Modèle pour la frappe des Rapports Parlementaires - un crous cgt
Les restrictions susceptibles d'être apportées à l'exercice des droits et .... Section
VI. Le droit à ce que la cause soit jugée dans un délai raisonnable ...... des
situations à une liste d'actes ou à tout autre critère simplifié (arrêt Velikova c. .....
Royame-Uni du 18 février 1999 ; Jordan c. ...... Allemagne du 18 février 1999, R.
TD.
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RAPPORT DINFORMATION SUR LA REALITE DE LIMPACT SUR LEMPLOI DES EXONERATIONS DE COTISATIONS SOCIALES ACCORDEES AUX ENTREPRISES
Par Michelle Demessine
« 20 ANS DEXONERATIONS DE COTISATIONS SOCIALES : REUSSITE OU ECHEC DUNE STRATEGIE ? »
SOMMAIRE
Pages
TOC \o \p "$$"\t "tm1,1,tm2,2,tm3,3,tm4,4,tm5,5,tm6,6,tm7,7,tm8,8,tm9,9" \* MERGEFORMAT Les propositions de la mission PAGEREF _Toc392669816 \h 8
Avant-propos PAGEREF _Toc392669817 \h 10
Exposé général PAGEREF _Toc392669818 \h 12
I. Les origines de laddiction française aux allègements de cotisations PAGEREF _Toc392669819 \h 12
A. une idée simple : réduire le « coût du travail » pour créer des emplois PAGEREF _Toc392669820 \h 12
1. Aux origines, lépreuve du chômage de masse PAGEREF _Toc392669821 \h 12
a) La France est confrontée à un chômage de masse depuis le début des années 1980 PAGEREF _Toc392669822 \h 12
b) Ce phénomène a touché en priorité les personnes les plus vulnérables sur le marché du travail PAGEREF _Toc392669823 \h 12
c) Du retrait du marché du travail à la panoplie des contrats aidés, limpuissance des politiques de lemploi PAGEREF _Toc392669824 \h 13
2. Le diagnostic proposé par le Commissariat général du Plan en 1993 PAGEREF _Toc392669825 \h 15
a) Une croissance sans emplois ? PAGEREF _Toc392669826 \h 15
b) La proximité du Smic au salaire médian PAGEREF _Toc392669827 \h 15
3. Les allègements : quel raisonnement économique ? PAGEREF _Toc392669828 \h 16
4. Un dispositif qui a connu de multiples évolutions depuis 1993 PAGEREF _Toc392669829 \h 16
5. Les allègements « Fillon » actuellement en vigueur PAGEREF _Toc392669830 \h 17
B. préserver un modèle social protecteur malgré les allègements : un leurre ? PAGEREF _Toc392669831 \h 19
1. Les trois piliers de notre modèle social : un standard élevé de protection sociale, un salaire minimum garant du revenu des salariés et un financement assuré par des cotisations sociales PAGEREF _Toc392669832 \h 19
a) Le choix dun standard de protection sociale élevé PAGEREF _Toc392669833 \h 19
b) Un salaire minimum conçu comme le garant du revenu des salariés PAGEREF _Toc392669834 \h 21
c) Un financement de la protection sociale assis sur les salaires via les cotisations sociales PAGEREF _Toc392669835 \h 21
2. Un contre-exemple de politique centrée sur la baisse du « coût du travail » : la libéralisation du marché du travail allemand PAGEREF _Toc392669836 \h 22
a) Les réformes du marché du travail en Allemagne dans les années 2000 PAGEREF _Toc392669837 \h 22
b) Une baisse du chômage mais une hausse des inégalités et de la pauvreté PAGEREF _Toc392669838 \h 23
C. Une réforme de fait du financement de la protection sociale PAGEREF _Toc392669839 \h 25
1. Lévolution naturelle de la protection sociale dune société : développer une progression des besoins et luniversalisation de certains risques PAGEREF _Toc392669840 \h 25
a) Une progression des besoins PAGEREF _Toc392669841 \h 25
b) Une évolution parallèle des cotisations PAGEREF _Toc392669842 \h 27
2. Létau du chômage ou la mutation forcée de la logique des origines PAGEREF _Toc392669843 \h 27
a) Une exigence de justice et de solidarité : luniversalisation des prestations PAGEREF _Toc392669844 \h 27
b) Une remise en cause des principes du financement PAGEREF _Toc392669845 \h 28
3. Les allègements : une accélération de laffectation de recettes fiscales PAGEREF _Toc392669846 \h 29
a) Le principe de la compensation PAGEREF _Toc392669847 \h 29
b) La fiscalisation du financement de la protection sociale PAGEREF _Toc392669848 \h 30
4. Une déconnexion entre cotisations et financement des branches PAGEREF _Toc392669849 \h 31
a) Des effets différents PAGEREF _Toc392669850 \h 31
b) Une démonstration par labsurde : le cas de la branche AT-MP PAGEREF _Toc392669851 \h 34
5. La nécessité dune clarification PAGEREF _Toc392669852 \h 34
a) Un coût élevé pour les finances publiques PAGEREF _Toc392669853 \h 34
b) Un financement devenu illisible PAGEREF _Toc392669854 \h 35
c) A la recherche dune vraie réforme du financement attendue de longue date PAGEREF _Toc392669855 \h 36
d) Placer les cotisations au service de lemploi PAGEREF _Toc392669856 \h 36
II. une accoutumance aux exonérations qui saccompagne deffets indésirables PAGEREF _Toc392669857 \h 38
A. LES ALLÈGEMENTS, UN REMÈDE À TOUS LES MAUX ? PAGEREF _Toc392669858 \h 38
1. Des modalités instables et difficiles à gérer sur le terrain PAGEREF _Toc392669859 \h 38
2. Une politique de court terme qui sest installée dans la durée, avec des conflits dobjectifs PAGEREF _Toc392669860 \h 38
B. Les incertitudes de lévaluation des effets sur lemploi PAGEREF _Toc392669861 \h 40
1. Des évaluations très incertaines PAGEREF _Toc392669862 \h 40
a) Comment évaluer une mesure dapplication générale ? PAGEREF _Toc392669863 \h 40
b) Des modèles aux postulats différents PAGEREF _Toc392669864 \h 41
2. Des résultats décevants PAGEREF _Toc392669865 \h 41
3. Des effets plus limités si lon intègre le mode de financement PAGEREF _Toc392669866 \h 43
C. Une politique qui na pas enrayé le chômage de masse et qui nest pas dénuée deffets pervers PAGEREF _Toc392669867 \h 45
1. En dépit des allègements généraux, la persistance dun chômage de masse, en forte hausse depuis la crise de 2008-2009 PAGEREF _Toc392669868 \h 45
a) Une forte baisse du coût relatif du travail au niveau du Smic
PAGEREF _Toc392669869 \h 45
b)
qui na nullement empêché le chômage datteindre des chiffres records depuis léclatement de la crise économique mondiale PAGEREF _Toc392669870 \h 45
c) Linstallation dun chômage de longue durée PAGEREF _Toc392669871 \h 46
d) Une dualité renforcée du marché du travail PAGEREF _Toc392669872 \h 46
e) Un Smic qui ne parvient pas toujours à empêcher la pauvreté laborieuse PAGEREF _Toc392669873 \h 47
2. Une politique qui présente de nombreux effets pervers PAGEREF _Toc392669874 \h 48
a) Une stabilisation temporaire de lemploi non-qualifié PAGEREF _Toc392669875 \h 48
b) Le risque de« trappes à bas salaires » et la menace du « déclassement » PAGEREF _Toc392669876 \h 49
c) Un dispositif qui a bénéficié aux secteurs les moins exposés à la concurrence internationale PAGEREF _Toc392669877 \h 50
(1) Un dispositif qui bénéficie prioritairement aux petites entreprises, hors Île de France PAGEREF _Toc392669878 \h 50
(2) Les allègements bénéficient surtout au secteur des services PAGEREF _Toc392669879 \h 51
(3) Un impact sectoriel à apprécier plus finement PAGEREF _Toc392669880 \h 52
d) Une spécialisation « low cost » de léconomie ? PAGEREF _Toc392669881 \h 53
III. une focalisation excessive sur le « coût du travail » qui a occulté dautres enjeux PAGEREF _Toc392669882 \h 54
A. une focalisation excessive sur le coût du travail PAGEREF _Toc392669883 \h 54
1. La dégradation des capacités productives françaises PAGEREF _Toc392669884 \h 54
a) Un mauvais positionnement de léconomie française PAGEREF _Toc392669885 \h 54
b) Un déficit dinvestissement des entreprises. PAGEREF _Toc392669886 \h 55
c) Lalourdissement du coût du capital : un facteur de crise encore trop négligé quoique sans doute bien plus décisif que le coût du travail PAGEREF _Toc392669887 \h 56
2. Le crédit dimpôt pour la compétitivité et lemploi et le pacte de responsabilité : les contradictions de la nouvelle vague dabaissement du coût du travail PAGEREF _Toc392669888 \h 60
a) Le crédit dimpôt pour la compétitivité et lemploi : un crédit dimpôt permettant un effet différé sur la trésorerie des entreprises PAGEREF _Toc392669889 \h 60
b) Un compromis insatisfaisant entre emploi et compétitivité, industries exportatrice et secteurs abrités PAGEREF _Toc392669890 \h 62
c) Le pacte de responsabilité : un deuxième acte qui reproduit et renforce les contradictions du Cice PAGEREF _Toc392669891 \h 65
3. Une cause sans fin à la baisse des salaires en Europe ? PAGEREF _Toc392669892 \h 66
B. qui ne doit pas occulter Dautres enjeux PAGEREF _Toc392669893 \h 66
1. Les enjeux de la formation initiale et professionnelle PAGEREF _Toc392669894 \h 67
a) Le chômage des jeunes et la performance du système éducatif PAGEREF _Toc392669895 \h 67
b) La qualité de la transition entre la formation et lemploi. PAGEREF _Toc392669896 \h 69
c) Le développement de la qualification des salariés PAGEREF _Toc392669897 \h 71
2. Le soutien à la compétitivité, à linnovation et à linvestissement des entreprises PAGEREF _Toc392669898 \h 72
a) La compétitivité, un objectif qui ne peut être atteint par labaissement du coût du travail PAGEREF _Toc392669899 \h 72
b) Des outils ciblés pour « tirer léconomie vers le haut » PAGEREF _Toc392669900 \h 73
c) Pour une véritable stratégie de filière PAGEREF _Toc392669901 \h 73
3. Maîtriser le coût du capital PAGEREF _Toc392669902 \h 74
4. En contrepartie des allègements : pour un véritable dialogue social stratégique dans lentreprise PAGEREF _Toc392669903 \h 76
Travaux de la mission PAGEREF _Toc392669904 \h 79
liste des personnes entendues PAGEREF _Toc392669905 \h 81
I. Auditions de la mission commune dinformation PAGEREF _Toc392669906 \h 81
II. auditions de la rapporteure PAGEREF _Toc392669907 \h 84
Les propositions de la mission
LES PROPOSITIONS DE LA MISSION
Proposition n° 1 : clarifier le mode de financement de la protection sociale et privilégier laffectation de cotisations sociales au financement des différents risques. En conséquence, mettre en place un nouveau mode de programmation des dépenses et des recettes de la sécurité sociale qui laisse un véritable espace à la gouvernance paritaire par rapport à lintervention du Gouvernement et du Parlement.
Proposition n° 2 : moduler les cotisations en fonction de la politique demploi des entreprises.
Proposition n° 3 : remettre à plat les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires et le Cice, les supprimer pour les contrats précaires et les temps partiels.
Proposition n° 4 : généraliser lexpérience des contrats professionnels en alternance.
Proposition n° 5 : promouvoir une politique dencouragement et de « montée en gamme » de lapprentissage ainsi que de la formation initiale et professionnelle, en particulier par la création, sur nos territoires, de campus publics permettant aux jeunes de sorienter vers les filières porteuses en disposant de conditions de logement, de transport et denseignement optimales.
Proposition n° 6 : concevoir la formation comme un instrument de la sécurité sociale professionnelle.
Proposition n° 7 : constituer de véritables stratégies de filières, plus ceoncentrées, financées par le PIA et contrôlées par les partenaires sociaux.
Proposition n° 8 : porter de 3 % à 6 % le taux de la contribution additionnelle à limpôt sur les sociétés au titre des bénéfices distribués prévue par larticle 235 ter ZCA du code général des impôts.
Proposition n° 9 : créer un fonds de bonification des intérêts pour les investissements dans la recherche, linnovation ou pour les entreprises mettant en uvre une politique dembauche ou salariale ambitieuse.
Proposition n° 10 : Réfléchir, avec les partenaires sociaux, à rassembler les obligations de consultation du comité dentreprise en une seule négociation globale sur la stratégie à moyen terme de lentreprise.
Proposition n° 11 : élargir lobligation de traçabilité comptable du Cice et de consultation du comité dentreprise à lensemble des exonérations de cotisations sociales.
« Je me suis gardé daborder le problème sous le rapport du coût du travail cest une expression que vous ne trouverez pas dans mon rapport ; autrement, pourquoi ne pas parler aussi de la fiscalité, ou du coût de lénergie... ? »Louis Gallois
Audition par la mission commune le 19 mai 2014
Avant-propos
Mesdames, Messieurs,
Sous des formes diverses et avec une ampleur croissante, la politique dallègements de la part patronale des cotisations sociales est pratiquée depuis plus de 20 ans. Mise en uvre et développée par les gouvernements successifs, elle est devenue, avec environ 20 milliards deuros chaque année, la première des politiques de lemploi.
Le choix du recours à cet instrument reposait au début des années 1990 sur un raisonnement unique : pour augmenter la demande de travail, en abaisser le coût.
La persistance dun chômage de masse, qui atteint en 2014 des niveaux record, conduit à sinterroger sur les effets sur lemploi de cet outil général et indiscriminé dont le coût pour les finances publiques est très élevé et auquel le Gouvernement a décidé de donner encore une ampleur nouvelle.
En application de larticle 6 bis du règlement du Sénat, le groupe Communiste, républicain et citoyen a demandé la constitution dune mission commune dinformation sur la réalité de limpact sur lemploi des exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises. La Conférence des Présidents a pris acte de cette demande le 19 février 2014. La mission a tenu sa réunion constitutive le 11 mars 2014 et commencé ses travaux le 2 avril 2014.
Votre mission a décidé de définir le périmètre de ses travaux autour de deux dispositifs : les allègements généraux de cotisations sur les bas salaires et le crédit dimpôt compétitivité emploi (CICE) qui, bien que revêtant une forme juridique différente, est présenté comme poursuivant le même objet.
Elle na en revanche pas exploré le champ des exonérations ciblées, quelles soient géographiques, sectorielles ou destinées à certains publics, considérant quelles obéissaient prioritairement à dautres objectifs : politique de la ville, développement des outremers ou accompagnement de publics en difficulté.
Sur la question du « coût du travail », dont le seul énoncé polarise aussitôt le débat, votre mission commune a souhaité, dans une approche pluraliste, recueillir les points de vue les plus divers et sest efforcée de parvenir à des constats partagés.
Elle a pu constater que lanalyse de cette politique, souvent présentée comme une évidence que lon ne discute plus, supposait au contraire den interroger les fondements et den identifier les postulats pour en isoler les effets réels.
Exposé général
Les origines de laddiction française aux allègements de cotisations
une idée simple : réduire le « coût du travail » pour créer des emplois
Aux origines, lépreuve du chômage de masse
La France est confrontée à un chômage de masse depuis le début des années 1980
Alors que la France des Trente Glorieuses avait connu le plein emploi, la brutale diminution du taux de croissance potentielle du pays à partir du milieu des années 1970, suite au premier choc pétrolier, à la fin du rattrapage avec les États-Unis et à lamorce du processus de désindustrialisation, a entraîné lapparition progressive dun chômage de masse.
Entre 1974 et 1985, le chômage est passé de 3 % de la population active, soit environ 400 000 chômeurs, à 9 %, soit environ 2,5 millions de chômeurs.
Une reprise provisoire de la croissance économique à partir de 1986 a permis une légère décrue à 8 % en 1991 mais il est reparti fortement à la hausse par la suite et a dépassé la barre des 10 % à partir de 1992.
Ce phénomène a touché en priorité les personnes les plus vulnérables sur le marché du travail
Souvent les premiers concernés par les formes demploi atypiques (contrats à durée déterminée-CDD qui concernent, selon lOCDE, 55 % des salariés de 15-24 ans, interim), les jeunes sont nombreux à enchaîner périodes de chômage et emploi avant de parvenir à décrocher un contrat à durée indéterminée-CDI.
Le taux demploi des seniors sest, quant à lui, véritablement effondré dans les années 1980, notamment en raison des politiques de retrait du marché du travail employées pour réduire le taux de chômage jusquau début des années 2000 mais aussi de la tentation des entreprises de se séparer de salariés dont les salaires, en fin de carrière, étaient plus élevés.
Défavorisés par le progrès technique qui tend à créer des postes exigeant un niveau plus important de qualifications, les travailleurs les moins qualifiés connaissent un sous-emploi massif.
Du retrait du marché du travail à la panoplie des contrats aidés, limpuissance des politiques de lemploi
Le recours aux emplois aidés, marchands (au sein des entreprises privées) ou non marchands (dans les services de lÉtat, dans ceux des collectivités territoriales ou dans le secteur associatif), a été utilisée en France, comme dans un grand nombre de pays, pour lutter contre le chômage de masse.
Les programmes ont été nombreux : on peut citer les travaux dutilité collective (TUC) en 1984, les contrats emploi solidarité (CES), les emplois jeunes au début des années 2000, le contrat unique dinsertion (CUI) ou bien encore les emplois davenir depuis 2013.
Selon la Délégation générale à lemploi et à la formation professionnelle (DGEFP), entendue par votre mission, le stock des emplois aidés a atteint en 1999-2000 près de 500 000 personnes. A la fin du mois de décembre 2013, le stock avait reflué à 280 000, pour une dépense qui reste supérieure à 3 milliards d'euros par an.
Les programmes de contrats aidés sadressent à des personnes qui présentent des difficultés à être employées par le secteur marchand, en raison de qualifications insuffisantes, de handicaps sociaux ou dun éloignement prolongé du marché du travail. Ils ont pour but daméliorer leur aptitude au travail afin de leur permettre de trouver plus facilement un emploi non aidé à lissue de leur contrat.
Si les contrats aidés dans le secteur marchand ont le défaut de susciter des effets d'aubaine (une subvention est versée pour un emploi qui aurait souvent pu être créé sans cette aide), les chances dinsertion professionnelle des personnes qui en bénéficient sont beaucoup plus importantes que dans le cas des contrats aidés du secteur non marchand, à lissue desquels il est très difficile de trouver un emploi dans le secteur marchand.
Selon Serge Lemaître, directeur de la sécurisation des parcours professionnels de Pôle emploi, auditionné par votre mission, les taux d'emploi à 6 mois, c'est-à-dire la part des personnes dans l'emploi 6 mois après la fin de leur contrat, est de 70 % dans le secteur marchand et de 40 % dans le secteur non marchand. Il faut aussi préciser que les volumes demploi ne sont pas comparables, les contrats aidés du secteur marchand représentant environ 10 % du volume global des contrats aidés.
Ces contrats présentent certes lintérêt de faire baisser rapidement les chiffres du chômage et, fait à ne pas négliger, ils procurent un revenu à leur bénéficiaire mais, dès le début des années 1990, leurs limites ont été clairement perçues : ils représentent un coût important pour les finances publiques et linsertion professionnelle des personnes visées est rarement durable.
Quant au coût humain, jamais pris en considération, de ces expériences sans lendemain, il est considérable.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Les contrats aidés et leurs effectifs depuis le début des années 1990
Parallèlement au développement des contrats aidés, les pouvoirs publics ont cherché à réduire la population active pour endiguer la montée du chômage. Les préretraites, financées tant par lÉtat que par lassurance chômage, ont été loutil privilégié de cette politique et ont atteint leur apogée en 1985 avec 700 000 personnes concernées.
Toutefois, il est apparu de plus en plus clairement que ces politiques, qui ont conduit à un véritable effondrement du taux demploi des seniors, étaient dangereuses pour notre économie, dans la mesure où elles conduisaient à une perte de savoir-faire et où elles réduisaient la croissance potentielle de la France, qui dépend de sa capacité de mobiliser sa force de travail en augmentant le taux demploi de la population : elles ont été progressivement abandonnées au cours des années 2000.
Les politiques de lutte contre le chômage menées dans les années 1980 ayant obtenu des résultats très mitigés, les pouvoirs publics ont tenté, au début des années 1990, la mise en place des allègements de cotisations sociales sur les bas salaires. Il sagissait, dune certaine manière, de renoncer pour partie à mener des politiques volontaristes et de se fier à la capacité du marché du travail à trouver un équilibre par les prix.
Le diagnostic proposé par le Commissariat général du Plan en 1993
Au début des années 1990, le chômage touchait 10 % de la population active française, dans un contexte de récession économique affectant tout particulièrement les personnes peu qualifiées.
Pour répondre à cette difficulté, lidée de mettre en place des exonérations de cotisations sociales patronales afin de réduire le coût du travail a été suggérée par le Commissariat Général du Plan, notamment dans les rapports Charpin de 1992 et Brunhes de 1993. Elle sest progressivement imposée.
Une croissance sans emplois ?
Dans un contexte daugmentation de sa population active, la France se singularisait au sein des pays développés, par le faible contenu en emplois de sa croissance. En dautres termes, il était nécessaire pour la France dobtenir une croissance de lordre de 2,5 % par an pour réduire son taux de chômage, un chiffre singulièrement élevé depuis la fin des Trente Glorieuses.
Aussi est-il apparu nécessaire aux pouvoirs publics de promouvoir des politiques favorisant « lenrichissement de la croissance en emplois », cest-à-dire permettant daugmenter le nombre demplois créés pour un taux de croissance donné.
La proximité du Smic au salaire médian
Il faut rappeler quau début des années 1990, après plusieurs années de « désinflation compétitive » les coûts salariaux moyens de la France portaient la marque dune stagnation salariale significative.
En revanche, lécart entre le coût du travail (salaire brut et charges patronales) au niveau du Smic et le coût du travail au niveau du salaire moyen sétait fortement réduit entre 1970 et 1985.
Les experts du Commissariat Général du Plan considéraient que le salaire minimum en France, de par sa trop grande proximité avec le salaire médian, pouvait dissuader les employeurs dembaucher des travailleurs peu qualifiés rémunérés au Smic.
Le coût du travail ayant deux composantes, le salaire brut et les cotisations sociales patronales, soucieux de maintenir le niveau de rémunération des salariés peu qualifiés, afin de préserver leur pouvoir dachat, les pouvoirs publics ont fait le choix de mettre en place des exonérations de cotisations sociales patronales.
Les allègements : quel raisonnement économique ?
Comme la rappelé Mme Hélène Paris, secrétaire générale du Conseil d'analyse économique, à votre mission, les exonérations générales de cotisations sociales patronales accordées par lÉtat aux entreprises et ciblées sur les salaires proches du Smic peuvent produire trois types deffets économiques :
- un effet « volume » : lentreprise répercute une partie de la baisse de son coût de production sur son prix de vente, la consommation de ses produits augmente, entraînant ainsi une hausse de la demande de travail ;
- un effet « profitabilité » : l'entreprise utilise la baisse du coût du travail pour accroître ses marges sans modifier ses prix de vente, afin de restaurer une situation financière dégradée ou d'augmenter l'investissement ;
- un effet de « substitution » : lentreprise réagit à la baisse du coût relatif du travail non qualifié en substituant celui-ci, au sein de son processus de production, à du travail qualifié et à du capital.
Comme la expliqué à votre mission M. Yannick L'Horty, économiste, professeur à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, « au voisinage du Smic l'incidence fiscale cest-à-dire limpact des exonérations sur le coût du travail - est très fort, car ce sont les pouvoirs publics et non le marché qui fixent le montant du Smic brut, celui des cotisations sociales employeur et celui des cotisations sociales payées par l'employé. Une baisse des cotisations sociales de l'employeur se répercute donc intégralement sur le coût du travail ».
Un dispositif qui a connu de multiples évolutions depuis 1993
Suite aux recommandations du Commissariat général du Plan, la loi du 27 juillet 1993 a mis en place les allègements dits « Balladur ». Il sagissait dune exonération totale de cotisations familiales sur les salaires inférieurs ou égaux à 1,1 Smic (soit 5,4 points) et diminuée de moitié pour les salaires compris entre 1,1 et 1,2 Smic. Ces seuils ont été relevés respectivement à 1,2 et 1,3 Smic le 1er janvier 1995.
La loi du 4 août 1995 a instauré une réduction de cotisations maladie, totale au niveau du Smic (12,8 points), puis dégressive, afin déviter les effets de seuil, jusquà 1,2 Smic, qui sajoutait à lexonération de cotisations familiales « Balladur ». Les deux mesures ont fusionné le 1er octobre 1996 en une exonération unique dégressive on parle des allègements « Juppé » - représentant 18,2 points de cotisations au niveau du Smic (soit une baisse du « coût du travail » de 12,6 %) et sannulant à 1,33 Smic.
La loi du 11 juin 1996, dite « de Robien » a accordé une réduction de cotisations sociales aux entreprises engagées dans une réduction conventionnelle du temps de travail.
La loi du 13 juin 1998, dite « Aubry I », a introduit une déduction forfaitaire de cotisations sociales pour les entreprises mettant en place les 35 heures.
La loi du 19 janvier 2000, dite « Aubry II », a mis en place dans le cadre de la généralisation des 35 heures une exonération de cotisations sociales de 26 points au niveau du Smic, dégressive jusquà 1,7 Smic, ainsi quune aide fixe de 4 000 francs annuels par salarié. Lallègement au niveau du salaire minimum a de ce fait été porté de 18,2 à 26 points de cotisation.
La loi du 17 janvier 2003 a fusionné les dispositifs existants en un allègement unique dégressif jusquà 1,6 Smic on parle des allègements « Fillon ». Les allègements « Fillon » ont été accordés à toutes les entreprises pour neutraliser limpact de la convergence vers le haut du Smic et des garanties mensuelles de rémunération (les « GMR » mises en place à loccasion du passage aux 35 heures) qui affectait en particulier les entreprises restés à 39 heures. Effectif au 1er juillet 2005, le barème fusionné « Fillon » apportait 26 points dexonération au niveau du Smic et était dégressif jusquà 1,6 Smic, soit 2 312,66 euros bruts et 1 800 euros nets au 1er janvier 2014.
Le 1er juillet 2007, le montant dexonération au niveau du Smic a été porté de 26 à 28,1 points dans les entreprises de moins de 20 salariés, ce qui correspondait à une exonération complète de cotisations patronales familiales, maladie et vieillesse, seule les cotisations daccidents du travail restant donc prélevées au niveau du Smic.
Si le taux dexonération maximale et son point de sortie nont plus évolué depuis 2007, diverses mesures ont modifié le dispositif à la marge :
- en 2007, les heures supplémentaires ont été exclues du calcul des allègements, afin que le recours aux heures supplémentaires, qui sont majorées, ne se traduise plus par une baisse du taux dexonération ;
- en 2011, le calcul des allègements a été annualisé, afin quà niveau de rémunération annuelle donnée, le taux dexonération soit indépendant de la répartition du salaire sur lannée ;
- en 2012, les heures supplémentaires ont été réintégrées dans le calcul des allègements.
Les allègements « Fillon » actuellement en vigueur
Codifiés à larticle L. 241-13 du code de la sécurité sociale, les allègements « Fillon » prennent concrètement la forme dune réduction de cotisations calculée par lapplication dun coefficient de réduction à la rémunération brute annuelle du salarié.
Les prélèvements « ordinaires » dans une entreprise de plus de 20 salariés sont les suivants :
Figure n° AUTONUMLGL \e : Barème des prélèvements sociaux au 1er janvier 2014
Cotisations socialesPart patronalePart salarialetotalFamille5,25 %5,25 %Vieillesse10,20 %7,05 %17,25 %Maladie12,80 %0,75 %13,55 %AT/MP1,10 %1,10 %Total « sécurité sociale »29,35 %7,80 %37,15 %Construction0,45 %0,45 %Formation1,60 %1,60 %Apprentissage0,68 %0,68 %Transport2,70 %2,70 %FNAL0,50 %0,50 %CSA (autonomie)0,30 %0,30 %AGFF1,20 %0,80 %2,00 %AGIRC/ARCCO4,58 %3,05 %7,63 %AGS0,30 %0,30 %Chômage4,00 %2,40 %6,40 %TOTAL45,66 %14,05 %59,71 %Source : Insee
Ce coefficient, dun maximum de 28,1 % pour les entreprises de moins de 20 salariés et de 26 % pour les autres entreprises pour les salariés rémunérés au Smic, évolue de façon dégressive pour sannuler à 1,6 Smic.
Lapplication du coefficient de réduction un niveau du Smic laisse un niveau de cotisation résiduelle « sécurité sociale », hors accidents du travail de 2,25 %. Au voisinage du Smic, les effets sont les suivants :
Figure n° AUTONUMLGL \e : Effets des allègements de cotisations au voisinage du Smic dans les entreprises de 20 salariés et plus
HoraireMensuelAnnuelRéduction FillonEn volumeTaux de prélèvement après réductionVolume des cotisationsSmic9,53 ¬ 1 445,38 ¬ 17 344,60 ¬ 26 %4 509,60 ¬ 19,66 %3 409,95 ¬ 1,211,44 ¬ 1 734,46 ¬ 20 813,52 ¬ 14 %3 006,40 ¬ 31,22 %6 497,06 ¬ 1,312,39 ¬ 1 879,00 ¬ 22 547,98 ¬ 10 %2 254,80 ¬ 35,66 %8 040,61 ¬ 1,413,34 ¬ 2 023,54 ¬ 24 282,44 ¬ 6 %1 503,20 ¬ 39,47 %9 584,16 ¬ 1,514,30 ¬ 2 168,08 ¬ 26 016,90 ¬ 3 %751,60 ¬ 42,77 %11 127,72 ¬ 1,615,25 ¬ 2 312,61 ¬ 27 751,36 ¬ 0 %0,00 ¬ 45,66 %12 671,27 ¬ Source : Code de la sécurité sociale calcul MCI
Dans les entreprises de moins de 20 salariés, qui sont soumises à des taux de prélèvements différents, le coefficient de réduction se traduit de la façon suivante :
Figure n° AUTONUMLGL \e : Effets des allègements de cotisations au voisinage du Smic dans les entreprises de moins de 20 salariés
HoraireMensuelAnnuelRéduction FillonEn volumeTaux de prélèvement après réductionVolume des cotisationsSmic9,53 ¬ 1 445,38 ¬ 17 344,60 ¬ 28,1 %4 873,83 ¬ 15,48 %2 684,94 ¬ 1,211,44 ¬ 1 734,46 ¬ 20 813,52 ¬ 15,61 %3 249,22 ¬ 27,97 %5 821,31 ¬ 1,312,39 ¬ 1 879,00 ¬ 22 547,98 ¬ 10,81 %2 436,92 ¬ 32 ,77 %7 389,49 ¬ 1,413,34 ¬ 2 023,54 ¬ 24 282,44 ¬ 6,69 %1 624,61 ¬ 36,89 %8 957,68 ¬ 1,514,30 ¬ 2 168,08 ¬ 26 016,90 ¬ 3,12 %812,31 ¬ 40,46 %10 525,86 ¬ 1,615,25 ¬ 2 312,61 ¬ 27 751,36 ¬ 0 %0,00 ¬ 43,58 %12 094,04 ¬ Source : Code de la sécurité sociale calcul MCI
préserver un modèle social protecteur malgré les allègements : un leurre ?
Les trois piliers de notre modèle social : un standard élevé de protection sociale, un salaire minimum garant du revenu des salariés et un financement assuré par des cotisations sociales
Le « modèle social français » se caractérise par des dépenses sociales importantes plus du tiers de la richesse nationale , par un salaire minimum qui se veut le garant du revenu des salariés et par un financement de la protection sociale qui repose en majorité, en vertu dun compromis historique, sur les cotisations payées par les employeurs et les salariés.
Les allègements agissent sur le volet « financement de la protection sociale » de ce triptyque, avec lillusion de préserver un modèle social, pourtant atteint dans sa légitimité par ce mécanisme.
Le choix dun standard de protection sociale élevé
La part des dépenses de protection sociale par rapport à la richesse nationale est sensiblement supérieure en France à la moyenne européenne (En 2011, Eurostat, 33,6 % du PIB contre 29,1 % pour la moyenne européenne). Elle se situe au deuxième rang de lUnion européenne, derrière le Danemark (34,3 %).
Il convient de toutefois de relever quà lexception du Royaume-Uni, les pays les plus développés de lUnion présentent eux aussi des ratios « dépenses de protection sociale / PIB » supérieurs ou très proches de 30 %.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Part des dépenses de protection sociale dans le PIB en Europe en 2011
Source : Eurostat 2013
En outre, la part de la richesse nationale consacrée aux dépenses sociales a augmenté de 2,3 % depuis 2008, en raison dans un contexte de crise économique, de leffet contracyclique des dépenses de protection sociale.
En niveau de dépenses par habitant, la France se situe au cinquième rang européen derrière le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas et lAutriche.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Dépenses 2011 de protection sociale par habitant en standard de pouvoir dachat UE base 100
Source : Eurostat 2013
Un salaire minimum conçu comme le garant du revenu des salariés
Institué par une loi du 2 janvier 1970, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), qui a pris la succession du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) instauré le 11 février 1950, est le salaire horaire minimum légal en France.
Fixé à 9,53 ¬ de l heure au 1er janvier 2014 (soit 1 445,38 ¬ pour un mois de travail à temps complet), il constitue, selon le Gouvernement, le « mur porteur » de notre système de protection sociale.
Afin de garantir le pouvoir d achat des salariés, le Smic est indexé, tout comme le SMIG avant lui, sur lindice des prix à la consommation calculé par lINSEE. En outre, il est aussi directement lié à lévolution du pouvoir dachat du salaire horaire moyen des ouvriers et employés.
Au surplus, le Gouvernement, au moyen de « coups de pouce » discrétionnaires, au demeurant de plus en plus rares, peut porter le Smic à des niveaux plus élevés que ceux qui résultent de la seule application des mécanismes dindexation précédemment cités, avec lobjectif dagir sur les politiques salariales des entreprises.
Un financement de la protection sociale assis sur les salaires via les cotisations sociales
Depuis 1945, le financement des régimes dassurances sociales obligatoires et complémentaires est assuré à titre principal par des cotisations sociales assises sur le travail.
En dépit de la fiscalisation progressive du financement de la protection sociale en France qui a accompagné luniversalisation des prestations les cotisations sociales représentent encore, selon le Haut conseil de financement de la protection sociale, 64 % des ressources de la protection sociale.
Ces cotisations, assises sur les salaires, comportent une part salariale et une part patronale, à lexception des risques accidents du travail et maladies professionnelles (afin de faire payer par lemployeur les risques générés par une activité économique qui lui profite) et famille (les premières prestations familiales étaient versées sous formes de sursalaires par certains employeurs), qui sont uniquement financés par des cotisations employeurs.
Ces trois aspects de notre modèle social forment un bloc qui est au cur de la cohésion sociale de notre pays. Modifier le financement de la protection sociale peut être considéré comme une tentative de préserver le modèle social sans affecter le revenu net des salariés. Mais en désignant le coût du travail comme la source des problèmes, cette politique contribue de fait à en affecter la légitimité.
Un contre-exemple de politique centrée sur la baisse du « coût du travail » : la libéralisation du marché du travail allemand
Les réformes du marché du travail en Allemagne dans les années 2000
En 2002, dans un contexte économique difficile pour lAllemagne, qui connaissait alors une croissance nulle et un taux de chômage élevé, le chancelier Gerhard Schröder a confié à une commission « pour la modernisation du marché du travail », dite commission Hartz, du nom de son président Peter Hartz, directeur des ressources humains de Volkswagen, la mission de réfléchir à des réformes permettant de réduire le chômage et daugmenter la participation au marché du travail.
Les lois Hartz
La commission Hartz a proposé des réformes des institutions du marché du travail allemand et, sinspirant de ses propositions, le Parlement a adopté quatre lois qui ont profondément transformé le marché du travail outre-Rhin :
- La loi Hartz I de janvier 2003 a renforcé les devoirs des demandeurs demploi, contraints de prouver le caractère non acceptable de lemploi qui leur était proposé en cas de refus et a libéralisé les possibilités de recours au travail temporaire ;
- La loi Hartz II davril 20003 a élargi la gamme des mini-jobs, contrats à salaire modéré qui correspondent à un faible nombre dheures travaillées. Si les mini-jobs existaient déjà avant les lois Hartz, celles-ci ont augmenté leur plafond maximum de salaire de 325 euros à 400 euros mensuel et ont créé des midi-jobs avec une limite de salaire de 800 euros. Les mini-jobs sont soumis à des cotisations sociales nulles ou réduite mais à un taux de cotisations patronales renforcé, leurs bénéficiaires ne sont pas couverts par lassurance-chômage ni par lassurance maladie et seulement de façon optionnelle par lassurance vieillesse ;
- La loi Hartz III de janvier 2004 a réformé le service public de lemploi en le décentralisant et en augmentant le taux dencadrement des demandeurs demploi. Elle a durci les conditions dindemnisations du régime dassurance chômage, la période daffiliation minimale requise passant de 12 mois dans les trois années précédant linscription à 12 mois dans les deux ans ;
- La loi Hartz IV de janvier 2005 a supprimé lassistance chômage - une allocation réservée aux chômeurs en fin de droits et proportionnelle à leur salaire de référence - tout en revalorisant laide sociale, dispositif dassistance forfaitaire qui vise à lutter contre la pauvreté en garantissant un revenu minimum, et en la conditionnant à la signature par le demandeur demploi dun contrat dinsertion. Cette loi a considérablement dégradé la situation financière des chômeurs en fin de droit.
Par la suite, en février 2006, la durée maximale dindemnisation du chômage est passée de 26 à 12 mois pour les moins de 55 ans et de 32 à 18 mois pour les 55 ans et plus et en janvier 2007 le taux maximal de TVA a augmenté de trois points pour compenser une réduction de cotisations sociales.
Une baisse du chômage mais une hausse des inégalités et de la pauvreté
Selon la Direction générale du Trésor, les réformes allemandes des années 2000 ont augmenté la participation au marché du travail, avec une hausse de la population active de 4,9 % entre 2004 et 2011 en dépit dune baisse de 1,3 % de la population en âge de travailler (+ 16,2 % chez les seniors, + 6 % chez les femmes). Le taux demploi est passé de 64,9 % à 72,4 % de 2004 à 2012.
Toutefois, si lAllemagne a créé 2,5 millions demplois pendant cette période, ceux-ci correspondaient majoritairement à des emplois atypiques. Lemploi intérimaire, peu développé en Allemagne au début des années 2000 est passé de 331 000 personnes en 2003 à 882 000 en 2011 et le taux demploi à temps partiel est devenu le plus élevé de la zone euro après les Pays-Bas. Les effectifs des mini-jobs exercés en sus dune activité rémunérée sont passés de 840 000 personnes en 2002 à 2,53 millions en 2011, ceux exercés comme seule activité augmentant de 81 000 personnes pour atteindre un total de 4,9 millions, dont 66 % de femmes. Ce type de contrat correspond à une conception particulière de lemploi féminin, qui ne procure quun revenu subsidiaire au foyer, la protection sociale étant apportée par le partenaire masculin, mieux rémunéré et assuré social dans de meilleures conditions.
Du fait de ces réformes, les inégalités de revenus au sein de la population en âge de travailler ont fortement augmenté. Le coefficient de mesure des inégalités de revenus après redistribution a fortement progressé passant de 26,2 en 2000 à 29,2 en 2008. Le rapport entre la part de la population la mieux rémunérée et celle aux revenus les plus bas est passé de 3,2 à 3,5 entre le milieu des années 1990 et 2008. LAllemagne est en outre un des rares pays de lOCDE où le revenu médian réel a stagné entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000 et où le revenu réel des ménages du bas de léchelle des revenus a diminué de 0,3 % en moyenne par an.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Taux de pauvreté des personnes en emploi en Allemagne et en France dans les années 2000
Source : DG Trésor
Le taux de pauvreté (60 % du niveau de vie médian) a également augmenté, notamment entre 2000 et 2005, passant de 12,5 % à 14,7 % de la population.
En raison de loffre accrue demplois à très faible temps de travail, le taux de pauvreté des personnes en emploi est passé de 4,8 % à 7,5 %. Laugmentation du taux de pauvreté des chômeurs a été encore plus spectaculaire, passant de 41 % en 2004 à 68 % en 2010, surtout en raison de la baisse de revenu des chômeurs de longue durée.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Taux de pauvreté des chômeurs en Allemagne et en France dans les années 2000
Source : DG Trésor
Votre rapporteure insiste sur la réalité dun système allemand souvent cité en exemple : un marché du travail à deux vitesses dont un pan entier est totalement dérégulé et une conception du travail féminin comme un salaire dappoint par rapport aux revenus du ménage.
Une réforme de fait du financement de la protection sociale
Le modèle français de protection sociale, issu du programme du Conseil national de la Résistance, sest historiquement construit sur une base professionnelle et dans une logique dassurance : il sagissait de garantir le moment venu, le remplacement, ponctuel ou définitif, des revenus dactivité.
Les cotisations sociales ont donc un lien très étroit avec le salaire, dont elles font, de fait, partie intégrante. Cest pourquoi on a pu les qualifier de « sursalaire » ou de « revenu différé ».
La nature particulière des cotisations sociales, qui se différencie très fortement de limpôt, a pour conséquence directe une gouvernance paritaire de la sécurité sociale et une régulation par les partenaires sociaux.
La création des régimes obligatoires de retraite complémentaire ainsi que celle du régime dindemnisation du chômage nont fait que renforcer au fil du temps le caractère professionnel et la gestion paritaire du système français de protection sociale.
Poursuivie depuis le compromis historique de laprès 1945, jusquau début des années 1990, cette logique de financement des cotisations a été progressivement remise en cause par une réforme implicite du financement de la protection sociale, à laquelle les allègements de cotisations ont fortement contribué. Cette réforme par étapes repose sur des postulats quil convient dinterroger.
Lévolution naturelle de la protection sociale dune société : développer une progression des besoins et luniversalisation de certains risques
Une progression des besoins
Depuis 1945, les Français ont fait le choix collectif de consacrer une part de plus en plus importante de la richesse nationale à leur protection sociale.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Progression de la part des dépenses sociales dans le PIB de la France depuis 1959
Lévolution démographique de notre société, lélévation du niveau de richesse et les progrès de la recherche conduisent logiquement à accroître deux postes de dépenses: la retraite et la santé.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Évolution par risque des dépenses de protection sociale depuis 1959
Source : Drees, les comptes de la protection sociale 2010
Cette évolution peut être observée dans tous les pays développés mais elle est singulière en France où elle constitue un des éléments constitutifs de notre contrat social et un acquis collectif envié. Le niveau et la qualité de la protection sociale, comme plus généralement, celle des services publics, sont un des éléments de lattractivité et de la productivité de notre pays.
Une évolution parallèle des cotisations
Les régimes dassurances sociales étant presque exclusivement financés par des cotisations, celles-ci ont été relevées à mesure que le champ de la protection sociale sest élargi.
Des années 1945 à 1990, les taux de cotisations sociales sont passés, pour les rémunérations inférieures au plafond de la sécurité sociale, de 28 points en 1945 à près de 60 points au début des années 1990.
Cette croissance des taux de cotisation a étroitement suivi celle de la richesse nationale consacrée aux dépenses de protection sociale, puisque celle-ci a été multipliée par 1,8 entre 1959 et 1990 alors que les taux de cotisation sous plafond ont étaient multipliés par 1,7 dans le même temps.
Cotisations et prestations ont donc connu une évolution parallèle pendant quelque 45 ans.
Létau du chômage ou la mutation forcée de la logique des origines
Votre rapporteur tient ici à rappeler une évidence qui lui semble trop souvent évacuée dans le débat : la principale variable dévolution des ressources de la protection sociale est la masse salariale. Cest donc bien le chômage qui met en péril les équilibres financiers de la sécurité sociale en contractant ses recettes. De même cest bien le chômage qui, en excluant une partie de la population de laccès à une protection sociale reposant sur le travail, a rendu nécessaire le développement de prestations de solidarité.
Pour autant, cest à un curieux renversement des causes et des conséquences que lon a pu assister, les cotisations sociales ayant subi les assauts répétés dune entreprise de délégitimation les rendant responsables de tous les maux, en premier lieu celui du chômage.
Une exigence de justice et de solidarité : luniversalisation des prestations
Alors que notre pays subissait de plein fouet le développement du chômage et de lexclusion sociale, le maintien dun lien exclusivement professionnel avec la protection sociale nétait plus envisageable.
Aussi, le mouvement duniversalisation de la protection sociale, qui répond lui aussi à une tendance de long terme daccroissement de la solidarité dans les pays développés sest-il poursuivi.
La loi de généralisation de la sécurité sociale du 4 juillet 1975 avait déjà supprimé les conditions dactivité professionnelle pour bénéficier, à compter de 1978, des prestations familiales.
Par la création de la couverture maladie universelle, la loi du 27 juillet 1999 a achevé un mouvement de généralisation par étapes de la couverture par lassurance-maladie sur un critère de résidence et non plus seulement sur le fondement dune affiliation professionnelle.
Les risques « chômage » et « vieillesse » ont développé des mécanismes de solidarité pour éviter, là aussi, la double pénalisation, immédiate et différée, des exclus du marché du travail. La prise en charge des cotisations au titre des périodes de chômage est ainsi le premier poste de dépenses du fonds de solidarité vieillesse.
Paradoxalement, ce mouvement duniversalisation et de développement des solidarités est aujourdhui brandi à lappui dune argumentation tendant à démonter labsence de lien entre lactivité professionnelle et les prestations considérées alors quelles avaient toujours été financées par des cotisations. De surcroît, sur la période récente, le caractère universel des prestations familiales pour toutes les familles a été mis en cause par un mouvement de recherche déconomies tendant à les concentrer sur certains publics, mouvement qui diffère de la conception des origines.
Votre rapporteure tient à réaffirmer ici la force du lien entre le travail et les prestations familiales : comment nier, à lheure où les questions déquilibre entre vie familiale et vie professionnelle doivent être placées au cur des politiques sociales, que la politique familiale ne bénéficie pas aux entreprises, alors que ce lien a été récemment rappelé par la Cour des comptes ? Comment affirmer que létat de santé des salariés est dépourvu de tout lien avec leur productivité ?
Une remise en cause des principes du financement
Continue jusquau début des années 1990, la progression des cotisations sociales sest nettement ralentie depuis, suivant en cela, la plus faible progression des dépenses sociales.
Ce sont essentiellement les cotisations versées au profit des régimes à gestion plus strictement paritaire ou bien encore les contributions patronales en faveur de lapprentissage, de la formation, de la construction et du logement qui ont connu une progression. Au total, entre 1990 et 2012, les cotisations à la charge des employeurs ont augmenté de 2,6 %, soit un rythme beaucoup plus lent que sur la période précédente.
Dans ce contexte, lélargissement de lassiette du financement de la sécurité sociale est un mouvement engagé antérieurement aux allègements de cotisations. Il a surtout été guidé par lurgence de trouver des recettes alternatives alors que le recours aux cotisations sociales nétait plus souhaité.
Cette recherche de recettes sest accompagnée dune action sur les dépenses qui a dégradé le service rendu aux assurés : on a alors assisté à des vagues successives de déremboursements de médicaments, linstauration du forfait journalier à lhôpital où encore linstauration de franchises. Le reste à charge des assurés, même pour des dépenses hospitalières, atteint des montants hors de proportion par rapport au principe dassurance. Là encore, le caractère universel des prestations maladie se trouve relativisé.
Ces actions vont de pair avec un objectif général de maîtrise des dépenses sociales et de santé : catégorie de loi créée par la révision de la Constitution du 22 février 1996, la loi de financement de la Sécurité sociale qui détermine les conditions nécessaires à léquilibre financier de la Sécurité sociale et fixe les objectifs de dépenses en fonction des prévisions de recettes, est un de ses instruments.
Lélargissement de lassiette a surtout été, dans un premier temps, marqué par la CSG, créée par la loi de finances pour 1991, qui a constitué un élargissement de lassiette à lensemble des revenus, quil sagisse de revenus liés au travail mais non-soumis à cotisations, des revenus de remplacement ou des revenus du capital, avec des exceptions très limitées.
Le second temps est venu avec les allègements de cotisations.
Les allègements : une accélération de laffectation de recettes fiscales
Le principe de la compensation
Instaurée par la loi du 25 juillet 1994 (loi « Veil ») relative à la sécurité sociale, lobligation de compensation intégrale par lEtat des mesures de réduction ou dexonérations de cotisations sociales ou de réduction totale ou partielle de leur assiette est contemporaine des allègements généraux de cotisations.
En application des textes, les allègements généraux de cotisations ont fait lobjet dune compensation dont les modalités ont évolué par étapes, à mesure que leur volume augmentait.
Jusquen 2005, cette compensation a donné lieu à une dotation budgétaire, avec une parenthèse entre 2000 et 2003 où des recettes fiscales ont été affectées à un « fonds de financement de la réforme des cotisations patronales » (Forec).
La loi de finances pour 2006 a substitué à la compensation « à leuro leuro », un panier de recettes constitué du produit de neuf taxes (droits sur les boissons, les alcools et les tabacs, taxes sur les contributions patronales à la prévoyance dentreprise et sur les primes dassurance automobile, taxe sur les salaires).
Depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2011, la compensation est assurée par laffectation à la sécurité sociale dune fraction des recettes de TVA.
En dépit de laffichage dune compensation des allègements, toujours présentés comme une mesure dérogatoire, il ne sagit donc plus, à proprement parler, dune compensation mais dun changement pérenne du mode de financement de la protection sociale.
Comme la souligné Mireille Elbaum devant votre mission: « On est au milieu du gué, si bien que les deux lectures restent possibles : soit on considère que lon est dans un système dallègements compensés par de limpôt, soit que lon est entré dans un barème progressif de cotisations, et que le financement de la protection sociale est assuré à la fois par les cotisations et par limpôt ».
Cette alternative est au cur de la réflexion sur les allègements des cotisations. Il sagit pour certains dune évolution qui doit être encouragée vers un autre type de financement de la protection sociale. Pour dautres, dont votre rapporteure fait partie, il sagit dune mesure temporaire et dérogatoire qui a vocation à disparaître avec le retour de la croissance.
La fiscalisation du financement de la protection sociale
Sur les 323 milliards deuros de ressources affectées au régime général et au FSV en 2013, les cotisations sociales représentent encore la part la plus importante avec 58 %. Lévolution de la masse salariale du secteur privé reste au demeurant le principal déterminant des recettes.
Mais la part des recettes fiscales, très limitée dans les années 1980 où les cotisations représentaient 80 % des recettes, représente aujourdhui près de 40 %.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Répartition, par catégorie de recettes, des ressources du régime général et du Fonds de solidarité vieillesse en 2013
Source : Rapport à la commission des comptes de la sécurité sociale, juin 2014
Avec 124 milliards deuros en volume, les contributions, impôts et taxes représentent désormais une part significative des recettes du régime général du FSV.
Parmi les contributions, impôts et taxes, la CSG, dont la nature reste soumise à discussions, occupe, avec 90,5 milliards deuros en 2013, une place prépondérante. Il convient de rappeler que 70 % du produit de la CSG est imputable aux revenus dactivité et 60 % aux salaires.
Les contributions sociales représentent 10,8 % milliards deuros en 2013.
Compensées à la sécurité sociale par des recettes de TVA nettes, les mesures dallègements de cotisations représentaient 25,7 milliards deuros en 2013, soit 67 % du produit des taxes affectées.
Le montant des allègements « Fillon » stricto sensu, à hauteur de 19,5 milliards deuros représente donc 51 % du produit des impôts et taxes affectées.
Une déconnexion entre cotisations et financement des branches
Des effets différents
Les taux nominaux des cotisations qui ne correspondent plus aux charges réelles des entreprises, ne sont plus représentatifs de ce que perçoit la sécurité sociale.
Contrairement à la première période des allègements, qui désignait clairement les cotisations « famille », il nexiste plus véritablement de fléchage sur certains types de cotisations, ni de véritable distinction entre les risques.
Cette diversification des recettes a eu des effets différenciés selon les branches : Les cotisations représentent aujourdhui moins de la moitié des recettes de la branche maladie alors quelles la finançaient intégralement en 1990. Leur part a sensiblement baissé dans le financement de la branche famille, principalement sous leffet des allègements et de leur compensation.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Structure du financement des différentes branches de la sécurité sociale en 2013
Maladie
Source : Rapport à la Commission des comptes de la sécurité sociale
Vieillesse
Source : Rapport à la Commission des comptes de la sécurité sociale
Famille
Source : Commission des comptes de la sécurité sociale
Une démonstration par labsurde : le cas de la branche AT-MP
La cotisation AT-MP, longtemps préservée à raison de son lien étroit avec le risque observé dans les entreprises fait désormais lobjet dallègements via le CICE.
Or, il existe un lien particulièrement fort entre cotisations et prestations pour la branche AT-MP qui relève dune simple logique dassurance. La branche a vocation à être équilibrée et les cotisations à refléter les risques dans lentreprise. Par conséquent, la cotisation même lorsquelle nest pas majorée, correspond bien à la prise en charge de sinistres.
La sanction dun taux de sinistre important est laugmentation des cotisations. A linverse, des efforts de prévention ont pour effet de diminuer les cotisations.
La pratique dallègements sur cette cotisation, quelles quen soient les modalités conduit à saper les fondements mêmes du principe dassurance et apparaît comme un très mauvais signal en direction des entreprises et des salariés.
La nécessité dune clarification
Un coût élevé pour les finances publiques
Le coût des exonérations nétait que de 3,1 milliards deuros en 1995. En 15 ans, entre 1995 et 2010, les allègements ont crû de 15 % par an. Ils se sont stabilisés sur la période récente, à hauteur de 20 milliards deuros par an.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Montant des allègements depuis 1993
Source : Commission des comptes de la sécurité sociale
Sur les dix dernières années, le montant cumul des seuls allègements généraux de cotisations a mobilisé plus de 210 milliards deuros.
On peut rappeler que la dette sociale cumulée a atteint, à fin 2013, 211 milliards deuros.
Un financement devenu illisible
Pour décrire les flux de financement opérés chaque année par la loi de financement de la sécurité sociale, les métaphores sont nombreuses, la plus communément employée étant celle de la « tuyauterie ».
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2013 a procédé à une mise en ordre des recettes fiscales affectées à la sécurité sociale. Seule la TVA est aujourdhui partagée entre lEtat et la sécurité sociale.
Tant pour les parlementaires que pour le citoyen, le sujet du financement de la sécurité sociale, qui reste pourtant une question essentiellement politique, a été réduite à un débat de techniciens.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Recettes nouvelles et modification de la répartition de certaines des recettes affectées à la sécurité sociale suite à la LFSS 2013
A la recherche dune vraie réforme du financement attendue de longue date
Votre mission a considéré que la réforme du financement de la protection sociale excédait le champ des objectifs quelle sétait assigné.
Elle souligne cependant que les auditions ne lui ont pas permis didentifier ce que pourrait être la recette « miracle » réunissant tout à la fois une assiette large, un rendement important, stable et pérenne et la plus grande neutralité possible sur léconomie.
Limportance des revenus du travail dans la valeur ajoutée les désigne tout naturellement comme une base taxable stable et pérenne. Au sein de lUnion européenne, en dépit du mouvement précédemment décrit, les impôts sur le travail sont la première source des recettes fiscales et en représentent plus de la moitié.
Lexpérience de lannée 2013 conduit aussi à relativiser lintérêt du financement de la protection sociale par des recettes dont lassiette est plus instable: en dépit de lélargissement de lassiette et de laugmentation du taux global de 13,5 % à 15,5 % sur les revenus du capital entre 2012 et 2013, les recettes sont en quasi-stagnation, sous leffet des stratégies dévitement développées par les entreprises.
Les taxes sur la consommation, pour lesquelles la France se situe légèrement en deçà de la moyenne de lUnion européenne, ne paraissent pas représenter une grande marge de manuvre. Elles pèsent de surcroît sur les salariés et conduisent à réduire leur pouvoir dachat, déprimant la consommation qui est un des moteurs de la croissance.
En dépit du procès en illégitimité qui leur est fait depuis 20 ans, les cotisations sociales restent la ressource par excellence pour la sécurité sociale. Comme en atteste le mouvement déconomies annoncé par le Gouvernement pour la sécurité sociale, la réduction des recettes se traduit bien, inévitablement, par la dégradation du service rendu aux assurés.
Proposition n°1 : Clarifier le mode de financement de la protection sociale et privilégier laffectation de cotisations sociales au financement des différents risques. En conséquence, mettre en place un nouveau mode de programmation des dépenses et des recettes de la sécurité sociale qui laisse un véritable espace à la gouvernance paritaire par rapport à lintervention du Gouvernement et du Parlement.
Placer les cotisations au service de lemploi
Dans une logique inverse de celle des allègements de cotisations, votre rapporteure invite à explorer la possibilité dune modulation des cotisations sociales au service de lemploi et de la croissance des salaires et des qualifications.
Le taux des cotisations patronales pourrait ainsi tenir compte de deux facteurs :
- la part des salaires dans la valeur ajoutée de lentreprise ; un secteur où la part du travail est importante bénéficierait de taux de cotisation moins élevés ;
- la politique demploi de lentreprise ; les entreprises qui créent des emplois stables et de qualité et développent la qualification de leurs salariés pourraient également bénéficier de taux de cotisations différenciés, notamment pour les cotisations dassurance-chômage où le risque assuré est directement lié à la qualité de lemploi.
Proposition n° 2 : Moduler les cotisations en fonction de la politique demploi des entreprises.
une accoutumance aux exonérations qui saccompagne deffets indésirables
LES ALLÈGEMENTS, UN REMÈDE À TOUS LES MAUX ?
La politique dallègements généraux de cotisations sociales patronales, telle que construite en 1993, a subi de nombreuses modifications.
Elle sest surtout vue assigner des objectifs de plus en plus nombreux au fil du temps.
Des modalités instables et difficiles à gérer sur le terrain
Il peut a priori sembler paradoxal de souligner linstabilité de la politique dallègements de cotisations alors même que cette dernière a été globalement appliquée de façon continue au cours des vingt dernières années à travers les alternances politiques.
Cependant, les auditions conduites par la mission témoignent du fait que cette continuité est toute relative et quelle na pas été, sur le terrain, dune lisibilité suffisante, tout particulièrement pour les PME.
Se fondant notamment sur les travaux du Conseil dorientation pour lemploi, de nombreux interlocuteurs de la mission ont rappelé que les mesures dallègement avaient subi au moins 23 modifications depuis 1993.
Ces changements ne facilitent ni lévaluation du dispositif, ni la gestion du dispositif sur le terrain, par les comptables dentreprise, les PME ou TPE ayant moins de moyens que les grandes entreprises pour sinformer et sajuster aux nouvelles normes.
Plus généralement, Mme Mireille Elbaum, présidente du Haut Conseil du financement de la protection sociale sest demandée si la multiplication et linstabilité des dispositifs nentraînait pas une certaine « déperdition ».
Une politique de court terme qui sest installée dans la durée, avec des conflits dobjectifs
Le dispositif dexonérations générales de cotisations sociales patronales a connu une très forte instabilité car les pouvoirs publics lont utilisé pour atteindre des objectifs multiples et parfois contradictoires. Alors quils étaient censés dans un premier temps réduire le « coût du travail », ils ont par la suite servi à compenser aux entreprises des mesures favorables aux salariés.
De fait, la volonté d« enrichir la croissance en emplois » sest combinée, depuis 20 ans, avec des impératifs de justice sociale et avec la nécessité de limiter les déséquilibres des finances publiques. La politique dallègements de cotisations sociales a ainsi été traversée par des conflits dobjectifs qui se sont traduits par des empilements de mesures à vocation tantôt offensives et tantôt compensatrices.
Les 19 milliards deuros consacrés aux allégements de cotisations sur les salaires en 2013 sont ainsi la résultante de trois grandes vagues successives dallégements.
La première vague entre 1993 et 1998 visait principalement à réduire le « coût du travail » au voisinage du Smic pour toutes les entreprises (allégements « Balladur » puis « Juppé »). Cette première vague est souvent qualifiée d« offensive ».
Après 1998, deux vagues dallégements souvent dits « défensifs » ont eu pour but de compenser limpact sur le « coût du travail » de la mise en uvre de la réduction du temps de travail (RTT) puis de la convergence des salaires minimaux (compensation du surcoût horaire pour les entreprises ayant réduit la durée du travail et compensation des fortes hausses du salaire minimum entre 2003 et 2005 pour les autres). Au cours de la période de réduction du temps de travail, les allègements ont ainsi été associés à de véritables contreparties avec un effet directement mesurable pour les entreprises et les salariés.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Barème des allègements (en points de cotisations) en fonction du niveau du salaire, exprimé en multiples de la rémunération minimale applicable
Source : Dares et DG Trésor
La Dares considérait en 2009 que la première vague dallégements mis en place jusquen 1998 représentait un coût actualisé de 9,3 milliards deuros tandis que les allégements ultérieurs sélevaient à 12,9 milliards deuros. Elle estimait ainsi que, sur le montant total des allègements actuels, moins de la moitié correspondait à lobjectif et au mécanisme initialement définis.
La politique dallègements de cotisations sur les bas salaires a donc été depuis 20 ans confrontée à de sérieux conflits dobjectifs et utilisée comme le principal moyen daccorder aux entreprises des compensations à des réformes de justice sociale ou à des augmentations du salaire minimum.
Les incertitudes de lévaluation des effets sur lemploi
Des évaluations très incertaines
Comment évaluer une mesure dapplication générale ?
La difficulté de lévaluation des dispositifs dallègements de charges sociales sexplique dabord par leur caractère général. Sans ciblage sur un secteur ou une zone géographique, ni conditionnalité par rapport à un objectif dembauches par exemple, il est en effet plus difficile de mesurer limpact économique de la mesure, puisquil nexiste pas de « contrefactuel », cest-à-dire de données sur lévolution économique en labsence de la mesure.
En outre, les effets des allègements, dès lors quils sont généraux, ne peuvent pas être isolés de lensemble du contexte économique de leur mise en uvre, ni des autres réformes menées en parallèle.
A cet égard, Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil dorientation pour lemploi a rappelé qu« aucune étude nest en mesure danalyser globalement limpact sur lemploi des allègements « Aubry » puis « Fillon » car ces allégements visaient à compenser leffet dautres mesures sur le coût du travail, à savoir la réduction du temps de travail puis la convergence vers le haut du Smic ». En dautres termes, pendant toute la période de mise en place de la réduction du temps de travail, il nest pas possible dimputer précisément les créations demplois à telle ou telle politique, aux allègements pas plus quà une autre.
Ainsi, les seules études pouvant isoler un effet-emploi des allègements de charges sociales portent sur la première vague dallègements ou plus récemment, sur la mesure ponctuelle et temporaire « zéro charges », mesure qui ne concernait que les petites entreprises, dans un contexte de crise économique et dont, pour ces raisons, les résultats économiques ne peuvent être extrapolés sans précaution.
Des modèles aux postulats différents
Les études économiques menées sur les effets des exonérations divergent fortement quant à la méthode suivie.
Deux principales méthodes et deux principaux points de vue ont pu être adoptées par les unes et par les autres : ex post ou ex ante ; et macro-économique ou micro-économique.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Les différentes méthodes dévaluation
Source : Commission européenne
Le premier type dévaluation rassemble celles dites « ex ante », qui estiment les effets de ces mesures sur la base de modèles théoriques, compte tenu des informations disponibles sur léconomie française et sur la base dhypothèses de travail pré-établies (par exemple, celle de la sensibilité ou « élasticité » de lemploi au coût du travail).
Les évaluations dites « ex post » analysent leffet des allègements sur la base des statistiques constatées avant et après lentrée en vigueur des mesures. Il sagit, en quelque sorte, des évaluations « empiriques » des allègements, qui peuvent être soit macro-économiques sur la base des situations générales enregistrées par les statistiques, soit micro-économiques sur la base dun échantillon dentreprises. Ces méthodes ont leurs limites : ni lévolution du nombre dentreprises, ni les répercussions du financement (hausse de la TVA ou de la CSG par exemple) ne peuvent être mesurées par de telles études.
Des résultats décevants
Ces difficultés méthodologiques ayant été posées, il nest guère étonnant que les évaluations divergent fortement sur le nombre demplois créés ou sauvegardés grâce aux allègements de charges sociales.
En tout état de cause, elles ne concernent que la première vague dallègements, qui est la seule pouvant être suffisamment isolée de son contexte historique (réformes parallèles) pour être évaluée.
En outre, comme votre rapporteure la signalé aux économistes quelle a rencontrés, les études ne distinguent jamais emplois créés et sauvegardés. En effet, elles raisonnent a contrario en évaluant la masse des emplois qui seraient détruits en labsence de la mesure dallègement, ce qui mêle nécessairement les emplois créés et les emplois sauvegardés.
Pourtant, la comptabilisation des emplois sauvegardés dans les évaluations nuit au débat public car elle masque la réalité de la spécialisation de léconomie sur des emplois peu qualifiés et peu productifs.
Parmi les principales études ayant cherché à chiffrer le nombre demplois créés ou sauvegardés par la mesure, nous pouvons citer :
- lanalyse de Legendre et Le Maître de 1997, qui conclut à labsence de lien entre emploi et coût du travail non qualifié et parle « dénigme non résolue » ;
- létude de Gafsy, LHorty et Mihoubi (2004) qui conclut à un très faible effet sur lemploi, de lordre de 60 000 à 80 000 emplois.
- lanalyse de Laroque et Salanié qui conclut à la création de 500 000 emplois ; de même, létude de Crépon et Desplatz conclut à la création ou au maintien de 460 000 emplois pour les allègements 1994-1997 ;
Daprès la synthèse établie par Yannick LHorty en 2006, le nombre moyen demplois non qualifiés créés selon les grandes études sur le sujet serait un peu supérieur à 250 000, pour une enveloppe budgétaire de 5 milliards deuros.
Devant la quasi impossibilité dévaluer les effets sur lemploi, une forme de consensus sest établi au sein du conseil dorientation pour lemploi en 2006 pour évaluer à 800 000 le nombre demplois détruits si lon supprimait les exonérations de charges. Ce chiffre est obtenu par « extrapolation » des études de la première période, proportionnellement au montant des allègements, avec une prise en compte du rendement décroissant de la mesure. De facto, sur la période « Aubry », puis « Fillon », aucune étude ne peut affirmer combien demploi ont été créés ni à quelle politique ils sont imputables.
Rapportées au coût de la mesure, les évaluations du nombre demplois créés laissent pour le moins perplexe :
Figure n° AUTONUMLGL \e : Nombre demplois créés par les exonérations de charges daprès les différentes évaluations
Source : Présentation de M. Jacques Freyssinet
Aucun des interlocuteurs de la mission na souhaité sengager sur le coût net par emploi créé, la Direction du Trésor ayant chiffré autour de 12 000 ¬ le gain pour les finances publiques d un allocataire du RSA retrouvant un emploi. Pour autant, le consensus conduit généralement à affirmer que le coût net représente la moitié du coût brut.
Au total, après avoir entendu de nombreux intervenants et des points de vue très différents, votre rapporteure ne peut quexprimer des doutes quant aux chiffres présentés comme le « consensus des économistes ».
Des effets plus limités si lon intègre le mode de financement
Les évaluations des allègements négligent, le plus souvent, les effets dits de « bouclage » macro-économique, cest-à-dire les effets économiques du mode de financement de la mesure.
Ces effets sont de deux ordres, en sens contraires : dun côté, laugmentation du nombre demplois a un effet expansionniste sur la demande et sur la consommation ainsi que sur la conjoncture et lemploi ; mais de lautre, le financement budgétaire de ces mesures (hausse de la fiscalité, baisse des dépenses publiques, etc.) entraîne un effet restrictif sur léconomie et donc sur lemploi.
Devant votre mission commune dinformation, la Commission européenne, a ainsi rappelé que très peu détudes sur les mesures françaises avaient intégré le mode de financement.
LOFCE, qui évalue à 500 000 le nombre demplois créés à moyen terme, sest intéressée à ces effets de bouclage macro-économique. Les auteurs mettent ainsi en avant le fait que « si la mesure est financée ex post, limpact sur lemploi du dispositif « Fillon » est réduit par rapport à lévaluation initiale de 35 % à 50 % selon le mode de financement retenu. Et si cette politique ne se traduit pas par des gains de compétitivité sur lextérieur, alors leffet sur lemploi est divisé par trois, voire par sept dans le cas le plus défavorable par rapport au chiffrage initial ».
A cet égard, il convient de souligner que certaines des conclusions du rapport général de notre collègue députée Valérie Rabault, rapporteure générale du budget à lAssemblée nationale, sur le projet de loi de finances rectificative pour 2014 vont également dans ce sens, en mettant en avant une estimation denviron 190 000 emplois détruits par leffet des mesures de financement du pacte de responsabilité, en particulier les baisses de dépenses publiques.
Le nombre demplois créés ou, plus probablement, sauvegardés par les mesures dallègement des charges sociales, est très incertain selon la méthodologie retenue ; il est cependant, en tout état de cause, relativement faible si lon tient compte de limpact des mesures de financement de ces allègements, qui entraîne une attrition de lactivité économique et une diminution de la demande du fait de la hausse de la fiscalité sur les ménages et/ou de la baisse des dépenses publiques.
Au total, il nest pas certain que le constat de la Cour des comptes formulé en 2008 selon lequel « les nombreux dispositifs dallègement des charges sociales étaient insuffisamment évalués en dépit de la charge financière croissante quils représentaient pour les finances publiques (27,8 milliards deuros en 2007, soit 1,5 % du PIB). Sagissant des allègements généraux sur les bas salaires, leur efficacité sur lemploi était trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité » ne soit plus valable aujourdhui.
Une politique qui na pas enrayé le chômage de masse et qui nest pas dénuée deffets pervers
En dépit des allègements généraux, la persistance dun chômage de masse, en forte hausse depuis la crise de 2008-2009
Une forte baisse du coût relatif du travail au niveau du Smic
La mise en uvre des allégements de cotisations sociales patronales au niveau des bas salaires a eu un impact très net sur lévolution du coût du travail au niveau du salaire minimum.
Ainsi, sous leffet dune diminution continue du niveau des cotisations patronales depuis 1994, le coût du travail a diminué de 35 % au niveau du Smic. Le coût du travail dun salarié payé au Smic représente aujourdhui un peu plus de la moitié du cout du travail médian alors que ce salarié perçoit une rémunération qui oscille entre 60 et 63% du salaire médian.
qui na nullement empêché le chômage datteindre des chiffres records depuis léclatement de la crise économique mondiale
En dépit de la mise en uvre des allègements généraux de cotisations sociales, le taux de chômage a atteint à la fin des années 1990 un pic à 10,7 %, soit environ 3,1 millions de chômeurs. Sous leffet de la bonne conjoncture du début des années 2000, il a reculé à 9 % en 2000, chiffre auquel il sest stabilisé jusquen 2006 avant de connaître une décrue jusquà 7,2 % au premier trimestre 2008, soit environ 2 millions de chômeurs, un chiffre sans précédent depuis 1983.
Malheureusement, la crise économique mondiale qui a touché la France à partir du second semestre 2008 a provoqué une forte remontée du chômage qui na plus cessé daugmenter depuis cette date, atteignant un taux de 9,6 % en 2011 et de 10,2 % au dernier trimestre 2013.
Ainsi, 3 388 900 demandeurs demploi étaient inscrits à Pôle emploi en catégorie A (aucune activité) en France métropolitaine à la fin du mois de mai 2014, un chiffre en hausse de 4,1 % sur un an.
En rajoutant les demandeurs demploi en activité réduite (catégories B et C), le nombre de demandeurs demploi inscrits à Pôle emploi sétablissait quant à lui à 5 020 200, un nombre en augmentation de 4,8 % sur un an.
De surcroît, votre rapporteure tient à rappeler que ces statistiques sont loin de donner une vision exhaustive du phénomène du chômage en France, dans la mesure où elles ne prennent pas en compte les personnes radiées pour des motifs divers, découragées par le chômage de longue durée et qui nont dautre choix que de réfugier dans léconomie informelle ou bien encore toutes celles qui travaillent à temps partiel alors quelles voudraient travailler à temps complet.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Le taux de chômage en France de 2003 à 2013
Source : Insee, enquête « Emploi », 2014
Linstallation dun chômage de longue durée
Par rapport aux autres pays de lOCDE, la France se distingue depuis une quinzaine dannées par une proportion particulièrement importante de chômeurs de longue durée, qui recherchent un emploi depuis plus dun an : 40 % des chômeurs français sont des chômeurs de longue durée, soit 10 % de plus que la moyenne de lOCDE.
Une dualité renforcée du marché du travail
Au cours des années 1990 et 2000, le marché du travail français est apparu de plus en plus segmenté entre une majorité de salariés en CDI, qui bénéficient dune plus grande stabilité dans leur emploi (les économistes les qualifient d « insiders ») et un volant de salariés précarisés, recrutés sous forme de contrats atypiques, tels que les CDD ou linterim (les économistes les qualifient d « outsiders ») Ces derniers représentent 17 % des personnes en emploi. Ces salariés, qui constituent un véritable volet dajustement de la masse salariale, sont souvent peu qualifiés, payés au Smic et sont nombreux à travailler à temps partiel alors quils souhaiteraient travailler à temps complet. Ils ont des chances limitées daccéder à la première catégorie.
Ce dualisme touche particulièrement les jeunes : 55 % des jeunes salariés de 15 à 24 ans sont en CDD.
En même temps, laudition dOlivier Passet, économiste au Xerfi, a permis de mettre en évidence que le dualisme du marché du travail est, dune certaine manière, plus fort en Allemagne dans la mesure où il est segmenté par secteurs : en effet, les « mini-jobs » se concentrent principalement, en Allemagne, dans le secteur des services tandis que lindustrie allemande est à la fois la plus exposée à la concurrence, la plus productive et celle où le pouvoir dachat des salariés est défendu le plus efficacement par des syndicats puissants.
Un Smic qui ne parvient pas toujours à empêcher la pauvreté laborieuse
Au fil même des travaux de votre mission, les assauts récurrents contre le niveau du salaire minimum ont semblé prendre de lampleur dans le débat public, formulées par des personnalités diverses du monde politique, patronal, déconomistes
Interrogé par votre rapporteure, le ministre du Travail, M. François Rebsamen, a réaffirmé cette réalité dun des socles du modèle social français devant votre mission : « Le smic garantit le pouvoir d'achat des salariés les moins qualifiés, les plus jeunes, les plus vulnérables. Pour reprendre la formule du Premier ministre, le smic est le mur porteur de notre modèle social. Toute remise en cause aboutirait à une explosion insupportable du nombre de travailleurs pauvres. Même nos partenaires allemands ont fini par trouver des vertus au salaire minimum, face à l'invraisemblable montée de la pauvreté liée à l'essor des « mini-jobs ». Ce n'est pas à l'heure où l'Allemagne crée un smic que nous allons revenir dessus ! »
Comme cela a été souligné à plusieurs reprises au cours des auditions de votre mission, lexistence dun salaire minimum fixé à un niveau relativement élevé ne suffit pas à lutter contre la pauvreté en emploi. Selon le groupe dexperts sur le Smic, le niveau de vie moyen des salariés au Smic sélevait à 17 100 ¬ en 2012 contre 26 500 ¬ en moyenne pour les autres salariés. 70 % d entre eux ont un niveau de vie inférieur au niveau de vie médian, contre 31 % pour les salariés rémunérés au-delà de 1,1 Smic. Ils sont aussi plus touchés par la pauvreté, dans la mesure où 20 % dentre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté contre 4 % pour les salariés mieux rémunérés.
Cette faiblesse relative du niveau de vie des salariés rémunérés au Smic sexplique par leur rémunération horaire et par une forte prévalence du travail à temps partiel ainsi que par une fréquente alternance entre périodes de travail et périodes de chômage (à peine la moitié des salariés au Smic travaille à temps plein sur les douze mois de lannée contre les trois quarts de ceux rémunérés au-delà).
La donnée essentielle que constitue la très forte hausse du coût du logement handicape la société française et particulièrement les salariés au Smic. Dans les comparaisons avec lAllemagne, qui reviennent de façon lancinante dans les débats économiques, on oublie trop souvent de rappeler le fait que le coût du logement représente 16 % des revenus des Allemands, contre 26 % pour nos compatriotes. Votre rapporteure estime que cette donnée suffit à elle seule à démontrer que le phénomène de pauvreté au travail peut frapper les salariés français tout autant que leurs voisins européens.
Une politique qui présente de nombreux effets pervers
Une stabilisation temporaire de lemploi non-qualifié
A partir de 1993, la réduction substantielle du coût relatif du travail au niveau du Smic sest accompagnée dune reprise puis dune stabilisation dans un canal de 20 % à 22 % de la part de lemploi non qualifié dans lemploi total.
La Dares estime que les allégements ont vraisemblablement contribué à cette stabilisation en indiquant que si le coût du travail peu qualifié navait pas été une cause importante de sous-emploi, les premiers allégements de cotisations se seraient dabord traduits par une hausse sensible du salaire brut de ces travailleurs. Or, cela ne semble avoir été que partiellement le cas.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Part de lemploi non qualifié dans le total de lemploi (hors agriculteurs exploitants)
Si lemploi non qualifié est revenu, dans les années 2000, à son niveau de 1982, soit environ 5 millions demplois, lInsee a souligné que sa structure sest radicalement transformée, un million demplois ayant disparu dans lindustrie, tandis quun nombre demplois équivalent était créé dans les services. Pour certaines personnes entendues par votre mission, les allègements auraient ainsi contribué à développer et à conforter une préférence française pour les emplois peu-qualifiés.
Votre rapporteure souligne, à cet égard, la nécessité damplifier les efforts de soutien des non-diplômés en soulignant que la formation continue bénéficie toujours aussi peu aux salarié(e)s peu qualifiés et que leurs perspectives de carrière sont dautant plus limitées quelles ou ils sont souvent employés dans le cadres de contrats précaires et à temps partiel contraint.
Le risque de« trappes à bas salaires » et la menace du « déclassement »
Les allègements généraux de cotisations sociales ont rendu progressif les taux de cotisations sociales entre 1 et 1,6 Smic : le coût du travail des salariés augmente plus que proportionnellement suite à une hausse de salaire consentie pour lentreprise.
Pour cette raison, les syndicats de salariés et de nombreux économistes constatent - selon toute probabilité, - que ce dispositif fabrique des « trappes à bas salaires » et que les salariés payés à un niveau proche du Smic voient leur rémunération stagner durablement, le coût dune revalorisation salariale étant jugée trop coûteuse par leurs employeurs.
Effet pervers connexe, selon Edmond Malinvaud, les allègements généraux de cotisations sociales pourraient conduire les salariés peu qualifiés à se former de manière insuffisante en labsence de perspective daugmentation salariale, avec un effet de « trappe à basses qualifications » qui nuirait à la productivité globale de notre économie.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Le coût du travail dun travailleur à bas salaires pour lemployeur augmente plus rapidement que son salaire net du fait des allègements de charges
Source : OCDE
Comme le montre le graphique ci-dessus, la progression salariale au voisinage du Smic est rendue beaucoup plus difficile par les allègements. Yannick LHorty a ainsi indiqué à votre mission quil considérait que les allègements étaient particulièrement efficaces en termes demploi à proximité du smic mais que favoriser leur excessive concentration conduirait à enfermer les salariés ainsi recrutés dans de véritables « gouffres à bas salaires ». Il semble à votre rapporteure que ce phénomène, assez intuitif, se vérifie malheureusement dans le quotidien de nombreux salariés.
Si les jeunes connaissent un taux de chômage très importants et doivent souvent pour sinsérer sur le marché du travail alterner emplois précaires et périodes dinactivité, ils sont en outre nombreux à subir un « déclassement » par rapport à leur niveau initial de qualification : faute de trouver un emploi qui correspond à leurs diplômes, ils sont contraints daccepter des emplois moins qualifiés. Les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires, en subventionnant les emplois à basses qualifications, pourraient contribuer à ce phénomène très préoccupant.
Ainsi, Alberto Lopez, sintéressant aux jeunes de la génération 1998 qui sont entrés sur le marché du travail, constatait que 41,5 % dentre eux subissaient un déclassement dans leur premier emploi (ce taux était même de 50 % lorsque cet emploi était un CDD) et constatait que cette situation perdurait 3 ans plus tard pour 35 % dentre eux. Selon Olivier Passet, directeur des synthèses économiques du groupe Xerfi, auditionné par votre mission, « nous constatons en France un déclassement qui concerne 30 % des emplois non qualifiés ».
Outre les effets négatifs de cette situation pour les jeunes diplômés, force est de constater quelle les conduit en outre à évincer du marché du travail les jeunes dépourvus de qualification en « changeant lordre dans la file dattente ».
Un dispositif qui a bénéficié aux secteurs les moins exposés à la concurrence internationale
Les allègements de cotisations bénéficient potentiellement à toutes les entreprises sur le seul critère de lemploi de salariés au voisinage du Smic. On pourrait donc penser quelle agit sur léconomie de façon indifférenciée. Ce nest de facto pas le cas.
Un dispositif qui bénéficie prioritairement aux petites entreprises, hors Île de France
Lanalyse des données de lAcoss sur les trois vagues dallègements généraux ont dabord permis de souligner que celles-ci avaient bénéficié aux établissements et entreprises de petite taille plutôt quaux grandes entreprises, ce qui traduit le fait que les rémunérations y sont moins élevées.
Géographiquement, lIle-de-France se caractérise par un taux dexonération faible, ce qui renvoie au fait que cest dans cette région que le salaire moyen est le plus élevé. De même, la région Rhône-Alpes et les régions du Nord-Est plus industrielles et/ou caractérisées par des niveaux de rémunération plus élevés ont un taux plus faible de bas salaires et dexonérations. Les régions du Centre et du Sud de la France où les activités de services occupent une place importante sont, en revanche, celles qui bénéficient le plus des allègements de cotisations.
Les allègements bénéficient surtout au secteur des services
Le redressement de la part des emplois peu qualifiés entre 1993-1997 était dû, pour deux tiers, au développement des secteurs intensifs en travail peu qualifié et, pour un tiers, à laugmentation de la part des emplois peu qualifiés au sein de chaque secteur.
Ce sont donc surtout les services qui ont bénéficié des allègements. Pour partie, cette concentration dans le tertiaire était cependant lun des objectifs recherchés, dans les années 1990, au moment de la mise en uvre des politiques dallégements de cotisations, afin d « enrichir la croissance en emplois ». La part des services est cohérente avec lévolution des emplois : entre 1975 et 2012, la part des emplois dans lagriculture est passée de 9 % à 2 %, celle dans lindustrie de 26 % à 13 %, celle dans la construction de 9 % à 6 %, alors que celle dans le tertiaire passait de 56 % à 78 %.
Les allégements ont particulièrement bénéficié au secteur des hôtels et restaurants, aux activités de services à la personne ou au le commerce de détail et très peu à certains secteurs comme la R & D ou les activités financières spécialisées.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Taux dexonération apparent en fonction des différents secteurs
Source : Evaluer les réformes des exonérations générales de cotisations sociales - Revue de lOFCE - Débats et politiques 126 (2012).
Rapportés à la masse salariale des différents secteurs dactivités définis par lINSEE, les taux dexonération apparents donnent les résultats suivants :
Figure n° AUTONUMLGL \e : Taux dallègements généraux par secteurs dactivité
(en millions deuros)
Secteurs d'activitéMasse salarialeSalaire moyenpar têteTotalexonérationsAllègementsgénérauxEstimation du volume des exonérationsHébergement, restauration19 8631 63011,4 %10,5 %2 086Services administratifs, soutien39 2411 8308,5 %8,0 %3 139Construction36 3622 0508,1 %7,1 %2 582Commerce79 8052 1906,8 %6,3 %5 028Autres activités de services13 0811 9307,6 %5,4 %706Transports, entreposage39 9192 4104,8 %4,6 %1 836Santé humaine et action sociale34 0781 7407,2 %4,3 %1 465Enseignement6 6001 8005,2 %4,2 %277Activités immobilières6 8002 3904,4 %4,1 %279Arts, spectacles et activités récréatives6 6791 9804,7 %3,9 %260industries extractives8252 7804,6 %3,4 %28Eau, assainissement, déchets, pollution4 9682 3603,9 %3,2 %159Agriculture, sylviculture et pêche3081 77015,4 %3,0 %9industrie manufacturière94 0802 7603,4 %3,0 %2 822Activités spécialisées, scientifiqueset techniques50 3173 2602,1 %1,7 %855Activités extraterritoriales3054 4301,4 %1,4 %4Information, communication30 1113 4901,4 %1,0 %301Activités financières et d'assurance34 4773 7701,1 %0,9 %310Administration publique7 6733 6901,0 %0,7 %54Gaz, électricité, vapeur, air conditionné8 0113 8300,6 %0,2 %16Total513 5032 3905 %4,3 %22 081Source : Acoss, calculs MCi
Un impact sectoriel à apprécier plus finement
Votre mission souligne que cette distinction entre services et industrie, particulièrement présente dans le débat actuel sur les allègements de cotisations, doit être analysée avec précision.
En premier lieu, la distinction entre lindustrie et les services, qui sert de base à ces raisonnements, se révèle de moins en moins nette.
Dune part, les entreprises ont procédé massivement à lexternalisation des fonctions qui nétaient pas directement liées à leur cur de métier et les ont transférés de ce fait au secteur des services aux entreprises.
Dautre part, la frontière entre industrie et services est de plus en plus difficile à déterminer : ainsi, un téléphone mobile, sapparente à un produit industriel mais la valeur ajoutée quil incorpore correspond, à 95 %, à des éléments immatériels comme la rémunération des logiciels, des brevets, du design et des frais de distribution du produit.
De ce fait, la distinction entre secteurs exposés et secteurs protégés amène quelques commentaires. Dune part, comme lon souligné plusieurs intervenants, les baisses de coût du travail dans le secteur des services peuvent se traduire par des prix attractifs de services aux entreprises, et telle est dailleurs une des explications de la compétitivité de lindustrie allemande.
En outre, les secteurs dits « protégés » ne sont pas pour autant sans lien avec la concurrence internationale. Dune part, ils participent de lattractivité générale dune économie pour la localisation des investissements internationaux.
Dautre part, certains secteurs considérés comme abrités sont en réalité en concurrence directe avec leurs homologues étrangers : cest le cas de lhôtellerie et de la restauration à travers le tourisme, les prix étant un facteur dattractivité touristique par rapport aux autres grandes destinations touristiques.
Il nen demeure pas moins que les allègements de cotisations ne touchent que très marginalement les secteurs les plus innovants et les plus exposés à la concurrence internationale.
Une spécialisation « low cost » de léconomie ?
Les aides publiques aux emplois peu qualifiés à bas salaires font courir le risque à notre pays de sinstaller dans une économie bas de gamme dont la stratégie consisterait exclusivement à baisser les coûts de production, et notamment le coût du travail, afin de diminuer les prix des produits français.
Dans une étude, la Commission considère que la réduction des cotisations sur les bas salaires pourrait expliquer « pourquoi la part des travailleurs peu qualifiés est beaucoup plus élevée en France (22,7 % en 2012) qu'en Allemagne (14,0 %) ». A terme, une telle politique pourrait « avoir une incidence sur la structure industrielle » en poussant les entreprises à se tourner « vers des emplois moins qualifiés, ce qui aurait un effet préjudiciable sur la productivité ».
Une telle stratégie apparaît à long terme totalement contreproductive pour un grand pays développé comme la France, qui doit au contraire monter en gamme, grâce à linvestissement, à la recherche et à linnovation et à une formation initiale et professionnelle de qualité.
une focalisation excessive sur le « coût du travail » qui a occulté dautres enjeux
une focalisation excessive sur le coût du travail
Comme a pu le constater votre mission, le rapport de Louis Gallois a non seulement marqué les esprits mais également suscité, au moins partiellement, les réorientations annoncées par le Gouvernement. Elle tient à souligner que son approche globale se démarque nettement des raisonnements trop exclusivement centrés sur le coût du travail.
Ce rapport apparait désormais comme la pierre angulaire dun nouveau consensus sur le paradigme économique de la « montée en gamme » et de la réindustrialisation de la France qui succède à des représentations économiques principalement dominées par les craintes de délocalisations ou de concurrence des pays à faible coût salarial.
Bien que porté pendant des décennies par différentes forces économiques et sociales depuis la première vague de désindustrialisation de la fin des années 1970, ce débat a été trop longtemps occulté.
La dégradation des capacités productives françaises
Un mauvais positionnement de léconomie française
Létat des lieux des difficultés montre une industrie française prise en étau entre, dune part, lindustrie allemande axée sur des segments à forte valeur ajoutée peu sensible au prix et, dautre part, lindustrie des pays émergents et des pays de lEurope du Sud, axée sur des segments à plus faible valeur ajoutée.
Lindustrie française aurait les coûts de la première avec un positionnement sectoriel plus proche de la seconde. Pour maintenir leurs parts de marché, les entreprises ont dû, dans les années 2000, comprimer leurs marges et, partant, leurs investissements.
Cela sexpliquerait, selon le rapport, par des défaillances dans larticulation entre la recherche - développement et lindustrie, dans lorientation des financements, dans la structuration des filières industrielles handicapées par insuffisante solidarité entre les grandes et les petites entreprises soustraitantes, et enfin dans le fonctionnement du marché du travail, avec un dialogue social peu productif.
Un déficit dinvestissement des entreprises.
Le déficit dinvestissement des entreprises est un constat partagé.
Lorigine de ce déficit, certainement plurielle fait, quant à elle, débat. Si daucuns sont prompts à mettre en cause le coût du travail, il nest sans doute pas seul en cause. Laudition de la DGCIS a mis au jour, notamment, limpact générationnel et le vieillissement de certains chefs dentreprise qui les pousserait peu à la modernisation de lappareil productif.
Comme le démontrent les études de lInsee consacrées aux coûts de main duvre :
- dune part, le coût horaire de la main-duvre reste fortement hétérogène entre les pays membres de lUnion européenne et, dans lindustrie comme dans les services, la France fait partie des pays européens à coût élevé ;
- mais, dautre part, lhétérogénéité observée en matière de coût salarial est considérablement réduite si on prend en compte la productivité. Dans lindustrie manufacturière, le coût salarial unitaire a diminué entre 1996 et 2008 en France et en Allemagne. Dans les services, le coût salarial unitaire a évolué à la hausse pour lensemble des pays de lexUE à 15, mais dans des proportions différentes.
La productivité horaire du travail en France est encore une des plus fortes dEurope même si sa croissance ralentit de manière préoccupante (1979-1989 : + 1,5 % ; 1990-1999: + 1,1 % ; 2000-2008: + 0,8 %. Source Eurostat). Il souligne que cet avantage est cependant compensé de manière négative par la faiblesse du couple durée du travail taux demploi « qui coûte cher et limite la croissance potentielle de léconomie. » En 2009, le taux demploi de la France restait inférieur de 6 points à celui de lAllemagne, mais il est surtout inférieur de 15 points chez les jeunes (15-24 ans) et de 18 points chez les seniors (55-64 ans) ».
Le rapport Gallois nattribue pas la compression des marges bénéficiaires des entreprises, au coût du travail mais bien au positionnement « moyen de gamme » des produits français qui a contraint lindustrie française à baisser ses prix de vente en rognant ses marges. Ces dernières ont baissé de 30 % à 21 % sur la période 2000-2011, alors quelles progressaient de 7 points en Allemagne dont la production suscite un attrait qui permet de vendre sans avoir à consentir de remise. Cette compression des marges a eu pour conséquence de dégrader le taux dautofinancement des entreprises françaises (64 % en France en 2012 contre 85 % en 2000 et près de 100 % en moyenne dans la zone euro).
Au moment où les entreprises auraient besoin de faire appel à lendettement externe est intervenue une phase de resserrement du crédit bancaire sans précédent.
Lalourdissement du coût du capital : un facteur de crise encore trop négligé quoique sans doute bien plus décisif que le coût du travail
Le financement des entreprises a considérablement évolué au cours des trente dernières années. A mesure que le taux de marge se comprimait, le niveau des dividendes servis aux actionnaires connaissait cependant une progression troublante. Les entreprises ont elles sacrifié linvestissement aux exigences de rémunération de leurs actionnaires ?
La mission dinformation a recueilli deux séries dinformations permettant détablir un bilan provisoire des connaissances sur le coût du capital. Dune part, une récente étude de 160 pages nourrit lidée assez répandue dune stérilisation des projets dinvestissement, au cours des vingt dernières années, par les exigences de rendement excessives des apporteurs de capitaux ou les prêteurs. Dautre part, la mission a entendu plusieurs économistes qui ont, avant tout, souligné la nécessité de prolonger les travaux détudes existants par des investigations complémentaires afin de consolider les bases du raisonnement relatif au rôle prépondérant de lalourdissement du coût du capital dans le marasme économique actuel.
En premier lieu, votre rapporteure est particulièrement attentive aux idées exprimées par les économistes atterrés et par la Confédération générale du travail (CGT) qui déplorent la tendance à dénoncer les « dérapages » du seul coût du travail, sans sattacher à analyser les évolutions du coût du capital et la progression de la « rente financière ». Afin de remédier à cette carence de lanalyse économique, ils sappuient, en particulier, sur les résultats de travaux réalisés dans le cadre de conventions détudes conclues entre des organismes de recherche et la CGT sur le « coût du capital » pour les entreprises françaises.
Techniquement, cette étude distingue le capital productif du capital financier.
Le capital productif se compose des actifs comme les bâtiments, les machines, les brevets, les logiciels nécessaires à la production de biens et services par lentreprise. Dune part, ce capital productif se déprécie, ce qui est mesuré par les amortissements de lentreprise, et dautre part, ces dernières investissent pour améliorer leur capacité de production. Il est donc logique de retenir comme indicateur du coût économique du capital la « formation brute de capital fixe » (FBCF) qui correspond à la somme des amortissements et de linvestissement net.
Ces dépenses dinvestissement, lorsquelles ne peuvent pas être autofinancées, nécessitent de faire appel au « capital financier », ce qui se traduit par le versement de dividendes aux actionnaires et/ou dintérêts aux prêteurs obligataires ou bancaires. Un indicateur de marge mesure le cout de ce capital financier : il sagit dun ratio qui divise la somme des intérêts et dividendes versés moins intérêts reçus par le coût économique du capital productif (la FBCF définies ci-dessus).
Sur ces bases conceptuelles, létude constate que le coût net du capital financier qui représentait 20 % du coût économique du capital dans les années 1960-70 en pèse désormais 50 % : lentreprise française qui achète pour 1 euro de machine à son fournisseur verse en plus 0,5 euros aux financiers.
Lévolution de ce ratio, encore plus que le niveau atteint, constitue le principal enseignement de létude, selon ses auteurs. Alors que les marchés financiers sont souvent présentés comme un instrument permettant de canaliser lépargne vers les projets les plus rentables, le résultat essentiel de la financiarisation de ces trois dernières décennies est davoir détérioré le rapport qualité-prix du capital : les entreprises paient davantage (en intérêts et dividendes) pour une moindre accumulation de capital (baisse du rythme de croissance de la FBCF). En 1980, les entreprises dépensaient deux fois plus en investissements nets quen dividendes nets ; en 2011 elles dépensaient deux fois plus en dividendes nets quen investissements nets. Le « surcoût du capital », qui est selon létude le concept le plus opérationnel, a fortement augmenté depuis le tournant des années 80 et majore le coût réel du capital de 50 à 70 %.
Votre rapporteur tient tout particulièrement à souligner la double évolution suivante : alors que la part des cotisations sociales dans la valeur ajoutée diminue, les dividendes versés par les entreprises progressent. Cette évolution conduit à sinterroger sinon sur le rapport entre les allègements de cotisations et la politique de distribution des dividendes des entreprises, du moins sur les responsabilités respectives de ces deux composantes de la valeur ajoutée dans la réduction de la part disponible pour linvestissement.
Figure n° AUTONUMLGL \e : évolution comparée de la part des cotisations sociales et des dividendes dans la valeur ajoutée en % de la valeur ajoutée des sociétés non financières
Source : Insee
Le raisonnement se prolonge en affirmant que lélévation des exigences actionnariales, en élevant le coût du capital, corsète laccumulation du capital et contraint les économies anciennement industrialisées, à un régime dépressionnaire. Le coût supporté par les travailleurs et par lensemble de la société, du fait de laugmentation du surcoût du capital (ou rente financière), nest donc pas seulement le prélèvement quils supportent, mais aussi et surtout la stérilisation de lensemble des projets de développement des entreprises, misant sur lutilité économique, sociale, écologique des produits ne souscrivant pas aux exigences de rendement financier du moment. Le coût social du « surcoût du capital », cest finalement la non production des richesses qui nauraient « rapporté » annuellement, en termes financiers, quentre 0 et 15 % de profit (relativement aux apports en capitaux). « Combien représentent ces pertes ? Il est difficile de le dire. Il faudrait pouvoir mesurer ce qui na jamais existé. Mais une bonne intuition économique permet peut-être de suggérer que lensemble des projets économiques susceptibles de rapporter entre 0 et 15 % est sans doute plus vaste que ceux qui sont susceptibles de rapporter entre 15 et 30 %... »
Faisant preuve de relativisme dans ses ultimes développements, cette étude fait elle-même observer quelle ne prend pas en compte les variations de cours des actifs réels ou financiers et quelle ne prend pas non plus en compte la rente immobilière et foncière. Or ces deux éléments sont susceptibles de modifier assez radicalement un certain nombre de conclusions. Ainsi, la prise en compte de la rente immobilière et foncière (en particulier les loyers payés par les entreprises), viendrait immédiatement alourdir le surcoût du capital. « Toutefois, si lon prenait en compte la valorisation des actifs immobiliers, laffaire serait moins évidente : cela aurait des conséquences positives sur les entreprises qui sont propriétaires de leurs terrains ou immeubles, et cela aurait des conséquences négatives pour celles qui sont locataires
ou qui doivent procéder pour la première fois à une acquisition. » Si ces éléments nont pas été pris en compte dans cette étude, ce nest pas parce quils sont secondaires, cest parce quils représentent à eux seuls un continent à explorer, les données étant beaucoup plus difficiles à réunir.
Quoique frappantes, et selon votre rapporteure tout à fait crédibles dans ses conclusions, cette étude exprime donc la nécessité dapprofondir les investigations sur le coût du capital. Les auditions effectuées par la mission sur ce thème ont, en outre, permis de recueillir des points de vue divers et de mieux cerner les zones dincertitude à réduire.
Sagissant de lévolution des dividendes, le représentant de la direction du Trésor, tout en indiquant que les statistiques montrent leur accroissement en proportion du PIB, a précisé que linterprétation de cette tendance était complexe. Un premier facteur explicatif est la séparation des entreprises en plusieurs entités, qui provoque des doubles comptages en comptabilité nationale, alors même que la somme versée aux actionnaires ne change pas.
Une deuxième explication serait que les entreprises françaises ont renforcé leurs fonds propres au cours de la dernière décennie, ce qui a accru le volume des dividendes versés. Sur la base de ces deux correctifs, il nest pas certain que la hausse de la part des dividendes qui apparaît dans les statistiques corresponde à une augmentation du volume de rémunération des actionnaires.
M. Henri Sterdyniak, prenant en compte ces objections en soustrayant les dividendes reçus des dividendes versés a indiqué que les dividendes nets avaient progressé de 3 % à 8 % du PIB depuis 1972. Toutefois cette progression corrigée des effets imputables à la désinflation - qui a, par ailleurs dégonflé le niveau nominal des taux dintérêt - se ramène à une stabilisation. Mais comme la croissance a diminué de 4,5 % à 1,5 % depuis 1972, la capacité dinvestissement des entreprises après versement des dividendes est aujourdhui beaucoup plus faible.
Les données acquises de la science économique ne permettent pas pour linstant daboutir à un résultat suffisamment précis et concluant sur cette question. Le périmètre que recouvre cette notion ne semble pour linstant pas stabilisé et les interlocuteurs de votre mission dinformation ont présenté des esquisses du coût du capital à géométrie très variable.
M. Frédéric Boccara sest efforcé de présenter à la mission dinformation, sur la base des données disponibles, une approche plus globale du coût du capital quil évalue à 22 % de la valeur ajoutée pour une entreprise-type en additionnant plusieurs composantes : 3 % pour les loyers, 3 % pour les intérêts du capital, 4 % pour les autres charges financières, 8 % pour les amortissements exceptionnels et 4 % pour les amortissements courants. Les salaires, quant à eux, ne représentent que 11 % des coûts et les charges sociales 5 %, tandis que 39 % des coûts correspondent aux consommations intermédiaires, lesquelles incorporent des coûts salariaux qui ne sont pas identifiés.
Au vu de ces données qui restent parcellaires, votre rapporteure estime fondamental de mener à leur terme les travaux engagés sur une initiative syndicale pour parvenir à une mesure objective du coût du capital et de lévolution dans le temps de la répartition entre rémunération du travail et rémunération du capital.
M. Mohammed Oussedik, représentant de la CGT a, en effet, rappelé que son syndicat avait pris linitiative dune campagne visant à confier à la statistique publique lélaboration dun indice du coût du capital.
Répondant à cette demande, le Conseil national de linformation statistique (Cnis) a commencé à travailler à la constitution de nouveaux indicateurs permettant dévaluer le poids des dépenses des entreprises en capital matériel et financier et ses travaux devraient aboutir à un résultat en décembre prochain.
Votre mission considère que ces travaux sont tout à fait indispensables compte-tenu de la place prise par cette question dans le débat public.
Le crédit dimpôt pour la compétitivité et lemploi et le pacte de responsabilité : les contradictions de la nouvelle vague dabaissement du coût du travail
Face au constat de dégradation de léconomie française, accélérée par la crise française, le Gouvernement sest engagé, depuis la fin de lannée 2012, dans une politique présentée comme de soutien à la restauration de la compétitivité des entreprises françaises. Cette politique sest organisée en deux principaux moments : la création du crédit dimpôt pour la compétitivité et lemploi (Cice) par la loi de finances rectificative pour 2012 et lannonce du pacte de responsabilité le 14 janvier 2014, concrétisé par la prochaine loi de finances rectificative pour 2014.
Le crédit dimpôt pour la compétitivité et lemploi : un crédit dimpôt permettant un effet différé sur la trésorerie des entreprises
Instauré par larticle 66 de la loi du 29 décembre 2012 de finances rectificative pour 2012, le Cice diffère, par sa nature, ses modalités et ses objectifs, des exonérations de cotisations précédemment mises en place.
Le Cice est un crédit dimpôt qui simpute sur limpôt payé par les entreprises, quil sagisse de limpôt sur les sociétés (IS) ou de limpôt sur le revenu (IR) pour les entreprises soumises à lIR, notamment les entreprises individuelles.
Lassiette de ce crédit dimpôt est le montant des rémunérations brutes versées par lentreprise et comprises entre 1 et 2,5 Smic. Cette assiette est simple à calculer mais présente un fort effet de seuil, dès lors que les rémunérations versées, si elles sont supérieures à 2,5 Smic, nentrent pas du tout en compte pour le calcul du Cice, même pour la fraction inférieure au seuil de 2,5 Smic. Louis Gallois a, à cet égard, indiqué à votre mission commune quil aurait préféré « quitte à accroître le coût de la mesure, que la réduction de charge soit toujours acquise pour la part de la rémunération inférieure à ce seuil ».
Si lentreprise ne réalise pas de bénéfices et, par conséquent, ne paie pas dimpôt sur ses bénéfices, alors le crédit dimpôt devient négatif et donne droit à un versement de la part du Trésor public. Le gain financier lié au Cice est donc indépendant des résultats de lentreprise, mais sa chronologie ne lest pas.
Le crédit dimpôt simpute sur limpôt dû lannée suivante. Par exemple, le Cice constitué en 2014 sur la base des rémunérations versées au cours de lannée 2014 sera imputé sur limpôt dû par lentreprise en 2015. En principe, le montant du crédit supérieur à limpôt dû est reporté sur les deux exercices suivants, puis peut donner lieu à un versement la quatrième année, comme lillustre lexemple ci-dessous.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Exemple de chronologie du versement du Cice
Montant de Cice annuellement obtenu par une entreprise versant un total de rémunérations éligibles de 2 millions deuros et payant un impôt de 50 000 euros(1)Total Cice2014201520162017201820192020Cice constitué en 2013 4 % x 2 000 000 = 80 00010 00010 00010 00050 000---Cice constitué en 2014 6 % x 2 000 000 = 120 000-10 00010 00010 00090 000--Cice constitué en 2015 6 % x 2 000 000 = 120 000- -10 00010 00010 00090 000-Cice constitué en 2016 6 % x 2 000 000 = 120 000---10 00010 00010 00090 000Cice constitué en 20176 % x 2 000 000 = 120 000----10 00010 00010 000Total Cice obtenu annuellement (par réduction dimpôt ou par versement)10 00020 00030 00070 000120 000120 000120 000(1) Lhypothèse est faite que le montant des rémunérations versées entrant dans lassiette du Cice, ainsi que le montant de limpôt dû, est stable au cours des différents exercices.
Source : Mission commune dinformation
Cependant, les PME au sens communautaire et certaines catégories dentreprises (jeunes entreprises innovantes notamment) bénéficient du versement du Cice dès la première année.
Dès lors, pour beaucoup dentreprises, dès lors quelles ne font pas de bénéfices et comme la souligné Selma Mahfouz, « leffet du Cice sur la trésorerie est différé de 1 à 4 ans » ; il se différencie en cela des allègements de cotisations, qui produisent immédiatement, cest-à-dire mensuellement, leur effet sur les charges des entreprises.
Au total, le Cice nest pas un allègement du coût du travail au sens strict : il sagit dune mesure fiscale assise sur une partie de la masse salariale. Ainsi, les études analysant limpact du Cice en termes de coût du travail raisonnent par équivalence macro-économique ; cest le cas de celle de Mathieu Plane pour lOFCE qui conclut à une diminution en moyenne de 2,6 % du coût du travail, différente selon les secteurs (3,0 % dans la construction ; 2,8 % pour lindustrie ; 2,4 % pour les services marchands).
Cette diminution correspond à un coût de 20 milliards deuros pour lEtat en année pleine. A la différence des allègements de cotisations, qui étaient intégralement compensés par des recettes fiscales, ce coût doit être supporté, pour 10 milliards deuros, par des économies de dépenses, pour 7 milliards deuros, par la hausse de la TVA (entrée en vigueur au 1er janvier 2014) et pour 3 milliards deuros par la fiscalité environnementale.
Un compromis insatisfaisant entre emploi et compétitivité, industries exportatrice et secteurs abrités
En prenant comme assiette les rémunérations comprises entre 1 et 2,5 Smic, le Cice vise une palette de rémunérations plus large que les allègements de charges existants. Lobjectif en est de cibler davantage lindustrie et les entreprises exportatrices, dont les rémunérations sont en moyenne plus élevées. Le directeur des ressources humaines de Renault nous a indirectement confirmé ce ciblage, en soulignant la différence entre le gain lié aux allègements de cotisations antérieurs (3,5 millions deuros) et le gain attendu du Cice (48 millions deuros en année pleine).
Pour autant, dun point de vue macro-économique, le Cice est assez peu ciblé sur lindustrie et le secteur exposé à la concurrence internationale. Ainsi, daprès le rapport 2013 du comité de suivi du Cice, lindustrie manufacturière ne bénéficie quà hauteur de 18,7 % du total de Cice, tandis que dautres secteurs non exposés en sont également bénéficiaires (commerce : 17,6 % ; transport : 8,1 %, etc.).
Figure n° AUTONUMLGL \e : Les effets sectoriels du Cice
Source : Rapport 2013 du comité de suivi du Cice
A cet égard, cest léchelle des salaires pris en compte dans le calcul du Cice qui en détermine essentiellement le ciblage sectoriel. Or, le plafond à 2,5 Smic est plus bas que celui proposé par le rapport Gallois (3 Smic). Lors de son audition par votre mission commune, Louis Gallois est même allé plus loin en proposant un allègement jusquà 3,5 Smic, qui permettrait de prendre lessentiel de lemploi industriel. Il a ainsi affirmé que « si lon veut traiter des secteurs exposés à la concurrence, en particulier du secteur industriel qui est la fine pointe de la compétitivité dun pays, il faudrait aller au-delà de ce seuil » de 2,5 Smic. Ainsi, Anne Bucher a souligné devant votre mission commune que « la Commission européenne considère que le Cice est encore davantage une mesure destinée à favoriser lemploi quà renforcer la compétitivité, en réduisant le taux moyen de cotisations sociales de 1,4 point et en ciblant les salaires autour du niveau du Smic ». Les promoteurs du Cice le poussent ainsi dans une sorte de course en avant vers le haut de léchelle des salaires, qui le transformerait, en pratique, en allègement universel du coût du travail et en augmenterait considérablement le coût pour les finances publiques.
Toutefois, il convient de souligner que la baisse des coûts induite, dans les services et les secteurs non exposés, par le Cice bénéficie également à lindustrie exportatrice qui consomme ces biens et ces services. Ces effets dits de « second tour » des abaissements généraux de charges ont notamment été rappelés par le directeur des ressources humaines de Renault, qui en bénéficie tout particulièrement en tant que grand donneur dordres et consommateur de produits intermédiaires. Ainsi, Selma Mahfouz a rappelé qu« il peut y avoir un problème de compétitivité dun secteur exposé qui vient dun secteur abrité peu productif ». Toutefois, ces effets « de second tour » sont également le symptôme de la captation du bénéfice du Cice par les grands groupes donneurs dordre : le gain financier induit par le Cice pour les PME sous-traitantes est immédiatement absorbé par les demandes de baisses de prix de la part des donneurs dordre, qui sont en mesure de calculer aisément le montant du Cice de leurs fournisseurs.
Enfin, il convient de souligner que lutilisation du Cice est difficile à suivre, dun point de vue comptable, au sein des grands groupes, en raison de la nature fiscale de la créance. Ainsi que la souligné Selma Mahfouz, « si, dans les grandes entreprises et les groupes, le montant du Cice a été probablement anticipé, en cas dintégration fiscale entre filiales, sa réaffectation à ces dernières dépend du régime fiscal retenu ». Par exemple, dans les groupes fiscalement intégrés au sens de larticle 223 A du code général des impôts, dès lors que seule la société mère paie limpôt sur les sociétés pour lensemble des filiales, elle est également la seule à bénéficier du Cice pour lensemble des rémunérations de toutes ses filiales.
Au total, larchitecture du Cice en fait un outil de compromis insatisfaisant entre soutien à lemploi et redressement de la compétitivité, alors que la mesure initialement préconisée était davantage orienté vers la compétitivité. Du reste, elle nétait pas conçue comme un instrument en faveur de lemploi, du moins à court terme, mais comme un instrument pour restaurer les marges des entreprises afin de favoriser linvestissement et linnovation. « Les allégements que je proposais visaient surtout à donner un ballon doxygène aux entreprises pour les remettre dans une dynamique dinvestissement ». Louis Gallois a ainsi rappelé que « leffet le plus solide du Cice portera bien sur linvestissement, le reste », en particulier la création demplois, « est plus aléatoire, parce que plus dépendant de la conjoncture ».
Le pacte de responsabilité : un deuxième acte qui reproduit et renforce les contradictions du Cice
Souhaitant poursuivre et amplifier la réforme entreprise à travers le Cice, le Président de la République, François Hollande, a annoncé le 31 décembre 2013, et précisé le 14 janvier 2014, la mise en place dun « pacte de responsabilité » qui vise à ajouter aux 20 milliards deuros de réduction de charges permise par le Cice, 10 milliards deuros de nouveaux allègements de charges sociales.
Le pacte de responsabilité, dont la traduction législative est comprise dans le projet de loi de financement rectificatif de la sécurité sociale présenté en conseil des ministres le 18 juin 2014, est composé des éléments suivants :
- la suppression des cotisations patronales à lUrssaf au niveau du Smic ;
- une réduction de 1,8 point des cotisations familiales pour tous les salariés jusquà 3,5 Smic ;
- une réduction de 3 points des cotisations familiales des indépendants gagnant jusquà 3 Smic ;
A ces réductions en faveur des entreprises devrait sajouter une baisse des cotisations salariales pour les bas salaires.
Votre rapporteure constate que les faiblesses du Cice en termes de ciblage sont reproduites par le pacte de responsabilité : il témoigne dun compromis entre mesures en faveur dune relance immédiate de lemploi, peu ou pas qualifié avec un ciblage au niveau du Smic, et mesures en faveur de la compétitivité avec un allègement général des cotisations familiales jusquà 3,5 Smic, compromis qui est trop faible et trop dispersé pour produire des effets sensibles sur le redressement de lappareil productif français.
Au total, si le pacte de responsabilité, Cice compris, part dun constat pertinent dune situation économique et industrielle qui continue de se dégrader, il nen tire pas les conclusions appropriées en utilisant, une fois de plus, un outil dallègement des charges qui, soumis à un objectif de créations demplois, est tiré vers le bas des salaires et reproduit ainsi les effets pervers des allègements de cotisations sociales mises en place jusqualors.
En conséquence, votre rapporteure estime que la question de lavenir du Cice est posée.
Proposition n° 3 : Remettre à plat les allègements de cotisations sur les bas salaires et le CICE, les supprimer pour les contrats précaires et les temps partiels.
Une cause sans fin à la baisse des salaires en Europe ?
Leffet récessif ou expansionniste des allègements de cotisations sociales dépend étroitement de son mode de financement, comme la souligné la représentante des services de la commission européenne.
Les allègements de cotisation ont un effet positif équivalent à celui dune dévaluation, y compris par rapport aux autres pays de la zone euro, sans renchérir le coût des importations. Telle est la conclusion qui ressort des auditions des économistes, M. Olivier Passet ayant souligné quune baisse de 4 % du coût du travail est extrêmement importante, en jugeant cette arme conjoncturelle utile, même si des politiques structurelles doivent laccompagner. De plus, une baisse des charges uniquement ciblée sur les bas salaires équivaut à une relance par la consommation, puisque la propension à consommer des salariés au Smic est supérieure à celle des titulaires de hauts revenus.
Les économistes qui plaident pour une relance de la demande sopposent essentiellement au financement des allègements de cotisation par des économies de dépenses et des gels dallocations, soulignant que ce mode de financement pourrait contribuer à accroitre le risque de déflation en Europe.
Ce phénomène est dautant plus important que les pays européens qui sont les principaux partenaires commerciaux et concurrents de la France sont engagés en même temps ou, sagissant de lAllemagne, avec quelques années davance dans la même stratégie de compression du coût du travail. Ainsi, au début de lannée 2014, le gouvernement espagnol conservateur a annoncé linstauration dune cotisation patronale forfaitaire unique pour toute création de CDI. En Italie, le gouvernement de Matteo Renzi a également engagé une politique de réduction des charges sociales à hauteur de 10 milliards deuros.
Ainsi, les politiques de compression du coût du travail, qui ont contribué à la réussite économique de lAllemagne dans un contexte où les autres économies de la zone euro voyaient leurs coûts de production augmenter fortement, sanalysent comme des politiques de dévaluation non coopératives qui contribuent à réduire la demande dans la zone euro, à faire baisser les prix et ainsi faire peser le risque dune spirale déflationniste dont nous observons actuellement les premiers signes.
qui ne doit pas occulter Dautres enjeux
Quelles que soient les vertus ou les travers que lon peut leur prêter, les allègements sont un palliatif. Ils ont pour objectif de sattaquer, en traitant la question des coûts, à un symptôme, celui dun déséquilibre durable et installé du marché du travail.
Comme il a été rappelé à votre mission à plusieurs reprises, ce qui détermine une embauche ce sont les perspectives de lentreprise, sa perception de la conjoncture, son plan de charge et non simplement le coût du travail même si il peut être un facilitateur.
En agissant sur les coûts, les allègements ne doivent pas occulter dautres questions qui doit être traitées parallèlement et qui touchent principalement à linvestissement et la préparation de lavenir : linvestissement dans la qualification des salariés, dans lappareil productif des entreprises et dans le dialogue social.
Les enjeux de la formation initiale et professionnelle
En cohérence et en contrepartie des allègements de cotisations, la nécessité daméliorer la qualification des jeunes ainsi que de lensemble de la population dâge actif pour accompagner la montée en gamme de notre économie a fait lobjet dun consensus unanime de la mission dinformation.
De très nombreux et récurrents travaux ont établi le constat des insuffisances de la situation actuelle et formulé des propositions pour la faire évoluer. Cela a conduit la mission dinformation à se concentrer sur lessentiel en combattant certaines idées reçues, au premier rang desquelles figure la croyance dans la transposabilité du système allemand dapprentissage, et en soulignant les pistes de progrès essentielles.
Le chômage des jeunes et la performance du système éducatif
Trois principales remarques peuvent être faites sur ce thème en le reliant à lutilisation de loutil des exonérations et à la nécessité dun renforcement des qualifications.
Dans tous les pays développés, les personnes qui ont arrêté tôt leurs études ont de deux à quatre fois plus de chances de se retrouver au chômage que les diplômés du supérieur. Ainsi, en France, en 2010, le chômage des 2564 ans nayant pas dépassé le brevet des collèges atteignait 12,9 % (15,9 % en Allemagne) contre 4,9 % pour les diplômés de lenseignement supérieurs, selon lOCDE.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Taux de chômage des travailleurs peu qualifiés dans les pays de lOCDE
Source : OCDE
La France, à la différence de ses partenaires économiques, possède une proportion particulièrement forte dadultes non diplômés. En 2010, 30 % des actifs de plus de 25 ans en France navaient pas dépassé le niveau du brevet des collèges contre 14 % en Allemagne et 25 % en moyenne dans lUnion européenne, selon lOCDE.
Même si cette situation concerne avant tout les salariés les plus âgés et sexplique en grande partie par un système scolaire longtemps insuffisamment démocratisé, 150 000 jeunes continuent à sortir chaque année du système scolaire sans diplôme, dont 40 000 sans aucune qualification.
Sans surprise ils connaissaient une insertion très difficile sur le marché du travail : en 2011, 72 % des jeunes déscolarisés de moins de 20 ans étaient sans emploi ou inactifs, contre 57 % en moyenne dans lOCDE. Ainsi, 10,2 % de la population des jeunes de 15 à 24 ans en France nest ni en emploi, ni en éducation ou en formation.
Figure n° AUTONUMLGL \e : Pourcentage de la population jeune inactive ni en éducation ni en formation en 2010 dans les pays de lOCDE
Source : OCDE
Dans les années 1980 et 1990, la politique de massification de lenseignement, symbolisée en France par lobjectif de 80 % des classes dâge au niveau du baccalauréat, a eu pour objectif et pour effet daméliorer la formation initiale ainsi que daugmenter le nombre de diplômés. Cependant, depuis le début des années 2000, notre système narrive plus à réduire la part des non-diplômés parmi les nouveaux entrants sur le marché du travail.
Aujourdhui, le chiffre le plus couramment cité comme symptôme de ce phénomène est que 150 000 jeunes quittent lécole sans diplôme, dont 40 000 sortent même « sans qualification ».
Dans un contexte où le taux de chômage des jeunes peu qualifiés est massif - le taux demploi des jeunes de 15 à 24 ans étant traditionnellement très exposé aux fluctuations conjoncturelles - les allègements de cotisations ciblés sur les bas salaires sont, daprès plusieurs intervenants, susceptibles daméliorer les chances dembauche des non-diplômés à lemploi.
Or comme lindiquent les études du Cereq, la formation sur le terrain reste une modalité privilégiée dacquisition et dentretien de la professionnalité, en particulier dans les petites entreprises. Comme lexplique le Cereq de manière très concrète, même si les entreprises remplissent moins quavant un rôle dabsorption des catégories peu favorisées sur le marché du travail (jeunes, personnes de bas niveaux de qualification, personnes de plus de 50 ans, etc.), il reste que ces derniers ont, pour diverses raisons (échec scolaire, manque de disponibilité...), un grand mal à tirer profit des formations en organisme qui sont souvent trop courtes, insuffisamment attractives et peu opérationnelles. Ces salariés ont surtout besoin de formations fondées sur des expériences concrètes qui ne peuvent se faire quavec laide de lemployeur, dans les très petites entreprises ou par lintermédiaire dun salarié expérimenté.
La qualité de la transition entre la formation et lemploi.
En premier lieu, laudition du représentant de Pôle emploi qui gère 110 000 des 400 000 recrutements annuels en alternance en centrant son action sur les contrats professionnels (dont la durée peut aller jusquà deux ans et débouchent sur des diplômes de niveau de plus en plus élevé) a permis de mettre en évidence :
- dune part, une offre de service rénovée pour les entreprises ayant le plus de difficultés de recrutement avec une présélection des candidats et une simplification du processus ;
- dautre part, lutilité dune expérimentation bénéficiant aux PME et visant à leur offrir une alternance clef en main pour leur éviter deffectuer elles-mêmes des démarches.
Proposition n° 4 : Généraliser lexpérience des contrats professionnels en alternance.
Ensuite, la mission dinformation est très sensible à linflexion récente des chiffres de lapprentissage : celui-ci a baissé de 8 % en 2013 et les trois premiers mois de 2014 sapparentent à un effondrement. 12 % des entreprises respectent le nombre minimal dapprentis, les autres préférant payer une compensation à leur branche dactivité.
Les jeunes apprentis doivent mobiliser davantage laction des pouvoirs publics. A 16 ou 17 ans, exiger deux quils trouvent eux-mêmes leur entreprise lorsquils ne peuvent faire appel au réseau familial est sans doute hors de portée. De la même manière, il est indispensable de leur procurer un accès au logement et une aide au transport.
Votre rapporteure rappelle que la formation professionnelle doit pouvoir sappuyer sur une formation initiale solide, liant étroitement les disciplines professionnelles et générales, pour tous les jeunes. Il faut donc renforcer le socle du service public déducation. Ainsi, la promotion de lapprentissage ne doit pas avoir pour objectif ou pour effet de réduire la part des formations professionnelles sous statut scolaire afin de transférer toujours plus la mission de la formation de ces jeunes de lÉtat vers les entreprises et les régions. En effet, lapprentissage soulève de nombreuses difficultés, la première étant de trouver un employeur.
Parmi les suggestions formulées par le monde syndical en matière dapprentissage, votre rapporteure insiste particulièrement sur une quadruple nécessité :
- mettre en place des mécanismes pour que lapprenti ne soit pas obligé de rechercher lui-même son entreprise ;
- augmenter les rémunérations des contrats dapprentissage en lien avec le niveau de qualification, ainsi que de créer des droits de lapprenti au transport et à la restauration pris en charge par lentreprise ;
- développer un tutorat de qualité pour tous les contrats en alternance ;
- et ouvrir dune concertation nationale quadripartite, au sein du Conseil national de lemploi et de la formation professionnelle (CNEFOP), pour la réalisation dun état des lieux de lapprentissage afin de dégager des pistes de progrès.
De façon plus générale, et comme lont affirmé de façon convergente les économistes allemands ainsi que ceux de lOCDE, le système allemand de lapprentissage qui repose sur une tradition historique spécifique est difficilement transposable en France ; cest pourquoi il est sans doute plus pertinent de denvisager une reconstruction du modèle denseignement professionnel, dapprentissage et dalternance.
De façon très concrète, M. Olivier Passet indiqué que, pour accentuer leurs efforts en matière dapprentissage, les entreprises ont besoin dincitations qui peuvent prendre la forme de subventions mais aussi de simplification normative : elles se plaignent, en effet, de la multiplication des conditions imposées pour laccueil des apprentis. Il a, au total, estimé que lobstacle à lapprentissage nétait pas, du côté des entreprises, le coût du travail, mais la mobilisation logistique requise.
Votre mission souligne que lapprentissage ne peut progresser sans que soient aplanies les très grandes difficultés de transport et de logement des apprentis. Le soutien et le sacrifice financier de leurs familles ne suffit pas à les résoudre car elles ne disposent bien souvent que de ressources très limitées.
Proposition n° 5 : Promouvoir une politique dencouragement et de « montée en gamme » de lapprentissage ainsi que de la formation initiale et professionnelle, en particulier par la création, sur nos territoires, de campus publics qui associent les entreprises, le service public de léducation et les collectivités territoriales permettant aux jeunes de sorienter vers les filières porteuses en disposant de conditions de logement, de transport et denseignement optimales.
Le développement de la qualification des salariés
Lanalyse de la relation entre les allègements de cotisations et le développement de la formation professionnelle par la mission conduit à souligner deux enjeux principaux.
Dune part, la lutte contre le phénomène de trappe à bas salaires est fondamentale pour ménager des perspectives de progression de rémunération : en effet la formation professionnelle na aucun intérêt pour les salariés si elle noffre pas de possibilité pour sélever. A cet égard, lobjectif assigné à la formation professionnelle délévation dun niveau de formation au cours de la vie professionnelle doit être réaffirmé.
Dautre part, en contrepartie des allègements de cotisations, le renforcement de leffort de formation des moins qualifiés semble de nature à développer lemployabilité et à favoriser la modernisation de lappareil productif français. Une telle orientation répond par ailleurs à un impératif déquité puisque la formation professionnelle, qui devrait constituer une « deuxième chance » pour les salariés les moins qualifiés, est davantage utilisée pour adapter au changement les salariés les plus diplômés (68 % des cadres supérieurs et 61 % des professions intermédiaires ont eu accès à la formation professionnelle continue en 2012, contre 37 % des ouvriers et 43 % des employés). Or ces inégalités daccès à la formation professionnelle renforcent la dualité du marché du travail et freinent ladaptation de la main duvre aux mutations économiques tout en amplifiant les trappes à bas salaires.
Proposition n° 6 : Concevoir la formation comme un instrument de la sécurité sociale professionnelle.
Le soutien à la compétitivité, à linnovation et à linvestissement des entreprises
La compétitivité, un objectif qui ne peut être atteint par labaissement du coût du travail
Allègements de charges et renforcement de la compétitivité correspondent à deux politiques différentes, sinon contradictoires. En raison du coût budgétaire dun allègement de charges sur les hauts salaires mais aussi de limpossibilité de cibler les secteurs en raison des contraintes européennes, la seconde ne peut être obtenue au moyen de la première. Cest le sens des propos de Pierre Cahuc, défenseur des allègements ciblés sur les bas salaires, qui considère que « la compétitivité est un autre sujet au reste, les entreprises qui exportent payent des salaires élevés. Il touche à la recherche, à la formation, à la réglementation, à la taxation des entreprises ».
La compétitivité des entreprises françaises pâtit avant tout dun décrochage par rapport à leurs concurrentes en termes de modernisation de lappareil productif et dinnovation. Rappelant les exemples de Volkswagen et de Michelin, dont les produits sont demandés bien que 10 % plus chers en moyenne que leurs concurrents, Louis Gallois a insisté devant votre mission commune sur la nécessité de sortir, dans la compétition mondiale, du « piège » du coût dans lequel les politiques dallègements, depuis trente ans, ont progressivement enfermé léconomie française. Il a, pour illustrer le retard de lindustrie française en termes dinnovation, rappelé le faible nombre de robots industriels en France (30 000 contre 60 000 en Italie et 150 000 en Allemagne).
Certes, compétitivité hors coût et compétitivité coût sont liées, au sens où lamélioration des marges permet daccroître les investissements et, à terme, daméliorer son positionnement sur son marché. Cependant, actionner le levier de la compétitivité-coût pour améliorer la compétitivité hors coût, interdit tout ciblage : les ciblages par secteur sont interdits par la doctrine européenne des aides dEtat, comme il est interdit de cibler lutilisation du gain financier ainsi procuré aux entreprises afin de sassurer quil nest orienté ni vers des augmentations de dividendes ou de rémunérations des dirigeants, mais uniquement vers les investissements et lemploi. Cest pourquoi votre rapporteure estime quun allègement du coût du travail nest pas le bon outil pour la reconquête de la compétitivité.
Des outils ciblés pour « tirer léconomie vers le haut »
Plusieurs des personnes entendues par votre mission commune dinformation sont allées dans le sens dun arsenal doutils ciblés, plutôt que dallègements généraux non conditionnés.
Louis Gallois lui-même a rappelé que lobjectif devait être « daccroître le niveau de la croissance potentielle du pays, en allant vers le haut, et non en pratiquant une politique à lespagnole qui baisse les coûts et fait de la dévaluation sociale, fiscale et de tous ordres pour gagner en compétitivité ».
Le Cice constitue un outil coûteux pour les finances publiques (20 milliards deuros en année pleine) et dispersé en termes de ciblage sur les entreprises. En conséquence, votre rapporteure préconise de réorienter progressivement le montant correspondant au Cice vers des aides ciblées aux entreprises. Elle propose également dutiliser loutil fiscal qui, contrairement aux allègements de charges, peut être ciblé sans contrevenir aux règles européennes relatives aux aides dEtat. Ainsi, le crédit dimpôt recherche, par exemple, est davantage orienté vers lindustrie que le CICE ; de même, des amortissements dérogatoires, favorables aux investissements, pourraient être mis en uvre.
Pour une véritable stratégie de filière
Lun des principaux outils pourrait consister à mettre en uvre une puissante stratégie de filières ciblée vers les secteurs porteurs. A cet égard, les 34 plans industriels dits « de reconquête » présentés le 12 septembre 2013 par le Président de la République et le ministre de léconomie Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, procèdent dune démarche intéressante, à condition dêtre suffisamment ciblés, financés et accompagnés.
Pour renforcer ces plans industriels et en permettre la transformation en une véritable politique industrielle française, votre rapporteure préconise trois principales évolutions :
- une concentration du nombre de plans industriels, afin de concentrer leffort sur les domaines les plus porteurs, à la fois du point de vue du positionnement des entreprises françaises et des mutations du monde industriel (transition énergétique, numérique, etc.) ;
- un financement renforcé et clarifié. Aujourdhui, ces plans ne sont financés quéventuellement et indirectement, via le programme dinvestissements davenir (PIA) lorsquun projet a été sélectionné par lun des opérateurs du PIA. Cependant, aucun financement nest spécifiquement prévu ou sanctuarisé pour ces plans industriels. Votre rapporteure propose donc de réserver une part du PIA au financement des plans de reconquête.
- un accompagnement renforcé. Dans le cadre de la stratégie de filières présentée par Arnaud Montebourg en conseil des ministres le 30 janvier 2013, dans laquelle sinscrivent les 34 plans de reconquête industrielle, des comités stratégiques de filières sont constitués au sein du Conseil national de lindustrie. Il convient den simplifier et den renforcer lorganisation, en prévoyant quà chaque plan industriel corresponde un comité stratégique de filière, où seraient débattus, y compris avec les représentants syndicaux des entreprises concernées, des problématiques propres au développement de la filière.
Proposition n° 7 : Constituer de véritables stratégies de filières, plus concentrées, financées par le PIA et contrôlées par les partenaires sociaux.
Maîtriser le coût du capital
Comme il a déjà été indiqué, le coût du capital représente une part très significative, bien que difficile à mesurer précisément, des coûts de lentreprise.
A côté des coûts structurels tels que limmobilier ou les amortissements, sur lesquels laction publique ne dispose pas de levier direct, le coût du capital comprend le coût de financement de lentreprise, quil sagisse du financement en fonds propres (dividendes versés aux actionnaires) ou du financement bancaire (intérêts sur les prêts souscrits par les entreprises).
Sagissant des dividendes, votre rapporteure rappelle qua été introduite en 2012 une contribution additionnelle à limpôt sur les sociétés sur les bénéfices distribués, qui équivaut à 3 % des dividendes distribués par une entreprise et qui sapplique à toutes les entreprises, à lexception des PME. Cette contribution, qui a rapporté 1 943 millions deuros en 2013, participe de la volonté dinciter les entreprises au réinvestissement de leurs bénéfices.
Le taux de 3 % est cependant insuffisant pour donner une véritable logique incitative au dispositif ; ainsi, la taxe est acquittée par les entreprises sans remettre en cause leur plan de distribution de dividendes aux actionnaires, qui sen trouve seulement légèrement renchéri. Votre rapporteure préconise donc de doubler à 6 % le taux de cette taxe, ce qui permettrait par ailleurs de dégager une recette pour lEtat comprise 1 et 2 milliards deuros, selon lefficacité du caractère incitatif de la mesure pour les entreprises.
Proposition n° 8 : Porter de 3 % à 6 % le taux de la contribution additionnelle à limpôt sur les sociétés au titre des bénéfices distribués prévue par larticle 235 ter ZCA du code général des impôts.
Sagissant du coût du crédit, le taux moyen des crédits à moyen et long terme aux entreprises sétablit à environ 2,7 %, daprès les statistiques de la Banque de France. Ce taux historiquement très faible ne doit pas masquer, cependant, la réalité de la difficulté daccès au crédit pour les entreprises, en particulier pour le crédit de trésorerie. Ainsi, moins des trois quarts des demandes de crédit de trésorerie des entreprises des PME ont été satisfaites sur le premier trimestre 2014 (70 %), et seulement 61 % des demandes des TPE.
La création de la Banque publique dinvestissement (BPI) en 2012 visait notamment à pallier cette difficulté daccès au crédit et à rassembler les efforts financiers publics en faveur des PME et des entreprises innovantes. Cependant, lefficacité de cet outil est entravée par plusieurs éléments, en particulier la doctrine du cofinancement, qui lui interdit tout financement dentreprises sans cofinancement par un partenaire bancaire, ainsi que par la faiblesse de son ciblage et de sa conditionnalité. Il faudrait développer des mécanismes incitatifs de mobilisation de lépargne privée vers ces investissements.
Pourrait également être envisagé la mise en place de bonification de prêts via la création dun fonds de bonification, tel que proposé notamment par léconomiste Frédéric Boccarra lors de son audition par la mission commune. Ce fonds permettrait dalléger la charge financière des entreprises dès lors que certains critères, en particulier dinvestissement dans la recherche et linnovation, mais aussi dembauche ou de politique salariale, seraient remplis. Ce fonds serait alimenté par la recette générée par laugmentation du taux de la contribution additionnelle sur les dividendes (entre 1 et 2 milliards deuros par an).
Proposition n° 9 : Créer un fonds de bonification des intérêts pour les investissements dans la recherche, linnovation ou pour les entreprises mettant en uvre une politique dembauche ou salariale ambitieuse.
En contrepartie des allègements : pour un véritable dialogue social stratégique dans lentreprise
Le gain induit par la nouvelle vague dallègements de compétitivité peut être différemment réparti :
- une baisse des prix de vente ;
- une hausse des salaires des salariés ;
- une restauration des marges, cette hypothèse posant elle-même la question de la répartition de la valeur ajoutée ainsi obtenue entre réinvestissement des bénéfices ou versement de dividendes.
A cet égard, larticle 244 quater C du code général des impôts (CGI) relatif au CGI prévoit que le Cice a « pour objet le financement de lamélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière dinvestissement, de recherche, dinnovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement ».
Cela signifie en particulier, aux termes de la loi, que « le crédit dimpôt ne peut ni financer une hausse de la part des bénéfices distribués, ni augmenter les rémunérations des personnes exerçant des fonctions de direction dans lentreprise ».
Pour contrôler le respect de ces contreparties, il est précisé que « lentreprise retrace dans ses comptes annuels lutilisation du crédit dimpôt conformément [à ses] objectifs ». Cest sur la base de ce relevé que doit sengager, dans chaque entreprise, le dialogue social avec les représentants des salariés sur lutilisation du Cice. Comme le souligne Véronique Descacq, « ce qui est inédit, avec le pacte de responsabilité, cest que les allègements sont encadrés et même conditionnés par le dialogue social, au travers du relevé de conclusions signé par les partenaires sociaux, les contreparties attendues de lentreprise visant à sassurer que notre modèle productif est tiré vers le haut par linvestissement productif ou social ».
Elle a rappelé à votre mission commune que ce dialogue est dautant plus important que « quel que soit le ciblage, il y aura des effets daubaine. Seul le dialogue social, là encore, évitera que ces aides ne se soldent en profits et dividendes au lieu de se traduire en investissement social et productif ». Dans le même sens Jean-Marc Bilquez, de Force ouvrière, a indiqué que le Cice était préférable aux allègements généraux de cotisations car, de par sa nature fiscale, « il pourrait être contrôlé et soumis à conditions ».
Dautre part, comme la souligné Selma Mahfouz, lutilisation du Cice dans les grandes entreprises est rendue plus complexe à suivre et à mesurer en raison de la financiarisation des relations inter-entreprises (remontée de la créance fiscale depuis la filiale). Il est, à cet égard, illusoire de vouloir retracer, à leuro leuro, lutilisation du Cice dont le gain financier est intégré et globalisé dans les comptes de lentreprise.
Cependant, votre rapporteure
En effet, le climat social a, dans de nombreux secteurs, dabord pâti de labsence de visibilité pour les représentants syndicaux et les salariés de façon générale sur le carnet de commandes et les perspectives dorganisation ou de ré-organisation de la production. Cest donc dabord par le partage et la discussion conjointe sur la stratégie de lentreprise, sur la base des données liées au gain financier apporté par les allègements, que le dialogue social pourrait permettre moins de contrôler son utilisation que den organiser en commun laffectation.
De ce point de vue, la mise en uvre de la base de données économiques et sociales créée par la loi du 14 juin 2013 représente un véritable enjeu de partage des informations dans lentreprise. Très attendue par les partenaires sociaux, son succès dépendra de la qualité des informations produites et de la volonté réelle des entreprises de « jouer le jeu ».
En conséquence, votre rapporteure émet deux principales préconisations relatives au contrôle de lutilisation du Cice et des allègements de cotisations.
La première vise à rassembler les différentes obligations de consultations des comités dentreprise en une seule consultation globale sur la stratégie de lentreprise. Il est en effet préjudiciable à ces consultations quelles soient dispersées et fragmentées, car cela minore leur importance et crée une forme dattentisme de la part des acteurs sociaux, dénoncée notamment par Jacky Fayolle sagissant de la consultation sur le Cice. La plupart des personnes auditionnées ont ainsi indiqué à votre mission commune dinformation que très peu de comités dentreprise sétaient encore saisis de cette question.
Comme la souligné Jean-François Poupard, « la loi de sécurisation de lemploi de juin 2013 a créé deux nouvelles obligations de consultation des comités dentreprise : lune sur les orientations stratégiques de lentreprise, grâce à la base de données économiques et stratégiques que les entreprises doivent mettre en place, lautre sur lutilisation du Cice. Les deux consultations sont liées ». Votre rapporteure rejoint donc sa proposition de « décloisonner les négociations » obligatoires « sur les seniors, sur le contrat de génération, sur la Gpec... ». Ce décloisonnement, qui serait sans doute bien accueilli par les employeurs, dont cela faciliterait lorganisation des consultations, serait dabord une mesure en faveur des représentants des salariés, dès lors quil permettrait de donner une amplitude inédite à cette négociation, sous forme de partage commun du diagnostic, des perspectives et de la stratégie de lentreprise. A cet égard, même si elle a pu se traduire par des sacrifices pour les salariés, lexemple de la négociation dite de « compétitivité » menée chez Renault et retracée par le directeur des ressources humaines est, du point de vue de la méthode suivie tout au moins, un exemple intéressant de mise en commun des problématiques de lentreprise.
Proposition n° 10 : Réfléchir à lopportunité de rassembler et de mettre en cohérence les obligations de consultation du comité dentreprise en une seule négociation globale sur la stratégie à moyen terme de lentreprise, fondée sur un réel partage de linformation, sur le fondement de la base de données économiques et sociales.
La seconde préconisation vise à élargir cette consultation du comité dentreprise, au-delà du Cice, à lensemble des allègements de cotisations sociales, quil sagisse des exonérations historiques ou des nouvelles exonérations prévues dans le cadre du pacte de responsabilité. Pour ce faire, il est proposé dobliger les entreprises à présenter dans leurs comptes, sur le modèle de lobligation fixée par larticle 244 quater C du CGI sagissant du Cice, une ligne spécifique détaillant le gain financier lié à chacun des dispositifs dallègements de cotisations sociales. Ainsi, limpact financier de ces dispositifs serait consolidé au sein de chaque entreprise et ferait lobjet dune discussion globale dans le cadre de la concertation sociale précitée.
Proposition n° 11 : Elargir lobligation de traçabilité comptable du Cice et de consultation du comité dentreprise à lensemble des exonérations de cotisations sociales et décliner différents niveaux dévaluation et de suivi : au niveau de lentreprise, de la branche, de la région ainsi quau niveau national, en élargissant aux allègements de cotisations les prérogatives du comité de suivi du Cice.
Au total, si les exonérations et abaissements du coût du travail sont largement inefficaces, dun point de vue macro-économique, pour améliorer lemploi comme la compétitivité de notre économie, ils peuvent toutefois, dun point de vue micro-économique, être utilisés comme leviers de la réforme du dialogue social, pour lorienter vers une forme de cogestion sur la base dun partage de la stratégie de développement et dinvestissement de lentreprise.
*
* *
En conclusion, votre rapporteure estime que le manque defficacité des allègements de cotisations en termes de créations demplois implique une remise à plat et la mise en place de véritables instruments de mesure du coût du travail comme du coût du capital afin de dégager dautres voies pour mieux mobiliser largent public. Rappelant que lobjectif de cette politique était lemploi des moins-qualifiés, elle recommande dinvestir massivement dans la qualification des salariés du pays et de faire disparaitre progressivement ce palliatif.
Travaux de la mission
liste des personnes entendues
__________
Auditions de la mission commune dinformation
Mercredi 2 avril 2014
Hélène Paris, secrétaire générale, et Pierre Cahuc, économiste membre du Conseil danalyse économique (CAE)
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) :
- Mark Keese, chef de la division de lanalyse et des politiques de lemploi
- Pia Rattenhuber, statisticienne à la division des politiques sociales
- Hervé Boulhol, économiste de la division des politiques sociales
- Gwenn Parent, économiste sur les politiques sur les travailleurs licenciés
Jeudi 10 avril 2014
Marc-Antoine Estrade, chef du département des synthèses, à la Délégation générale à lemploi et à la formation professionnelle (DGEFP)
Serge Lemaitre, directeur de la sécurisation des parcours professionnels de Pôle emploi
Yannick LHorty, économiste, professeur à lUniversité Paris Est Marne la Vallée
Mardi 22 avril 2014
" François Rebsamen, ministre du travail, de l emploi et du dialogue social
" Jacques Freyssinet, économiste
Mercredi 23 avril 2014
" Marie-Claire Carrère-Gee, présidente du Conseil d orientation pour lemploi
Serge Lemaitre, directeur de la sécurisation des parcours professionnels de Pôle emploi
Olivier Bontout et Carola Bouton, de la direction générale de lemploi, des affaires sociales et de linclusion de la Commission européenne
Table ronde réunissant les représentants des syndicats de salariés :
- Véronique Descacq, Philippe Le Clezio et Anne-Juliette Lecourt, secrétaires confédéraux, de la Confédération française démocratique du travail (CFDT)
- Alain Giffard, secrétaire national confédéral, de la Confédération française de lencadrement - Confédération générale des cadres (CFE-CGC)
- Serge Bru, conseiller économique, de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)
- Mohammed Oussedik, membre du bureau confédéral en charge des questions économiques et Pierre-Yves Chanu, conseiller confédéral au Pôle économique, de la Confédération générale du travail (CGT)
- Jean-Marc Bilquez, secrétaire confédéral de Force ouvrière (FO)
Table ronde réunissant les représentants des organisations demployeurs :
- Geneviève Roy, vice-présidente chargée des affaires sociales, Georges Tissié, directeur des affaires sociales, et Sandrine Bourgogne, adjointe au secrétaire général, Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME)
- Jean-François Pilliard, président du pôle social, du Mouvement des entreprises de France (Medef)
- Pierre Burban, secrétaire général, de lUnion professionnelle artisanale (UPA)
Mercredi 7 mai 2014
Auditions de représentants du ministère de léconomie et des finances :
- Michel Houdebine, chef du service des politiques publiques, de la Direction générale du trésor
- Benjamin Gallezot, adjoint au directeur général, de la Direction générale de la compétitivité, de lindustrie et des services (DGCIS)
- Olivier Passet, directeur des synthèses économiques, du groupe Xerfi
Mercredi 14 mai 2014
Selma Mahfouz, commissaire général adjointe à la stratégie et à la prospective, du commissariat général à la stratégie et à la prospective
Anne Bucher, directeur des réformes structurelles et de la compétitivité, Nicolas Philiponnet, membre du bureau géographique France, de la direction générale des affaires économiques et financières de la commission européenne
Mireille Elbaum, présidente du Haut conseil du financement de la protection sociale
Mercredi 21 mai 2014
Louis Gallois, auteur du rapport « Pacte pour la compétitivité de lindustrie française »
Henri Sterdyniak, directeur du département « Économie de la mondialisation » de lObservatoire français des conjonctures économiques (OFCE)
Mercredi 28 mai 2014
Jacky Fayolle, directeur du Centre Etudes & Prospective, du groupe Alpha
Jean-François Poupard, directeur général, et Jean-Paul Raillard, chargé détude auprès du comité de direction, du cabinet Syndex
Jean-Luc Tavernier, directeur général, et Éric Dubois, directeur des statistiques et synthèses économiques, de lInsee
Mercredi 4 juin 2014
Thomas Fatome, directeur de la sécurité sociale
Benjamin Weigert, secrétaire général, et Marcus Klemm, économiste spécialiste des politiques du marché du travail, du conseil allemand des experts économiques (Sachverständigenrat zur Begutachtung der gesamtwirtschaftlichen Entwicklung)
Mardi 17 juin 2014
Frédéric Boccara, économiste, maître de conférences associé à luniversité de Paris 13
Jean Agulhon, directeur des ressources humaines France, du groupe Renault
Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics
auditions de la rapporteure
Mardi 6 mai 2014
Michel Husson, chercheur à lInstitut de recherches économiques et sociales (Ires)
Mercredi 7 mai 2014
Pascal Lagarde, directeur de la stratégie, des études et du développement
Jean-Baptiste Marin-Lamellet, responsable des relations institutionnelles
Eric Champenois, directeur financier court terme, Bpifrance
Mardi 13 mai 2014
Didier Ridoret, président, Bernard Coloos, directeur des affaires économiques, et Benoît Vanstavel, relations parlementaires et institutionnelle
Eric Heyer, directeur-adjoint au département analyse et prévision l, enseignant à Sciences Po Paris
Mardi 20 mai 2014
Anne Eydoux, chercheuse en détachement au Centre détudes de lemploi, maître de conférences déconomie à lUniversité Rennes 2
Mardi 10 juin 2014
Odile Chagny, Institut de recherches économiques et sociales (Ires)
Cest le cas pour la construction, lapprentissage ou la formation professionnelle avec un taux intermédiaire à partir de 10 salariés.
En vertu de larticle L.3231-8 du code du travail, en « aucun cas, laccroissement annuel du pouvoir dachat du salaire minimum de croissance ne peut être inférieur à la moitié de laugmentation du pouvoir dachat des salaires horaires moyens enregistrés par lenquête trimestrielle du ministère chargé du travail ».
Rappelons que le programme du conseil national de la résistance prévoyait « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens dexistence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de lÉtat ».
Cour des comptes, le financement de la branche famille, communication à la commission des affaires sociales de lAssemblée nationale, novembre 2012.
« Dix ans dévaluation des exonérations sur les bas salaires », Connaissance de lemploi n° 24, 2006.
Étude de Heyer et Plane de 2012
Rapport n° 2049 (XIVe législature) de Valérie Rabault, rapporteure générale, au nom de la commission des finances, 18 juin 2014, p. 29.
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