Cône sud et Brésil - Hal-SHS
... avec un port en pleine activité équipé d'usines frigorifiques ultra-modernes. ......
du pays (1/3 de la capacité de raffinage) et un important pôle pétrochimique. ......
doivent être corrigés par des apports en calcaire et phosphore, les machines ...
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HYPERLINK \l "_Toc236026135" Le Mercosud, moteur de lintégration sud-américaine PAGEREF _Toc236026135 \h 14
HYPERLINK \l "_Toc236026136" Union douanière et grands aménagements PAGEREF _Toc236026136 \h 14
HYPERLINK \l "_Toc236026137" Les régions transfrontalières PAGEREF _Toc236026137 \h 18
HYPERLINK \l "_Toc236026138" Réseaux urbains et industriels PAGEREF _Toc236026138 \h 22
HYPERLINK \l "_Toc236026139" 2 La tétrapole brésilienne PAGEREF _Toc236026139 \h 27
HYPERLINK \l "_Toc236026140" São Paulo, agglomération motrice du continent PAGEREF _Toc236026140 \h 27
HYPERLINK \l "_Toc236026141" Rio de Janeiro, de la capitale historique à la rente du pétrole PAGEREF _Toc236026141 \h 31
HYPERLINK \l "_Toc236026142" Belo Horizonte, métropole de transition PAGEREF _Toc236026142 \h 33
HYPERLINK \l "_Toc236026143" Brasília, la ville symbole de lintégration territoriale PAGEREF _Toc236026143 \h 34
HYPERLINK \l "_Toc236026144" 3 Le Cône Austral PAGEREF _Toc236026144 \h 37
HYPERLINK \l "_Toc236026145" Des disputes aux interconnexions PAGEREF _Toc236026145 \h 37
HYPERLINK \l "_Toc236026146" Le Grand Nord chilien, une périphérie dexploitation minière PAGEREF _Toc236026146 \h 38
HYPERLINK \l "_Toc236026147" Le nord-ouest argentin PAGEREF _Toc236026147 \h 39
HYPERLINK \l "_Toc236026148" Santiago, la vallée centrale et le couloir bi-océanique PAGEREF _Toc236026148 \h 40
HYPERLINK \l "_Toc236026149" Fondations urbaines dans des sites à risques PAGEREF _Toc236026149 \h 42
HYPERLINK \l "_Toc236026150" Intégration des Patagonies PAGEREF _Toc236026150 \h 43
HYPERLINK \l "_Toc236026151" Nouvelle économie patagonienne PAGEREF _Toc236026151 \h 45
HYPERLINK \l "_Toc236026152" Région magellane et Terre de Feu PAGEREF _Toc236026152 \h 47
HYPERLINK \l "_Toc236026153" 4 - Les Nords PAGEREF _Toc236026153 \h 49
HYPERLINK \l "_Toc236026154" Les racines du sous-développement nordestin PAGEREF _Toc236026154 \h 49
HYPERLINK \l "_Toc236026155" Une périphérie à intégrer PAGEREF _Toc236026155 \h 51
HYPERLINK \l "_Toc236026156" La nouvelle littoralisation PAGEREF _Toc236026156 \h 52
HYPERLINK \l "_Toc236026157" LAmazonie entre développement et préservation PAGEREF _Toc236026157 \h 55
HYPERLINK \l "_Toc236026158" Les conditions dun développement durable PAGEREF _Toc236026158 \h 55
HYPERLINK \l "_Toc236026159" Un front pionnier toujours actif PAGEREF _Toc236026159 \h 56
HYPERLINK \l "_Toc236026160" Conclusion du Chapitre 4 : Cône Sud et Brésil PAGEREF _Toc236026160 \h 60
HYPERLINK \l "_Toc236026161" Bibliographie PAGEREF _Toc236026161 \h 61
Cône Sud et Brésil
Introduction du Chapitre 4 : Cône Sud et Brésil
Lensemble régional « Cône Sud et Brésil » regroupe deux sous-ensembles : le premier, qui forme la pointe effilée de lAmérique du sud compte quatre pays, lArgentine et le Chili auxquels sagrègent le Paraguay et lUruguay constitutifs du bassin de La Plata. Est ajouté à ce groupe de pays, le Brésil, dont la partie méridionale se trouve directement reliée aux dynamiques territoriales dintégration à luvre dans le Cône sud, tandis que ses grandes régions du Nord et du Nordeste répondent à dautres logiques.
Lexpression « Cône Sud », traditionnellement utilisée dans un sens géopolitique, faisait explicitement référence à la partie la plus étroite et terminale du continent où la distance entre les océans Pacifique et Atlantique se réduisait, avec tous les enjeux stratégiques liés au contrôle du détroit de Magellan. La maîtrise des ressources minières, halieutiques et énergétiques (pétrole, gaz naturel et électricité) ainsi que de la route vers lAntarctique, constituent aujourdhui des enjeux de pouvoir importants. Dans la période récente, lemploi de lexpression Cône sud prend une tournure plus économique dans le cadre de la mise en place du Marché Commun des pays du sud de lAmérique, Mercosud, depuis 1991. Les pays du Cône Sud, lArgentine, le Paraguay et lUruguay (membres fondateurs du Mercosud) et le Chili (pays associé depuis 1996) forment un ensemble de poids par rapport au Brésil, pays géant du Mercosud. A ce cône sud élargi est souvent jointe la Bolivie, également membre associé au Mercosud et traitée dans le chapitre concernant les pays andins.
Lensemble régional Cône sud élargi au Brésil est marqué par des dynamiques territoriales de forte intensité et diversifiées. La principale de ces dynamiques concerne les processus dintégration régionale à léchelle du Mercosud et des pays qui lui sont associés. Ils se traduisent par une tendance à la spécialisation des économies nationales, mais aussi à laccroissement des échanges, ce qui implique non seulement le développement des infrastructures reliant les pays (transport, énergie), mais aussi une mobilité croissante des populations, tout en créant des effets spécifiques dans les régions transfrontalières. La dynamique du Mercosud peut enfin être considérée comme un pallier vers une intégration économique et sociale plus large à léchelle de toute lAmérique du Sud, contrepoids à lAlena, incluant lAmérique du Nord et le Mexique, étape de consolidation avant une intégration de lensemble du continent américain qui sesquisse pour lavenir avec lavancée de laccord du libre-échange des Amériques (Alca), à linitiative des Etats-Unis. Dans le contexte du renforcement des blocs économiques émerge un « nouveau régionalisme », caractérisé par la multiplicité des flux et des réseaux qui polarisent les activités tissant les filets de lintégration.
La seconde thématique forte a trait à la gestion des grands ensembles naturels fragiles, dont la vulnérabilité constitue un défi pour la mise en uvre dun modèle durable de développement qui permette de prendre en compte la biodiversité, de mettre un frein à trop de pratiques prédatrices et douvrir ces espaces à lécotourisme. La protection des écosystèmes qui dépassent les frontières nationales, relance la question du niveau de lexercice des compétences, des modes de gestion et des modalités de coopération entre régions, provinces et Etats. Il sagit :
du bassin amazonien qui concerne huit pays, mais dont les deux tiers sont situés au Brésil, et où se pose la question du devenir du dernier grand massif de forêt tropicale du monde menacé par une déforestation accélérée ;
de la Patagonie argentine et chilienne, milieu de haute montagne, de mesetas, de glaciers et de côtes riches en ressources halieutiques ;
des régions semi-arides du Nordeste du Brésil et du nord de lArgentine et du Chili où se manifestent des phénomènes de désertification ;
de la région des savanes du plateau central brésilien, les Cerrados, fragilisées par lavancée de lagriculture mécanisée ;
du Pantanal, région humide centrale dont le régime des eaux régule le cours du haut Paraguay et qui pourrait être affecté par les aménagements de la voie navigable entrepris sur celui-ci ;
de la mésopotamie entre les fleuves Parana et Uruguay, qui reste un obstacle aux communications.
La troisième thématique forte met en relief les grands aménagements ou processus continentaux induits par lintégration régionale mercosulienne et par la mondialisation, qui reflètent la capacité dorganisation des territoires à léchelle du continent. Figurent parmi ces grands aménagements louverture de couloirs de transports multimodaux bi-océaniques. Limportance géopolitique et économique des liaisons de lAtlantique au Pacifique est reconnue de longue date. La liaison ferroviaire entre Buenos Aires et Santiago du Chili existe depuis 1910 ; la liaison routière établie vingt ans plus tard, reste la seule complète et quasi permanente de passage dun océan à lautre avec un col à 4000 mètres. Cette liaison vient renforcer laxe essentiel du Mercosud depuis les métropoles brésiliennes de Rio de Janeiro et São Paulo vers le rio de La Plata et jusquà Santiago/Valparaiso au Chili, axe qui concentre 70% de lactivité économique du Mercosud élargi et compte dix agglomérations de plus dun million dhabitants. Dautres voies sont en cours daménagement, celle du sud reliant Bahia Blanca, port moderne de la Pampa, à Talcahuano sur la côte chilienne et celle du nord reliant Buenos Aires à Antofagasta. Le Brésil, quant à lui, échoue dans ses tentatives de liaison Atlantique/Pacifique, tant par la Bolivie que par le Pérou. En ouvrant la route transamazonienne en 1972, le Brésil y espérait un débouché maritime, mais cette liaison bi-océanique à hauteur de lAmazonie, nest toujours pas réalisée. Sur le littoral, parallèlement, les ports se réforment, séquipent, se spécialisent et se hiérarchisent pour accompagner les évolutions des échanges.
A ces couloirs bi-océaniques, il convient dajouter, parmi les grands aménagements continentaux, les infrastructures énergétiques (barrages bi-nationaux, transmissions électriques, réseau doléoducs et de gazoducs
) ; ainsi que la grande voie navigable, dite du Mercosud, sur le Paraguay et le Parana, en cours daménagement, qui constitue le premier maillon dun projet dinterconnexion fluviale de tout le continent sud-américain.
Enfin, la quatrième thématique renvoie à la question des pôles et espaces structurants ; elle vise à redéfinir les hiérarchies urbaines des métropoles, des villes portuaires et à identifier la fonction des nuds de lintégration à léchelle continentale. Du point de vue des services de haut niveau, la ville de São Paulo au Brésil développe une offre sans équivalent en matière bancaire, boursière et dassurances ainsi que dans le domaine universitaire et la haute technologie, tendant à lui conférer le statut de ville mondiale opérant à léchelle du continent.
Le plan développé privilégiera une approche par grands ensembles régionaux déterminés en fonction de leur cohérence et de leur dynamique territoriale propres, en saffranchissant des limites politiques des Etats. Quatre grands ensembles ont été retenus.
La région centrale du bassin de la Plata rassemble 70 millions dhabitants sur 3,1 millions de km2. Région charnière du cône sud élargi au Brésil, le bassin de la Plata constitue un ensemble de grande richesse économique, de grande valeur écologique, qui occupe une situation géopolitique de premier plan. Vaste région transfrontalière, associant tout ou partie de cinq pays (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay et Bolivie) aux entités nationales récentes (19ème siècle), elle est parcourue par des mouvements de population dus à linteraction des marchés du travail frontaliers et régionaux ; il y émerge une identité composite quon peut appeler « platine ». Aire géographique structurée par les trois grands fleuves, Paraguay, Parana et Uruguay, qui se joignent pour former le Rio de la Plata, le plus grand estuaire du monde, au bord duquel se situe Buenos Aires, une des principales villes de lAmérique du sud. Cet ensemble, qui commande le principal axe de développement du Mercosud, est le théâtre de multiples aménagements énergétiques, routiers, ferroviaires et fait lobjet de grands projets logistiques à lincitation des instances internationales (Nations Unies, BID, OEA
). Lintensité des relations et des infrastructures qui relient le bassin de la Plata aux grandes agglomérations brésiliennes de São Paulo et Rio de Janeiro permet de formuler lhypothèse dune possible mégalopole sud-américaine en formation, au centre de laquelle lagglomération de Porto Alegre constituerait un relais. Lincontestable dynamisme de la région du bassin de la Plata, malgré la crise de lArgentine, en fait lun des grands chantiers daménagement du monde.
Le centre directionnel du Mercosud élargi se situe dans la région de la tétrapole brésilienne qui regroupe les métropoles de São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte et Brasilia. Cet ensemble régional de premier plan a ravi dans les années 1960 la primauté à Buenos Aires et à sa région, jusque là capitale de lAmérique du sud sur les plans culturel, économique et industriel. Les fonctions métropolitaines se répartissent sur plusieurs agglomérations dans la région qui forme le cur économique du Brésil : rôle historique, culturel et touristique pour Rio de Janeiro qui fut capitale du Brésil jusquen 1960, rôle administratif et politique pour Brasilia, actuelle capitale qui atteint les 3 millions dhabitants 40 ans après sa création ; rôle économique et financier pour São Paulo, qui est incontestablement la capitale économique du Brésil et du continent sud-américain ; rôle de grand centre industriel de Belo Horizonte dans le Minas Gerais, région minière importante. Cette conjonction métropolitaine sans équivalent en Amérique du sud constitue un réseau urbano-industriel particulièrement dense, totalisant 80 millions dhabitants sur 1,2 million de km2 qui forme le pôle moteur de lintégration continentale.
La Patagonie, les Andes, du littoral de la Terre de feu au désert dAtacama délimitent la région du cône austral que se partagent le Chili dans sa totalité et lArgentine pour sa partie occidentale. Région de tous les étagements climatiques, aux paysages exceptionnels (montagnes, glaciers, fjords, îles). Le cône austral dispose dimportantes ressources naturelles, en particulier minières (cuivre) et énergétiques (pétrole et gaz naturel) dont le transport vers les grands centres économiques du Mercosud constitue un défi. La région illustre plus particulièrement la thématique de lintégration par les réseaux énergétiques et la percée des axes de communication est-ouest reliant les pôles économiques et les grandes villes du Chili à ceux de lArgentine, avec le défi de la traversée des Andes. Dans cette région périphérique, comme dans les nords brésiliens, se jouent des enjeux écologiques majeurs.
Enfin, le 4ème ensemble régional se compose des régions périphériques du nord du Brésil, lAmazonie et le Nordeste ; deux ensembles qui couvrent 6,3 millions de km2 et regroupent 62 millions dhabitants (14 pour lAmazonie et 48 pour le Nordeste). Ils constituent des espaces périphériques du Mercosud élargi, auquel ils sont reliés par le relais des grandes villes du Sudeste du Brésil qui commandent les axes de développement en direction du nord (Brasilia-Belém, São Paulo-Cuiaba-Porto Velho), qui polarisent les liaisons aériennes (en provenance ou à destination de Manaus) et qui reçoivent ou impulsent dimportants flux migratoires (Nordestins allant travailler à São Paulo à lépoque du miracle économique) ou de grands chantiers. Les deux régions du Nordeste et de lAmazonie connaissent une ouverture et sinscrivent dans la mondialisation chacune à leur manière ; elles incarnent la problématique du développement durable et de la conservation de la nature dans ses multiples acceptions.
Tableau 1- Les macrorégions Cone Sud-Brésil
Superficie
Millions km2Pop 2000
Millions% urbPIB
Milliard $Pib/tëte
US$Bassin de La Plata3,170802103020Tétrapole brésilienne1,280903604530Cône austral225751204810Nords brésil6,36265801300
Tableau 2 Disparités entre les pays du Mercosud et le Chili
Superficie
Km2Population 1970
millions% pop. urbainePopulation 2000
millions% pop. urbainePIB
Milliard $Pib/tëte
US$IDH0-14 ans
%+65 ans
%Argentine2 780 00023,9783890180365085327,79,7Brésil8 547 00095,75217580500272077528,85,2Chili 757 0008,876158772431083928,57,2Paraguay 406 0004,2405,9565,8110075139,53,5Uruguay 176 0002,8853,29212379083324,812,9Total 12 666 000135237770Source : CEPALC, 2002
1 La région centrale du bassin de la Plata
Cette macrorégion, qui correspond au bassin hydrographique de la Plata, couvrant 3,1 millions de km2, composée par plusieurs ensembles naturels et nationaux, se caractérise par la diffusion spatiale des dynamiques dues aux processus dintégration. Cest aussi une vieille région urbano-industrielle, selon les caractéristiques extensives propres au continent américain, disposant dun bon réseau dinfrastructure. Elle totalise 70 millions dhabitants, avec un niveau de formation élevée et un degré de vieillissement notable. Dans lensemble, la région présente des indicateurs assez proches des standards européens, à lexception du Paraguay.
Les intégrations régionales et louverture des économies modifient les conditions de production et demploi ce qui a pour effet de rendre plus poreuses les frontières des cinq nations qui composent le bassin de La Plata, dont deux incluses dans leur totalité, tout en favorisant le renouveau des identités locales. Ce double mouvement daccroissement des échanges et de renaissance des localismes, révèle des spécialisations et des complémentarités qui réorganisent différemment les territoires désormais moins dépendants des logiques nationales, plus structurés par linfluence des métropoles, inégalement marqués par la rémanence de la frontière ou le jeu des acteurs transnationaux.
La connaissance de ces territoires dans leurs limites internationales et internes, et selon leurs identités propres régionales, permet de prendre la mesure des nouvelles configurations de lintégration et de la mise en place dune série de réseaux.
Des identités nationales et régionales en recomposition
Dans le vaste ensemble des plaines du Bassin de la Plata, qui font la transition entre lAmérique tropicale et lAmérique tempérée, on distingue, outre les vallées proprement dites des fleuves Bermejo, Paraguay-Parana et Uruguay, en suivant une diagonale aride : le Chaco au nord, la Serra de Cordoba, le fleuve Salado, les Pampas qui vont de laride à lhumide et remontant sur le flanc oriental du Parana, le plateau brésilien couvert dune forêt subtropicale où domine laraucaria. Enfin, le vaste estuaire, Rio de La Plata, souvre sur une largeur de 200 km entre les deux prairies : la Pampa au sud, la bande orientale à lest. LArgentine en occupe la plus grande surface avec une dizaine de provinces. Le Brésil fait partie de cet ensemble avec les Etats du Mato Grosso du Sud, du Parana, du Santa Catarina et du Rio Grande do Sul. Ces Etats totalisent 29 millions dhabitants sur un million de km2. Enfin, la Bolivie est présente par les hautes vallées du Pilcomayo et du Bermejo et lextrémité de lOriente où elle atteint le fleuve Paraguay par le canal de Tamengo. Deux pays sont entièrement inclus dans cet ensemble, le Paraguay et lUruguay. Le premier, enclavé, sest forgé dans la crainte du blocus et la défense de son modèle déconomie endogène, tandis que le second ouvert par une large façade atlantique, est plus proche dun modèle européen, comme lArgentine. Région en recomposition marquée par lépuisement dun modèle trop longtemps dépendant de la croissance européenne et où les processus dintégration annoncent dautres configurations et identifications socio-spatiales.
LArgentine en transition
LArgentine contrôle le cur du bassin de La Plata où elle a été longtemps la puissance hégémonique et où se regroupe les trois quarts de la population du pays et les plus hauts revenus, notamment dans le Grand Buenos Aires et les villes des bords du Parana, Rosario et Santa Fé. Dans ce pays, la question de lidentité nationale demeure ouverte, les crises récentes réactivent linquiétude des Argentins sur leurs identités individuelles et collectives. La vice-royauté de La Plata, née lors de la première mondialisation qui porta les empires espagnol et portugais dans les Amériques, comptait à peine 2 % de la population dAmérique latine et quelques points dexportation ; la nation argentine sest réellement construite dans la mondialisation de la fin du 19ème siècle comme une cellule de la division internationale du travail, représentant alors 45 % du PIB de lAmérique latine, plus que le Mexique et le Brésil réunis. Elle accueillait le trop plein des campagnes européennes et exportait des matières premières agricoles. Une Argentine triomphante qui fit ladmiration des observateurs pour cette nation énergique mettant en valeur un territoire immense, dont elle chassait les indigènes. Puissance émergente, elle était alors au dixième rang des économies mondiales. Buenos Aires, première ville de lAmérique latine, dépassait les deux millions dhabitants en 1914, avec un port en pleine activité équipé dusines frigorifiques ultra-modernes.
La Pampa, foyer économique principal du modèle agro-exportateur, est irriguée par un réseau de chemin de fer en étoile à partir du Rio de La Plata et les villes de Cordoba, Mendoza et Tucuman jouent les relais vers le nord-ouest ; partout loffre de travail et de formation est supérieure aux autres villes de lAmérique du Sud. Cest aussi lépoque de lorganisation du territoire, des inventaires cartographiques et du cadastrage géométrique des départements et des propriétés.
La crise des années 1930 met un terme à lexpansion ; le pays recentre alors son modèle de développement pour le rendre moins dépendant de létranger et entreprend de construire une industrie nationale. Ce mouvement saccompagne de deux phénomènes territoriaux :
une forte urbanisation : les dix principales villes concentrent, en 1960, la moitié des 20 millions dhabitants que compte lArgentine. La croissance urbaine est alors largement due à lapport des provinces, en particulier du nord marginalisé par le nouveau modèle de développement ;
une plus grande intégration des territoires éloignés, tels Missions et la Terre de Feu, qui reçoivent alors le statut de provinces.
Cependant, une autre crise à répétition souvre au début des années 1970, exacerbée par la mondialisation financière, elle se traduit par la chute des revenus et la remise en cause du modèle social. La guerre de Malouines en 1982 sonne le glas de lArgentine européenne et le pays joue plus nettement la carte de lintégration avec ses voisins sud-américains, alors que son PIB ne représente plus que 10 % de celui de lAmérique latine et que le Mexique et le Brésil, ont chacun un PIB trois fois supérieur au sien. Lindustrie nationale a été presque totalement privatisée, les prises de contrôle des fleurons nationaux par des entreprises étrangères, tels la Compagnie des pétroles YPF rachetée par lespagnol Repsol, ainsi que la compagnie téléphonique rachetée par lespagnol Telefonica, et la plus grande entreprise privée de pétrole Perez Companc rachetée par la Petrobras, ont été vécu comme autant de traumatismes de perte de substance nationale. En réaction à ces mesures qui ébranlent léconomie nationale, le pays connaît une violente explosion sociale en décembre 2001, provoquée par une série de restrictions financières qui entament les salaires, les retraites et les économies de la classe moyenne et accroissent le nombre de personnes vivant de léconomie informelle. Lexaspération populaire entraîne une crise politique, la démission du président, la remise en cause du modèle et une tension au sein du Mercosud.
La crise de lEtat-nation trouve son corollaire dans la valorisation des espaces locaux et des identités particulières obligeant à repenser la singularité des cultures au sein du continent, allant même jusquà la reconstruction des éléments dhistoire pour exalter ce qui rapproche les pays de lAmérique latine. Le sentiment dappartenance régionale se reconstruit, comme lexprime le cas du territoire argentin de Misiones à la triple frontière Argentine-Brésil-Paraguay, lieu emblématique de ces territorialités croisées qui tissent lidentité « platine ». Il se construit à Misiones un localisme frontalier sud-américain qui part dune relecture des péripéties nationales et internationales. Quand, en 1953, sous le péronisme, le territoire de Misiones obtient le statut de province ; le gouvernement, pour lui donner une assise, recourt à l'histoire, exhumant des héros, tel le caudillo guarani, et des contre-héros, tel le bandeirante portugais esclavagiste, qui servent à la représentation de l'identité régionale. La notion de « missionarité », qui définit la spécificité et l'appartenance de la région à la nation, s'est donc renforcée au moment où s'élaborait la construction identitaire de cette province. Elle renaît actuellement, dans le contexte de l'intégration régionale du Mercosud, où des rapprochements frontaliers consolident des épisodes de solidarité entre les villes, comme le prouve le rapprochement de Posadas (Arg.) et Encarnación (Par.) de part et d'autre du fleuve Paraná. Parallèlement, de nombreuses localités commencent à revendiquer une identité spécifique à reconstruire. Les fleuves, dabord séparateurs des nations sud-américaines, deviennent de nos jours des vecteurs dintégration.
Loriginalité paraguayenne
Lidentité paraguayenne, sest construite dans loriginalité irréductible dun territoire enclavé, aux contours flous, soumis aux pressions de ses voisins, resserré autour dAsunción, au bord du fleuve Paraguay, au centre de lAmérique du Sud. Espace médian à la croisée des axes est-ouest (par la traversée du Chaco) et nord-sud (par les fleuves Paraguay-Parana), institué comme province de lempire espagnol dès 1544, se distingue par sa non appartenance aux deux facettes Atlantique et Andine de lAmérique espagnole. Loriginalité culturelle et linguistique a été maintenue par un ample métissage entre Guaranis et espagnols, aujourdhui encore 90% de la population parle ou comprend le guarani, lune des deux langues officielles. Ce pays « oublié », où 50% de léconomie est informelle et où la population rurale reste fortement représentée, est en phase de consolidation démocratique après la fin de la dictature du général Stroessner (1954-1989) qui avaient entretenu des références nationalistes, paysannes et militaristes. Depuis lors, lémergence de nouveaux acteurs révèle un Paraguay moderne.
La singularité géopolitique de ce territoire peut s'expliquer par sa formation socio-spatiale particulière qui remonte au 17ème siècle quand les jésuites obtiennent la constitution dune province autonome sur le bassin moyen du Parana, où ils regroupent plus de 100 000 indigènes Guaranis en une quarantaine de missions vivant de la commercialisation du maté, du coton et du tabac. A leur départ en 1767, le caractère mouvant des frontières mal définies de ce territoire nen est que plus patent. De leur côté, les Portugais avancent et fondent les fortins de Nova Coimbra (1775), dAlbuquerque (actuelle Corumbá) en 1778 exerçant un plus grand contrôle sur le rio Paraguay, entraînant la ralliement des tribus indiennes. Cette région de transition deviendra deux siècles plus tard lEtat du Mato Grosso du Sud (1977). Ce lieu, champ dexpérimentation de la coexistence entre les deux cultures de l'Amérique est donc original, sa spécificité aurait pu être plus affirmée si les nouveaux arrivants avaient reconnus aux Indiens des droits de souveraineté et de propriété ; or, les Européens furent alors incapables d'envisager une société plurielle et autre chose que l'imposition de leur modèle.
Cette « province géante des Indes », est finalement la première à proclamer son indépendance et à se constituer en république en 1812. Elle met en place, sous la férule de Gaspar Rodriguez de Francia, une tentative de développement autocentré par la nationalisation des terres et lappui à lagriculture familiale qui permet datteindre lautosuffisance alimentaire tout en exportant du coton et du tabac. Mais une telle volonté dautonomie entraîne le drame de la guerre de la Triple Alliance, les trois voisins, Brésil-Argentine-Uruguay, se liguent contre le Paraguay ; une lutte de guérilla séternise entre 1866 et 69, provoquant une véritable hécatombe parmi la population du pays qui chute de 400 000 à 150 000 habitants et un traumatisme qui marque durablement ce territoire et redéfinit les frontières ouvrant une nouvelle phase dans les relations entre les pays de La Plata. Malgré les nationalismes qui sexacerbent, doublé d'un brûlant traumatisme dans les mémoires collectives quun siècle plus tard, linitiative du Mercosud tente dapaiser.
Entre 1881 et 1920, alors que près de 5 millions de migrants européens débarquent en Argentine, 240 000 en Uruguay, à peine 22 000 sinstallent au Paraguay dont léconomie senfonce dans limmobilisme. Puis, lorsquen 1950, le Paraguay, totalisant 1,3 million dhabitants, atteint la première phase de la transition démographique, sa population migre en assez grand nombre vers les pays voisins : on compte 155 000 paraguayens en Argentine en 1960 et 320 000 en 1970. Cependant, au milieu des années 1950, le général Stroessner, reformule les alliances régionales, fait du Brésil un partenaire et lance un projet dintégration de l'Oriente par la colonisation agricole, des terres sont accessibles aux migrants brésiliens. Le pont de lamitié unissant les deux pays est construit en 1966. Asunción est alors connecté au réseau routier du sud du Brésil et aux principaux ports atlantiques, les migrations des brésiliens vers le Paraguay saccélèrent, accompagnant la « vague du soja » et de lagriculture moderne. En une dizaine dannées, pas moins de 30 000 fermes, la plupart entre les mains des « brésiguayens », mettent en culture un million dhectares de soja dans lOriente paraguayen bouleversant lorganisation de ce territoire, resté jusque là largement forestier.
Le rôle particulier de cette entité nationale au sein du bassin de La Plata, comme celui de lUruguay, a souvent été de servir de refuges aux activités illicites, illustrant ainsi comment les discontinuités géographiques et culturelles interagissent dans les modalités de lintégration.
LUruguay, au centre du Mercosud
LUruguay, espace médian également disputé entre les Espagnols et les Portugais, qui comporte à la différence du Paraguay une portion de littoral, est devenu indépendant en 1828. Le héros national, José Artigas, avait en vain tenté de fédérer les territoires du rio de La Plata au Rio Grande do Sul. Avec ses 176 215 km2, il est dune superficie à peine supérieure à celle du Surinam, le plus petit Etat de lAmérique du Sud. Sans obstacle naturel (le point culminant sélève à 513 mètres au Cerro Catedral), il est doté dun réseau de communication assez dense. Son sous-sol correspond au vieux socle cristallin du précambrien, ourlé dune plaine littorale qui part de la lagune Merim jusquau rio de La Plata, domaine de la culture du riz et de centaines de km de belles plages. La moitié de ses 3 millions dhabitants est concentrée dans la zone métropolitaine de Montevideo et le reste se localise sur les bords ouest et sud, laissant un grand vide dans la zone centrale où dominent les activités délevage sur prairies naturelles ou artificielles. La coopérative nationale des producteurs de lait, Conaprole, une des premières entreprises du pays, regroupe près de 3000 producteurs et commercialise 750 millions de litres de lait par an.
LUruguay a toujours essayé de tirer le meilleur profit de la confrontation entre ses deux grands voisins. Pays daccueil pour les capitaux, il a été surnommé « la Suisse latino-américaine » jouissant dun niveau de vie élevé et dun bon système déducation. En phase avancée de maturité démographique, depuis les années 1960, la population se stabilise, autour des 3 millions dhabitants, plus de 500 000 Uruguayens vivent à létranger et le pays dénombre plus de 600 000 retraités. LUruguay joue le rôle de place financière pour le Cône sud, lactivité bancaire y est fort importante avec un réseau précoce de zones franches. Son territoire est au centre de lespace-moteur du Mercosud et tous les projets de transport le traverse : lautoroute du Mercosud, alternative au trajet São Paulo à Buenos Aires, progresse tronçon par tronçon, avec comme point d'orgue la construction dun pont Colonia- Buenos Aires enjambant le rio de la Plata qui devrait raccourcir considérablement le voyage. La terminaison de la voie navigable Tiêté/Parana/Paraguay prévoit lextension et lapprofondissement du port de Nueva Palmira apellé à jouer un rôle amplifié dans le contexte du Mercosud, tout comme le port de Montevideo, meilleur port que celui de Buenos Aires. Cest aussi dans la capitale de lUruguay qua été installé le siège du Secrétariat Exécutif du Mercosud dont les installations doivent sétoffer.
Vers une aire culturelle « platine »
Une aire culturelle « platine » est-elle en train démerger ? Lapproche de lidentité gaucha, particulière et transfrontalière, peut constituer un début danalyse sur les composants de cette aire culturelle en formation. Le terme gaucho désigne originellement les habitants des prairies qui sétendent du centre-est argentin à lextrême sud brésilien où la région est même désignée par lappellation de Campagne gaucha. Dabord réservé aux indigènes, lexpression fut ensuite associée aux éleveurs des grands domaines avant de devenir la dénomination de tout habitant du Rio Grande do Sul. Par extension le gaucho devient lemblème des nouvelles identités régionales, lhomme de la Pampa, fier de sa liberté et de sa vaillance. De plus, le gaucho ayant eu à défendre la frontière hérite dune « vocation naturelle au commandement » et dune forte tradition militaire dans ces confins de lArgentine, de lUruguay et du Brésil, théâtre de guerres et dincursions incessantes avant la stabilisation à la fin du 19ème siècle. Luso-brésiliens et hispano-américains se sont influencés, en particulier du point de vue linguistique et culturel. On retrouve les mêmes traditions du rio de La Plata au sud du Brésil et même jusquau Minas Gerais, où le vocabulaire relatif au cheval est plein de termes hispano-américains (Teyssier, 1997).
A partir des années 1950, ces gauchos migrent et défrichent les terres de louest du Santa Catarina et du Parana, puis à la fin des années 1970, ils sinstallent en Amazonie, dans les Cerrados du Nordeste et au Paraguay, si bien quà lheure actuelle tout migrant provenant de la région du Sud est désigné par le terme de gaucho et lidentité gaucha est reconnue aux territoires où ces migrants simplantent. Fortement associés à leur origine italo-germanique, ayant la réputation de pionniers, modernisateurs, défricheurs de la forêt, ils emmènent avec eux leurs pratiques culturelles quils entretiennent au sein des Centres de Tradition Gaucha (CTGs), liés au mouvement traditionaliste gaucho, connectés avec les pays de La Plata à travers la Confédération Internationale du Traditionalisme gaucho qui regroupe plus de 2,5 millions adhérents. La diffusion des CTGs et des églises luthériennes accompagne la dynamique migratoire, tant au nord, où elle atteint la frontière du Venezuela, quà louest au Paraguay (Haesbaert, 1997). La culture gaucha est également associée à la consommation du maté, boisson préparée avec les feuilles de larbuste ilex paraguariensis, très prisée dans tout le bassin de La Plata. Lusage du chimarrão ou cimarron constitue un signe de reconnaissance de lappartenance à cette aire culturelle tandis que lapprentissage de lespagnol et du portugais se diffuse dans les écoles.
La référence « guarani », qui renvoie aux premiers habitants du bassin de La Plata, est souvent utilisée pour spécifier lidentité platine. Ainsi, la découverte dune immense nappe deau souterraine entre le Brésil, lArgentine, le Paraguay et lUruguay, baptisée « aquifère Guarani » et son inventaire (un débit de 800 m3/heure, à 1000 mètres de profondeur sur une étendue de 1,2 million de km2) fournit un nouvel enjeu à la question de la gestion en commun dune ressource naturelle. Cette réserve deau pure, à mieux identifier et protéger, doit faire lobjet dun projet international de protection aquifère.
Le Mercosud, moteur de lintégration sud-américaine
Le Brésil et lArgentine ont été les grands initiateurs du processus dintégration dans le Cône Sud. La première manifestation de leur alliance apparaît, en 1988, lors de la signature du Traité dintégration, coopération et développement, par les présidents Sarney et Alfonsin. Puis, le Traité dAsunción, signé en 1991, lance les bases du Marché Commun du Sud entre l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. La démarche est caractérisée par une grande souplesse et par des organes permanents très légers, tel ce Secrétariat administratif situé à Montevideo composé dune centaine de personnes, le forum consultatif économique et social et la Commission représentant le Mercosud à lextérieur assurant les concertations régulières entre les administrations des Etats. Lorganisation du Mercosud favorise une nouvelle géographie économique des activités : aux échanges classiques des produits selon les spécialisations et les avantages comparatifs des économies nationales ou régionales (blé argentin vers le Brésil ; sucre et viande de poulet brésiliens vers lArgentine, etc), se surajoutent des échanges plus complexes à lintérieur des grands secteurs industriels, telles les filières métal-mécanique, chimique ou énergétique.
Union douanière et grands aménagements
Cependant, quatorze ans après la signature du traité, pas mal dactions demeurent inachevées et la mise en place de lunion douanière nest pas encore terminée. Outre les difficultés structurelles de lasymétrie (deux petits pays, une puissance moyenne et un géant), la conjoncture de crise en Argentine et le manque de compétitivité de son économie mettent ses producteurs dans une situation précaire et expliquent la lenteur du processus. Le Brésil affiche un volontarisme politique constant, malgré les mesures anti-dumping et les limitations dexportations dont son économie fait les frais. Le Mercosud, contrairement à lEurope qui a mis en place des fonds structurels pour sattaquer aux inégalités régionales, a plutôt répondu par des mesures dexception aux principes du libre-échange et a recherché lélargissement : la Bolivie et le Chili étaient associés dès 1996, le Pérou en 1999. Le statut dassocié est peu exigeant, ne permettant même pas détablir un front commun dans des négociations commerciales avec lextérieur (dArcy, 2005).
Sur le fond, les effets de lasymétrie restent forts en terme de différentiel de développement régional, quil sagisse du Paraguay moins développé que ses trois partenaires, ou de la région du Nordeste du Brésil dont les indices de pauvreté sont plus élevés que ceux des autres régions. Le différentiel de capacité des producteurs nationaux ou régionaux à résister à la concurrence de leurs voisins plus productifs est également notable, dautant quaucune politique régionale mercosulienne na été mise en place.
En une dizaine dannées, de nouvelles territorialités se sont construites dans cet espace. Leur évolution dépend en grande partie du développement des moyens déchanges, de la multiplication des liaisons physiques (routes, oléoducs, ponts, lignes
.) et de celle de réseaux de villes, d'universités, de ports, accélérée par les nouveaux moyens de communication. L'agencement de complémentarités territoriales :donne naissance à de nouvelles régions transfrontalières, axes de transport et couloirs dexportation
Il sagit dassurer une meilleure fluidité, de supprimer les goulots détranglement du trafic, les ponts vétustes, les routes irrégulières et les moyens de transbordement inadéquats. Certaines régions tirent un réel avantage de ces dynamiques intégratrices, dautres moins. Chacune delles se positionnent dans des systèmes spatiaux spécifiques.
Les ponts, éléments essentiels de communication dans le bassin de La Plata, ne sont pas très nombreux, ni en bon état. Entre le Brésil et lArgentine, il na longtemps existé que le passage Uruguaina-Paso de Los Libres. Ce nest quen 1985 que le pont sur le fleuve Iguazu a été inauguré et en 1998 le troisième pont, entre Santo Tomé et São Borja. Ils demeurent cependant peu adaptés au transit des 1000 camions/jour utilisant ces trois points de passage et dont le trafic devrait doubler en quelques années. Sur le Parana un pont de 45 km entre Rosario et Victoria a été achevé en 2001. Dautres ponts sont à létude tel le fameux Buenos Aires-Colonia de 60 km au coût estimé à 1 milliard de US$ qui permettrait de réduire les temps de transport de cinq heures en moyenne. Lautoroute du Mercosud, en cours de réalisation, vise à permettre de faire la liaison São Paulo à Buenos Aires en 24 heures.
En ce qui concerne le réseau ferré, le train dit du Mercosud est une ligne qui relie Buenos Aires-Zaraté à Posadas avec une interconnexion vers lUruguay à Salto Grande et une liaison quotidienne vers le Brésil traversant le fleuve Uruguay à Paso de los Libres-Uruguaiana doù les convois mettent cinq à six jours pour atteindre São Paulo-Tatui et deux jours pour la gare de Porto Alegre. Les terminaux ferroviaires ont été modernisés pour faciliter les opérations de douane et de logistique et réduire les temps dattente aux postes frontaliers. Un accord signé avec une compagnie maritime chilienne devrait renforcer les trafics de cette ligne, la plus dynamique dun réseau ferré vieillissant, dénommée ALL Mesopotamica parce quelle traverse la Mésopotamie argentine et ses provinces dEntre Rios et Corrientes. Cette voie ferrée est dailleurs en concurrence avec le réseau routier et fluvial ; cest pourquoi elle séquipe pour linternational où elle peut devenir compétitive. Du côté brésilien, où le réseau ferré na jamais été privilégié, la priorité a été donnée aux voies pour lévacuation du soja, la Ferroeste qui relie Dourados (Mato Grosso du Sud) à Guarapuava et au port de Paranagua (Parana) et la Ferronorte qui descend le soja dAlto Araguaia (Mato Grosso) à Aparecida do Taboado (Mato Grosso du Sud) et dont lachèvement est dû à linitiative privée.
Limplantation de barrages hydroélectriques, par des entreprises bi-nationales a joué un rôle pionnier dans lintégration, entraînant dimportantes transformations technologiques et administratives, créant de nouveaux liens entre les élites et de nouveaux flux déchanges, principalement en trois lieux :
- le fameux barrage dItaipu, après un traité signé en 1973 entre le Brésil et le Paraguay. Lusine, la plus grande du monde, est mise en service en 1984 avec une capacité génératrice de 12,6 Gwh vise à approvisionner São Paulo. Cette entreprise provoque une véritable explosion économique dans la région, principalement au Paraguay qui revend lessentiel de la production électrique qui lui revient au Brésil ;
- le barrage de Yacireta, entre lArgentine et le Paraguay. La capacité génératrice est de 3 Gwh, et les interconnexions se multiplient vers le Brésil : Ita, Foz de Iguaçu, Porto Alegre ;
- le barrage de Salto Grande, 1982, dune capacité de 2 Gwh établi entre lArgentine et lUruguay, approvisionne essentiellement le sud de ce dernier pays.
Lintégration énergétique dans le Mercosud élargi progresse dans le contexte dune demande en forte croissance et dune diversification des sources dénergie.
Les réseaux énergétiques, souvent présentés comme les nouveaux emblèmes de lintégration régionale, sont donc en pleine expansion, restructurés par la libéralisation des marchés et par une compétition accrue entre les sources dapprovisionnement. Les interconnexions électriques se multiplient, par exemple entre lArgentine et le Chili à partir du nord-ouest argentin vers la 7ème région du Chili, entre Cuyo (Argentine) et Santiago du Chili, entre Comahue et Ancoa. Les réseaux dhydrocarbures sétoffent depuis la Patagonie, avec sept gazoducs entre lArgentine et le Chili, deux entre lArgentine et lUruguay, lun traverse le Paraná et alimente Paysandú, lautre sous le Río de la Plata relie Punta Lara à Montevideo ; enfin deux gazoducs atteignent la frontière du Brésil (Uruguaina). Depuis 2000, le gaz bolivien de Santa Cruz, arrive à São Paulo et Porto Alegre par un gazoduc de 3400 km, dernier grand aménagement en date dune intégration énergétique dans laquelle la Bolivie pourrait jouer un rôle de pivot, le gaz argentin et péruvien étant susceptible demprunter ce réseau qui forme un véritable anneau (Carrizo, 2003).
Pour laménagement de la navigation fluviale, un ensemble de projets a été lancé. Le principal concerne lamélioration de lhidrovia Paraguay-Parana (de 3400 kilomètres) devant permettre de réduire de 36 à 10 jours le voyage depuis les intérieurs bolivien, paraguayen et brésilien jusquà lAtlantique et le rendre accessible à des convois de barges toute lannée. Aménagée du côté brésilien, la branche orientale Tiêté/Parana permet déjà de naviguer de São Paulo à Iguaçu, soit 1600 km au total avec une dizaine décluses.
Ce projet dhidrovia qui concerne les quatre pays du Mercosud est financé en partie par la Banque Interaméricaine de Développement et bénéficie du soutien des villes portuaires du Cône Sud. Déjà 15 millions de tonnes par an y transitent, essentiellement du soja, des combustibles et des minerais, et le plus grand centre mondial de traitement des oléagineux (capacité de 90 000 tonnes/jour) sest édifié entre Rosario et Santa Fé formant le pôle portuaire de RosaFé. On compare le rôle régional de cette voie navigable à celui du Mississipi qui transporte 80% de la production agricole des Etats-Unis. Ce projet est pourtant contesté à cause des conséquences sur les écosystèmes régionaux, en particulier sur la zone humide du Pantanal.
Globalement, lintégration conduit au montage de réseaux de plus en plus intégrés, multimodaux et interdépendants répondant aux nouveaux concepts de la logistique industrielle et énergétique.
Les technologies de linformation et de la communication jouent également un rôle important dans lintégration et lamélioration de la compétitivité régionale par la multiplication des flux dinformation, de connaissances et déchanges. Ces technologies doivent favoriser tant la formation de la force de travail, dont la déficience figure comme un facteur limitant à linnovation, que la modernisation des entreprises et des institutions publiques régionales. Il sagit de rechercher lefficacité, la qualité et de réduire les barrières bureaucratiques.
Tableau n°3 - Indicateurs de technologies de linformation et de la communication - 2002
Pour 100 habitantsUsagers dInternetTéléphones fixesTéléphones mobilesRevenus par tête US$Présence Web
IndiceArgentine11,221,817,811 3243,25Brésil8,222,320,16 3174,00Chili21,223,042,88 3703,25Paraguay1,74,728,84 1932,75Uruguay11,928,015,58 2803,00France31,456,964,721 8974,00Source : BID
On relève de nombreuses initiatives dans le domaine de « léconomie solidaire » et de la démocratisation des technologies de linformation, notamment dans les favelas et quartiers marginalisés. A la fin de 2002, on comptait au Brésil près de 600 écoles dinformatique, contre une quinzaine à Montevideo et 18 à Santiago du Chili.
Les régions transfrontalières
Tous ces processus dintégration concentrent leurs effets sur les régions du contact frontalier contribuant à créer des dynamiques transfrontalières singulières sur ces 5000 km de frontières avec des couples de villes et des institutions de coopération régionale transfrontalières
Plusieurs organismes ont été créés à cet effet : la CRECENEA, Commission Régionale du Commerce extérieure du Nordeste de lArgentine, et le CODESUL, Conseil de Développement et d'intégration du Sud du Brésil, réunissent deux fois par an les gouverneurs des provinces et des Etats concernés pour préciser les processus concrets d'intégration.
La gestion des plans d'aménagement est confiée à diverses commissions : la Commission Trinationale de laxe routier du Mercosud ; la Commission Binationale du pont Buenos Aires-Colonia ; la Commission Binationale du Pilcomayo; ainsi quà des Commissions de gestion des bassins hydrographiques : CARP (Rio de la Plata), CARU (Rio Uruguay) pour l'exploitation des ressources partagées. Les comités de frontera coordonnés par des consuls permettent le rapprochement des villes transfrontalières. Lintervention du secteur privé se renforce et les critères de rentabilité sont davantage pris en compte, octroyant un pouvoir grandissant aux entreprises adjudicatrices qui deviennent des acteurs de premier plan.
La croissance des conurbations transfrontalières est notable. Ainsi, sur la triple frontière Paraguay-Brésil-Argentine, lagglomération Foz de Iguaçu-Puerto Iguazú-Ciudad del Este, regroupe près de 700 000 habitants. Elle symbolise le dynamisme des échanges nés des nouveaux traités concernant aussi bien la gestion des ressources hydriques (barrage d'Itaipu), des ressources touristiques (chutes d'Iguaçu), des activités commerciales (zone franche de Cidade del Este). Un dynamisme comparable s'observe aux passages où deux ensembles urbains croissent de part et dautre des frontières, souvent de façon asymétrique :
Uruguaina (Brésil)-Paso de Los Libres (Argentine), 150 000 habitants, dont les 2/3 se situent au Brésil ; de part et dautre du pont sur lUruguay où transite quelques 900 camions par jour ;
Chui (Brésil) et Chuy (Uruguay), au point le plus méridional du Brésil ;
Entre lArgentine et le Paraguay : Posadas (Arg.)-Encarnación (Paraguay), 320 000 habitants, ou Resistancia (Arg.)- Corrientes, 450 000 habitants, avec une ville trois fois plus grande du côté argentin ;
Concordia-Salto, 220 000 habitants, entre lArgentine et lUruguay, en aval du barrage ;
Ponta Porã-Pedro Juan Caballero et Guaira-Porto de Guaira entre le Brésil et le Paraguay ;
Corumba-Puerto Suarez entre le Brésil et la Bolivie
SHAPE \* MERGEFORMAT
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La formation dune région frontalière se caractérise aussi par l'intensification des mouvements des populations, liés aux dynamismes économiques et aux grands aménagements, qui se manifestent par des mouvements migratoires de deux types, internationaux et nationaux.
- Internationaux : les mouvements de migration anciens concernent larrivée de boliviens ou paraguayens vers lArgentine qui a été longtemps attractive pour les pays voisins ; un mouvement de migration plus récent touche le Brésil qui apparaît pour la première fois, comme un pays démigration. Les agriculteurs brésiliens passent les frontières. Au Paraguay, ils seraient ainsi 500 000 Brésiguayens, cest-à-dire 10% de la population du pays. Cette frange pionnière brésiguayenne, dabord marquée par lavancée des éleveurs, puis des planteurs de soja, se renouvelle par larrivée de jeunes migrants, citadins, très mobiles, qui créent des services dans les villes en pleine croissance de Ciudad del Este (250 000 habitants), Pedro Juan Caballero (40 000 habitants), signe dune dynamique nouvelle dans les campagnes (Souchaud, 2001). Des migrants brésiliens cultivent également la terre dans les départements frontaliers de lUruguay, la louant à des fins rizicoles ou délevage bovin, ou fournissent une main duvre bon marché aux Uruguayens. Des riziculteurs gauchos pénètrent également au nord de lArgentine recherchant les terres vierges de la province de Missiones. Cependant, cette dynamique migratoire transfrontalière sépuise. Après deux décennies doccupation despaces forestiers sous-peuplés, les sociétés rurales se recomposent localement, les fils des migrants sintègrent même si des tensions se révèlent, notamment à loccasion des élections.
- Nationaux : il sagit notamment des gauchos pour la colonisation agricole des Cerrados et de lAmazonie où ils forment de véritables réseaux régionaux culturels et économiques; il sagit aussi des nordestins se déplaçant vers lAmazonie, mais plus encore vers les métropoles de São Paulo et Rio de Janeiro ; des Argentins du Nord vers le sud et même en Patagonie ; des Chiliens du centre vers le sud. Il faut cependant bien souligner que si certains secteurs frontaliers urbains connaissent une croissance démographique soutenue, beaucoup de zones rurales continuent à perdre de la population.
On note encore laccroissement des mouvements saisonniers : touristiques (le tourisme a beaucoup progressé, "voie mercosud" dans les aéroports...), migrations de travail temporaire, déplacements professionnels et le petit commerce de contrebande. Il faudrait aussi mieux connaître les flux de capitaux, et singulièrement les transferts fiscaux, puissants moyens de redistribution territoriale.
Réseaux urbains et industriels
Les échanges industriels ont été relancés, les constructeurs automobiles redéploient leurs implantations, créent ou adaptent des modèles. Ainsi FIAT produit la Palio dans son usine de Cordoba et la Uno dans son usine de Betim (Minas Gerais). Renault a fusionné ses filiales argentines et brésiliennes dans une seule entreprise dont le siège est à Curitiba. General Motors a relancé une usine à Rosario (Arg.) et en construit une autre à Porto Alegre. Les nouvelles usines travaillent avec des chaînes de sous-traitants dynamisant les systèmes productifs locaux et les échanges intra-branches. Les agglomérations ont mené des politiques pour attirer les investisseurs, ainsi Volkswagen-Audi, Chrysler et Renault ont installé des usines de montage dans la banlieue de Curitiba. Cette ville, capitale de lEtat du Parana, se distingue par son modèle de gestion urbaine, principalement des innovations en matière de transports urbains, ainsi que le montage dun pôle technologique qui lont fait accéder à la notoriété.
Les villes aussi se dotent d'un nouveau label : celui de Mercocidades. Elles consolident ainsi leur rôle de cellules de base du processus de régionalisation/globalisation. En 1995, 19 villes créaient ce réseau pour articuler les gouvernements municipaux, elles étaient 43, en 2002, avec plus de 15 villes postulantes. A ce réseau déchange dexpériences de gestion urbaine et de manifestations culturelles, s'ajoute la préparation dun Agenda social ainsi que l'organisation de prix (Porto Alegre a gagné le premier prix des mercocités solidaires et Curitiba celui de la science et de la technologie). Les villes de la zone centrale sont les plus actives mais celle de la périphérie comme Recife ou Belém sinscrivent également dans le réseau. Il existe aussi une association des universités du Mercosud qui facilite les accords de formation et de recherche et les échanges détudiants.
Au final, les Etats fédérés frontaliers jouent sur la nouvelle image de lintégration faisant valoir leur position centrale dans le Mercosud. Outre Montevideo où se situe le siège du Sécrétariat Exécutif du Mercosud, les provinces d'Entre Ríos, Santa Fé, Corrientes et Missions sont très actives en Argentine. Les villes centrales de Rosario et Santa Fé, en pleine restructuration industrielle autour du boom des activités agroalimentaires (trituration du soja, conditionnement du lait), disposent de bonnes infrastructures, notamment du pont de 45 km qui permet de franchir la large vallée du Parana entre Rosario et Victoria. Au Brésil, le Mato Grosso do Sul, le Parana, le Santa Catarina et plus encore le Rio Grande do (Merco)Sul, vont également dans ce sens. Lagglomération de Porto Alegre, forte de ses 4 millions dhabitants, forme un ensemble industriel important et dispose du troisième pôle pétrochimique du pays, malgré une accessibilité portuaire ralentie par une navigation de 600 km dans la Lagune de Patos, à lentrée de laquelle le port de Rio Grande est mieux placé. Luniversité de Porto Alegre dispose de centres de recherche avancés et la position centrale que la ville occupe dans le Mercosud, à égale distance entre São Paulo (1100 km) et Buenos Aires (1100 km) la place en première ligne sur les questions de lintégration, dautant que la municipalité de Porto Alegre a développé une image de laboratoire social avec ses expériences de mouvements populaires et de budget participatif.
Source: Image SPOT Scène 4 699-419´´ 98/09/07 13:49:40 1 Centre 34°39´47´´ latitude sud, 58°04´35, longitude ouest, 3
bandes spectrales XS1, XS2 y XS3. 2997 lignes. 3403 pixels par ligne. Angle dorientation: 011.9°. Angle dincidence
R15.1°, propriété de lInstitut de Hautes Etudes de lAmérique Latine
La rive sud du Rio de la Plata est densément peuplée ; outre le grand Buenos Aires et ses 11 millions dhabitants, lagglomération du « Grand La Plata » avoisine les 700 000 habitants avec les grands complexes industriels de Berisso et dEnsenada. A Berisso, se distinguent les bâtiments désaffectés des usines Swift, si caractéristiques du développement industriel argentin de la grande époque agro-exportatrice, où sélaboraient les produits carnés. Les boeufs y étaient amenés sur pied, abattus et conditionnés, quasi-exclusivement pour lexportation. Lusine produisait aussi bien de la viande réfrigérée prête à la conservation que des extraits de viande déshydratés et des conserves. Cet établissement regroupait également les activités annexes : fabrication de boites en fer blanc, détiquettes, etc Même avec la disparition de lactivité frigorifique, la population très attachée à cette ville « capitale de limmigration » est restée. A proximité, le port dEnsenada abrite la première raffinerie du pays (1/3 de la capacité de raffinage) et un important pôle pétrochimique. Lentreprise REPSOL-YPF concentre aujourd'hui à Ensenada 56 % de ses activités de raffinage (36% à Luján de Cuyo et 8%. à Plaza Huincul) et produit des combustibles pour le transport (de lessence, du gazole et du pétrole pour laviation), des lubrifiants, du gaz liquéfié à usage domestique (propane et butane), des bitumes, des asphaltes et des produits de base pour l'industrie de la pétrochimie (éthane, propane, butane, naphte et alkyles linéales) qui atteignent des marchés de plus en plus nombreux et éloignés.
Ces changements territoriaux dus au renforcement des flux et à la mise en uvre de processus dintégration en profondeur, se déployant en parallèle à la globalisation économique, ont amené les planificateurs à travailler avec le concept de « nouveau régionalisme ». Il représente pour certains, une forme de résistance, pour dautres un palier vers la mondialisation. En effet, si au niveau mondial, la concentration géographique des activités et des investissements semble indiquer une évolution en « mégablocs », les analyses de la nouvelle géographie économique font ressortir limportance de structures plus souples, en réseau (hubs-and-spokes, moyeux et rayons) en quelques lieux ou axes de concentration des échanges, véritables couloirs de développement qui fixent les investissements et réorientent les systèmes productifs. (Voir carte).
Laxe central du Mercosud va de São Paulo à Santiago du Chili en passant par Buenos Aires, relayé par des complexes portuaires intégrés au marché mondial qui forment les « moyeux » de cette nouvelle économie. Cet axe bi-océanique se double de deux variantes, lune septentrionale vers le nord Chili, lautre plus méridionale entre Bahia Blanca et Talcahuano. La voie navigable du Paraguay-Parana préfigure une possible interconnexion fluviale de tout le continent sud-américain, du Paraguay à lAmazone, au Rio Negro et à lOrénoque, constitue un axe structurant sud-nord.
Lensemble sud-américain ainsi mieux soudé pourrait accroître ses échanges avec les autres blocs économiques. LUnion Européenne, qui importe le quart des exportations mercosuliennes, occupe la deuxième place en tant quacheteur externe du Mercosud, tout en étant, son principal investisseur comptant pour 58 % de lensemble des investissements directs étrangers (IDE), suivie par les États-Unis et le Japon, qui concourent respectivement à 38 % et 4 % des IDE ; les investissements se concentrent particulièrement dans les secteurs de lautomobile, de lénergie et des télécommunications et se dirigent essentiellement vers le Brésil et lArgentine. Le seul point de blocage concerne les produits agricoles. La négociation sur les produits agricoles demeure le point dopposition entre le Mercosud et lUnion Européenne
Cette région du bassin de La Plata qui peine à retrouver le chemin de la croissance, peut être redynamisée par limpulsion de la tétrapole brésilienne, conduite par São Paulo et Rio de Janeiro, et par le pôle de croissance de taille plus réduite du Chili. Lensemble mieux articulé, formerait une macrorégion transfrontalière dintégration continentale dun nouveau type.
2 La tétrapole brésilienne
La région centrale du Brésil où se concentre près de la moitié de la population brésilienne et les deux tiers de la richesse produite, compte les plus grandes agglomérations et domine les autres régions du pays par une industrialisation précoce et technologiquement avancée, donc diversifiée. Il sagit du Brésil moderne, intégré, où se mêlent richesse et pauvreté, modernité et informalité, efficacité économique et marginalité sociale et où quatre métropoles organisent un espace urbano-industriel en croissance. Lagglomération de São Paulo et ses 18 millions dhabitants, s'impose comme le moteur du développement économique régional et se distingue par ses fonctions tertiaires supérieures et la concentration de sièges sociaux dentreprises et dinstitutions financières de portée continentale. Rio de Janeiro, capitale historique et culturelle, peut être considérée comme un laboratoire de gestion des agglomérations latino-américaines ; Belo Horizonte, comme une métropole moderne aux fonctions industrielles fortes ; Brasilia, enfin, capitale politique du pays a gagné en 40 ans ses lettres de noblesse. Ces espaces métropolitains et leur zone dinfluence représente 10% du territoire de lensemble Cône Sud-Brésil, et près de la moitié du Pib pour un tiers de la population (voir tableau 1). Espace-clé pour le Brésil (un urbain sur deux y vit), le Sudeste (selon lexpression consacrée par la géographie brésilienne) forme une puissante région appuyée sur quatre grands pôles urbains (tétrapole), commandée par São Paulo qui élargit son aire dinfluence et renforce ses connexions, devenant un véritable moteur de lintégration continentale.
São Paulo, agglomération motrice du continent
São Paulo, troisième agglomération du monde par sa taille, se distingue par la puissance de sa concentration économique, la position dominante qu'elle occupe en Amérique du sud et les investissements quelle attire. Elle atteint un niveau qui la place au rang des villes mondiales qui concentrent une part énorme de la croissance, de la richesse, du pouvoir, se trouvant au cur d'un processus de formation d'une région économique et dun pôle technologique intégrés aux circuits mondiaux. La qualité des infrastructures y est meilleure, la formation des individus mieux assurée et les connaissances y circulent de façon intense. Elle est aussi la capitale de lEtat de São Paulo, vaste comme la moitié de la France, qui compte autant dhabitants que lArgentine (38 millions dhabitants) dispose dune riche agriculture et fournit 60% de la valeur industrielle du pays et un tiers du PIB national.
São Paulo commande une véritable région urbaine appelée macrométropole. En effet, si on y inclut les villes spécialisées, devenues des capitales régionales, dans un rayon de 100 kilomètres, on obtient une région urbaine de 26 millions dhabitants, prémisse dune mégalopole de lAtlantique sud en formation. Cette macrométropole se dessine entre les quatre agglomérations de : Campinas (télécommunications), São José dos Campos (aéronautique et aérospatial), Sorocaba (métallurgie fine) et Santos-Cubatão (pétrochimie, principal port brésilien).
La municipalité de São Paulo, qui a connu des phases de croissance extrêmement rapides grâce à l'intensité des mouvements migratoires (sa population a triplé en 40 ans passant de 3 780 000 habitants, en 1960, à 10 430 000 habitants, en 2000) montre aujourdhui des signes de congestionnement alors que la croissance se poursuit encore au rythme de 100 000 habitants par an et sopère tant verticalement quhorizontalement. La grande phase de migration correspond à lépoque de l'industrialisation fordiste des années 1950-70, quand les migrants originaires des zones rurales, essentiellement du Nordeste, arrivaient en masse. Cependant, la ville industrielle, qui à la fin des années 1970 totalisait 15000 établissements industriels et un million douvriers, devient une ville tertiaire, ne comptant, vingt ans plus tard, plus que 9300 établissements industriels et 630000 ouvriers. Nombre dactivités industrielles se déplacent dans la banlieue et les villes paulistes à une centaine de km, libérant des espaces dans le tissu urbain ; cest ainsi que sopère une importante mutation dans les usages et les fonctions des lieux de la ville-centre avec une impressionnante explosion dimmeubles de bureaux. Dans la spécialisation tertiaire qui caractérise la ville de São Paulo, le secteur financier et les services aux entreprises, domine et leur déplacement vers le sud-ouest est spectaculaire. Certes, le vieux centre garde encore plus de 40% des 6 millions de m2 de bureaux, mais un glissement très net seffectue vers lavenue Pauliste et, depuis les années 1985, en bordure du rio Pinheiros où une succession dimmeubles luxueux saligne le long de grandes avenues totalement remodelées dans des opérations de rénovation urbaine de grande envergure: Villa Olympia, Faria Lima, Berrini, Nações Unidas, Verbo Divino
Un boom immobilier sans précédent façonne des nouveaux districts daffaires qui accueillent les sièges des multinationales, mais aussi des centres commerciaux, des salles multiplex, des hôtels sophistiqués, des bars branchés
De cette croissance résulte des quartiers différenciés, de tours dhabitations ou de lotissements de maisons individuelles, de plus en plus éloignés du centre, aux dynamiques propres. Les constructions en hauteur finissent par dominer, tandis que l'expansion horizontale sans planification se poursuit dans des périphéries interminables, hors du contrôle municipal. Les formes de ségrégation socio-spatiale ont tendance à devenir plus diffuses avec des poches de pauvreté au milieu des quartiers à hauts revenus et des îlots de classes moyennes au milieu de territoires caractérisés par la grande pauvreté. L'organisation des transports représente un casse-tête. Un tiers des déplacements se font en voiture particulière, un autre tiers à pied et le dernier tiers en transports en commun. Pollution généralisée et embouteillages permanents sont le lot commun des paulistains... La planification urbaine est toujours dépassée par la pression sociale. Les favelas, jusqu'alors peu présentes dans le tissu urbain, ne cessent de sétendre au bord des cours deau, des voies rapides et des équipements publics. Les risques environnementaux se multiplient, bon nombre d'habitations se situent dans des zones interdites ou à risques de glissements de terrain ou dinondations. Ces dernières paralysent fréquemment toute la ville. Des travaux dendiguement du Tietê actuellement entrepris devraient remédier à ce problème.
Au sud-est, le premier parc industriel de lAmérique latine connu sous le nom de lABC (réunissant les municipalités de Santo André, São Bernardo, São Caetano) né autour de lindustrie automobile, connaît la crise à la suite de la restructuration du secteur. De nouvelles instances de négociations se créent telles les chambres sectorielles où se discute entre patrons et ouvriers lavenir des branches, ou les forums des mairies, visant à redynamiser l'économie locale pour quelle retrouve le chemin de la croissance ébranlée par les ajustements des industries automobile. Certes, avec une capacité de production de 2 millions de véhicules par an, le Brésil est encore au 9ème rang des producteurs mondiaux. Cependant, louverture économique et la modernisation des systèmes de production ont conduit à un redéploiement des usines des grands constructeurs automobiles et la vieille région industrielle doit positionner autrement son avantage comparatif.
La gestion dune métropole de cette complexité suppose des adaptations administratives, des mesures de décentralisation, de budget participatif, une réduction des tensions entre secteurs public et privé pour éviter que les inégalités ne se creusent et que les pollutions ne sétendent. Un défi pour les équipes municipales dont les marges de manuvre sont étroites, notamment dans le champ du foncier. Les 55 conseillers municipaux sont élus par scrutin proportionnel avec des voix recueillies dans la ville entière et sans ancrage territorial dans un district électoral particulier. Depuis 1990, les maires n'arrivent généralement pas à dégager une majorité parmi les conseillers municipaux, ce qui oblige à de laborieuses négociations. Pourtant les différentes équipes municipales tentent toujours dinnover, mettant en place des expériences visant à élargir le parc locatif, à accorder la gratuité des transports collectifs, à étendre le ramassage et l'élimination des déchets, à introduire lusage de biocombustibles non polluants, etc... Mais une ville de la dimension de São Paulo demeure difficilement gouvernable. La question du découpage territorial, de la bonne échelle pour la prise de décision et de la clarification de lexercice des compétences entre les niveaux, municipal, fédéral ou de lEtat fédéré, est difficile à résoudre. Les capacités administratives de chaque instance sont souvent dépassées.
Des voix sélèvent régulièrement pour inciter à stopper la croissance de la ville qui a tendance à s'emballer spontanément et, malgré de nombreux obstacles, trois types de propositions sont avancées :
créer une nouvelle capitale à l'intérieur et sortir ladministration estaduale du site saturé quelle occupe au bord du rio Tiêté ;
favoriser davantage le développement des villes de l'intérieur par des mesures incitatives à la décentralisation des activités économiques ;
ou plus audacieux géopolitiquement, transformer la région métropolitaine de São Paulo en un nouvel Etat fédéré qui aurait plus dautonomie financière et de représentation politique au Congrès. Ce projet se heurte à lopposition des Etats les plus pauvres qui ne tiennent pas à corriger la sous représentation politique du Sudeste, mais recueille par contre le soutien des lobbys amazoniens qui proposent, eux aussi, la création de nouveaux Etats fédérés.
São Paulo, devenue une mégacité caractérisée à la fois par le dynamisme économique, immobilier, commercial et artistique, se doit dinnover pour être une ville plus juste. Les progrès de la démocratie locale et le renforcement des instances de représentation au niveau des îlots et des quartiers ouvrent des perspectives dorganisation pour lamélioration de la qualité de vie des habitants. Les conditions de l'inscription des régions dans l'économie mondialisée apparaissent de plus en plus différenciées, fonction des caractéristiques singulières des territoires. São Paulo, ville globale du continent sud-américain, est parvenue à inscrire « paulistinamente » (cest-à-dire à sa manière, accélérée, chaotique, ultramobile, ingénieuse) son territoire dans la nouvelle régionalisation économique induite par la mondialisation.
Rio de Janeiro, de la capitale historique à la rente du pétrole
Rio de Janeiro, capitale du Brésil pendant deux siècles, de 1763 à 1960, résume lhistoire brésilienne. Le passage de la colonie à lEmpire, puis de lEmpire à la République sinscrit dans son architecture. Elle garde de cet héritage colonial et impérial lambivalence sociale dune ville de lélite aussi bien que des esclaves, qui débouche sur un ensemble urbain fait dantagonismes rapprochés où se mêlent les classes sociales. Rio de Janeiro, ville-symbole de la construction nationale et de la brésilianité, constitue une parfaite synthèse de la nation brésilienne.
La modernisation de son économie se manifeste, dans la période récente, par la mise en exploitation de limmense gisement pétrolier du bassin de Campos à lest de la baie de Guanabarra. L'organisation de l'espace de l'Etat de Rio de Janeiro, lun des plus petits de la Fédération (43 700 km2) avec 15 millions dhabitants, en a été profondément changée et le Brésil, de grand importateur pétrolier, est devenu, au début des années 2000, avec 1,5 millions de barrils/jour, 7ème producteur mondial, autosuffisant à 85%. Il importe seulement les pétroles légers qui lui manquent. La compagnie pétrolière brésilienne, la Petrobras, déjà présente dans lagglomération de Rio de Janeiro avec un important centre de recherche et la raffinerie de Duque de Caxias, établit des records mondiaux dexploration pétrolière en eaux ultra profondes et de systèmes d'exploitation jusqu'à 2000 m de profondeur. En 25 ans, le bassin de Campos et ses plates-formes off-shore impressionnent par lampleur de leur développement. Les deux villes de Campos de Goytacazes et Macaé, qui totalisent 800 000 habitants, reçoivent de confortables royalties pétrolières et forment les nuds du nouveau dispositif logistique de la Petrobras, connectés aux centres de décision nationaux et internationaux de l'économie pétrolière.
Cependant, les royalties du pétrole namenuisent quimparfaitement le traumatisme de la perte, par Rio de Janeiro, de sa fonction de capitale politique de pays, ainsi que limpact dune désindustrialisation, de plus en plus marquée, avec laffirmation de São Paulo comme capitale économique. De ce fait, la métropole historique cherche à éviter que ne saccroisse la ségrégation socio-spatiale qui la caractérise et à relancer des activités productives en liaison avec le développement du Mercosud. Le pôle industrialo-portuaire de Sepetiba, qui démarre à la fin des années 1970 pour déconcentrer les activités du vieux port de Rio, fait lobjet de nouveaux projets, mais se heurte à la concurrence des autres ports de la façade de lAtlantique sud, ayant tous lambition de devenir des hubs.
Ainsi, la zone urbanisée de la métropole, qui totalise 11 millions dhabitants (dont six pour la ville-centre), sétend autour de la baie de Guanabara et gagne à louest, la baie voisine de Sepetiba et à lest la ville de Nitéroi, reliée par un pont de 13 km au centre ville. Classiquement, on oppose la zone sud des plages, où se logent les classes moyennes et hautes, aux zones ouest (Bangu, Campo Grande) et nord (Baixada Fluminense) où se regroupent les pauvres. Les premières disposent de tous les services urbains, notamment des réseaux dégouts ; les secondes, lieux des lotissements clandestins et des favelas, mal équipés, souffrent de manque dassainissement. Entre les deux, le centre et sa zone suburbaine abritent des quartiers de classes moyennes et des favelas, présentant des infrastructures allant dune qualité moyenne à déplorable.
Le centre-ville est engorgé, malgré le système des voies rapides qui lie les quartiers sud et nord et les deux lignes de métro. Les problèmes environnementaux sont aigus ; la nauséabonde pollution de la baie de Guanabara est à limage de cette expansion urbaine peu contrôlée où saffrontent des gangs principalement dans les favelas, théâtre de règlements de compte entre trafiquants suivies des interventions de larmée qui font, de certains quartiers de Rio de Janeiro, une ville dangereuse. Limpact régional du cycle tragique de trafic de drogue et darmes lourdes contribue à linstabilité politico-institutionnelle de lEtat de Rio de Janeiro, alors que la société civile tente de sorganiser pour obtenir linterdiction de la vente des armes.
La ville se fragmente avec, dun côté, le confinement des classes aisées dans des enclaves autonomes (domaines résidentiels fermés, hyper-marchés), de lautre lexclusion des classes pauvres dans des ensembles urbains peu intégrés à la vie de la cité. Dans cette ville compartimentée, à lintrication socio-spatiale complexe, les pauvres ne séloignent pas des riches, cette proximité oblige à une résolution des antagonismes. La lutte pour la citoyenneté sera-t-elle à même damenuiser la partition urbaine ? Cest tout le pari de la gestion de ce laboratoire dagglomération quest Rio de Janeiro, capitale culturelle (siège de la principale chaîne de Télévision brésilienne Globo) et notable point dancrage sur laxe mégalopolitain atlantique en formation.
Tableau 4 Les agglomérations du Cône Sud
Population millionsPIB urbain
Millions U$PIB par tête
U$PIB par tête ajusté*São Paulo18,575 00040265460Rio de Janeiro11,242 78038705000Belo Horizonte4,615 56035505780Brasilia2,212 35656409135Buenos Aires11,665 21056158550Santiago6,134 60057009460Montevideo1,45 80042006800Curitiba2,913 00044307255Porto Alegre3,614 97541256040Asuncion1,71 77010902080Source : AméricaEconomia 2004 - * incluant le coût de la vie et un indice de violence
Belo Horizonte, métropole de transition
Le Minas Gerais, à cause des mines, a été urbain dès le début de son peuplement, à la différence du reste du Brésil colonial marqué par la ruralité. Cest dans le Minas Gerais du 18ème siècle quest née la civilisation urbaine brésilienne où les villes de lor jouissaient dun certain rayonnement culturel. Le Minas Gerais a aussi été pionnier dans la création de villes nouvelles. Sa vieille capitale du 18ème siècle, Ouro Preto, ville dexploitation de lor et des diamants, cachée dans les montagnes, sans lumière ni espace, aux rues labyrinthiques, ne correspondait plus aux attentes d'un des Etats les plus riches du pays, vaste comme la France. Des ingénieurs progressistes et nationalistes proposèrent le projet d'une ville ouverte, bel horizon, aux larges artères, dans un plan de double trame orthogonale inspiré de celui qui avait été choisi, dix ans auparavant, pour La Plata, la nouvelle capitale de la province de Buenos Aires. Belo Horizonte commence à sortir de terre en 1894, et vingt ans plus tard la ville dépasse les 40 000 habitants, dont un quart occupe la zone urbaine quadrillée en larges damiers davenues arborées, et le reste une zone suburbaine sans infrastructures ni équipements, dans des logements précaires. Planifiée à l'origine pour 200 000 habitants (chiffre atteint en 1940), Belo Horizonte devenue millionnaire depuis 1970, forme avec Rio de Janeiro et São Paulo, distantes de 400 et 500 km, le cur urbain et industriel du pays.
Ayant inclus dans son agglomération les banlieues industrielles de Betim et Contagem, elle dépasse aujourdhui les quatre millions d'habitants et se trouve au troisième rang des agglomérations brésiliennes, mais au sixième rang pour le Pib par tête (voir tableau n°4). Les spécialités industrielles du Minas Gerais vont de lagroalimentaire, avec un développement de productions de qualité (produits laitiers, café, cachaça
) aux filières métallurgiques et mécaniques, en passant par la sidérurgie. Ce dernier secteur, privatisé et modernisé, place le Brésil, avec 30 millions de tonnes par an, au 7ème rang des producteurs mondiaux dacier, dont 40% à lexportation, avec des spécialisations régionales affirmées : le Minas Gerais produit les aciers bruts dans ses grandes usines dUsiminas, Açominas et Acesita, Rio de Janeiro les laminés, Espirito Santo, la fonte et les alliages, São Paulo gardant les diverses spécialités.
Avec un incontestable savoir-faire minier, industriel et bancaire, une bonne offre de formations spécialisées et ses réseaux dentreprises diversifiées, l'Etat de Minas Gerais est au troisième rang des économies estaduales, contribuant à 10% du PIB brésilien. Lesprit mineiro exprime un régionalisme dont l'originalité est moins forte que ceux du Nordeste ou du Sud, mais qui affirme sa spécificité, notamment en politique. Etat de transition, le sud Minas et le triangle mineiro sont dans lorbite directe des métropoles, tandis quau nord-est subsiste une poche de pauvreté. Le Minas Gerais qui na pas de façade maritime exporte ses productions par lEspirito Santo où se déploie le vaste complexe industriao-portuaire de Vitoria-Tubarão, innovant en matière de gestion partagée. Premier ensemble brésilien pour les tonnages, il offre des terminaux spécialisés pour les minerais, les produits sidérurgiques, le soja, le papier-cellulose
étant très actif dans lassociation des villes portuaires de lAtlantique sud, redynamisée dans le cadre du Mercosud.
Brasília, la ville symbole de lintégration territoriale
Le projet de Brasilia représente une réalisation géopolitique de premier plan pour recentrer le centre de gravité du pays, consolider l'intégration du Plateau Central et projeter le pays vers lavenir. Sa construction sinscrit dans la lignée des nouvelles capitales provinciales créées de toute pièce avec une belle régularité : Teresina en 1854, Belo Horizonte en 1894, Goiânia en 1940, Brasilia en 1960 et Palmas en 1990. Elles sont le symbole dun Brésil qui construit, maille son territoire et fait progresser son intégration régionale.
Prélude à Brasilia dans la dynamique de « la marche vers l'ouest », la nouvelle capitale du Goiás, Goiânia, ville nouvelle est lancée dès 1936. Ce projet, expression de la politique urbaine des années 30, comme Brasilia sera celle des années 1950-60, doit désenclaver l'Etat de Goiás et lintégrer au Brésil moderne en effaçant les images de retard depuis trop longtemps attachées à ce territoire et dont la vieille capitale, Goiás, était le symbole. La ville de Goiânia, prévu demblée pour abriter 50 000 habitants est inaugurée en 1942. Elle est aujourdhui millionnaire, tête de réseau de la riche activité dagribusiness du Cerrado, formant avec Brasilia, une région urbaine dynamique en passe de s'affirmer comme le troisième pôle du Brésil, fer de lance de lintégration des Cerrados à la nation.
Brasília, capitale politique du Brésil depuis 1960, se trouve au centre dun district fédéral découpé dans lEtat du Goias et stratégiquement situé au partage des eaux de trois grands bassins hydrographiques : le Tocantins qui coule vers lAmazonie, le São Francisco vers le Nordeste et le Parana vers le Sudeste. Lensemble urbain né de cette nouvelle création, regroupe, en 2000, plus de deux millions dhabitants et représente le pari réussi de décentraliser les services du gouvernement, de donner une impulsion décisive au développement du planalto central, dincarner une ville moderne, à larchitecture audacieuse, déjà classée par lUnesco au patrimoine de lhumanité. Avec 1,2% de la population et 2,8% du PIB, le district fédéral se trouve en tête du classement pour la richesse par habitant.
Bien plus quune nouvelle capitale, le projet de Brasilia, conçu dans les années 1950, est issu de leffort visant à donner une nouvelle direction à l'économie nationale, du littoral vers l'intérieur et non plus vers l'extérieur. Comme symbole, ce projet permet de mobiliser tous les Brésiliens vers l'avenir, puisque le mode de vie urbain est porteur de développement et que les villes sont l'expression des stades de la modernité; Brasilia sera conçue comme la ville moderne pour le Brésil du 20ème siècle. La ville, qui serait un instrument de transformation sociale, est pensée demblée comme une ville moderne de services avec des zones fonctionnelles qui séparent les lieux de travail des habitations. Elle reste marquée par une dualité dorigine entre sa vocation à recevoir la haute administration de la fédération et la réalité concrète de laccueil de milliers douvriers oeuvrant à son édification. Les concepteurs du projet, Lucio Costa et Oscar Niemeyer, la rêvait comme le lieu où se jouerait légalité des chances. Mais le chantier attire beaucoup de monde et lurbanisation est dépassée par ces masses si bien que, la ville présente une forte ségrégation sociale entre les classes privilégiées qui habitent le Plan Pilote et la population plus pauvre exilée dans les villes-satellites à une dizaine de km.
Brasilia connaît une croissance démographique importante et continue à attirer des migrants, les uns à haut niveau de qualification et de revenu, les autres sans projet mais pleins despérance. Venus des Etats les plus pauvres du Brésil, ils sinstallent loin du centre dans les lotissements des villes satellites. Lurbanisation dépasse largement les limites du district fédéral ; une véritable région urbaine du pourtour de Brasilia a même été institutionnalisée. Ainsi une génération après son inauguration, l'image de Brasilia s'est un peu brouillée, entre son plan-pilote figé à 350 000 habitants et son ensemble urbain éclaté en 13 sites dans le District Fédéral, où l'usage du sol n'est que très imparfaitement contrôlé et où le débordement urbain anarchique dépasse les limites du District Fédéral. N'est-ce finalement qu'une île de fantaisie qui ne produit rien, diffuse toutes les rumeurs et dispose des plus hauts revenus par tête du Brésil? Ce sont toutes ces réalités à la fois, mais aussi un nouveau centre qui a incontestablement donné du sens à la collectivité, car cette réalisation représente un changement fondamental pour le rééquilibrage du territoire, le développement irréversible de l'intérieur du Brésil. Brasilia, inaugurée soixante ans après Belo Horizonte, se présente, en l'an 2000, comme une véritable métropole.
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Le développement des axes dintégration dans le sudeste vise à améliorer le réseau routier, notamment par le doublement des autoroutes entre les villes de São Paulo, Rio de Janeiro et Belo Horizonte et à moderniser le système portuaire de Santos et de Vitoria (Espirito Santo). Mais le véritable enjeu est celui du moteur économique de lAmérique du Sud où le Brésil fait figure de géant industriel avec le risque de condamner ses partenaires à devenir des marchés captifs et à voir leur industrie nationale démantelée. Dans un tel scénario, lArgentine serait la principale perdante du processus dintégration. Cependant, les simulations économiques du processus de libéralisation des échanges mettent en évidence, à terme, un redéploiement des activités industrielles du Brésil vers lArgentine, grâce à son différentiel de productivité. En effet, à linstar de lexpérience du processus dintégration européen, on observe dabord une forte hausse déchanges croisés de produits similaires, puis une redistribution spatiale du tissu productif en fonction des spécialisations dont pourrait bénéficier lArgentine (Darrigues et Montaud, 2003).
3 Le Cône Austral
Le grand Cône austral, caractérisé par une « folle géographie » pour reprendre le titre dun ouvrage célèbre de Subercaseaux (1940) à propos du Chili, se définit comme un espace à lorganisation méridienne, vertébré par la cordillère des Andes aux risques naturels majeurs qui oppose un versant pacifique aride au nord, hyperhumide coupé de fjords au sud ; et un versant argentin tropical au nord, semi-aride de plus en plus froid vers le sud. Les communications restent difficiles. La barrière des Andes se traverse par quelques difficiles cols daltitude ; les vallées y sont étroites et compartimentées, les montagnes sélèvent à 3000, 4000 voire 6000 mètres, dont un millier de volcans.
Le Cône austral forme ainsi une région difficile mais où sopère pourtant dimportantes mutations au prix dune exploitation généralisée des ses richesses naturelles. Le Chili, souvent présenté comme un modèle de croissance économique, a mis en uvre des formes dadaptation à la mondialisation, par des équipements industriels aussi bien que touristiques. Des investissements massifs y ont été effectués, tant dans la Patagonie argentine, du côté de Neuquén où dimmenses gisements de pétrole sont exploités et où lirrigation transforme les vallées en vergers, que sur la côte chilienne du Pacifique, qui, outre les exportations ancestrales de minerais devient grande exportatrice de fruits de mer et de bois. Des établissements, jusque là isolés, sintègrent dans des réseaux qui se densifient et les espaces affirment des niches de spécialisation.
Des disputes aux interconnexions
Lextrémité nord de cet ensemble du Cône austral a été disputée au moment des Indépendances et correspond, en gros, aux territoires perdus par la Bolivie au 19ème siècle ; soit, la région de Jujuy-Salta acquise par lArgentine et le littoral pacifique conquis par le Chili. La Bolivie qui, en proclamant son indépendance en 1825, épousait les contours coloniaux de laudiencia de Charcas, accédait au littoral par les ports de Cobija et Mejillones, mal équipés et difficiles daccès, alors que le Pérou semparait dArica. Les Boliviens occupaient alors peu leur littoral et en 1879, au cours dune guerre éclair, le Chili conquiert la région dAntofagasta où des entrepreneurs chiliens avaient déjà des concessions minières. Un traité en 1904 entérine cette perte territoriale que les Boliviens nont jamais tout à fait admise. Les différends frontaliers perdurent entre les deux pays, par exemple à propos de lusage des eaux de la cordillère, vitale pour les déserts dAtacama et Tarapaca qui en manque cruellement. Malgré tout, les flux commerciaux et touristiques ne cessent de samplifier entre la Bolivie et le nord Chili ; Arica, le port le plus septentrional, vit au rythme du tourisme bolivien.
Le Grand Nord chilien, une périphérie dexploitation minière
Cette dénomination de « grand nord » lui vient de la réforme régionale de 1975, et caractérise les trois régions du nord, riches en mines, situées à lorigine en territoires bolivien et péruvien et conquises par larmée chilienne en 1881. Des entrepreneurs chiliens y exploitaient les gisements de nitrate du désert dAtacama (nitrate ou salpêtre servant à fabriquer la poudre à canon) avec le soutien de la Grande Bretagne. Le cycle du nitrate, remplacé ensuite par celui du cuivre, a permis au Chili une industrialisation par substitution dimportation.
La région reste peu peuplée, et sa modernisation dépend des capitaux étrangers qui viennent toujours poursuivre lexploration des énormes gisements cuprifères qui font du Chili le premier producteur mondial de cuivre. Un front pionnier progresse encore dans cette ceinture minière du désert dAtacama. A 3000 m daltitude, au nord dAntofagasta, la mine de cuivre de La Escondida, la plus grosse mine privée du Chili, propriété dun consortium dirigé par une société australienne, produit 350 000 tonnes de cuivre fin par an, dépassant les résultats de la célèbre mine de Chuquicamata, la première mine de cuivre à ciel ouvert du monde. Le mouvement de privatisation a pourtant été moins poussé que dans lArgentine voisine et lEtat garde le contrôle de la firme minière CODELCO qui produit encore près de la moitié du cuivre chilien et finance un tiers du budget de lEtat.
La région reçoit de nouveaux équipements, dans les steppes désertiques où grâce à la pureté de lair, un observatoire dastrophysique sous légide de lAgence spatiale européenne a été installé à Las Campinas, équipé de télescopes parmi les plus performants du monde ; de même sur le littoral où sont conditionnés les minerais, ainsi que la farine de poisson dont le Chili est le premier producteur mondial. Du nord au sud, les activités portuaires se développent à Arica et Iquique, à Tocopilla, Mejillones et Antofagasta. La troisième région dAtacama, appelé le « petit nord », également riche en minerais, fait la transition vers la zone centrale.
Des réseaux transandins soulignent les efforts de modernisation et dintégration. Des connexions approvisionnent, depuis 1999, la IIème Région à partir du nord argentin : le gazoduc Gasatacama relie Coronel Cornejo à Antofagasta et le gazoduc Norandino connecte Tartagal (Salta) à Tocopilla afin dalimenter les grands centres miniers et industriels du Chili et remplacer le charbon par le gaz naturel.
De plus, par des actions de lutte contre la désertification, cette région rejoint lun de ces programmes continentaux denvergure qui regroupe les chercheurs et les décideurs des pays où la sécheresse, sous toutes ses formes, limite la présence humaine. Sur la côte Pacifique, laccent est mis sur des capteurs de brouillards, plantes du désert ou collecteurs fabriqués avec des filets en polypropylène.
Le nord-ouest argentin
LArgentine du nord-ouest est au contact entre les Andes et le bassin de La Plata. Région de montagnes et de piémonts, elle est structurée par des axes de communications et une série de villes-oasis qui organisent leur espace régional auxquels se surajoutent les projets continentaux de connexion intermodale. Ainsi le projet de couloir ferroviaire biocéanique qui devrait relier Santos à Antofagasta est-il régulièrement relancé ; il sagit de réhabiliter une voie ferrée de 4270 km : 1760 km en territoire brésilien, 1170 km en territoire bolivien, 1000 km au nord de lArgentine dont le tronçon le plus vertigineux dit le « train aux nuages » qui sélève à 4200 m pour atteindre Socompa et descendre sur le versant chilien jusquaux ports dAntofagasta et Mejillones. La rénovation totale de la ligne est prévue pour 2010.
Lidentité andine précolombienne y est très perceptible et remise à lhonneur dans lactuel mouvement de renaissance des localismes. Cette Argentine historique, andine, tropicale, axe structurant de la vice royauté de La Plata, est jalonnée de villes relais sur la route qui menait de la mine de Potosi vers le rio de La Plata. Elles sont toutes devenues capitales de provinces ; les plus septentrionales, Jujuy, Salta, et Tucuman totalisent 3 millions dhabitants dans une région qui met en valeur son potentiel touristique, ses productions tropicales (canne à sucre, citrons) et sa position carrefour entre la Bolivie et le Chili. Puis Santiago del Estero, Catamarca, La Rioja, forment des oasis un peu plus pauvres qui regroupe 1,5 millions dhabitants. Enfin, Cordoba fondée en 1575, est devenue avec 1,2 millions dhabitants la deuxième ville du pays et centre industriel important (industrie automobile). Cette région singulière a été constitutive de la nation avant que Buenos Aires ne simpose, comme capitale fédérale, en 1880. Cest à Tucuman que fut proclamée en 1816 lindépendance des Provinces Unies du rio de La Plata.
Mendoza, 4ème agglomération du pays atteint le million dhabitants. Au pied de lAconcagua (6962m), elle est au centre dune immense oasis qui fournit le marché national et exporte des vins de grand cru, jalon essentiel du couloir bi-océanique Buenos Aires-Valparaiso dont il nest éloigné que de 450 km. Cependant la route actuelle, à deux voies avec un col à 4000 mètres, assure mal la traversée des Andes, tout en demeurant laxe transocéanique principal du Mercosud. Mais il sagit déjà de la partie centrale du Cône austral.
Santiago, la vallée centrale et le couloir bi-océanique
Etant donné le long étirement du Chili sur 5000 kilomètres, entre le 18ème et le 56ème degré de latitude sud, avec une largeur qui ne dépasse pas 200 kilomètres en moyenne et lomniprésence des reliefs montagneux, la variété climatique est forte entre un nord tropical aride et un sud frais et humide. Le Chili central, aux affinités méditerranéennes, est souvent présenté comme « lune des plus belles unités géographiques de lAmérique latine » salué par tous les voyageurs pour son cadre de vie agréable. Il forme une riche région agricole, aux paysages construits par la vigne, les cultures maraîchères et fruitières et exprime le caractère rural de la nation chilienne.
Dans les années 1980, le Chili a trouvé le chemin dune croissance allant de pair avec une stabilité économique selon un modèle impulsé par lexportation de produits primaires ou faiblement transformés. Ladaptation actuelle de ce modèle tend à mettre laccent sur lamélioration qualitative de la croissance avec des produits à plus forte valeur ajoutée et une meilleure intégration régionale. La démarche chilienne a tendance, toute proportion gardée, à se rapprocher de celle du Brésil où laugmentation des dépenses sociales et la lutte contre les inégalités deviennent une priorité.
L'agglomération-capitale de Santiago, à égale distance des deux extrémités du territoire, commande cette étroite vallée centrale où se concentre plus de la moitié des 15 millions de chiliens. La ville constitue un centre tertiaire de première importance, abritant les sièges des organismes de décision nationaux et continentaux, telle la CEPALC Commission Economique pour lAmérique latine et les Caraïbes. Plus de la moitié des emplois industriels sy trouve. L'agglomération couvrant 65 000 ha, sise entre la Cordillère et des chaînons côtiers, a grandi sur un mode extensif. Depuis une dizaine dannées, le centre connaît un important processus de revitalisation, les quartiers riches sétagent sur les pentes des reliefs, tandis que les pauvres sétalent vers lest et le sud, cependant les choix résidentiels changent, une préférence pour les appartements saffirme et loffre des logements locatifs sétend. Comme dans beaucoup de villes latino-américaines, la modification du tissu urbain entraîne une ségrégation socio-spatiale à une échelle plus « micro ».
Avec les succès économiques engrangés par ses Chicago et Harvard boys qui ont fait du Chili le « jaguar » de lAmérique latine affichant des taux de croissance à lasiatique, les banlieues résidentielles de Santiago semblent calquées sur celles des Etats-Unis et le Chili central peut apparaître à certains égards comme une forme de Californie de lhémisphère sud (Cordonnier, 2000). Cependant, lenvers du modèle se marque par laccentuation de la bipolarité sociale, des très riches et des exclus, doublée dune grande inégalité de répartition au niveau des salaires, beaucoup plus prononcée quen Argentine et frisant les écarts brésiliens, ce qui se manifeste dans la périphérie de la ville par lextension des quartiers autoconstruits et des bidonvilles.
Le centre de Santiago connaît dimportants pics de pollution atmosphérique, notamment durant les mois d'hiver. Des mesures ont été prises, dont une démarche de réaménagement du centre par lamélioration de lespace public et la rationalisation de transports en commun, une troisième ligne de métro vers le sud très peuplé de l'agglomération a été ouverte. Santiago est donc, comme toutes les grandes métropoles du monde, confrontée à la question de sa gestion, des grands chantiers de transport, de la création demplois et de laccession au logement pour les couches modestes de la population (dans les années 90, les logements sociaux ont représenté 45 % de la construction). Elle est aussi le centre administratif, politique et intellectuel du pays, formant un tandem avec lagglomération industrialo-portuaire de Valparaiso-Viña del Mar, située à 140 km sur la côte Pacifique, de lautre côté des cordillères côtières. Au port de Valparaiso, modernisé, se trouve le siège de la seule compagnie opératrice de porte-containers latino américaine classée parmi les 20 premières du monde, la CSAV, SudAmericana de Vapores en pleine expansion.
Lhydroélectricité (46%) et les combustibles fossiles constituent les principales sources dénergie chiliennes. Depuis 1948, l'ENAP - Empresa Nacional de Petróleo- explore et exploite les gisements chiliens, tous localisés en Terre de Feu, et raffine le pétrole importé, essentiellement dArgentine, dans ses raffineries de Concón (V° Región), de Talcahuano, (VIII° Región) et de Gregorio (XII° Región). Ce pétrole vient, depuis 1994, pour les trois quarts par loléoduc Transandino, le reste par voie maritime, depuis le port de Bahía Blanca. Le gazoduc Gasandes part de La Mora (Province de Mendoza), traverse les Andes et débouche à Santiago où il alimente trois centrales de cycle combiné du Système Interconnecté du Centre et le réseau de distribution de la ville de Santiago.
A 500 km de Santiago, à lextrémité sud du Chili central, lagglomération de Concepcion-Talcahuano (VIIIème Région) qui a bénéficié de la politique industrielle des années 1960, a été équipée dun pôle sidérurgique et dun pôle pétrochimique, recevant les hydrocarbures du bassin de Neuquén. Dabondantes ressources hydroélectriques alimentent également une puissante industrie papetière.
Le couloir biocéanique Concepcion, Neuquén, Bahía Blanca, déjà patagonien, concentre un large éventail dactivités et se présente comme une alternative au principal couloir Buenos Aires-Valparaiso. Lamélioration du transport terrestre de cette voie de 1000 km constitue un enjeu décisif. Ainsi, le projet de reconstruction du chemin de fer transandin du sud qui doit relier Bahia Blanca à Talcahuano pour que les produits argentins aient un accès au marché asiatique et les produits chiliens au marché brésilien, est réactivé, il manque 150 km entre Zapala-Neuquén et Lonquimay-Chili. Lintégration devient un vrai projet politique régional dans lequel la province de Neuquén, la haute vallée du rio Negro et la région de Conception, simpliquent.
Bahía Blanca, avec ses 300 000 habitants, au bord de la Pampa et à lorée de la Patagonie, unique port en eaux profondes dans une baie protégée de la façade atlantique, à mi-chemin entre les principaux gisements dhydrocarbures et les marchés, joue un rôle capital dans lexpédition et la transformation des produits pétroliers, dépassant ses fonctions traditionnelles, portuaire et céréalière pour se présenter comme « la capitale indiscutée de lindustrie pétrochimique de lArgentine ». De plus, dans le protocole dIntentions du Corridor Atlantique du Mercosud, visant à faciliter le commerce international, Bahía Blanca constitue lextrémité sud de ce corridor, avec ses onze terminaux maritimes spécialisés.
Fondations urbaines dans des sites à risques
Le site et lhistoire de Concepcion illustrent trois éléments significatifs de la géohistoire régionale : le durable effet de frontière du rio Biobio, le volontarisme espagnol déployé lors de la fondation des villes coloniales et les risques naturels encourus par des aménagements dans une cordillère toujours en mouvement. Le rio Biobio, aux eaux turbulentes et au tracé perpendiculaire aux Andes et à locéan pacifique, forme une barrière naturelle qui a été aussi de longue date une frontière culturelle, marquant dabord la limite de la zone contrôlée par les Incas, face aux territoires dun ensemble de tribus indiennes dénommés Araucans par les Espagnols. Ceux-ci, comme les Incas avant eux, durent à cet endroit, mettre un point darrêt à leur expansion vers le sud devant la résistance des Araucans lesquels,, lors de linsurrection générale de 1598 obligèrent les Espagnols à évacuer pour deux siècles toute la partie située au sud du fleuve Biobio. La Concepcion, dabord fondée comme une ville forteresse pour défendre le territoire contre les incursions des Araucans, ou Mapuches « gens de la terre » selon leur propre dénomination, dut être déplacée après un violent tremblement de terre suivi dun raz-de-marée en 1751. Les habitants prirent la décision de reconstruire leur ville non plus au bord de la baie de Concepcion mais dans la vallée de la Mocha sur les rives du rio Biobio à une dizaine de km du site initial. Cependant en 1835, un nouveau tremblement de terre détruit la ville et les experts proposent à nouveau loption récusée un siècle plus tôt du site de la pointe de Parra qui domine la baie de Talcahuano. La ville est cependant reconstruite au même endroit et ne gagnera Talcahuano quà la fin du 20ème siècle avec lextension urbaine dune agglomération qui dépasse aujourdhui les 500 000 habitants et forme le 2ème centre industriel du pays.
De nombreuses villes du littoral chilien, menacées par les tremblements de terre, ou les raz de marée, furent définitivement abandonnées ou déplacées ou connurent des changements dactivité: Valdivia, Angol, Chillan, Osorno, cette dernière, fondée en 1558, abandonnée dix ans plus tard, ne fut refondée quen 1790 et dépasse actuellement les 100 000 habitants. Le tremblement de terre de 1939 a fait descendre la ville de Chillan trois mètres en dessous de son niveau initial, celui de 1960 a liquidé lindustrie de Valdivia. De même, sur le versant argentin de la cordillère, Mendoza a été entièrement rasée en 1861 à la suite dun tremblement de terre qui a fait 10 000 victimes sur les 15 000 que comptait la ville.
Intégration des Patagonies
Une cordillère haute et jeune où tremblements de terre et éruptions volcaniques ne sont pas rares, fait obstacle aux déluges deau venant du Pacifique et sépare un versant hyperhumide de brouillards, fjords, glaciers, dont les pentes sont couvertes de la fameuse « forêt de pluie » avec ses nothofagus (hêtre austral), dun versant sous le vent, steppique ; devenu le domaine de lélevage extensif des ovins. Après une période de contact culturel et de cohabitation pacifique de part et dautre de la cordillère, la ligne de crête fut prise comme frontière entre le Chili et lArgentine. La partie la plus australe a fait notamment lobjet de sérieuses luttes dinfluences à lavantage de la marine chilienne qui a finalement obtenu la pleine souveraineté pour son pays sur le très stratégique détroit de Magellan dont elle sest assurée la possession des deux rives, et la division de lîle de la Terre de feu (traité de 1882). Le Chili a également pris lavantage dans le secteur du canal de Beagle dont lArgentine ne contrôle plus que la partie orientale de la rive nord (Ushuaia). Les tensions frontalières ont été ensuite exacerbées par la présence de ressources pétrolières terrestres et off shore dont dispose la région. La découverte de gisements de pétrole dans lAtlantique a, par ailleurs, motivé la revendication argentine sur les îles Malouines et la courte guerre qui sen suivit (1982). Toujours en ce qui concerne laccessibilité de ces « bouts du monde », lAntarctique suscite bien des intérêts, faisant lobjet dexpéditions scientifiques et touristiques.
Déployées sur 16° de latitude, les différentes Patagonies nont été véritablement peuplées et reliées quau 19ème siècle à partir du développement de lélevage ovin tandis que saffirmait le rôle de quelques villes-ports : du côté chilien, Chiloé, riche centre agricole et Punta Arenas, contrôlant la Magellanie, traversée par les vapeurs du monde entier avant louverture de Panama ; et du côté argentin Comodoro Rivadavia, port de pêche devenu centre pétrolier après la découverte des premiers gisements en 1907, Rio Gallegos et ses abattoirs, ou encore Ushuaia, la ville la plus australe du monde. Entre ces points, des angles morts, longtemps délaissés comme Aysen ou Palena font lobjet daccaparement foncier par des sociétés qui se font octroyer dimmenses concessions. Les coupes de bois et la pêche sexercent de façon inconsidérée, les mesures de protection du milieu naturel ne seront prises quà la fin du 20ème siècle.
Cette division en deux Patagonies est-elle en train de sestomper avec le mouvement dintégration continentale et le changement de perception du Cône austral ? Pour reprendre la démonstration de Philippe Grenier, la Patagonie est passée, en quelques décennies, dun territoire-obstacle, battu par les tempêtes, que lon contournait, à un territoire-ressource que le Chili et lArgentine ont cherché à peupler et à exploiter, pour devenir un territoire-spectacle parcouru par des écotouristes avides de produits nouveaux. Si ces transformations mettent en péril un milieu fragile, elles indiquent aussi de nouvelles possibilités de développement assorties de principes de précaution.
Au total, trois millions dhabitants pour le Chili austral si on y inclut le « petit sud chilien » de Concepcion à Valdivia et à Puerto Montt qui forme la région des lacs, caractérisée par une colonisation allemande, parfois surnommée la « Suisse chilienne ». Les habitants de ce « finisterre », se sentent souvent incompris du centre du pays et semblent souhaiter une intégration plus forte entre les deux versants pour résoudre le manque des infrastructures. Les Patagons estiment volontiers que lintégration est trop lente et soutiennent la doctrine récente des corridors bi-océaniques et de la multiplication des points de passage pour retrouver lunité perdue dune seule Patagonie. En effet, au 18ème siècle, une véritable « société de frontière » fonctionnait, parcourant le réseau des chemins entre le Rio de La Plata et le Chili, tissant des relations commerciales et culturelles entre lAraucanie et les Pampas principalement autour des produits de lélevage : transhumance des troupeaux, cuirs, graisse
A partir de 1850, la formule dite de « cordillère libre » accompagnée dun régime commercial spécifique pour la circulation du bétail, est défendue particulièrement par lArgentine qui vend ses animaux dans les foires chiliennes. Malgré tout, un régime protectionniste et des barrières douanières se mettent en place, jusquaux récentes mesures intégrationnistes de la fin du 20ème siècle qui relancent alors le concept de « cordillère ouverte » avec des projets conjoints de développement régional.
Nouvelle économie patagonienne
Le Chili reste un grand exportateur de produits primaires agricoles, forestiers et piscicoles. Cette base primaire exportatrice reste assez diversifiée, lui permettant de stabiliser sa croissance grâce à une gestion macro-économique rigoureuse.
Le Chili est au premier rang des pays latino-américains pour les produits de la mer. Oursins, crabes, palourdes et les célèbres loco (concholepas), tout se ramasse sur ses rivages. En une quinzaine dannées, la production passe de quelques centaines de tonnes à des milliers, avant de sécrouler par épuisement des stocks. Ainsi la pêche du merlu du sud qui représentait 5000 tonnes en 1977, atteint 70 000 tonnes dix ans plus tard et plafonne à 20 000 tonnes au milieu des années 1990 pour des prises pratiquées aussi bien par les navires-usines que par les pêcheurs artisanaux. Lévaluation des stocks fait lobjet de controverses et « la répartition des quotas entre zones géographiques et catégories de pêcheurs exacerbe les antagonismes régionaux » (Grenier, 2003 :139). La définition de la « zone économique exclusive » des 200 milles marins devant les côtes, garantit au Chili un espace de pêche considérable. Le pays uvre cependant pour élargir laire de protection dans les océans.
Lélevage de saumon est un autre épisode de cette mondialisation des produits de la mer. De 300 tonnes en 1980, la production des fermes délevage est passée à 20 000 tonnes en 1990 et à 180 000 en 2000, créant 25 000 emplois directs et un million de dollars dexportations, plus que la farine de poisson dont le Chili est toujours le premier producteur mondial. Les multinationales, norvégienne, finlandaises, nord-américaines contrôlent en grande partie la production, elles interviennent au sud pour travailler en continue et intégrer verticalement la chaîne de production : usines daliments, production dufs, usines de conditionnement, dispositif dexportation, dans une course à la standardisation du produit, mais aussi à loccupation de lespace. En effet, les salmoniculteurs cherchent à obtenir une législation sur laquaculture qui leur garantirait des concessions dans des aires protégées et la mobilisation des moyens publics pour les aménagements nécessaires au développement du secteur. Cependant des voix sélèvent pour réclamer contre la pollution des eaux par les fermes délevage toujours à la recherche deaux plus neuves, et contre le pillage des poissons qui servent de nourriture aux saumons.
En ce qui concerne la forêt australe, lexploitation du bois et les incendies menacent cette fragile ressource qui survit dans des conditions extrêmes grâce à trois facteurs : une forte humidité, une couverture de cendres volcaniques et la plasticité des espèces. Ladministration peine à élaborer une politique forestière efficace, malgré la création, en Patagonie, de 5,9 millions dhectares de parcs nationaux et de 4,6 millions dhectares de réserves nationales.
Du côté argentin, la province de Rio Negro et sa capitale Neuquén vivent de lexportation de fruits (citrons, pommes, cerises
), mais plus encore de léconomie pétrolière, avec ses vastes zones dexploitation et ses usines de traitement. La région fournit la moitié des 640 000 barils/jour extraits dans le pays, un réseau interne doléoducs relie les bassins de Neuquén et Cuyo aux raffineries de Luján de Cuyo, d'Ensenada et de Puerto Rosales. Le réseau de gazoducs est encore plus étendu, reliant le bassin Austral de San Jorge à Neuquén, Bahía Blanca et Buenos Aires. Le transport par oléoduc, polyduc et gazoduc a pris, en Argentine, une grande extension spatiale et se développe sur le marché régional en se ramifiant vers de nouveaux centres de consommation des pays voisins
Sur le littoral atlantique, Comodoro Rivadavia, capitale nationale du pétrole, a traversé le 20ème siècle en suivant les péripéties de lexploitation des hydrocarbures en lien avec le projet dindustrialisation nationale. Située à mi-chemin entre Buenos Aires et Ushuaia (1800 km), Comodoro Rivadavia sinscrit comme une ville de services relais sur le littoral de la Patagonie : les liaisons aériennes y ont été développées dès la fin des années 1920 (Antoine de Saint-Exupéry) et son port ouvert sur le Golfe de San Jorge assure les liaisons Atlantique/Pacifique. Lactivité pétrolière du bassin de San Jorge est toujours intense et fournit le tiers de la production nationale. La production gazière y est moindre (4 milliards de m3/an), à peine 8% de la production nationale. Cependant la privatisation de lentreprise publique YPF, jusque là symbole dun projet industriel national et creuset dune culture locale, a entraîné non seulement la paupérisation de sa population mais aussi la désintégration de son identité « Ypefiana ». La société de Comodoro Rivadavia cherche une réinvention territoriale dans son rattachement à lidentité patagonienne et dans une diversification de ses activités (Carrizo, 2003).
Région magellane et Terre de Feu
Un peu plus au sud, la ville portuaire de Rio Gallegos, capitale de la province de Santa Cruz, ville-relais sur la nationale n°3 qui conduit de Buenos Aires à la Terre de Feu, se développe également. La province met en valeur les ressources touristiques de ses lacs glaciaires, notamment la chute dicebergs du très fameux glacier Perito Moreno dans le lago Argentino, où la ville de Calafate consolide son équipement touristique (aéroport, chaînes hôtelières
). Il sagit déjà de la région magellane composée de lextrémité du continent et de lîle de la Terre de Feu, qui regroupe près de 500 000 habitants dont les 2/3 sont en Argentine. Au Chili, quatre provinces composent de la XIIème région dont la capitale Punta Arenas, qui regroupe avec 130 000 habitants, les 3/4 de la population. Des différents frontaliers ont alimenté, jusque dans les années 1980, les tensions géopolitiques entre lArgentine et le Chili dans ce bout du monde. Or, pour accéder à sa partie du territoire de la Terre de feu, lArgentine doit emprunter les ports magellaniques chiliens. Inversement, pour rejoindre le Chili continental par voie terrestre à partir de Punta Arenas, la capitale chilienne de la Terre de feu et son principal port, il est nécessaire de passer par le territoire argentin. La « route australe », qui relierait Puerto Montt à Punta Arenas, rencontre lobstacle des grands glaciers du sud (campo de hielo Sur). Le passage le plus fréquenté emprunte donc le versant argentin des Andes, pour regagner le Chili par le Paso de integración austral. Symétriquement, laccès routier à la Terre de Feu argentine suppose de franchir le détroit de Magellan, ce qui ne peut se faire quen territoire chilien. Ainsi, les véhicules qui se rendent aux deux villes argentines de la Terre de Feu, Ushuaia et Río Grande, franchissent le détroit au Paso de integración austral, rentrent en Argentine par le Paso San Sebastián.
La région a longtemps vécu des activités de lélevage ovin, de lexportation de la laine et de la viande de mouton, ainsi que de la pêche. Puis les deux pays ont installé une notable industrie pétrolière, des usines de traitement et de kilomètres de gazoducs. Le plus long dentre eux, le gazoduc San Martín, relie les gisements de la Terre de Feu aux grandes villes de la côte atlantique. Les deux compagnies nationales ENAP et YPF ont joué un rôle majeur daménageurs dans ces territoires lointains et stratégiques et, dans la phase actuelle dexploitation approfondissent leur collaboration. En effet, les territoires chiliens et argentins se trouvent de plus en plus imbriqués, plus que partout ailleurs sur leur longue frontière, car avec lexploitation offshore (une quarantaine de plates-formes dans la partie orientale du détroit de Magellan) lENAP diversifie ses activités en Terre de Feu, maintient un chantier naval à Bahía Laredo (25 km de Punta Arenas), un complexe portuaire à Cabo Negro qui accueille des grands navires destinés au transport des produits chimiques, notamment du méthanol produit sur place par lusine Methanex et destiné à lAmérique du Nord. Elle dispose également dune petite raffinerie à Gregorio. Le premier gazoduc dinterconnexion entre lArgentine et le Chili, fonctionne depuis 1996.
Enfin, les migrations de populations soudent les deux espaces. Ce sont principalement les chiliens qui viennent travailler en Argentine, aussi bien dans les estancias pour la tonte des moutons que dans le secteur du pétrole.
Pour certains chercheurs argentins, la Patagonie australe représente un cas «dintégration inachevée » où la coordination entre les deux pays est incomplète, notamment dans le domaine du tourisme (tourisme international de haut niveau). Par contre, dans le secteur pétrolier « une intégration fonctionnelle » existe entre le Chili et l'Argentine, matérialisée par la jonction des réseaux de gazoducs et de polyducs entre les deux pays.
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En Patagonie, le développement de lexploitation des hydrocarbures fondé sur une logique de réseau entre en conflit avec les enjeux de préservation environnementale, particulièrement sur les littoraux, milieux fragiles, que recherchent aussi les entrepreneurs du tourisme et les entreprises piscicoles. Cependant toutes les activités supposent un usage efficace des réseaux et devraient à terme uvrer en synergie. Dans ce type de régions périphériques, le défi de laménagement réside dans la combinaison de la garantie dun milieu naturel préservé avec un système économique régional performant. Les régions septentrionales du Brésil sont confrontées à ce même enjeu.
4 - Les Nords
Les deux macrorégions du nord du Brésil, le Nordeste et lAmazonie, se trouvent excentrées par rapport à la dynamique de Mercosud, mais elles pratiquent louverture et sinscrivent dans la mondialisation selon des problématiques spécifiques. Le Nordeste, composées de neuf Etats, péninsulaire et isolé des axes de développement sud-américains par la vaste zone semi-aride du Sertão (hormis sa liaison avec les villes du Sudeste), concentre son développement sur sa façade atlantique, se tourne vers linternational (Etats-Unis, Europe) et cherche des solutions à la dévitalisation de son intérieur. LAmazonie, dernier grand massif forestier de la planète, aux enjeux écologiques et économiques considérables, est partagée entre huit pays qui, après des décennies de différends frontaliers, entreprennent des actions de concertation et de coopération depuis la signature du pacte amazonien en 1978. Le Brésil qui, avec huit de ses Etats fédérés qui sont amazoniens, détient les deux tiers de lAmazonie et joue un rôle déterminant dans lélaboration des politiques de développement durable pour cet espace, ainsi que pour louverture vers les Caraïbes. La problématique du développement durable, sous langle de lanalyse des pratiques de conservation de la nature, est ici centrale. Elle constitue un enjeu particulièrement significatif dans les espaces périphériques.
Les racines du sous-développement nordestin
La péninsule du continent sud-américain, la plus proche de lAfrique et de lEurope, a été la première colonie agricole de lAmérique portugaise organisée autour de lexportation du sucre de canne ; Salvador de Bahia en a été la capitale entre 1549 et 1763. Cet espace, vaste comme trois fois la France (1,5 millions de km2), est devenu, au moment de lindustrialisation, une région périphérique et dépendante, caractérisée au 20ème siècle par le sous-développement, avec un niveau industriel faible et des structures politiques et sociales passablement sclérosées. Durant les années 1960 et 1970, elle fournit dimportants contingents de main duvre à la région de São Paulo alors en plein décollage industriel. Elle reste la région matrice de la nation brésilienne, lieu de naissance de notables écoles de pensée, à commencer par celle de Gilberto Freyre (1902-1987) expliquant les fondements de la société brésilienne et de son métissage, ou celle de Celso Furtado (1920-2004) qui fournit luvre de référence sur les cycles économiques et lintégration nationale. Ce dernier fut, en 1959, lartisan de la création de la SUDENE, imaginée comme un outil de lutte contre le sous-développement régional ; compte également la contribution de Francisco de Oliveira dénonçant ouvertement les situations de domination et d'injustice sociale. Tous mettent laccent sur les différentiels des effets daccumulation et de développement entre le Sudeste et le Nordeste, celui-ci étant handicapé par le poids de son secteur rural archaïque et de sa situation périphérique. Le Nordeste creuse sa dépendance en exportant des produits agricoles et en important ses produits industriels du Sudeste. Léquipement des ménages y est trois à quatre fois moindre que dans le sud du Brésil.
A la fin des années 1990, la pauvreté reste forte, principalement en zone rurale, où vit plus de 40% de la population nordestine partageant le plus souvent la condition précaire des deux millions de petits exploitants qui pratiquent une agriculture de subsistance loin des marchés et dont les fils sont des perpétuels candidats à la migration. La réforme agraire reste localisée, timide avec un encadrement insuffisant des paysans, alors que les mécanismes dincitations fiscales aux nouvelles entreprises, conduisent le plus souvent à pérenniser les positions sociales, jouant essentiellement au bénéfice des grands propriétaires terriens. Cependant, depuis la démocratisation de 1985 et sous la pression des syndicats des travailleurs ruraux et du mouvement des sans terres (MST), des mesures effectives de redistribution des terres et dappui à lagriculture familiale sont menées à bien, mais en nombre trop limité. Lindustrialisation suit difficilement malgré des politiques dincitation. Les deux exemples économiques les plus réussis correspondent à deux modèles : la Bahia, qui diversifie ses industries après avoir bénéficié de la politique nationale de développement par pôle et le Ceara dynamise son économie sous limpulsion des entrepreneurs locaux. Ainsi, Camaçari, le pôle pétrochimique de la Bahia créé en 1974, rassemble, autour dune unité de cracking, une quarantaine d'entreprises de produits chimiques de première et deuxième génération, offrant jusquà 20 000 emplois directs, et joue toujours un rôle moteur dans le développement régional permettant à l'Etat de la Bahia de présenter les meilleurs indicateurs économiques du Nordeste ; tandis que le Ceara et sa capitale Fortaleza, qui dépasse les deux millions dhabitants, jouent la carte du tissu dense de PME et des industries de main duvre, textile, confection, chaussures.
Au-delà des marques du sous-développement et pour sortir de cette identification à la pauvreté, une dynamique identitaire sappuie sur lidée positive dune nordestinité définie comme le sentiment dappartenance à la région qui pourrait fonctionner comme une construction politico-culturelle capable de ressouder les diversités intra-régionales et de projeter dune nouvelle manière la région dans la nation. En interne lappartenance à des sous-ensembles culturellement marqués renforce cette dynamique. Ainsi la « bahianité » marque lidentification à la culture afro-brésilienne et la valorisation des arts musicaux et religieux.
Une périphérie à intégrer
Depuis une vingtaine dannées la conjonction dune demande en main duvre moindre de lappareil productif pauliste (3ème révolution industrielle), ralentissant les migrations, et les politiques de développement régional conduites dans le Nordeste font que la région soriente vers de nouvelles voies de développement. Des modes de gestion inédits sont mis en place, tant pour des modèles de production (textile, fruits tropicaux ou creveticulture) que pour lusage des ressources naturelles (gestion décentralisée de leau ou mise en valeur des paysages littoraux ou intérieurs). Les acteurs de chacun des sous-ensembles régionaux tentent de pousser au mieux les capacités de leurs territoires, pour contribuer à la croissance globale régionale. Ainsi les productions agricoles irriguées sont orientées vers le marché mondial, tandis que le développement dactivités touristiques sur les 4000 kilomètres du littoral nordestin visent à attirer des clients du Brésil et du Mercosud.
Cependant, malgré de nombreux programmes de développement, les indicateurs socio-économiques restent durablement inférieurs à la moyenne nationale. La participation du Nordeste au PIB de lUnion stagne autour de 13% et la modernisation par enclaves productives a tendance à exacerber les inégalités socio-spatiales.
Comment réformer les activités agricoles et rendre les producteurs autonomes tout en investissant dans la modernisation des systèmes de production? Comment défendre un modèle dagriculture familiale adapté aux milieux et à la population nordestine ? Plusieurs situations locales peuvent être distinguées :
dans la région de la canne à sucre, en proie à la valorisation foncière, les journaliers tentent dobtenir laccès à un lopin de terre, tout en maintenant leur situation de salariés dans les grandes entreprises agricoles qui répondent aux standards du marché national de lalcool-carburant et du marché international du sucre ;
dans les Cerrados de louest de la Bahia et du sud du Piaui et du Maranhão, des gauchos acquièrent des terres et entreprennent une agriculture mécanisée, à base de culture du soja, ouvrant, grâce à des techniques dirrigation à grande échelle (pivot central), des régions jusque là très isolées ;
dans le Sertão, la mobilisation des ressources hydriques a été rénovée par des politiques nationales et locales de modernisation des techniques dirrigation et déquipement pour élargir laccès à la ressource et préparer la commercialisation de nouveaux produits : fruits tropicaux, coton de qualité, caprins sélectionnés... Cette région de 1 million de km2, définie comme le « Polygone de la sécheresse », encore peuplée de vingt millions dhabitants et détentrice de symboles forts de lhistoire et de la culture brésilienne depuis le 19ème siècle, joue sur les atouts de son soleil (plus de 3000 heures par an) et rappelle régulièrement son ambition de devenir une Californie. Lorganisation de quelques grands périmètres irrigués, principalement de part et dautre du fleuve São Francisco, en aval du barrage de Sobradinho où la conurbation de Petrolina/Juazeiro (400 000 habitants) devient un pôle de modernisation, montre ce quil est possible dentreprendre au cur de la zone semi-aride, à condition de pouvoir irriguer. Pour se prémunir contre les sécheresses les plus sévères qui périodiquement affligent le Sertão, selon des fluctuations liées à lapparition de El Niño, lidée est de garantir laccès à leau en transposant 3 à 4% du débit pérenne du São Francisco vers les vallées, préalablement équipées de barrages de retenue, des fleuves à étiage du Ceara et de la Paraiba. Ainsi, pour retenir ses habitants, le Sertão a vocation à devenir un grand conservatoire de leau.
La nouvelle littoralisation
La zone de la plaine côtière est en pleine transformation. Tous les Etats du Nordeste accompagnent le mouvement de la mondialisation en rééquipant leurs littoraux par de grands aménagements, notamment balnéaires et portuaires, assortis de dispositifs de protection environnementale. Un Plan de Développement Touristique (Prodetur), appliqué dans le Nordeste élargit les possibilités dinvestissement dans les activités touristiques. Les chantiers se multiplient à proximité des grandes agglomérations pour un meilleur accès aux plages, avec des autoroutes, des centres commerciaux, des complexes hôteliers. Chaque grande ville présente un front maritime urbanisé sur plusieurs dizaines de kilomètres : Salvador, Natal ou Fortaleza en sont des exemples. Pourtant le rééquipement des littoraux ne sarrête pas là. Laménagement de parcs délevage de crevettes, la modernisation des usines à sucre et des distilleries dalcool, des installations pétrolières et gazières, des plantations deucalyptus (sud Bahia) pour lindustrie du papier-cellullose, relancent léconomie régionale, mais provoquent aussi des dégâts environnementaux : pollution des eaux et modification des paysages naturels (dunes, cocoteraies, mangroves
). Partout, la compétition entre les activités pratiquées par les populations locales (pêche et activités artisanales) et les nouvelles implantations modernes ravivent la spéculation foncière et réactivent des conflits sociaux autour de laccès aux ressources. Des inventaires et des plans de gestion des zones côtières à différentes échelles sont mis en place pour préserver des espèces menacées et maîtriser les impacts sur les milieux littoraux.
De plus, afin de ne pas être en dehors des circuits du commerce mondial, le processus de modernisation des ports est enclenché. Le système portuaire brésilien répondait mal aux normes de la mondialisation; le coût du fret y était élevé, les temps d'opération fort longs et la manutention d'un container deux fois plus chère que dans la moyenne des ports internationaux. D'où un gros effort pour réinscrire ces ports dans le flux des échanges mondiaux et redonner une importance au trafic de l'Atlantique Sud par l'implantation de nouveaux systèmes de gestion. Ainsi des ports aux équipements spécialisés surgissent dans le Nordeste : Itaqui (Maranhão), premier port pour les tonnages, exporte annuellement 60 millions de tonnes de minerais de fer de Carajas ; Pecém, nouveau port du Ceara, exporte des fruits de terre et de mer ; Suape, nouveau port du Pernambouc, centre alcool-sucrier et terminal de containers ; Salvador, et ses terminaux spécialisés dans la baie de tous les Saints, en particulier, pétroliers.
Ainsi, le caractère péninsulaire et atlantique du Nordeste favorise louverture de la façade maritime, particulièrement des grandes villes de Salvador, Recife, Fortaleza et São Luis, dont trois sont classées au patrimoine mondial de lUnesco qui améliorent leurs liaisons avec le reste de lAmérique du sud, lEurope et les Etats-Unis (Floride) et développent leurs fonctions patrimoniales et touristiques. Ladaptation des équipements, notamment aéroportuaires, est une condition de la réussite de ce nouveau modèle de développement, tel ce projet daéroport international à Natal (Rio Grande do Norte), ainsi que le perfectionnement des voies de communication et des infrastructures hôtelières. Les principaux défis daménagement rencontrés portent sur le système de gestion des grandes villes, qui sont aussi des métropoles de la pauvreté, dépassées par larrivée constante de migrants peu formés et se contentant de conditions de vie précaires. L'urbanisation du front de mer est le fait des familles les plus aisées, alors que les collines ou encore les zones basses et insalubres, les fonds de baies marécageux sont occupés par des populationd pauvres dans ds quartiers non équipés : les mocambos de Recife, les palafitas de Salvador et à São Luis do Maranhão.
Les différenciations régionales se consolident, alors que sobserve un retour à la concentration de la population sur le littoral du Nordeste au détriment de lintérieur, ce Sertão aux villes moyennes et petites sous-équipées et à lagriculture familiale menacée, qui se dévitalise. Une des orientations possibles est celle de la réappropriation sociale et symbolique de ces espaces sertanejos en y relançant la sauvegarde du milieu naturel et es produits de terroir : coton, sisal, cuirs, fromages
Lécosystème de la caatinga, cette brousse à épineux si particulière, longtemps voué à lélevage extensif et dont les meilleurs bois duvre ont été retirés est, en effet, très amoindri. Des zonages de protection commencent à y être institutionnalisés avec la délimitation de réserves ou parcs naturels, notamment à partir des reliefs et de leurs piémonts (Chapada de Arraripe, Serra da Capivara
). Le potentiel minier reste important ; pourtant, lavenir de cette région semi-aride de lintérieur, est à ce jour encore incertain. De grands projets daménagement, telle la transposition des eaux du fleuve São Francisco, apporteront-ils une solution ? Pour lheure, malgré la transformation de sa zone littorale, le Nordeste continue à être une région démigration des jeunes.
LAmazonie entre développement et préservation
Les conditions dun développement durable
LAmazonie correspond à la fois au bassin hydrographique du plus important système fluvial du monde, ainsi quau dernier grand massif tropical de la planète. Lensemble forestier couvre près de 6 millions de km2, centré sur lAmérique du sud équatoriale qui constitue une des régions parmi les plus riches en biodiversité, il sy trouverait de 15 à 20% du total des espèces de la terre (estimé à 13 millions) avec une flore particulièrement diversifiée de 55 000 espèces, ce qui représente 20 à 22% des espèces de plantes connues. Si lon prend les douze pays les plus riches en diversité biologique, six dentre eux sont en Amérique du sud formant autour du Brésil un vaste bloc : Colombie, Pérou, Bolivie, Equateur, Venezuela. Mais, si les écosystèmes sont riches, ils sont aussi fragiles ; les biotopes (milieu de vie caractérisé par des conditions écologiques données) peuvent disparaître à la suite de la perturbation des éléments qui le composent ; or toute perte de la diversité est irréversible. En ce qui concerne la faune, les espèces les plus faciles à prendre ont d'abord été pillées en bord de fleuves (tortues, lamantins,
), puis, à partir du milieu du 20ème siècle, lexploitation, avec des moyens techniques accrus et des impératifs de gain immédiat sans souci du futur, provoque des ravages dans les forêts de terre ferme. La dégradation des écosystèmes forestiers est tout aussi néfaste que la déforestation proprement dite. Pour sauvegarder ce qui peut lêtre de cette biodiversité, un certain nombre de programmes sont mis en application impliquant le plus possible la population locale par la reconnaissance des savoirs et la diffusion des connaissances et des pratiques, tout en cherchant à promouvoir une gestion durable des forêts.
Cest ainsi que les populations amazoniennes sylvicoles, font lobjet dun renouveau dintérêt pour des raisons politiques et culturelles, parce quelles apparaissent comme "écologistes" avant lheure grâce à leur grande connaissance des processus naturels de la forêt. Les Amérindiens sont capables d'y utiliser une centaine de plantes pour la nourriture, la santé, la décoration, pratiquant l'usage collectif des territoires dans lesquels ils pêchent, chassent, cueillent et cultivent le manioc. Les terres indigènes, placées sous la juridiction de l'Etat fédéral, sont attribuées aux groupes qui les occupent Au total, les 225 000 Indiens de l'Amazonie brésilienne ont obtenu la reconnaissance de plus de 300 aires indigènes, couvrant 100 millions d'hectares, cest-à-dire 20% de lAmazonie brésilienne. Cependant ces territoires, rigoureusement délimités, peuvent, malgré tout, être envahis par des bûcherons, des orpailleurs et autres défricheurs qui font pression pour lexploitation des ressources, exprimant ainsi que les besoins immédiats de développement simposent souvent. Ce nest que lun des multiples conflits socio-environnementaux que les politiques publiques de lenvironnement, par manque de moyens, tardent à résoudre.
Un front pionnier toujours actif
Depuis le milieu des années 1970, les Etats du bassin amazonien ont tous cherché à mieux intégrer leur portion dAmazonie à leur territoire national en lançant dimportants programmes dinfrastructures et de colonisation agricole publiques et privées. Au Brésil, louverture des routes (la Belém-Brasilia, la transamazonienne, la Cuiaba-Santarém) a provoqué une intense exploitation du bois (25 millions de m3, ce qui correspond à 6,2 millions darbres) qui fait de lAmazonie brésilienne le 2ème producteur du monde de bois tropicaux et un afflux de migrants. Les activités du bois créent 350 000 emplois et celles de lagriculture plus dun million pour 400 000 exploitations familiales et 40 000 grands domaines. Le front de colonisation poursuit sa poussée dans la forêt ; il y progresse, à raison de 20 000 km2 par an en moyenne depuis 30 ans, le long dun arc de déforestation qui, partant du Para-Maranhão va jusquà la frontière bolivienne de lAcre, prenant en écharpe des régions où le taux de déboisement atteint 40%. A lopposé, dans la haute Amazonie (Etat dAmazonas), le taux de déboisement sétablit à 2,5% du territoire. La première ressource qui intéresse les pionniers est la vente du bois duvre et des milliers de scieries accompagnent le front de défrichement, le bois transformé étant destiné pour les 2/3 au marché intérieur. Des noyaux de peuplement, où les premiers équipements sont constitués par les scieries, les fours à farine de manioc, les rizeries et les abattoirs, se créent. Lélevage bovin simpose en Amazonie ; on y compte déjà trois bovins par habitant. En effet, la plantation dun pâturage, ou dune culture pérenne savère, la solution la plus rentable en réponse à la basse fertilité des sols. La qualité du cheptel se consolide, ainsi que le traitement et lexportation de viandes.
La frange méridionale de lAmazonie est aussi atteinte par le boom dune plante subtropicale, le soja, dont la culture a été adaptée au climat équatorial grâce à de nouvelles techniques. La géographie du soja, qui avait démarré dans le Rio Grande do Sul, a ainsi spectaculairement évolué, pour hisser le Mato Grosso au rang de premier producteur du Brésil. La surface plantée en grains a doublé entre 1991 et 2001 et dépasse les 5,5 millions d'hectares, tandis que sa production a triplé passant de 5,3 à 16 millions de tonnes. Les rendements y sont supérieurs à la moyenne nationale. Cependant une telle croissance paraît difficilement soutenable à long terme, les sols naturellement fragiles doivent être corrigés par des apports en calcaire et phosphore, les machines agricoles constamment modernisées, ainsi que les formes de stockage, de transformation et de transport du produit pour quil reste compétitif. Or, si le prix au sortir d'une ferme du Mato Grosso est bas, il s'élève avec les milliers de kilomètres à parcourir avant datteindre les ports exportateurs.
Des réactions pour défendre la grande forêt et ses habitants ont suivi limplantation des programmes « développementistes » des années 1970 ; avec le renforcement des préoccupations écologistes et les nouvelles mesures de décentralisation, des pratiques de planification plus soucieuses de protection et de conservation du milieu naturel ont été mises en place. Grâce aux images satellitaires, aux outils graphiques informatisés et aux GPS, qui permettent de mieux garantir les délimitations, d'observer les superpositions d'usages et les transgressions de limites, les zonages deviennent plus précis, sans qu'on assiste toutefois à une diminution des conflits territoriaux car la pression sur les terres reste élevée puisque l'Amazonie reçoit encore des migrants. Chaque niveau, fédéral, fédéré et municipal, met en place des plans de développement compatibles avec les principes de protection environnementale, c'est-à-dire des zonages à des échelles de plus en plus fines. L'Institut brésilien de l'Environnement (IBAMA) vérifie l'application des réglementations et favorise les plans de gestion forestière, la certification du bois et le respect des Unités de conservation de la Nature, qui couvrent près de 10% de la surface de lAmazonie, avec un objectif à 30% à terme. L'Institut brésilien de Colonisation et réforme Agraire (INCRA) s'occupe du cadastre, de l'impôt foncier et organise des lotissements ruraux. Plusieurs centaines de milliers de petits producteurs attendent de recevoir un lopin. Au niveau local, les ONG encadrent la réalisation de projets-pilotes dagroforesterie ou dactivités artisanales.
Cependant, lAmazonie est dores et déjà majoritairement urbaine et compte, outre les deux capitales millionnaires de Belém et Manaus, dix villes de plus de 200 000 habitants. La part de population urbaine passe de 38% en 1970, à 51% en 1980 et à 68% en 2000. L'urbanisation correspond à une stratégie d'occupation promue par l'Etat, dun côté, pour encadrer les groupes de migrants, dun autre pour articuler un réseau entre les anciens et les nouveaux centres urbains. Les centres régionaux et locaux traditionnels, tels que Imperatriz, Conceição do Araguaia, Santarém, Itacoatiara, Tefé, etc, sétoffent, tandis quune série de villes, issues de la colonisation ou renaissantes, intègrent le 2ème niveau de la hiérarchie urbaine: Altamira, Paragominas, Açailandia, Araguaina, Redenção, Jy-Parana
Parallèlement s'érigent de nouveaux centres urbains planifiés, flanqués dagglomérations spontanées, surgis à partir des grands chantiers : lusine hydroélectrique de Tucuruí, la mine de Carajas, le domaine de Jari, le chantier de Tucumã ; ou même une nouvelle capitale, Palmas, sortie de terre en 1991 dans lEtat récemment créé du Tocantins, qui en dix ans dépasse les 100 000 habitants.
La précarité accompagne cette urbanisation galopante, nourrie par larrivée de migrants à la recherche de nimporte quelle activité, de posseiros chassés de leurs terres, se regroupant dans des sortes de nouveaux villages le long des routes ou dans les faubourgs-bidonvilles des grandes villes. Dans un milieu aussi mobile, les noyaux de peuplement suivent une sorte de cycle qui, en une vingtaine dannées, les amène à devenir des chefs-lieux de municipes. Ce sont dans un premier temps de simples noyaux urbains rudimentaires, où sagglutinent dans la poussière et la fumée des scieries, des milliers dhabitants qui ne disposent ni deau, ni délectricité, ni de services de santé et où prédominent les activités mécaniques et dextraction lorsquil y a de lorpaillage à proximité. Puis, le boom dune activité économique de cycle court les fait croître au rang de centres dactivité spécialisée. Ainsi Rolim de Moura (Rondonia) sera « capitale de lacajou » au milieu des années 1980, Curionópolis, près de la Serra Pelada en « capitale de lor », sans compter les nombreuses villes « capitales du buf »
Les services locaux sy étoffent alors; banques, écoles, dispensaires, lieux de culte. La troisième phase correspond ensuite à laffirmation du pouvoir local avec lautonomie municipale, la consolidation des services publics (poste, gendarmerie) et privés (lignes dautobus, supérettes) et les emplois de fonctionnaires. Après le passage du boom du front pionnier, « laprès-front » sorganise en une mosaïque socio-économique de plus en plus structurée et largement dominée par les exploitations délevage, certaines villes perdant alors des fonctions. Cest le quatrième temps du modèle où sobserve le déclin pour les villes qui ne trouvent pas leur spécialisation productive. Un réseau urbain hiérarchisé, de plus en plus différencié, se met alors en place.
Au total, le nombre de municipios a triplé, passant de 153 en 1980 à 487 en 2000, ainsi que le nombre d'élus. Les vieilles oligarchies qui commercialisaient les produits de la forêt, laissent la place à un personnel politique lié aux investissements que l'Etat consent massivement à la région: fonctionnaires ou profession libérale, propriétaires de supermarchés, de stations de radio, de restaurants
. Les programmes d'investissement préparés pour 2004-2007 prévoient de nouvelles infrastructures, celles-ci ne pourront qu'accroître la fragmentation du massif forestier, tandis que la gestion forestière durable se met lentement en place.
Le développement des infrastructures et les orientations stratégiques quil suppose obligent à une concertation politique, car les disputes régionalistes resurgissent lors de lallocation des ressources. Deux plans pluriannuels dinvestissements successifs entre 1996 et 2004 ont cherché à mobiliser des investisseurs publics et privés, mettant en avant des objectifs plus logistiques que proprement régionaux. Parmi les programmes dintégration nationale, lun deux concerne laxe nord-sud visant à monter un réseau de transport pour évacuer la production agricole et agroindustrielle du Cerrado des bordures amazoniennes et nordestines ; les deux projets les plus avancés renforcent laxe Brasilia-Belém, à savoir la voie de chemin de fer nord-sud dont le premier tronçon entre Imperatriz et Estreito a été réalisé et la voie navigable Araguaia-Tocantins.
Parmi les programmes dintégration continentale, la liaison vers les Caraïbes et le Venezuela a été réalisée par un axe routier asphalté qui joint Manaus à Caracas, visant à élargir le marché des produits de la zone franche de Manaus vers les zones peuplées du littoral des Caraïbes, amorçant la liaison vers les Guyanes. A lest, la liaison vers le Pacifique est toujours incomplète, pourtant lasphalte brésilien est aux frontières du Pérou et de la Bolivie. Le système navigable amazonien est également en voie damélioration pour faciliter le trafic de grandes barges. Le principal aménagement concerne la navigabilité du rio Madeira qui sert à lévacuation du soja du Mato Grosso vers lAtlantique par lAmazone. De même, les terminaux portuaires et aéroportuaires sont améliorés.
Conclusion du Chapitre 4 : Cône Sud et Brésil
Les processus dintégration sapprofondissent au sein du Cône sud élargi et au-delà à lensemble de lAmérique du sud. Cependant les avancées récentes du Mercosud sont parfois encore plus politiques quéconomiques. Ainsi, en décembre 2004, lors de deux Sommets réunis dans deux villes chargées dhistoire ; Cuzco et Ouro Preto, à quelques jours dintervalle, les chefs dEtat de presque tous les pays de lAmérique du Sud ont donné une impulsion à lintégration du sous-continent et fait progresser la zone de libre échange. Sous la houlette du gouvernement brésilien, lélargissement est confirmé. La Colombie, lEquateur et le Venezuela deviennent de nouveaux membres associés ; en même temps, les bases dune « Communauté sud-américaine des nations » sont annoncées. Cet élargissement politique est sous-tendu par des grands projets dintégration économique visant à faciliter les échanges entre les pays par des réseaux transnationaux de transport, dénergie et de communication, pas moins de 31 projets ont été retenus. Dans le même temps, la consolidation de la démocratie et des droits de lhomme dans cette partie du monde est affirmée comme un objectif commun. Selon le gouvernement du président Lula, il sagit, plus que de se préparer au processus dintégration en cours dans les Amériques, de lancer de nouvelles perspectives géopolitiques visant à rendre les Etats sud-américains moins dépendants de leur partenaires économiques, Etats-Unis et Union Européenne, et à transformer la géographie commerciale du monde par une politique Sud-Sud fondée sur le commerce avec lInde, la Chine et lAfrique australe.
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Sur la zone des frontières brésiliennes : HYPERLINK "http://www.igeo.ufrj.br/fronteiras" \t "_parent" www.igeo.ufrj.br/fronteiras
Une étude toponymique des localités révèle que le terme « estacion » (gare) revient quatre fois plus souvent que les références à un fleuve « rio », confirmant le rôle majeur des chemins de fer dans la structuration du Territoire national (Velut, 2004).
Grâce au dragage du canal de Tamengo donnant laccessibilité à la voie fluviale du Paraguay, la Bolivie, directement reliée à locéan atlantique, équipe deux ports à Puerto Suarez.
Lexpression désigne les immigrants et descendants dimmigrants brésiliens installés au Paraguay. Employée localement, brasiguayo en espagnol, brasiguaio en portugais, elle a été francisée par la thèse de Sylvain Souchaud.
Voir « De Nova Lisboa à Brasilia, linvention dune capitale » de Laurent Vidal. Editions IHEAL, 2002, 344 p.
Autre particularité du Chili : les régions sont identifiées par des numéros de I au nord à XII au sud.
Les régions I (Tarapaca), II ( Antofagasta) et III (Atacama).
Informations issues du livre dAlain Musset « les villes nomades du nouveau monde » Ed. EHESS, 2002.
Alagoas, Bahia, Ceara, Maranhão, Paraiba, Pernambouc, Piaui, Rio Grande do Norte, Sergipe, totalisaient 48 millions dhabitants au recensement de 2000.
Acre, Amapa, Amazonas, Mato Grosso, Para, Rondonia, Roraima, Tocantins. (14 millions dhabitants)
Freyre Gilberto, Casa grande e senzala, 1933, trad. Maîtres et esclaves, formation de la famille brésilienne en régime patriarcale. Gallimard, 1952.
Furtado Celso, La formation économique du Brésil, de l'époque coloniale aux temps modernes Paris, Mouton 1972.
SUDENE : Superintendance de développement du Nordeste. Cet organisme a conduit de multiples études et programmes sur la région visant à encourager lindustrialisation, la modernisation agricole et lintégration économique grâce à des fonds spéciaux de la Banque du Nordeste du Brésil, BNB.
Après lIndonésie. Les autres pays du bassin amazonien produisent 13 Millions de m3.
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DATE \@ "dd/MM/yyyy" 22/07/2009