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En France, elles sont alors 300 000 femmes à avorter clandestinement chaque année. ... Il va de soi que nous n'avons pas comme les autres êtres humains le droit de .... Vous êtes une espèce d'Antigone qui aurait triomphé de Créon. ... voix de droite La surprise fut l'adoption du texte par le Sénat avec une relative facilité.




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Histoire première Bac Pro
Situation 3
Simone Veil et le débat sur l’IVG
La lutte pour la maîtrise des naissances est-elle un combat de femme ?



Mardi 11 mai 2010
I. Broux- S. Lefrançois
Simone Veil et le débat sur l’IVG : dans les années 70, la lutte pour la maitrise des naissances est-elle un combat de femme ?
Contextualisation de la situation:
Le mardi 26 novembre 1974 commence la bataille parlementaire la plus passionnelle de notre histoire. À 16 heures, Simone Veil monte à la tribune de l'Assemblée nationale pour défendre son projet de loi autorisant l'avortement.
En France, elles sont alors 300 000 femmes à avorter clandestinement chaque année. 300 000 criminelles selon la loi pénale de 1920, une loi obsolète et ouvertement bafouée. Ministre depuis à peine six mois, encore inconnue des Français, Simone Veil vient porter le combat des femmes face à une Assemblée d'hommes hostiles. Pendant trois jours et deux nuits, elle affronte 74 orateurs, endure les diatribes les plus enflammées, subit jusqu'aux accusations ignobles de racisme nazi ou d'eugénisme, elle, déportée à Auschwitz. Mais Simone Veil tient tête. Au petit matin du 29 novembre 1974, après 25 heures de débats et de tumultes, la loi sur l'interruption volontaire de grossesse est enfin votée par 284 voix contre 189, mettant fin à des siècles d'interdits et à des décennies d'hypocrisie.
Introduction :
Qui est Simone Veil ?
Qu’est - ce que l’IVG ?
Quels autres domaines propres aux femmes sont un enjeu législatif dans les années 7O ?
Que va changer le combat de Simone Veil ?



La situation répressive d’avant 1974 est-elle efficace ?
Une situation ouvertement dénoncée :



Manifestation pourl’ IVG en 1970.


Qui  s’exprime dans ces deux documents ? A quel sujet ?
Dans quelles conditions sont exprimées leur opinion ?
Quelles revendications sont faites dans « le Manifeste des 343 » ?
Dans quelle relation est évoquée la notion de genre ?

HYPERLINK "http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20071127.OBS7018/le-manifeste-des-343-salopes-paru-dans-le-nouvel-obs-en-1971.html"Le "Manifeste des 343 salopes" 
Voici le  HYPERLINK "manifeste%20des%20343.doc" "manifeste des 343 salopes" qui ont le courage de dire "Je me suis fait avorter". Manifeste paru dans le Nouvel Observateur n°334 du 5 avril 1971.
Un million de femmes se font avorter chaque année en France.
Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples.
On fait le silence sur ces millions de femmes.
Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté.
De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre.
La complexité des émotions liées à la lutte pour l’avortement indique avec précision notre difficulté d’être, le mal que nous avons à nous persuader que cela vaut le coup de se battre pour nous.
Il va de soi que nous n’avons pas comme les autres êtres humains le droit de disposer de notre corps. Pourtant notre ventre nous appartient.
L’avortement libre et gratuit n’est pas le but ultime de la lutte des femmes. Au contraire il ne correspond qu’à l’exigence la plus élémentaire, ce sans quoi le combat politique ne peut même pas commencer. Il est de nécessité vitale que les femmes récupèrent et réintègrent leur corps. Elles sont celles de qui la condition est unique dans l’histoire : les êtres humains qui, dans les sociétés modernes, n’ont pas la libre disposition de leur corps.

L’objectif est de montrer que les femmes célèbres comme les anonymes prennent la parole pour amorcer les changements qu’elles souhaitent voir opérer.
L’IVG est une pratique clandestine et ses défenseuses s’affichent littéralement.
Le nombre important de signataires célèbres prouve l’inefficacité de la loi.
On fait noter que la gente masculine est la grande absente de ces démonstrations de prise de conscience et de refus du maintien des lois injustes qui ne concernent qu’une partie de la population.


 2. La loi comme aboutissement d’un combat régulier.
Qui est Simone Veil en 1974 ?
On travaille à partir d’une recherche biographique thématique sur Simone Veil et on oriente la recherche des élèves :
Qui est Simone Veil ?
Quels sont les événements de sa vie qui ont marqué son existence ?
Pour quoi est-elle reconnue aujourd’hui ?
Comment devient-elle un personnage de l’histoire de France ?
On propose aux élèves de travailler en groupes autour d’un des trois documents de sources différentes et qui traite d’au moins un aspect de sa vie.
Document 1 : article Simone Veil de HYPERLINK "Biographie%20de%20Simone%20Veil%20sur%20Wikipédia.doc"  Wikipédia
Simone Veil, née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Nice" \o "Nice" Nice ( HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Alpes-Maritimes" \o "Alpes-Maritimes" Alpes-Maritimes), est une  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Personnalit%C3%A9_politique" \o "Personnalité politique" femme politique  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/France" \o "France" française.
Rescapée de la  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah" \o "Shoah" Shoah, elle fait carrière dans la  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Magistrature" \o "Magistrature" magistrature jusqu'à sa nomination comme  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_ministres_fran%C3%A7ais_de_la_Sant%C3%A9/Sant%C3%A9_publique" \o "Liste des ministres français de la Santé/Santé publique" ministre de la Santé, en mai 1974. À ce poste, elle fait notamment adopter la «  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Veil" \o "Loi Veil" loi Veil », promulguée le 17 janvier 1975, qui autorise l' HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Avortement" \o "Avortement" avortement en  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/France" \o "France" France.
De  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/1979" \o "1979" 1979 à  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/1982" \o "1982" 1982, elle est la première femme à présider le  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Parlement_europ%C3%A9en" \o "Parlement européen" Parlement européen élu au suffrage universel. Ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_%C3%89douard_Balladur" \o "Gouvernement Édouard Balladur" gouvernement Édouard Balladur, elle siège au  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_constitutionnel_(France)" \o "Conseil constitutionnel (France)" Conseil constitutionnel de  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/1998" \o "1998" 1998 à  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/2007" \o "2007" 2007.
Simone Veil est la femme préférée des Français en  HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/2010" \o "2010" 2010, selon un sondage réalisé par l' HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_fran%C3%A7ais_d%27opinion_publique" \o "Institut français d'opinion publique" Ifop HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Veil" \l "cite_note-0" [1]. Élue à l' HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_fran%C3%A7aise" \o "Académie française" Académie française, elle entre sous la Coupole le 18 mars 2010.

Document 2 :  HYPERLINK "bio%20veil/bio%20simone%20veil.doc" le discours de Jean Dormesson  pour l’élection de Simone Veil à l’Académie française le 18 mars 2010.
L’histoire commence comme un conte de fées. Il était une fois, sous le soleil du Midi, à Nice, une famille sereine et unie à qui l’avenir promettait le bonheur et la paix... Vous êtes la petite dernière de cette famille Jacob qui est juive et très française, patriote et laïque… Le 3 septembre 1939, la guerre éclatait. Le 10 mai 40, l’offensive allemande se déclenchait. Le 13 mai, Winston Churchill prononçait à la Chambre des Communes un des discours les plus célèbres de l’histoire. « Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la sueur et des larmes. » Le paradis terrestre où vous aviez vécu s’engloutissait dans le passé… Le 29 mars 1944, vous passez à Nice les épreuves du baccalauréat, avancées de trois mois par crainte d’un débarquement allié dans le Sud de la France. Le lendemain, 30 mars, en deux endroits différents, par un effroyable concours de circonstances, votre mère, votre sœur Milou, votre frère Jean et vous-même êtes arrêtés par les Allemands… Des déportés vous attendent sur la rampe de débarquement… La nuit même de votre arrivée au camp, les kapos vous font mettre en rang et un numéro indélébile vous est tatoué sur le bras. Vous êtes le n° 78651. Vous appartenez désormais, avec des millions d’autres, au monde anonyme des déportés… L’histoire des hommes est tragique et risible : en rentrant des épreuves atroces de la déportation, vous apprenez que vous avez été reçue aux épreuves dérisoires de ce bac passé à seize ans, la veille même de votre arrestation, le 29 mars 1944. Vous avez toujours eu envie de devenir avocate...Puis vous décidez de passer le concours de la magistrature… De 1957 à 1964, ce sont sept années harassantes et qui vous passionnent… Un soir, à un dîner chez des amis, où se fait sentir une certaine ironie à l’égard de l’improbable journalisme féminin et de ses vaticinations, le téléphone sonne. La maîtresse de maison vous fait un signe : c’est pour vous. Au bout du fil, Jacques Chirac qui vient d’être désigné comme Premier ministre par Giscard. Il vous offre d’entrer dans son gouvernement que le président Giscard d’Estaing, en novateur, souhaite aussi large que possible. Vous n’hésitez pas longtemps. Vous devenez ministre de la Santé. Vous êtes la seule femme ministre : Françoise Giroud, avec qui vous entretiendrez des relations qui ne seront pas toujours chaleureuses, est secrétaire d’État à la Condition féminine… C’est Michel Poniatowski qui vous parle le premier d’un problème urgent et grave : l’avortement clandestin. On pouvait imaginer que cette question relevât du ministère de la Justice. Mais le nouveau garde des Sceaux, Jean Lecanuet, pour désireux qu’il fût de traiter cette affaire, n’était pas convaincu de l’urgence du débat. C’est vous que le président de la République et le Premier ministre vont charger de ce dossier écrasant… Les attaques sont violentes. À certains moments, le découragement s’empare de vous. Mais vous vous reprenez toujours. Vous êtes une espèce d’Antigone qui aurait triomphé de Créon. Votre projet finit par être adopté à l’Assemblée nationale par une majorité plus large que prévu : deux cent quatre-vingt-quatre voix contre cent quatre-vingt-neuf. La totalité des voix de gauche et – c’était une chance pour le gouvernement – une courte majorité des voix de droite La surprise fut l’adoption du texte par le Sénat avec une relative facilité. C’était une victoire historique. Elle inscrit à jamais votre nom au tableau d’honneur de la lutte, si ardente dans le monde contemporain, pour la dignité de la femme… Aux élections européennes de juin 1979, la liste que vous entraînez, sur proposition du président Giscard d’Estaing, en compagnie de Jean François Deniau, dont vous me permettrez de prononcer le nom avec affection, remporte une victoire éclatante : elle arrive première, assez loin devant celle du parti socialiste, plus de dix points au-dessus de la liste gaulliste. Vous voilà député à Strasbourg. Et, dès la première séance, à la mi-juillet, avec trois voix de plus que la majorité absolue, vous êtes élue, pour trente mois, à la présidence du Parlement européen… Le 30 mars 1993, après avoir quitté la scène européenne, vous êtes sur le point de vous envoler pour la Namibie où vous appelle la lutte contre le sida quand un coup de téléphone vous surprend une fois de plus : Édouard Balladur, le tout nouveau Premier ministre de la deuxième cohabitation vous propose de revenir au ministère de la Santé, élargi ce coup-ci aux Affaires Sociales et à la Ville, avec rang de ministre d’État… Vous décidez alors de vous inscrire à l’U.D.F. Mais vos relations se révèlent vite difficiles – et c’est plutôt une litote – avec son secrétaire général, François Bayrou… Vous avez une passion pour la politique, mais dès qu’elle devient politicien Vous accomplirez au sein de la haute magistrature des tâches essentielles que le temps m’empêche d’énumérer dans le détail. Disons rapidement que vous y confirmez la loi sur la bio-éthique et que vous y tranchez le débat récurrent de la primauté du droit communautaire sur la législation nationale.ne, elle cesse de vous intéresser. Vous n’hésitez pas longtemps : vous renoncez à la politique… Disons-le sans affectation : au cœur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale…Il y a en vous comme un secret : vous êtes la tradition même et la modernité incarnée. Je vous regarde, Madame : vous me faites penser à ces grandes dames d’autrefois dont la dignité et l’allure imposaient le respect… Vous le savez bien : ici, sous cette Coupole, nous avons un faible pour les coups d’encensoir… Ces rêves d’enfant, les membres de notre Compagnie les partagent à leur tour. Aussi ont-ils choisi de vous prendre à jamais comme consœur. Je baisse la voix, on pourrait nous entendre : comme l’immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame. Soyez la bienvenue au fauteuil de Racine qui parlait si bien de l’amour.

Document 3 :  HYPERLINK "http://www.assemblee-nationale.fr/index.asp" 
Née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes)
Membre du Gouvernement :
 HYPERLINK "http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/gvt5rep.asp" Ministre de la santé (Gouvernement Chirac) du 28 mai 1974 au 25 août 1976
 HYPERLINK "http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/gvt5rep.asp" Ministre de la santé (premier gouvernement Barre) du 27 août 1976 au 29 mars 1977
 HYPERLINK "http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/gvt5rep.asp" Ministre de la santé et de la sécurité sociale (deuxième gouvernement Barre) du 30 mars 1977 au 31 mars 1978
 HYPERLINK "http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/gvt5rep.asp" Ministre de la santé et de la famille (troisième Gouvernement Barre) du 5 avril 1978 au 4 juillet 1979
 HYPERLINK "http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/gvt5rep.asp" Ministre d'État, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville (Gouvernement Balladur) du 30 mars 1993 au 11 mai 1995

DÉPÔTS
En qualité de ministre de la santé :
— Projet de loi relatif à l'interruption volontaire de grossesse (n° 1297). [15 novembre 1974].
— Projet de loi modifiant le livre V du code de la santé publique et concernant la fabrication, l'importation et la mise sur le marché des produits cosmétiques et des produits d'hygiène corporelle (n° 1484) [2 avril 1975].
— Projet de loi relatif à la lutte contre le tabagisme (n° 2149) [2 avril 1976].
— Projet de loi modifiant certaines dispositions du code de la santé publique relatives à l'exercice des professions médicales (n° 2602) [3 novembre 1976].
— Projet de loi modifiant certaines dispositions du livre V du code de la santé publique relatives aux préparateurs en pharmacie et aux règles générales de la pharmacie d'officine (n° 2751) [2 avril 1977].
— Projet de loi instituant le complément familial (n° 2829) [27 avril 1977].
— Projet de loi relatif à l'amélioration de la situation des conjoints survivants (n° 2872) [12 mai 1977].
— Projet de loi portant majoration des pensions de vieillesse de certains retraités (n° 2873) [12 mai 1977].
— Projet de loi modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales et de la loi n° 70-1318 du 31 décembre 1970 portant réforme hospitalière et portant dérogation, à titre temporaire, pour certains établissements hospitaliers publics ou participant au service public hospitalier, aux règles de tarification ainsi que, pour les soins donnés dans ces établissements, aux modalités de prise en charge (n° 3210) [14 novembre 1977].
— Projet de loi instituant le complément familial dans les départements d'outre-mer (n° 3213) [14 novembre 1977].Projet de loi relatif aux régimes d'assurance maladie, invalidité, vieillesse applicables aux ministres des cultes et membres des congrégations religieuses (n° 3227) [18 novembre 1977]
— Projet de loi relatif à la généralisation de la sécurité sociale (n° 3228) [18 novembre 1977].
— Projet de loi relatif à la protection de la maternité dans les départements d'outremer, (n° 3232) [22 novembre 1977].

On propose aux élèves une pose ludique autour des différents portraits photographiques de Simone Veil afin de les familiariser avec le personnage et repérer les différentes étapes de sa vie.
Version rapide : visionner le diaporama de Simone Veil par elle-même sur le site de  HYPERLINK "http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/simone-veil-par-elle-meme_501275.html" l’express.fr
Version moins rapide : replacer les photos de S. Veil en marge de sa biographie au moment qui semble correspondre.
Document iconographique : Simone Veil en portrait

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Simone Veil au travail
Une affaire de femme face à une assemblée d’hommes
Il s’agit de montrer la difficulté pour Simone Veil de proposer la loi autorisant l’avortement et l’isolement de cette femme député face à ses pairs. Il s’agit également de faire réfléchir les élèves sur le statut féminin de Simone Veil et trancher de l’influence de celui-ci sur le débat en relation avec la problématique de la situation.
Document : photo/montage des portraits des 70 orateurs faces à Simone Veil lors du débat à l’Assemblée Nationale.
De quels individus se compose l’Assemblée Nationale de 1974 ? Comment ce contexte accentue la difficulté de faire voter une loi qui dépénalise l’avortement ? Pourquoi ?
Ou
Document :  HYPERLINK "liste%20des%20intervants.doc" liste des intervenants par séance lors des Débats sur le projet de loi d'interruption volontaire de la grossesse du 26 novembre au 19 décembre 1974.



b- Le texte fondateur de la situation
On étudie le discours de Simone Veil à la tribune de l’Assemblée Nationale parce que c’est le point de départ de la situation. C’est un document du patrimoine français. On insiste sur la solennité du discours de Madame la Député, sur les précautions oratoires prises par Simone Veil pour relever sa position individuelle face à un problème de société qui semble restreint au seul genre féminin.
Document : le mardi 26 novembre 1974 discours de Simone Veil à la tribune de l’Assemblée Nationale

Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, si j’interviens aujourd’hui à cette tribune, ministre de la santé, femme et non parlementaire, pour proposer aux élus de la nation une profonde modification de la législation sur l’avortement, croyez bien que c’est avec un profond sentiment d’humilité devant la difficulté du problème, comme devant l’ampleur des résonances qu’il suscite au plus intime de chacun des Français et des Françaises, et en pleine conscience de la gravité des responsabilités que nous allons assumer ensemble.
Mais c’est aussi avec la plus grande conviction que je défendrai un projet longuement réfléchi et délibéré par l’ensemble du Gouvernement, un projet qui, selon les termes mêmes du Président de la République, a pour objet de « mettre fin à une situation de désordre et d’injustice et d’apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps ».
Si le Gouvernement peut aujourd’hui vous présenter un tel projet, c’est grâce à tous ceux d’entre vous – et ils sont nombreux et de tous horizons – qui, depuis plusieurs années, se sont efforcés de proposer une nouvelle législation, mieux adaptée au consensus social et à la situation de fait que connaît notre pays.
C’est aussi parce que le Gouvernement de M. Messmer avait pris la responsabilité de vous soumettre un projet novateur et courageux. Chacun d’entre nous garde en mémoire la très remarquable et émouvante présentation qu’en avait faite M. Jean Taittinger.
C’est enfin parce que, au sein d’une commission spéciale présidée par M. Berger, nombreux sont les députés qui ont entendu, pendant de longues heures, les représentants de toutes les familles d’esprit, ainsi que les principales personnalités compétentes en la matière.
Pourtant, d’aucuns s’interrogent encore : une nouvelle loi est-elle vraiment nécessaire ? Pour quelques-uns, les choses sont simples : il existe une loi répressive, il n’y a qu’à l’appliquer. D’autres se demandent pourquoi le Parlement devrait trancher maintenant ces problèmes : nul n’ignore que depuis l’origine, et particulièrement depuis le début du siècle, la loi a toujours été rigoureuse, mais qu’elle n’a été que peu appliquée.
En quoi les choses ont-elles donc changé, qui oblige à intervenir ? Pourquoi ne pas maintenir le principe et continuer à ne l’appliquer qu’à titre exceptionnel ? Pourquoi consacrer une pratique délictueuse et, ainsi, risquer de l’encourager ? Pourquoi légiférer et couvrir ainsi le laxisme de notre société, favoriser les égoïsmes individuels au lieu de faire revivre une morale de civisme et de rigueur ? Pourquoi risquer d’aggraver un mouvement de dénatalité dangereusement amorcé au lieu de promouvoir une politique familiale généreuse et constructive qui permette à toutes les mères de mettre au monde et d’élever les enfants qu’elles ont conçus ?
Parce que tout nous montre que la question ne se pose pas en ces termes. Croyez-vous que ce gouvernement, et celui qui l’a précédé se seraient résolus à élaborer un texte et à  vous le proposer s’ils avaient pensé qu’une autre solution était encore possible ?
Nous sommes arrivés à un point où, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus éluder leurs responsabilités. Tout le démontre : les études et les travaux menés depuis plusieurs années, les auditions de votre commission, l’expérience des autres pays européens. Et la plupart d’entre vous le sentent, qui savent qu’on ne peut empêcher les avortements clandestins et qu’on ne peut non plus appliquer la loi pénale à toutes les femmes qui seraient passibles de ses rigueurs.
Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu’elle est déplorable et dramatique.
Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l’écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies  est tel qu’il n’y a plus à proprement parler de répression, c’est le respect des citoyens pour la loi, et donc l’autorité de l’État, qui sont mis en cause.
Lorsque les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d’organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l’étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d’anarchie qui ne peut plus continuer.
Mais ? me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?
Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c’est bien qu’ils s’y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu’ils ne peuvent méconnaître. Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays  voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.
C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser. [...]
On utilise le discours pour repérer la situation de détresse dans laquelle sont les femmes avant 1974 et entériner la première partie de l’étude de la situation ainsi que l’inadaptation de la loi en vigueur face au problème de la grossesse non désirée. On insiste sur les progrès de la proposition de loi et sur la réparation d’une injustice par la législation. On termine par la mise en évidence du progrès humain que constitue cette loi en soulevant le passage d’une loi répressive à une loi juste, vectrice de progrès social.

Document : vidéo du discours de Simone Veil à la tribune de l’Assemblée Nationale
Séquence vidéo tirée des archives de l’INA 
On peut proposer un arrêt sur image afin de faire remarquer aux élèves que Simone Veil est à cette date la deuxième femme ministre après Germaine Poinso-Chapuis. Le public est essentiellement masculin entre 9 et 13 femmes soit 2%. L’oratrice a une physionomie stricte (tailleur, chignon, perles, manches longues (tatouage des camps caché), présence d’une féminité discrète . Elle a conscience de poser pour la postérité, c’est une photo historique. La tribune montre les symboles de la République. Simone Veil est une femme reconnue pour son courage, sa sincérité et sa compétence.

Document du  HYPERLINK "scutin.pdf" scrutin du vote
La forte majorité des députés votent pour la loi Veil (284+ et 189-) dont tous les socialistes sauf un) et tous les communistes. Les votes contre sont du coté de la droite alors même que Simone Veil fait partie de cette majorité politique. En conséquence il reste à comprendre pour les élèves que le débat dépasse la notion de genre tout comme la question politique.
La bataille menée en faveur de l’IVG est une étape dans la prise de conscience des injustices de la société envers les femmes. Le fait d’être présentée par une femme apporte une dimension émotionnelle supplémentaire mais n’entame pas le fait que la maîtrise de la fécondité est perçue comme un problème de société en général. La loi Veil est prononcée provisoirement en 1974 et promulguée définitivement en 1979.
Quelle forme prend l’opposition à la loi ?
3- Qui s’oppose à la loi ?
Comme le montrent les résultats du scrutin la droite conservatrice s’oppose au projet de loi alors que la gauche vote unanimement en sa faveur. Quels sont les arguments de l’opposition à la loi ?
Documents : deux textes complémentaires de Députés
« J’ai pour ma part toujours accepté l’avortement d’extrême détresse, mais lorsqu’on voit où mène le texte qui nous est proposé, on est effrayé. Ce sont les poubelles des petits corps des enfants avortés. La vie est un tout. (…) on ne fait pas d’expérimentation, fût-elle limitée à 5 ans, avec les lois, la morale, la civilisation de la France. On ne passe pas du régime du droit au régime du bon plaisir. »
Pierre Bas, Assemblée Nationale, débats parlementaires du 27 novembre 1974.« Le gouvernement a-t-il été convaincu par les campagnes déchainées qui réclament la liberté de l’avortement ? A-t-il estimé qu’être favorable à l’avortement faisait moderne ? Quoi qu’il en soit, votre projet est un projet de résignation et de désespérance(…). Vous vous résignez à l’avortement à condition qu’il soit pratiqué sous des garanties médicales. Alors que l’avortement est cause de traumatismes psychiques, comme il l’est souvent de séquelles physiques qui compromettent la santé des enfants à venir et supprime même la possibilité d’en avoir d’autres »
Jean Foyer, Assemblée Nationale, débats parlementaires du 26 novembre 1974
Certains députés se livrent à des diatribes moralistes et misogynes contre l’IVG et montrent une méconnaissance ou un refus des avancées médicales. Beaucoup expriment leur opinion avec violence.

Dans la presse télévisée l’opinion s’exprime également :
Document vidéo : interview de Jacques Henriet, député UDR et de Jacob Lortat, président de l’ordre des médecins.
Document vidéo : interview de Simone Veil qui analyse la légalisation de l’IVG comme une victoire en faveur des femmes et de la société dans son ensemble et non une victoire féministe.
On peut enrichir la démonstration en utilisant l’entretien de Simone Veil avec Annick Cojean paru chez Stock en novembre 2004 dont le titre rejoint notre problématique « Les hommes aussi s’en souviennent ». S. Veil y décrit les bassesses machistes, misogynes et racistes dont elle a été victime pendant les débats.
CONCLUSION :
La loi Veil pour l’autorisation de l’avortement sous certaines conditions est votée le 19 décembre 1974 pour 5 ans puis adoptée définitivement le 30 novembre 1979.
Le remboursement de l’IVG est voté en 1982.
En 1993, la loi crée le délit d’entrave à l’IVG face à la recrudescence d’actions de commandos anti- avortement dans les hôpitaux.
En 2001, les députés votent l’allongement du délai légal pour recourir à l’IVG ainsi que l’absence d’autorisation parentale pour les mineures.
Enfin en 2004, c’est l’autorisation de l’IVG médicamenteuse pour les grossesses inférieures à cinq semaines qui est votée.
En conséquence le combat de Simone Veil en 1974 pour la dépénalisation de l’avortement est le combat d’une femme qui au sein de son gouvernement et forte de sa position de ministre s’empare d’un problème de société. Sa démarche dépasse la notion de genre mais c’est en tant que femme qu’elle se heurte néanmoins à une assemblée masculine, une majorité de droite et la volonté de faire une démarche qui consiste à faire reculer la loi face aux pratiques et aux besoins de la population.
Le 19 décembre 1974 par son combat Simone Veil, deuxième femme ministre de la santé transforme les 343 salopes du manifeste en 343 patientes de la société française en général.
Le cinéma s’empare lui aussi du phénomène et à partir des affiches des deux films ou les bandes annonce (Une Affaire de Femmes et Les Bureaux de Dieu), on peut aisément apprécier qui de Claude Chabrol ou de Claire Simon aborde l’avortement avant ou après la loi Veil.
Une affaire de femmes de Claude CHABROL, 1988. Les bureaux de Dieu, de Claire SIMON, 2008. On peut proposer aux élèves le travail d’évaluation suivant : décrire et analyser l’affiche des deux films afin de déterminer la période historique traitée par chacun d’eux.