoir bouger, se déclare incurable, sans que jamais la supercherie puisse être dévoilée, se contentant de manger abondamment et ruinant le malheureux cavalier qui doit envisager de prendre chez lui celle qui lexploite cruellement, étant soutenue par médecins et avocats. Le récit se clôt sur la perspective d'un avenir infini de misère, au chevet d'une « victime » toujours plus ragaillardie, et moins que jamais disposée à renoncer à sa rentable infirmité. Bref, cette aventure nest pas loin de ruiner complètement la famille du brave Hector.
Commentaire
Cet épisode à la fois grotesque et navrant dans la médiocre existence d'un ménage d'employés pourrait à plus d'un égard être rapproché de La parure. Dans l'un et l'autre récit, le même destin nargue les deux commis. Née dérisoirement, l'idée de la fatale promenade entraîne un absurde enchaînement des faits. Au comte bravache et maladroit, Maupassant a prêté certains de ses propres traits : noble comme lui, et comme lui employé au ministère de la Marine ; mais il invente une famille à son double : il en fallait une, afin que fussent accrues la portée et les conséquences de la maladresse. Quant au destin, il s'incarne de manière assez inattendue dans cette victime pitoyable de l'imprudent cavalier, mais qui devine vite le parti qu'elle peut tirer de la situation. Irrémédiablement atteinte? ou plutôt simulatrice? Pas plus que le médecin Maupassant ne tranche, et la lecture s'achève sur une interrogation, la seule certitude qui demeure étant la ruine prochaine du comte et de sa famille, condamnés à payer interminablement l'entretien et la pension de l'accidentée.
La nouvelle avait dabord paru dans Le Gaulois du 14 janvier 1883.
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Un réveillon
Nouvelle de 6 pages
Le narrateur est allé en hiver à la chasse chez son cousin, qui a un château dans un village normand. Un soir, la servante leur rappelle que c'est le réveillon. Les deux hommes partagent alors des souvenirs de réveillons, après quoi ils décident d'aller à la messe et de rendre visite à la famille d'un berger âgé de quatre-vingt-seize ans décédé le matin même. Ils trouvent ses petits-enfants, un homme et une femme qui sont quinquagénaires, en train de manger du boudin à la table posée sur la huche, selon lusage normand. Comme ils demandent à voir le corps, la femme, après quelque hésitation, le leur montre : ils l'avaient mis dans la huche pour pouvoir dormir dans le seul lit de la maison où ils couchaient tous. Ils avaient été contraints de coucher sur la dure tout le temps de la maladie du vieillard. Maintenant que les formalités funèbres étaient terminées, ils sétaient permis de récupérer leur lit. Le narrateur sen va, ulcéré, tandis que son cousin rit aux éclats.
Commentaire
La nouvelle montre lopposition des conceptions de la mort chez les aristocrates et chez les paysans à qui Maupassant attribue une « face abrutie » mais aussi une ruse et des calculs insolites, confessés avec naïveté, et avec une désarmante logique. Et, à lopposé de la naissance de Jésus, a lieu la mort dun vieillard. Enfin, sopposent encore les points du vue du narrateur et de son cousin, sont renvoyés dos à dos optimistes et pesimistes.
La nouvelle avait dabord paru, sous le pseudonyme de Maufrigneuse, dans Gil Blas du 5 janvier 1882, donc comme si elle rapportait un événement survenu quelques jours auparavant.
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Mots d'amour
Nouvelle de 4 pages
À la lettre de Sophie, jolie femme un peu dinde, qui s'étonne de ne plus le voir, René, un bellâtre un peu mufle, répond par une autre lettre où il essaie de lui faire comprendre que, si elle est physiquement charmante, elle manque de finesse, de délicatesse, de sensibilité, elle conserve des manières de jeune fille. Elle lui répond en le désignant de noms d'animaux et de légumes, mais en criant aussi «Je t'aime» mal à propos.
Commentaire
Ces lettres débutent et sachèvent par des « Mon gros coq chéri [
] ta poulette », « Ma chère amie
Et je tembrasse passionnément, à condition que tu ne diras rien». Cela donne le ton des relations. René disant au fond à Sophie : « Sois belle et tais-toi ! », étant exaspéré par ses mignardises et ses exubérances, il faut bien constater une horrible misogynie. Maupassant exprime sa théorie canaille de la femme-objet, de la femme-poupée, charmante tant quelle se tait, écoeurante sitôt quelle a parlé ou plutôt glapi. Pour lui, les mots damour des femmes aimées peuvent parfois devenir de véritables maux damour !
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 2 février 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Une aventure parisienne
Nouvelle de 7 pages
La femme d'un notaire de province s'imaginant, à la lecture des journaux, qu'à Paris règne le vice et aspirant à le connaître, s'y offre une escapade de trois jours. Il est étincelant des mille feux du boulevard, du café Bignon, du Vaudeville, mais ne lui apporte rien. Cependant, elle voit chez un antiquaire un célèbre homme de lettres, barbon aussi laid quantipathique, et elle s'impose à lui en lui offrant un magot qu'il convoitait. Ils passent la journée ensemble, allant au Bois, au restaurant, au théâtre. Elle couche même avec lui, mais il est « plus exigeant quun pacha à trois queues » et elle est révulsée par ce « petit homme sur le dos, tout rond, dont le ventre en boule soulevait le drap comme un ballon gonflé de gaz, [et qui] ronflait avec un bruit de tuyau d'orgue, des renâclements prolongés, des étranglements comiques ». Au matin, elle veut s'en aller en catimini. Mais il se réveille et elle se plaint : «Le vice, ce n'est pas drôle».
Commentaire
Lhéroïne, à qui le narrateur ne concède même pas un prénom, est encore plus candide et plus sotte peut-être quEmma Bovary. Fuyant ce vice qu'elle avait tant brûlé de connaître, cette provinciale si frêle, si perdue dans l'univers parisien, retrouve, dans son mouvement précipité de retraite, ce Paris qu'elle avait laissé la veille au soir. Elle a alors le spectacle d'une ville débraillée par une nuit d'orgie. Baudelaire avait déjà donné une image du même ordre, embellie par la noblesse des vers, l'emphase des majuscules, et les métaphores épiques :
« Là je vis un matin, à l'heure où sous les cieux
Froids et clairs le Travail s'éveille, où la Voirie
Pousse un sombre ouragan dans l'air silencieux... »
À la désenchantée, Maupassant présente cette même armée de balayeurs qui « balayaient les trottoirs, les pavés, poussaient toutes les ordures au ruisseau. Du même mouvement régulier, d'un mouvement de faucheurs dans les prairies, ils repoussaient les boues en demi-cercle devant eux ; et, de rue en rue, elle les retrouvait comme des pantins montés, marchant automatiquement avec un ressort pareil » (par son rythme, son mouvement et ses images, cette phrase peut être rapprochée de la description des moissonneurs, dans Bouvard et Pécuchet : « Chacun décrivait devant soi un large demi-cercle, et tous sur la même ligne ils avançaient en même temps. » La grisaille de l'aube, alliée aux écurements de l'âme, suscite de telles visions où la vie même se désincarne, et prend l'allure mécanique et saccadée du destin.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 22 décembre 1881, sous le pseudonyme de Maufrigneuse et sous le titre dUne épreuve, dans une version plus brève.
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Deux amis
Nouvelle de 7 pages
Deux boutiquiers parisiens, un horloger et un mercier, Morissot et Sauvage, se rencontrent pendant le siège de 1871, et se rappellent les journées heureuses passées à pêcher à l'île Marante, le dimanche. Sétant enivrés et étant sous le coup dune soudaine fringale, ils décident d'y retourner en dépit de la guerre. Ils découvrent une campagne déserte où, de temps en temps, tonne le canon. Ils prennent des poissons. Mais ils sont arrêtés par des soldats allemands qui les conduisent à leur chef. Il fait preuve d'une remarquable animosité à l'égard de ces deux innocents pêcheurs. Voulant leur extirper un mot de passe qui leur permettait de rentrer dans Paris, il les interroge chacun à part. Il les condamne : « Pour moi, vous êtes deux espions envoyés pour me guettter. Je vous prends et je vous fusille. Vous faisiez semblant de pêcher, afin de mieux dissimuler vos projets. » Il les fait fusiller et, dernier trait, commande à son subalterne : « Fais-moi frire tout de suite ces petits animaux-là pendant quils sont encore vivants. Ce sera délicieux. »
Commentaire
La nouvelle montre deux Français qui voudraient faire comme si la guerre nexistait pas et qui pensent pouvoir réintégrer impunément dans le présent une tranche du passé.
La composition est admirable : cela commence de façon bon enfant puis tourne au drame. La pêche miraculeuse des deux boutiquiers, ces goujons argentés qui frétillent à leurs pieds, « dans une poche de filet à mailles très serrées », semblent annoncer discrètement le dénouement, où les deux Parisiens connaissent le triste sort des poissons quils ont pris, l'officier prussien tirant cyniquement la moralité : «C'est le tour des poissons maintenant ! » Les tirs du mont Valérien ponctuent les brèves répliques qu'échangent les deux amis pêcheurs, et se poursuivent, tel un sinistre refrain, pendant toute la scène de l'exécution, avec un dernier rappel, tandis que déjà les soldats prussiens balancent les deux cadavres avant de les jeter à la rivière : «Le mont Valérien ne cessait pas de gronder, coiffé maintenant d'une montagne de fumée. » Et quel extraordinaire effet de contrepoint, dans les trois dernières lignes de la nouvelle, tandis qu'un peu de sang flotte sur la rivière, lorsqu'un cuisinier emporte, pour la servir en friture à son officier, la pêche des deux fusillés, qui symbolise le drame qui vient de s'accomplir ! Jamais encore on n'avait réussi, avec si peu de mots, à accéder du premier coup, et si haut, au domaine de la tragédie.
La nouvelle devient vraiment intéressante lorsque les victimes sont face au tortionnaire : évocation du pouvoir sadique, de la bêtise ignoble des occupants, des crimes gratuits des soldats, de l'absurdité aussi de la situation des victimes qui ne peuvent évidemment pas révéler un mot de passe qui n'existe pas. Que l'Allemand fasse préparer leurs poissons aux deux Français devient ironique quand on se souvient que l'un d'eux avait déclaré : «Nous leur offririons une friture» et, surtout, quand on se rend compte que le sort que les pêcheurs faisaient subir aux poissons, l'Allemand le leur fait subir.
Les deux amis sont présentés comme ayant des goûts semblables et des sensations identiques, mais des traits physiques, psychologiques, moraux et sociaux permettent de définir lidentité de chacun. Il semble quils aient emprunté plusieurs traits (et jusqu'à l'apparence physique) à Bouvard et Pécuchet, les immortelles créations de Flaubert. Cette parenté nest pas fortuite : Maupassant avait été régulièrement tenu informé de la progression de l'ouvrage de Flaubert, qui avait même sollicité de son disciple des informations sur Antifer et Étretat, pour en faire profiter la promenade géologique de ses deux bonshommes. Les deux boutiquiers sont victimes de l'alcool puisque c'est parce qu'ils sont ivres quils décident de tenter l'aventure : il les entraîne dans une discussion politique où ils montrent leur anarchisme simpliste.
La pêche est évoquée avec précision : on sent que Maupassant parle d'une activité qu'il goûte lui-même. Il en est de même pour la situation qui régnait pendant la guerre et quil a bien connue. Il opposa deux tempéraments nationaux : celui des Français qui trouvent à s'amuser même en un temps très pénible, le militaire lui-même étant conciliant, et celui des Allemands qui sont strictement soumis à la discipline.
On remarque des tableaux comme celui que crée «le ciel ensanglanté», des expressions originales comme «l'haleine de mort» de la montagne où se trouve le canon.
La brièveté et léconomie de moyens insistent sur la cruauté et labsurdité de lexistence où les faibles sont broyés. La nouvelle reflète, dans sa simplicité tragique, la hantise de l'horrible et de l'irrationnel qui tourmentait Maupassant. Dans cet insolite climat de guerre, le destin y déroule ses enchaînements implacables : une partie de pêche a pour épilogue le peloton d'exécution. Mais la nouvelle diffère sensiblement de celles qu'orchestre entièrement la fatalité : leur mort découle d'un acte d'héroïsme, qui les place aux côtés de la mère Sauvage, du père Milon, deux paysans, « gueux sublimes» qui vengent sur des soldats prussiens la mort de leurs enfants, et tombent eux aussi sous les feux roulants d'un peloton allemand. Certes, leur héroïsme est plus humble, négatif en quelque sorte, et n'aura jamais les honneurs de la consécration officielle : à l'officier qui les questionne et leur offre la vie en échange d'une trahison, ils ne se donnent pas la peine de refuser ; point même l'une de ces fières réponses que l'Histoire consignera ! Ils montrent un héroïsme tranquille, si simple qu'il ne prend pas conscience de lui-même, et qui donne à leur mort, en définitive, l'aspect d'une fatalité qui les dépasse.
Avec Mademoiselle Fifi, cette nouvelle offre pour ainsi dire les deux faces de la résistance à l'occupant : résistance active et résistance passive. Sa vie durant, Maupassant a cherché à concilier son pacifisme et sa soif de revanche, les souvenirs de François Tassart témoignant à la fois de l'horreur de son maître pour la guerre, et de sa haine pour les Prussiens. La conversation des deux amis pêcheurs, peu d'instants avant leur capture, atteste ce pacifisme : « et il grommela : « Faut-il être stupide pour se tuer comme ça ! », et aussi l'idée que la guerre fait le malheur des petits, et ne profite qu'aux « gros», idée qui avait déjà été exprimée par la femme de laubergiste dans Boule-de-suif.
Le pessimisme de Maupassant est bien exprimé par les deux amis : «On ne serait jamais libres», par l'effet de surprise de «c'est la vie, c'est la mort», surtout par l'issue où les êtres humains qui ont pêché des poissons sont eux-mêmes envoyés dans l'eau où ils nourriront d'autres poissons. Une autre réflexion doit être tirée de cette volonté des deux amis de faire comme si la guerre n'existait pas, de nier le présent pour se réfugier dans le passé : le présent, la réalité, ne manquent pas de se manifester tragiquement. Quant à l'amitié, existe-t-elle vraiment? si aucun ne trahit l'autre, c'est que cela ne leur est pas possible ou qu'ils ne sont même pas assez futés pour penser à inventer un mot de passe.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 5 février 1883, sous le pseudonyme de Maufrigneuse. La plus connue du recueil, elle est constamment reproduite dans les anthologies.
Elle a été adaptée plusieurs fois au cinéma :
- En 1946 : Deux amis, de Dimitri Kirsanov (France, 28 minutes).
- En 1959 : La Grande Guerre, de Mario Monicelli (Italie-France, 135 minutes).
- En 1962 : Deux amis, de Carlo Rim (France, TV, 30 minutes).
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Le voleur
Nouvelle de 5 pages
Un vieux peintre, évoquant sa jeunesse dissolue, raconte l'histoire invraisemblable, mais vraie, de la folle soirée vécue avec deux autres collègues. Après maintes libations, ils crurent entendre quelque bruit suspect alentour. Revêtus de vieux uniformes napoléoniens et armés de façons hétéroclites, ils firent sur le champ une petite expédition. Dans un placard apparut un vieux voleur quils se mirent aussitôt en devoir de juger et de condamner à mort. Mais, devant les difficultés que présentait lexécution, ils en arrivèrent à le faire participer à leur petite fête qui s'achève en joyeuse orgie. À laube, le voleur prit congé deux malgré toutes leurs protestations : ils ne pouvaient se résoudre à le quitter et ça se termine en poignées de main échangées.
Commentaire
La nouvelle est un chef-duvre de comique. Mais, sous son aspect de farce, elle ne manque pas dêtre insolite. L'ivresse générale et les flambées du punch engendrent, comme l'éther et les désordres mentaux, un univers surréel où la pesanteur semble abolie, et où tout s'accomplit avec l'irrésistible aisance des songes. Cependant, Maupassant a placé là, dans un coin du récit, à cheval sur une chaise, le vieux peintre, comme garant de son authenticité. Dans ce monde de rapins et de canotiers, qui lui était familier, la farce est une manière de nier le réel, une fuite devant l'épouvante, un masque ricanant posé sur le visage convulsé de la peur.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 21 juin 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Nuit de Noël
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur ne veut pas réveillonner car, à Noël, il y a deux ans, une déplaisante aventure lui était arrivée. Étant seul, il était allé à la recherche sur le boulevard d'une femme qui puisse réveillonner avec lui, chez lui, et il en avait trouvé une qui était, comme il les aime, bien en chair. Ils mangèrent puis ils se couchèrent. Mais elle fut soudain saisie de grandes douleurs et poussa des cris qui alertèrent les voisins. Elle accoucha d'un enfant, resta dans son lit six semaines et voulut s'attacher à lui car il avait placé l'enfant chez une nourrice. « Il me coûte encore cinquante francs par mois. Ayant payé dans le début, me voici forcé de payer jusquà ma mort. »
Commentaire
Maupassant sest peut-être souvenu de la mésaventure du maître dans Jacques le fataliste lui aussi « condamné aux frais de gésine, et à pourvoir à la subsistance et à léducation dun enfant provenu des faits et gestes de [son] ami le chevalier de Saint-Ouin dont il était le portrait en miniature ; ce fut un gros garçon, dont Mlle Agathe accoucha très heureusement
et auquel on donna une bonne nourrice » dont il a payé et continue de payer les mois.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 26 décembre 1882, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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Le remplaçant
Nouvelle de 4 pages
Deux dragons s'étaient battus en duel et leur capitaine, le narrateur, apprit que c'était à propos de la veuve d'un notaire, Mme Bonderoi, respectable matrone aux solides appétits qui, paraît-il, utilisait déjà les clercs de létude pour son service particulier et qui avait demandé à un des militaires de la satisfaire pour telle somme d'argent. Il le fit et revint plusieurs fois jusqu'au jour où, étant malade, il trouva un remplaçant, un autre dragon, qui devait lui donner la moitié de la somme. Mais il refusa après, d'où le duel. Cependant, la veuve les réconcilia en les prenant chacun à son tour.
Commentaire
Le ton était déjà courtelinesque pour aborder la prostitution masculine. Jules Lemaître reprocha à Maupassant son « indulgence visible » à légard de Mme Bonderoi et ajouta : « Il est évident quil aime et recherche les manifestations le splus violentes de lamour réduit au désir. »
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 2 janvier 1883, avec le titre Les remplaçants (sic), sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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En dépit dun accueil discret de la part de la critique, le recueil Mademoiselle Fifi obtint un succès considérable, lédition ayant été rapidement épuisée. Maupassant profita dune seconde édition chez un autre éditeur pour ajouter neuf nouvelles aux sept premières. Elle parut vers la mi-mars 1883.
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L'aveugle
(1882)
Nouvelle de 4 pages
Un jeune homme aveugle habitait avec sa famille qui le considérait comme un bon à rien, l'insultait et faisait de lui un bouffon-martyr. Un jour d'hiver, son beau-frère le laissa loin de la maison, au bord d'un chemin afin qu'il mendie un peu d'argent. Le soir venu, il partit le chercher mais prétendit ne pas l'avoir trouvé. Le jeune aveugle, après avoir attendu, se mit à marcher sans savoir où il allait. Au bout d'un moment, fatigué, il s'assit pour ne jamais se relever. Sa famille feignit la tristesse.
Commentaire
La nouvelle parut dans Le Gaulois le 31 mars 1882.
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Rêves
(1882)
Nouvelle de 4 pages
Un médecin parle des expériences qu'il a faites sous l'influence de l'éther.
Commentaire
La nouvelle parut dans Le Gaulois du 8 juin 1882.
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Pendant lété 1882, Maupassant fit un voyage à pied à travers la Bretagne en suivant litinéraire de Flaubert et de Maxime Du Camp dans Par les champs et les grèves tandis que lui-même a laissé dans En Bretagne le souvenir de ces jours derrance quil ne devait jamais oublier : « Coucher dans les granges quand on ne rencontre point dauberges, manger du pain et boire de leau quand les vivres sont introuvables, et ne craindre ni la pluie, ni les distances, ni les longues heures de marche régulière, voilà ce quil faut pour parcourir et pénétrer un pays jusquau cur, pour découvrir , tout près des villes où passent les touristes, mille choses quon ne soupçonne pas. » Il en consigna aussi un souvenir dans sa nouvelle La peur de 1884).
Il fit un premier séjour à la station thermale de Châtelguyon, en Auvergne, où il remarqua une femme du peuple, Joséphine Litzelmann, qui y était donneuse deau et avec laquelle ce célibataire endurci eut une relation quasi maritale.
Il publia :
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Une passion
(1882)
Nouvelle de 8 pages
Mme Poinçot, femme mariée, est prise d'une grande passion pour un officier qui, pour lui échapper, prétend que son régiment doit changer de garnison. Comme il refuse de l'emmener avec lui, elle menace de se suicider. Il cède donc. Un jour, Poinçot vient supplier sa femme de revenir afin de permettre le mariage de sa fille. L'officier, heureux de cette occasion de se débarrasser d'elle, tente de la raisonner, mais elle s'y refuse, contrariant ainsi les deux hommes.
Commentaire
La nouvelle parut dans Gil Blas, le 22 août 1882 sous la signature de Maufrigneuse.
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Le loup
(1882)
Nouvelle de 6 pages
Lors d'un dîner de la Saint-Hubert chez des aristocrates, l'un d'eux, le vieux marquis dArville, révèle quil ne touche jamais à un fusil, car il a hérité de son arrière-grand-père, Jean dArville, et du frère cadet de celui-ci, François, une vive aversion pour la poursuite du gibier, à la suite dun tragique épisode datant de plus dun siècle. Ils étaient les chasseurs les plus enragés de la région, ne vivaient que pour la chasse et le plus jeune était même demeuré célibataire afin de se mieux consacrer à son exercice favori. Par un hiver très rigoureux, ils avaient perdu de nombreuses journées à poursuivre un énorme loup blanc qui terrorisait la campagne, passait pour une bête maudite et s'étaient attaqué aux cochons du château. Ils le poursuivirent dans une cavalcade effrénée qui les avait mis sur les traces de lanimal. Mais laîné des frères, heurtant un arbre, sétait fendu le crâne. François avait cependant réussi à rejoindre le loup dans un ravin. Renonçant à son fusil, il lavait étranglé de ses mains puis était rentré au château avec deux cadavres sur son cheval : celui de son frère et celui de la bête.
Commentaire
Cette nouvelle, habile mélange de réalisme et de fantastique, est exceptionnelle par son originalité, son ampleur et la qualité toute particulière du style qui fut plus châtié quà lordinaire, riche en effets puissants et passablement sinistres. Le rythme de la narration, paisible au début, se fait de plus en plus oppressant. Tout contribue à faire de cette nouvelle lun des modèles les plus frappants de lart de Maupassant.
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Le 29 novembre 1882, Maupassant publia, dans Le Gaulois un récit, LAnglais dÉtretat où il relata sa rencontre avec Swinburne.
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Yveline Samoris
(1882)
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle parut dans Le Gaulois le 20 décembre 1882.
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Auprès d'un mort
(1883)
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur rencontre un homme malade qui a été le disciple du philosophe allemand Schopenhauer. Lorsque ce dernier est mort, le disciple l'a veillé avec un ami une partie de la nuit. Mais, se tenant dans une pièce voisine, ils ont entendu un bruit venant de la chambre funéraire et virent un objet blanc tomber à terre. D'abord effrayés, ils constatèrent que Schopenhauer avait perdu son sourire mais découvrirent que ce changement de forme de son visage avait été causé par la chute de son râtelier.
Commentaire
Schopenhauer est qualifié par le narrateur de « plus grand saccageur de rêves qui ait passé sur la terre. Quon proteste et quon se fâche, quon sindigne ou quon sexalte, Schopenhauer a marqué lhumanité du sceau de son dédain et de son désenchantement. Jouisseur désabusé, il a renversé les croyances, les espoirs, les poésies, les chimères, détruit les aspirations, ravagé la confiance des âmes, tué lamour, abattu le culte idéal de la femme, crevé les illusions des coeurs, accompli la plus gigantesque besogne de scepticisme qui ait jamais été faite. Il a tout traversé de sa moquerie, et tout vidé. Et aujourdhui même, ceux qui lexècrent semblent porter malgré eux, en leurs esprits, des parcelles de sa pensée. »
La nouvelle parut dans Gil Blas le 30 janvier 1883, sous la signature de Maufrigneuse.
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Le 26 février 1883, Gil Blas commença la publication en feuilleton de :
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Une vie
(1883)
Roman de 320 pages
Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet se déroule la vie de Jeanne Le Perthuis des Vauds, fille unique de hobereaux normands, depuis sa sortie du couvent jusquà lâge mûr. Ayant épousé Julien de Lamare, séducteur brutal, elle va de désillusion en désillusion : elle découvre les infidélités de son mari, la faiblesse de ses parents, un secret familial, qui la mènent au bord du suicide ; elle connaît la jalousie, le désespoir de lépouse bafouée, le veuvage et lingratitude de son fils unique, Paul, qui la délaisse au moment où elle a le plus besoin de lui.
Pour un résumé plus précis et une analyse, voir MAUPASSANT - Une vie
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En 1883, Havard republia le recueil de nouvelles Mademoiselle Fifi augmenté de onze nouveaux textes.
Naquit le premier enfant de Joséphine Litzelmann qui fut prénommé Lucien.
Létat de santé de Maupassant saggrava : migraines, névralgies, insomnies, troubles digestifs, troubles oculaires (parésie de laccommodation de lil gauche, pupille irrégulière) pour lesquels il consulta un ophtalmologiste, le Dr Landolt. Gisèle dEstoc, dans son Cahier damour écrivit : « Selon Guy, la série de ses hallucinations aurait commencé en 1883 [
] Se regardant dans la glace, le verre ne lui rendait pas son image [
] Je noublierai jamais, me racontait plus tard Guy, cette impression deffroi qui mavait brusquement saisi. Pendant cinq minutes je restai là, debout, agité dun indéfinissable frisson. À la fin, je finis par découvrir tout au fond de la glace une forme lointaine et confuse comme le reflet de moi-même. »
Il continuait cependant décrire et furent publiés une étude sur Émile Zola et :
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Une surprise
(1883)
Nouvelle
Commentaire
Labbé Loisel fut inspiré par labbé Aubourg.
La nouvelle fut publiée dans Gil Blas le 15 mai 1883, sous le pseudonyme de Maufrigneuse.
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La mère aux monstres
(1883)
Nouvelle de 6 pages
Le narrateur se rappelle être allé avec un de ses amis de province rendre visite à «la mère aux monstres» qui était connue pour ses enfants hideux. Ils lui demandèrent de voir le dernier, mais elle se fâcha et les chassa. Son ami lui expliqua que, lors de ses grossesses, elle portait un corset pour modeler ses enfants et pouvoir ensuite les vendre à quelque montreur de phénomènes.
Commentaire
La nouvelle parut dans Gil Blas le 12 juin 1883 sous la signature de Maufrigneuse.
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Lorphelin
(1883)
Nouvelle
Commentaire
Se vérifie ici encore le fait que, dans les uvres de Maupassant où se présente un enfant naturel, si le nourrisson survit, il devient inexorablement un raté, voire un monstre criminel.
La nouvelle parut dans Le Gaulois du 15 juin 1883, sous la signature de Maufrigneuse.
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Les caresses
(1883)
Nouvelle
Lacte amoureux, indispensable preuve dattachement pour lhomme aimant, redouté par la femme aimée, devient lobjet dune enfiévrée correspondance entre eux.
Commentaire
La nouvelle parut dans Gil Blas du 14 août 1883 sous la signature de Maufrigneuse.
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L'enfant
(1883)
Nouvelle
Jacques, un don Juan, se range en épousant Berthe, une demoiselle innocente et bien née. La nuit de ses noces, on vient le chercher en toute hâte alors quil est encore au domicile de ses beaux-parents. Sa maîtresse, avec laquelle il avait rompu sans savoir quelle était enceinte, est en train de mourir en couches et lappelle à son chevet. Il part, affolé, assiste la malheureuse à ses derniers instants et, désemparé, revient près de sa femme avec le nouveau-né, épouvanté de laccueil qui lui sera fait. Et, à son excuse embarrassée, si peu vraisemblable malgré sa totale franchise : « Je ne savais rien, moi [
] cest le médecin qui ma fait venir », Berthe répond simplement : « Eh bien ! nous lélèverons, ce petit ».
Commentaire
La nouvelle est construite de manière chronologique, avec de grandes étapes elles-mêmes divisées en moments. On peut récapituler ici les grandes articulations.
- Première étape : entrée en matière, accent mis sur une décision inattendue (le mariage) dont les circonstances sont ensuite données.
- Deuxième étape : rencontre avec Berthe, coup de foudre, mise à l'épreuve à cause d'antécédents sentimentaux, résolutions de Jacques, acceptation de la demande.
- Troisième étape : le mariage, la réception.
- Quatrième étape : la nouvelle, bouleversement et nécessité pour Jacques de quitter la réception. Le lecteur est informé du contenu du message, pas Berthe.
- Cinquième étape : la mort de la vieille maîtresse après la naissance de l'enfant de Jacques : longue présentation de son agonie ; le problème de l'enfant.
- Sixième étape : la fin désolante de la fête.
- Septième étape : le retour de Jacques.
- Huitième étape : les réactions de Berthe et la conclusion.
L'observation de cette structure permet de remarquer :
- L'importance des changements de lieux en relation avec l'évolution de l'histoire.
- La succession chronologique de deux épisodes, situés dans deux lieux différents, mais se passant en réalité au même moment (Jacques chez son ancienne maîtresse et Berthe chez ses parents au moment de la fête) : il y a là une dissociation dans le récit (deux branches qui se réunissent au moment du retour de Jacques).
- Le cheminement progressif vers une chute inattendue mais présentant des caractères explicables.
On observe que les changements de lieux et d'épisodes correspondent. La rencontre a lieu au bord de la mer, le mariage dans l'appartement des parents, en ville, la mort de la maîtresse dans la même ville, le retour de Jacques avec l'enfant dans l'appartement des parents. Un retour à la plage est aussi annoncé (voyage de noces). Les lieux précis sont différents. Ils ne semblent cependant pas éloignés les uns des autres, ce qui accentue la tension : des événements très différents se passent dans un environnement peu étendu.
Certains éléments présents dans le texte sont identifiables comme indices du « malheur » mais une fois seulement que le lecteur est arrivé au bout de sa lecture. C'est au moment de l'épisode de la lettre que le lecteur revient, rétrospectivement, aux détails donnés à propos de la maîtresse (une existence qui reste à l'arrière-plan, les nombreuses lettres, déchirées et jetées, dont on peut penser que certaines contenaient l'annonce d'une naissance prochaine). On peut admirer ici l'art de l'attente et la manière de donner des informations sans souligner leur importance. On peut aussi percevoir la différence entre ce que sait le lecteur et ce que sait Berthe. La complicité qui unit le lecteur à Jacques donne au premier une supériorité sur Berthe qui, elle, ne sait rien .
Deux scènes en contre-point sont placées dans la nouvelle : celle du mariage est caractérisée par la tendresse, le bonheur, une complicité à peine ébauchée, des silences remplis de joie, des sourires, un mystère, celui du bonheur (abondant vocabulaire de l'affectivité heureuse). Celle de la mort est inversée : souffrance et blessure, faiblesse, impuissance et malheur. Les deux femmes en présence sopposent : celle que Jacques épouse, celle qu'il a rejetée. Mais des gestes sont similaires et l'amour constitue un élément commun. L'enfant se révèle comme une preuve et comme une charge, alors que l'image d'un enfant pourrait être une promesse dans l'autre couple. Tous ces éléments créent une alternance tragique et orientent vers une double image contradictoire de la vie. On peut voir là quelques intentions symboliques.
Au-delà des thèmes obsessionnels de Maupassant (l'enfant illégitime dont le père ne connaît pas l'existence, l'adultère, l'infidélité, l'association vie / mort), on peut voir dans les personnages réunis dans cette nouvelle une valeur symbolique. Jacques incarne les tentations de la séduction, une forme de don juanisme dont on ne sait si les promesses sont ou non sincères et solides. Berthe est celle qui séduit sans le savoir, incarnation de la femme attirante et généreuse, qui ne connaît pas la vie. Leur union, prometteuse et fragile, repose sur les intentions de fidélité de Jacques. La vieille maîtresse incarne les attachements dont il est difficile pour un don Juan de se défaire, et donc un passé tumultueux et libertin. L'enfant a peut-être une double signification: témoin des amours passées, trace dun ancien attachement rompu avec cruauté, il obige le père à une sorte de rachat, par un engagement qui est en même temps aveu et reconnaissane de la faute. Porteur davenir et rappel du passé, il illustre par sa présence (que Berthe accepte avec générosité) une sorte de mise à lépreuve de lamour entre les jeunes gens. Et cest, paradoxalement, à celle qui na rien à se reprocher quil est le plus demandé : il sagit dun véritable sacrifice où se confondent dans le sublime lamour du mari et lamour de lenfant.
Le dernier mot de la nouvelle, chute qui a quelque chose de pathétique, est porteur de toutes les tendresses aussi bien que de tous les drames.
Lhistoire a paru si belle à Maupassant quil la reprit en 1891, en collaboration avec Jacques Normand, dans leur pièce de théâtre, Musotte.
La nouvelle parut, sous la signature de Maufrigneuse, dans Gil Blas du 18 septembre 1883.
En 1986, elle a été adaptée pour la télévision par Claude Santelli (France).
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Les contes de la bécasse
(1883)
Recueil de nouvelles
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La bécasse
Nouvelle de 2 pages
Le baron des Ravots a été un excellent chasseur, mais, maintenant immobilisé par une paralysie des jambes, il doit se contenter, pour satisfaire sa passion, de tirer de son fauteuil par la fenêtre sur les pigeons que son domestique, caché dans un massif, lâche à intervalles imprévus. Cependant, chaque année, à la saison des chasses, il réunit ses amis pour se faire conter leurs prouesses. Puis, disposant sur le col dune bouteille une sorte de tourniquet sur lequel est épinglé le crâne dune bécasse, il fait pivoter lappareil et le bec de loiseau désigne, en fin de course, celui des convives qui devra raconter une histoire, un «conte de la bécasse». Les récits du recueil nont donc dautre lien entre eux que ce prétexte.
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Farce normande
Nouvelle de 6 pages
Jean Patu, beau gars et riche fermier, épouse Rosalie Roussel. La procession qui suit les mariés se déroule jusqu'à la ferme où a lieu le repas de noce, un festin qui dure six heures où les hommes font des plaisanteries à double sens. Ainsi l'un d'eux prétend ainsi que Jean Patu, qui est un grand chasseur, ne se dérangerait pas ce soir si des braconniers venaient sur son terrain. Jean et Rosalie passent leur première nuit. Soudain, un coup de feu est tiré au-dehors. Jean, croyant avoir affaire à un braconnier, se lève et sort, furieux. Rosalie lattend toute la nuit. Au matin, on part à sa recherche. Il est trouvé ficelé des pieds à la tête, son fusil tordu, sa culotte à lenvers et, sur sa poitrine, un écriteau qui portait ces mots : «Qui va à la chasse perd sa place».
Commentaire
Cette nouvelle a toute la saveur, la verve et la cocasserie des contes normands. Henry James en a goûté la « gaieté barbare ». Le vocabulaire utilisé pour décrire le cortège nuptial est particulièrement riche. On y retrouve tous les clichés des repas de mariage à la campagne qui ont toujours donné lieu à des plaisanteries dun goût douteux. Sopposent la pudeur des femmes et la grivoiserie des hommes.
Elle parut dabord dans Le Gaulois le 8 août 1882.
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Ce cochon de Morin
Nouvelle de 21 pages
Morin est un mercier de La Rochelle qui, parti en voyage à Paris, a remarqué dans le train une belle jeune fille et a timidement et infructueusement tenté de lembrasser, ce qui a entraîné une plainte pour « outrage aux bonnes murs ». Il est ridiculisé par la ville entière et agoni par son épouse. Il demande alors au narrateur, Labarde, de l'aider. Celui-ci se rend chez les parents de la jeune fille, Henriette, la rencontre, va jusqu'à l'embrasser lui aussi et, devant ses protestations, se déclare amoureux depuis longtemps et passe même la nuit avec elle. La plainte est retirée, mais Morin, appelé ce «cochon de Morin», en meurt. Le narrateur retrouve la jeune fille mariée à un notaire qui le remercie pour son intervention.
Commentaire
Cette nouvelle douce-amère a été publiée en 1882 dans Gil Blas.
En 1924, Victor Tourjansky a tourné Ce cochon de Morin(France, 67 minutes). Il fut suivi, en 1932, par Georges Lacombe : Ce cochon de Morin (France, 87 minutes).
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La folle
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur avait une voisine qui, à la suite de grands chagrins, demeurait folle et alitée depuis quinze ans. Les Prussiens occupant la ville, l'officier habitant chez elle voulut l'obliger à se lever et, comme elle refusait, il la fit transporter sur son lit dans la forêt. Or la neige tomba et on ne la revit plus. Au printemps, le narrateur allant à la chasse trouva un crâne humain et fut persuadé que c'était celui de la folle qui avait dû mourir de froid et être dévorée par les loups.
Commentaire
L'auteur a-t-il inventé l'histoire ou serait-elle un fait réel? En tout cas, cest une tragédie où s'accumulent les fatalités : celle des décès subis par la folle, celle de sa folie, celle de la folie de l'officier et celle enfin de l'hiver (avec les loups dans lesquels on pourrait voir, puisqu'ils viennent de l'Europe de l'Est, des symboles de la cruauté des Prussiens). Le dénouement reste incertain car rien ne donne l'assurance que la folle est bien morte, le narrateur précise dailleurs qu'il a réagi très subjectivement en voulant croire que ce crâne était bien celui de la folle.
Le vocabulaire est souvent recherché : le mot «soudard». La syntaxe est quelque peu archaïque : antéposition du pronom complément dans «ne leur point parler» et «la voulut habiller». Il y a quelques comparaisons et métaphores. Mais ne faudrait-il pas plutôt parler de la simplicité, de la sobriété, qu'exige le réalisme qui se fait remarquer aussi dans la restitution de la prononciation du français par l'Allemand?
On trouve une évocation de la guerre franco-prussienne et une protestation contre les Prussiens et contre la guerre. On constate la sévérité de la défaite puisque même la Normandie, pourtant éloignée de la frontière, a été occupée. La guerre est finie et les Prussiens n'occupent la France que pour la punir, que pour lui faire payer une lourde indemnité. Donc, le comportement de l'officier allemand n'est nécessité par aucune raison de sécurité : il exerce une cruauté inutile et bête. De plus, par une fatalité de la nature, cet hiver-là a été particulièrement froid.
On a affaire à deux folies : celle de la femme et celle de l'officier allemand. On peut rapprocher les deux comportements : celui de la folle qui, devant la réalité de la mort, s'est réfugiée dans l'hystérie qui l'immobilise, et celui de l'officier qui, peu assuré de son bon droit, se fait d'autant plus pointilleux sur les marques de respect, s'en prend à une femme sans défense, s'imagine qu'elle le nargue, se croit bien malin en voulant l'obliger à marcher et qui est finalement victime de son piège puisqu'il a une mort inutile et cruelle sur la conscience. Maupassant fustige la rigueur militaire aveugle qu'aiment tant les Allemands (d'où «leurs mouvements de pantins») mais aussi les militaires en général, la tyrannie, au fond, la bêtise.
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Pierrot
Nouvelle de 6 pages
Mme Lefèvre, une femme pleine de prétention, vit avec sa servante. À la suite d'un vol chez elles, elles se procurent un chien, Pierrot, qui n'est d'aucune aide, car il ne jappe pas. Aussi vont-elles le jeter dans une marnière qui sert de cimetière aux chiens condamnés qu'on y laisse mourir de faim. Mais, au moment où elles le lancent, il se met à japper. Aussi, émues et tourmentées par le remords, vont-elles le nourrir jusqu'à ce qu'un autre chien y soit jeté : celui-ci volerait la nourriture.
Commentaire
Cest une variation, sinistre, sur le thème traditionnel de lavarice normande. Les animaux y sont de véritables personnages, comme lannonçait le titre.
La nouvelle parut dabord dans Le Gaulois le 9 octobre 1882.
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Menuet
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur aimait le calme et le charme d'antan de la pépinière du Luxembourg. Il y remarqua un étrange couple de vieillards qui, chaque jour, exécutait d'étonnantes danses à labri des regards. Il fit leur connaissance et apprit qu'il avait été maître de danse à l'Opéra du temps de Louis XV, qu'elle était la Castris, grande danseuse aimée des princes et des rois quil avait épousée. Le narrateur fut troublé, mais dut partir en province et ne revint que deux ans plus tard : les vieillards avaient disparu avec la pépinière.
Commentaire
La vision de ce couple suranné est à la fois tendre et pitoyable.
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La peur
(1882)
Nouvelle de 7 pages
Sur un navire allant vers l'Afrique, des hommes parlent de la peur, la définissent : « La vraie peur, cest quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques dautrefois. ».
L'un d'eux, « lun de ces hommes quon devine trempés dans le courage », rappelle celle qu'il a ressentie dans le désert au cours d'une expédition avec un ami. Un bruit insolite sétait fait entendre, celui du « tambour des sables ». « La mort est sur nous », sécria un Arabe et lami tomba sur le sol, mort. Or le tambour des sables est un phénomène naturel, et lami a été plutôt frappé par une insolation.
Une autre fois, dans le nord-est de la France, le narrateur passa la nuit chez un garde forestier qui avait tué un braconnier deux ans auparavant à la même date. Le garde et sa famille étaient persuadés que le mort reviendrait cette nuit-là. Le narrateur, dabord sceptique, finit par partager leur terreur. Un vieux chien qui hurlait à la mort fut chassé de la maison, enfermé dans une cour. Tous attendaient, le fusil à la main. Bientôt, on entendit un être frôler les murs, à lextérieur ; une tête blanche hirsute apparut à la vitre. Le garde tira. Le lendemain, on trouva le cadavre du chien, la tête fracassée par une balle : il avait réussi à séchapper.
Commentaire
Ces deux drames de lépouvante, où Maupassant nous fait partager langoisse de ses personnages et tend lémotion jusquau dénouement, relèvent du fantastique expliqué.
La nouvelle avait dabord été publiée dans Le Gaulois le 23 août 1882.
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Les sabots
Nouvelle de 6 pages
M. Omont ayant besoin d'une servante, le père d'Adélaïde la lui envoya. M. Omont la prit en l'avertissant qu'ils ne mêleraient pas leurs sabots, c'est-à-dire que leurs relations seraient strictement professionnelles. Pourtant, il lui demanda bientôt de tout partager avec lui, y compris son lit. Enceinte, elle répondit à son père qu'elle ne savait pas qu'on pouvait tomber enceinte en mêlant ses sabots avec ceux d'une autre personne. M. Omont et Adélaïde furent mariés une semaine plus tard.
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La rempailleuse
Nouvelle de 12 pages
Une discussion sur les conceptions de l'amour que se font les hommes et les femmes amène un médecin à parler de la passion d'une rempailleuse pour un pharmacien qui dura cinquante-six ans. Enfant, sa condition l'avait toujours empêchée de parler aux garçons, mais elle put un jour donner deux liards à un jeune bourgeois de son âge qui pleurait d'avoir perdu son argent et elle put l'embrasser. Aussi a-t-elle continué pendant des années à lui donner de l'argent et à l'embrasser. Mais il s'est fait distant après être allé au collège. Quand elle vit qu'il était marié, elle voulut se noyer et, le pharmacien la soignant sans la reconnaître, elle fut heureuse. Aussi continua-t-elle à ne penser qu'à lui, à économiser pour lui jusqu'à sa mort après laquelle le médecin se rendit chez le pharmacien qui fut offusqué mais accepta lhéritage et prit même sa voiture.
Commentaire
Lhistoire de cette passion sans réponse qui obsède et nourrit toute une existence est une des plus grandes pages damour que Maupassant ait écrite.
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En mer
Nouvelle
Commentaire
Cest une variation, sinistre, sur le thème traditionnel de lavarice normande.
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Un Normand
Nouvelle de 7 pages
Le père Mathieu est le gardien d'une chapelle où il y a une statue miraculeuse qu'il a baptisée «Notre-Dame du Gros-Ventre» car il y reçoit les filles enceintes. « Il boit en artiste » et a inventé « un saoulomètre » qui lui permet de connaître le degré de son ivresse pour échapper à la colère de sa femme. Il fait le commerce de saints et, ce jour-là, on lui demande saint Blanc. Mais il s'en est servi pour boucher un trou de la cabine à lapins, ce qui n'empêche pas les deux fidèles de se prosterner.
Commentaire
Cest une variation, drôle, sur le thème traditionnel de lavarice normande. On y constate que Maupassant ne voit que superstitions dans la religion.
La nouvelle parut dabord dans Gil Blas le10 octobre 1882.
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Le testament
Nouvelle de 8 pages
Le narrateur étonné de ce qu'un ami, M. de Bourneval, ait un nom différent de celui de ses frères, M.M. de Courcils, se fait raconter son histoire. Sa mère était l'épouse d'un gentilhomme campagnard qui la rendait malheureuse en la trompant. Mais elle fut aimée par un M. de Bourneval qui était délicat. À sa mort, elle laissa un testament où elle dénonçait la cruauté de son mari et de ses deux fils aînés pour affirmer son amour pour son amant et pour léguer sa fortune à lui et au fils qu'elle avait eu de lui et qui partit avec lui. L'affrontement entre les deux hommes conduisit à un duel où M. de Courcils fut tué.
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Aux champs
Nouvelle de 7 pages
Dans deux masures voisines habitent deux familles de paysans pauvres, les Tuvache et les Vallin, qui ont chacune deux enfants, quelles confondent avec ceux de lautre famille. Un jour, M. et Mme dHubières, des gens riches s'arrêtent et la femme désire adopter l'un des enfants des Tuvache qui refusent. Elle s'adresse alors aux Vallin qui acceptent. Le garçon adopté revient des années plus tard, riche et bien élevé. Le fils Tuvache, Charlot, jaloux et furieux de la bêtise de ses parents, les quitte, leur reprochant de ne pas l'avoir cédé quand il était jeune.
Commentaire
Cest une variation, sinistre, sur le thème traditionnel de lavarice normande.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas , le 31 octobre 1882.
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Un coq chanta
Nouvelle de 5 pages
Mme d'Avancelles, qui reproche à son mari de souffrir de «faiblesse physique», a un ardent admirateur, le baron de Croissard. Cependant, comme elle a mille activités, elle ne se donnera qu'à la chute des feuilles. L'automne arrivé, lors d'une chasse, elle promet au baron quelque chose s'il tue la bête. Il y parvient et elle l'invite dans sa chambre. Mais elle le fait attendre et il s'endort. Au matin, il est réveillé par le chant d'un coq et elle, à son côté, lui commande de se rendormir, du ton qu'elle emploie pour son mari.
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Un fils
Nouvelle de 17 pages
Deux vieux amis, un sénateur et un académicien, se promenant tout en devisant un jour de printemps et voyant les plantes répandre leurs germes, en viennent à penser à tous ces enfants qui ont pu naître de leurs relations avec des femmes. Et l'académicien raconte que, lors d'un voyage qu'il faisait, jeune, en Bretagne, il avait pris par jeu la petite servante qui ne parlait que le breton. Trente ans plus tard, revenant à Pont-Labbé, il avait appris qu'elle était morte en couches. Il avait vu l'enfant qui en était né, un homme maigre et boiteux, qui pouvait être son fils, à qui il avait donné de l'argent avec lequel celui-ci s'était affreusement enivré. Depuis, il revient tous les ans, voulant améliorer son sort, mais en vain tant il est idiot.
Commentaire
Se vérifie ici encore le fait que, dans les histoires denfants naturels de Maupassant, si le nourrisson survit, il devient inexorablement un raté, voire un monstre criminel. Sexpriment les remords des amours insouciantes parce quelles peuvent causer la mort et créer de la vie, sans nulle proportion ni correspondance avec le caprice dun moment.
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Saint-Antoine
Nouvelle de 13 pages
Saint-Antoine est le surnom d'Antoine, un paysan normand, veuf de soixante ans, qui s'était déclaré hostile aux Prussiens mais avait dû en loger un, stupide et doux, auquel il fit manger de la soupe en le traitant de cochon. S'amusant alors de l'idée de saint Antoine et son cochon, il fit avec lui le tour du pays, le faisant manger abondamment puis boire de l'eau-de-vie. Mais l'autre, se fâchant, dégaina son sabre, et Antoine l'abattit d'un coup de fouet. Pris par la peur, il le cacha sous le fumier, mais, dans la nuit, il le vit sur le tas, le tua à coups de fourche et l'ensevelit. Le lendemain, il fit semblant d'être à sa recherche et ce fut un autre qui fut arrêté et fusillé.
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L'aventure de Walter Schnaffs
Nouvelle de 14 pages
Soldat allemand gros et pacifique, entré en France avec l'armée d'invasion, Walter Schnaffs est malheureux et, lors d'une bataille, il se cache dans un fossé. Il en vient à espérer être fait prisonnier mais n'ose se risquer à l'extérieur. Le lendemain, il hésite et reste caché. Le surlendemain, ayant peur de mourir de faim, il devient fou et se présente devant un château où son apparition provoque une fuite éperdue et lui laisse une table abondante où il s'empiffre et s'endort. Il est réveillé par une troupe qui le fait prisonnier et le conduit jusqu'à la ville où, enfermé, il est heureux.
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Aux eaux
(1883)
Nouvelle
Commentaire
Maupassant exploitait le souvenir du séjour quil avait fait à Loëche-les-Bains pour raison de santé.
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Première neige
(1883)
Nouvelle
À Cannes, une jeune femme qui tousse sait quelle vit ses derniers mois. Cest une jeune Parisienne qui, quelques années auparavant, sest laissée marier à un gentilhomme normand et qui, dans son château, a souffert de lennui et du froid. Comme il refusa dy installer un calorifère et constatait quelle nétait pas même enrhumée, une nuit, elle marcha nue dans la neige. Et, désormais, elle fut prise de cette toux qui la conduite à Cannes et à sa mort prochaine.
Commentaire
Cette nouvelle ne présente pas de haut fait, ni de personnage à la forte personnalité. Le texte en demi-teinte correspond au climat de la nouvelle et au caractère de l'héroïne, une jeune femme mal mariée dont on suit lévolution des sentiments et la déchéance physique. Le jeu sur les temps marque la structure : le présent de la jeune femme mourante à Cannes ; le flash back assez long et explicatif ; le retour au présent (la lettre du mari). Lanalyse psychologique adopte le point de vue de la jeune femme. Le lecteur est dabord curieux devant ce personnage qui ne semble pas tenir à la vie et paraît épuisé physiquement. Puis se présente une volonté suicidaire (« elle sait qu'elle veut mourir »), d'où la perplexité du lecteur car sa réaction est déroutante : elle se dit « heureuse », la nature semblant participer à son bonheur ; le lecteur attend donc une explication.
À travers ses souvenirs apparaissent les traits dominants de son caractère :
- la timidité (docilité par rapport à ses parents : elle ne s'oppose pas à l'idée de se marier avec un homme qu'on a choisi pour elle ; docilité ensuite par rapport à son mari qu'elle n'ose pas contredire au début : « elle balbutia », « elle était timide... »), le sursaut de révolte propre aux timides qui est une manifestation assez puérile (aller dans la neige).
- le besoin de tendresse et de gaieté : elle a eu une enfance où elle était « heureuse de vivre » ; elle assouvit ce besoin de tendresse avec son mari lors des premiers temps, puis avec les animaux ; elle navait pas d'amour réel pour son mari, mais plutôt la tendresse d'un enfant pour tout être vivant, quel qu'il soit ; elle est sensible au milieu environnant, morne et triste, dont elle s'échappe en rêvassant : « en pensant à autre chose » - « se distraire » - « je m'ennuie ».
On remarque une corrélation étroite entre létat d'esprit de chacun et le milieu où ils vivent : la Normandie et le Midi. La Normandie est surtout évoquée à la saison froide et pluvieuse, alors quelle est sombre (ce qui est accentué par les corbeaux et le ciel noir) ; elle est forcée à linaction qui s'ajoute au désagrément physique causé par le froid ; la neige, une sorte de linceul, est un élément supplémentaire de désagrément. Elle connaît le bonheur quand elle se trouve dans le Midi, où est constamment présent le soleil, source de vie ; où dominent les couleurs pastel et les odeurs fines et douces ; où, même en hiver, se goûte la douceur de vivre ; où il ne neige pas, seul le souvenir de sa vie en Normandie pouvant faire frissonner la jeune femme en hiver, dans cette région de France.
La nouvelle a pour thème essentiel l'incompréhension à l'intérieur du couple, comme dans Une vie (mais sans la dimension tragique du roman). Le mari, un homme d'action peu enclin à la réflexion et « un fort beau garçon », a une santé florissante et « il était heureux » (expression répétée), étant en harmonie avec son pays, la Normandie. Elle a subi la contrainte du mariage, sans manifester de refus, mais sans enthousiasme non plus. La tendresse physique des débuts éclipse la mésentente future. Des différences de plus en plus nettes apparaissent, qui traduisent une incompréhension entre les deux êtres : elle rêve quand il parle, semble demander la lune et provoque « la répugnance irritée » d'Henry à lidée du calorifère ; elle ressent pour sa part de lindignation.
Dans cette nouvelle, Maupassant sest fait le peintre de mouvements de l'âme, dans ses recoins les plus secrets, a montré un aspect intimiste de son art.
La nouvelle a été publiée dans Le Gaulois du 11 décembre 1883.
En 1976 , elle a été adaptée pour la télévision par Claude Santelli.
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Clair de lune
(1883)
Recueil de nouvelles
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Clair de lune
Nouvelle
Labbé Marignan, curé de campagne aux moeurs sévères et dune austérité farouche, apprend, avec une violente indignation, que sa nièce a un amoureux. Un soir, il sort dans lintention de surprendre les deux jeunes gens dans leur promenade romantique. Mais la vue dun merveilleux clair de lune, emplissant la nuit dun charme poétique incomparable et qui semble répandre sur la campagne endormie damoureux effluves, apaise sa colère et incline son âme à une indulgente compréhension.
Commentaire
Lintérêt de cette nouvelle réside entièrement dans la description pleine de pure et fraîche poésie de la touchante simplicité de ce clair de lune.
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La légende du mont Saint-Michel
Nouvelle de 5 pages
Saint Michel, patron des Normands, avait un manoir mais ne possédait que de pauvres terres alors que le diable, son voisin, était riche. Il lui proposa deux contrats par lesquels les récoltes étaient partagées. Mais le diable les brisa, voyant qu'il s'était fait rouler. Un an plus tard, saint Michel l'invita chez lui pour un grand dîner et, à la suite d'une altercation, il y eut une folle poursuite qui se termina par la chute du diable du haut du manoir. Estropié, il dut céder ses terres à saint Michel.
Commentaire
Pour Maupassant, le mont Saint-Michel est « ce château de fées planté dans la mer ». Il réagissait à un conflit dampleur nationale entre deux branches rivales dune famille établie sur le mont : les Poulard aîné et cadet.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas le 19 décembre 1882.
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Apparition
Nouvelle de 7 pages
Au cours dune soirée où lon parle de séquestration, le vieux marquis de la Tour-Samuel, après avoir averti son auditoire : « Devant les dangers véritables je nai jamais reculé, mesdames », raconte une aventure qui lui était arrivée dans sa jeunesse. Alors quil était un fringant militaire, heureux de vivre, il avait retrouvé un ami d'enfance qui, l'informant de la mort de sa femme, lui avait demandé d'aller chercher des lettres importantes dans leur manoir abandonné, situé en banlieue de Rouen. Cet ami, devenu veuf, avait vécu dans cet endroit des moments de bonheur avec sa jeune femme et ne voulait plus y retourner. Le marquis accepta, trouva le bâtiment qui était gardé par un jardinier réticent. Il pénétra dans la chambre quon lui avait indiquée. Comme il fouillait dans le secrétaire, il vit une grande femme vêtue de blanc lui demander de bien vouloir lui peigner ses longs cheveux emmêlés. Lui qui affirme : « Je ne crois pas aux fantômes » était épouvanté mais accepta cependant. À peine eut-il achevé quelle senfuit. Il rentra perplexe à son domicile de Rouen, se demandant sil avait été victime dune hallucination : pourtant des cheveux de femme étaient entortillés autour de ses boutons. Il fit parvenir les lettres à son ami qui, le lendemain, avait mystérieusement disparu. Il neut jamais la clé de cette énigme et on ne put jamais prouver qu'une femme avait vécu au manoir.
Commentaire
Cette nouvelle est dun fantastique traditionnel : elle déroule un récit bien agencé, parsemé dindices de plus en plus troublants qui laissent à la fin le lecteur dans une perplexité parfaite, le conte de fées du début tournant court et sachevant dans lépouvante. On y trouve le thème de lobjet-preuve qui témoigne de la rupture de lordre universel, du passage de lévénement extraordinaire, et on y sent linfluence dEdgar Poe, la haute silhouette de femme blanche et fatomatique nétant pas sans rappeler Ligéia, Morella et Lady Madeline Usher.
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La nuit
Nouvelle de 5 pages
Le narrateur, qui préfère la nuit au jour, se promène à Paris dans une nuit de plus en plus épaisse, silencieuse, désertée : « Je la regarde sépaissir, la grande ombre douce tombée du ciel : elle noie la ville comme une onde insaisissable et impénétrable». Il descend sur les quais de la Seine : « Elle coulait froide [
] froide [
] froide [
] presque gelé [
] presque tarie [
] presque morte. Et je sentais bien [
] que jallais mourir là [
] moi aussi [
] de faim, de fatigue et de froid» : « Ce quon aime avec violence finit toujours par vos tuer. »
Commentaire
Le narrateur exprime clairement son désarroi face à la difficulté quil y a à faire croire à une expérience extraordinaire, invraisemblable, unique : « Mais comment expliquer ce qui marrive? Comment même faire comprendre que je puisse le raconter? Je ne sais pas, je ne sais plus, je sais seulement que cela est voilà. » Maupassant reprenait un de ses thèmes de prédilection, celui de leau qui, ici, est une profondeur glauque où la mort guette le narrateur.
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 14 juin 1887.
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Conte de Noël
(1882)
Nouvelle de 6 pages
Un médecin raconte comment, par un hiver rigoureux, un forgeron d'un hameau, étant allé chercher du pain au village, trouva sur sa route un uf qu'il rapporta à sa femme qui le mangea. Elle fut aussitôt prise de spasmes terribles qui persistèrent malgré la venue du curé. On la disait possédée du démon et il décida de l'exorciser pendant la messe de Noël. Pendant de longues minutes, elle fut hypnotisée par l'ostensoir. À son réveil, quarante heures plus tard, elle était guérie et ne se souvenait plus de rien.
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans Le Gaulois le 25 décembre 1882.
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Les bijoux
Nouvelle
Une épouse de petit employé rêve bals et bijoux. Elle meurt et son veuf, jobard, qui croit ses bijoux faux, en fait faire l'expertise par un joaillier qui en révèle la valeur.
Commentaire
Lhéroïne est victime de son bovarysme. L'expertise du joaillier est une ruse du destin, captée par le romancier, pour dissiper tous les mensonges.
La nouvelle avait paru dans Gil Blas du 27 mars 1883 sous la signature de Maufrigneuse.
Elle fut adaptée au cinéma en 1943 dans Romanze in Moll (Lumière dans la nuit) de Helmut Kaütner (Allemagne).
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Moiron
Nouvelle
Instituteur, Moiron tue insidieusement ses élèves préférés car c'est dans la mort quil les aime.
Commentaire
On y lit : « Dieu [
] cest un massacreur. Il lui faut tous les jours des morts [
] Et il se paie des guerres de temps en temps. »
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Le père
Nouvelle
Commentaire
Le héros est châtié pour avoir méconnu le devoir sacré de la paternité, le seul, peut-être, avec la maternité, que reconnaissait Maupassant, qui se voulait affranchi de toute contrainte morale. Mais la paternité est incertaine, torturante et destructrice.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 26 juillet 1887.
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En 1883, Maupassant, qui séjournait le moins possible à Paris, passa lhiver à Nice près de sa mère, et, pour lété, se rendit à la villa quil sétait fait construire à Criquetot, près dÉtretat, et quil avait baptisée La Guillette en féminisant son prénom. En effet, défendant bec et ongles ses intérêts devant les éditeurs, épluchant les comptes, contestant le calcul des droits, des tirages, les bénéfices des traductions, il était devenu riche. Cest une maison de 240 mètres carrés aux volets verts, avec cinq chambres, une bibliothèque, dans un écrin verdoyant de 4800 mètres carrés. Il sy retirait assez souvent soit pour travailler dans une claustration farouche, soit pour se livrer à sa passion de la chasse, soit pour aller en mer par nimporte quel temps.
En janvier 1884, il publia un premier recueil de ses récits de voyage : Au soleil. Il y écrivit : « LAlgérie devient productive sous les efforts des derniers venus
Il est certain que la tere, entre les mains de ces hommes, donnera ce quelle naurait jamais donné entre les mains des Arabes. »
Le 22 janvier, sous la signature de Maufrigneuse, parut dans Gil Blas :
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Misti
(1884)
Nouvelle
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Maupassant commença une correspondance avec « la maîtresse épistolaire », Marie Bashkirtseff, musicienne, peintre et diariste, et avec la comtesse Potocka. Il noua une grande amitié avec Herminie Lecomte de Noüy. Il fit des séjours à Cannes.
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Coco
(1884)
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle montre que, chez Maupassant, les faibles sont broyés, que linnocence est injustement bafouée.
Elle parut dans Le Gaulois du 21 janvier 1884.
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La peur
(1884)
Nouvelle
Dun train filant dans une nuit étouffante, le narrateur et un compagnon voient « deux misérables en haillons » « autour dun grand feu ». Son compagnon lui ayant dit : « On na vraiment peur que de ce quon ne comprend pas », le narrateur se rappelle une histoire contée par « Tourgueneff » (sic) qui disait, lui aussi : « On na vraiment peur que de ce quon ne comprend pas ». Alors quil nageait dans une rivière de Russie, il avait senti se poser sur son épaule la main d« un être effroyable » dont le sauva un jeune gardien de chèvres « armé dun fouet » : cétait « une folle qui vivait depuis plus de trente ans dans ces bois ». Le narrateur se souvient aussi dun voyage en Bretagne où il avait eu peur d« une brouette qui courait
toute seule ». Enfin, constate le compagnon, à Toulon sévit « le Choléra » et pourtant on danse dans les rues !
Commentaire
Pour Maupassant, si les simples récits de Tourgueniev ont sur le lecteur un effet saisissant, cest parce quil laisse « deviner le trouble de son âme, son angoisse devant ce quelle ne comprenait pas, et cette poignante sensation de la peur inexplicable qui passe, comme un souffle inconnu parti dun autre monde ». Cétait un commentaire de sa propre manière.
La nouvelle parut dans Le Figaro le 25 juillet 1884.
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Le tic
(1884)
Nouvelle de 7 pages
Le narrateur fait la rencontre d'un homme et de sa fille. Il remarque qu'il a un tic à la main. Lhomme lui explique que sa fille éprouvant des problèmes cardiaques était décédée subitement et avait été enterrée avec tous ses bijoux. Or, le soir même, elle vint frapper à sa porte et, sous l'effet de la peur, le père eut un mouvement de la main qui était resté comme un tic. Le valet était mort sur le coup en la voyant car il lui avait volé ses bijoux et pour cela lui avait coupé un doigt, ce qui l'avait réveillée.
Commentaire
La nouvelle parut dans Le Gaulois du 14 juillet 1884.
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Miss Harriet
(avril 1884)
Recueil de nouvelles
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Miss Harriet
Nouvelle
Miss Harriet est une vieille demoiselle dévote qui se prend dune passion pour un jeune peintre et qui finit par se suicider en se noyant.
Commentaire
On éprouve une horreur glacée devant le cadavre de Miss Harriet, la noyée par amour impossible. Et le narrateur lui donne un étrange baiser de compassion, lui qui n'eût pas embrassé vivante son involontaire victime.
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L'héritage
Nouvelle
Au ministère de la Marine, « le commis dordre du matériel général », M. César Cachelin, un ancien sous-officier dinfanterie de marine devenu commis principal « par la force des choses », après de savantes manuvres, parvient à faire marier sa fille, Céleste-Coralie, « belle fille de forte race, avec des cheveux châtains et des yeux bleus », à Lesable, un jeune collègue plein davenir. Sur ces entrefaites, la sur du commis, la vieille et maniaque Mlle Cachelin, dont le passé fut orageux et qui « possédait un million, un million net, liquide et solide, acquis par lamour, disait-on, mais purifié par une dévotion tardive », meurt. Stupeur : son testament stipule que sa fortune ira à sa nièce à condition quelle ait un enfant dans les trois premières années du mariage, faute de quoi largent ira à des établissements de bienfaisance ! Les jeunes mariés se mettent donc à louvrage. Sans succès. Alors commence le parcours du couple combattant la stérilité. Peine perdue. Lesable tombe malade et devient rapidement la risée de sa femme et de son beau-père, dautant que la nouvelle sest répandue au ministère. Lhéritage va-t-il être perdu? Non, car dans lesprit de lancien sous-officier dinfanterie de marine germe lidée suivante : il faut introduire un renard dans le poulailler. Ce sera « le beau Maze, le lion du bureau », un autre jeune collègue du ministère de la Marine. Résultat : juste avant la date fatidique, Coralie tombe enceinte. Il ne reste plus quà éliminer de la famille et à renvoyer dans lanonymat ce donneur naturel. Voilà Lesable enfin père de famille et riche du million de la tante. Lhonneur est sauf et on appelle la petite fille « Désirée ».
Commentaire
Lhéritage est la réécriture dune nouvelle intitulée Le million, parue en revue deux ans plus tôt. Elle offre la peinture pittoresque dun milieu que Maupassant avait observé de lintérieur, celui des petits fonctionnaires des ministères. Elle rend aussi latmosphère de calculs sordides, de commérages et de mesquineries de la petite bourgeoisie indécrottable. Il samusa du fait que toute une honorable famille puisse provoquer et admettre tacitement linfidélité conjugale si elle permet dacquérir un million. Mais, au fond, la nouvelle est empreinte de ce noir pessimisme qui est le propre de lécrivain.
Elle a été adaptée au cinéma quatre fois :
- En 1951 : Coralie dans Trois femmes dAndré Michel (France, 104 minutes).
- En 1963 : La herencia (Lhéritage), de Ricardo Alvertosa (Argentine).
- En 1965 : L'héritage, de Jean Prat (France, 85 minutes).
- En 1986 : le téléfilm dAlain Dhénaut (55 minutes) qui, avec Sonia Volleraux en Coralie et Georges Géret dans le rôle de Cachelin, faisait bien apparaître la satire sociale.
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Denis
Nouvelle
Pris dun subit accès de folie homicide, une nuit, Denis, son fidèle serviteur, cause des blessures à M. Marembot, homme aisé, ex-pharmacien de village. Mais, bientôt, le jeune homme, repentant, soigne les blessures comme si de rien nétait, et son patron, ému par son dévouement, lui accorde son pardon et ne peut se résoudre à le chasser. Plutôt vivre dans la crainte dun assassinat que de se priver des services dun excellent domestique. Cependant, peu de temps après, une autre affaire fait connaître lincident aux gendarmes : Denis finit en cour dassises en dépit des protestations de M. Marembot. Comme on demande à ce dernier pourquoi il ne sest pas défait dun individu aussi dangereux, il se justifie en balbutiant qu « au jour daujourdhui » il nest pas facile de trouver de bons serviteurs !
Commentaire
Dans cette histoire dun individu à la limite de laliénation mentale, Maupassant, qui a plusieurs fois traité le thème du serviteur infidèle et pervers, se révéla un profond analyste du cur humain.
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L'âne
Nouvelle
Commentaire
Maupassant s'offrit le luxe de mêler six de ses thèmes caractéristiques : le canotage sur la Seine, la pêche, la chasse, la cruauté gratuite, la roublardise paysanne et la grosse gaieté des êtres frustes.
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Idylle
Nouvelle
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La ficelle
Nouvelle de 6 pages
Se rendant à la foire de Goderville, un paysan normand, maître Hauchecorne, ramasse un morceau de ficelle. Mais il est vu par maître Malandain, un bourrelier avec lequel il a eu un conflit. Quand, plus tard, on annonce la perte d'un portefeuille, Hauchecorne se voit accusé par Malandain, se défend avec ardeur, racontant son histoire sans qu'on le croie, et, même si le portefeuille est rapporté par quelqu'un d'autre, il n'est toujours pas cru parce qu'on connaît sa malice. Il en meurt prématurément.
Commentaire
Cest une des nouvelles les plus célèbres de Maupassant. Elle névoque pas seulement la terre normande, avec ses coutumes et ses habitants, elle montre aussi comment un homme devient prisonnier de sa propre mésaventure. Il y a là dans cette histoire dune vie empoisonnée par une calomnie gratuite, marquée par un mélange de cruauté et de comique, quelque chose de kafkaïen et de labyrinthique au point quelle ne peut que se refermer sur elle-même pour recommencer à nouveau : « Les plaisants maintenant lui faisaient conter la Ficelle » La nouvelle, ramenée à son statut de pur objet, fonctionne comme un piège de la conscience.
La nouvelle avait dabord paru dans Le Gaulois, le 25 novembre 1883. En 18884, elle figura dans le recueil Miss Harriet.
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Garçon, un bock !
Nouvelle
Commentaire
Maupassant sy souvint de la violence des scènes entre ses parents.
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Le baptême
Nouvelle
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Regret
Nouvelle
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Mon oncle Jules
Nouvelle
Joseph Davranche évoque la triste atmosphère dans laquelle, dans sa jeunesse, vivait sa famille, sa vie monotone et très modeste au Havre, vie entièrement consacrée à maintenir léquilibre difficile entre les maigres ressources et les exigences impérieuses du «décorum» : le père, employé modeste et effacé ; la mère, quelque peu aigrie par les difficultés pécuniaires ; enfin, les deux surs qui vivaient dans lattente du mariage. Dans cette ambiance toute de grisaille, ne brillait quune seule figure romanesque, celle de loncle Jules : un « mauvais sujet » qui, après avoir dilapidé dans la débauche les maigres revenus familiaux, avait émigré en Amérique où, disait-on, il serait devenu riche ; en tout cas il avait écrit de là-bas à son frère en lui faisant de grandes promesses. Un beau jour, alors que toute la famille faisait une randonnée à lîle de Jersey pour fêter le mariage de la sur aînée, les parents reconnurent le légendaire oncle Jules en un vieux et misérable écailler, abruti par la misère. Par peur du scandale, mue par le respect humain, la mère prit une rapide décision, et la famille repartit comme si de rien nétait. Mais le jeune fils, Joseph, avait compris, et ce souvenir navait pu seffacer de son âme.
Commentaire
Cette description cruelle dun milieu petits-bourgeois est faite de touches dune rare délicatesse, mais non sans un profond mépris, dautant plus efficace quil est contenu dans les limites dune narration parfaitement objective.
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En voyage
Nouvelle
Commentaire
Est contée une romanesque aventure.
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La mère Sauvage
Nouvelle
Une mère est rendue folle par lannonce de la mort de son fils lors de la guerre de 1870.
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Les surs Rondoli
(juillet 1884)
Recueil de nouvelles
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Les soeurs Rondoli
Nouvelle
Les deux surs Rondoli sont des prostituées connues par le héros, chacune à son tour et à des époques différentes. Mais leurs caractères sont totalement opposés.
Commentaire
Cest un mince et savoureux récit, raconté à la première personne, avec beaucoup de grâce et de verve, qui tire tout son prix de lhabileté avec laquelle sont dessinés les caractères des deux surs.
La nouvelle parut dabord dans L'écho de Paris, du 29 mai au 5 juin 1884.
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La patronne
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle présente une situation scabreuse.
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 1er avril 1884.
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Le petit fût
Nouvelle de 8 pages
Commentaire
La nouvelle évoque la cruauté des moeurs paysannes. Mais elle ne manque pas de comique. La mère Magloire illustre la psychologie et le comportement généralement attribués aux Normands.
Elle parut dabord dans Le Gaulois, le 7 avril 1884.
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Lui?
Nouvelle
Dans une lettre adressée à son ami, le narrateur explique que, malgré son aversion pour le mariage et son mépris des femmes, il allait se marier parce qu'il avait peur d'être seul la nuit. Il précise : «Je nai pas peur dun danger. Un homme entrerait, je le tuerais sans frissonner.» La peur dêtre seul a commencé l'année précédente, un soir où une nervosité inquiète et sans objet le chassa de chez lui et le poussa à errer sur les boulevards pluvieux. Quand il rentra chez lui, vers minuit, il remarqua que sa porte, quil avait fermée à double tour en partant, était simplement tirée. Sans doute un ami était-il venu le voir, introduit par la concierge. Justement, il vit un homme assis dans son fauteuil, devant son feu, endormi. Lorsquil sapprocha de lui pour le toucher, il ne rencontra que le vide. Hallucination ou fantôme? Il affirme : «Je nai pas peur des revenants ; je ne crois pas au surnaturel.» Mais, depuis ce jour-là, il a peur de rester seul, la nuit, parce qu'il est hanté par cette vision, bien qu'il sache qu'il ne la reverra plus. Mais, selon lui, s'ils étaient deux, il ne sentirait plus sa présence car il n'a cette vision que parce qu'il est seul. Il avoue : «Jai peur de moi ! Jai peur de la peur».
Commentaire
Le personnage a conservé sa lucidité : «Javais une hallucination cétait là un fait incontestable. Or, mon esprit était demeuré tout le temps lucide, fonctionnant régulièrement et logiquement.» Il se réfugie dans le mariage, mais on sent bien quil court à un échec ; et il nen éprouve pas moins un féroce mépris de la femme, mépris quil étend volontiers à la foule stupide.
La nouvelle parut dabord dans Gil Blas, le 3 juillet 1883.
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Mon oncle Sosthène
Nouvelle
Commentaire
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 12 août 1882.
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Le mal d'André
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle présente une situation scabreuse. On y remarque lalternance subtile entre le passé simple et limparfait qui crée une rupture entre le narratif et le descriptif : « Il se mit à ses genoux et, lentement, il la dévêtait, ayant commencé par les bottines et par les bas, pour baiser ses pieds. »
La nouvelle parut dabord dans Gil Blas, le 24 juillet 1883.
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Le pain maudit
Nouvelle
Des gens du peuple acceptent placidement certaines situations morales qui paraîtraient insoutenables aux bourgeois.
Commentaire
La nouvelle parut dabord dans Gil Blas, le 29 mai 1883.
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Le cas de Madame Luneau
Nouvelle
Commentaire
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 21 août 1883.
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Un sage
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle présente une situation scabreuse.
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 4 décembre 1883.
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Le parapluie
Nouvelle
Commentaire
Cette satire de lavarice du petit bourgeois parut dabord dans Le Gaulois, le 10 février 1884.
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Le verrou
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle présente une situation scabreuse.
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 25 juillet 1882.
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Rencontre
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle présente une situation scabreuse.
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 1er mars 1884.
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Suicide
Nouvelle
Commentaire
On y voit les premiers signes de ce désespoir, de ces doutes profonds sur le sens de la vie humaine, qui obscurcirent de bonne heure lâme de Maupassant.
La nouvelle parut dabord dans Gil Blas, le 17 août 1883.
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Décoré !
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle sintéresse, sur le mode satirique, à ceux qui nont en tête que la course aux décorations.
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 13 novembre 1883.
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Châli
Nouvelle
Commentaire
Elle parut dabord dans Gil Blas, le 15 avril 1884.
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Commentaire sur le recueil
Formé décrits particulièrement brefs, il offre toute la gamme des sujets et des thèmes chers à Maupassant, est assez représentatif de la diversité de ses centres dintérêts, les plus intéressantes étant cependant celles, dun style parfois très leste, qui portent sur le plaisir et les tourments érotiques, qui présentent des situations scabreuses.
On y trouve ce joli passage : «Moi qui suis aussi libre-penseur, cest-à-dire un révolté contre tous les dogmes que fit inventer la peur de la mort, je nai pas de colère contre les temples, quils soient catholiques, apostoliques, romains, protestants, russes, grecs, bouddhistes, juifs, musulmans. Et puis, moi, jai une façon de les considérer et de les expliquer. Un temple, cest un hommage à linconnu. Plus la pensée sélargit, plus linconnu diminue, plus les temples sécroulent. Mais, au lieu dy mettre des encensoirs, jy placerais des télescopes et des microscopes et des machines électriques. Voilà !»
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Berthe
(1884)
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle a paru en feuilleton dans Le Figaro du 20 octobre 1884.
En 1986, elle a été adaptée pour la télévision par Claude Santelli.
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Un fou?
(1884)
Nouvelle de 7 pages
Le narrateur, M. Parent, a un ami qui se décide à lui expliquer pourquoi il cache toujours ses mains : c'est qu'il possède des pouvoirs surnaturels et qu'il en est grandement troublé. Pour le prouver, il hypnotise le chien de son hôte et fait bouger un poignard qui sert de coupe-papier sans le toucher. M. Parent en est effrayé et son ami lui demande de le laisser seul.
Commentaire
La puissance de lil et de la main sexplique dune manière quasi scientifique bien que mystérieuse encore, par des références à lhypnotisme et au magnétisme, la nouvelle étant la première occasion pour Maupassant de traiter ces sujets. Le narrateur a été « subjugué, vibrant de terreur et dévoré dune sorte de désir impétueux de voir ». On remarque que, comme dans Mes vingt-cinq jours (1885) et surtout Le Horla, la chronologie senraie aussi au mois daoût. Or cest le mois où Maupassant est né.
La nouvelle a paru dans Le Figaro du 1er septembre 1884.
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En 1884, Maupassant composa une Étude sur Gustave Flaubert qui servit de préface aux Lettres de Flaubert à George Sand ; il y décrivit dévotieusement la maison de Croisset : « Cétait une jolie maison blanche, de style ancien, plantée tout au bord de la Seine, au milieu dun jardin magnifique [
] Des fenêtres de son vaste cabinet de travail, on voyait passer tout près, comme sils allaient toucher les murs avec leurs vergues, les grands navires qui montaient vers Rouen, ou descendaient vers la mer. »
Participant de lintérêt que suscitaient alors le magnétisme, la télépathie, lhypnose, les hallucinations provoquées et soucieux de son propre état, il commença à fréquenter le service du dr Charcot à la Salpétrière, à sinitier aux travaux de lécole de Nancy fondée en 1866 par le dr Liébeau.
Il quitta la rue Dulong pour la rue Montchanin, au rez-de-chaussée dun hôtel particulier que son cousin Louis Le Poittevin avait fait construire. Cétait un indice de la promotion sociale qui sannonçait. Mais, tout en menant une existence mondaine, il vit ses troubles nerveux et mentaux saccroître : sous laction de la lumière, sa pupille gauche restait immobile ; lil droit était atteint ; les conjonctives étaient congestionnées, les paupières enflées. Gisèle dEstoc constata : « Pendant trois heures, Guy a perdu lusage de la vue. Cétait atroce, il hurlait, il voulait se tuer. » Il tentait de pallier ces troubles avec un abus déther, de morphine, de haschisch et dopium.
Cette année-là naquit Lucienne le deuxième enfant que Maupassant eut de Joséphine Litzelmannn.
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Yvette
(1884)
Recueil de nouvelles
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Yvette
Nouvelle
La pseudo-marquise Obardi (de son vrai nom Octavie Bardin) est une riche aventurière, une demi-mondaine qui reçoit chez elle une société assez mêlée, dont certains membres ne viennent là que dans le but de rencontrer sa fille, Yvette, jeune fille naïve âgée de dix-huit ans. Jean de Servigny, élégant « boulevardier » mais gentilhomme authentique, est amoureux delle. Il amène dans la maison son ami, Léon Serval, dont la « marquise » séprend. À Bougival, sur la Seine, dans sa maison de campagne, tandis quelle et Serval filent le parfait amour, Servigny fait la cour à Yvette et finit par sapercevoir quelle est pure et quelle na quune idée très vague du milieu dans lequel elle vit. Prise de soupçons devant la surprise de son ami et devant celle de sa mère, elle finit par comprendre sa véritable situation. Elle en est tellement bouleversée quelle veut mourir, ne voulant pas suivre les traces de sa mère. Sa tentative de suicide échoue ; elle est secourue à temps par Servigny qui lui fait promettre de ne pas recommencer. Laventure en reste là. Mais ne va-t-elle pas tomber dans les bras du viveur Servigny qui la convoite depuis longtemps?
Commentaire
La nouvelle, qui a pour cadre le monde des courtisanes, était la réécriture de Yveline Samoris (1882), mais, contrairement à Yveline, Yvette survit. Maupassant sy souvint aussi de son canotage sur la Seine, du côté de Bougival et de Chatou, où il remplit ses yeux dimages impressionnistes. Il a déclaré avoir voulu écrire un conte « à la manière de Feuillet et Cie », une « bluette » et non une étude, une chose habile mais pas « forte ». Pourtant, le sujet est vraiment traité de main de maître.
La nouvelle a été adaptée au cinéma dabord en 1917, par Victor Tourjansky (film muet) ; puis, en 1927, par Alberto Cavalcanti (film muet) ; en 1938, par Wolfgang Liebeneiner : Yvette, Die Tochter einer Kurtisane (La fille dune courtisane) (Allemagne) ; enfin, en 1971, par Jean-Pierre Marchand qui, pour la télévision (104 minutes), tourna le scénario dArmand Lanoux qui reconstituait latmosphère de la Grenouillère et de son bal flottant, avec des couleurs très proches des tableaux impressionnistes. France Dougnac y incarna une Yvette pleine de fraîcheur.
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Le retour
Nouvelle de 8 pages
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Le Gaulois, le 28 juillet 1884.
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Labandonné
Nouvelle
Mme de Cadour, une femme âgée, après quarante ans, veut revoir son fils, fruit dune faute de jeunesse. Elle se trouve alors en présence dun paysan grossier.
Commentaire
Se vérifie ici encore le fait que, dans les oeuvres de Maupassant qui présentent un enfant naturel, si le nourrisson survit, il devient inexorablement un raté. Leffet de la chute est particulièrement frappant.
La nouvelle avait paru dabord dans Le Figaro le 15 août 1884.
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Mohamed-Fripouille
Nouvelle
Cest un atroce épisode de la guerre contre les Arabes, conté par un vieil officier.
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Le garde
Nouvelle
Un vieux et sévère garde forestier finit par tuer son propre neveu.
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Berthe
Nouvelle
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Le retour
Nouvelle
Commentaire
Dans ce petit tableau de psychologie campagnarde, Maupasant témoigna dun sens de la mesure tout compte fait assez rare dans son uvre.
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Lettre d'un fou
(1885)
Nouvelle de 7 pages
En proie aux « hallucinations et aux souffrances », un patient, qui se pose des questions sur sa santé mentale et qui voudrait entrer dans une maison de santé, adresse à son médecin une lettre pour lui raconter l'histoire du « mal singulier de [son] âme ». Il vivait normalement jusqu'à ce que, troublé par une phrase de Montesquieu, « Un organe de plus ou de moins dans notre machine nous aurait fait une autre intelligence», il s'est mis à douter de l'efficacité des sens à nous transmettre le monde sensible, à se rendre compte que «nous sommes entourés de l'Inconnu inexploré», à éprouver le surnaturel jusqu'à tout faire pour voir un être constitué d'une substance transparente dont il sentit la présence, un jour, dans une pièce pourtant bien éclairée où « lInvisible » lui déroba son ombre dans une glace ! Depuis, il quête en vain son retour ; mais le miroir est désormais peuplé de monstres « qui doivent hanter l'esprit des fous ».
Commentaire
La nouvelle, où Maupassant traita pour la première fois le thème du reflet perdu, ouvre sur létrange, sur linquiétante constatation de failles dans lintelligence humaine, génératrices dangoisse et de peur. Mais cette « Lettre », plus soucieuse de séduire la raison du lecteur que de frapper son imagination, est précédée dune réflexion théorique conduite à la manière d'un rapport scientifique (on note l'anaphore des « donc » en début de paragraphe) que le bref épisode final ne fait qu'exemplifier.
Elle parut dans Gil Blas du 17 février 1885 sous la signature de Maufrigneuse.
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En avril 1885, Maupassant fit un grand voyage en Italie. Il partit avec le peintre Gerveix. Ils se promenèrent à Savone, Gênes, le long de la Riviera ligure, en particulier à Portofino, à Venise, Pise et Florence. Henric Amic, à qui lon doit des souvenirs sur lécrivain, les rejoignit à Naples. Ensemble, ils firent lascension du Vésuve et visitèrent le golfe de Naples, Sorrente, Capri, Amalfi, Salerne, Paestum, Ischia quun tremblement de terre venait de dévaster. En mai, il se rendit en Sicile et sattarda un peu à Palerme où le cimetière des Capucins le remplit dhorreur mais lattira invinciblement.
Il publia un deuxième roman :
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Bel-Ami
(1885)
Roman de 438 pages
Georges Duroy pallie son origine et son instruction modestes par son charme et son absence de scrupules. Il fait son ascension dans le monde de la presse en saidant des femmes et devient un homme inflluent et considéré.
Pour un résumé plus précis et un commentaire, voir MAUPASSANT - Bel-Ami
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En août, Maupassant fit de nouveau une cure à Châtelguyon. Le 17 août, il écrivit à Henri Amic : « Je viens de faire dadmirables excursions en Auvergne, cest vraiment un pays superbe et dune impression bien particulière, que je vais essayer dans le roman que je commence. » (il sagit de Mont-Oriol).
Ce séjour lui inspira aussi :
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Mes vingt-cinq jours
(1885)
Nouvelle
Commentaire
Maupassant y retrouva son thème privilégié de leau avec son caractère ambigu de légèreté féminine dans laquelle se plonge amoureusement le baigneur diariste. On remarque que, comme dans Un fou? (1885) et surtout Le Horla, la chronologie senraie aussi au mois daoût. Or cest le mois où Maupassant est né.
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Maupassant revint de Châtelguyon pour faire six ouvertures de chasse en Normandie. Il acheta un yacht quil appela Bel-Ami.
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Contes du jour et de la nuit
(1885)
Recueil de nouvelles
Le titre du recueil semble se justifier par le fait quon y trouve :
- dune part, une série de nouvelles grivoises, de petits contes, danecdotes originales racontées alertement et avec habileté et qui, parfois, ne manquent pas de cynisme ;
- dautre part, une seconde partie qui renferme des histoires tragiques.
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Première partie
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Le crime du père Boniface
Nouvelle de 5 pages
Le père Boniface est un facteur normand que sa tournée fait passer par la maison éloignée d'un nouveau percepteur qui reçoit un journal de Paris que, parfois, il lit avant de le lui livrer. Il est particulièrement intéressé par les faits-divers et, comme il vient d'en lire un qui raconte un crime affreux commis dans une maison isolée et que celle du percepteur est fermée et qu'il y entend des gémissements, il alerte les gendarmes qui se moquent de lui car il ne sait pas ce que ces gémissements signifient.
Commentaire
Le titre est une antiphrase : loin davoir commis un crime, le père Boniface est naïf au point dêtre ignorant de la possibilité que la femme trouve du plaisir lors des relations sexuelles et que ce plaisir se traduise par des gémissements qui soient tout à fait semblables à ceux que provoque la douleur. Il faut ce percepteur venu dailleurs et marié depuis peu (ils ont donc, sa femme et lui, des ardeurs qui sont encore toutes fraîches) pour que cette notion exotique du plaisir de la femme pénètre dans la Normandie profonde. Les gendarmes sont plus au fait car ils ont voyagé, ils ont été militaires, ils continuent entre hommes à se raconter des histoires salaces, alors que le facteur est un travailleur solitaire. Une transformation des murs commence donc à sopérer et elle va être accélérée par les moyens de communication modernes : ici, cest seulement un journal venu de Paris ; plus tard ce seront la radio et la télévision et, avec elles, la fin des campagnes. Il y aurait donc à méditer sur cette influence des médias : cest parce quil a lu le récit dun crime que le père Boniface croit quon est en train den commettre un ; une étape de plus et ce serait lui qui en commettrait un parce quon lui en a donné lidée. Va-t-il rentrer chez lui et essayer de faire gémir sa femme? Ça pourrait être le sujet dune autre nouvelle !
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas , le 24 juin 1884.
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Rose
Nouvelle
François Lecapet, se présentant sous le nom de Rose, arrive chez Margot, joue les domestiques et, démasqué(e), regagne son bagne.
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas le 29 janvier 1884.
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Laveu
Nouvelle de 7 pages
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas, le 22 juillet 1884.
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Tombouctou
Nouvelle
Commentaire
Cest un récit de guerre truculent et coloré.
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Seconde partie
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Le petit
Nouvelle
Commentaire
Le personnage est celui, traditionnel, du cocu content : « Cétait un bon homme, un brave homme, simple, tout simple, sincère, sans méfiance et sans malice. »
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Un parricide
Nouvelle
Un avocat défend un parricide, Georges Louis, qui est un brave garçon, plus intelligent que la moyenne, mais que lillégitimité de sa naissance avait amené à tuer ses parents le jour même où il avait fait leur connaissance. Puis Georges Louis explique lui-même quil a tué par amour, par nostalgie de la tendresse légitime dont il a été frustré, lui qui ne sollicitait quun pauvre geste, tout prêt ensuite à seffacer à jamais dans son néant.
Commentaire
Se vérifie ici encore le fait que, dans les uvres de Maupassant où se présente un enfant naturel, si le nourrisson survit, il devient inexorablement un raté, voire un monstre criminel. Dans sa plaidoirie, l'avocat déploie une rhétorique classique et convenue (on y trouve les cinq parties du discours de la rhétorique ancienne : exorde - narration - confirmation - digression - péroraison), discrètement satirisée par Maupassant qui, ensuite, à la manière des écrivains naturalistes, évoque un cas pathologique déterminé par l'hérédité. Sa nouvelle est la révélation dun drame intime, une plongée dans les profondeurs psychologiques de ce parricide dont l'histoire est d'autant plus saisissante qu'il la raconte lui-même. Il est ambigu car son statut social contraste avec son hérédité bourgeoise. Il souffre d'un traumatisme d'abandon qui le poussa au meurtre, dune névrose traumatique qui est évoquée sans le retrait clinique des naturalistes. Son plaidoyer autobiographique enrichit et réoriente l'argumentation politique et sociologique présentée dans un premier temps par l'avocat. Il utilise une stratégie argumentative par laquelle son plaidoyer est un réquisitoire contre des parents indignes, dénaturés : « Je grandis avec limpression vague que je portais un déshonneur : les autres enfants mappelèrent un jour bâtard. Ils ne savaient pas ce que signifiait ce mot, entendu par lun deux, chez ses parents. Je lignorais aussi, mais je le sentis. » Revivre l'abandon initial a entraîné la progression de la violence, la perte de repères et la folie. Il est châtié pour avoir méconnu le devoir sacré de la paternité, le seul, peut-être que reconnaissait Maupassant, qui se voulait affranchi de toute contrainte morale.
Dans le cadre restreint de la nouvelle, la psychologie des profondeurs génère un pessimisme tragique, angoissant.
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Un lâche
Nouvelle
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La confession
Nouvelle
Commentaire
Le journal de l'avocat célèbre est une ruse du Destin, captée par le romancier, pour dissiper tous les mensonges.
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Livrogne
Nouvelle
Commentaire
Cest un sombre drame paysan.
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Une vendetta
Nouvelle
Commentaire
Ce tableau des murs et traditions corses est traité dans un style sans vigueur.
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Coco
Nouvelle
Un vieux cheval est condamné à mourir de faim par la sottise et la méchanceté dun paysan.
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La parure
Nouvelle de 9 pages
Mme Loisel, femme d'«un petit commis du ministère de lInstruction publique», souffre de la médiocrité de sa vie et ne veut pas aller à une réception offerte par le ministre parce qu'elle n'a pas de toilette. Quand son mari lui cède l'argent nécessaire, elle s'afflige parce qu'elle n'a pas de bijoux. Une de ses amies lui prête, pour l'occasion, «une superbe rivière de diamants», et elle remporte «un succès», danse «avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir». Mais elle perd la parure. Le couple s'endette pour en acheter une autre et mène une dure vie pendant dix ans à l'issue desquels Mme Loisel apprend de son amie que la rivière de diamants était fausse.
Commentaire
La nouvelle fut nourrie de la connaissance du monde des fonctionnaires que Maupassant avait acquise aux ministères de la Marine et de l'Instruction publique. Mme Loisel, qui sest laissée «marier avec un petit commis du ministère de lInstruction publique», qui «souffrait sans cesse, se sentant née pour toutes les délicatesses et tous les luxes», qui «souffrait de la pauvreté de son logement, de la misère des murs, de lusure des sièges, de la laideur des étoffes», qui «songeait aux anti-chambres muettes, capitonnées avec des tentures orientales, éclairées par de hautes torchères de bronze, et aux deux grands valets en culotte courte qui dorment dans les larges fauteuils, assoupis à la chaleur lourde du calorifère [
] aux grands salons vêtus de soie ancienne, aux meubles fins portant des bibelots inestimables, et aux petits salons coquets, parfumés, faits pour la causerie de cinq heures avec les amis les plus intimes, les hommes connus et recherchés dont toutes les femmes envient et désirent lattention [
] aux dîners fins, aux argenteries reluisantes, aux tapisseries peuplant les murailles de personnages anciens et doiseaux étranges au milieu dune forêt de féerie [
] aux plats exquis servis en des vaisselles merveilleuses, aux galanteries chuchotées et écoutées avec un sourire de sphinx, tout en mangeant la chair rose dune truite ou des ailes de gélinotte», qui nest jamais satisfaite, qui est «triste, inquiète, anxieuse», qui est en proie au désir mimétique, est une nouvelle Emma Bovary, tandis que son mari, «commis économe» satisfait de sa condition, «stupéfait, éperdu en voyant que sa femme pleurait», est un autre Charles Bovary. Le réalisme des tableaux est appuyé, et nous sont même indiqués le prix exact du nouveau bijou, les conditions draconiennes de lemprunt et du remboursementl. Tandis que le mari se révèle un minable courageux, elle «prit son parti, dailleurs, tout dun coup, héroïquement», acceptant de vivre dans «une mansarde» et dêtre «vêtue comme une femme du peuple», devenant «la femme forte, et dure, et rude, des ménages pauvres», tandis que «Mme Forestier [était] toujours jeune, toujours belle, toujours séduisante».
La nouvelle, où le hasard voue un ménage à payer de dix ans de misères et de privations l'ivresse d'un soir de bal, un péché dorgueil, rapporte une véritable tragédie bourgeoise marquée de ses péripéties, de son enchaînement fatidique mais aussi de son issue ironique qui la rend cruelle, tout lart de Maupassant culminant dans ce retournement final. Elle contient tous les ingrédients appréciés du public : fatalité, suspens, mélodrame. Sy dessine nettement la hiérarchie sociale : le peuple, les petits bourgeois, les riches, la situation économique conditionnant létat physique et moral. On peut en conclure que la richesse peut nêtre quapparence et que lépreuve est formatrice.
Maupassant parsème le texte de maximes qui sont, en particulier, des jugements sur les femmes. Mais fait-il vraiment leur éloge quand il écrit : « Les femmes nont point de caste ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servant de naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct délégance, leur souplesse desprit sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames. »?
La nouvelle parut dabord dans Le Gaulois du 17 février 1884. Elle figura aussi dans lanthologie Les vingt meilleures nouvelles de la littérature mondiale.
La nouvelle a beaucoup inspiré les cinéastes. Elle a été adaptée par David Wark Griffith : The necklace (Le collier, États-Unis, 1909) ; par P.Thanhouser : The necklace of pearls (Le collier de perles, États-Unis, 1915) ; par Denison Clift : The diamond necklace (Le collier de diamants, Grande-Bretagne, 1921) ; par Yichuan Zhenshu (Un collier de perles, Chine, 1925) ; par Martin Sobey : The diamond necklace (Le collier de diamants, États-Unis, 1949) ; par André Michel, dans le film à sketches Trois femmes (France, 1952) ; par R. Favar : La parure (France, TV, 1957) ; par Carlo Rim : La parure (France, TV, 1961) ; par Gustav Molander : Smycket (Le bijou) dans le film à sketches, Stimulantia (Suède, 1966).
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Histoire vraie
Nouvelle de 6 pages
En Normandie, des chasseurs se reposent chez leur hôte, et l'un d'eux, M. de Varnetot, aristocrate ruiné, raconte lhistoire d'amour qu'il a eue avec une servante, il y a vingt-cinq ans. Elle s'appelait Rose, elle était la servante d'un voisin. M. de Varnetot l'avait obtenue contre une jument. Au début, tout alla bien, car personne ne soupçonnait leur relation secrète. Mais, après quelque temps, il perdit son intérêt pour elle qui, au contraire, était amoureuse. Un jour, elle lui annonça qu'elle était enceinte ; aussi voulut-il se débarrasser d'elle. On lui conseilla de la marier. Il trouva un chenapan, le jeune Paumelle, dont la mère accepta à condition que la servante reçoive une terre et une maison. Le fils voulut encore pouvoir hériter de ces biens et exigea que M. de Varnetot paie le mariage, après lequel il partit six mois. Mais Rose ne cessa de l'attendre et, à son retour, il la trouva très malheureuse, car son mari la battait et sa belle-mère lui faisait la vie difficile. Il chercha à la consoler mais repartit. À son retour, Rose et le bébé étaient morts et son mari héritait. L'histoire terminée, un autre chasseur, un vétérinaire qui juge de façon peu amène les femmes ou les paysans, estime que c'était la faute de Rose.
Commentaire
Lamour humble et fidèle de cette pauvre fille de la campagne a été sacrifié aux conventions sociales.
La nouvelle parut dabord dans Le Gaulois le 18 juin 1882.
L'adaptation faite pour la télévision par Claude Santelli, en 1973, fut remarquable.
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Le bonheur
Nouvelle
Maupassant, sexprimant à la première personne, dit avoir reconnu en Corse, dans une maison isolée au milieu de la campagne, une vieille septuagénaire qui avait été autrefois la sémillante Mlle Suzanne Sirmont, de Nancy, fille dun officier supérieur dont la disparition avait fait scandale à lépoque. Elle lui a montré un vieillard décrépit et sourd, son mari, lhomme avec lequel elle sétait enfuie. Mais, à ses propos et à lexpression de son regard, le voyageur comprit quelle ne regrettait rien, car elle avait trrouvé le bonheur dans cette existence humble et solitaire.
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Le vieux
Nouvelle
Deux cultivateurs normands, le mari et la femme, sont dans un cruel embarras, car le vieux père de la femme est à larticle de la mort et dici deux jours la récolte de la navette battra son plein. Comme le médecin assure que le malade ne passera pas la nuit, ils décident sans plus attendre de lancer les invitations au repas funèbre et de tout apprêter en vue des obsèques. Les invités arrivent le troisième jour, mais le vieux vit encore. Parents et amis décident de se mettre à table quand même. Le malade meurt entre-temps et les époux nont quà renouveler linvitation aux convives résignés.
Commentaire
Du fait de ce sobre et vigoureux croquis des milieux campagnards, de lextraordinaire réalisme du dialogue, cette nouvelle est lune des meilleures de Maupassant.
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Le gueux
Nouvelle
Un enfant trouvé dans un fossé à la veille du jour des morts a été baptisé Nicolas Toussaint. Étant dans sa quinzième année, un soir divresse, il avait eu les deux jambes broyées par une voiture et avait alors été surnommé Cloche « parce quil se balançait entre ses deux piquets de bois ainsi quune cloche entre ses portants ». Mendiant handicapé, il se traîne de village en village. Mais, depuis des années quil mendie, on se lasse de lui et on ne lui donne plus rien. Poussé par la faim, il vole une poule. Les gendarmes larrêtent et le mettent en prison, sans penser à le nourrir. «Mais, quand on vint pour linterroger, au petit matin, on le trouva mort, sur le sol. Quelle surprise !»
Commentaire
À la fin de cette courte mais puissante et cruelle nouvelle, lironie du «Quelle surprise !» ne met pas seulement en cause la société égoïste et aveugle, les gendarmes stupides qui nont pas pensé que le gueux pouvait avoir besoin de manger ; elle piège aussi le lecteur, qui se trouve surpris par la brutalité de cette chute. Lui non plus ne sattendait pas à ce que le héros de la nouvelle meure aussi bêtement. Il se voit piégé par le réalisme du conteur qui refuse de sauver son héros par un artifice. Par ce piège du réalisme, auquel malgré notre lecture des oeuvres du XIXe siècle nous ne sommes toujours pas habitués, Maupassant, qui montre bien là son pessimisme foncier, nous place finalement au même niveau que cette société égoïste qui navait pas vu la mort du gueux arriver, et la dimension critique de la nouvelle sétend à une accusation du lecteur.
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La main
Nouvelle de 5 pages
Un juge d'instruction qui occupait alors un poste à Ajaccio fit la connaissance d'un mystérieux Anglais chez qui il y avait, fixée au mur et enchaînée, une main desséchée attachée par une chaîne : cétait celle, prétendait-il, de « son meilleur ennemi ». Un an plus tard, l'Anglais mourut étranglé dans des circonstances étranges, abominables : le juge d'instruction constata que le cou portait des marques profondes de doigts, tandis qu'un index coupé était resté dans la bouche et que la main avait disparu. On ne trouva pas lasssassin, mais, quelque temps plus tard, la fameuse main fut découverte sur la tombe de lAnglais.
Commentaire
Est-ce la main qui a tué l'Anglais? Nous ne savons trop. Le juge fait semblant de prendre son histoire pour une banale intrigue policière mais insiste si bien sur létrangeté des faits que celle-ci en paraît plus évidente encore, plus crédible puisque cest un juge dinstruction qui lui sert de caution. Cette nouvelle, qui reprenait le schéma de La main décorché, est dun fantastique traditionnel : elle déroule un récit bien agencé, parsemé dindices de plus en plus troublants qui laissent à la fin le lecteur dans une perplexité parfaite. Le salon extravagant, « tendu de noir, de soie noire brodée dor », tout encombré dun bric-à-brac exotique, fait songer aux intérieurs funèbres et baroques chers à Edgar Poe.
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La roche aux guillemots
Nouvelle de 5 pages
Un groupe d'hommes se réunit chaque année pour la chasse à des oiseaux rares, les guillemots. Cette année-là, l'un d'eux, tout au long de la chasse, semble inquiet et troublé. On apprend à la fin qu'il était pressé de s'en aller parce qu'il avait apporté avec lui le corps de son gendre, ne voulant pour rien au monde manquer cette rencontre annuelle.
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Le Gaulois du 14 avril 1882.
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En 1885, Maupassant donna également une préface pour une édition de Manon Lescaut. Il y indiqua que, pour lui Prévost, appartient à «la puissante race des observateurs, des psychologues, des véritalistes. C'est avec Manon Lescaut qu'est née l'admirable forme du roman moderne.»
Le docteur Ladame constata chez lui une « abolition du réflexe lumineux aux deux yeux ». Pendant un accès de migraine, la face externe de lavant-bras devint insensible, de même le dos et les limbes.
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Monsieur Parent
(1885)
Recueil de nouvelles
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Monsieur Parent
Nouvelle
Henri Parent, un petit rentier dune quarantaine dannées, mène une existence médiocre, empoisonnée par les caprices et les humeurs de sa jeune femme, Henriette. Il trouve son unique consolation dans leur enfant, le petit Georges alors âgé de quatre ans. Une vieille bonne, qui lui est très dévouée, lui révèle enfin quHenriette le trompe depuis toujours avec un ami de la maison, Paul Limousin. Avec la décision soudaine et la violence des timides, il ne tarde pas à trouver les preuves du fait et a une explication violente avec les deux coupables. Sa femme le quitte, emmenant avec elle le petit Georges, qui nest pas son enfant mais celui de son ami. Cette révélation le plonge dans un état de prostration profonde. À partir de ce moment, il mène une vie désaxée et solitaire. Passant des heures interminables au café, il sachemine tristement vers la vieillesse, solitaire, diminué, à peu près stupide. Au cours dune promenade à Saint-Germain à laquelle il sest décidé pour sortir de létat dhébétement dans lequel il est tombé, il rencontre sa femme avec son ami et leur enfant qui est maintenant un grand garçon. À la vue de ce paisible bonheur familial, un mouvement de fureur lenvahit et il éclate en propos insensés. Puis il rentre en ville et retourne à son café habituel.
Commentaire
La nouvelle rejoignait la veine désabusée de la paternité incertaine, torturante et destructrice, le personnage ne sappelant pas pour rien Parent : en fait, il nest le parent de personne !
On peut considérer quà sa façon, Henriette a agi loyalement par rapport à lenfant, puisquelle a quitté le mari pour le père. Cétait, pour le petit, la solution la plus humaine, la plus conforme à lordre naturel. Il ny en a pas moins une victime : M. Parent. Cette pénible histoire conjugale est racontée avec un réalisme implacable, une crudité de ton appuyée, certains effets semblant cependant trop voulus. Mais elle accorde au malheureux héros, qui subit un atroce et long supplice, qui est si pitoyable quand la vérité lui est révélée, qui ne peut arracher de son cur cet amour gratuit, un rayon de chaude pitié. Lenfermement dune vie entière dans une nouvelle semble avoir quelque peu limité linvention narrative de lauteur.
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La bête à maît Belhomme
Nouvelle de 11 pages
De la cour de lHôtel du Commerce, la diligence Criquetot-Le Havre va partir. Césaire Horlaville, postillon facétieux, fait lappel des voyageurs : « Monsieur le curé de Gorville », « linstituteur de Rollebosc-les-Grinets », « Maît Poiret », « Maît Rabot » « Maît Caniveau », « Maît Belhomme » . Puis commence le voyage. Belhomme, un grand escogriffe ridicule, ressent un malaise, se plaint, gémit si fort que ses compagnons sintéressent à son cas, un mystérieux mal à loreille (qui semble sêtre aggravé du fait du mouvement de la voiture) : il a, dit-il, limpression quune bête veut lui dévorer le cerveau. Il na pas voulu consulter de médecin : il na pas de sous pour « ces fainéants-là » qui viennent « eune fois, deux fois, trois fois, quat fois, cinq fois » et vous demandent « deusse écus pour sûr ! ». Pour le délivrer de son supplice, on arrête la diligence dans une auberge et le curé entreprend de « noyer » la bête. Après des manuvres comiques, il arrive à libérer notre homme en lui versant dans loreille de leau mêlée de vinaigre et en le retournant « tout dune pièce » sur une cuvette, ce qui fait sortir de loreille une puce. Belhomme la contemple gravement, puis « Il grogna : Te voilà, charogne ! et cracha dessus. » Enfin, bien quavare, il est obligé doffrir à toute la compagnie une « tournée » ainsi quune obole au prêtre, médecin improvisé.
Commentaire
Maupassant exploita ce fait insignifiant pour nous donner une scène de genre, nous brosser toute une série de portraits pittoresques de gens de la campagne très vivants et très naturels, regroupés dans le transport en commun (comme dans Boule de suif), avec une sobriété de trait particulièrement expressive, dans un style rapide, coloré et savoureux, où se glissent habilement :
- des prononciations : « Maît » - « Cest ben mé qutappelles? » - « a mgrignote lfond de loreille » - « jcroirais ben qucest eune frémi »;
- des onomatopées : « gniau
gniau
gniau
gniau » ;
- des particularités lexicales et syntaxiques du dialecte normand comme on en rencontre dans ses meilleures nouvelles rustiques et qui sont dun effet très réussi ; ainsi le titre même de la nouvelle où, de plus, la paronomase évoque aussi bien les bêlements émis par le malheureux paysan que le souvenir littéraire de La farce de maître Pathelin ;
- des mots rechechés comme « tortu » (« difforme »), « fouailla » (« fouetta ») ;
- des images : la femme de Rabot est une « gaillarde haute et carrée dont le ventre était vaste et rond comme une futaille, les mains larges comme des battoirs » ; celle de Poiret est « pareille à une bique fatiguée ».
- des créations : linstituteur est « enredingoté ».
Le départ de la diligence est sans doute une réminiscence de lHirondelle dans Madame Bovary de Flaubert.
Au passage est faite la traditionnelle critique des médecins.
Cest la meilleure nouvelle du recueil.
Elle avait dabord paru dans Gil Blas le 22 septembre 1885.
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L'inconnue
Nouvelle de 7 pages
Un homme entrevoit plusieurs fois une femme dont il est tout de suite tombé amoureux. Ce n'est qu'après plusieurs mois qu'ils font connaissance et qu'elle prend son adresse. Elle vient le voir et ils sont sur le point de faire l'amour quand il découvre une tache noire entre ses épaules et qu'il l'imagine dangereuse et perfide. Cela le rend impuissant, et il la perd mais pour en être amoureux et obsédé : il la voit même quand il est avec une autre.
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 27 janvier 1885.
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À vendre
Nouvelle
Subjugué par la beauté du paysage, le narrateur se promène dans un champ de blé au bord de la mer et aperçoit au loin une belle maison. S'en approchant, il constate qu'elle est à vendre. Il sonne à la porte et, la bonne l'ayant fait entrer, il parcourt la maison et y voit la photo d'une femme. Tout de suite amoureux d'elle, il questionne la bonne et apprend qu'elle fut l'épouse du propriétaire et qu'elle l'a quitté. Sûr de pouvoir la retrouver, il prend la photo et part à sa recherche.
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans Le Figaro le 5 janvier 1885.
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Au bord du lit
Nouvelle
Le mari volage adepte des amours tarifées est pris au piège par sa propre épouse qui lui fait payer ses faveurs.
Commentaire
Cette histoire cynique sur un fond mondain est traitée avec habileté et malice.
La nouvelle parut dabord dans Gil Blas du 23 octobre 1883.
Elle a été adaptée par Luchino Visconti dans un des sketches de Boccace 70 : Le travail avec Romy Schneider.
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Ça ira
Nouvelle
Lauteur a connu, du temps quil canotait sur la Seine, une jeune Parisienne aimant laventure, et la retrouve paisible buraliste dans une petite ville de province.
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En wagon
Nouvelle
Un abbé, voyageant avec trois jeunes garçons confiés à ses soins, se trouve dans lobligation de porter assistance à une femme qui met un enfant au monde dans le même compartiment. Il se tire brillamment de cette situation, tout en sauvegardant linnocence de ses élèves.
Commentaire
La nouvelle se signale par loriginalité du sujet.
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Maupassant crut se reconnaître sous les traits de Beaufrilan, personnage de Jean Lorrain, ami denfance de son jeune frère, Hervé, dans son roman Très russe (1886) : « Jean de Beaufrilan [
] létalon modèle, littéraire et plastique, du grand haras Flaubert, Zola et Cie, [
] vainqueur de toutes les courses de Cythère et primé jusquà Lesbos, couru et hors concours. ». Il lui envoya ses témoins, mais Lorrain refusa le duel et sexcusa.
Dans lété 1886, il fit un voyage en Angleterre où il était invité au château de Wadesden, chez le baron Ferdinand de Rothschild ; puis il partit pour Londres, quil refusa de visiter, et pour Oxford, quil était de bon ton de connaître. Il neut aucun plaisir de ce voyage, ainsi quil ressort dun article de Blanche Roosevelt paru dans Womans world publié en 1888-1889. Enfin, il séjourna à Étretat.
Son état général saggravait : le docteur Ladame constatait : « Fatigue précoce, sensibilité anormale au froid (cryesthésie). » Maupassant écrivit à Thiébault-Sisson : « On mavait condamné à la chambre noire pour cinq jours, en me paralysant les yeux. »
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La question du latin
(1886)
Nouvelle
Le Père Piquedent, professeur de latin, tombe amoureux dune jeune blanchisseuse quil épouse et qui, femme astucieuse, arrive à ses fins en le convertissant aux activités du commerce.
Commentaire
Maupassant réagissait à un débat qui agitait alors lopinion publique, à une querelle autour de lenseignement de cette langue morte qui divisait les français.
La nouvelle parut dans Le Gaulois le 2 septembre 1886.
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Toine
(1886)
Recueil de nouvelles
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Toine
Nouvelle
Antoine Mâcheblé, dit « Toine », est laubergiste du village de Tournevent. Cet obèse bon vivant et formidable buveur aime rire et samuser, et divertit tout le voisinage par ses mots desprit et son imperturbable optimisme, jusquau jour où il subit une attaque de paralysie provoquée par son excessive intempérance. Il se trouve alors à la merci de sa femme, tyrannique et capricieuse, qui décide, pour le rendre utile dune manière quelconque, de lemployer à une bien étrange besogne : lui faire couver des ufs ! Mais cela ne détruit pas son invincible bonne humeur. Et il tire une certaine fierté jusque dans la réussite de cette extravagante expérience.
Commentaire
Cette nouvelle se détache du recueil par son extraordinaire perfection. Maupassant utilisa au maximum toutes les ressources de son style pour nous raconter cette farce normande, nous présenter cette grotesque et imposante figure, faire la satire de la mentalité paysanne.
La nouvelle a donné lieu à plusieurs courts-métrages. En 1952, le comique italien Eduardo de Filippo sen inspira pour Marito e moglie (Mari et femme), dont la première partie, Tonio, transposait lhistoire à Naples. En 1962, elle a été adaptée pour la télévision par Carlo Rim (trente minutes), et, en1980, par Edmond Séchan (quinze minutes).
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La confession de Théodule Sabot
Nouvelle
Commentaire
Lambiance campagnarde donna à la langue de Maupassant ses plus vives couleurs.
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Le père Mongilet
Nouvelle
Cest lhistoire comique dune journée à la campagne.
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La chambre onze
Nouvelle
Dans une petite ville de province, Marguerite Amandon, jeune femme charmante et pleine de vie, mène une existence apparemment irréprochable auprès de son magistrat de mari qui, depuis longtemps, ne la désire plus et la voit avec plaisir se livrer à ce quil croit être de bonnes oeuvres. En fait, elle rejoint les amants quelle prend régulièrement parmi les militaires de la garnison, choisissant chacun avec précautions et ne le recevant, jamais deux nuits de suite, sous le nom de mademoiselle Clarisse, toujours dans la même chambre de l'auberge du Cheval d'or. À larrivée dune nouvelle garnison dans la ville, les Amandon offrent un bal au cours duquel elle accorde une note à chacun des officiers, choisissant cette fois le commandant de Varengelles avec qui elle connaît un plein ravissement. Son mari devant se rendre à Paris, elle préfère rester chez elle pour mieux profiter de son amant dans la chambre onze, mais un jour où elle navait pas coutume dy venir. Or laubergiste a cédé ce jour-là la chambre à un touriste qui y meurt du choléra, et Clarisse, qui survient, croit dabord quil sagit de son amant endormi avant de découvrir le cadavre. Elle ne peut cacher son affolement, mais le commissaire venu sur les lieux décide de la protéger du scandale qui est d,autant mieux évité que son magistrat de mari est justement nommé à Besançon.
Commentaire
Cest un bizarre et piquant épisode des amours dune belle dame de province dont les réflexions sur les hommes, quelle confie à son journal intime, sont savoureuses. Le tableau de la vie de province est plein dironie.
En 2008, la nouvelle fut adaptée pour la télévision par Jacques Santamaria, avec Clotilde Courau (Clarisse / Marguerite d'Amandon), Vincent Martinez (Varengelles), Laurent Gerra (le colonel Bouchalois), Jean-Luc Porraz (Charles Amandon), Yves Pignot (Trouveau).
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La mère aux monstres
Nouvelle
Commentaire
On y retrouve le goût de Maupassant pour dhorribles perversions quil examinait avec audace.
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La chevelure
(1884)
Nouvelle de 7 pages
Dans un asile, un médecin discute avec le narrateur du cas de « folie érotique et macabre» dun malade qui sétait pris dune passion pour une chevelure trouvée dans un vieux meuble. Le médecin fait lire au narrateur le journal intime du fou, qui raconte quil menait une existence paisible, entièrement tournée vers le passé car, reconnaît-il, il était « possédé par le désir des femmes dautrefois ». Il acheta un meuble italien du XVIIe siècle, quil ne se lassait pas de contempler et de manier. Il réussit à ouvrir un tiroir secret contenant une magnifique chevelure de femme qui en vint à lobséder : « Je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dorée ». Un beau jour, la femme porteuse de cette « énorme natte de cheveux blonds » vint lui rendre visite, et il crut la tenir, la posséder : « Oui, je lai eue, tous les jours, toutes les nuits. Elle est revenue, la Morte, la belle Morte, lAdorable, la Mystérieuse, lInconnue, toutes les nuits ». Mais, s'aventurant avec elle à l'extérieur, on l'a pris pour un fou et on la enfermé dans lasile. Devant cet objet, le narrateur se sent «le coeur battant de dégoût et d'envie».
Pour une analyse, voir MAUPASSANT - La chevelure
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Le lit 29
Nouvelle
Commentaire
Cette histoire de prostituée est tragique.
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Larmoire
Nouvelle
Un gamin, fils dune prostituée, est contraint à passer la nuit dans une armoire quand sa mère reçoit un client.
Commentaire
Cette histoire de prostituée est particulièrement humaine et touchante.
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La confession
Nouvelle
Dans un document posthume, M. Badon-Leremincé, vieux et riche bourgeois estimé et honoré, confesse à ses héritiers un atroce crime de jeunesse qui lui empoisonna de remords toute sa vie : il a volontairement provoqué la mort de son enfant, fruit dun amour irrégulier.
Commentaire
On trouve ici un de ces infanticides qui sont assez nombreux dans luvre de Maupassant mais sont, contre la morale sociale, pratiquement justifiés.
Cette nouvelle aurait servi de sujet à un épisode du roman de DAnnunzio, Lintrus.
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Le protecteur
Nouvelle
Le sot Jean Marin, un bon campagnard, étudiant à Paris puis obscur avocat, qui a toujours fréquenté les assemblées politiques, se voit un beau jour, grâce à un vieil ami, devenu ministre, nommé conseiller dÉtat. À partir de ce moment, la manie le prend de faire connaître à tous sa charge et son crédit, décrire des recommandations à jet continu et de protéger le premier venu, sollicitant et recherchant lui-même volontiers loccasion de rendre service. Cette manie lui joue finalement un mauvais tour parce quil se trouve avoir recommandé à la moitié du monde un certain abbé Ceinture qui est en réalité le pire des coquins, provoquant ainsi un véritable scandale.
Commentaire
Cette très simple histoire est racontée avec une verve étonnante, une précision dépouillée et une puissante force satirique
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La dot
Nouvelle de 8 pages
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas le 9 septembre 1884.
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Le moyen de Roger
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas le 3 mars 1885, sous la signature de Maufrigneuse.
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Commentaire sur le recueil
Ce sont, en assez grand nombre, de simples croquis, des faits divers comiques et scandaleux racontés de façon savoureuse, qui ne sont guère plus que des « divertissements » mais tous caractéristiques. On y remarque la verve du style, la précision du détail, un certain charme plein dhumour.
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Le petit soldat
Nouvelle
Le « petit soldat », séparé de son ami Luc par une robuste fille de ferme dont il avait lui-même convoité la tendresse, ne peut supporter l'image du bonheur d'autrui, et cherche dans la mort un refuge à son désespoir.
Commentaire
La nouvelle parut dans Le Figaro le 13 avril 1885.
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La petite Roque
(1886)
Recueil de nouvelles
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La petite Roque
Nouvelle
En Normandie, la petite Roque, gamine de douze ans (mais qui était déjà « presque une femme ») a été violée, puis étranglée dans une futaie. En allant porter son courrier au maire de Carvelin (un certain Renardet, quadragénaire, veuf de fraîche date, et le plus riche propriétaire du bourg), le facteur Médéric Rompel vient de découvrir son cadavre au bord de la Brindille. Qui a fait le coup? Un rôdeur, un vagabond, bien sûr, car les habitants de Carvelin sont au-dessus de tout soupçon. Médecin, juge, garde-champêtre, accourus sur les lieux, sefforcent en vain de percer le mystère, en présence du maire Renardet, « gros et grand homme, lourd et rouge, fort comme un buf et très aimé dans le pays, bien que violent à lexcès. » Le médecin éprouve une fascination sensuelle devant le corps sans tête (celle-ci est cachée par un mouchoir) de la petite Roque, mi-femme, mi-enfant, avec cette cuisse où court une mouche : «Comme c'est joli, dit le médecin, une mouche sur la peau ! Les dames du dernier siècle avaient bien raison de s'en coller sur la figure. Pourquoi a-t-on perdu cet usage-là? » La fillette venait de prendre un bain dans la rivière. Mais où sont ses habits? « Quel gredin, sécrie le maire, a bien pu commettre un tel crime? » Mais le médecin de murmurer : « Qui sait? Tout le monde est capable de ça, tout le monde en particulier et personne en général ». « On ne sait pas ce quil y a dhommes sur la terre capables dun forfait à un moment donné. » Or le coupable est Renardet qui, rusé, est dabord tout souriant, afin dégarer la justice ; puis, lorsque les recherches sont enfin abandonnées, nerveux, excitable, en proie à un atroce remords. Et le conteur, en quelques touches très brèves, nous donne lexplication de cette démence : « Habitué depuis dix ans à sentir une femme près de lui [
] il avait une âme chaste, mais logée dans un corps puissant dHercule, et des images charnelles commençaient à troubler son sommeil et ses veilles. » Prisonnier de son angoisse et victime des plus obsédantes visions, après plusieurs tentatives de suicide, il se jette dans le vide du haut de la tour du Renard qui flanque la citadelle qui lui sert de maison.
Commentaire
La nouvelle, une des plus dramatiques de Maupassant, montre l'horreur du fait divers et que, chez lui, les faibles sont broyés. Les propos du médecin donnent à la nouvelle une profondeur inattendue qui saccorde aux tragiques mobiles du drame lui-même : dans ce court instant de folie érotique de Renardet. Son suicide est une ruse du destin, captée par le romancier, pour dissiper tous les mensonges. Cest une des plus émouvantes figures de criminels qua laissées Maupassant qui a, ici aussi, manifesté son pessimisme implacable et son déterminisme qui lui venaient de Flaubert et de Tourgueniev.
La nouvelle a été adaptée au cinéma :
- En 1918, par le Russe Yakov Protazanov : Maliotuka Elli (La petite Elli).
- En 1986, par le Français Claude Santelli, pour la télévision.
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L'épave
Nouvelle
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L'ermite
Nouvelle
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Mademoiselle Perle
Nouvelle
Mademoiselle Perle, une émouvante vieille fille passée à côté de la vie, raconte quelle a été un bébé abandonné le jour des Rois, quelle a trouvé une famille compatissante quelle a aimé autant que la sienne et quelle honore.
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Le Figaro du 16 janvier 1886.
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Rosalie Prudent
Nouvelle
Commentaire
On trouve ici un de ces infanticides qui, assez nombreux dans loeuvre de Maupassant, sont contre la morale sociale, pratiquement justifiés.
La nouvelle avait dabord été publié dans Gil Blas du 2 mars 1886.
Elle a été, en 1966, adaptée pour le cinéma par Walerian Borowozyk, sous le titre Rosalie (France).
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Sur les chats
Nouvelle de 7 pages
Le narrateur vante les qualités des chats après avoir été, une nuit, trompé par l'un d'eux.
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 9 février 1886.
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Madame Parisse
Nouvelle
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Julie Romain
Nouvelle
Commentaire
Le personnage se débat dans ses souvenirs « comme on se noie dans une eau profonde. »
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Le père Amable
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 30 avril au 4 mai 1886.
Elle fut en 1957 adaptée pour la télévision par Claude Santelli.
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Sauvée
Nouvelle
Trop tôt et mal mariée, une jeune femme na plus quune issue, le divorce. Encore faut-il que le « détestable » mari en porte lentière responsabilité. Heureusement lingéniosité et la solidarité féminine peuvent tout.
Commentaire
La nouvelle reprenait un thème de prédilection de Maupassant : celui du « piège », volontaire ou involontaire, dans lequel senferment les personnages.
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Le 26 octobre 1886, Gil Blas publia une première version du Horla.
Hervé de Maupassant manifesta des troubles mentaux et son frère le fit examiner avant de partir pour lAfrique du Nord.
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Mont-Oriol
(1887)
Roman
Le vieux marquis de Ravenel est venu faire une cure à Enval, une petite station thermale dAuvergne, en compagnie de sa fille, Christiane, femme tendre et sentimentale qui est mariée à un homme daffaires juif, William Andermatt qui spécule sur des terrains de la région, et elle veut suivre un traitement contre une prétendue stérilité. Ils sont bientôt rejoints par le frère de Christiane, Gontran, jeune homme à la vie assez dissipée, qui arrive avec son ami, Paul Brétigny, homme ardent et passionné, aux légendaires aventures amoureuses. Lamour naît entre lui et Christine qui est négligée par un mari entièrement accaparé par ses affaires et qui va se lancer dans une nouvelle et grandiose spéculation. En effet, le vieil établisement thermal où trois médecins rivalisent dune façon comique, est au bord de la faillite. Un hasard fait découvrir une nouvelle source sur les terrres du vieil Oriol, paysan âpre et rusé, riche propriétaire père de deux jolies filles. Andermatt a la chance de trouver parmi les estivants un ingénieur des mines retraité, et il constitue aussitôt une société dont le père Oriol est actionnaire. À force de bluff, de supposés miracles et de faux certificats délivrés par des médecins complaisants, il parvient à fabriquer une ville d'eaux et à lotir au plus haut prix un paysage entier en exploitant la crédulité des uns et en s'appuyant sur la malhonnêteté des autres. Sopposent la bourgeoisie locale, le père Oriol, la banque, l'affairisme parisien. Quant à Christiane et à Paul, ils ont passé un été damour enivré.
Lannée suivante, Enval, sous le nom de Mont-Oriol (Andermatt estimant : « Ce vocable est excellent. On dira le Mont-Oriol comme on dit le Mont-Dore. Il reste dans lil et dans loreille, on le voit bien, on lentend bien, il demeure en nous. ») est devenu une station thermale de premier ordre, avec de magnifiques hôtels, des pavillons pour les nouveaux médecins, des installations de mécanothérapie. Des figures nouvelles viennent sagiter en grand nombre autour des protagonistes, des intrigues se nouent et se dénouent. Paul, las de Christiane, profite de sa grossesse pour séloigner delle progressivement. Gontran, criblé de dettes, consent à entrer dans les vues de son beau-frère et se décide à faire la cour à Charlotte, la plus jeune fille du père Oriol. Mais, devant lopposition du vieux, il se rabat cyniquement sur laînée, Louise, quil épouse effectivement. Christiane, déchirée par la douleur, ne trouve de consolation que dans la fille qui lui est née.
Commentaire
Maupassant a eu visiblement lambition de conter une histoire riche et variée en mêlant une cruelle histoire sentimentale, la liaison de Paul et de Christiane, à une peinture poussée dun milieu, une intrigue financière où il démonta les rouages de la spéculation foncière, analysa le mécanisme de la concentration capitaliste à la fin du XIXe siècle (ce qui fait de ce roman le plus moderne de ceux quil ait écrits). La satire de la station thermale à la mode, bien que dun ton moins âpre que dans dautres uvres, est un des plus cruels tableaux du corps médical qu'on ait jamais faits. Ne manque pas non plus la description des paysages dAuvergne. Cela entraîne une dispersion qui nest pas sans nuire à louvrage. Mais son brillant métier a permis à Maupassant de surmonter toutes les difficultés. Son style se révéla plus souple et plus varié que dans certains de ses autres romans. Son pessimisme a ici été tempéré dune indulgence souriante, en particulier dans le délicat portrait de Christiane.
Luvre na été adaptée quune seule fois, pour la télévision, par Serge Moati en 1980.
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Le Horla
(mai 1887)
Recueil de nouvelles
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Le Horla
Nouvelle de 27 pages
Le narrateur rapporte, dans son journal intime, les hallucinations dont il est victime. Obsédé par la mystérieuse présence dun être surnaturel invisible et impalpable auquel il donne le nom de « Horla », il en devient progressivement la victime et est poussé au suicide.
Pour un résumé plus précis et une analyse, voir MAUPASSANT - Le Horla
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Amour
Nouvelle
Le narrateur a l«étrange souvenir » dune partie de chasse au pays de Thulé où la glace conserve intacte une chose noire. Une sarcelle, que la mort venait de séparer de son mâle, tournoya interminablement au-dessus du chasseur, jusqu'à ce qu'un second coup de fusil l'abattît à son tour. Morts tous deux, on les mit, froids déjà, dans le même carnier.
Commentaire
La passion a son aboutissement dans la mort. Cette brève histoire dun chasseur contient quelques pages dune qualité rare. Le narrateur éprouve un sentiment de crispation, comme une contraction de lêtre.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 7 décembre 1886.
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Le trou
Nouvelle
Léopold Renard, honnête tapissier de Paris, féru de pêche à la ligne, a été amené à causer la mort dun homme au cours dune de ses promenades dominicales. Il est traduit en cour dassises et, pour se disculper, il expose le fait qui fut à lorigine du drame : sa dispute avec un autre pêcheur, pour la possession dun trou qui était « la place à Renard », qui sest terminée par la chute de ladversaire dans un coin dangereux de la rivière.
Commentaire
Ce récit, conçu sur un mode assez bonasse, est rehaussé de détails colorés et conduit avec une telle simplicité quon peut vraiment le tenir pour un chef-duvre, en tout cas pour le meilleur du recueil.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 9 novembre 1886.
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Sauvée
Nouvelle
La baronne de la Grangerie fait ses débuts sur la scène parisienne.
Commentaire
Maupassant ayant déjà placée cette nouvelle dans le recueil La petite Roque, prévint léditeur, mais lerreur se perpétua et cest devenu une tradition.
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Clochette
Nouvelle
Clochette fut une servante au grand coeur qui, avec ses histoires, avait réjoui lenfance de Maupassant.
Commentaire
Maupassant évoquait avec une vive mélancolie une chère mais triste figure, montrant, comme souvent chez lui, que les faibles sont broyés. Il reprenait Le gueux (1884) et Mademoiselle Perle (1886).
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 21 décembre 1886.
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Le marquis de Fumerol
Nouvelle de 11 pages
Roger de Tourneville évoque, pour ses intimes, le souvenir de son frère, le marquis de Fumerol, libre penseur et noceur impénitent qui vivait avec ses deux maîtresses. Alors quil était sur le point de mourir, son frère, qui était un membre éminent du parti royaliste, envoya chez lui sa femme, son fils et un prêtre afin qu'il soit « administré » : il découvrit un beau vieillard qui attendait la mort dignement et quassistaient, en cette extrémité, deux « jeunesses en cheveux », « chaussées de savates orientales à broderies dor. » Deux couverts étaient dressés près du fauteuil où il agonisait. Mais, interrompant le repas, la mort vint à point nommé.
Commentaire
La nouvelle est un portrait pittoresque mené avec un brio incomparable.
Elle avait dabord paru dans Gil Blas le 5 octobre 1886.
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Le signe
Nouvelle
La marquise de Rennedon est une jeune épouse repentante mais émoustillée qui confesse à sa meilleure amie, la baronne de la Grangerie, sa toute première aventure extraconjugale.
Commentaire
La nouvelle reprenait un thème de prédilection de Maupassant : celui du « piège », volontaire ou involontaire, dans lequel senferment les personnages. Elle montre les ravages et catastrophes causés par le désir dimitation.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 24 avril 1886.
Elle fut adaptée dans le court-métrage suisse Une femme coquette dû à Jean-Luc Godard caché sous le pseudonyme de Hans Luca.
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Le diable
Nouvelle
À lapparition du diable, la marmite retournée sur sa tête, une vieille ensevelisseuse comprend que tout est consommé, que la vie na plus rien à lui offrir et quil est temps de mourir.
Commentaire
Cest une nouvelle sur un mode tragique un peu facile et forcé : « Dès quelle avait cousu ses clients dans le drap dont ils ne devaient plus sortir, elle revenait prendre son fer dont elle frottait le linge des vivants. ».
Elle avait paru dabord dans Le Gaulois du 5 août 1886.
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Les rois
Nouvelle
Des hussards ont installé leur bivouac dans un village où ils tirent les rois. Cependant, sils ont le vin, sils ont loie, sils ont même la fève, ils nont pas de reine. Linvité de la dernière heure à leur banquet est un cadavre « mêlé de boue, horrible à voir ».
Commentaire
Cétait une autre histoire de guerre, très belle, dun comique étrange, légèrement mêlé dhorreur.
La nouvelle avait paru dabord dans Le Gaulois du 23 janvier 1887.
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Au bois
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 26 juin 1886
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Une famille
Nouvelle
Dans cette famille, un vieux est voituré tous les jours à dîner afin quil prenne à table sa place, la place du mort, et il subit à chaque repas le supplice de Tantale.
Commentaire
Cette nouvelle reprenait le thème de la satire antibourgeoise. On y remarque la propension de Maupassant à la répétition, à la liste de termes de même rang grammatical pour évoquer son thème de prédilection, la répétition, la routine, la copie, la duplication, synonyme de lassitude et dennui, ou dinaccessible unité : « Nous avons vécu, voyagé, songé, rêvé ensemble, aimé les mêmes choses dun même amour, admiré les mêmes livres, compris les mêmes uvres, frémi des mêmes sensations. »
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 3 août 1886.
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Joseph
Nouvelle
La petite baronne Andrée de Fraisières simule un évanouissement pour déniaiser son jeune valet.
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 21 juillet 1885.
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L'auberge
Nouvelle de 13 pages
Dans une grande auberge de la haute montagne suisse sont laissés pour l'hiver deux gardiens, le vieux Gaspard et le jeune Ulrich, ainsi que le chien, Sam. Un jour, Gaspard, parti à la chasse, ne revient pas, et Ulrich, ne le trouvant pas, se résigne à l'abandonner. Deux jours plus tard, il est réveillé par une voix qui crie son nom : il est alors certain de la mort de Gaspard comme il est certain que c'est lui qui veut entrer. Il se barricade, laisse mourir le chien à l'extérieur et, au printemps, on le trouve devenu fou.
Commentaire
Maupassant renouait avec le somptueux décor alpin de sa nouvelle Aux eaux (1883). Cest une nouvelle fantastique type parce quy est entretenue une hésitation constante entre une explication du phénomène par des causes naturelles (Ulrich est victime de son imagination, des bruits que fait le vent, etc.) et une explication par des causes surnaturelles (lesprit de Gaspard vient le tourmenter). La terreur produite par le surnaturel au point de bouleverser lesprit est donc due à un revenant, à un mort qui vient reprocher au vivant de lavoir laissé mourir, à un fantôme qui est en fait un fantasme. Car cest la conscience dUlrich qui le bourrelle de remords. Les forces en présence sont la raison et ce remords qui conduit à la folie.
La nouvelle parut dabord dans Les lettres et les arts du 1er septembre 1886.
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Le vagabond
Nouvelle
Exproprié, jeté à la rue, Jacques Randel, compagnon charpentier qui na pas de travail, erre par les chemins. Il viole un domicile où il mange et boit. Pris sur le fait, « Coffrez-moi » supplie-t-il.
Commentaire
Cette nouvelle reprenait le thème de la satire antibourgeoise.
La nouvelle avait paru dabord dans La nouvelle revue du 1er janvier 1887.
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En 1887, Maupassant refusa catégoriquement la Légion dhonneur.
En été, il séjourna dans sa villa dÉtretat, La Guillette, où il composa, en septembre, son Étude sur le roman et une partie de Pierre et Jean. En dehors des heures où il travaillait (et qui étaient les plus nombreuses), il oubliait le plus possible la littérature, ainsi que le rapporta un de ses confrères, Léopold Lacour, qui le fréquenta cette année-là : « Je fus admis dans le petit cercle des privilégiés qui dînaient chez lui, à La Guillette, une ou deux fois par semaine. Les conversations, à ces dîners, étaient rarement littéraires ; Maupassant naimait point à parler de son travail, de ses uvres, et ne parlait pas non plus des autres écrivains. Mais on potinait ferme [
] Lannée où je fis la connaissance de Maupassant est celle où le souffle redoutable des sciences occultes le toucha, car Le Horla est de 1887 ; mais, cette nouvelle mise à part, il était encore à cette époque le Maupassant de La Vénus rustique et de Bel-Ami. »
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En 1887, Maupassant décida de frapper les imaginations en faisant fabriquer un ballon, quil baptisa "Le Horla", et en y faisant un voyage de Paris à la Belgique quil annonça dans une lettre à Mme Georges Charpentier : « Je pars en ballon jeudi soir
de l'endroit où nous tomberons je compte revenir très lentement en m'attardant aux environs
. » Conduit par le célèbre aéronaute Paul Jovis, fondateur de "l'Union Aéronautique de France", il partit à 17 heures le 8 juillet et atterrit le lendemain à 9 heures à Heyst-sur-Mer, à l'embouchure de l'Escaut. Il rapporta son aventure dans Le Figaro du 16 juillet. Mais leffet ne fut pas celui quil attendait : on se moqua de lui dans les journaux où on pouvait lire : « Maupassant, un monte-en-lair ».
Cette année-là naquit Marguerite le troisiième enfant que Maupassant eut de Joséphine Litzelmannn.
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L'homme de Mars
(1887)
Nouvelle de 7 pages
Le narrateur reçoit la visite d'un original qui croit à la vie sur d'autres planètes, en particulier sur Mars où les astronomes viennent de déceler des canaux, et qui dit avoir vu, au moment de la saison des étoiles filantes, tomber dans la mer le premier navire sidéral lancé dans l'infini par des êtres pensants.
Commentaire
Maupassant a été inspiré par lastronome Camille Flammarion quon a qualifié de «savanturier» et qui avait publié un roman martien en forme dutopie du XVIIe siècle intitulé Uranie. « Lhomme de Mars » fut la première esquisse de lextra-terrestre cher aux auteurs de science-fiction
La nouvelle parut dans Paris-Noël 1887-1888.
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Le 7 janvier 1888, le Supplément littéraire du Figaro donna :
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Le roman
(1888)
Essai
Avec sa force habituelle, Maupassant énonce son propos : «Je veux m'occuper du Roman en général ». Conscient dune crise du romanesque, il pose quelques jalons esthétiques, et tente de cerner tout un genre littéraire : « Existe-t-il des règles pour faire un roman? » Il juge que les critiques, enfermés comme ils le sont dans leurs conceptions trop étroites, sont incompétents pour en décider. Il raisonne judicieusement sur le rôle de la critique : « Le critique ne doit apprécier le résultat que suivant la nature de leffort » ; il doit « rechercher tout ce qui ressemble le moins aux romans déjà faits » ; il doit navoir aucune « idée décole » ; il ne doit pas « se préoccuper des tendances » et pourtant, il doit « comprendre, distinguer et expliquer toutes les tendances les plus opposées, les tempéraments les plus contraires ».
Même s'il témoigne d'une absence complète de dogmatisme, même s'il dévoile une attitude mitigée envers le symbolisme (en 1887, Verlaine, Mallarmé et Laforgue sont connus), jugé «respectable » et intéressant par sa proclamation de « l'extrême difficulté de l'art » égratigné implicitement pourtant au niveau stylistique à côté de l'écriture artiste pour son manque de clarté, Maupassant, constatant la grande variété des écrits narratifs quon a lhabitude de grouper sous le nom traditionnel de « roman », ne s'en réfère pas moins au réalisme, cette école qui veut « faire vrai ». Est-ce renoncer à la vision personnelle de l'écrivain?
Il explique et justifie la nouvelle école du roman « réaliste ». Mesuré et prudent, il déclare vouloir rendre « lhumble vérité ». Il entend se tenir à égale distance dun naturalisme outrancier comme dune étude psychologique abusive, du « roman objectif » comme du « roman danalyse pure ». « Raconter tout serait impossible », le romancier ne saurait donc donner au lecteur une reproduction exhaustive du réel.
La notion d'école est supplantée par la liberté totale des écrivains qui ont « le droit indispensable de composer, c'est-à-dire d'imaginer ou d'observer suivant leur conception personnelle de lart ». C'est là mettre en avant l'originalité (Maupassant dit aussi « le tempérament » ou « la manière nouvelle ») issue de l'enseignement du maître, Flaubert, longuement remercié ici et dont un des conseils aurait été : « La moindre chose contient un peu d'inconnu. Trouvons-le. » Mais, parce que le regard de chaque créateur doit être personnel, le pessimisme pointe ; l'écriture sépare des autres et du monde : «l'objectivité (quel vilain mot) » n'existe pas ; «quel enfantillage, d'ailleurs, de croire à la réalité ». N'est-ce pas là déboucher sur le solipsisme et se séparer du réalisme?
Maupassant répond, cultivant le paradoxe, que « les Réalistes de talent devraient plutôt s'appeler des Illusionnistes » qui dissimulent la structure de leur uvre et même, à l'inverse des romanciers « d'analyse pure », «la psychologie, au lieu de l'étaler ». Il dégage la notion dillusion : « Faire vrai consiste [
] à donner lillusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. Jen conclus que les Réalistes de talent devraient sappeler plutôt des Illusionistes. » - « Chacun de nous se fait [
] simplement une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre suivant sa nature. Et lécrivain na dautre mission que de reproduire fidèlement cette illusion avec tous les procédés dart quil a appris et dont il peut disposer. » - « Les grands artistes sont ceux qui imposent à lhumanité leur illusion particulière. » Le bon romancier doit chercher à atteindre une « vérité choisie et expressive ». « Le réaliste, sil est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision la plus complète, la plus saisissante, plus probante que la réalité même. » Plutôt que danalyser les sentiments des personnages, il faut les faire découvrir par la transcription juste des propos, comme « un peintre qui fait notre portrait ne montre pas notre squelette ». La psychologie nest que « la carcasse de luvre ». Maupassant se donne pour objectifs « la double recherche de la simplicité et de lévidence ». Voulant une langue « claire, logique et nerveuse », il déclare : « Il nest pas besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois quon nous impose aujourdhui sous le nom décriture artiste pour fixer toutes les nuances de la pensée [
] Ayons moins de noms, de verbes et dadjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversement construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous dêtre des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares.» (ici, il visait les Goncourt) - « Quelle que soit la chose quon veut dire, il ny a quun mot pour lexprimer, quun verbe pour lanimer et quun adjectif pour la qualifier. » - « La langue française [
] est une eau pure que les écrivains maniérés nont jamais pu et ne pourront jamais troubler. » Il suit le conseil de Flaubert qui lui disait : « Faites-moi voir, par un seul mot, en quoi un cheval de fiacre ne ressemble pas aux cinquante autres qui le suivent et le précèdent. » Il rêve dévoquer la réalité par « le simple mécanisme du substantif et du verbe. » Tout en sachant donner l'illusion du réel, « les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leur illusion particulière » On ne saurait rêver meilleure conciliation de l'objectif et du subjectif, plus claire définition de cet écrivain idéal, auquel se réfère Maupassant, et qu'il tente d'être : un artiste réaliste.
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Pierre et Jean
(1888)
Roman de 211 pages
Un notaire annonce à une petite famille tranquille, les Roland, quun ami décédé lègue toute sa fortune au fils cadet, Jean. Le fis aîné, Pierre, jaloux, découvre lévidente vérité : son frère est le fruit de ladultère. Il se torture, tourmente sa mère et, finalement, séloigne de la famille.
Pour un résumé plus précis et une analyse, voir MAUPASSANT - Pierre et Jean
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Maupassant fit, à bord de son yacht, le Bel-Ami, une croisière qui le conduisit de Cannes à San Remo, Savone et Gênes. Dans lintérieur, il visita Florence et Pise. Puis il mit le cap sur la Sicile. Par paquebot, il gagna Alger et, de là, par voie de terre, la Tunisie, visitant Sousse et Kairouan. Il séjourna quelques jours chez la princesse Mathilde.
Mais il continuait de souffrir de migraines, de névralgies, dinsomnies, dune irritabilité extrême. Dans une de ses lettres, il avoua : « Le tabac tue mes yeux. La simple rencontre dans la rue dune fumée de cigare me fait souffrir plusieurs heures. » - « Je ne vais guère. Mon estomac est tout à fait détraqué, mes yeux refusent le service et ma tête où aucune idée ne sagite, nest plus quune boîte à migraine. » Il eut une hallucination rapportée par le Dr Sollers dans Les phénomènes dautoscopie : « Étant à sa table de travail dans son cabinet, il lui sembla entendre sa porte souvir. Son domestique avait ordre de ne jamais entrer pendant quil écrivait. Maupassant se retourna et ne fut pas peu surpris de voir entrer sa propre personne qui vint sasseoir en face de lui, la tête dans la main, et se mit à dicter tout ce quil écrivait. Quand il eut fini, il se leva, et lhallucination disparut. » Ces phénomènes pourraient correspondre aux premiers symptômes de la paralysie générale. Son frère, Hervé, avait été atteint de folie la même année et cest lui qui le conduisit à lasile daliénés de Bron dans des circonstances particulièrement pénibles, qui ne purent manquer de le marquer profondément. En effet, quand il quitta le dément, ce dernier se retourna ves lui en lui criant : « Le fou, cest toi ! »
Cependant, le rythme des publications se maintint à une cadence normale :
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Sur leau
(1888)
Recueil de récits de voyages
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Le rosier de Madame Husson
(1888)
Recueil de nouvelles
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Le rosier de Madame Husson
Nouvelle
À Gisors, la bigote quest Madame Husson qui, pour obtenir la rémission de ses péchés, veut, selon la tradition, couronner une «rosière», une jeune fille qui soit un modèle de pureté, obtient laccord du conseil municipal qui veut ainsi faire la renommée du canton. Mais elle nen trouve quune dont elle constate quelle a vendu ses cheveux. Elle est désespérée, mais sa servante lui suggère de choisir Isidore, le fils, simple desprit, de la fruitière, qui est le seul à répondre aux critères de respectabilité exigés. Le conseil municipal est daccord, car cela rendra le canton encore plus original. lsidore est couronné « rosier » lors dune grande cérémonie, et reçoit une bourse de cinq cents francs or. Le lendemain, il a disparu, et on apprend quil est allé à Paris. Quelques jours plus tard, il est retrouvé aux abords de la ville, ivre, sale et sans argent, appelant Mme Husson «Yvette» car il a traîné dans de mauvais lieux. Elle veut le reprendre en mains. Mais, le lendemain, il est encore ivre et même lubrique, chantant : «Elle a de gros têtons, madame Husson».
Commentaire
Alors que les souvenirs de François Tassart témoignent à la fois de l'horreur de son maître pour la guerre et de sa haine pour les Prussiens, un des personnages de la nouvelle, le dr Marambot, qui semble être sur ce point le porte-parole de l'auteur, déclare à son interlocuteur : « Moi, je suis Normand, un vrai Normand, eh bien, malgré ma rancune contre l'Allemand, et mon désir de vengeance, je ne le déteste pas, je ne le hais pas d'instinct, comme je hais l'Anglais, l'ennemi véritable, l'ennemi héréditaire, l'ennemi naturel du Normand, parce que l'Anglais a passé sur ce sol habité par mes aïeux, l'a pillé et ravagé vingt fois, et que l'aversion de ce peuple perfide m'a été transmise avec la vie, par mon père. » On serait tenté de répliquer au bon docteur, et à Maupassant du même coup : «Et les Prussiens donc? Voyez Boule-de-suif, La folle, Un duel, Mademoiselle Fifi, La mère Sauvage, Le père Milon...
Cette farce fut adaptée deux fois : en 1931, par Bernard Deschamps qui éluda la déchéance d'Isidore, joué par Fernandel ; en 1950, par Jean Boyer, Marcel Pagnol, auteur du scénario, ayant imaginé que le personnage, joué par Bourvil, est déniaisé par une dame patronnesse.
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Le modèle
Nouvelle de 8 pages
Commentaire
La nouvelle donne un bel exemple denchâssement. Lhistoire repose sur une double énigme que Maupassant ne résout pas.
La nouvelle avait dabord paru dans Le Gaulois, le 17 décembre 1883.
Elle a été, avec Le masque et La maison Tellier, adaptée au cinéma dans le film Le plaisir de Max Ophüls.
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L'endormeuse
Nouvelle de 9 pages
Le narrateur, qui réfléchit au caractère sinistre du suicide, imagine qu'une «oeuvre de la mort volontaire» met à la disposition de ceux qui désireraient mourir une machine qui répand un gaz qui asphyxie doucement.
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La fenêtre
Nouvelle
Commentaire
Le sujet était scabreux.
La nouvelle avait paru dabord dans Gil Blas du 10 juillet 1883.
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La Martine
Nouvelle
Commentaire
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 11 septembre 1883 sous la signature de Maufrigneuse.
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La main gauche
(1889)
Recueil de nouvelles
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Fin de siècle
Nouvelle
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Allouma
Nouvelle
Commentaire
On retrouve dans cette nouvelle dont le ton est amer et grave, quelques-uns des thèmes chers à Maupassant :
- lirrémédiable simplicité animale de lamour, que les êtres humains sefforcent en vain de compliquer par le sentiment ;
- la frivolité innée de la femme, son inconcevable facilité à trahir.
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Hautot père et fils
Nouvelle de 18 pages
Hautot, un propriétaire campagnard encore jeune meurt dans un accident de chasse. Il laisse à César, son fils déjà adulte, le soin dannoncer sa mort et de porter de largent à une jeune fille de la ville, Caroline Donet, quil aime depuis des années sans avoir jamais osé lépouser à cause dune promesse faite à sa femme défunte. César accomplit sa mission. Malgré le déchirement du deuil récent naît entre les deux jeunes gens un délicat et profond sentiment de tendresse, et Hautot fils est ému par lenfant que Hautot père a eu avec elle.
Commentaire
Le titre fait croire à une entreprise familliale et cen est bien une, au XIXe siècle, pour la bourgeoisie aisée, que lentretien dune maîtresse. Cependant, à la différence de Pierre, le héros du roman Pierre et Jean, Hautot accepte « lidée de ce frère, de ce petit bonhomme de cinq ans, qui était le fils de son père [
] Cétait une espèce de famille quil avait là dans ce mioche clandestin qui ne sappelerait jamais Hautot, une famille quil pouvait prendre ou laisser à sa guise, mais qui lui rappelait le père. »
La nouvelle avait dabord paru dans Lécho de Paris le 5 janvier 1889.
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Boitelle
Nouvelle
Boitelle est un pauvre homme de peine, le balayeur du pays, qui raconte lunique grande douleur de sa vie. Soldat de vingt ans, il sétait épris, au Havre, dune servante noire, abandonnée, sans personne au monde, en qui il était persuadé avoir trouvé la compagne idéale. Mais ses parents, après une série de tentatives émouvantes et comiques, navaient pas réussi à shabituer à cette idée. Devant leur opposition, il avait baissé la tête, renonçant à cette union.
Commentaire
Cette simple histoire fut traitée avec une incomparable finesse, une pitié souriante et une touchante humanité, qui nétaient pas indignes de Flaubert.
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Lordonnance
Nouvelle
Commentaire
Maupassant y a traité le thème du serviteur infidèle et pervers qui apparaît dans bon nombre de ses nouvelles.
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Le lapin
Nouvelle
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Un soir
Nouvelle
Un vieil ami retrouvé en Algérie fait au narrateur, avec une fureur concentrée, le récit de sa triste aventure conjugale. Il décrit la jalousie qui a grandi en lui, redoublée par un sentiment d'impuissance devant la femme qui se dérobait. Il la surprit en flagrant délit d'adultère, un adultère éminemment sordide. Il assouvit sa fureur rétrospective sur la pieuvre qu'il vient de capturer dans la nuit algérienne.
Commentaire
On retrouve dans cette nouvelle, dont le ton est amer et grave, le thème cher à Maupassant de la frivolité innée de la femme, de son inconcevable facilité à trahir. Les sentiments sont les mêmes que dans Un fou? et énoncés avec les mêmes frémissements, et presque les mêmes mots.
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Les épingles
Nouvelle
Un don juan reçoit, lune après lautre, dans son appartement, deux amies qui devinent la situation grâce aux différentes petites épingles que chacune delles a lhabitude de laisser fichées sur la toilette. Elles finissent par se mettre daccord pour punir linfidèle par un double abandon.
Commentaire
Cest une histoire aigre-douce.
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Douchoux
Nouvelle
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Le rendez-vous
Nouvelle
Cest lhistoire dun adultère.
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Le port
Nouvelle
Une bande de marins normands qui, par diverses aventures, ont été retenus bien des années loin de leur pays sur leur bateau le Notre-Dame-des-vents arrive du Brésil et débarque à Marseille le 8 août 1886. Ils commencent la visite rituelle des quartiers équivoques, sous la conduite du plus dégourdi et audacieux dentre eux, Célestin Duclos. Après quelques heures dorgie dans un bouge, il choisit une fille pour la nuit. Au matin, il a lidée dinterroger sa compagne improvisée et apprend que ses parents et son frère sont morts plusieurs années auparavant dans une épidémie. Il découvre alors quelle est sa sur cadette, Françoise.
Commentaire
La nouvelle, une des plus connues et des plus discutées de Maupassant, sur un sujet hardi et difficile à traiter, réunit deux thèmes obsédants de son uvre : la prostitution et linceste. En réalité, malgré laudace impressionnante du narrateur, il semble quil soit resté inférieur à son sujet et nait pas réussi à justifier humainement ce drame qui reste trop schématique. Le destin a mystérieusement cheminé, puis éclate en coup de tonnerre. On peut remarquer que le Notre-Dame-des-vents arrive du Brésil le 8 août 1886, donc du même pays et le même jour que le bateau que voit le personnage du Horla.
Elle fut plusieurs fois adaptée au cinéma : en 1933, par le Mexicain Arcady Boytler, sous le titre La mujer del puerto (La femme du port) ; en 1949, par le Mexicain E. Gomez Muriel, de nouveau sous le titre La mujer del puerto ; en 1974, pour la télévision française, par Claude Santelli, sous le titre Le port, le scénario déplaçant l'action de Marseille vers la Normandie et étoffant le récit déléments empruntés à d'autres nouvelles sur lamour vénal : L'odyssée d'une fille (1883) et L'armoire (1884) ; en 1991, par le Mexicain A. Ripstein, encore sous le titre La mujer del puerto.
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La morte
Nouvelle de 6 pages
Le narrateur, qui avait tant aimé sa femme qui venait de mourir, rentre à Paris d'un voyage et se rend au cimetière, une des plus vastes nécropoles de la capitale où les morts sont « plus nombreux que les vivants » et forment « une ville à côté de lautre, celle où lon vit », pour passer une nuit avec sa bien-aimée. Or, s'étant assis sur une tombe, il la sent bouger et en voit sortir un mort qui, de ses doigts squelettiques, efface la pieuse inscription qui sy trouve et y écrit plutôt la cruelle vérité. Bientôt, tous les morts font de même, et il voit sa femme avouer qu'elle l'a trompé.
Commentaire
Dans cette nouvelle dun érotisme macabre, la morte est une figure allégorique : elle ne ressuscite que pour révéler la duplicité de sa nature de femme, lhypocrisie inhérente à tout être humain. Elle est une ruse du Destin, captée par le romancier, pour dissiper tous les mensonges.
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Madame Hermet
Nouvelle de 7 pages
Un médecin révèle : « Les fous mattirent [
] Eux seuls peuvent être heureux sur la terre, car pour eux la réalité nexiste pas. » Puis il raconte latroce histoire de Madame Hermet, une très jolie femme qui, par peur de contracter la variole dont est atteint son fils, sest séparée de lui et la laissé mourir sans le revoir, mais en est devenue folle aussitôt.
Commentaire
La nouvelle fut publiée dans Gil Blas du 18 janvier 1887.
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Maupassant aida financièrement Villiers de lIsle-Adam.
Sa correspondance avec la comtesse Potocka devint passionnée.
Il séjourna près de Vaux, à Paris et à Étretat où il donna une fête où fut représenté Le crime de Montmartre, une sorte de scène de Grand Guignol avant la lettre.
Il fit une croisière à bord du Bel-Ami, visita à Tunis un asile daliénés, fit un voyage en Italie, en dépit de ses graves problèmes de santé.
Au mois doctobre 1889, dans une lettre à Jean Bourdeau, il confiait : « Jai eu des hémorragies violentes de lintestin où les déchirures, aujourdhui cicatrisées, font encore des bosses sensibles. Cest encore un tour de mon système nerveux et de cet odieux régulateur des fonctions physiques quon appelle stupidement le grand sympathique. Le mien grand sympathique, quand un climat ne lui plaît pas, il essaye de me tuer en me fermant un des réseaux, ce qui paralyse un organe. Il ma fait cela pour le cur, pour les jambes, pour lestomac, pour la peau, ce qui ma rendu chauve il y a huit ans. Il vient de me jouer le même tour dans le ventre sans crier gare. Je me suis réveillé une nuit saignant comme une femme en couches. »
Le 13 novembre 1889, Hervé, son frère, mourut, à lasile daliénés. Il laissait une fille que Maupassant prit à sa charge. Le robuste sportif, fier de ses biceps et amoureux du grand air, qui était devenu un être chétif, au faciès ravagé, à lil fixe, tremblait de finir comme son frère.
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Fort comme la mort
(1889)
Roman
Olivier Bertin, peintre devenu célèbre et riche parce quil sest toujours tenu entre lacadémisme et les audaces modernes, est parvenu à une cinquantaine presque heureuse en dissimulant avec succès la médiocrité de sa personnalité. Un amour constant et sincère, rendu plus profond par lamitié, la accompagné jusque-là : la belle Antoinette de Guilleroy, dite Any, femme délaissée dun petit noble normand entièrement pris par la politique, est venue à lui alors quil approchait du seuil de la vieillesse. Mais la fille dAny, Annette, après avoir passé les dernières années auprès de sa grand-mère à la campagne, revient à limproviste. Olivier la connue et aimée alors quelle était enfant et, maintenant quil la retrouve jeune fille, il lui trouve une étonnante ressemblance avec sa mère. Sans quil sen rende compte, la grâce dAnnette, dans laquelle semble revivre la jeunesse passée de la femme aimée, grise ses sens et son âme. Par une suite dincidents cruellement révélateurs, la mère comprend la vérité et la découvre à son vieil ami qui, dabord incrédule et scandalisé, doit pourtant avouer à lui-même et à Any ses sentiments. Depuis cette révélation, ils vivent dans un perpétuel déchirement. Il cache sa passion à la jeune fille qui se mariera sous peu, mais cette contrainte le torture. Comme pour Any, sa plus grande peine est de devoir reconnaître la fuite du temps et la déchéance de la vieillesse. De jour en jour, il a le sentiment dune ruine complète, dun vide intérieur qui le gagne peu à peu. Aussi, lorsquau cours dune de ses promenades mélancoliques, il est renversé par un omnibus et blessé à mort, il voit dans cet accident le signe du destin.
Commentaire
Ce roman, auquel Maupassant se consacra avec un soin particulier, devait traduire, ainsi quil lécrivit à sa mère « une conception de la vie à la fois terrible, tendre et désespérée ». Cette minutieuse étude psychologique, dune lucidité cruelle et assez « mélo » (on y lit : « On finirait par devenir fou, ou par mourir, si on ne pouvait pas pleurer »), considérée comme proche de celles de Paul Bourget, est donc avant tout une histoire damour, le titre étant tiré du Cantique des cantiques : « Lamour est fort comme la mort, et la jalousie est dure comme le sépulcre. » Maupassant y projeta son obsession du vieillissement du corps comme du « cur vermoulu damour », tenta de se libérer de l'angoisse qui saisit tout créateur lorsque approche l'heure du bilan.
Cest aussi un roman sur la peinture où est étudié le rapport quun artiste peut entretenir avec lamour, les analyses réflexives de Bertin étant comme les frémissements dune recherche qui allait sachever dans le monde des Verdurin de Proust.
Cest encore un roman social qui analyse les mécanismes et les rites de ce monde du faux semblant, de l'ennui, de la stérilité du coeur qu'on appelle le grand monde.
Lauteur étant avant tout un nouvelliste, le roman vit plus par des épisodes isolés que par lensemble, mais, grâce à son style finement et minutieusement travaillé, il conserve encore aujourdhui une forte puissance de suggestion poétique.
En 1982, le roman a été adapté pour la télévision par Gérard Chouchan, avec Michel Vitold (Bertin) et Marina Vlady (Anne de Guilleroy).
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Maupassant fit paraître, dans la Revue de lExposition universelle de 1889, une étude intitulée Lévolution du roman du XIXe siècle.
Ses problèmes de santé saggravèrent. En avril 1890, dans une lettre à Robert Pinchon, il se lamenta : « Je suis malade, atteint dun influenza inguérisssable et de névralgies affreuses. Il me faut une chaleur tropicale. » En mai, cest à sa mère quil faisait savoir : « Jai un rhumatisme normand, augmenté et complet [sic] partout et qui paralyse toutes les fonctions. Le mécanisme de mon il suit tous les états de mon estomac et de mon intestin. » À une inconnue, il avouait : « Penser devient un tourment abominable quand la cervelle nest quune plaie. Jai tant de meurtrissures dans la tête que mes idées ne peuvent remuer sans me donner envie de crier. » Dans son Journal à la date du 23 novembre, Edmond de Goncourt nota : « Je suis frappé, ce matin, de la mauvaise mine de Maupassant, du décharnement de sa figure, de son teint briqueté, du caractère marqué, ainsi quon dit au théâtre, qua pris sa personne, et même de la fixité maladive de son regard. Il ne me semble pas destiné à faire de vieux os. En passant sur la Seine, au moment darriver à Rouen, étendant la main vers le fleuve couvert de brouillard, il sécria : Cest mon canotage là-dedans le matin auquel je dois ce que jai aujourdhui ! » Son irritabilité saccentua, et il fit un procès au propriétaire du nouvel appartement quil occupait, avenue Victor-Hugo, sous prétexte quil y avait trop de bruit. Il avait projeté des voyages en Espagne et en Égypte quil ne fit pas. Il reçut les visites dune mystérieuse « dame en gris », Marie Kahn, une juive russe. Il fit une cure à Plombières et une autre à Aix-les-Bains, où il se lia avec le dr Henry Cazalis (en littérature Jean Lahor)..
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La vie errante
(1890)
Recueil de récits de voyages
Commentaire
Maupassant y relata sa croisière de lété précédent et ses pérégrinations en Tunisie, son voyage en Bretagne, le paysage breton devenant lieu de torture, les arbres dont on vient d'ôter l'écorce présentant «un tronc rouge d'un rouge de sang comme un membre décorché » ; ils ont pour le narrateur « des formes bizarres, contournées, des allures d'êtres estropiés, épileptiques qui se tordent » ; et d'ajouter : «Je me crus soudain jeté dans une forêt de suppliciés ... ».
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Linutile beauté
(1890)
Recueil de nouvelles de 388 pages
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Linutile beauté
Nouvelle
La comtesse de Mascaret est une femme bien malheureuse . Elle accuse en effet son mari davoir fait delle « une jument poulinière » en lui donnant une ribambelle denfants. Décidée à en finir, elle lui fait croire quun de ses rejetons est adultérin, tout en se refusant à dire lequel. Le comte, torturé par la jalousie, la supplie de lui livrer le nom de son amant. Il apprend enfin quil ne fut jamais trompé, le mensonge ayant été pour elle un moyen de léloigner de sa couche. Il savise enfin quune femme est un être ayant sa vie propre et digne dembellir la vie de lhomme.
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Le champ doliviers
Nouvelle
Labbé de Villebois est le curé dun petit port provençal. Dans sa jeunesse, alors baron de Villebois, il vivait avec une comédienne quil voulait épouser avant dapprendre quelle le trompait et que lenfant quelle attendait était de son rival. Du coup, il était entré dans les ordres à lâge de trente-deux ans. Or, un soir, de juillet, vient le trouver à sa cure un inconnu loqueteux qui prétend être son fils et lui raconte sa vie de dévoyé. Labbé, révolté par ses confidences, lui ordonne de se retirer. Mais le jeune homme, ivre, brandit un couteau. Labbé fait culbuter une table pour se défendre. La lampe se renverse. Ils demeurent tous deux dans le noir. Soudain, un gong tinte, appelant la servante. Elle accourt et trouve livrogne et labbé étendus, lun cuvant son vin, lautre la gorge tranchée. À personne ne vient lidée que Villebois sétait peut-être donné la mort.
Commentaire
Lenfant rejeté reste enveloppé de mystère comme au jour de sa naissance, car il faut, dans la logique de Maupassant, que ces enfants naissent marqués au front par la malédiction, en marge des autres. Le destin a mystérieusement cheminé, puis éclate en coup de tonnerre : « de l'Eschyle », affirma Taine.
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Mouche
Nouvelle
Cinq jeunes canotiers, qui sont amis, possèdent un bateau et coulent de douces heures sur la Seine. Lun deux amène un soir Mouche, petite barreuse peu farouche qui est sa maîtresse et qui devient celle des quatre autres. Elle est bientôt enceinte sans savoir de qui. Mais les pères sont radieux, et décident dadopter lenfant « collectif ». Cest alors que Mouche tombe dun ponton, ce qui provoque une fausse couche. Devant le désespoir de la jeune femme, lun des canotiers lui dit : « Console-toi, petite Mouche, console-toi, nous ten ferons un autre ».
Commentaire
Maupassant utilisa ses souvenirs de jeunesse, du temps où il canotait à Argenteuil, Bougival ou Chatou, et où il remplit ses yeux dimages impressionnistes.
La nouvelle a été adaptée au cinéma : en 1951, par André Michel dans un des sketches de Trois femmes (Zora, Coralie, Mouche) ; en 1970, par le Tchèque Ivray Herz, pour la télévision : Les doux jeux de l'été passé ; en 1991, sur un scénario de Didier Decoin, par Marcel Carné qui na pu achever le tournage ; en 1999, par lAméricain par Frederic Golchan qui, dans Kimberly, transposa librement la nouvelle en déplaçant laction de nos jours aux États-Unis, et lui donnant un « happy end » « politiquement correct », puisque la barreuse épouse le père de lenfant, le seul des quatre quelle ait connu charnellement.
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Le noyé
Nouvelle
Le marin Patin, garçon brutal, épouse à Fécamp la fille du cabaretier Auban. Comme elle na pas de dot, pendant dix ans, il le lui reproche et la roue de coups. Une tempête, un beau jour, pousse sur la grève les débris de sa barque et les cadavres de ses matelots. Mais le corps du patron nest pas retrouvé. À quelque temps de là, sa veuve achète un perroquet qui se met à linjurier de la voix du défunt. Bouleversée, hors delle-même, elle tue loiseau, le noie, et, devant la cage vide, demande à Dieu pardon de son crime.
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Lépreuve
Nouvelle
Commerçant retiré, Blondel vit paisiblement avec sa femme à Saint-Germain. Un soir, au cours dune discussion, madame Blondel laisse entendre à son mari que la légèreté des femmes est plus répandue quil ne le croit. Lautre aussitôt de se torturer lesprit. Si sa femme la trompé autrefois, ce ne peut être quavec lami Tancret. Il va le trouver, le ramène chez lui pour surprendre sa femme. Lémotion de celle-ci, après tant dannées, en face de Tancret, en dit assez long pour que Blondel ninsiste pas davantage.
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Le masque
Nouvelle
Lors dun bal masqué à lÉlysée-Montmartre, un brillant danseur sécroule subitement. Un médecin appelé en hâte ôte le masque et trouve derrière une figure de vieillard. On transporte le malade chez lui et on interroge sa femme. Elle explique que son mari, qui ne peut se résoudre à vieillir, court tous les bals masqués du quartier depuis plus de quarante ans, ce stratagème lui donnant lillusion de la jeunesse.
Commentaire
La nouvelle a été, avec Le modèle et La maison Tellier, adaptée au cinéma dans le film Le plaisir de Max Ophüls.
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Un portrait
Nouvelle de 4 pages
Le narrateur se demande pourquoi un dénommé Milial est si apprécié de ses proches. Il est lui-même subjugué et fait sa connaissance. Invité chez lui, il y découvre le portrait d'une femme qui a le même charme que lui. Son hôte lui apprend que c'est sa mère, et le narrateur comprend d'où vient l'inexplicable séduction de cet homme.
Commentaire
La nouvelle avait paru dabord dans Le Gaulois du 29 octobre 1888.
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Linfirme
Nouvelle
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Divorce
Nouvelle de 7 pages
Un avocat assure la défense d'une femme qui demande le divorce parce que son mari, déçu par elle qu'il désirait «trop idéalement», serait graduellement devenu amoureux de fleurs et l'aurait négligée.
Commentaire
Maupassant y exprima une méfiance qui traverse toute son uvre : « Les idées nous rendent fou, quand nous ne savons pas leur résister. Cest une sorte de phylloxéra de lâme. »
La nouvelle avait dabord paru dans Gil Blas du 31 août 1886.
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Qui sait?
Nouvelle de 13 pages
Le narrateur est un homme solitaire qui reconnaît : «Je métais attaché beaucoup aux objets inanimés [
] Ma maison était devenue un monde où je vivais dune vie solitaire et active [
] Je me sentais dedans [
] bien heureux comme entre les bras dune femme aimable.» Un soir, rentrant chez lui, il a cette vision hallucinante : il voit tous ses meubles, poussés par une force invisible, sortir de sa villa et senfuir par le jardin. La maison se trouve bientôt vide. Il porte plainte, sans résultat. Parti à leur recherche, il pénètre chez un étrange brocanteur de Rouen, dans les « catacombes dun cimetière de meubles anciens [
] maison vaste et tortueuse comme un labyrinthe » : « Et javançai, perclus, agonisant démotion, mais javançai, car je suis brave, javançai comme un chevalier des époques ténébreuses pénétrait en un séjour de sortilèges. » Il y retrouve ses meubles et avertit la police. Mais elle ne trouve, elle, ni mobilier, ni brocanteur. Seize jours plus tard, il reçoit une lettre de son domestique qui l'informe que tous les meubles sont mystérieusement revenus à leur place dans la maison. Cependant, il n'y retourne pas et va se réfugier dans une maison de santé, craignant que le mystérieux brocanteur ne len chasse : « Les prisons elles-mêmes ne sont pas sûres ».
Commentaire
Dans cette nouvelle écrite en dernier avant la dissociation complète de la personnalité de l'écrivain, son délire paranoïaque atteignit son paroxysme. La phrase qui lui servit de titre et de leitmotiv exprime le doute. Pourtant l'inquiétude qui habite le narrateur n'exclut pas les certitudes. Il a choisi de vivre en solitaire : « Jai toujours été un solitaire, un rêveur, une sorte de philosophe isolé [
] content de peu. » Assez fortuné pour se passer ses caprices. Il préfère aux humains les objets, sa maison, qui lui tiennent compagnie ; il les aime, ils sont à lui. Mais, comme par une obscure vengeance du destin, ces mêmes objets qui font ses délices sont les instruments de son malheur. Un jour, les objets s'animent d'une volonté qui n'est pas la sienne. Il se retrouve dans une « forteresse vide » (comme dit Bruno Bettelheim) et le mur de l'indifférence cesse de le protéger. Tout a disparu, tout s'est refermé. Il nest plus lui-même. Une seule solution dans limmédiat : fuir ce lieu devenu étrange, voyager. On pourrait croire quil guérira en retrouvant ses biens. Il n'en est rien : ils ont été contaminés, ils sont devenus étranges à leur tour, un persécuteur les lui a changés. « Qui sait? » continue-t-il à dire ; mais il sent bien quil est menacé. Moins menacé qu'au début de l'histoire (on est moins seul avec un persécuteur), mais menacé tout de même. Le plus beau, cest quil cherche un refuge et que la psychiatrie intervient à cette occasion. C'est lui qui la sollicite, mais elle lui donne bien peu de choses ; cela suffit pourtant : il a retrouvé un abri, il est isolé, il est protégé, il est soulagé. Il va pouvoir se réfugier dans la stupeur. Mais se débarrasse-t-on jamais d'un double?
La nouvelle avait dabord paru dans Lécho de Paris le 6 avril 1890.
Elle figura aussi dans lanthologie Histoires de délires.
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Notre cur
(1890)
Roman de 300 pages
À Paris, laristocrate, Michèle de Burne, est une Célimène moderne qui tient salon et est entourée dadmirateurs qui incarnent différents types humains : le romancier Gaston de Lamarthe, le musicien Massival, le sculpteur Prédolé, le philosophe Georges de Maltroy, surtout le dillettante André Mariolle, chacun de ces désoeuvrés cultivant sa légende avec soin. Mariolle, célibataire assez riche pour vivre à sa guise, est passionnément épris de Michèle et dévoré de jalousie. Mais, « guérie pour toujours de lamour des hommes [
] délicieuse pourvu quon ne sattache pas à elle », elle ne peut être pour lui quune amie sincère. Il demeure pourtant sous son charme, son cur étant incapable de connaître lapaisement des artistes, et il demande de lamour à une fille du peuple dont la simplicité contraste avec le côté alambiqué de la précieuse.
Commentaire
Ce roman mondain, inspiré par Marie Kahn, une femme que Maupassant voulut dominer sans y parvenir, jugé par certains comme pré-proustien, montre lémergence dun type de femme moderne, le philosophe émettant sur la gent féminine des opinions subversives. Le sculpteur, le seul personnage vrai, dédaigne les robes sophistiquées des femmes du monde pour ne se soucier que de la ligne pure, et ouvre ainsi la voie vers ce qui est à la fois la sublimation la plus élaborée et peut-être aussi le salut. Les portraits alternent avec des descriptions de paysages (Mont-Saint-Michel, Normandie, forêt de Fontainebleau). Mais ce roman est le moins réussi et le moins personnel de ceux de Maupassant, dont le style trahit la fatigue : il sest défait de la verve un peu grosse de la plupart de ses nouvelles et ses nuances sont loin dêtre sans charme.
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En 1890-1891, Maupassant travailla à un roman, L'âme étrangère, qui devait se situer dans une ville d'eau, Aix-les-Bains. Ce projet fut abandonné (les quelques pages écrites furent publiées en 1894) pour un autre, lui aussi inachevé, L'Angélus (les fragments parurent en1895). En 1891, en préface à une traduction des Poèmes et ballades de Swinburne, il donna une Note sur Swinburne. Il donna une édition définitive du recueil La maison Tellier où figura une autre nouvelle :
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Les tombales
Nouvelle
Commentaire
Elle avait dabord paru dans Gil Blas, le 9 janvier 1891.
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Maupassant fit représenter et publier :
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Musotte
(1891)
Comédie en 3 actes
Un don Juan se range en épousant une demoiselle innocente et bien née. La nuit de ses noces, alors quil est encore au domicile de ses beaux-parents, on vient le chercher en toute hâte car sa maîtresse, avec laquelle il avait rompu sans savoir quelle était enceinte, est en train de mourir en couches et lappelle à son chevet. Il part, affolé, assiste la malheureuse à ses derniers instants et, désemparé, revient près de sa femme avec le nouveau-né, épouvanté de laccueil qui lui sera fait. Et, à son excuse embarrassée, si peu vraisemblable malgré sa totale franchise : « Je ne savais rien, moi
cest le médecin qui ma fait venir », sa femme répond simplement : « Eh bien ! nous lélèverons, ce petit ».
Commentaire
Maupassant avait repris, dans cette pièce écrite en collaboration avec Jacques Normand, lhistoire quil avait déjà racontée dans sa nouvelle Lenfant.
Elle fut jouée au Gymnase le 4 mars et remporta du succès.
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La paix du ménage
(1893)
Comédie en deux actes
Commentaire
Cest une comédie de salon.
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Le père Milon. Contes inédits
(posthume, 1899)
Recueil de nouvelles de 292 pages
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Le père Milon
(1883)
Nouvelle
Commentaire
En 1908, elle a été adaptée au cinéma par Firmin Gémier (France).
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Par un soir de printemps
(1881)
Nouvelle
Tante Lison, le personnage du roman Une vie
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Le colporteur
(posthume, 1900)
Recueil de nouvelles de 346 pages
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Les dimanches dun bourgeois de Paris
(posthume, 1901)
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Victime dune pathologie héréditaire, dune vie mondaine tapageuse, de son tempérament de viveur, à une époque où, en même temps que le plaisir, on recevait la pourriture de la syphilis, quon ne soignait pas parce quon pensait quelle était bénéfique, quelle donnait à lhomme une nouvelle vigueur, Maupassant connut une fin de vie atroce. Et la folie n'était jamais loin de la maladie vénérienne. Les exutoires qui l'avaient, un temps, aidé à tenir, canotage sur la Seine, natation, voyages, facilités du luxe et de la dépense, vie sexuelle intense, don juanisme pathologique, plaisir de la volupté ne firent plus qu'ajouter de la violence à celle de la maladie, qui le harcela, le harassa, lui «arracha le cerveau par le nez», le poussa, afin de soulager ses douleurs et le surmenage intellectuel, à user de drogues diverses qui provoquèrent chez lui des maux de tête, des troubles nerveux, des crises de violence, des hallucinations répétées, des impressions de dédoublement, des terreurs effroyables, une hantise de la mort.
Comme il souffrait de l'estomac, des yeux, de partout, que ses troubles mentaux saggravèrent, quil se prétendait menacé par des colonies de microbes, quil jurait que son double lui rendait visite la nuit, quil sen prenait à son éditeur, à des journalistes, à des médecins qui, disait-il, le persécutaient, en 1891, il fit une cure thermale à Divonne et réclama impérativement «la douche de Charcot». Mécontent des soins quil recevait et devenu dune nervosité inquiétante, il alla, sur les conseils de Taine, à Champel, dont il attendit merveille, ainsi quil lécrivit à sa mère dans une lettre du 27 juin : « Jallais me sauver je ne sais où, vers le soleil, très hésitant, quand je reçus une lettre de Taine me conseillant fort létablissement de Champel, à dix minutes de Genève. Il y fut guéri lan dernier en quarante jours dune maladie toute pareille à la mienne - impossibilité de lire, décrire, de tout travail de la mémoire. Il se crut perdu. Il fut guéri en quarante jours. Mais il revint cette année juste à temps. Le poète Dorchain y est en ce moment avec les mêmes accidents que moi. Il a retrouvé le sommeil, rien que ça. Parbleu, cest tout, ça ! Cazalis ma donné rendez-vous à Genève. Il ma trouvé si bonne mine, lair si fort, quil sest écrié : Vous êtes guéri !» Mais Auguste Dorchain rapporta : «Jétais à Champel-les-Bains, près de Genève, pour demander aux eaux glacées de lArve et à lair vivifiant des hauteurs la guérison dune fatigue nerveuse, quand un jour on mannonça la visite de Guy de Maupassant, que le docteur Cazalis amenait à létablissement thermal. Je lai conduit ici, me dit à part lami commun pour lui faire croire quil na comme vous quun peu de neurasthénie et pour que vous lui disiez que ce traitement vous a déjà soulagé et fortifié beaucoup Hélas ! son mal nest pas le vôtre, vous ne tarderez pas à le voir.»
En novembre et décembre, il engagea des procès avec ses éditeurs, pour des vétilles. Il eut aussi des démêlés avec un romancier, avec un journal de New York. Dans son entourage, on nhésitait plus à parler de sa folie et Goncourt, qui ne lui avait pas pardonné son Étude sur le roman, rapporta dans son Journal le 9 décembre : «Maupassant serait attaqué de la folie des grandeurs, il croirait quil a été nommé comte et exigerait quon lappellât Monsieur le comte. Popelin, prévenu quil y avait un début de bégaiement chez Maupassant, ne remarquait pas ce bégaiement à Saint-Gratien, cet été, mais était frappé du grossissement invraisemblable de ses récits.» Quatre jours auparavant, Maupassant écrivait à son avoué, Me Jacob : «Je suis tellement malade que jai bien peur dêtre à la mort dans quelques jours par suite dun traitement quon ma fait suivre.» À Noël, alors quil devait aller chez sa mère, à Nice (il était alors à Cannes, au chalet de lIsère), il fut relancé par deux amies parisiennes, vraisemblablement Marie Kahn et sa sur, Mme Albert Cahen, et ils allèrent réveillonner tous les trois aux îles Sainte-Marguerite. À loccasion du Nouvel An, il dîna chez sa mère. Au cours du repas, il fut particulièrement excité, ce qui inquiéta vivement son entourage. Malgré les supplications de sa mère, qui craignait le pire et voulait le retenir près delle, il repartit très tôt à Cannes. Au cours de la nuit, se rendant compte quil plongeait dans laliénation mentale, il tenta de se suicider avec, geste dérisoire et significatif, un coupe-papier en métal ! Mais la blessure fut superficielle. Il eut dautres crises de démence et fut ramené de Nice à Paris en camisole de force. Le 8 janvier 1892, il fut interné à Passy, dans la clinique la plus chic et la moins inhumaine de Paris, celle des docteurs Blanche et Meuriot, aliénistes célèbres au XIXe siècle, le premier ayant déjà tenté de soulager Nerval. Il senfonça chaque jour davantage dans cet atroce gâtisme quamène la paralysie générale. Réduit à létat de bête, il lutta encore dix-huit mois contre le tabès et la confusion mentale, tantôt prostré, tantôt rendu furieux par des souffrances atroces. «Il s'animalise», nota Edmond de Goncourt. On dit qu'il lui arrivait, à la fin, d'aboyer. Les médecins se rendirent compte quil ny avait plus quà attendre la mort.
Il ne pouvait plus écrire que des lettres qui apparaissent comme une face personnelle et déchirante de son uvre : « Je suis tout à fait malade. Je n'y vois plus du tout. » - « Mon esprit suit des vallons noirs qui me conduisent je ne sais où. » - « Je vous assure que je perds la tête. Je deviens fou ».
Terrassé par une convulsion, il mourut le 6 juillet 1893, «des suites dune syphilis à marche neurotrope». Mourait à l'âge de quarante-trois ans, alors qu'il était fêté partout, celui quon a appelé «un météore», que la maladie et la folie avaient emporté en le préservant de cette dégadation perfide évoquée avec angoisse dans bon nombre de ses écrits.
Ses obsèques furent célébrées à Saint-Pierre de Chaillot. Il fut inhumé sans cercueil au cimetière Montparnasse (vingt-sixième section). Henri Céard prononça son éloge funèbre.
Il avait pris des dispositions en faveur des trois enfants quil avait eus de Joséphine Litzelmann : Lucien, Lucienne et Marguerite (nés en 1883, 1884 et 1887) quil navait pas reconnus mais aux besoins desquels il avait subvenu. Mais sa mère employa tous les moyens (y compris le vol de lettres) pour faire disparaître la moindre trace de cette liaison et de cette descendance.
En 1897 fut inauguré à Rouen un monument à sa mémoire.
En 1911, François Tassart, le valet de chambre qui lavait suivi dans tous ses déplacements, publia : Souvenirs sur Guy de Maupassant.
En dix ans seulement, il avait édifié toute son uvre.
Influencé par le pessimisme implacable de Schopenhauer pour qui le monde est un chaos impénétrable sur lequel lêtre humain na aucun pouvoir, la vie nayant ni but ni sens, lamour nétant quun piège que nous tend linstinct génésique, et par le déterminisme qui lui venait de Flaubert et de Tourgueniev, il fut un misanthrope animé du dégoût profond de la fréquentation des êtres humains, un matérialiste amer hostile à tous les systèmes, qui trouvait que tout est dérision et futilités, que tout est pourri et odieux, absurde, que rien na de sens, un grand souffle de désillusion passant sur son uvre Il ne croyait ni à lamour, ni à lamitié, ni à la religion, ni à la science ni au progrès. Et Dieu nétait pour lui quun insensible démiurge qui a, depuis toujours, tourné le dos à sa création. Mais il y a tout de même place pour un attentisme inquiet et un fatalisme qui nexclut pas lespoir comme on le voit à la fin dUne vie : «La vie, voyez-vous, ça nest jamais si bon ni si mauvais quon croit.»
Poussé par le désenchantement vers les naturalistes, il neut en fait de commun avec eux que limportance accordée à la détermination héréditaire et sociale, lintérêt porté à lhumanité moyenne, aux petites passions et aux grands appétits, et une prédilection pour les sujets qui choquent la bienséance. Hostile à toute école, il rejeta une esthétique figée qui engendrait des uvres à tendance. Son naturalisme était plutôt un défi à la littérature conventionnelle. Les vérités crapuleuses y servirent à affronter une société hypocrite à elle-même, à «surprendre lhumanité sur le fait». Affronter et surprendre, rien de plus. En vrai sceptique, il ne milita en faveur daucun espoir. Son idéal resta «lesthétique de lobservation» de Flaubert qui conférait une importance égale à tout et à tous, à condition quon découvre linconnu que «la moindre chose contient». «Il faut se hâter de rire des choses pour nêtre pas forcé den pleurer» : la gravité de son pessimisme seffaça souvent devant un esprit sceptique, tantôt grivois, tantôt gaulois, enclin à la satire. Lhumour fait partie intégrante de «la méthode objective» : cest lui qui lui permit dexprimer une profonde humanité à laquelle il ne donna jamais libre cours ; grâce au rire, il prit de la distance à légard de ses personnages, objets de son mépris et de sa compassion, dont il samusa ou sattrista, ne sérigeant jamais en juge.
À ses yeux, toute valeur est relative, toute connaissance est incomplète : témoin de leffondrement des grands absolus, il assuma avec lucidité lincertitude quimplique une vision relativiste du monde. Ses récits étaient fondés sur le contraste entre les différents systèmes de normes en usage, et la pointe finale, élément privilégié de ses nouvelles, marque le moment où éclate la contradiction poussée jusquà labsurde. Ainsi sopposent les règles de la morale idéale à celles de la morale courante, les sentiments aux impératifs de la société. Bien ou mal deviennent des notions indéfinissables, les plus grands coupables sont dignes de compassion. Le hasard qui règne sur la vie amène le divorce entre intention et résultat. En raison de ce désarroi, les rapports de cause à effet sont à tel point brouillés que la logique ne suffit plus pour connaître la vérité : en dernière instance, cest le cas individuel qui soppose à la loi pour lanéantir, les mystères psychologiques se révélant aussi insondables que les forces aveugles du monde environnant. Cest dans cette perspective quil faut comprendre les nouvelles fantastiques : certains cas humains qui dépassent la norme sont inexplicables par la simple logique.
Il a laissé une comédie humaine terrible, truculente, grivoise, où sagitent des paysans matois, des bourgeois niais, des déshérités auxquels il voua une tendresse très pudique ; comédie qui nest pas alourdie comme luvre de Zola, par des considérations sociales, scientifiques ou politiques. Son scepticisme ne fut pas dogmatique, car il nétait pas un théoricien, probablement même pas ce quon appellerait aujourdhui un intellectuel. Il y eut de lironie dans son désespoir, de la tendresse dans sa cruauté, tout renvoyant à lhorreur dun monde grotesque , sans espoir de salut.
Il ne fut pas non plus un théoricien du roman (son principal texte théorique étant lessai intitulé Le roman qui servit dintroduction à Pierre et Jean), ni un critique littéraire assidu, à la différence de Zola, des Goncourt ou de Flaubert. Ses conceptions littéraires sexprimèrent surtout dans ses chroniques journalistiques et notamment dans celles quil consacra à ses «maîtres» (Flaubert, Goncourt, Zola) ou à lopposition, sur laquelle il revint souvent, entre le journaliste chroniqueur et le véritable romancier.
Lharmonie de lécriture se fonde sur la limpidité dun style dépouillé, légèrement impressionniste, procédant par touches, style quon a parfois taxé de platitude alors quil est précis, exigeant et travaillé, savamment simple, se contentant de notations brèves et aiguës sur le décor et sur les personnages.
Mais la construction est sévère, surtout dans les nouvelles qui, centrées sur un fait marquant, sur un trait saillant, ne montrent quune seule facette de la réalité, ne reflètent lessence quà travers le phénomène. Et il savait comme nul autre raconter des histoires, bénéficiant dune intelligence intuitive de ce que le public attend dune littérature de fiction : quelle lui propose des fictions qui sachent le captiver, qui soient tout ensemble crédibles et touchantes.
André Durand
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