les fables - DSDEN 93
Crucial à une bonne compréhension est l'examen de la signification sociale de la
..... qui échappe à la correction même lorsque les sujets surveillent leur langage,
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pénultième accentuée dans les versions espagnoles, alors que le pic de F0 est ...
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LES FABLES
DE LA FONTAINE
À L'ÉCOLE
Philippe ROCHER Décembre 2010
Coordonnateur RRS à Epinay-sur-Seine
SOMMAIRE
Introduction
Première partie
Dire, lire, écrire les fables
I : Lire les fables I.1:Les vers et les rimes
I.1.1:« Diversité, cest ma devise »
I.1.2: La dimension graphique des fables
I.2:Morales et récits I.3:La désignation des personnages, et autres difficultés liées à la lecture des Fables De La Fontaine I.4:Les séquences dialoguées :
la polyphonie des fables et la fonction persuasive I.4.1:Le corbeau et le renard et la persuasion
I.4.2:Le loup et lagneau et largumentation
II : Ecrire
II.1:Réécritures
II.2:Transpositions génériques
II.3:Continuations II.4:Imitations II.5:Copies
III : Dire les fables
III.1:Lire à haute voix, seul ou à plusieurs
III.2:Mémoriser en vue dune interprétation
Seconde partie
Fables en échos et résonances poétiques
Quelques outils pour les mises en réseaux des fables de La Fontaine
I: Le corpus des fables De La Fontaine
II: Les sources
III: La fable après La Fontaine, la continuation poétique du genre
IV: La postérité des fables De La Fontaine, allusions, réécritures et transpositions.
IV.1.: Allusions, citations et influences dans les poèmes contemporains
IV.2 : Détournements, pastiches et parodies
IV.3 :.Transpositions en bandes dessinées et en albums
V: Extraits du document daccompagnement des programmes de littérature à lécole élémentaire
(mise en réseau et programmations des lectures)
ANNEXES
A : Bibliographie générale et sitographie
B: Pour une anthologie école-collège des fables de La FontaineINTRODUCTION
La Fontaine nest pas un écrivain pour enfants. Ce sont bien «les hommes» quil sagit dinstruire, comme lindique le fabuliste dans son adresse «A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN» qui ouvre le premier recueil des Fables. Et le lectorat de La Fontaine était composé de lettrés qui prisaient ses fables comme ils débattaient des uvres de de Racine ou Molière: cest que La Fontaine avait anoblit un genre jusque là plutôt didactique et prosaïque réservé au public enfantin en hissant ses Fables au rang de monuments de lart poétique français. Et qui plus est, La Fontaine comptait certainement sur des destinataires qui non seulement appréciaient sa manière nouvelle, mais comprenaient également quà lédification des esprits et aux intentions satiriques, inhérentes au genre de la fable, sajoutait une critique plus ciblée des rapports de force et de pouvoir de son temps. Il nétait dailleurs, en ce point, pas toujours aussi explicite que dans La cour du lion ou dans cette fable :
LE RENARD ET LE BUSTE
Les grands, pour la plupart, sont masques de théâtre ;Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.Lâne nen sait juger que par ce quil en voit :Le renard, au contraire, à fond les examine,Les tourne de tout sens ; et, quand il saperçoitQue leur fait nest que bonne mine,Il leur applique un mot quun buste de hérosLui fit dire fort à propos.Cétait un buste creux, et plus grand que nature.Le renard, en louant leffort de la sculpture :« Belle tête, dit-il, mais de cervelle point. »
Combien de grands seigneurs sont bustes en ce point !
La Fontaine nest donc pas uniquement un «moraliste», dautant que ses leçons» ne sont pas assénées comme des «vérités» définitives et quil ne craint pas dénoncer des discours contradictoires et que ses morales, parfois implicites, sont souvent ouvertes à linterprétation et sollicitent la réflexion. Labsence de dogmatisme et de préjugés, une grande liberté desprit, vont de pair dans les Fables avec un refus de ne pas se prendre au sérieux et un plaisir de brouiller les pistes aussi manifeste que celui de narrer en utilisant tous les ressorts poétiques de la langue. Cest sans doute cette incertitude que J.-J. Rousseau avait bien vu, lequel recommandait de ne pas donner à lire aux enfants des fables dont les moralités souvent ambiguës nétaient pas selon lui de nature à leur permettre, à leur âge, de distinguer le bien du mal, et relativisaient paradoxalement la valeur morale de ces textes. Pire même, elles risquaient dencourager les mauvaises murs en valorisant des exemples discutables.
LA FONTAINE A L'ÉCOLE
Pourtant, ni lirrévérence à légard de maîtres de toutes sortes (de chiens, dânes, de royaumes, et même décole dans Lenfant et le maître décole...), ni lavis de lauteur de LÉmile, nont empêché quà partir du XIXe siècle, avec la laïcisation de lenseignement et lobligation scolaire, lécole soit devenue le principal vecteur de diffusion dune uvre dont certains textes les plus connus (par le biais de la fameuse récitation) constituent encore aujourdhui lunique patrimoine poétique commun à plusieurs générations;
Si la pérennité de son uvre de fabuliste était de toute façon assurée par son talent, La Fontaine doit aussi en partie à lécole et à la transmission massive quelle a assurée le passage de ses fables à la postérité, confirmant ainsi, dans le temps et par leur présence dans la mémoire collective tous milieux confondus, leur caractère universel. Lécole nest ainsi pas étrangère au fait que les fables sont toujours aussi vivantes après trois siècles dans lédition, quelles continuent dêtre une source intarissable dinspiration pour les illustrateurs, pour des transpositions dans dautres genres (BD, album) et des pastiches, ou pour des interprétations lues et chantées, sur scène ou enregistrées en studio...et que les allusions intertextuelles plus ou moins discrètes soient encore perceptibles dans la littérature récente.
Linscription des fables La Fontaine dans la liste des uvres de littérature proposée par le ministère dans les documents dapplication des programmes (Documents dapplication des programmes, Littérature (2), cycle 3, Scérén-CNDP, 2004, révisée en 2007) et le récent choix ministériel d'un recueil de fables de La Fontaine pour l'opération «Un livre pour l'été» prolonge donc une tradition plus que séculaire de lecture et de mémorisation des fables à lécole (au point quelles ont presque le statut de textes «pour élèves», écrits pour être recopiés, illustrés et récités en classe), et nous rappelle que la présence de La Fontaine au programme de français de sixième approfondit une rencontre largement amorcée à l'école primaire.
La fréquentation des fables est inscrite dans les pratiques que, de ce point de vue, les programmes et les documents d'accompagnement entérinent, tout en les orientant avec des propositions nouvelles dutilisation. Les Fables de La Fontaine sont ainsi particulièrement propices à lutilisation des diverses modalités du "dire-lire-écrire" (lectures des uvres, mises en réseau, débats interprétatifs, mises en voix, lectures dimages, écriture de textes, écrits de travail, copies...) qui structurent les activités de littérature à lécole depuis 2002.
Dans les nouveaux programmes de 2008 où lenseignement du français du cycle des approfondissements se répartit entre «langage oral», «lecture-écriture» et «étude de la langue française», la littérature est articulée à ces trois domaines et plus spécifiquement à la lecture et à la «rédaction».
La progression dans la maîtrise de la langue française se fait selon un programme de lecture et décriture, de vocabulaire, de grammaire, et dorthographe. Un programme de littérature vient soutenir lautonomie en lecture et en écriture des élèves.
Littérature
Le programme de littérature vise à donner à chaque élève un répertoire de références appropriées à son âge, puisées dans le patrimoine et dans la littérature de jeunesse dhier et daujourdhui ; il participe ainsi à la constitution dune culture littéraire commune.
Chaque année, les élèves lisent intégralement des ouvrages relevant de divers genres et appartenant aux classiques de lenfance et à la bibliographie de littérature de jeunesse que le ministère de léducation nationale publie régulièrement. Ces lectures cursives sont conduites avec le souci de développer chez lélève le plaisir de lire.
Les élèves rendent compte de leur lecture, expriment leurs réactions ou leurs points de vue et échangent entre eux sur ces sujets, mettent en relation des textes entre eux (auteurs, thèmes, sentiments exprimés, personnages, événements, situation spatiale ou temporelle, tonalité comique ou tragique...). Les interprétations diverses sont toujours rapportées aux éléments du texte qui les autorisent ou, au contraire, les rendent impossibles.
Rédaction
La rédaction de textes fait lobjet dun apprentissage régulier et progressif : elle est une priorité du cycle des approfondissements. Les élèves apprennent à narrer des faits réels, à décrire, à expliquer une démarche, à justifier une réponse, à inventer des histoires, à résumer des récits, à écrire un poème, en respectant des consignes de composition et de rédaction. Ils sont entraînés à rédiger, à corriger, et à améliorer leurs productions, en utilisant le vocabulaire acquis, leurs connaissances grammaticales et orthographiques ainsi que les outils mis à disposition (manuels, dictionnaires, répertoires etc.).
Les fables en tant que telles apparaissent par ailleurs explicitement en «culture humaniste» dans le nouveau champ disciplinaire «histoire des arts» incluant les arts du langage, au titre de genre littéraire caractéristique de lépoque classique.
Culture humaniste
La culture humaniste des élèves dans ses dimensions historiques, géographiques, artistiques et civiques se nourrit aussi des premiers éléments dune initiation à lhistoire des arts. La culture humaniste ouvre lesprit des élèves à la diversité et à lévolution des civilisations, des sociétés, des territoires, des faits religieux et des arts ; elle leur permet dacquérir des repères temporels, spatiaux, culturels et civiques. Avec la fréquentation des uvres littéraires, elle contribue donc à la formation de la personne et du citoyen.
Les propositions et documents qui suivent, initialement mis en ligne, sous forme d'articles séparés, dans la rubrique La Fontaine du site eppee.ouvaton.org administré par Jean-Claude Rolland (CPC à Epinay-sur-Seine), constituent des matériaux pour les séquences.
La première partie «Dire, lire, écrire les fables» concerne la lecture des fables en tant que telles dans les moments où les élèves sont directement confrontés au texte de lune dentre elles. Elle vise à dégager, pour les enseignants, les principales caractéristiques des fables de La Fontaine (morale/récit, vers mêlés, dialogues, les personnages et la variété de leurs modes de désignation, difficultés de compréhension..) en s'attachant particulièrement au statut de la parole et du langage. Elle propose également des suggestions pour l'écriture et la lecture à voix haute.
La seconde partie, «Fables en échos et résonances poétiques» porte sur la familiarisation avec luvre du fabuliste par létude du bestiaire, des titres des fables, des illustrations, des recueils, et sur les sources et la postérité des fables. Elle contient de nombreux exemples pour les mises en réseaux.
L'ensemble est complété en annexe d'une bibliographie indicative générale et d'une sitographie, et d'une proposition d'anthologie école-collège des fables de La Fontaine avec une indication des sources des fables les plus utilisées à l'école et en classe de sixième.
Dire, Lire, Écrire les Fables
I : LIRE LES FABLES
L
a notice "La Fontaine" de la liste des ouvrages de références pour le cycle 3 de lécole élémentaire, en accordant une place privilégiée aux recueils illustrés et en proposant une découverte à partir des adaptations des fables en bande dessinée, encourage la rencontre des fables en deux temps. Dune manière générale, il semble en effet quil vaille mieux présenter aux jeunes élèves les versions originales écrites des fables après une phase de découverte à partir de lécoute (quelles soient lues par lenseignante ou entendues à partir de versions enregistrées) ou de lobservation dillustrations. Ces dernières constituent des «seuils» dont le rôle est équivalent à celui de la couverture dun album.
La lecture des textes prend alors deux aspects. Cest à la fois la découverte de la forme écrite (particulière ici, parce que versifiée) dune histoire déjà connue et entendue, et une étape de vérification, dans un débat déjà ouvert par limage ou la version préliminaire oralisée, des hypothèses interprétatives qui sont cette fois confrontées au texte. Cest loccasion également de comprendre que les illustrations sont elles-mêmes des interprétations qui, à linstar de celles des lecteurs, privilégient un point de vue (un personnage, le narrateur) ou une dimension de la fable, insistent sur certains détails, en ajoutent et en omettent dautres, font des choix de cadrage.
Il devrait donc aller de soi qua fortiori toutes les activités décriture et dobservation de faits de grammaire textuelle ne se mènent pas dentrée de jeu...
On distinguera bien sûr la morale du récit, linterprétation des fables portant sur au moins deux niveaux explicites : le narratif et le «prescriptif-moral», ce dernier étant lui-même une interprétation du premier. On tiendra compte du fait que, comme la plupart des textes, les fables présentent différents types de séquences, en loccurrence principalement narratives, descriptives (peu développées), et dialogales, et que les morales sont ou bien intégrées à lune delles, ou bien détachées, formant alors une séquence à part, de type explicatif ou argumentatif. Sans oublier bien sûr limportance de la mise en vers.
I. 1 : LES VERS ET LES RIMES.
I. 1. 1 : «DIVERSITÉ, CEST MA DEVISE»
L
a Fontaine versifie en diversifiant, pour ainsi dire, il «diversifie» : les fables, pour la plupart dentre elles, ne sont pas uniformes et mélangent des vers de mesure différente. Cest ce que lon a coutume dappeler les «vers mêlés». On y rencontre souvent lalexandrin (6/6) accompagné de loctosyllabe (8), mais aussi le décasyllabe (4/6), lheptasyllabe (7), lhexasyllabe (6), le pentasyllabe (5), le tétrasyllabe (4), voire parfois des trisyllabes (3) et des dissyllabes (2).
Lassemblage ne répond à aucun schéma préétabli, les changements de vers nobéissent à aucune régularité prédictible et sont plutôt déterminés par la recherche dune plus grande adaptation du vers à lévolution des péripéties du récit et aux dialogues. Cet usage plus libre de la versification, par lequel La Fontaine n'est pas strictement «classique», favorise la production dun certain nombre deffets : oppositions, mises en relief, changement de rythme, accélérations, effets de surprise...la brièveté et la légèreté de loctosyllabe contrastant par exemple avec lampleur et la tonalité épique, dramatique ou lyrique de lalexandrin, le beau vers par excellence. Ainsi, dans Le corbeau et le renard, le premier monologue du renard fait alterner ces deux mesures en réservant lalexandrin aux vers du paroxysme de la louange que les octosyllabes ne font quintroduire progressivement.
Lagencement très subtil des rimes respecte le principe classique dalternance entre rimes féminines (terminées par un «e» surnuméraire, dit caduc ou muet) et masculines (sans ce «e»). En revanche, et moins classiquement, il montre une succession non périodique et là encore non prédictible de groupements croisés (abab), embrassés (abba) ou suivis (aa) qui, en toute rigueur, ne constituent pas des «strophes». Le rat des villes et le rat des champs, Le satyre et le passant et Le statuaire et la statue de Jupiter, composés en quatrains, et les sizains dans Le coq et la perle constituent à cet égard des exceptions dans lensemble des fables.
Il en résulte pour chaque fable une architecture complexe dans laquelle les vers et les rimes contribuent tout autant au «liage» de séquences textuelles de nature différente et à la diversité dun ensemble à la fois non uniforme et très cohésif.
Les fables se prêtent particulièrement bien à lobservation de la versification et la plupart des manuels de 6e en tiennent compte. Linterrogation sur la différence de longueur des vers permet par exemple daborder létude des critères pertinents qui fondent lécriture versifiée en français (le nombre de syllabes, et non celui des lettres ou des mots...). Doù lintérêt de proposer aux élèves des versions qui tiennent compte des contraintes du formatage des vers dans leurs mises en page. On prendra garde toutefois de ne pas se lancer dans des considérations trop techniques inappropriées à certains niveaux de classe et qui risqueraient démousser le plaisir que suscite en général la lecture des fables.
Exemple : LES DIFFÉRENTS NIVEAUX DE STRUCTURATIONS DANS LE CORBEAU ET LE RENARD.
Dans Le corbeau et le renard, les différents niveaux de structuration (rimes, mètres, groupes syntaxiques majeurs et ponctuation, narration/ dialogue) sont articulés de manière complexe.
LE CORBEAU ET LE RENARD
Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par lodeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : « Et Bonjour, Monsieur du Corbeau.Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage, Se rapporte à votre plumage,Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »A ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.Le renard sen saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui lécoute.Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. » Le corbeau, honteux et confus,Jura, mais un peu tard, quon ne ly prendrait plus.
N° VersrimemètrepropositionsRécit et discoursSchéma narratifv1a4+6INarrationSituation initialev2b8v3a 4+6IINud du récit (propositions II à V)
Le monologue tient lieu de déclencheur et d'actionv4b8v5c8IIIDiscours direct
Premier monologuev6c6+6IVv7d8Vv8d8v9e6+6v10f6+6VIINarrationDénouement découlant de la réaction du corbeau.v11e8VIIIv12f6+6v13g6+6IXDiscours direct
Second monologueSituation finale, inverse de l'initiale et se prêtant à une évaluation par chacun des protagonistes.v14g7v15h4+6v16h6+6Xv17i8XINarrationv18i6+6On voit par exemple combien les quatre premiers vers sont trompeurs, avec les alternances complémentaires des rimes et des mètres et les parallélismes syntaxiques qui donnent à ces vers le statut de quatrain introductif. Or cette cohésion vise uniquement à introduire au monologue du renard, central pour laction, et non à distinguer la situation initiale, laquelle correspond aux seuls deux premiers vers, comme en témoigne le changement de temps grammatical «tenait»/ «tint». Cest sans doute une des raisons pour lesquelles les élèves, en général parfaitement capables dans leurs reformulations de retrouver la structure narrative de cette fable, éprouvent plus de difficulté à en retrouver les composantes dans le texte lui-même.Contrairement à ce que les quatre premiers vers pouvaient laisser présager, les groupes rimiques ne coïncident pas nécessairement avec des vers de même nombre syllabique, et par ailleurs, aucun de ces deux niveaux ne se superpose aux autres divisions du texte (narration/monologue, groupes de propositions, schéma narratif). La versification contribue au contraire tantôt à lenchaînement de séquences hétérogènes, tantôt à intégrer de la diversité dans des séquences textuellement homogènes. On peut remarquer en effet dune part que le début du monologue du renard ne saccompagne pas dun changement de mètre (vers 4 et 5), tout comme le passage de la fin du même monologue au récit (vers 9 et 10); et que le vers 9 qui clôt le monologue est le premier vers dun groupe rimique concernant pour lessentiel des vers du récit. Dautre part le second monologue est réparti sur la fin dun alexandrin, un vers de sept syllabes, un décasyllabe et un alexandrin.
I. 1. 2 : LA DIMENSION GRAPHIQUE DES FABLES
L
es élèves peuvent comprendre plus tôt quon ne le pense la pertinence sémantique de certains aspects graphiques et spatiaux dun texte, et ils sont souvent habitués, dès la maternelle, à donner du sens aux différences de taille et de couleur des caractères, ou aux passages en gras et en italiques, dans un album ou sur une affiche. Sarrêter avec eux sur la différence de longueur des vers ou sur une particularité typo-orthographique qui pose questions dans une fable ne relève donc pas plus quailleurs dune attention excessive à des détails sans importance, mais participe au contraire pleinement de lapprentissage de la lecture et de la culture de lécrit. Faut-il encore que les versions proposées des Fables garantissent la vi-lisibilité du texte.
Quelle que soit lentrée choisie pour lintroduction des Fables en classe (recueils illustrés, albums, BD, auditions dinterprétations, avant ou après Ésope...), le moment de lecture et de débat interprétatif implique lusage collectif dun texte dont les élèves devraient pouvoir posséder un exemplaire facilement accessible et manipulable, dans des versions où la ponctuation et les majuscules ont été respectées, et dans lesquelles les modifications, portant essentiellement sur la modernisation de lorthographe (par exemple «tenait» pour «tenoit»...), ne touchent pas à la disposition graphique dorigine (sans alignement à gauche des vers, sans strophes artificielles pour séparer les dialogues...). Tout ceci pourra sembler évident, mais La Fontaine faisant partie de ces auteurs que lon peut éditer à moindre frais sans copyright, la prise en compte des aspects considérés nest malheureusement pas toujours effective dans toutes les éditions jeunesse, très inégales sur ce point, et dont certaines valent plus pour les illustrations que pour le texte lui-même. Dans ces conditions, le "photocopillage" des textes de ces éditions ainsi que le copier-coller-imprimer de certaines versions en ligne sur le web sont des opérations "à haut risque" derreurs. Quant à notre mémoire, elle a toute les chances dêtre très lacunaire relativement à la dimension typographique des fables. Ce qui vaut pour tous les poèmes imprimés en général est particulièrement pertinent dans les Fables de La Fontaine.
DISPOSITION GRAPHIQUE ET VI-LISIBILITÉ
Les vers (majoritairement des alexandrins, décasyllabes, octosyllabes ou heptasyllabes) des Fables sont des vers classiques en ce quils respectent, pour ce qui est de leur composition interne et de leur articulation à la syntaxe, les règles de la versification en usage au XVIIe siècle. Là où La Fontaine est en revanche moins «classique», cest que la plupart des fables sont écrites en vers mêlés, cest-à-dire quelles mélangent sans régularité apparente des vers de mesure différente. Ce travail dorfèvre nest pas pour rien dans la vivacité des textes où la longueur des vers nest pas déterminée par le respect dun patron métrique extérieur quil sagirait de suivre une fois pour toute, mais semble obéir aux nécessités du texte lui-même. Le récit et ses péripéties, les dialogues, larticulation de lensemble, la distinction récit/morale favorisent en effet des ruptures et de multiples contrastes que les vers, par leur différence de longueur, mettent en évidence.
Dès lors, pour la disposition, on se saurait se contenter des passages à la ligne et de la présence des majuscules aux initiales de vers, qui nous signalent tout au plus quil sagit bien de vers et en respectent le nombre. La monotonie visuelle, l«arythmie pour lil» qui en résulte ne montrent rien de la richesse de composition, et les fables perdent alors toute distinction entre elles et toute singularité relativement à dautres textes.
Le texte rendant visible, dans sa dimension spatiale (blancs, longueurs et nombre des vers, passages à la ligne...), le rythme propre à chaque fable, la différence entre vers courts et vers longs doit donc être perceptible afin de garantir la physionomie particulière de chaque texte.
Il semblerait dailleurs quen certains endroits la mise en page soit particulièrement signifiante et que La Fontaine ait su exploiter les possibilités mimétiques dune combinaison judicieuse entre la présentation typographique et lutilisation des vers mêlés dans une forme brève. Par exemple, dans La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le buf, le texte, étonnamment difforme, «senfle et se travaille», et se dégonfle, conjointement aux efforts de lhéroïne, et les vers de la morale se rétrécissent, en passant de lalexandrin à loctosyllabe, au fur et à mesure que descend le rang social évoqué à la rime (grands seigneurs, ambassadeurs, pages): LA GRENOUILLE QUI SE VEUT FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BUF
Une grenouille vit un bufQui lui sembla de belle taille.Elle, qui nétait pas grosse en tout comme un uf,Envieuse, sétend, et senfle et se travaille, Pour égaler lanimal en grosseur,Disant : « Regardez bien, ma sur ;Est-ce assez ? dites-moi ; ny suis-je point encore ?- Nenni. - My voici donc ? - Point du tout. - My voilà ?- Vous nen approchez point. » La chétive pécoreSenfla si bien quelle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs,Tout marquis veut avoir des pages.
Il en est de même semble-t-il pour Lâne portant les reliques, où le texte se rétrécit considérablement à mesure que les illusions de lâne senvolent, après sêtre gonflé dun alexandrin (le seul du texte) au moment où, "recevant comme siens lencens et les cantiques", la méprise du vaniteux est à son comble :
LÂNE PORTANT LES RELIQUES
Un baudet, chargé de reliques,Simagina quon ladorait.Dans ce penser il se carrait,Recevant comme siens lencens et les cantiques.Quelquun vit lerreur, et lui dit :« Maître Baudet, ôtez-vous de lesprit Une vanité si folle. Ce nest pas vous, cest lidole A qui cet honneur se rend, Et que la gloire en est due. »
Dun magistrat ignorant Cest la robe quon salue.
Et enfin, est-il exagéré dapercevoir dans Le pot de terre et le pot de fer les contours élégants et fragiles dune carafe à laquelle il manquerait une anse?
RAISONS TYPOGRAPHIQUES ET ORTHOGRAPHIQUES
Concernant la ponctuation et les majuscules, les universitaires responsables des éditions modernes les plus sérieuses des Fables considèrent généralement que le sens et les effets stylistiques doivent déterminer les choix, et non, comme au XVIIe siècle, le caprice et larbitraire des éditeurs. Cest ainsi, par exemple, que Marc Fumaroli précise dans la note préliminaire de son édition des Fables (La Pochothèque, 1991) :
Les majuscules, surabondantes dans les éditions anciennes, timidement ôtées ici et là dans les éditions modernes, ont été supprimées chaque fois que lusage moderne ne les exige plus, sauf dans les cas où elles soutiennent une figure de style....Types individualisés, les animaux et l es plantes des Fables, sauf lorsque leur nom est traité en nom propre (Sire Rat), ou en titre social (Sa Majesté Lion) ont été ramenés à la minuscule. Le jeu délicat du poète entre le sens propre et le figuré, le singulier et le général, nen est, nous semble-t-il, que plus lisible.
De ce point de vue les versions qui mettent des majuscules à toutes les occurrences de «corbeau» et «renard», ou nen mettent aucune, sont à éviter. Car si les majuscules importent à «Maître Corbeau», «Maître Renard» et «Monsieur du Corbeau», car elles contribuent à leffet dironie du texte en général et du discours du renard en particulier, leur généralisation sur tout le texte limite leur pertinence en faisant disparaître cet effet. Et il en va de même a fortiori avec la disparition complète de ces majuscules.
Cette prise en compte de la forme graphique, permet une utilisation fine des indices visuels et enrichit la discussion avec les élèves qui ne manquent pas dobserver : « pourquoi y a-t-il une majuscule à Corbeau et à Renard, ce ne sont pas des noms propres ? !», mais aussi : « pourquoi ny en na-t-il pas plus loin ?»...
Des remarques du même ordre concernent bien sûr dautres fables, comme par exemple Le loup et lagneau avec :
- Sire, répond lagneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt quelle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous dElle ;
où la typographie (ici la majuscule de la deuxième occurrence du pronom féminin) vient habilement compléter le lexique («Sire» et «Votre Majesté») pour signaler au lecteur la dimension allégorique de «positions» (Plus de vingt pas au-dessous dElle) dont on comprend quelles ne relèvent pas uniquement de la topographie des cours deau... Tout concoure ici, y compris «la lettre», à évoquer lesprit dans le quel le texte est écrit et la visée satirique de lauteur sen prenant aux abus de pouvoir des tyrans, ou tout simplement des plus forts.
Pour terminer, un problème intéressant soulevé par la "langue des vers" dans La colombe et la fourmi. Le plus souvent, dans les éditions de cette fable, presque toutes les occurrences du mot "fourmi" au singulier présentent un "s", par respect de deux contraintes imposées par les règles de la versification classique: la prohibition de lhiatus ( la rencontre entre deux voyelles) obligeait décrire "une fourmis y tombe" et "où la fourmis arrive"), et si la Fontaine pouvait écrire "Et dans cet océan lon eût vu la fourmis", cétait à cause de la règle de la "rime pour l'il" (ici avec "petits" au pluriel). Dans son souci légitime de modernisation, Marc Fumaroli a choisi quant à lui de supprimer dans son édition tous ces "s" qui heurtent nos habitudes orthographiques. On pourrait cependant considérer que sur ce point il eut été préférable de maintenir lorthographe dorigine, ou à tout le moins, de couper la poire en deux en ne conservant que «la fourmis» à la rime.
LA COLOMBE ET LA FOURMI Lautre exemple est tiré danimaux plus petits. Le long dun clair ruisseau buvait une colombe,Quand sur leau se penchant une fourmis y tombe ; Et dans cet océan lon eût vu la fourmis Sefforcer, mais en vain, de regagner la rive.La colombe aussitôt usa de charité : Un brin dherbe dans leau par elle étant jeté, Ce fut un promontoire où la fourmi arrive. Elle se sauve ; et là-dessus Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus.Ce croquant, par hasard, avait une arbalète. Dès quil voit loiseau de Vénus, Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête. Tandis quà le tuer mon villageois sapprête, La fourmi le pique au talon. Le vilain retourne la tête. La colombe lentend, part et tire de long. Le soupé du croquant avec elle senvole : Point de pigeon pour une obole
Outre que cette attention particulière à la rime semble saccorder aux critères que le spécialiste sest donnés (Lorthographe a été résolument modernisée, sauf dans les cas ou la rime (trésor/encor) ou le mètre (Oût plutôt quAoût) en eussent été blessés.), on ne se priverait pas de leffet de sens ainsi produit et permis (sinon prévu ?) dès les premières éditions : en forçant la rime avec ces animaux petits une fois tombée à leau, la fourmis montre dautant mieux que cette augmentation limitée et de toute façon provisoire de sa taille nest quun effort en vain, de regagner la rive...et que cela nempêche pas le clair ruisseau dêtre pour elle un océan. Elle na fait que regagner la riv(m)e du poème, mais cest à sarrimer, plutôt quà rimer mieux, quelle devrait plutôt songer. Il va de soi que lévocation de ces subtilités poétiques na guère dintérêt avec les jeunes élèves. Mais qui peut nier en revanche lintérêt de la rencontre de cette intéressante curiosité orthographique et du questionnement quelle induit ? Ne serait-ce que pour pointer les libertés, les fameuses «licences», que les poètes prennent avec lorthographe quand ça les arrange !
I. 2 : MORALES ET RÉCITS
D
ans une fable, le récit, jamais auto suffisant, nest pas donné pour lui-même mais pour sa capacité à illustrer un propos de portée générale ([
] lhistoire, encor que mensongère, / Contient des vérités qui servent de leçons. écrit La Fontaine). On peut donc envisager un enchaînement du type argument/ conclusion entre les deux composantes du texte.
Dans sa relation avec la morale, le récit peut aussi bien être considéré comme léquivalent dun exemple rhétorique (ce détour narratif, ici fictionnel, quil est souvent commode dutiliser en argumentation) que comme léquivalent de lillustration figurée et symbolique des «emblèmes». Ce genre très prisé à la Renaissance (dans lequel une image, précédée dun court texte dintitulé et suivie de quelques vers qui en donnaient le sens, était offerte à linterprétation du lecteur) inspira dailleurs La Fontaine pour quelques fables (en particulier les Emblèmes dAlciat). Il semblerait dailleurs que le rapport entre lemblème et la fable ait été clairement perçu par la Fontaine, lequel, dans la préface de son édition de 1668 des Fables, écrivait que lapologue est composé de deux parties, dont on peut appeler lune le corps, lautre lâme. Le corps est la fable ; lâme la moralité. Or, cest la même métaphore qui servait à décrire lemblème au XVIe siècle, limage en étant «le corps», et «lâme» étant constituée de la sentence qui servait de titre et du texte qui explicitait le sens moral.
La position textuelle, initiale ou finale, de la morale, a son importance.
Dans le premier cas le texte suit un mouvement du général au particulier : à la morale, présentée comme une vérité universelle régissant (ou devant régir) les relations entre les hommes, succède un récit qui se veut (parfois explicitement : Nous lallons montrer tout à lheure), sinon une validation, du moins une illustration exemplaire de la règle énoncée au départ. Il y a donc une attente que le récit devra satisfaire.
Dans le second cas, plus fréquent, la morale conclusive est la généralisation dune expérience singulière, celle de lhistoire racontée. Ce dernier cas, où la morale est présentée comme étant déductible par inférence, favorise bien sûr chez le lecteur familier du genre tout un travail danticipation sur la «leçon» à venir. Le récit est alors comme une énigme quil sagit de déchiffrer en trouvant la bonne «solution» (ou les solutions, puisque La Fontaine tire parfois plusieurs leçons dune fable), et dont la morale constitue la «clef». Une autre attente est ainsi créée, qui peut dailleurs être frustrée dans les fables où aucune morale nest explicite à la fin.
Et enfin, dans dautres cas, la morale, ou «les» morales, encadre(nt) le récit.
Par ailleurs, chez La Fontaine, les fables se différencient selon que la morale est ou non nettement isolée du récit, et, dans la négative, selon quelle est énoncée par le narrateur ou par un personnage.
On peut aussi distinguer les moralités selon le type dacte de langage quelles réalisent : mise en garde (Trompeurs, cest pour vous que jécris : Attendez-vous à la pareille), constat du caractère injuste de la réalité (La raison du plus fort est toujours la meilleure), recommandation dune règle de conduite (Rien ne sert de courir ; il faut partir à point...). Ceci permet de remarquer que sorties du contexte de la fable, les moralités se prêtent plus ou moins bien à une utilisation proverbiale ou sentencieuse et que cela dépend en partie du degré deffacement du narrateur-fabuliste et des destinataires.
Mais la compréhension globale de la fable, morale incluse, passe nécessairement par celle de lhistoire racontée, cest à dire la scène initiale plus ou moins problématique, les personnages en présence, les actions, les enjeux, le dénouement, la situation finale. Or, il se trouve que les fables, par leur brièveté et leur vivacité, ne se prêtent pas aussi aisément que le conte à une délimitation claire des composantes du récit. Dune part, il nest pas toujours facile de comprendre que les dialogues sont souvent partie intégrante de laction elle-même, ou en tiennent lieu, en particulier dans Le loup et lagneau ou dans Le corbeau et le renard, et il semblerait dautre part que la mise en vers contribue fortement, avec un art subtil des transitions métriques et des enchaînements rimiques, à lhomogénéisation de lensemble du texte.
Rappelons simplement sur ce point que le récit est une représentation dactions dotée dune structure ternaire dynamique (une situation passe dun état 1 à un état 2 sous leffet dune série dévénements) que lon décrit généralement à laide des schémas superposables :
Situation initiale/ transformation (agie ou subie) / situation finale ;AVANT/ PROCES /APRES;«commencement»/ «milieu»/ «fin».
Jean-Michel Adam quant à lui voit dans une séquence narrative la structure quinaire hiérarchique et symétrique suivante :
Situation initiale (orientation)-nud déclencheur-action ou évaluation-dénouement-situation finale
Lenchaînement des temps verbaux constitue généralement un critère fiable pour la compréhension du schéma narratif. Mais cet enchaînement ne suit pas nécessairement un ordre de présentation standard avec une situation initiale à limparfait et les transformations au passé simple ou au présent de narration, comme Le renard et le bouc ou Le loup et lagneau dont les imparfaits initiaux sont immédiatement suivis de passés simples. Par exemple La cigale et la fourmi souvre sur une phrase au passé simple (les quatre premiers vers) qui constitue la situation initiale.
La claire distinction entre la situation initiale et le déclencheur nétant pas toujours aisée, voire étant impossible, on aura compris que la prudence est requise quand il sagit de proposer aux élèves un repérage systématique de tous les éléments constitutifs dune séquence narrative, dautant que la disposition graphique des groupements de vers (par les rimes ou par les mètres) nest pas de nature à en favoriser la perception. Tout au plus permet-elle disoler la morale dans certains cas par la présence dun blanc.
I. 3 : LA DÉSIGNATION DES PERSONNAGES, ET AUTRES DIFFICULTÉS LIÉES A LA LECTURE DES FABLES DE LA FONTAINE
U
ne fois que lon sest assuré que les conditions matérielles de la lisibilité ont été garanties, les difficultés de compréhension rencontrées à la lecture des fables peuvent avoir plusieurs sources. Certaines sont liées aux contraintes que la mise en vers impose à la syntaxe, quil sagisse dinversions de l'ordre nom/adjectif du type «sur un arbre perché» ou «par lodeur alléché», ou dinversions de l'ordre verbe/compléments :
Du palais dun jeune lapin Dame belette, un beau matin, Sempara : cest une rusée.
La langue du XVIIe siècle, ou la présence dexpressions dont lusage a disparu ou sest raréfié, peuvent en outre faire obstacle, tant sur le plan lexical que syntaxique. Pour le lexique cest sans doute le cas dans Le corbeau et le renard avec «ramage», que les élèves nentendent pas plus que les «hôtes de ces bois», et lon sait dexpérience que le «brouet», dans Le renard et la cigogne, ne leur est pas si clair que ça ou que les «reliefs»...fussent-ils «dortolans» sont plus digestes aux rats quaux enfants. Et lon songe, pour la syntaxe, à labsence de déterminants pluriels dans certains groupes nominaux ("Rats en campagne aussitôt... "; "Bon appétit surtout, renards nen manquent point."...), et à lusage des pronoms (place inhabituelle ou emploi disparu de certains tours avec limpératif):
Je lallais aborder, quand dun son plein déclat Lautre ma fait prendre la fuite. (Le cochet, le chat et le souriceau)
Ma commère, il vous faut purgerAvec quatre grains dellébore. (Le lièvre et la tortue)
Prends ton pic et me romps ce caillou qui te nuit.Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? - Oui, dit lhomme. (Le Chartier embourbé)
La scène évoquée peut aussi être difficilement représentable à cause des différences qui séparent les élèves daujourdhui du mode de vie et des techniques du temps de La Fontaine, étroitement dépendants du monde rural (que lon songe par exemple à lomniprésence du cheval à la campagne et à la ville...). De ce point de vue, Le chartier embourbé présente un vocabulaire spécifique à un univers étranger à beaucoup, et les noms des poissons dans Le Héron ou Le petit poisson et le pêcheur névoquent rien aujourdhui à de nombreux élèves de milieux urbains.
Mais ce sont aussi les modes de désignation, et en particulier les reprises anaphoriques, pronominales ou nominales, qui peuvent poser problème. Leur rôle dans la cohésion textuelle étant déterminant, une difficulté locale dinterprétation de certains désignateurs peut nuire, notamment en empêchant ponctuellement lidentification de personnages, à la compréhension globale du texte.
La première désignation des personnages peut-être de nature à ne pas favoriser demblée leur identification au début du poème, comme avec les figures de style suivantes :
Un ânier, son sceptre à la main,Menait, en empereur romain,Deux coursiers à longues oreilles. (Lâne chargé déponges et lâne chargé de sel)
Loiseau de Jupiter enlevant un mouton,Un corbeau, témoin de laffaire,Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton, En voulut sur lheure autant faire.(Le corbeau voulant imiter laigle)
Ou alors, les reprises pronominales ou nominales ont des antécédents pas toujours repérables. Sil nest pas trop difficile pour un élève de comprendre que «sa proie», «cette emprunteuse», «cet animal plein de rage» et «cette bête cruelle» sont des expressions qui désignent, respectivement, en les requalifiant, le fromage, la cigale et le loup, il est sans doute moins facile didentifier le référent des expressions suivantes qui sont tantôt des recatégorisations, tantôt des synonymes peu familiers aujourdhui, ou alors des noms propres dont lemploi générique sest perdu, ou encore des pronoms de reprises usuels dont les élèves ne maîtrisent pas toujours lusage :
La cigogne au long bec nen put attraper miette,Et le drôle eut lapé le tout en un moment.(Le renard et la cigogne)
Le bruit cesse, on se retire :Rats en campagne aussitôt ;Et le citadin de dire :« Achevons tout notre rôt.
- Cest assez, dit le rustique ;Demain vous viendrez chez moi.Ce nest pas que je me pique De tous vos festins de roi ; (Le rat des viles et le rat des champs)
Lattaquer, le mettre en quartiers, Sire loup leût fait volontiers ; Mais il fallait livrer bataille, Et le mâtin était de taille À se défendre hardiment. (Le loup et le chien)
Un vieillard sur son âne aperçut en passant Un pré plein dherbe et fleurissant : Il y lâche sa bête, et le grison se rue Au travers de lherbe menue, (Le vieillard et lâne)
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point :Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.« Gageons, dit celle-ci, que vous natteindrez pointSitôt que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous sage ? Repartit lanimal léger : Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains dellébore. (Le lièvre et la tortue)
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis. »Cétait un chat vivant comme un dévot ermite, Un chat faisant la chattemite, Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras, Arbitre expert sur tous les cas. Jean Lapin pour juge lagrée. Les voilà tous deux arrivés Devant sa majesté fourrée. Grippeminaud leur dit : « Mes enfants, approchez, Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. » Lun et lautre approcha, ne craignant nulle chose.Aussitôt quà portée il vit les contestants, Grippeminaud, le bon apôtre, Jetant des deux côtés la griffe en même temps, Mit les plaideurs daccord en croquant lun et lautre. (Le chat, la belette et le petit lapin)
Larbre tient bon ; le roseau plie. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien quil déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à lempire des morts.(Le chêne et le roseau)
Capitaine Renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés : Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ; Lautre était passé maître en fait de tromperie.(Le renard et le bouc)
Et sans parler de «lanimal chassé du paternel logis» est-on certain que les élèves perçoivent instantanément que «le maître» et le «jeune lapin» sont le même personnage dans Le chat, la belette et le petit lapin ?
Du palais dun jeune lapin Dame belette, un beau matin, Sempara : cest une rusée.Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Sur ces phénomènes didentification, la palme revient sans doute à La poule aux ufs dor :
Lavarice perd tout en voulant tout gagner. Je ne veux, pour le témoigner, Que celui dont la poule, à ce que dit la fable, Pondait tous les jours un uf dor. Il crut que dans son corps elle avait un trésor :Il la tua, louvrit, et la trouva semblableA celles dont les ufs ne lui rapportaient rien, Sétant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Lhomme évoqué ny est jamais désigné par une expression nominale et la poule nest désignée par son nom usuel quune seule fois en plus du titre. Et en toute logique les autres poules évoquées («celles dont les ufs
») ont un traitement pronominal «semblable» à «celui dont la poule...». Il faut dire que lon est dans un contexte caractérisé par le minimalisme narratif et que cette abondance de pronoms concoure habilement, à côté de la brièveté du récit, des trois seules phrases, et de labsence de dialogues, à la concision dun texte dans lequel La Fontaine semble avoir délibérément pris le contre pied de la profusion verbale pour argumenter («chichement» donc) sur les effets de lavarice. Où lon voit que le deuxième et le troisième vers, avec lexpression "Je ne veux...que", explicitent tout autant la forme que le contenu...
Il est alors assez difficile pour les élèves de comprendre que lexpression pronominale complexe «celui dont la poule, à ce que dit la fable, / Pondait tous les jours un uf dor », qui fonctionnerait dans dautres contextes plutôt comme une reprise, na en réalité pas dantécédent et quelle est elle-même lantécédent des deux occurrences de «il». Ils sont par ailleurs confrontés, dans une phrase complexe, à un usage inhabituel du verbe «vouloir» et du pronom «le» dans «Je ne veux, pour le témoigner, / Que celui dont la poule», à partir duquel ils doivent reconstruire une lecture du type «Pour en témoigner, il me suffit de lhistoire de lhomme dont la poule...» ou «Je nen veux pour preuve que la fable où...».
SHAPE
On aura compris limportance des reformulations et de la paraphrase. Déconseillée à lécrit au lycée dans les commentaires pour sa vacuité explicative, la paraphrase ne peut quêtre encouragée dans ces moments de débats oraux sur linterprétation des textes car cest par ce biais que les élèves confrontent leurs lectures, résument ce quils ont compris. On ne saurait donc abandonner une pratique attendue dans les nouveaux programmes :
Lélève apprend à comprendre le sens dun texte en en reformulant lessentiel et en répondant à des questions le concernant. Cette compréhension sappuie sur le repérage des principaux éléments du texte (par exemple, le sujet dun texte documentaire, les personnages et les événements dun récit), mais aussi sur son analyse précise. Celle-ci consiste principalement en lobservation des traits distinctifs qui donnent au texte sa cohérence : titre, organisation en phrases et en paragraphes, rôle de la ponctuation et des mots de liaison, usage des pronoms, temps verbaux, champs lexicaux.
Et déjà encouragée dès le cycle 2 de lécole élémentaire dans les programmes 2002 où elle constituait par ailleurs une compétence attendue à la fin du cycle 3 :
Le maître guide les élèves dans leur effort de compréhension. Il les engage à reformuler ce quils ont compris avec leurs propres mots, puis, par un dialogue attentif, il les conduit à combler les lacunes ou les erreurs quil constate.
Les erreurs dinterprétation, les oublis renvoient souvent à des passages qui nont pas été compris. Relire ne suffit donc pas à dépasser les difficultés. Un dialogue doit sengager entre lenseignant et les élèves pour, en sappuyant sur ce qui est connu, construire des représentations claires de ce qui ne lest pas encore. Ce travail ne peut être conduit seulement avec le grand groupe. Il doit être mené pas à pas avec chacun des élèves de manière à ne jamais abandonner ceux qui sont le plus loin de la culture littéraire. Même si le résumé reste à cet âge hors de portée de la plupart des élèves, une part importante du travail de compréhension doit porter sur la construction dune synthèse aussi brève que possible du texte lu : de qui ou de quoi parle ce texte (thème) ? Quest-ce quil dit (propos) ?
Il est nécessaire, pour la compréhension de lhistoire racontée, de savoir en permanence de qui et de quoi lon parle. Il est alors utile dencourager tous les repérages en suivant chaque personnage à la trace, quitte à utiliser un surligneur, et de produire des écrits de travail récapitulatifs relatifs aux différents modes de désignation, en distinguant les antécédents des reprises, en recherchant des critères de classement (groupes nominaux, noms propres et pronoms, par exemple) et en formulant des généralisations vérifiables. Les outils ainsi construits étant améliorables, et facilement exploitables pour la production décrits. Lobservation réfléchie des textes est ainsi loccasion dune observation réfléchie de la manière dont sont utilisés les différents outils de la langue. Des remarques intéressantes peuvent ainsi être faites sur lusage du «nous» dans «Nous lallons montrer tout à lheure», sur celui de «elle» dans les propos de lagneau, et sur le passage au «vous» dans «vous ne mépargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens».
Le document dapplication de 2002 indique également un autre intérêt de cette activité de repérage et de classement :
Les relations entre noms génériques et noms spécifiques sont extrêmement complexes. Jouer avec est certainement essentiel. On voit comment on peut conduire les élèves à des exercices simples dinterprétation des substitutions nominales mais aussi à des jeux indéfinis : par exemple, retrouver lextraordinaire bestiaire des substituts des noms danimaux dans les fables de La Fontaine...
A linverse, il est aussi possible de lister pour chaque animal rencontré toutes les expressions employées, sans omettre de distinguer les emplois en discours de ceux du récit (par exemple les emplois du mot «majesté», utilisé par le narrateur avec «sa majesté fourrée» dans Le chat, la belette et le petit lapin, et par lagneau avec « que Votre Majesté...»).
Par ailleurs on pourra en profiter pour réviser certaines «évidences»: on admet par exemple généralement que dans les récits, les personnages sont dabord introduits avec des groupes nominaux indéfinis ou des noms propres, et quensuite ils sont désignés par des formes de reprises telles que des GN définis, des noms propres ou des pronoms (Le loup et lagneau est précisément un exemple assez prototypique de cet ordre). Pourtant certaines fables, et non des moindres, telles La cigale et la fourmi, Le chêne et le roseau, Le héron, Le lièvre et la tortue, constituent autant dexemples où lusage des définis dits «de notoriété» empêche de transformer cette régularité en règle absolument valable dans tous les cas. Dans Le chêne et le roseau, en particulier, outre que le premier vers est «Le chêne un jour dit au roseau», on a aussi:
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots, Du bout de lhorizon accourt avec furie Le plus terrible des enfants Que le Nord eût porté jusque là dans ses flancs.
où lexpression définie surlignée désigne de manière métaphorique et hyperbolique une entité particulière (un vent dune force remarquable, une tempête) non encore nommée auparavant dans le texte (même si «les vents» ou les «royaumes du vent» ont déjà été rencontrés), et nest donc pas la reprise anaphorique dun quelconque antécédent. Ces usages des déterminants définis contribuent pour une part non négligeable à la dimension «évocative» des fables, et des poèmes en général.
Rappelons enfin quil importe de distinguer tous les désignateurs des déterminants possessifs : ces derniers, même sils permettent de renvoyer au possesseur de lentité désignée par le GN quils introduisent («ton frère» = le frère de toi, de lagneau), ne constituent pas à eux seuls, comme tous les déterminants, des expressions référentielles. Les GN possessifs sont en revanche des expressions désignatives qui peuvent, selon les cas, être utilisées en antécédent ou en reprise («Son frère entra. Elle le regarda.»/ «Paul aurait bien voulu lui parler, mais il savait bien que sa fille était vraiment décidée à rester seule »).
Les activités de classement sont ainsi loccasion de distinguer, parmi toutes les expressions qui renvoient à un personnage, entre dun côté les syntagmes nominaux et les substituts possibles qui le désignent ("un agneau", "te", "tu", "lagneau", ...) et, de lautre, les syntagmes nominaux possessifs qui désignent un autre référent en indiquant la nature de la relation (possessive en loccurrence) quil entretient avec le personnage considéré ("ton frère", "votre ramage", "votre plumage").
Encore une fois, ce travail ne précède pas la lecture pas plus quil ne seffectue au moment de la première rencontre dune fable dont la lecture ne saurait avoir comme objectif premier de servir de prétexte à des activités de grammaire. Il nen demeure pas moins que, comme tout texte, une fable peut être lobjet dune observation attentive des marques linguistiques qui en assurent la cohésion et la cohérence.
Ce matin-là de mars, veille des vacances de Pâques, un agneau se désaltérait tranquillement dans le courant dune onde pure. La semaine précédente, javais appris que tout renard flatteur vit aux dépens du corbeau qui lécoute. Et la semaine encore antérieure, une tortue avait battu un lièvre à la course...
Vous avez deviné : chaque mardi et chaque jeudi, entre neuf et onze heures, les animaux les plus divers envahissaient notre classe, invités par notre professeur. La toute jeune Mademoiselle Laurencin aimait damour La Fontaine. Elle nous promenait de fable en fable, comme dans le plus clair et le plus mystérieux des jardins.
- Écoutez-ça, les enfants : .../...
Laurencin, en récitant, rougissait, pâlissait : cétait une véritable amoureuse.
-Vous vous rendez compte ? En si peu de lignes, dessiner si bien lhistoire...Vous la voyez la grenouille envieuse, non ? Et le moucheron chétif, vous ne lentendez pas vrombir ?
[Suit larrivée de Madame Jargonos, IPR de lettres....qui prends le cours en route et écoute.]
-Je vois, je vois...De limprécis, de là-peu-près...De la paraphrase alors quon vous demande de sensibiliser les élèves à la construction narrative : quest-ce qui assure la continuité textuelle ? A quel type de progression thématique a-t-on ici affaire ? Quelles sont les compositions de la situation dénonciation ? A-t-on affaire à du récit ou à du discours ? Voilà ce quil est fondamental denseigner !
Ces extraits de La grammaire est une chanson douce égratignent certes férocement les programmes de français du collège, mais préviennent salutairement contre le manque denthousiasme et lexcès de technicité dans lenseignement de la littérature, dont on aura compris quEric Orsenna le préfère mis en uvre par les amoureux fervents plutôt que par les savants austères. Jinsiste à mon tour : lobjectif est de parvenir à faire tenir ensemble le plaisir de lire et écouter les fables et lobservation attentive de certaines dimensions des textes qui méritent examen, en évitant dutiliser les fables comme prétextes à lutilisation dun jargon incompréhensible.
SHAPE
I. 4 : LES SÉQUENCES DIALOGUÉES. LA POLYPHONIE DES FABLES ET LA FONCTION PERSUASIVE
O
n évoque beaucoup la satire politique et sociale mais on ninsiste jamais assez sur le rôle et le pouvoir de la parole et sur limportance du langage chez La Fontaine. Pourtant la parole des personnages est une composante essentielle (et souvent problématique) du contenu, de lhumour et de la vitalité des fables, comme La Fontaine lindique lui-même :
Cependant jusquici dun langage nouveau/ Jai fait parler le loup et répondre lagneau ; /Jai passé plus avant : les arbres et les plantes/ Sont devenus chez moi créatures parlantes. (Contre ceux qui ont le goût difficile, Livre II, 1).
Je chante les héros dont Esope est le père, /Troupe de qui lhistoire, encor que mensongère, / Contient des vérités qui servent de leçons. / Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons : Ce quils disent sadresse à tous tant que nous sommes. /Je me sers danimaux pour instruire les hommes. (A Monseigneur le Dauphin, adresse en vers qui ouvre le premier recueil)
Rappelons que le 17e siècle est «lâge de léloquence» et de la conversation mondaine, et que la dimension rhétorique est doublement présente dans les fables. De manière interne, dans la mesure où dans les fables les dialogues abondent, et que les récits y mettent souvent en scène des discours. Et de manière externe puisque chaque fable a une orientation et une structure argumentatives en vue de la morale quelle prétend illustrer. La fonction illustrative et argumentative du récit est particulièrement perceptible dans les exemples suivants où le commentaire du narrateur, à la première personne, sadresse à des destinataires explicites :
Je blâme ici plus de gens quon ne pense. / Tout babillard, tout censeur, tout pédant, (Lenfant et le maître décole)
Ce nest pas aux hérons / Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte : /Vous verrez que chez vous jai puisé ces leçon. (Le héron)
Quelle chose par là nous peut être enseignée ? / Jen vois deux (Le lion et le moucheron),
La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous lallons montrer tout à lheure. (Le loup et lagneau),
Je tiens pour moi que cest folie (Le petit poisson et le pêcheur),
Lavarice perd tout en voulant tout gagner. / Je ne veux, pour le témoigner, (La poule aux ufs dor),
Trompeurs, cest pour vous que jécris : / Attendez-vous à la pareille. (Le renard et la cigogne).
La Fontaine cherche à plaire, instruire et émouvoir, et donc à persuader, à linstar de beaucoup des personnages auxquels il donne la parole. Ce qui distingue ces derniers les uns des autres, selon la fable, ce sont les intentions, plus ou moins bienveillantes, la capacité de jugement, le caractère (différent selon les stéréotypes choisis), le type dauditoire auquel ils appartiennent ou auquel ils sadressent (unique ou collectif, hiérarchiquement ou physiquement supérieur ou inférieur...), autrement dit les variables des situations de communication dans toute leur complexité cognitive et pragmatique et dont la diversité témoigne de la richesse des situations et des motivations du monde social humain observé par La Fontaine. Cest ainsi que les registres de langues varient selon les enjeux, les thèmes, et la position des personnages, et que les dialogues relèvent non seulement de la simple conversation, mais également des principaux genres «oratoires» du discours, quil sagisse de délibérer en vue de rendre justice, de prendre une décision de nature politique pour un groupe, ou quil faille blâmer ou louer quelquun. Ce dernier point est également attesté, entre autres, par lusage fréquent dun vocabulaire étroitement associé aux usages sociaux et rhétoriques de la parole («harangue», «plaideurs», «contestants», «plaider», «sermon», «exhorter», «discours», «débats»...)
Il faut bien dire pourtant que chez le «peuple croassant» des grenouilles, comme dans tout le bestiaire polyphonique et «babillard» auquel il faut parfois «rabattre le caquet», les usages de la parole sont souvent ou inutiles et bavards, ou trompeurs, ou essentiellement guidés par les passions. Et ce nest là ni une prouesse mineure des fables, ni lun de leurs moindres paradoxes, que dêtre des modèles de la littérature de salon et des chefs duvre de lart du langage, et pour nombre dentre elles de contenir au cur de laction des dialogues ayant une issue telle que cest leur présence même, et la parole en général, qui semblent être mises en question.
I.4.1: LE CORBEAU ET LE RENARD ET LA PERSUASION
Dans Le corbeau et le renard (la deuxième fable du Livre premier, faisant suite à La cigale et la fourmi) on peut dailleurs noter que dès le départ, la rime "langage/ fromage" et le parallélisme des constructions "Tenait...fromage/Lui tint...langage", en indiquant la différence de nature irréductible des deux protagonistes, signalent que tout est déjà joué davance et anticipent sur les modalités futures langagières et rhétoriques en loccurrence de la ruse du renard. Le fait que la rime "langage/ fromage" signale une opposition est dailleurs confirmé plus loin par la paire de mots-rimes "ramage-plumage" dont léquivalence rimique avec "fromage" contribue aussi bien à la distinction formelle du mot "langage" dans la série des quatre rimes en «-age» (fromage-langage-ramage-plumage) quà lexclusion «référentielle» du langage de la liste des attributs correspondants du corbeau. Et que dire de cette présence insistante dissimulée dans le premier vers du renard, succédant immédiatement à la première occurrence du mot «renard» dans la fable: Maître Renard, PAR Lodeur alléché ?
Le statut du langage dans les fables navait dailleurs pas échappé à Raymond Queneau dans Battre la campagne dont lun des derniers poèmes est précisément une réhabilitation du corbeau, devenu sujet parlant.
LE LANGAGE CORBEAU
Sagitant sur un arbreun marbrenoir. Il parle car lelangage ne lui est pas étrangeril sait dire : attention danger et même quelques mots plus raresne sentretint-il pas dit-on avec le renard à cette époque il est vrai il ne savait que chanter maintenant il prononce des phrases entières et il sen montre enchanté
Noublions pas que la «leçon» de cette fable porte précisément sur le caractère plus ou moins moral de certains usages de la parole. Dans Le corbeau et le renard, comme souvent chez La Fontaine, la morale est ambiguë. Cest dailleurs le renard lui-même qui lénonce. Il sagit bien de se méfier des beaux parleurs, et des flatteurs en particulier, mais de comprendre aussi que leur danger réside moins dans lusage de lintelligence et du langage en tant que tels que dans les intentions qui président à leur utilisation. Il vaut mieux de toute façon avoir la maîtrise de sa parole, dautant que cest un substitut idéal à la violence, ou, en loccurrence, à une incapacité physique darriver à ses fins. Cette maîtrise impliquant bien sûr de savoir également se taire. On retrouve là une idée fondamentale de la tradition humaniste, celle de la supériorité de léloquence sur la force, qui nimplique pas, bien entendu, que la parole ne soit jamais exempte de violence ou dusages spécieux.
Dans cette fable, il est clair quintelligence et discours sont liés et quau contraire labsence de parole est associée à la sottise. La parole est en tout cas latout majeur du très humain renard, seul être parlant de la fable. Le corbeau a certes lexcuse de ne pouvoir parler, mais il a surtout le devoir de garder le silence, sous peine de se retrouver, comme la fourmi, la victime affamée de son propre chant. Mais son bec reste essentiellement lorgane de deux uniques fonctions, avoir (le fromage) et paraître, associées à des caractéristiques (naïveté, vanité, superficialité
) qui le rendent trop prompt à faire le beau pour la recherche de la gloire (un thème dactualité).
On peut ajouter que sur le terrain des usages manipulateurs de la parole, la rhétorique publicitaire na aujourdhui rien à envier à celle du renard. Il faut voir comme on nous parle... Ne nous renvoie-t-elle pas toujours une image flatteuse de nous-mêmes, en nous disant, par exemple, que nous le valons bien ? Ne singénie-t-elle pas à anticiper sur nos désirs supposés ? Ne mise-t-elle pas aussi sur le caractère prévisible de nos comportements ?
Sont présentés ici, sous forme de questions, quelques problèmes dinterprétation souvent rencontrés en classe. Ce nest pas pour autant quil faille les poser toutes et sous cette forme. Disons quelles résument bien ce qui fait débat de manière récurrente depuis le célèbre jugement négatif de J.J. Rousseau sur cette fable.
En quoi la situation de départ est problématique pour le renard ? (il veut le fromage mais ne grimpe pas aux arbres...)
Quel moyen va-t-il utiliser pour le résoudre ?
Sur quoi compte-t-il pour réussir ?
Le renard est-il sincère quand il dit «sans mentir» ?
Le corbeau est-il à plaindre ?
Etait-il obligé de chanter ?
Pourquoi la-t-il fait quand même ?
Que penser de ses motivations ?
Le renard applaudi et admiré en est-il pour autant quitte avec la morale ?
Quand il prétend avoir été utile au corbeau et mérité son fromage, en quoi a-t-il raison ?
Est-il sincère à ce moment là ?
En quoi est-il paradoxal ?
Le fait quil était intéressé par le fromage annule-t-il, ou affaiblit-il la portée morale de sa leçon ?
A-t-il une bonne « pédagogie » ?
Peut-on donner une leçon à quelquun au prix de lhumiliation ?
Ne prend-il pas un malin plaisir à sacharner sur sa « victime », en profitant de sa victoire pour donner « le coup de grâce » ?
Ne serait-ce pas au corbeau de tirer lui-même la leçon de ce qui vient de lui arriver ?
Quelle autre leçon le corbeau tire-t-il seul ?
Pourquoi La Fontaine a choisi que la morale de sa fable soit énoncée au corbeau par le renard lui-même, alors que son action nest pas morale à 100% ?
Le renard a-t-il mangé le fromage ?
Doit-il le rendre?
Pourquoi est-on systématiquement du côté du renard ?
Quel rapport avec La cigale et la fourmi ?
I. 4.2 : LE LOUP ET LAGNEAU ET LARGUMENTATION
Le loup et lagneau offre une occasion intéressante dobserver la parole argumentative en acte, avec lagneau dont la raison et la capacité dargumentation ne peuvent manifestement rien contre la mauvaise foi dun loup essentiellement guidé par son instinct. Ce dernier accuse et menace, en tutoyant :
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? / Dit cet animal plein de rage: / Tu seras châtié de ta témérité.
tandis que lagneau, poliment et très humblement, tente dabord d'apaiser
- Sire, répond lagneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ;
et d'amener le loup à revoir son point de vue (Mais plutôt quelle considère). Ce faisant, il entreprend dargumenter (les termes en gras en témoignent) en montrant la fausseté des affirmations de son interlocuteur :
Que je me vas désaltérantDans le courant,Plus de vingt pas au-dessous dElle ;Et que par conséquent, en aucune façon,Je ne puis troubler sa boisson.
Dans la suite du dialogue, le loup, sensible à la série de réfutations imparables de lagneau, fait mine dargumenter à son tour (il utilise deux fois «donc», une fois «car»), mais formule son verdict (il faut que je me venge) à partir daccusations non fondées (Si ce nest toi, cest donc ton frère.) et basées sur des «on-dit» dont il ne cite pas les sources (Et je sais que de moi tu médis lan passé./.../ On me la dit.), et pour finir, sur une généralisation et un amalgame (Cest donc quelquun des tiens : / Car vous ne mépargnez guère, / Vous, vos bergers et vos chiens.) par lesquels lagneau, bien quinnocent, est assimilé au groupe social oppresseur. Cest ce faux argument «sociologique» qui, au bout du compte, constitue la circonstance aggravante et la justification ultime du sort de lagneau. La fin est dans lordre des choses et indique que les loups ne sauraient être de bonne foi envers les agneaux quand ils sessaient à largumentation, et quils nont pas besoin dautre justification de leurs actes que celle dêtre les plus forts. Doù la morale, dont on aura compris quelle nest pas une apologie mais au contraire une dénonciation du comportement barbare des prédateurs.
La Fontaine illustre ici un double échec du langage. Avec, pour lagneau, les limites et linutilité de lusage de la parole et de la raison quand le rapport de force nest pas favorable, et pour le loup, une utilisation «mimétique» et paradoxale de largumentation par laquelle il tente maladroitement (malhonnêtement ?) de se conformer aux usages sociaux du langage pour justifier une action largement surdéterminée par lordre naturel des choses. Aucun de nos deux «sujets parlants» néchappe en fin de compte à son destin de proie et de prédateur. Or, cet ordre «naturel», comme dans la plupart des fables, valant aussi pour un ordre social, et les rapports de force pour des rapports sociaux, la confrontation de la fable donne à réfléchir sur les contradictions dun monde social humain où cohabitent les bonnes murs et la loi du plus fort. Mais aussi sur lambigüité du personnage du loup, le fort qui abuse de son pouvoir et, en dépit de ses tentatives de justification, souhaite de toute façon arriver à ses fins contre le faible, mais également celui qui a faim et est en butte à la société des hommes et à ses murs et pour qui les forts, sous cet angle, sont ceux pour lesquels travaillent les bergers et les chiens qui ne «lépargnent guère.
On voit là le grand intérêt quil y a, à partir dune telle fable (mais il y en a dautres), de débattre en classe sur la valeur des arguments, sur les «formes de procès» justes et sur les parodies de justice, sur la protection des faibles, sur la recherche de la vérité, sur la parole et la violence, sur le rôle et le pouvoir du langage, et sur léthique qui devrait accompagner son utilisation. De comprendre ainsi quau quotidien la démocratie, la citoyenneté et largumentation ont partie liée quand bien même on ne débattrait pas de sujets philosophiques, et que de ce point de vue, on peut construire une vision de la parole moins pessimiste que celle de La Fontaine dans certaines de ses fables.
SHAPE
La parole étant une composante de laction dans de nombreuses fables, il est déterminant pour la compréhension du récit de savoir qui parle à qui, comment et pourquoi.
Il est utile bien sûr de travailler à la distinction narrateur/personnages et à la distinction des personnages eux-mêmes, mais également sur le statut (direct ou indirect) du discours rapporté, et sur le champ lexical de la parole.
Dans Le corbeau et le renard, par exemple, le discours rapporté est toujours direct pour le renard, et indirect pour le corbeau (le dernier vers est précisément au discours indirect alors que le corbeau a le bec libre...), et le lexique de la parole est systématiquement favorable au renard. Un écrit de travail possible, sous forme de tableau par exemple, est de distinguer sur ce plan les deux protagonistes : le renard « tint... ce langage », cest « à ces mots» à lui que le corbeau réagit, il se saisit du fromage et «dit» sa «leçon»..., tandis que le corbeau «tenait... un fromage», «en son bec» quil «ouvre» uniquement pour «laisse(r) tomber sa proie» et montrer son «ramage»... Lobservation des rimes peut être aussi loccasion de «chercher lintrus» dans la série «fromage-langage-plumage-ramage» et de remarquer leur fonction synthétique: par exemple, «ramage» et «fromage» se font écho en soulignant par ailleurs leur propriété commune dêtre des attributs du bec du corbeau, et cest précisément le passage de lun à lautre, recherché par le renard, qui sera fatal au corbeau.
La comparaison avec Le coq et le renard, montrera en revanche que les caractéristiques du vieux coq «adroit et matois», qui plus est «en sentinelle», donc actif et sur ses gardes, annoncent une tout autre fin pour le renard qui naura effectivement plus par la suite le monopole de la ruse et de la parole.
Sur la branche dun arbre était en sentinelle Un vieux coq adroit et matois. « Frère, dit un renard, adoucissant sa voix, Nous ne sommes plus en querelle : Paix générale cette fois.
On pourra également travailler sur les verbes introducteurs de discours (dire, répondre, demander, alléguer, crier, répartir..., voir «Tu la troubles, reprit cette bête cruelle») qui indiquent quels types dactes de langage sont accomplis, et informent sur leurs modes daccomplissements. Lister de tels verbes peut ensuite rendre de grands services pour la production décrits. Et leur prise en compte effective ne peut manquer davoir des incidences sur les lectures à haute voix et les interprétations.
Enfin, les fables se prêtent à léchange didées et au débat interprétatif argumenté: quil sagisse de comprendre lhistoire, dinterpréter une morale parfois problématique, de discuter des arguments utilisés par les personnages, de rechercher dans la vie courante ou dans la littérature dautres exemples illustrant le thème dune fable...les fables font réfléchir et parler, et donnent loccasion aux élèves dargumenter et de persuader à leur tour de la justesse de leur point de vue. Les fables sont ainsi loccasion de comprendre et dapprécier combien largumentation est une des fonctions essentielles du langage et un des modes qui en manifeste le plus sûrement la transversalité reconnue dans les programmes et dans le socle commun.
II : ÉCRIRE
U
n autre moyen de rendre plus assurée la compréhension dun texte est darticuler celle-ci avec un travail décriture. Il sagit le plus souvent de prolonger un texte dont seul le début a été proposé, de transformer un épisode, de changer de personnage, de transporter le personnage principal dans un autre univers... La littérature de jeunesse offre de très nombreux exemples de pastiches et de détournements de ce type.
Les élèves ne sauraient simproviser fabulistes. Il est difficile en particulier de distinguer la fable du conte et décrire une « histoire » dans le but dillustrer une morale quil faut de surcroît expliciter à la fin. Les activités décriture supposent donc la lecture préalable de plusieurs fables et une connaissance de ce qui les caractérise et les différencie des autres textes narratifs.
Les mises en réseaux rendent de grands services à cet égard en montrant des versions non versifiées et plus concises de fables dont le canevas a servi de point de départ à La Fontaine (Ésope par exemple), ou des réécritures ou transpositions modernes plus ou moins parodiques. (voir la seconde partie).
Dans un premier temps les activités de réécriture ou de transposition de fables connues sont beaucoup plus faciles que celles de création, et dans ce dernier cas, lécriture peut être grandement facilitée par des inducteurs tels quun titre ou une illustration.
Il sera nécessaire au début de rappeler dans les consignes que la morale devra être écrite au présent (dit «de vérité générale»), de suggérer un temps pour le récit (passé simple ou présent de narration); dencourager lutilisation, en général non spontanée, de reprises nominales à la manière de la Fontaine, et de demander lutilisation de dialogues.
II. 1: TRANSFORMATIONS
réécrire en détournant, avec la méthode S+7 ou S+5 ou à partir dune autre contrainte formelle comme le lipogramme ou une de ses variantes comme le monoclavisme.
Voir les sites Oulipo et FATRAZIE ainsi que les Affabulations et La fontaine aux fables fictives de Nicolas Graner.
Voir aussi La grenadine qui se veut faire aussi grosse que le bobsleigh sur Franc-parler.org, ou comment La Cimaise et la Fraction de Queneau a été exploitée par les élèves de Cycle 3 de lécole de La Bastidonne.
travailler les registres de langue à partir dune version en argot et réécrire dans un registre familier
réécrire une fable en prose en gardant les personnages et lhistoire
réécrire une fable dans une version « moderne », avec dautres personnages (objets ou humains par exemple), en conservant lintrigue et la morale.
Fables à lenvers, antifables ou contrefables : La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le buf se prête par exemple assez bien à un renversement, compte tenu de la recherche contemporaine de la minceur à tout prix. Voir un exemple de travaux délèves sur La Fontaine.net et sur le site de lécole dAnzin.
passer du discours indirect au discours direct (insérer des dialogues) et inversement. Par exemple avec Le cochet, le chat et le souriceau dont la fable commence précisément par "voici comme il conta laventure à sa mère", continuer au discours indirect à la troisième personne.
changer de point de vue : faire raconter par le renard le bon tour quil a joué au corbeau...
inverser les caractéristiques des personnages ou dune situation : un loup gentil/un agneau méchant, une cigale riche qui veut placer son argent, un corbeau malin... (voir Jean Anouilh ou le Queneau de Battre la campagne). Voir La saga du corbeau et du renard sur La Fontaine.net et le site des enfants dAnatole
II. 2 : TRANSPOSITIONS GÉNÉRIQUES
en pièce de théâtre : suppose dabord que lon joue une fable, ce qui implique déjà une réécriture minimale (avec par exemple la suppression des verbes introducteurs de discours). On peut compléter par lajout de scènes dialoguées ou la prolongation de celles existantes, lintroduction de didascalies...
en article dune rubrique de fait divers
en album
en BD
II. 3 : CONTINUATIONS
imaginer la vengeance du corbeau
écrire linterview du corbeau après sa mésaventure, ou sa déclaration à la police... -écrire les interviews davant départ et daprès course du lièvre et de la tortue par des journalistes sportifs... Voir sur La Fontaine.net le travail des enfants dOurton.
la suite de Le renard et le bouc : comment sort-il du puits ?
terminer une fable dont on a la situation de départ et les personnages
écrire une morale à partir dune fable dEsope ou dun autre texte
II. 4 : IMITATIONS. ÉCRIRE DAUTRES FABLES
élargir le bestiaire : choisir des animaux absents chez La Fontaine, essayer de leur attribuer un trait de caractère en fonction de ce que lon connaît de leur mode de vie et de leurs caractéristiques physiques, et écrire une fable.
écrire une fable à partir dun incident, dun fait divers, dun poème, dun album...
écrire une fable à partir du titre dune fable non connue dÉsope ou de La Fontaine, ou après avoir choisi deux animaux au hasard, ou à partir dune morale ou dillustrations existantes, à partir dun proverbe..
idées précédentes avec en plus la recherche de rimes (voir des productions délèves du Morbihan sur le site ci-dessous)
RÉCAPITULATIF DES LIENS
-Oulipo : HYPERLINK "http://miche77.free.fr/Oulipo.htm"http://miche77.free.fr/Oulipo.htm
-Affabulations : HYPERLINK "http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/affabulations.html"http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/affabulations.html
-La Fontaine aux fables fictives : HYPERLINK "http://graner.net/nicolas/OULIPO/fables.html" \l "b \"http://graner.net/nicolas/OULIPO/fables.html#b "target ="_blank
-Fatrazie : HYPERLINK "http://www.fatrazie.com/Corbeau.htm"http://www.fatrazie.com/Corbeau.htm
-La grenadine
: HYPERLINK "http://www.francparler.org/fiches/s7.htm"http://www.francparler.org/fiches/s7.htm
-La Batisdonne : HYPERLINK "http://labastidonne.pagesperso-orange.fr/fables.htm" \l "LE CORBEAU ET LE RENARD \"http://labastidonne.pagesperso-orange.fr/fables.htm#LE%20CORBEAU%20ET%20LE%20RENARD "target ="_blank
-Anzin : HYPERLINK "http://netia62.ac-lille.fr/arras4/ien/classes/anzin.htm"http://netia62.ac-lille.fr/arras4/ien/classes/anzin.htm
-La saga du corbeau et du renard : HYPERLINK "http://www.lafontaine.net/leCorbeau/listeCorbeau.php"http://www.lafontaine.net/leCorbeau/listeCorbeau.php
-Les fables des enfants dAnatole (Montataire) : HYPERLINK "http://etablissements.ac-amiens.fr/0601178e/college_fichiers/College/Ecriture/Fables/Fables4655.html"http://etablissements.ac-amiens.fr/0601178e/college_fichiers/College/Ecriture/Fables/Fables4655.html
-Ourton : HYPERLINK "http://www.lafontaine.net/enfants/enfant.php?id=2"http://www.lafontaine.net/enfants/enfant.php?id=2
-Morbihan : HYPERLINK "http://www.cndp.fr/cdlect/animation/21.htm"http://www.cndp.fr/cdlect/animation/21.htm
II. 5 : COPIER, ENTIEREMENT OU PAR FRAGMENTS, OU SAISIR AVEC UN TRAITEMENT DE TEXTE
Excellent pour travailler la disposition graphique, les marques du discours direct (guillemets) et le respect des contraintes de formatage du genre (passages à la ligne obligatoires, majuscules en début de vers, alinéas indiquant la différence de longueur des vers...).
Cela permet aussi de travailler sur la différence vers/phrase, et sur les caractéristiques de ce type de poème (vers mêlés, absence de régularité strophique, mais toujours rimes...).
Le tout peut en outre sinscrire dans des projets où la calligraphie ou la présentation écrite du travail jouent un rôle majeur : confection dun recueil de fables pour la classe, dune anthologie personnelle, dun panneau, dun dossier La Fontaine, dune page web, dune transposition en BD ou en album illustré...
III : DIRE LES FABLES
III. 1 : LIRE À HAUTE VOIX, SEUL OU À PLUSIEURS
I
L SAGIT ICI DE LA LECTURE À HAUTE VOIX POUR AUTRUI, NON CELLE UTILISÉE PAR LÉLEVE POUR SAIDER À UNE MEILLEURE COMPRÉHENSION DU TEXTE, OU REQUISE PAR LE MAÎTRE POUR ÉVALUER LA MAÎTRISE DE LA LECTURE (ce que lon appelle « lecture à voix haute »)
Dans cette optique, les documents daccompagnement des programmes précisent :
Il faut avoir lu et compris le texte pour pouvoir le lire à haute voix, il faut décider de ce que lon veut faire comprendre, voire ressentir, à son auditoire. On ne demandera donc jamais aux élèves de lire demblée un texte à haute voix, mais on leur laissera systématiquement un temps de lecture préalable.
Pour une fable comme Le corbeau et le renard, par exemple, on peut encourager à :
saisir le rythme et réaliser des liaisons non spontanées ("tenait en", "lui tint à peu près", "vit aux dépens", "vaut bien un fromage", "honteux et confus", "mais un peu tard").
distinguer le narrateur et le renard...
prendre en compte le discours direct et tenir compte de la situation, qui implique que lefficacité de la ruse du renard repose sur sa capacité à bien parler pour « embobiner » le corbeau
ne pas déformer le texte, et tenir compte du fait que La Fontaine écrit « Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie », sans le « et » après « bec », que les élèves ont tendance à prononcer bien quils ne laient pas lu (en supprimant dailleurs le « e » final de « laisse » afin de rétablir léquilibre de lalexandrin 6+6 !). La Fontaine montre ainsi, en séparant deux hémistiches parfaitement égaux par une simple virgule, leffet automatique et instantané de louverture du bec, alors que le « et », avec son interprétation temporelle possible (équivalent à « puis »), atténue leffet obtenu par la concision.
Il ne semble pas nécessaire en revanche de «surexploiter» les effets mimétiques de cette fable «croassante» sauf à vouloir donner dans le burlesque. Laffaire est pourtant tentante, si lon en juge par le mot-rime «fromage» qui semble générer à la rime la série «corbeau/beau/ramage/plumage», et si lon est sensible au fait que La Fontaine na pas manqué de jouer plus largement sur les assonances en « » et «a» et sur les allitérations en «r» et «c» dans les deux premiers tiers de sa fable.
Maître Corbeau, sur un arbre perché,/
Tenait en son bec un fromage./
Maître Renard, par lodeur alléché,/
Lui tint à peu près ce langage :/
« Et Bonjour, Monsieur du Corbeau./
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !/
Sans mentir, si votre ramage,/
Se rapporte à votre plumage,/
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »/
Avec les élèves, on pourra limiter ces observations sur «le travail du signifiant» aux mots «corbeau» et « renard » et aux mots-rimes «fromage» et «proie» particulièrement propices à limitation du corbeau, lequel ne peut par ailleurs sautoriser que dun "laaarge bec" inutile pour tout "langage". Pour Le loup et lagneau, on encouragera évidemment à faire sentir lopposition entre la soumission, la politesse et le souci de la vérité de lun et la brutalité et le ton menaçant de lautre.
III. 2 : MÉMORISER EN VUE DUNE INTERPRÉTATION
La difficulté dans linterprétation dun texte mémorisé (la récitation) réside dans le transfert, sans pertes, des compétences attendues pour la lecture à haute voix, dans une situation où lélève na plus sous les yeux les indices qui lui servent de guide. Il (elle) doit non seulement restituer le texte sans erreurs mais aussi le rythme, les pauses, les moments forts, ajuster son débit, souvent trop rapide, et le ton, parfois monotone parce que lélève privilégie souvent lexactitude au détriment de linterprétation...Doù lintérêt des lectures oralisées préalables, et réellement préparatoires à une récitation réussie. Sans oublier que la performance rejoint ici celle de lacteur, y compris dans la dimension corporelle : la position et lexposition du corps, le jeu des mains, le regard, y sont très différents de ce quils sont en activité de lecture, même quand celle-ci a lieu debout, avec ou sans pupitre.
Lidéal en loccurrence serait davoir des enregistrements vidéo ou audio dinterprétations réussies dacteurs ou dautres élèves et de sen inspirer, ou daller voir un spectacle quand loccasion se présente. On peut par exemple se procurer aux éditions Thierry Magnier, coll. «Livre+CD», les fables racontées par L. Wilson, S. Flon, C. Piéplu et M. Lonsdale, illustrées par P. Bellot. Ou encore le CD «Les Fables de La Fontaine», 2004, lecture des fables par Jean Rochefort et pistes pédagogiques rédigées par Michel Boiron, CIEP, disponible auprès du ministère des Affaires étrangères.
Par ailleurs tous les projets denregistrement audio (la «compil poétique» de la classe par exemple) ou de représentation publique (filmée ou non) face à dautres classes ou aux parents, sont propices à améliorer les performances des élèves en matière de récitation, en y ajoutant un enjeu. Toutes les transpositions et tous les accompagnements également : mise en musique (voir, dAny et J.M. Versini, Les fables de La Fontaine en chanson, CD-ROM Gallimard), mime, marionnettes, rap (il existe depuis le tricentenaire des versions chantées disponibles sur le marché...) où lon peut jouer à plusieurs et imaginer une mise en scène minimale.
A la différence de la récitation qui réclame une restitution exacte et intégrale du texte, le jeu théâtral résulte dune transposition de la fable-poème en pièce à jouer. Il exige donc une réécriture préalable qui privilégie le texte des séquences dialoguées même si un élève peut tenir le rôle du narrateur. Dans ce cas, il est préférable de ne dire que les séquences narratives longues et la morale et déliminer les indications du type «répond lagneau», «reprit cette bête cruelle», «lui dit-elle», «dit-elle à cette emprunteuse», qui parasiteraient le dialogue par des interventions peu naturelles et par ailleurs redondantes puisque le spectateur, qui voit et entend les personnages en action sait parfaitement qui parle à qui. Quant à une indication comme «Le renard sen saisit et dit :...» elle peut avoir le statut dune didascalie en indiquant à lacteur ce que fait le renard avant de parler. Il devient inutile alors de lire ce que lon voit lacteur faire. La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le buf se prête particulièrement bien à lutilisation du mime et à la recherche de lexpression, par le corps et la voix, de ce que le texte ne fait quévoquer (léclatement de la grenouille, son ridicule, lattitude méprisante et moqueuse du second personnage...).
Fables en échos et résonances poétiques
Quelques outils pour les mises en réseaux des Fables de La Fontaine
Les auteurs de la littérature de jeunesse, et en cela ils ne se distinguent pas des autres écrivains, tissent de nombreux liens entre les textes quils écrivent et ceux qui constituent le contexte culturel de leur création. Cest dire quon ne comprend véritablement un livre, serait-ce un simple album, sans retrouver ces relations subtiles qui font dune uvre une uvre littéraire. Les lectures littéraires du cycle des apprentissages fondamentaux, comme celles des autres cycles, doivent donc être choisies avec soin et organisées en parcours qui permettent de retrouver un personnage, un thème, un genre, un auteur, un illustrateur...Par là, et par là seulement, lhabitude de fréquenter les livres devient progressivement une culture.
Pour que lélève puisse acquérir des références culturelles, il importe que les lectures ne soient pas abordées au hasard, mais se constituent, tout au long du cycle, en réseaux ordonnés : autour dun personnage, dun motif, dun genre, dun auteur, dune époque, dun lieu, dun format, etc. Au cycle des approfondissements, cest cet aspect de la lecture littéraire qui doit être privilégié plutôt que lexplication approfondie dune uvre.
Laccent mis depuis les programmes 2002 sur les mises en réseaux des textes peut être considéré comme la traduction pédagogique dune plus grande prise en compte de lintertextualité, notion désormais centrale dans les travaux contemporains sur la littérature.
À cette notion introduite par Julia Kristéva en 1969 et reprise par Rolland Barthes dans son célèbre article «TEXTE» de LEncyclopaedia Universalis en 1973, correspond lidée que lécriture littéraire redistribue des textes antérieurs dans un texte, les dissémine de façon plus ou moins discrète et consciente, et que tout texte est de ce point de vue un «intertexte». Lintertextualité est vue alors comme un principe dynamique au fondement de lécriture littéraire, et participe donc de sa définition.
Tout texte est un intertexte ; dautres textes sont présents en lui, à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables [...] Lintertexte est un champ général de formules anonymes, dont lorigine est rarement repérable, de citations inconscientes ou automatiques, données sans guillemets.(Rolland Barthes, 1973)
Le terme prend une valeur plus restreinte, et moins psychologique, dans les travaux de Gérard Genette, qui préfère parler de transtextualité pour désigner dans un texte tout ce qui le met en relation, manifeste ou secrète, avec dautres textes (Palimpseste, la littérature au second degré, Seuil, 1982) . Selon cet auteur les relations transtextuelles sont les suivantes :
lintertextualité, ou la relation de coprésence de deux ou plusieurs textes, par citation, plagiat, allusion...
la paratextualité, qui concerne la périphérie du texte (son entour), soit les titres, préfaces, illustrations, prières dinsérer etc. (voir Gérard Genette, Seuils, Seuil, 1987).
larchitextualité, qui concerne les relations plus abstraites quentretient un texte avec son genre et avec ses différentes classes possibles. Tel poème de Rimbaud, par exemple, peut se trouver en relation darchitextualité avec la classe des sonnets, celle plus générale des poèmes, celle des poèmes lyriques, celles des caricatures poétiques...
la métatextualité, qui renvoie à «la relation critique», de commentaire dun texte par un autre.
lhypertextualité, qui désigne, selon Genette, «toute relation unissant un texte B (que jappellerai hypertexte) à un texte antérieur A (que jappellerai hypotexte) sur lequel il se greffe dune manière qui nest pas celle dun commentaire. La relation est soit de transformation (parodie, travestissement, transposition), soit dimitation (pastiche, charge, forgerie...)».
Les mises de réseau englobent tous ces types de relations «transtextuelles», en privilégiant lintertextualité et lhypertextualité. Elles concernent ici prioritairement les textes littéraires, et ne sont pas à confondre avec le travail interdisciplinaire du type «la fourmi dans tous ses états» où les textes documentaires relatifs à un champ disciplinaire donné (histoire, géographie, sciences..) côtoient les textes littéraires, ou encore avec les activités du type "tris de textes" qui visent à distinguer les genres discursifs (écrit journalistique, littéraire, fonctionnel, documentaire, publicitaire...).
Concernant les Fables de La Fontaine, les groupements de textes autour dune fable connue constituent bien sûr une des voies possibles. Mais il sagit aussi de sapproprier une uvre et de sy familiariser, de linscrire dans la continuité dune tradition et dun genre universel dont on pourra affiner la connaissance et que lon pourra distinguer des autres genres narratifs et poétiques, de lenvisager dans sa postérité et dans les multiples transpositions dont elle a été lobjet, et de la mettre en relation avec dautres genres par des groupements thématiques (en particulier à travers le bestiaire).
Les données présentées ici (éléments bibliographiques et historiques, liens «hypertextuels» à plus dun titre, textes exemplaires...) constituent des matériaux utilisables pour la mise en uvre de séquences variées à lécole et au collège, pour lorganisation de parcours de lecture et pour la programmation des lectures en «réseaux ordonnés» entre les cycles ou à lintérieur du cycle 3 à lécole élémentaire : chaque enseignant peut choisir les textes en fonction de leur difficulté et du niveau de classe considéré.
I : LE CORPUS DES FABLES DE LA FONTAINE
Certaines fables se répondent explicitement et on pourra par exemple confronter Le corbeau voulant imiter laigle et Le corbeau et le renard, la première fable contenant une allusion à la seconde, ou comparer Le lion et le rat et La colombe et la fourmi, qui constituent un ensemble.
Il est possible aussi dopérer certains groupements à lintérieur du corpus des fables accessibles aux élèves. Par exemple, en relation avec Le corbeau et le renard, lire Le renard et le bouc, mais aussi les fables dans lesquelles le renard est confronté à dautres becs et nest pas victorieux (Le Renard et la Cigogne, Le Coq et le renard...). Ou encore Le renard et les raisins et Le renard et le buste, et se demander pourquoi La Fontaine à choisi un renard dans ces deux occurrences de textes très courts. Comparer aussi les fables de loup et remarquer que dans Le loup et le chien le loup est plutôt valorisé au détriment du chien... la dimension féroce de lanimal nétant pas du tout évoquée dans cette fable.
On pourra également se demander ce quil y a de commun entre Lhuître et les plaideurs et Le chat, la belette et le petit lapin. Ou aborder les fables présentant une confrontation entre des parents et leur progéniture (Le vieux chat et la jeune souris, Le loup, la chèvre et les chevreaux, Le laboureur et ses enfants..., mais aussi Le meunier, son fils et lâne, Le cochet, le chat et le souriceau).
Par ailleurs, lutilisation, en travail de groupe, de la table des matières des recueils disponibles en classe, ou mieux, de lintégralité des douze livres des fables, permet une familiarisation avec lensemble de luvre par les titres. Les élèves y découvrent le bestiaire complet quils peuvent quantifier et classer selon différents critères (sauvage/ domestique, européen / non européen, par genres et espèces) en cherchant les exemplaires uniques ou très rarement employés, ou à linverse en cherchant les espèces les plus présentes. Ils pourront remarquer que le bestiaire na pas la proportion attendue et noccupe quune petite partie de lensemble. Et ils y découvriront des noms étranges comme «lescarbot» ou «la lice», et verront que les animaux ne vont pas toujours par deux (ils peuvent être seuls, aller par trois, accompagner un végétal ou un être humain...).
De ce point de vue le Musée Jean de La Fontaine propose un document pédagogique très utile et le poème-hommage de Jacques Roubaud Pour saluer Jean de La Fontaine, peut constituer une excellente introduction à létude du bestiaire. On pourra y tester son exhaustivité, vérifier si la fauvette est réellement absente des fables et repérer les faux amis. Sans oublier de remarquer que les cris de tous ces animaux qui incarnent les hommes sont autant de modalités du bavardage humain...
POUR SALUER JEAN DE LA FONTAINE
La cigale stridule la fourmi sactive le corbeau croasse le renard glapit la grenouille coasse le mulet porte le loup hurle le chien aboie la génisse mugit le chêne tient bon le roseau plie la chèvre béguète la brebis bêle le lion rugit lhirondelle trisse le rat des villes couine urbainement le rat des champs couine champêtrement lagneau bébèle lhomme bavarde le singe hurle le savetier chantonne le financier sinquiète le meunier admoneste le fils écoute lâne brait le dragon crache du feu la cigogne glottore le coq coquerique le frelon bourdonne la mouche vrombit le taureau beugle la chauve-souris se peigne la belette fouine laigle trompette la colombe caracoule lastrologue prédit le lièvre vagit le paon braille la chouette ulule le bouc pue la laie nasille laraignée ourdit le cygne se vante le dauphin cabriole le geai cajole le cheval hennit le cerf brame lalouette grisolle le poussin piaule le hibou bouboule lours grogne la tortue se hâte le héron craquète le vautour plane la lapin clapit la puce saute lhuître bâille le cochon grognonne le mouton tricote léléphant barrit le faucon guette le milan huît le rossignol gringotte la couleuvre chuinte le canard cancane le cormoran pêche le perroquet répète le chat-huant hue le moineau pépie lécrevisse recule la pie jacasse le hérisson se hérisse la gazelle court.
«et moi ? dit la fauvette, «et moi ?»
«toi, tu nes pas dans les fables de monsieur Jean »
«oui, mais moi je zinzinule»
Jacques ROUBAUD
Conformément à la définition du genre, les animaux restent largement constitutifs de lunivers des fables, en particulier de celles abordées à lécole et au collège. Létude de la symbolique des animaux les plus utilisés permettra de déterminer quels types humains et quelles caractéristiques ils incarnent et de montrer que les attributs physiques ou psychologiques ne sont pas choisis au hasard. Certaines représentations associées aux animaux sont en effet telles quelles sont inscrites dans la langue à travers les expressions idiomatiques du type «rusé comme un renard», «malin comme un singe», «têtu comme une mule» etc., ou dans la gueule du loup», dont il sera utile de faire linventaire.
La composition des titres est souvent duelle et suggère, parfois à tort (voir La colombe et la fourmi), un conflit entre deux personnages. Les titres créent par cette dualité un «horizon dattente» (voir H.R.Jauss, Pour une esthétique de la réception, Gallimard, coll. Tel) et suscitent beaucoup limagination. On pourra remarquer que les titres confrontent souvent des petits animaux aux plus grands et que cette différence constitue parfois le sujet de la fable.
Les titres peuvent aussi amuser et étonner. Que peut-il bien se passer en effet entre Lâne et le petit chien ou Le vautour et les pigeons ? Et si pour ceux-là une rencontre est vraisemblable, que dire pour La lionne et lours, Le singe et le chat et Le singe et le dauphin dont les élèves savent bien que leur rencontre naturelle est peu probable ? Et, au-delà de toute opposition, quest ce qui peut bien réunir Le chameau et les bâtons flottants ?
Les titres, comme les illustrations constituent, pour leur potentiel narratif, dexcellents points de départ à lécriture de fables par les élèves.
La comparaison déditions différentes peut être loccasion de travailler des notions paratextuelles et éditoriales importantes : la différence anthologie/uvre complète, les notions de recueil, volume, tome...les différences de format, lalbum illustré. Les fables étant réparties en douze «livres» on pourra étudier les différentes acceptions du mot «livre». Enfin, les illustrations sont également propices aux groupements anthologiques par fable ou par illustrateur.
II : LA FONTAINE ET SES SOURCES, QUELQUES DONNÉES
Les mises en réseau peuvent aussi sopérer en comparant une fable à son équivalent chez Ésope, Phèdre ou tout autre auteur accessible antérieur à La Fontaine (en particulier les isopets médiévaux). Les fables dÉsope sont généralement plus simples, concises, moins alertes et présentent peu de scènes dialoguées, et la notice «Ésope» des documents daccompagnement des programmes de littérature du cycle 3 (2002) indiquent à leur propos :
Parmi les éditions proposées par les éditeurs jeunesse, on en choisira une respectant la forme originelle des fables : un texte en prose, un style sans fioritures et une moralité conclusive. En effet, de nombreuses éditions sont plutôt des réécritures contemporaines, prêtant à Ésope des formes de fables plus proches de La Fontaine - versifiées, au style imagé. Il est notamment intéressant de comparer les fables dÉsope à celles de La Fontaine, encore faut-il que leur esthétique soit bien distincte. On fera constater aux élèves quun thème commun est traité dans un style différent, que les moralités diffèrent aussi, et que, dune façon générale, les deux projets littéraires sont sans commune mesure : chez Ésope, toutes les victimes méritent ce qui leur arrive, il sagit donc du projet dun moraliste, chez La Fontaine, la satire dune société prédomine...
LE CORBEAU ET LE RENARD
Un corbeau, ayant volé un morceau de viande, sétait perché sur un arbre. Un renard laperçut, et, voulant se rendre maître de la viande, se posta devant lui et loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul nétait mieux fait que lui pour être le roi des oiseaux, et quil le serait devenu sûrement, sil avait de la voix. Le corbeau, voulant lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas, lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard se précipita et, saisissant le morceau, dit : « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. » Cette fable est une leçon pour les sots.
ÉSOPE (traduction dÉmile Chambry)
Rappelons que le titre du premier recueil de La Fontaine est Fables choisies. «Choisies» car puisées, entre autres, dans le stock du fabuliste grec Ésope, lui-même traduit en vers latins par Phèdre, qui donna également ses propres fables, suivi par Aphtonius et Avienus. À lépoque de La Fontaine, la Mythologia Aesopica (1610) de Nicolas Névelet constituait la compilation de référence des textes des fabulistes de lantiquité, dont des traductions étaient par ailleurs régulièrement éditées, telle, en 1647, celle des Fables de Phèdre, affranchy dAuguste, traduites en françois, avec le latin à costé, pour servir à bien entendre la langue latine et à bien traduire en françois, de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy.
La tradition ésopique de lapologue (autre nom pour la fable) se poursuivra au Moyen Age avec les isopets (ou ysopets) et les avionets, écrits le plus souvent par des auteurs anonymes. Ce sont des fables inspirées dÉsope, et surtout de Phèdre, écrites en langue «vulgaire», dabord en octosyllabes à rimes plates, et plus tard en prose. Les plus célèbres, outre les anonymes, sont le Ésope de Julien Macho (XVe siècle) et les fables de Marie de France (XIIe).
Mais il semblerait que ce prolongement médiéval inspira moins La Fontaine que les auteurs humanistes qui ont perpétué la tradition ésopique à la Renaissance, comme les italiens Abstemius dont les Fables dÉsope tournées en vers latins seront traduites en français en 1572 sous le nom dHecatonmythium, Verdizzotti et ses Cent fables morales (1570) et Faërne dont les Cent fables choisies des anciens auteurs, Mises en vers latins (1564) seront traduites en français par Ch. Perrault en 1699, soit quatre ans après la mort de La Fontaine. La France nétant pas en reste, La Fontaine connaissait aussi bien les Trois cent soixante et six apologues d Ésope traduicts en rithme françoise par Guillaume Haudent (1547), que Les fables du très ancien Ésope, phrigien, premièrement écrites en graec et depuis mises en rithme françoise de Gilles Corrozet (1542), ou les Récréations et joyeux devis de Bonaventure des Périers (1510-1544) et les Fables dÉsope en quatrains d Isaac de Benserade (1678).
LE RENARD ET LE CORBEAU
Le renard du corbeau loua tant le ramage,Et trouva que sa voix avait un son si beau,Quenfin il fit chanter le malheureux corbeau,Qui de son bec ouvert laissa choir un fromage.
Ce corbeau qui transporte une vanité folle,Saveugle et ne saperçoit pointQue pour mieux le duper, un flatteur le cajole :Hommes, qui dentre vous nest corbeau sur ce point.
Isaac de Benserade
À partir du second recueil des Fables, La Fontaine élargit ses sources dinspiration au vaste domaine oriental avec Les fables de Lockman surnommé le Sage, les Exemples de la Sagesse des anciens Indiens publié par R.P. Poussines, et le Panchatantra indien («les cinq livres» en sanscrit) attribué à Pilpay (ou Bidpay). Ce dernier texte, source du Livre de Kalîla et Dimna, et connu à lépoque sous le nom de Fables de Pilpay, était parvenu en Europe grâce à des grands voyageurs comme Bernier (retour des Indes en 1669). La Fontaine en a découvert une traduction intitulée Le livre des Lumières ou la Conduite des Roys, composé par le sage Pilpay, traduit en français par David Souhid dIspahan, Ville capitale de Perse, dont le traducteur était en réalité lorientaliste Gilbert Gaulmin.
Enfin, La Fontaine puise également à des textes appartenant à des genres variés : les Satires ou les Épîtres dHorace, les Géorgiques de Virgile, les Métamorphoses dOvide, les Symposiaques de Plutarque, les Images de Philostrate, Les Nuits attiques dAulu-Gelle, Les travaux et les jours dHésiode, Le Roman de Renart, les Facéties du florentin Pogge (1380-1450), les Adages dErasme, les Piacevoli notte («les nuits facécieuses») de Straparola (environ 1550), les Emblèmes dAlciat, des épîtres de Clément Marot (1496-1544), Le quart livre de Rabelais, Le théâtre des animaux auquel sous diverses fables et histoires est représenté la pluspart des actions de la vie humaine, de Desprez (1644).
Il va de soi que tous ces auteurs passés en revue ne sauraient être étudiés en classe. Il nen demeure pas moins quÉsope, malgré son antériorité, sa notoriété et sa lisibilité, ne doit pas faire écran en étant considéré comme le seul auteur source utilisable à côté de La Fontaine, et que lhistoire des fables ne saute pas allègrement plusieurs siècles du premier au second.
III : LA CONTINUATION POÉTIQUE DU GENRE
Les fables en langue française, ou textes apparentés, postérieures à La Fontaine, même quand elles ne font pas explicitement référence au célèbre fabuliste, sinscrivent néanmoins dans la continuité de la nouvelle manière que La Fontaine a inaugurée, ne serait-ce quà travers lusage dominant du vers, et parce que la plupart de ses successeurs sont aussi des poètes. De ce point de vue inaugural La Fontaine peut être considéré comme léquivalent français dÉsope auquel sont automatiquement associés tous les usages postérieurs de la fable. Mieux, il éclipse pour longtemps la plupart des tentatives « fabulistes » ultérieures pour la plupart restées dans lombre. Seul Jean-Pierre Claris de Florian, à la fin du XVIIIe siècle, acquiert une notoriété certaine avec ses fables en vers.Les deux voyageurs
Le compère Thomas et son ami Lubin Allaient à pied tous deux à la ville prochaine. Thomas trouve sur son chemin Une bourse de louis pleine ;Il lempoche aussitôt. Lubin, dun air content, Lui dit : pour nous la bonne aubaine ! Non, répond Thomas froidement,Pour nous nest pas bien dit, pour moi cest différent.Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin. Thomas tremblant, et non sans cause,Dit : nous sommes perdus ! Non, lui répond Lubin,Nous nest pas le vrai mot, mais toi , cest autre chose.Cela dit, il séchappe à travers les taillis.Immobile de peur, Thomas est bientôt pris, Il tire la bourse et la donne.Qui ne songe quà soi quand sa fortune est bonne Dans le malheur na point damis.
Jean-Pierre Claris de FLORIAN
Le vacher et le garde-chasse
Colin gardait un jour les vaches de son père ; Colin navait pas de bergère,Et sennuyait tout seul. Le garde sort du bois :Depuis laube, dit-il, je cours dans cette plaineAprès un vieux chevreuil que jai manqué deux fois Et qui ma mis tout hors dhaleine. Il vient de passer par là bas,Lui répondit Colin : mais, si vous êtes las,Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place, Et jirai faire votre chasse ;Je réponds du chevreuil. -ma foi, je le veux bien.Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien, Va le tuer. Colin sapprête,Sarme, appelle Sultan. Sultan, quoiquà regret, Court avec lui vers la forêt.Le chien bat les buissons ; il va, vient, sent, arrête,Et voilà le chevreuil... Colin impatient Tire aussitôt, manque la bête, Et blesse le pauvre Sultan. À la suite du chien qui crie, Colin revient à la prairie. Il trouve le garde ronflant ;De vaches, point ; elles étaient volées.Le malheureux Colin, sarrachant les cheveux,Parcourt en gémissant les monts et les vallées ;Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux, Colin retourne chez son père, Et lui conte en tremblant laffaire.Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,Corrige son cher fils de ses folles idées, Puis lui dit : chacun son métier, Les vaches seront bien gardées.
Jean-Pierre Claris de FLORIAN
Victor Hugo, pourtant prolixe dans des genres poétiques variés, utilisa très peu la fable. Toutefois, dans Les châtiments, en digne héritier de son illustre prédécesseur, il ne se priva pas dexploiter la tradition satirique du genre pour viser directement le pouvoir politique, en loccurrence Napoléon III.
Fable et Histoire
Un jour, maigre et sentant un royal appétit, Un singe dune peau de tigre se vêtit.Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.Il avait endossé le droit dêtre féroce.Il se mit à grincer des dents, criant : « Je suisLe vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits ! »
Il sembusqua, brigand des bois, dans les épines ;Il entassa lhorreur, le meurtre, les rapines,Egorgea les passants, dévasta la forêt,Fit tout ce quavait fait la peau qui le couvrait.Il vivait dans un antre, entouré de carnage.Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il sécriait, poussant daffreux rugissements : Regardez, ma caverne est pleine dossements ; Devant moi tout recule et frémit, tout émigre, Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !Les bêtes ladmiraient, et fuyaient à grands pas.Un belluaire vint, le saisit dans ses bras,
Déchira cette peau comme on déchire un linge,Mit à nu ce vainqueur, et dit : « Tu nes quun singe ! »
Victor HUGO, Les Châtiments
Au vingtième siècle, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Max Jacob, Claude Roy intègrent volontiers des fables dans leurs recueils, tandis que dautres, moins nombreux, en particuliers certains auteurs pour la jeunesse (Pierre Gamarra, Yak Rivais), publient des recueils entièrement composés de fables. Les Poèmes de la souris verte de Jean-Luc Moreau contiennent une section qui sintitule Le bidule et le machin-chose, fables et contrefables.
Le chat et loiseau
Un village écoute désoléLe chant dun oiseau blesséCest le seul oiseau du villageEt cest le seul chat du villageQui la à moitié dévoréEt loiseau cesse de chanterLe chat cesse de ronronnerEt de se lécher le museauEt le village fait à loiseauDe merveilleuses funéraillesEt le chat qui est invitéMarche derrière le petit cercueil de pailleOù loiseau mort est allongé Porté par une petite filleQui narrête pas de pleurerSi javais su que cela te fasse tant de peineLui dit le chatJe laurais mangé tout entier Et puis je taurais racontéQue je lavais vu senvolerSenvoler jusquau bout du monde Là-bas où cest tellement loinQue jamais on nen revientTu aurais eu moins du chagrin Simplement de la tristesse et des regrets
Il ne faut jamais faire les choses à moitié.
Jacques PRÉVERT, Histoires
Un petit chat blanc
qui faisait semblantdavoir mal aux dentsdisait en miaulant :"Souris mon amieJai bien du souciLe docteur ma dit :Tu seras guériSi entre tes dentsTu mets un momentDélicatementLa queue dune souris"Très obligeammentSouris bonne enfantSapprocha du chatQui se la mangea.Moralité :Les bons sentimentsOnt linconvénientDamener souventDe graves ennuisAux petits enfantsComme-z-au souris.
Claude ROY, Enfantasques
FABLE
Un affreux chat z-en casquettecourait après les sourisUn affreux rat z-en liquettegrignotait du riz et du rizAuquel des deux la grande chance ?Rasé de frais et mis en plisces deux bestioles sans souffrancese transformèrent en dandysEnfant apprenez cette fablesa morale et sa conclusionLe coiffeur être formidablea toujours et toujours incontestablement raison
Raymond QUENEAU, Linstant Fatal
Fable sans moralité
Il y avait une locomotive si bonne quelle sarrêtait pour laisser passer les promeneurs. Un jour, une automobile vint cahoter sur sa voie ferrée. Le chauffeur dit à loreille de sa monture : « Ne dresserons-nous pas procès-verbal ? - Cest jeune, dit la locomotive, et ça ne sait pas. » Elle se borna à cracher un peu de vapeur dédaigneuse sur le sportsman essoufflé.
Max JACOB Le cornet à dés
Léléphanteau et le caïman
un petit éléphantqui cherchait sa mamanrencontre un jour un caïmanbonjour monsieur dit-ilbonjour mon bel enfantque viens-tu faire icije cherche ma mamandit lenfant sans manièreelle est là et laffreuxlui montre sa tanièrenotre éléphanteau dit merciavez-vous besoin dun croquisléléphanteau mignonsuit lignoble saurienau fond du trou affreuxil crie et puis plus rienne suivez pas nimporte quisapristi
Yak RIVAIS, Viens jouer dans le bac à fable !
La pomme
Une pomme rubiconde se pavanait, proclamant quelle était le plus beau de tous les fruits du monde, le plus tendre, le plus charmant, le plus sucré, le plus suave. Ni la mangue, ni lagave , le melon délicieux, ni lananas, ni lorange, aucun des fruits que lon mange sous lun ou lautre des cieux, ni la rouge sapotille , la fraise, ni la myrtille navait sa chair exquise et sa vive couleur. On ne pourrait jamais lui trouver une sur.La brise répandait alentour son arôme et sa pourpre éclatait sur le feuillage vert. - Oui, cest vrai, cest bien vrai ! dit un tout petit ver blotti dans le creux de la pomme.
Pierre GAMARRA, La Mandarine et le Mandarin
Lallumette et le cigare
La petite allumetteaimant un gros cigare,rêva dun rendez-vous,vit son rêve aboutir
et su en séteignantque lamour nous égare...Un seul baiser de feupeu nous anéantir..."
Jean-Luc MOREAU, Poèmes de la souris verte
Lordinateur et léléphantParce qu'il perdait la mémoire Un ordinateur alla voir Un éléphant de ses amis -C'est sûr, je vais perdre ma place, Lui dit-il, viens donc avec moi. Puisque jamais ceux de ta race N'oublient rien, tu me souffleras. Pour la paie, on s'arrangera.Ainsi firent les deux compères.Mais l'éléphant était vantardVoilà qu'il raconte ses guerres,Le passage du Saint Bernard,Hannibal et Jules César...Les ingénieurs en font un drame Ça n'était pas dans le programme Et l'éléphant, l'ordinateur Tous les deux, les voilà chômeurs.De morale je ne vois guère A cette histoire, je l'avoue.Si vous en trouvez une, vous,Portez la chez le Commissaire;Au bout d'un an, elle est à vousSi personne ne la réclame.Jean Rousselot, Petits poèmes pour curs pas cuits
La Mouche qui louche'Chaque fois que la mouche qui loucheveut se poser au plafondelle s'y cogne le frontet prend du plâtre plein la boucheMoralitéPauvres mouches qui louchezposez-vous sur le plancher
Jean OrizetLa Peau bleue des rêves, Cherche-Midi, 2003
IV : LA POSTÉRITÉ DES FABLES DE LA FONTAINE
IV.1 : ALLUSIONS CITATIONS ET INFLUENCES DANS LES POÈMES CONTEMPORAINS
De même que toute fable nest pas nécessairement écrite en vers, tout poème en vers nest pas nécessairement une fable même sil en a les apparences. Il ne peut donc quêtre utile damener les élèves à une meilleure connaissance du genre de la fable et de ses caractéristiques en les sensibilisant aux analogies et aux différences entre les fables de La Fontaine et des textes de poètes contemporains qui nappartiennent pas strictement au genre de la fable. On songe en particulier à Jaffabules de Pierre Coran, aux Chantefables de Robert et aux Fabliettes dEugène Guillevic.
Si une filiation se laisse bien apercevoir à travers certains titres de recueil ou de poèmes, la prédilection certaine pour les animaux ou la présence de rimes, en revanche, la trame narrative sestompe, ou est inexistante, et la moralité disparaît, au profit dune écriture plus compacte jouant essentiellement sur les équivalences de sonorité et la morphologie. Et la visée didactique cède la place à la fantaisie à travers laquelle on peut reconnaître linfluence du surréalisme.
Ces poèmes présentant souvent des allusions aux Fables, les élèves pourront mesurer linfluence que La Fontaine a exercée et exerce encore chez les poètes.
La dimension narrative est encore présente dans les Fabliettes de Guillevic à travers lemploi des temps verbaux
Un mouton tout moutonneux Et tout aussi moutonnant Moutonnait frileusement Sous son vêtement laineux.
Un grand loup pas louvoyant Mit fin à ce tremblement.
Eugène GUILLEVIC, Fabliettes
Et si elle est particulièrement absente dans le titre de chacune des Chantefables de Desnos, composé du nom dun seul animal, elle subsiste encore parfois dans les textes, notamment Lalligator et Le Pélican. Il reste que La Fourmi de Desnos présente une discrète allusion à la fourmi de la fable : chez La Fontaine en effet la fourmi ne mesure certes pas dix-huit mètres mais elle parle français, et de nombreux illustrateurs lont souvent affublée dun chapeau...
LA FOURMI
Une fourmi de dix-huit mètresAvec un chapeau sur la tête,Ça nexiste pas, ça nexiste pas.Une fourmi traînant un charPlein de pingouins et de canards,Ça nexiste pas, ça nexiste pas.Une fourmi parlant français,Parlant latin et javanaisÇa nexiste pas, ça nexiste pas.Eh ! Pourquoi pas ?
Cet étonnant poème de Raymond Queneau tente dintroduire un végétal à la dimension plus digne dêtre parlant à linstar des animaux des fables. Le fait dêtre «sur» un arbre semble prédisposer labricot à une métamorphose par ailleurs linguistiquement surdéterminée par la structure phonologique de son nom (au point que lon pourrait résumer ce poème par le mot-valise arbricocorico).
Le révolté
Un abricotqui était sur un arbretout à coup dit" Je ne suis pas de marbre " et il sécrie" Cocorico cocorico "labricotqui était sur un arbre
Raymond QUENEAU, Bucoliques
Ce poème-monologue dAndrée Chedid est en revanche plus nettement une fable à laquelle il manquerait une morale explicite :
L'Exploit
"Rien qu'avec mes mandibules",Dit la fourmi toisant Hercule,"Je déplace vingt foisMon poids !""Et c'est Toi !Qui te dis le Roi !"
Andrée Chedid, Fêtes et lubies, Flammarion ,1973
Mais les allusions aux célèbres Fables sont souvent moins discrètes et lalexandrin de Max Jacob "Le renard au corbeau demande son fromage" (Le laboratoire central) nest pas un cas isolé. Raymond Queneau dans Battre la campagne, avec des poèmes au titre explicite (Lagneau et le loup, La fourmi et la cigale, La poule, le renard et le coq, La grenouille qui voulait se faire aussi ronde quun uf, Le rat des villes et le rat de champs, Le langage corbeau) réutilise aussi les fables de La Fontaine. Lagneau et le loup et La grenouille qui voulait se faire aussi ronde quun uf mis à part, il ne sagit pas nécessairement de «fables», ni de pastiches, ni même de réécritures, mais plus simplement de poèmes qui font écho aux fables et sont autant dhommages à luvre du fabuliste. Le poème Pour saluer Jean de La Fontaine de Jacques Roubaud, membre, comme Queneau, de lOULIPO (OUvroir de Littérature POtentielle), et ces poèmes de Claude Roy et dAndrée Chedid sont du même ordre :
Laffable la Fontaine
Récite ta faRécite ta fable.Pour devenir grandIl faut quon apprendassis à sa tablesa récitation,lineffable fable,riche en citations,de laffable lafontaine de fables.
Lheureux nard et le corbeauRat Deville et rats Deschampsle méchant loup Pélagneaula Chevreuse et le RoseauLAssis Gal et la fourniela quenouille qui veut se faireaussi rose que le bufles animaux malades de la tête.
Retisse et réciterécite ta fata fable denfant.Quand tu seras grandil sera bien tempsdapprendre quon nasouvent aucun besoin dun plus petit que soifpour boire à la fontaine.
Claude Roy, Enfantasques
IV.2 : DÉTOURNEMENTS, PASTICHES ET PARODIES
Les pastiches et les parodies plaisent beaucoup, surtout aux adultes, et il ne faut pas oublier quils sont pour la plupart plus difficiles que les textes de départ, dont ils supposent par ailleurs, et par définition, la connaissance. Cest pourquoi seules les fables les plus connues sont concernées comme La cigale et la fourmi, Le corbeau et le renard, Le loup et lagneau, Le chêne et le roseau, La grenouille...De tels détournements constituent dexcellents exemples pour les activités de réécritures, avant celles de créations proprement dites.
Les réinvestissements parodiques sont presque aussi anciens que les fables elles-mêmes, comme en témoigne, dès 1794, une satire dun auteur anonyme visant la fille de Mme de Sévigné et une certaine Mademoiselle Cigale (de son vrai nom !) qui commence par La Cigale ayant baisé/Tout lété. Suivront ensuite au XVIIIe siècle des réécritures mises en musiques, telles celles de Jean-Philippe Valette dans le Recueil de fables choisies dans le goût de Monsieur de La Fontaine sur de petits airs de vaudeville connus (1749) et les Fables mises en chansons, vaudevilles et pots pourris de M. Nau en 1786. Un certain Formage écrira en 1800 des Fables dont certaines, comme La cigale et la fourmi, sont réduites à deux vers ironiques
Jai tout mangé, dit Claude : accours, ô Providence !Providence se tut mais lÉcho reprit : «Danse !»
Le siècle suivant verra des auteurs aussi différents que Eugène Desmares et Les métamorphoses du jour ou La Fontaine en 1831, ou Aurélien Scholl et Les fables de La Fontaine filtrées (1886), et les poètes Théodore de Banville et Tristan Corbières, avec les Fables choisies, mises en proses en 1873 pour le premier et les poèmes Le poète et la cigale et La cigale et le poète qui respectivement ouvrent et terminent le recueil Les amours jaunes du second. La continuité est assurée au XXe siècle avec les recueils de Charles Clerc, qui publia en 1923 ses Fables à lenvers, daprès La Fontaine et Florian, et de Jean Anouilh (Fables, 1962), et les pastiches de Paul-Jean Toulet, Paul Valéry, Tristan Bernard, Sacha Guitry, Alphonse Allais, Edmond Brua, Françoise Sagan, Jean Dutour, Jean-François Josselin, Claude Klotz...
Citons juste pour le plaisir et pour leur brièveté :
Maître Cerveau sur son homme perchéTenait en ses plis son mystère... (Paul Valéry, Mélanges)
Deux pigeons saimaient damour tendreMoralité :Lun deux sennuyait au logis. (Tristan Bernard)
Prudence, prudence quand tu nous tiens,On peut bien dire : Adieu lamour (Sacha Guitry, Lamour masqué)
Corbières, Banville et Valéry exceptés, la plupart des auteurs cités parodient ou pastichent les fables tantôt en y ajoutant un ton franchement cynique, tantôt en inversant la situation de départ (Françoise Sagan démarre La fourmi et la cigale avec «La fourmi ayant stocké/Tout lhiver»), ou leur moralité, ou tout cela à la fois, comme Jean Anouilh, qui détourne les moralités des fables dorigine et bien souvent, les situations initiales. Cest ainsi que la cigale est une demi-mondaine calculatrice cynique et très riche qui cherche à placer son argent auprès dun renard banquier. Ou que le chêne est réhabilité, ce qui pourrait fort bien correspondre dailleurs à une lecture que La Fontaine avait suggérée : les plus beaux vers de sa fable ne concernent-ils pas le chêne ?La cigale (extraits)
La cigale ayant chanté Tout lété, Dans maints casinos, maintes boîtes Se trouva fort bien pourvueQuand la bise fut venue. Elle en avait à gauche, elle en avait à droite, Dans plusieurs établissements. Restait à assurer un fécond placement.
Elle alla trouver un renard, Spécialisé dans les prêts hypothécaires Qui, la voyant entrer lil noyé sous le fard, Tout enfantine et minaudière, Crut quil tenait la bonne affaire. « Madame, lui dit- il, jai le plus grand respectPour votre art et pour les artistes. Largent, hélas ! nest quun aspect Bien trivial , je dirais bien triste, Si nous nen avions tous besoin, De la condition humaine. [
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Le chêne et le roseau
Le chêne un jour dit au roseau :« Nêtes-vous pas lassé découter cette fable ?La morale en est détestable ;Les hommes bien légers de lapprendre aux marmots.Plier, plier toujours, nest-ce pas déjà trop,Le pli de lhumaine nature ? »« Voire, dit le roseau, il ne fait pas trop beau ;Le vent qui secoue vos ramures(Si je puis en juger à niveau de roseau)Pourrait vous prouver, daventure,Que nous autres, petites gens,Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents,Dont la petite vie est le souci constant,Résistons pourtant mieux aux tempêtes du mondeQue certains orgueilleux qui simaginent grands. »
Le vent se lève sur ses mots, lorage gronde.Et le souffle profond qui dévaste les bois,Tout comme la première fois,Jette le chêne fier qui le narguait par terre.« Hé bien, dit le roseau, le cyclone passé -Il se tenait courbé par un reste de vent -Quen dites-vous donc mon compère ?(Il ne se fût jamais permis ce mot avant)Ce que javais prédit nest-il pas arrivé ? »On sentait dans sa voix sa haineSatisfaite. Son morne regard allumé.Le géant, qui souffrait, blessé,De mille morts, de mille peines,Eut un sourire triste et beau ;Et, avant de mourir, regardant le roseau,Lui dit : « Je suis encore un chêne. »
Jean ANOUILH, Fables, Les Editions de la Table Ronde, 1962.
Plus près de nous, et des élèves, dans Après vous, M. de La Fontaine...: contrefables, Gudule (Anne Karali) donne aux personnages qui ont le mauvais rôle une chance de se rattraper. Chacune de ses fables se présente alors comme la continuation de la fable de La Fontaine qui la motive. Dans le même esprit on pourra lire aussi des extraits de La revanche du corbeau de Yannick Nédélec. Mais on peut également signaler la lecture très personnelle de Le corbeau et le renard par Jean-Luc Moreau dans ses Poèmes de la souris verte, la réécriture de Le loup et lagneau par Gérard Bocholier dans le recueil de Jacques Charpentreau Jouer avec les poètes et celle de La cigale et la fourmi par Andrée Chedid.
Le corbeau, honteux et confus,Jura, mais un peu tard, quon ne ly prendrait plus !
Ayant un long moment médité laventureLe Corbeau senvola, avec lespoir ténuDe dénicher dans la natureQuelque chiche aliment à mettre à son menu.Il scrutait la forêt, sous lui, lorsque soudainDes coups de fusil retentissent.Renard, surpris en plein festin,Lâche son camembert et dans un trou se glisse." Oh oh ! dit Corbeau, loccasion est trop belle ! "Sur le fromage, il fond à tire-daileEt dans les airs lemporte sans tarder.Juste à temps ! La main sur la gâchetteCherchant à repérer de Goupil la cachetteApparaît lhomme armé.Mais du gibier quil traque il ne trouve point trace :Bredouille, le chasseur abandonne la chasse.Par son larcin, Corbeau, sans le savoir,A sauvé la vie du fuyard.Tout penaud, le Renard sort alors de son antreEt devant le Corbeau qui se remplit le ventreConstate en soupirant : " Je vais jeûner, ce soir ! "Mais lautre calmement descend de son perchoirEt posant sur le sol ce qui reste du metsInvite son compère à se joindre au banquet." Tu es rusé, dit-il, et moi je fends lespace,Ensemble nous formons un duo efficace.Plutôt que de chercher lun lautre à nous volerPourquoi ne pas nous entraider ? "Honteux et confus, le RenardDe la proposition admit le bien-fondé,Jurant, mais un peu tard,Dexercer désormais la solidarité.
GUDULE
Le renard et le corbeau, ou si lon préfère,la (fausse poire) et le (vrai) fromage
Or donc, Maître Corbeau,Sur son arbre perché, se disait : « Quel dommageQuun fromage aussi beau,Quun aussi beau fromageSoit plein de vers et sente si mauvais...Tiens ! voilà le renard : je vais,Lui qui me prend pour une poire,Lui jouer, le cher ange, un tour à ma façon.Ça lui servira de leçon ! »Passons sur les détails, vous connaissez lhistoire :Le discours que le renard tient,Le corbeau qui ne répond rien (Tant il rigole !),Bref, le fromage dégringole...
Depuis, le renard nest pas bien ;Il est malade comme un chien.
Jean-Luc MOREAU, Poèmes de la souris verte
Un agneau se désaltérait Dans le courant dune onde pure.Un loup survint, timide et nosant laventureQue son grand-père lui lisaitDans un célèbre fablier." Sire, lui dit lagneau, que votre MajestéPrenne un peu plus daudace.Lhonneur de votre raceEn dépend, faites vite !-Je viens boire et croquer seulement ces myrtilles.Répondit le timide.-Vous plaisantez ? -Non pas.Epargne-moi tes moqueries.Je suis de ces loups blancs qui sont, dans les familles,Toujours montrés du doigt. "Dans le fond des forêts il détaleEt lagneau se noie.
Car il était fort maladroit.
Point de vrai loup, point de morale !
Gérard BOCHOLIER.
La fourmi et la cigale
"Fini, fini !"Dit la fourmi."Au diable la parcimonie ! Dès aujourdhuiJe convieToutes cigales affranchiesA me chanter leurs mélodies,Et nous fêterons, en compagnie,La vie qui bouge,La vie qui fuit !""Holà, holà !"Fit la cigalePoussant un cri très vertical."Pour moi, adieu le carnaval !Lhiver, lhiver ma tant appris,Et le souci tant rétrécie,Que jai rangé toutes mes rêveriesPour métablirEn Bourgeoisie !"
Andrée Chedid , Fêtes et lubies, Flammarion, 1973
Un autre cas intéressant est celui où la réécriture correspond à un détournement pragmatique du genre. Les auteurs de La cigale, le tabac et la fourmi réutilisent la visée didactique de la fable et sa valeur morale en la mettant au service dune grande cause publique. Leffet de surprise et lamusement sont garantis par une «scénographie» à priori étrangère, malgré le recours à la bande dessinée, aussi bien à lencart publicitaire quaux discours de campagnes de préventions contre telle ou telle maladie mortelle. Changer lenjeu de la confrontation entre les deux personnages suffit alors à donner un texte assez peu modifié. Avec toutefois le risque quun conflit dinterprétation subsiste puisquil nest pas certain que la cigale de La Fontaine ne transfère pas à cette cigale-là son capital sympathie... surtout si lon songe à certaines associations automatiques qui peuvent être faites entre le fait de fumer et la musique...
LA CIGALE, LE TABAC ET LA FOURMI
La cigale, ayant fuméTout lété,Se trouva fort dépourvueQuand le manque fut venu.Pas un seul petit morceauDe clope ou de mégot.Elle alla crier nicotineChez la fourmi sa voisine,La priant de lui prêterQuelques tiges pour subsisterJusquà la saison nouvelle.Je vous paierai, lui dit-elle,Avant lOût, foi danimal,Intérêt et principal.La fourmi nest pas fumeuse ;Ce nest point là un défaut."Que faisiez-vous au temps chaud ?Dit-elle à cette emprunteuse.-Nuit et jour à tout venantJe fumais, ne vous déplaise.-Vous fumiez ? jen suis forte aise.Eh bien ! Toussez maintenant."
Ligue nationale contre le cancer
Des détournements à partir de contraintes formelles ont été réalisés par les membres de lOulipo. Raymond Queneau, avec la méthode S+7 a donné par exemple le célèbre La cimaise et la fraction.
LA CIMAISE ET LA FRACTION
La Cimaise ayant chaponné tout léternueurSe tuba fort dépurativeQuand la bixacée fut verdie :Pas un sexué pétrographique morioDe mouffette ou de verrat.Elle alla crocher frangeChez la fraction sa volcanique,La processionnant de lui primerQuelque gramen pour succomberJusquà la salanque nucléaire.« Je vous peinerai, lui discorda- t- elle,Avant lapanage, folâtrerie dAnnamite !Interlocutoire et priodonte. »La Fraction nest pas prévisible :Cest là son moléculaire défi.« Que ferriez- vous au tendon cher ?Discorda- t- elle à cette enarthrose.-Nuncupation et joyau à tout vendeur,Je chaponnais, ne vous déploie.-Vous chaponniez ? Jen suis fort alarmante.Eh bien ! débagoulez maintenant. »
Raymond Queneau
Jacques Jouet sest essayé à des "monostications" de La Fontaine, qui consistent en résumés dune fable en un vers, plus exactement un alexandrin. Ce qui donne par exemple :
I, 1 : La cigale et la fourmiLe chant jeûne du pain que la fourmi se garde
I, 2 : Le corbeau et le renardVanité du corbeau que la pommade plume
I, XXII : Le chêne et le roseauMeurt au vent le grand chêne où le roseau sincline
Mais lon peut signaler aussi lexpérience plus récente du monoclavisme (ou isovocalisme), donnant un texte ne contenant quune seule voyelle.
Père Merle perché serre entre le bec le bretzel; Mère fennec est présente : - Eh, Merle, Révérences ! jette cette Mère Fennec. Père Merle se penche et ... le bretzel descend entre les dents de Mère Fennec. Père Merle blême et berné peste ; Mère Fennec se délecte et rentre chez elle.
Marie Christine Plassard
On trouve aussi des lipogrammes (textes dans lesquel on sinterdit dutiliser une ou plusieurs lettres choisies) de nombreuses fables, en loccurrence des lipogrammes en "E", dans les Affabulations de Nicolas Graner, auteur également de La fontaine aux fables fictives. Ce dernier travail de réécriture repose sur le constat quun titre comme Le renard et les raisins est composé de deux noms dissyllabiques ayant la même initiale et propose dune part 26 titres sur le même modèle (un par lettre de lalphabet) et dautre part 5 fables constituées de huit vers comme la fable de La Fontaine qui leur a servi de point de départ, et racontant par ailleurs la même histoire. Et je me garde bien dénumérer toutes les contraintes en vous laissant le plaisir (et vous mettant au défi) de les découvrir toutes en lisant vous même les textes sur le site de lauteur.
Sur Le corbeau et le renard dans tous ses états, contrepétisé, verlanisé, argotisé, styletélégraphiqué ou calambourriqué...voir le site FATRAZIE Évoquons enfin les réécritures qui jouent sur les registres de langues, en particulier celles en argot.
La cigale et la fourmi
Ayant goualé tout létéAvec les poteaux du loinquéLa cigal neut plus un pélot,Quand radina le temps frigo,Pas un loubem de brignolet,A se carrer sous les crochets.Elle bagota en sourdine,Chez la fourmuch sa copine ;La pilonnant en loucedéDe lui refiler à croquer ;Car elle avait les chocottes."Nous avons toujours été potesLui bonit-elle en chialant ;Ce nest pas du boniment."La fourmuche, une vraie tordueRépondit :"Tu nauras que pouic.Quas-tu fabriqué de ton fric,Pour être aujourdhui si loqudue ?-Toutes les neuills dans les beuglants,Je goualais avec les aminches.-Ah ! Tu goualais, ptit peau dhareng ;Et bien maintnant cavale au guinche !
Le corbeau et le renard
Corbeau le ballotin sur un arbre pauméPlanquait entre ses crocs un comac frodogome ;Renard-le-combinard qui navait pas croqué,Radina en loucedé pour lui faire à lestom :"Bavonjavour mon pot, je navais pas gafféQue tu étais si bath, et si bien balancé,Sans attiger, si tes chocottesSont kif-kif avec ta bouillotte,Tu es le plus girond des mectons du loinqué..."A ces vanns le corbeau se sentit chanctiquer,Et pour mieux faire zieuter ses crocs,Débrida son bavec, lâchant le calendos.Le renard le brifa sans casquer un rotin,Jaspinant :"Je tai eu avec mon baratin.Les marles auront toujours la loi avec les caves ;Ce rencard me vaut bien un fromag, têt de nave !"Le corbeau répondit ;"Vieille cloche,Je men tap, ce fromgi avait des astibloches."
MORALITÉChacun dans son loinqué, sil veut rester peinard,Doit boucler son clapet devant les combinards.
Jean ALEXANDRE, Les Fables de La Fontaine en argot, Nigel Gauvin éditeur, 1992
IV.3 : TRANSPOSITIONS EN BANDES DESSINEES ET EN ALBUMS
On pourra comparer les BD aux illustrations des albums illustrés des Fables et y observer le traitement des dialogues. La notice des Fables de La Fontaine du document daccompagnement des programmes de 2004 présente une utilisation intéressante de la bande dessinée comme entrée en matière, et ouvre également des pistes dutilisation de quelques albums jeunesse dont on trouvera une liste commentée dans la bibliographie ci- dessous en annexe.
V : EXTRAITS DU DOCUMENT DACCOMPAGNEMENT DES PROGRAMMES DE LITTÉRATURE (CYCLE 3)
DES UVRES À METTRE EN RÉSEAUX : LA PROGRAMMATION DES LECTURES
Les élèves de cycle 3 construisent et élargissent leur culture. Les nouvelles lectures proposées conduisent au rapprochement du texte et de limage avec dautres textes, dautres uvres, littéraires ou relevant des arts visuels. Chaque lecture est le lieu de réinvestissement de lectures anciennes et le tremplin pour de nouvelles lectures. Tel ouvrage contemporain en appelle à telle uvre patrimoniale ou classique, telle uvre classique trouve des échos dans la production actuelle. Ainsi sétablissent des résonances, des liens, propices à des mises en réseaux, à la constitution de constellations...
Apprendre à lire les textes littéraires suppose de mettre en relation des expériences personnelles des textes et du monde, de les organiser en systèmes, de percevoir leur dimension historique. Ces réseaux sont organisés, pour explorer un genre, pour apprécier les divers traitements dun personnage, dun motif, pour élucider une procédure narrative, lusage du temps et des lieux, pour estimer la place dune uvre au sein de la production dun auteur ou dans une collection.
Avec les enfants les plus jeunes, ce sont certainement les personnages qui, lorsque leur consistance est forte, constituent lune des trames les plus visibles des uvres. Retrouver ceux qui, à la suite dAlice, ouvrent les portes du merveilleux ou du non-sens, ceux qui, derrière Pinocchio, se demandent ce quest lhumain, sont autant de manières de voyager dune uvre à lautre... On sait que les contes traditionnels, déjà rencontrés aux cycles 1 et 2, constituent des matrices fortes de la littérature contemporaine : le bestiaire (du loup au cochon, en passant par le renard ou le chat) est ainsi sans cesse réinterprété et le Petit Chaperon rouge ne cesse de réapparaître, quelquefois sous les atours les plus inattendus. On peut ainsi retrouver lenfant malin, dans la tradition du Petit Poucet, lenfant malheureux dans celle de la Petite Marchande dallumettes, etc.
Ces mises en réseau engendrent investigations et interrogations qui favorisent une nouvelle réception des uvres, de nouvelles interprétations, car celles-ci restent ouvertes. Quon songe, par exemple, aux personnages de tous ces enfants de papier qui retrouvent dans leurs relations à lanimal des liens étranges et insoupçonnés avec un monde originel, oublié des adultes. Cela va du Moogly de Rudyard Kipling au garçon qui fixe le vieux loup borgne dans Lil du loup de Pennac, sans oublier le petit Ben de Eckert (La Rencontre) qui doit aller jusquà perdre son humanité dans le terrier du grand blaireau pour se faire accepter dans lunivers des Hommes. Les uvres sélectionnées dans la liste nationale jouent de leur proximité ou de leur divergence face à des stéréotypes caractéristiques des différents genres. Les structures narratives notamment (par répétition, emboîtement, retour en arrière...) peuvent guider ou perdre le lecteur. Cette découverte peut déboucher sur des activités de reconstruction, déplacement, déconstruction, détournement, pour mieux en éprouver les effets. La dimension intertextuelle des uvres utilise de nombreuses voies : citation, allusion, plagiat, pastiche...
Pour saisir les rapprochements, apprécier les similitudes, les variations, les prolongements, les jeux dimitation, les détournements, loffre proposée par la liste nationale donne sa place aux textes de référence (les « classiques ») comme aux textes qui sen font lécho ou sinscrivent dans la rupture avec ce patrimoine. Le parcours de lecture doit permettre de construire les échos entre les uvres lues et, quelquefois, entre celles-ci et les autres uvres dart rencontrées par ailleurs (peinture, photographie, musique, architecture, élément du patrimoine, etc.), enfin entre celles-ci et les connaissances construites en histoire, en géographie, en sciences... Cela suppose une véritable programmation et un respect du rythme des séquences et de leur durée afin que les rendez-vous avec dautres uvres ou des connaissances complémentaires ne soient pas décalés.
Rappelons une fois encore que toutes les indications techniques données ci-dessus sont à lintention des enseignants et non des élèves. Elles doivent guider leurs choix. Elles ne sont pas des notions à enseigner. La lecture des textes littéraires de lécole primaire doit rester une activité de lecture, attentive et intelligente certes, mais dans laquelle la réflexion ne débouche jamais sur la construction de catégories danalyse qui, à cet âge, ne pourraient être que des approximations erronées.
La programmation des lectures successives est donc décisive. Elle doit sinscrire dans la durée du cycle et non de lannée, et suppose donc une décision du conseil de cycle. Il sera évidemment nécessaire de tenir compte de la disponibilité des textes qui devront être mis entre les mains des enfants sans cependant sinterdire, pour des textes courts ou présentés en contrepoint dune lecture en cours, de se contenter de lexemplaire unique de la BCD. Dans le même esprit - que le texte, dans sa matérialité, soit à la disposition des élèves -, il est nécessaire quun exemplaire au moins de chaque texte lu reste dans la BCD ou dans la bibliothèque de classe.
Lenseignement de la littérature à lécole primaire suppose que les enseignants se dotent dune solide culture des uvres destinées à la jeunesse, quelles relèvent du patrimoine ou de la création contemporaine. Cest cette culture qui leur permet de choisir parmi les uvres proposées dans la liste nationale celles qui conviennent à leurs élèves (ce sont toujours celles qui vont les conduire à souvrir à dautres univers que le leur, mais ce sont aussi celles qui créeront les conditions efficaces dune transition vers ces nouveaux mondes). Cest cette même culture qui permet que la mise en réseau ne se limite pas à un « programme » de lectures et soit véritablement cette exploration, que lon doit à chaque enfant, de lunivers de la littérature. Rappelons que, dans cette programmation, lenseignant vise à maintenir un équilibre entre les différents genres (poésie, nouvelles et romans, théâtre, contes, albums, bandes dessinées), et entre classiques et uvres contemporaines.
Si les deux tiers de ses choix doivent sinscrire dans la liste nationale afin que, véritablement, la culture littéraire qui se constitue tout au long du cycle 3 soit une culture partagée, lenseignant reste libre dintroduire un tiers duvres extérieures à cette liste, pourvu quil soit assuré de la valeur littéraire du texte, mais aussi de la qualité des illustrations et de lédition.
A : BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE INDICATIVE ET SITOGRAPHIEI : LES FABLES DE LA FONTAINE
I.1 : LA SÉLECTION DE RECUEILS ILLUSTRÉS DES FABLES DE LA FONTAINE du document daccompagnement des programmes de lécole élémentaire
Les Fables de La Fontaine, Collectif - Chêne - 470 p.- Lintégrale des Fables (253 en tout), et environ 65 illustrations des XIXe et XXe siècles. [Dont celles de Benjamin Rabier]
Les Fables de La Fontaine, ill. Doré Gustave, EDDL - 472 p.- Lintégrale des Fables avec les reproductions des eaux-fortes de Gustave Doré.
Jean de La Fontaine : les Fables, illustrées par Gabriel Lefebvre - La Renaissance du Livre, coll. « Jeunesse-Arts, images et mots » -141 p.- 51 fables illustrées daquarelles ; une table des titres. Un recueil plaisant au format carré. Dans le texte des fables, le discours écrit en italique facilitera la lecture des plus jeunes. [ce dernier point reste à démontrer]
Les Fables. Jean de La Fontaine, Marc Chagall, Réunion des musées nationaux - 143 p.- Cet ouvrage est le catalogue de lexposition Chagall de Céret en 1995. Il comprend 43 gouaches de Marc Chagall correspondant à 43 fables parmi les 100 que lartiste a illustrées entre 1926 et 1927. Une version de poche a été diffusée par le ministère de lEducation Nationale en 2010 dans le cadre de lopération « Un livre pour lété ».
Fables de Jean de La Fontaine : 30 illustrateurs, Albin Michel Jeunesse - 72 p.- 30 fables illustrées par 30 illustrateurs contemporains en grand format.
Fables de La Fontaine, ill. Chauveau Léopold (1921), Circonflexe - coll. « Aux couleurs du temps » -54 p.- 27 fables illustrées par des aquarelles de Léopold Chauveau.
Fables de La Fontaine, ill. Rapeno Armand et Jolivet Joëlle, Albin Michel Jeunesse - 40 p.- Fac-similé dun ouvrage édité en 1947.
Les Fables de La Fontaine Tomes 1 à 4 ou lintégrale., ill. Rabier Benjamin, Tallandier - 80 p. (un tome) 336 p. (lintégrale)- Les fables vues par le créateur de Gédéon (1906) dans des compositions de 4 à 6 images pour chacune.
Fables, ill. Maja Daniel, Gallimard Jeunesse - coll. « Enfance en poésie » 32 p.- Recueil accessible dès le CE2, présentant une sélection de 13 fables parmi les plus célèbres [il y manque peut-être Le Chêne et le Roseau]
I.2 : OUVRAGES DE RÉFÉRENCE
Les éditions de poche de lintégrale des Fables (par J.P. Collinet chez Folio, J.C. Darmon au Livre de poche, G. Couton chez GF Flammarion), non illustrées.
Lanthologie établie, présentée et annotée par Sabine Gruffat dans une édition bon marché (le Livre de poche 2003), précieuse pour le collège.
Pour une vision intertextuelle plus étendue on pourra surtout utiliser avec profit les éditions savantes de référence suivantes qui mont servi entre autres pour la connaissance des sources de La fontaine. Ces deux ouvrages donnent en effet le texte des principales sources (Ésope, Phèdre et les autres...) quils indiquent. Ils présentent une édition intégrale des fables qui correspond en outre à la dernière édition revue par La Fontaine lui-même (Barbin, 1692-1694).
Jean de La Fontaine, uvres complètes, Sources et Postérité dÉsope à lOulipo, édition dA. Versaille, Editions Complexe, 1995. Cette édition du tricentenaire rend de grands services en incluant les pastiches et parodies les plus remarquables, ainsi que des adaptations en créoles et en sabir.
Jean de La Fontaine, Fables, édition de Marc Fumaroli, La Pochothèque, coll. «Classiques modernes», 1995.
Louvrage suivant dun spécialiste de La Fontaine peut aussi constituer une bonne présentation de lensemble de luvre du fabuliste. Il contient - conformément à lensemble des titres de la collection « Découvertes »- une riche iconographie et des documents écrits intéressants, en particulier sur La cigale et la fourmi à travers lhistoire, le jugement de Rousseau...
La Fontaine ou les métamorphoses dOrphée, Patrick Dandrey, Gallimard, coll. «Découvertes».
Les essais suivants satisferont tous ceux qui veulent en savoir plus sur La Fontaine et son temps :
Le poète et le roi : Jean de la Fonraine en son siècle, Marc Fumaroli, Éditions de Fallois 1997, Le livre de poche, coll. «Références», 1999.
Poétique de La Fontaine, tome 1 : La fabrique des fables, Patrick Dandrey, PUF.
Visages de la Fontaine, Jean-Pierre Collinet, Éditions Classique Garnier, 2010.
I.3 : SUR LA TOILE
-La Fontaine.net
-Musée Jean e La Fontaine à Château-Thierry : HYPERLINK "http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/lemusee.htm"http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/lemusee.htm
-Ysopet : HYPERLINK "http://ysopet.free.fr/"http://ysopet.free.fr/
-Wikisource, Les Fables de La fontaine, édition de Jean-Pierre Collinet . HYPERLINK "http://fr.wikisource.org/wiki/Fables_de_La_Fontaine"http://fr.wikisource.org/wiki/Fables_de_La_Fontaine
-Anthologie école-collège, fables choisies, mises en ligne par Philippe Rocher : HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article368"http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article368
II : LES SOURCES DE LA FONTAINE
II.1 : LA SÉLECTION DU DOCUMENT DACCOMPAGNEMENT DES PROGRAMMES
Fables : Ésope, La Fontaine, Beauchemin, Cojan Iolanda, Montréal ; Tryptique, impression 1997
Fables dÉsope : les animaux, ill. Rackam Arthur, trad.Chambry Emile, Corentin
Les Fables dÉsope, ill. Bernal Richard, Mango Jeunesse, coll.Contes classiques, les fables sont en prose, en langage simple, et terminées par une moralité
Fables dÉsope, ill. Zwesger Lisbeth, Duculot-coll. Les albums Duculot, non paginé.
Fables dÉsope, Gallimard Jeunesse, coll. Folio junior (ce recueil regroupe une soixantaine de fables).
Fables dÉsope et de Jean de La Fontaine, ill. Santore Charles, Livres du dragon dor.
Kalîla et Dimna : Fables choisies, Ibn-Al-Muqaffa Abd Allah/ Alani Ghani, trad. André Miquel, Ipomée-Albin Michel- coll. Herbes folles.
Le dévot et la cruche, Ibn-Al-Muqaffa (tirée de Kalîla et Dimna ) et La Laitière et le Pot au lait, La Fontaine , Arléa, (édition bilingue français-arabe).
Le lion et le chacal, Ibn-Al-Muqaffa (tirée de Kalîla et Dimna ) et Le Berger et le Roi, La Fontaine, Arléa, (édition bilingue français-arabe).II.2 : RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES UTILES
Outre les éditions complètes des Fables de La Fontaine indiquées plus haut qui donnent le texte des versions dEsope et de Phèdre, on pourra également se référer aux ouvrages suivants :
Fables dÉsope, réécrites par John Cech, illustrations de Martin Jarrie, Circonflexe (album).
Ésope, Fables, traduit du grec et présenté par Claude Terreaux, Arléa, 2004.
Les fables dÉsope, traduites, présentées et commentées par Jacques Lacarrière, suivies dun essai dur le symbolisme des Fables, 2003, Albin Michel, coll. «Espaces libres».
Ésope, Fables, traduction de Daniel Loayza, GF-Flammarion.
Fables françaises du moyen âge : les isopets, édition bilingue, traduction, présentation et notes de Jeanne-Marie Boivin et Laurence Harf-Lancner, 1996, GF-Flammarion
On peut également comparer les fables de La Fontaine à des textes de la tradition orientale et africaine qui ne constituent pas tous des sources en tant que telles, mais permettent de travailler la diversité et les nuances dun genre universel.
37 fables dAfrique, Jan Knappert, Flammarion, Castor Poche
19 fables de singes, Jean Muzi, Flammarion, Castor Poche
19 fables de renard, Jean Muzi, Flammarion, Castor Poche
Contes de Vivek léléphant, trad. P. Sharma, Flammarion, Castor Poche
Lart de se faire des amis et Le singe et le crocodile, trad. du sanscrit par D.Porte, Contes et légendes dAsie, Philippe Picquier,
Les deux derniers sont deux recueils de contes extraits du Panchatantra qui fut écrit au VIe siècle pour linstruction et lédification de deux jeunes princes ignares. Fables édifiantes certes, mais la malice des personnages animaux, la spontanéité des dialogues, la drôlerie des situations rendent la leçon très légère. Lart du traducteur y est sans doute pour quelque chose.
15 contes de lInde, P. Sharma et L. Clarck, Flammarion, Castor Poche,
En collection de poche pour les jeunes lecteurs, 4 contes déléphants suivis de 11 contes extraits du Panchatantra dans une version simple et illustrée.
II.3 : SUR LA TOILE
le site de la BNF : HYPERLINK "http://classes.bnf.fr/renart/arret/01.htm"http://classes.bnf.fr/renart/arret/01.htm
le site de liufm dAmiens : HYPERLINK "http://www.amiens.iufm.fr/amiens/cahier/biblio/Fontaine/defesope.htm"http://www.amiens.iufm.fr/amiens/cahier/biblio/Fontaine/defesope.htm
Ysopet: HYPERLINK "http://ysopet.free.fr/"http://ysopet.free.fr/
III : LE GENRE DE LA FABLE APRÈS LA FONTAINE
Jean-Pierre Claris de Florian, Fables complètes; ill. par Bertall. - N. Gauvin, 1991. Titre de couverture. : "Fables de Florian".
Jean-Pierre Claris de Florian, Fables, textes réunis et présentés par Stéphane Labbe, ill.de J.J. Granville, Lécole des Loisirs, 2009.
Pour cet auteur on peut consulter le site de lIUFM dAmiens : HYPERLINK "http://www.amiens.iufm.fr/amiens/cahier/biblio/Fontaine/deflor.htm"http://www.amiens.iufm.fr/amiens/cahier/biblio/Fontaine/deflor.htm
Pierre Gamarra, La mandarine et le mandarin, Hachette
Max Jacob, Le cornet à dés, Gallimard, coll. «Poésie»
Jean-Luc Moreau, Poèmes de la souris verte, 1992, Le livre de poche jeunesse, coll. "Fleurs dencre".
Jean Orizet, La Peau bleue des rêves, Cherche-Midi, 2003
Jacques Prévert, Histoires, Gallimard-Folio (en particulier "Le chat et loiseau").
Yak Rivais, Viens jouer dans le bac à fables! Ed. Lo Païs, Draguignan, 1998.
Jean Rousselot, Petits poèmes pour curs pas cuits, Le cherche midi.
Claude Roy, Enfantasques, Gallimard [dont "Le petit chat blanc"]
Raymond Queneau,
L instant fatal, Gallimard, coll. «Poésie»,
Bucoliques, Gallimard.
Courir les rues, battre la campagne, fendre les flots, Gallimard, coll. «Poésie».
IV : POSTERITÉ DES FABLES DE LA FONTAINE
IV.1 : CHEZ LES POETES
Jean Alexandre, Les Fables de La Fontaine en argot, Nigel Gauvin éditeur, 1992
Jean Anouilh, Fables, Les Editions de la Table Ronde, 1962.
Jacques Charpentreau, Jouer avec les poètes, Hachette Jeunesse.
Andrée Chédid, Fêtes et lubies, Flammarion, 1973.
Pierre Coran, Jaffabules, Le Livre de poche jeunesse, coll. «Fleurs dencre»
Tristan Corbières, Les amours jaunes, Gallimard, coll. « Poésie »
Robert Desnos,
Chantefables, dans, uvres, Gallimard, coll. «Quarto».
Chantefables et chantefleurs, Gründ.
Gudule, Après vous, M.de La Fontaine...: contrefables, Hachette Jeunesse, 2003.
Eugène Guillevic, Fabliettes, Gallimard, coll. «Folio Benjamin» ;
Jean-Luc Moreau, Poèmes de la souris verte, 1992, Le livre de poche jeunesse, coll. "Fleurs dencre"
Yannick Nédélec,
La revanche du corbeau HYPERLINK "http://www.nedelec-theatre.com/revanche.html"http://www.nedelec-theatre.com/revanche.html
Voir aussi son blog : HYPERLINK "http://www.nedelec-fables.com/categorie-10144603.html"http://www.nedelec-fables.com/categorie-10144603.html
OuLiPo,
La Littérature potentielle, Gallimard, 1973
Anthologie de lOuLlipo, édition de M. Bénabou et P. Fournel, Gallimard, coll. « Poésie », 2009Sites oulipiens :
Oulipo : HYPERLINK "http://miche77.free.fr/Oulipo.htm"http://miche77.free.fr/Oulipo.htm
Nicolas Graner :
-Affabulations : HYPERLINK "http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/affabulations.html"http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/affabulations.html
-La fontaine aux fables fictives : HYPERLINK "http://graner.net/nicolas/OULIPO/fables.html" \l "b "http://graner.net/nicolas/OULIPO/fables.html#b "
Fatrazie (Le corbeau et le renard) : HYPERLINK "http://www.fatrazie.com/Corbeau.htm"http://www.fatrazie.com/Corbeau.htm
Pierre Perret,
Le petit Perret des fables, J.C. Lattes, 1992
Les fables géométriques : HYPERLINK "http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=832&sec=3"http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=832&sec=3
Raymond Queneau,
L instant fatal, Gallimard, coll. «Poésie»
Bucoliques, Gallimard,
Courir les rues, battre la campagne, fendre les flots, Gallimard, coll. «Poésie»
Claude Roy, Enfantasques, Gallimard.
IV. 2 : ALBUMS
Lagneau qui ne voulait pas être un mouton, Didier Jean et Zad, Syros
En dignes successeurs de La Fontaine, Didier Jean et Zad nous livrent une fable très réussie sur la résistance et la solidarité. Dans le troupeau, tous les moutons passent la journée à brouter, la tête baissée. Quand le loup dévore lun dentre eux, personne ne sen émeut : cétait un mouton malade, le deuxième est un mouton noir, mais personne ne bronche car celui-là, ils ne laimaient pas trop, le troisième est un mouton à trois pattes, autrement dit un faible... Mais lorsque le loup sattaque au bélier, chacun commence à craindre pour lui-même. Il faudra le courage dun agneau pour que le troupeau entier relève la tête et se décide à combattre le loup. Didier Jean et Zad touchent droit au but avec cet album, qui illustre le sens imagé de lexpression « être un mouton », tout est simple et limpide et on se passe de grands discours explicatifs. En guise dépilogue, le texte dont on ne connaît pas exactement lauteur, qui commence ainsi : « quand ils sont venus chercher les juifs, je nai rien dit car je nétais pas juif... ». Un album intelligent, qui redonne toute leur portée aux mots « solidarité » et « résistance ».
Sacré Raoul, Marie-Ange Guillaume et François Roca, Seuil et Crapule
Dans cet album pour grands (à partir de 9 ans), François Roca, qui a publié avec son compère Fred Bernard Jésus Betz , Prix Baobab et Gongourt jeunesse, revisite les plus célèbres fables de La Fontaine sous les traits de Raoul, un petit taxi jaune. Comme à son habitude, les dessins en pleine page sont superbement expressifs, toutes les ferrailles prennent vie et âme (que ce soit Lorette, la pompe à essence, Gisèle la grande grue ou encore Pim le « bidule » échappé du magasin de jouets). Les couleurs utilisées donnent un côté assez retro et/ou anglais à lalbum car le jaune de Raoul tire sur lorange et le ciel est souvent dune teinte « sale et sombre ». De plus, les objets représentés (les lampadaires, les bus, lavion et Raoul lui-même) indiquent que nous ne sommes pas dans une époque actuelle mais plutôt dans les années 60. Si toutes les illustrations précédentes de François Roca avaient émerveillé beaucoup de personnes, une critique est peut-être à soulever pour cet album. En effet, les différentes voitures sont finement représentées alors que les immeubles manquent de personnalité, de finition. Les fables réécrites par Marie-Ange Guillaume (qui a travaillé pour le journal Pilote dans les années 70, puis pour Télérama, le Monde de la Musique, le Figaro et qui a également écrit les dialogues pour le dessin-animé dAgrippine) sont bien identifiables. Le vocabulaire utilisé est simple sans trop de références à la mécanique automobile (ce qui en rassurera plus dun[e] !). Les textes de La Fontaine sont restitués dans leur ensemble sans ellipse particulière. La moralité est à chaque fois aussi simple que drôle, dans un langage courant et actuel (pour exemple dans Raoul et le flambeur (La cigale et la fourmi) la moralité est la suivante : « faut pas pousser. »). Pour les lecteurs qui nauraient pas reconnus la fable initiale, le titre de celles-ci est joint à celui du texte de Marie-Ange Guillaume. À la lecture de ce bel ouvrage, une question reste en suspens : limportance du texte (en proportion) ne dessert-elle pas lensemble de lalbum ? (Notice de Magali Turquin)
La cigale ou la fourmi, Toni et Slade Morrison, Casterman, coll. « MiniBD »
Foxy G, le musicien cigale, et son copain Kid A, la fourmi, samusent comme des fous au parc. Mais un jour, Kid A décrète quil est temps de se mettre au travail. Foxy G ne lentend pas de cette oreille et choisit de rester au parc, où il compose sa musique. Kid A sen va. Il sactive, nettoie, répare, cuisine, stocke au son des airs que joue Foxy... Lorsque lhiver se met à sévir, Foxy G, affaibli, demande à son ami lhospitalité. Kid A le renvoie, refusant dadmettre que la musique est un travail. Et finalement, quel est le gagnant de cette histoire ?
La course autour du monde, Caroline Repchuk, Gautier-Languereau
« La Course autour du monde », cest « Le Lièvre et la Tortue » remis au goût du jour par deux Anglaises. La trame reste la même, mais les données sont quelque peu différentes : cest à New-York que les deux animaux se donnent rendez-vous ! Tandis que le lièvre fonce tête baissée, en voiture, en avion, en montgolfière ou à dos de chameau, la tortue trace son chemin, lentement mais sûrement, par le moyen de locomotion le plus tranquille qui soit, le bateau. Et bien sûr, après de nombreux incidents et erreurs de parcours, le lièvre arrive à destination quelques instants après la tortue, qui lattend au sommet de la statue de la liberté. Dans cette réécriture moderne dune des fables les plus célèbres, on samuse des déboires du lièvre et on est séduit par les qualités graphiques de cet album, Alison Jay fait défiler sous nos yeux des paysages du monde entier, dans des couleurs pastel, avec cette technique si particulière qui consiste à déposer sur ses illustrations une craquelure qui les fait ressembler à des fresques usées par le temps. Une belle réussite.
Sous leau, sur leau, Annemarie Van Haeringen, Autrement Jeunesse
Dame Araignée avait mitonné un succulent repas. Leau lui venait à la bouche à lidée quelle serait la seule à tout manger. A linstant même où Dame Araignée sapprêtait à prendre la première bouchée, on frappa à la porte. Cétait Dame Tortue, couverte de poussière, épuisée davoir fait des kilomètres à pied...
MAIS AUSSI :
Plouf !, Philippe Corentin, Lécole des Loisirs
Pour son rapport, bien sûr, avec Le renard et le bouc. Voir les groupements possibles autour de cet album sur un site consacré à la littérature à lécole de lAcadémie de Besançon : http://artic.ac-besancon.fr/circonscription_gray_70/PLOUF.htm
et sur celui de lIUFM de Paris : HYPERLINK "http://lettres.paris.iufm.fr/IMG/pdf/Plouf.pdf"http://lettres.paris.iufm.fr/IMG/pdf/Plouf.pdf
Bon appétit Monsieur Renard, Claude Boujon, Lécole des Loisirs.
Voir sur HYPERLINK "http://eduscol.education.fr/D0126/lecture_litteraire_gromer.htm"Eduscol pour une exploitation pédagogique : HYPERLINK "http://eduscol.education.fr/cid46324/comment-passer-d-un-livre-a-l-autre%A0-exemples.html"http://eduscol.education.fr/cid46324/comment-passer-d-un-livre-a-l-autre%A0-exemples.html
IV. 3 : BANDES DESSINEES
La Fontaine aux fables, Collectif - Delcourt (3 vol.).
Les fables de La Fontaine en Bande dessinée, Anouk, Calman-Lévy, 1992
Au loup !, Fmurr, Dargaud, 1993.
Les dingodossiers, Gotlib,
V. ANTHOLOGIES de fables de plusieurs auteurs
Le Fabuleux fablier : anthologie de fables de tous les temps pour apprendre à mieux vivre ensemble, Ed. Jean-Marie Henry ; ill. Régis Lejonc, Rue du monde, 2001. (La poésie).
Fabuleux fabulistes, édition de D. Moncondhuy, Seghers Jeunesse, 2006, accompagné de :
10 séquences pour lire Fabuleux Fabulistes, cycle 3, niveau 3, 6e, Henti Copin, Dominique Moncondhuy, Retz, ,2006.
Anthologie de la fable au Québec : HYPERLINK "http://beq.ebooksgratuits.com/pdf/fables.pdf"http://beq.ebooksgratuits.com/pdf/fables.pdf
VI. LES ILLUSTRATEURS
Les recueils des fables de la Fontaine de la liste indicative sont pour la plupart remarquablement illustrés. Ils pourront sur ce point être complétés par louvrage dAlain-Marie BASSY Les Fables de La Fontaine, quatre siècles dillustration, Promodis, 1986. [Épuisé mais disponible dans certaines bibliothèques].
Voir aussi sur la toile:
François Chauveau (1613-1676), le premier illustrateur des fables de la Fontaine) :
HYPERLINK "http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b22000789/f4.item.pagination.r=chauveau+fables+fontaine.langFR"http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b22000789/f4.item.pagination.r=chauveau+fables+fontaine.langFR
HYPERLINK "http://www.lafontaine.net/illustrations/illustrations.php?artiste=chauveau"http://www.lafontaine.net/illustrations/illustrations.php?artiste=chauveau
J. B. Oudry (1686-1755) :
HYPERLINK "http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/expoudry.htm"http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/expoudry.htm
Granville (1803-1847):
HYPERLINK "http://www.lafontaine.net/illustrations/illustrateurs.php?id=77"http://www.lafontaine.net/illustrations/illustrateurs.php?id=77
Gustave Doré (1832-1883):
HYPERLINK "http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200114q"http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200114q
HYPERLINK "http://environnement.ecoles.free.fr/2bgal/disp_serie.php?id_album=35&titrealb=Illustrations de Gustave Dore des fables de la Fontaine"http://environnement.ecoles.free.fr/2bgal/disp_serie.php?id_album=35&titrealb=Illustrations%20de%20Gustave%20Dore%20des%20fables%20de%20la%20Fontaine
Gustave Moreau (1826-1898) :
HYPERLINK "http://www.musee-moreau.fr/pages/page_id18850_u1l2.htm"http://www.musee-moreau.fr/pages/page_id18850_u1l2.htm
Benjamin Rabier (1864-1939) :
HYPERLINK "http://www.benjaminrabier.com/DesktopDefault.aspx?tabid=176"http://www.benjaminrabier.com/DesktopDefault.aspx?tabid=176
Marc Chagall (1887-1985): HYPERLINK "http://www.galerie-bordas.com/chagall2.html"http://www.galerie-bordas.com/chagall2.html
RÉFÉRENCES PÉDAGOGIQUES COMPLÉMENTAIRES
La Fable, Textes et documents pour la classe (TDC), novembre 2010, n° 1003.
Le guide pédagogique d'Eduscol pour l'utilisation du recueil des fables de la Fontaine illustrées par Chagall: HYPERLINK "http://eduscol.education.fr/pid24346-cid52957/un-livre-pour-l-ete.html"http://eduscol.education.fr/pid24346-cid52957/un-livre-pour-l-ete.htmlB : POUR UNE ANTHOLOGIE ÉCOLE-COLLÈGE DES FABLES DE LA FONTAINE
Liste alphabétique des fablesLivre
et n°SourcesÉquivalent médiéval HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article316"Lâne chargé dépongeset lâne chargé de selII, 10Verdizotti :Faërne : Les deux ânes HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article362"Lâne portant les reliquesV, 14Ésope : Lâne qui porte une statue de dieu HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article360"Le chartier embourbéVI, 18Ésope : Le bouvier et Héracles HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article317"Le chat, la belette et le petit lapinVII, 15Pilpay : Dun chat et dune perdrix HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article318"Le chêne et le roseauI, 22Ésope : Le roseau et lolivierVirgile : Géorgiques (II, vers 291-292)Le beau chêne qui ne voulait pas plier contre le vent HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article320"Le cheval et le loupV, 8Esope : Lâne faisant semblant de boiter et le loup Corrozet : Du lion et du chevalHaudent : Dun lion et dun cheval HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article321"La cigale et la fourmiI, 1Ésope : La cigale et les fourmisComment le criquet demanda du blé à la fourmi, qui le lui refusa HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article322"Le coche et la moucheVII , 8Phèdre : La mouche et la mule et Tibère et lesclave trop zéléAbstemius : La mouche qui, perchée sur un quadrige, disait quelle soulevait de la poussièreLe muletier et sa mule HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article323"Le cochet, le chat et le souriceauVI, 5Verdizotti : Le souriceau, le chat et le cocher HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article324"La colombe et la fourmiII, 12Ésope : La fourmi et la colombe HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article325"Le coq et le renardII, 15Ésope : Le chien et le coq Pogge : Le coq et le renardLe coq, le renard et les chiens HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article319"Le corbeau et le renardI, 2Ésope, Phèdre : Le corbeau et le renardLe renard et le corbeau HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article326"Le corbeau voulant imiter laigleII, 16Ésope : Laigle, le choucas et le berger HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article361"Lenfant et le maître décoleI, 19Esope ?LokmanAbstemiusFaërneVerdizotti HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article327"La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le boeufI, 3Phèdre : La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeufHorace : Satires (II, 2, vers 314-320)La grenouille qui veut être légale du boeuf HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article328"Le héronVII, 4Abstemius : Loiseleur et le pinsonStraparola : HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article358"Lhuître et les plaideursIX, 9inconnue HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article329"La laitière et le pot au laitVII, 9Pilpay : Le pot casséBonaventure des Périers : Comparaison des alquemistes [alchimistes] à la bonne femme qui portait une potée de lait au marché HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article330"Le lièvre et la tortueVI, 10Ésope : La tortue et le lièvre HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article331"Le lion et le moucheronII, 9Ésope : Le cousin et le lion HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article332"Le lion et le ratII, 11Ésope : Le lion et le ratMarot : À mon ami LyonLe lion sauvé par la souris HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article364"Le loup devenu bergerIII, 3Verdizotti : Le loup et les brebis HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article333"Le loup et lagneauI, 10Ésope, Phèdre : Le loup et lagneauLe loup et lagnelet HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article334"Le loup et le chienI, 5Ésope, Phèdre : Le loup et le chienLe loup et le chien HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article357"Le petit poisson et le pêcheurV, 3Ésope : Le pêcheur et le picarel HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article356"Le pot de terre et le pot de ferV, 2Ésope : Les pots HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article335"La poule aux ufs dorV, 13Ésope : La poule aux ufs dor HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article336"Le rat des villes et le rat des champsI, 9Horace : Satires (II, 6 ; vers 79-117)La souris de ville et la souris des champs HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article339"Le renard et la cigogneI, 18Ésope, Phèdre : Le renard et la cigognePlutarque : Symposiaques ( I, I, 5)Le renard et la cigogne HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article337"Le renard et le boucIII, 5Ésope, Phèdre : Le renard et le boucLe renard et le bouc HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article338"Le renard et le busteIV, 14Ésope, Phèdre : Le renard et le masqueAlciat : HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article359"Le renard et les raisinsIII, 11Ésope, Phèdre : Le renard et les raisins HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article340"Le savetier et le financierVIII, 2Bonaventure des Périers : Du savetier Blondeau Horace : Épîtres (I, 7) HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article363"Le singe et le dauphinIV, 7Ésope : Le singe et le dauphin HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?article341"Le vieillard et lâneVI, 8Phèdre : Le vieillard et lâne
HYPERLINK "http://eppee.ouvaton.org/spip.php?rubrique69" http://eppee.ouvaton.org/spip.php?rubrique69
Documents d'accompagnement des programmes. Littérature [2], cycle 3, Scérén [CNDP], 2004, p. 48-49.
Jean Michel Adam et Françoise Revaz, Lanalyse des récits, Seuil, collection «Mémo», 1996.
Les programmes de l'école élémentaire, cycle des approfondissements, BO n°3, 19 juin 2008, p.21.
« Après avoir entendu un texte (texte littéraire ou texte documentaire) lu par le maître, le reformuler dans son propre langage, le développer ou en donner une version plus condensée»
Qu'apprend-on à l'école élémentaire?, Cycle 3 Lecture des textes de littérature jeunesse, cndp/XO éditions, p.187.
Quapprend-on à lécole élémentaire? Cycle 2, Lecture, «Comprendre les textes littéraires», CNDP/XO éditions, p.82.
Documents d'accompagnement des programmes, Littérature, cycle des approfondissements (cycle 3), Scérén [CNDP], p. 64.
Eric Orsenna, La grammaire est une chanson douce, Le livre de Poche, 2001.
Ces termes entre guillemets sont extraits des fables.
Volontaire ou pas, cette présence insolite semble conforter cette remarque de Victor Hugo dans Tas de Pierres : «les grands artistes ont du hasard dans leur talent et du talent dans leur hasard».
Sur ces questions essentielles et très actuelles (quelle place pour la parole à lécole ? expression de soi et argumentation, langage et violence ...), je conseille la lecture dun ouvrage très instructif dEmmanuelle Danblon, professeure à lUniversité Libre de Bruxelles, Argumenter en démocratie, paru en 2004 en Belgique aux éditions Labor. Entre autres réflexions dun grand intérêt pour tous les enseignants, on rencontre dans un court chapitre intitulé «rhétorique et enseignement», la proposition programmatique suivante qui mérite notre attention : Réintégrer un enseignement systématique de largumentation à lécole peut être considéré comme lune des urgences pour la démocratie du XXIe siècle. Apprendre la pratique rhétorique dès lenseignement fondamental sous forme de jeux, de joutes oratoires, donnerait aux enfants un sentiment de liberté dans un usage intelligent de la parole dont ils se révéleraient rapidement capables.
Quapprend-on à lécole élémentaire? Cycle 2, Lecture, «Comprendre les textes littéraires», 2002, cndp/XO éditions, p.82.
Texte où est volontairement exclu lusage dune ou plusieurs lettres.
Ou «isovocalisme», variante radicale du lipogramme où le texte nutilise quune seule voyelle.
La récente «subtilité» terminologique institutionnelle «voix haute/haute voix» ne sert pas uniquement à piéger un jeune professeur ou un candidat au cafipemf. Elle permet surtout, en leur attribuant chacun un nom distinct, de distinguer, dans leurs objectifs, les différents modes de lecture oralisée.
Lire et écrire au cycle 3, Documents daccompagnement des programmes, 2003, scérén, [CNDP], p.10.
Quapprend-on à lécole élémentaire ?, cycle des apprentissages fondamentaux, CNDP/XO, p.83.
Quapprend-on à lécole élémentaire ?, cycle des approfondissements, CNDP/XO, p. 187.
HYPERLINK "http://www.musee-jean-de-la-fontaine.fr/UserFiles/ressources-peda/Musee-jean-de-la-fontaine-Les-animaux.pdf" http://www.musee-jean-de-la-fontaine.fr/UserFiles/ressources-peda/Musee-jean-de-la-fontaine-Les-animaux.pdf
Dans Jean de La Fontaine, uvres complètes, Sources et Postérité dÉsope à lOulipo, édition dA. Versaille, Éditions Complexe, 1995.
Documents d'accompagnement des programmes, Littérature [2], cycle 3, Scérén [CNDP], p. 43.
Voir HYPERLINK "http://www.scribd.com/doc/6609352/Isaac-de-Benserade-Fables-XVIIe-Siecle"http://www.scribd.com/doc/6609352/Isaac-de-Benserade-Fables-XVIIe-Siecle. Numérisé également sur HYPERLINK "http://books.google.fr/"http://books.google.fr/.
HYPERLINK "http://www.nedelec-theatre.com/revanche.html" http://www.nedelec-theatre.com/revanche.html
Dans Jacques Charpentreau, Jouer avec les poètes, Hachette Jeunesse.
HYPERLINK "http://www.itereva.pf/disciplines/lettres/didac/seqcol/doc264.htm" http://www.itereva.pf/disciplines/lettres/didac/seqcol/doc264.htm
Raymond Queneau, Variations sur S+ 7, in OULIPO, La Littérature potentielle, Gallimard, 1973.
HYPERLINK "http://miche77.free.fr/Oulipo.htm" http://miche77.free.fr/Oulipo.htm.
HYPERLINK "http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/affabulations.html" http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/affabulations.html
HYPERLINK "http://graner.net/nicolas/OULIPO/fables.html#b" http://graner.net/nicolas/OULIPO/fables.html#b
HYPERLINK "http://www.fatrazie.com/Corbeau.htm" http://www.fatrazie.com/Corbeau.htm
Une culture littéraire à l'école. Littérature à l'école. Ressources pour le cycle 3, Ministère de l'éducation nationale/Eduscol, série « Ressources pour faire la classe à l'école », mars 2008. Disponible sur HYPERLINK "http://media.eduscol.education.fr/file/ecole/46/9/culture-litteraire-ecole_121469.pdf"http://media.eduscol.education.fr/file/ecole/46/9/culture-litteraire-ecole_121469.pdf. Ce document reprend pour l'essentiel le document d'accompagnement des programmes 2002 qui ont introduit l'enseignement de la littérature à l'école.
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Je chante les héros dont Esope est le père,
Troupe de qui lhistoire, encor que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce quils disent sadresse à tous tant que nous sommes.
Je me sers danimaux pour instruire les hommes.
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