ETUDE DE TEXTE AU PROBATOIRE A L'INSPECTORAT L'étude de ...
On se prononce sur la pertinence des idées, le degré d'actualité du texte. ....
Selon le professeur, ils doivent être revus et corrigés pour être conformes aux ...
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ETUDE DE TEXTE AU PROBATOIRE
A LINSPECTORAT
Létude de texte, à limage du commentaire, est une technique littéraire qui sinspire de lexplication de texte. Elle a pour but essentiel de rendre un texte plus clair et plus intelligible. Elle est apparue pour la première fois aux épreuves au Concours de Recrutement en Année Probatoire (C.R.A.P) de lE.N.S (Ecole Normale Supérieure) actuelle FA.S.T.E.F. (Faculté des Sciences et Technologies de lEducation et de la Formation) en 2000. Faute de documents, létude de texte est une épreuve pour les candidats. Acquérir la technique revient à poser trois questions principales :
-Quelles sont les caractéristiques de létude de texte ?
-Quelles sont les principes directeurs ?
-Quelle est la démarche préconisée ?
I. Les caractéristiques de létude de texte
Létude de texte se caractérise essentiellement par sa consigne quil faut respecter scrupuleusement. Elle peut être présentée sous forme de plusieurs questions à difficultés croissantes qui partent de lidée générale au jugement personnel du candidat. Mais le cas le plus fréquent est la directive formulée en plusieurs questions. Létude de texte exclut toujours les aspects liés à lesthétique (forme) pour ne privilégier que le fond (la richesse et la profondeur des idées).
Cela sexplique par le fait que le texte dont il sagit est relatif à léducation. Même sil peut embrasser plusieurs disciplines (Sociologie, Psychologie, Philosophie,
) la problématique est toujours éducative. Elle fait référence aux trois axes du P.D.E.F : laccès, la qualité et la gestion. Par conséquent, létat de ces trois axes ne doit pas être méconnu du candidat.
II. Les principes directeurs
1° Le respect de la consigne.
Cest un principe incontournable : il est le fondement du devoir. Létude de texte astreint à la fidélité au texte et au respect de la consigne orientée.
2° La cohérence
Le candidat est obligé de suivre le texte dans une progression logique : il faut montrer les rapports étroits qui existent entre les idées exprimées par lauteur.
3° La cohésion
Le respect des mots de liaison et des phrases de transition entre les parties du devoir.
La fidélité à la pensée de lauteur pour dégager les idées essentielles
III. La démarche de létude de texte
Létude de texte, à linstar de lexercice de commentaire de texte, comprend des moments essentiels que sont : lintroduction, le développement et la conclusion.
A°)- Lintroduction
Elle se caractérise par :
-La situation du texte (dans luvre ou dans son courant de pensée). On montre lorientation générale dans laquelle le texte trouve son apparence.
-Dégager lidée générale du texte en posant clairement le problème débattu.-Annoncer le plan : cest à ce niveau que se fait la différence entre cette épreuve et le commentaire de texte. En effet lannonce du plan de létude de texte est imposée par al consigne.
B°)- Le développement
Le développement comprend deux parties essentielles :
Première partie : Enoncé des idées essentielles.
Elle exige :
-une bonne culture pédagogique
-une capacité danalyse du candidat : elle consiste à pouvoir décomposer le texte pour montrer comment il fonctionne, comment ses parties tiennent ensemble. Il faut savoir identifier les relations entre les idées.
-une capacité de synthèse : il sagit vde rassembler les éléments de connaissances assimilées afin den faire un tout cohérent. Créer quelque chose doriginal sur la base du texte. Cest le résumé qui ne doit pas dépasser le quart de la longueur du texte.
-une fidélité au texte : ni commentaire, ni paraphrase dans cette partie.
Stratégie :
1- Déterminer les mouvements densemble du texte. Ils sont constitués de deux ou trois parties portant chacune un titre.
2- Développer les idées en montrant pour chacune delles son argumentation, son articulation, sa progression et sa relation avec la problématique.
3- Faire une conclusion partielle qui est le résumé des résultats obtenus sur létude des différentes parties du texte. Faire une phrase de transition conduisant à la partie suivante.
Deuxième partie : Appréciation des idées essentielles.
Elle exige :
-une capacité dévaluation. Elle consiste à apprécier dune manière critique les idées essentielles dégagées au niveau de la première. On se prononce sur la pertinence des idées, le degré dactualité du texte.
-une capacité de mise en valeur de ses connaissances. Les idées seront justifiées grâce à des illustrations tirées de la pratique de la vie quotidienne et de notre environnement pédagogique, social ou psychologique.
Stratégie :
IL sagit véritablement dune mini dissertation.
a- Pour chaque idée il faut :
-lidentifier dans le texte ;
-se prononcer sur sa pertinence, son degré dactualité (thèse, réserve) ;
-illustrer par rapport à léducation au Sénégal.
Passer après à lidée suivante par un connecteur logique ou une expression.
b- Faire la synthèse des différentes réflexions et proposer des solutions.
C°)- La conclusion
Elle comprend trois parties :
-Dégager lintérêt du texte, son importance dans le contexte de léducation ;
-Montrer éventuellement les limites du texte ou ses insuffisances ;
-Ouvrir si possible des perspectives.
Texte N°1
Nous proclamons volontiers que nous apprenons davantage hors de lécole que dedans. Mais de tous horizons philosophiques, politiques et culturels proviennent des suggestions voire des exigences tendant à prendre en charge par linstitution scolaire des initiatives nouvelles.
Par son caractère obligatoire, par ses structures, par sa fonction privilègiée sinon essentielle de centre de coordination et de systématisation dapprentissages programmés, lécole est incapable de répondre seule aux attentes dun projet éducatif. Son discours est souvent trompeur quand elle prétend à la fois rencontrer des intentions pédagogiques de maîtrise, de transfert, et dexpression et, en même temps réunir les conditions nécessaires pour développer la libre expérimentation, la découverte personnelle et la créativité.
En réalité, les méthodes scolaires propres à atteindre les intentions de maîtrise et de transfert qui constituent la vocation première sinon exclusive de lécole sont, par essence, « artificialisme ». On napprend pas à lire comme on a appris à parler sa langue maternelle. On napprend pas les langues étrangères à lécole comme on les assimile in situ. Nombre de conventions formelles (notamment orthographiques) ne se fixent pas de manière occasionnelle quoiquen disent certains courants pédagogiques on nacquiert pas les techniques opératoires fondamentales comme on les rencontre et comme on les pratique dans la réalité de la vie.
Malgré les efforts consacrés à la recherche de procédés pédagogiques plus « actifs ». Malgré le souci indéniable déchapper à un enseignement magistral (et peut-être à cause de cette préoccupation même), la pédagogie contemporaine accorde infiniment plus dattention et dintérêt aux produits des apprentissages quaux démarches intellectuelles, opérations et circonstances socio-affectives qui y mènent.
On singénie à construire une machine à vapeur, à entretenir une correspondance interscolaire, réaliser une émission radiophonique ou télévisuelle, à réaliser un spectacle. On ignore dans le même temps ce quil en coûte de détours et comment on réagit personnellement vis-à-vis de circonstances dapprentissages plus ou moins motivantes. On ne se préoccupe guère de se demander comment sapproprient et se fixent ces connaissances, bref on omet de sintéresser au sujet de larsenal dopérations dont on dispose pour acquérir, traiter et transférer le savoir.
Et tant que les élèves ne concevront pas clairement que quel que soit lobjet de la question considérée, les détours intellectuels (mémoire, exaction, initiative, mise en relation de données
) importent plus que les produits singuliers obtenus, ils nauront de conscience lucide de leurs moyens, des conditions dans lesquelles ils aiment, daignent ou répugnent à agir, des opérations quils sont en mesure de mettre en uvre pour sapproprier ce quils désirent ou réaliser ce quils souhaitent.
Professeur L.VENDEVELDE
Université Libre de Bruxelles (U.L.B)
Service de Didactique Expérimentale
Consigne :
Après avoir explicité largumentaire de lauteur, dites ce que ses idées vous inspirent à propos de la mission de lécole
Etude du Texte N°1
Ce texte du professeur L.Vendevelde de lUniversité Libre de Bruxelles sinscrit dans ce courant pédagogique cognitiviste, constructiviste qui porte un regard critique sur la valeur des méthodes contemporaines préconisées par lécole comme moyen dintégration de lélève dans sa société.
Dans sa réflexion, Monsieur Vendevelde apporte sa contribution sur la question du choix dune méthode appropriée favorisant véritablement la maîtrise et le transfert des apprentissages chez lélève.
Après avoir dégagé la thèse de lauteur et ses principaux arguments, nous verrons quelle réflexion nous suggère son approche de lapprentissage.
Monsieur Vendevelde défend la thèse selon laquelle les méthodes cognitives doivent être privilégiées à lécole au détriment des méthodes artificielles pour permettre à lélève de sadapter aux réalités de la vie.
Dabord, il fustige linadéquation des méthodes et des situations dapprentissage de lécole à la vie réelle. En effet, malgré la diversité des offres éducatives nouvelles traversant lécole, Vendevelde soutient quon apprend plus en dehors de lécole. Lécole est même prétentieuse en voulant partir de méthodes artificielles et de situations de communication simulées pour faire acquérir des capacités et des compétences nécessaires à la vie.
Ensuite lécole qui se veut « active » met malheureusement laccent sur produit au détriment des stratégies opératoires. Ainsi, pour lui, on minimise la métacognition en se focalisant sur les résultats.
Enfin le professeur exhorte les élèves à se préoccuper des stratégies métacognitives choisies que du produit final sils veulent sapproprier des procédés efficaces dacquisition de connaissances.
Dans la première partie du texte, lauteur prend immédiatement partie pour lapprentissage dans le milieu extra scolaire qui, selon lui, favorise mieux lacquisition des connaissances que lécole elle-même. Vendevelde estime que malgré les efforts réalisés par lécole dans le domaine de la recherche, elle est incapable de répondre aux exigences dun apprentissage de qualité qui a pour finalité de produire un homme en parfaite harmonie avec la société.
En effet, lécole est traversée par plusieurs courants : les courants pédagogiques traditionnels, modernes et même post-modernes (Enseignement assisté par ordinateur). Ils ont toujours un caractère imparfait dans le cadre scolaire car se limitant à étudier lapprentissage de manière réductionniste. Par exemple, la pédagogie traditionnelle reléguait lactivité de lélève au second plan, la PPO ne prenait pas en compte les situations complexes et lenseignement assisté par ordinateur faisait fi des interactions sociales, des conflits socio-cognitifs.
Les méthodes de lécole sont également artificielles et manquent déclats spontanés et naturels. On peut illustrer ce propos par les problèmes donnés en classe et qui ont toujours des solutions, des opérations que les élèves ne rencontrent jamais dans la vie réelle (Exemple : diviser une fraction par une fraction) et des expérimentations qui réussissent toujours.
Cest ne ce sens que le milieu extra scolaire qui est un tout construit, avec des situations et des méthodes naturelles, constitue la pierre angulaire, lendroit privilégié pour un apprentissage de qualité doublé de lacquisition dune expérience à jamais ancrée dans lesprit du jeune apprenant.
Ainsi lécole daujourdhui se caractérise essentiellement par ses méthodes, ses situations et ses procédés pédagogiques inadaptés qui ne fournissent pas le transfert, lexpression spontanée. De ce point de vue, lécole risque dêtre en retard ou en retrait par rapport à la vie réelle.
Au regard de ce parti pris pour lapprentissage extrascolaire, le professeur ne tend pas pour autant vers la thèse dIvan Ilitch qui prône purement et simplement une société sans école. Par contre, il sapproche davantage de la pensée du pédagogue Ovide Decroly qui préconisait de concevoir lécole pour la vie et par la vie. Sa pensée avoisine celle de John Dewey qui soutient que la pédagogie doit être fonctionnelle en mettant en uvre des méthodes naturelles de travail.
Cependant, Vendevelde oublie de dire que le milieu extra scolaire par son caractère informel pose le problème du choix de lenseignant qui devrait favoriser cet apprentissage en milieu naturel. Cest en cela que lécole demeure un creuset incontournable dacquisition des connaissances par son statut formel, ses enseignants et ses classes.
Ainsi, les méthodes, les situations et les procédés pédagogiques sont inadaptés. Selon le professeur, ils doivent être revus et corrigés pour être conformes aux réalités de la vie. Cest en tout état de cause lidée que semble défendre lauteur dans la seconde partie du texte. IL commence par décrire une pédagogie contemporaine qui va à la dérive en se focalisant plutôt sur les produits finis, les résultats que sur les opérations intellectuelles y menant.
En effet, la pédagogie contemporaine sattarde en priorité aux comportements observables, c'est-à-dire aux résultats obtenus et non aux stratégies conduisant à latteinte de ces mêmes résultats. Cette façon de faire a eu pour conséquence dinciter les concepteurs de programmes et les enseignants à morceler les tâches dapprentissage. Cest donc une méthode qui ne reflète pas les réalités de lapprentissage dans la vie réelle. Lélève soumis à des situations complexes se retrouve toujours dans léchec.
Au Sénégal, la Pédagogie Par Objectifs fustigée par Vendevelde a été instaurée en 1987 avec lavènement des classes pilotes qui mettaient en pratique cette théorie des apprentissages. Dix-neuf années après, ces classes ont disparu et aujourdhui nous sommes dans lère de lentrée par les compétences qui non seulement intègre la PPO mais la dépasse en portant un choix manifeste sur les mécanismes naturels dacquisition de connaissances.
Vendevelde prend aussi le parti du cognitivisme au détriment du behaviorisme qui porte sur les résultats, le produit final ; le cognitivisme met laccent sur les stratégies utilisées par un élève pour atteindre un résultat.
Dès lors, il est primordial daccorder une grande attention aux stratégies que lélève utilise pour accomplir certaines tâches plutôt que de sattarder uniquement aux résultats obtenus.
Cest pour cette raison que Vendevelde, convie les pédagogues à se préoccuper davantage des stratégies cognitives choisies par lélève que du produit final.
A la lumière de ces idées, on perçoit nettement que lauteur pose le problème dune querelle décole entre deux courants pédagogiques sopposant dans le domaine de la démarche appropriée à lapprentissage : le behaviorisme et le cognitivisme.
Mais dans cette seconde partie, les limites de son argumentaire auront été de ne pas voir les influences positives du Behaviorisme qui sont pourtant réelles. Le professeur a omis de dire que les Behavioristes défendent la thèse qui soutient que ce ne sont que les comportements, les produits qui sont observables avec fiabilité. IL est donc préférable dexaminer le produit et non les stratégies qui conduisent à un tel produit. IL faut absolument accorder la priorité à lobservable, ce qui, dans lapprentissage implique forcément que cela soit au détriment du non observable.
Cependant accorder à Vendevelde le crédit davoir montré implicitement dans son texte cette façon de faire behavioriste qui conduit à morceler les tâches dapprentissage proposés à lélève. On ne fait guère allusion aux opérations intellectuelles, aux circonstances socio-affectives qui mènent à ces produits.
Cest pour toutes ces raisons que lauteur dans le dernier mouvement du texte, étant convaincu de la véracité de sa thèse exhorte vivement les élèves à réfléchir davantage sur les opérations quils utilisent pour sapproprier un objet dapprentissage.
Les « détours intellectuels » dont il parle nous amènent à dire que ce procédé encore appelé Métacognition fait référence à la connaissance et au contrôle quune personne a sur ses stratégies cognitives, les démarches mentales quelle a utilisées lors dune activité dapprentissage. En ce sens, elle inclut des facteurs cognitifs et affectifs auxquels le professeur fait allusion dans son texte. Cest donc une invite aux élèves afin quils prennent conscience des conditions favorables à leur épanouissement intellectuel mais également des procédés opératoires quils utilisent dans la conquête de la connaissance. Pour lyui, il faut donc que lélève ait un ensemble de stratégies cognitives qui lui permettent dagir sur son environnement, dutiliser les informations quil acquiert. Ainsi lélève sera capable dévaluer la pertinence des choix quil a effectués.
De ce point de vue, on peut se référer à ce niveau à luvre de Boubacar Camara intitulée Savoir co-devenir où il invite les élèves à « apprendre à apprendre ». Jacques Tardif, dans son livre Pour un enseignement stratégique va dans le même sens que lauteur en soutenant que lenfant doit se préoccuper des stratégies quil met en place pour aboutir à un résultat et surtout les mémoriser pour les investir ailleurs, dans dautres situations dapprentissage.
Ainsi, dans la troisième partie, le professeur a voulu insister sur lacquisition de compétences chez lélève qui seules pourraient lui permettre de sadapter dans des situations différentes.
Le Sénégal sest déjà inscrit dans cette dynamique avec le projet délaboration du curriculum de lEducation de Base dont la finalité nest rien dautre que lamélioration de la qualité de loffre éducative par lentrée par les compétences.
Cependant son texte nous laisse sur notre faim quant à la manière damener les élèves à accorder plus dimportance aux « détours intellectuels » quaux « produits ».
En définitive, on peut dire que le sens et la portée du texte résident dans la capacité du professeur à attirer lattention des acteurs de lécole sur la nécessité de rendre lapprentissage des élèves beaucoup plus efficace en le liant davantage à la vie réelle par le biais de méthodes naturelles.
Cet extrait a également un intérêt pédagogique dans la mesure où L.Vendevelde prend pleinement parti pour les aspects cognitifs, affectifs et même métacognitifs de lapprentissage au grand dam du behaviorisme. Seulement, il ne faudrait pas reléguer au second plan le behaviorisme qui met laccent sur les produits dapprentissage. La solution serait plutôt la synergie dans lassociation métacognition / behaviorisme afin que lapprentissage soit beaucoup plus efficace et proche de la réalité de la vie.
On pourrait alors se poser la question de savoir si L. Vendevelde ne préconise pas tout simplement la pédagogie différenciée où lenseignant joue le rôle danimateur dans les apprentissages formalisés.
Texte N° 2
Cultiver dans les femmes les qualités de lhomme, et négliger celles qui leur sont propres, cest donc visiblement travailler à leur préjudice. Les rusées le voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant dusurper nos avantages, elles nabandonnent pas les leurs ; mais il arrive de là que, ne pouvant bien ménager les uns et les autres parce quils sont incompatibles, elles restent au dessous de leur portée sans se mettre à la nôtre, et perdent la moitié de leur prix. Croyez moi, mère judicieuse, ne faites point de votre fille un honnête homme, comme pour donner un démenti à la nature : faites- en une honnête femme, et soyez sûre quelle en vaudra mieux pour elle et pour nous.
Sensuit- il quelle doit être élevée dans lignorance de toute chose, et bornée aux seules fonctions du ménage ? Lhomme fera t-il de sa compagne, sa servante ? Se privera-t-il auprès delle du plus grand charme de la société ? Pour mieux lasservir, lempêchera-t-il de rien sentir, de rien connaître ? En fera-t-il un véritable automate ? Non, sans doute ; ainsi ne la pas dit la nature, qui donne aux femmes un esprit si agréable et si délié ; au contraire, elle veut quelles pensent, quelles jugent, quelles aiment, quelles connaissent, quelles cultivent leur esprit comme leur figure ; ce sont les armes quelle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque et pour diriger la nôtre. Elles doivent apprendre beaucoup de choses, mais seulement celles qui leur convient de savoir.
Soit que je considère la destination particulière du sexe, soit que jobserve ses penchants, soit que je compte ses devoirs, tout concourt également à mindiquer la forme déducation qui lui convient. La femme et lhomme sont faits lun pour lautre, mais leur mutuelle dépendance nest pas égale : les hommes dépendent des femmes par leurs désirs ; les femmes dépendent des hommes et par leurs désirs et par leurs besoins ; nous subsisterons plutôt sans elles quelles sans nous. Pour quelles aient le nécessaire, pour quelles soient dans leur état, il faut que nous leur donnions, que nous voulions le leur donner, que nous les en estimions dignes ; elles dépendent de nos sentiments, du prix que nous mettons à leur mérite, du cas que nous faisons de leurs charmes et de leurs vertus. Par la loi même de la nature, les femmes, tant pour elles que pour leurs enfants, sont à la merci des jugements des hommes : il ne suffit pas quelles soient estimables, il faut quelles soient estimées, il ne leur suffit dêtre belles, il faut quelles plaisent ; il ne leur suffit pas dêtre sages, il faut quelles soient reconnues pour telles : leur honneur nest pas seulement dans leur conduite, mais dans leur réputation, il nest pas possible que celle qui consent à passer pour infâme puisse jamais être honnête. Lhomme, en bien faisant, ne dépend que de lui même et peut braver le jugement public ; mais la femme, en bien faisant, na fait que la moitié de sa tâche, et ce que lon pense delle ne lui importe pas moins que ce quelle est en effet. Il suit de là que le système de son éducation doit être à cet égard contraire à celui de la nôtre ; lopinion est le tombeau de la vertu parmi les hommes et son trône parmi les femmes.
De la bonne constitution des mères dépend dabord celle des enfants, du soin des femmes dépend la première éducation, des hommes ; des femmes dépendent encore leurs murs, leurs passions, leurs goûts, leurs plaisirs, leur bonheur même. Ainsi, toute léducation des femmes, doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer deux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps et ce quon doit leur apprendre dès leur enfance. Tant quon ne remontera à ce principe, on sécartera du but, et tous les préceptes quon leur donnera ne serviront de rien pour leur bonheur ni pour le nôtre.
J.J.Rousseau, Emile ou De léducation (1762). Livre 5
Consigne :
Après avoir dégagé les idées essentielles du texte, dites ce quelles vous inspirent à la lumière des réalités de léducation au Sénégal
Etude du Texte N°2
Emile ou de lEducation est un ouvrage théorique sur lEducation, publié en 1762 par le philosophe français Jean Jacques Rousseau, qui y expose les principes dune éducation dite naturelle, ayant pour cadre la société européenne du 18ème siècle, mais se voulant classique et universelle. Le texte soumis à notre étude est tiré du Livre 5 de lEmile
et pose fondamentalement le problème de léducation des filles. IL souligne dune part la dépendance matérielle et morale de la femme vis-à-vis de lhomme. Dautre part, il insiste sur une forme déducation qui tienne en compte leurs responsabilités de mère et vise en dernier ressort le seul bonheur de lhomme.
Après une analyse détaillée des idées essentielles du texte, nous tenterons de donner nos sentiments par rapport aux réalités de lEducation au Sénégal.
Rousseau commence par préciser que la dépendance de la femme à légard de lhomme est dordre économique. Selon lui, il faut que la femme ait « le nécessaire ». Dailleurs, il va même jusquà trouver un prix au mérite de la femme. Reconnaissant demblée la faiblesse du sexe féminin, il justifie même la nécessité dinculquer le savoir à la femme afin de suppléer ce manque.
Mais au-delà, Rousseau insiste particulièrement sur la dépendance morale de la femme. Se fiant au moindre jugement de lhomme, la femme tient en fait beaucoup à son honneur. Et lopinion de lhomme sur son comportement se trouve même être, de lavis de lauteur, « le trône de sa vertu ».
Ces idées défendues par Rousseau se justifiaient bien dans le contexte français davant Révolution. En effet, « le siècle des lumières » prônait la lutte contre lobscurantisme. La femme, particulièrement victime du pouvoir monarchique, se voyait reléguée dans les ténèbres.
La conception rousseauiste de léducation des filles est certainement partagée par une bonne frange de la population Sénégal notamment les traditionnalistes.
A linstar de Rousseau, ces derniers pensent tout simplement que la place de la femme est au foyer et que par conséquent son éducation doit en tenir compte. Une telle vision est liée, bien entendu, au statut particulier de la femme dans la société africaine en général et sénégalaise en particulier. Dans ladite société, la femme est dabord mère de famille, bonne éducatrice des enfants et gestionnaire du ménage. Et cest ce rôle de mère et dépouse traditionnellement reconnu à la femme qui serait à lorigine de sa condition qui est presque toujours inférieure à lhomme. Lune des conséquences majeures de cette conception éducative est la sous-scolarisation des filles en milieu rural surtout.
Dans la deuxième grande idée du texte, Rousseau nous présente la forme déducation quil préconise pour les femmes. IL conçoit avant tout cette éducation en rapport avec la notion d «honnête femme. ». IL ne sagit pas pour lui, de remettre en cause la nécessité pour la femme dapprendre et de faire face à ses responsabilités. Au contraire, précise-t-il, la nature « veut quelle pense », quelle cultive son esprit. Son modèle vise essentiellement à former, à éduquer la femme pour quelle puisse prendre en charge les problèmes de lenfant et de lhomme quil sera.
Si ces remarques peuvent sappliquer à lEducation traditionnelle en Afrique, sont-elles valables dans le contexte du système éducatif sénégalais actuel ?
A la différence de la vision de Rousseau, la société sénégalaise actuelle commande au contraire de promouvoir le développement intégral de la femme. Cela suppose aussi la possibilité pour elle de saffirmer sur le plan économique. Nous devons donc vaincre véritablement les préjugés comme ceux développés par Rousseau. IL ne serait pas en fait concevable de penser un développement économique sans la femme. Léquilibre de la famille doit nous pousser à ne plus considérer le père de famille comme devant faire face à toutes les exigences matérielles. Sur le plan moral, il sagit de promouvoir certaines de nos valeurs traditionnelles les plus positives telles que : le sens de lhonneur, le goût du travail bien accompli,
En un mot, des valeurs qui dépassent les considérations de sexe et qui inscrivent la femme aussi bien que lhomme dans une véritable dynamique de développement.
Quant à la deuxième grande idée, cette formule de Rousseau ne saurait toutefois convenir à notre système éducatif actuel. Quelles en sont les raisons ?
Il ne sagit plus lhomme comme pour la femme de sinsérer dans une famille, un village ou une contrée mais dans un contexte mondial en perpétuel changement.
Cest pourquoi de nos jours, la tendance commence à être renverser avec de plus en plus la prise en compte de la dimension genre dans la définition de la politique éducative du pays. Cest ainsi que lEtat déploie actuellement beaucoup de ressources pour faire la promotion de la scolarisation des filles : des campagnes de dinformations de sensibilisations et de conférences débats sur lapproche genre permettent aujourdhui de différencier le « rôle sexuel » et « le rôle social » de la femme qui sont souvent confondus. Quant au « rôle social », il est simplement lié à la culture : cest le cas par exemple de la préparation des repas qui revient généralement aux femmes en Afrique. Cest dire donc que linstitution scolaire est en train de subir de profondes mutations pour une intégration effective de la dimension genre ainsi que légalité et léquité des hommes et des femmes dans tous les domaines de la vie.
Le législateur la bien compris en proposant des programmes conventionnels qui visent entre autre :
-promouvoir laccès des filles à lécole;
-assurer leur maintien ;
-créer une discrimination positive situant les filles au centre de laction éducative ;
-développer lapproche genre pour une meilleure équité et une égalité des
chances plus accrue ;
-promouvoir léducation à la vie familiale et en matière de population etc.
Mais léchec de beaucoup de ces programmes doit nous amener à tenir davantage en compte un certain nombre de problèmes.
Au niveau de lacte dapprentissage, il sagit de favoriser chez les garçons le développement de comportements non discriminatoires à légard des filles. Il doit aussi viser à permettre à la fille de se reconnaître capable de prendre des initiatives, de s assumer pleinement en tant que citoyenne. Il nous semble également important de tenir davantage en compte des réalités sociales, coutumières et religieuses qui continuent de simposer à la mémoire collective.
En fin la promotion intégrale de la fille sénégalaise avant tout se passer de tout modèle imposé et tenir en compte nos valeurs culturelles essentielles.
Les filles doivent être élevées, selon lauteur, en fonction de leur nature propre et non à limage des hommes. Cela ne signifie pas pour autant quil faille réserver à la fille, une éducation au rabais ; au contraire, elle doit bénéficier dune éducation complète mais adaptée à ses différents rôles sociaux. Par ailleurs, il estime que léducation des femmes doit être orientée vers le bien-être des hommes compte tenu de la dépendance des unes vis-à-vis des autres.
Ces idées développées par Rousseau sappliquent donc à un contexte socio-économique bien précis, celui de France du 18° siècle.
Son mérite azura été toutefois de jeter les jalons dune éducation des filles plus démocratique.
Dans le cadre de notre système éducatif actuel, il importe véritablement denrayer des mentalités toute discrimination basée sur le sexe. Cest à ce prix, que notre système éducatif sera véritablement démocratique tout en intégrant nos valeurs traditionnelles les plus positives
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